Édition JC Lattès traduit de l’anglais(Royaume-Uni) par Domi­nique Edouard.

En période de confi­ne­ment, la lecture reste une bon déri­va­tif. Je ne sais pas trop l’ex­pli­quer mais j’ai eu besoin de trou­ver un roman plus « agréable » pour ne pas dire « facile », pour retrou­ver ce plai­sir qui, chez moi, est une seconde nature. C’est pour cela que je vous propose ce roman que vous pouvez clas­ser dans la rubrique « pour le sourire » et « so british » . J’ai déjà lu de cet auteur « Passé Impar­fait » qui était plus réussi sur le plan de l’in­trigue roma­nesque. Comme je n’ar­ri­vais abso­lu­ment plus à lire depuis que tous les soirs, j’en­tends le nombre de morts augmen­ter et l’épi­dé­mie frap­per à nos portes sans pouvoir me réfu­gier auprès de mes enfants et petits enfants ce qui est, pour moi, le viatique le plus sûr, j’ai pris ce roman sur ma pile, il m’a fait sourire et je l’ai lu jusqu’au bout avec atten­tion. Certes ce n’est pas le roman du siècle et en d’autre temps, j’au­rais été plus critique et sans doute je l’au­rais lu plus rapi­de­ment mais les circons­tances étaient telles, que cette vie d’An­glais de la haute société a été un très bon déri­va­tif. (Comme vous le savez sans doute Julian Felowes est le créa­teur de « Down­ton Abbey ») . Il a choisi pour ce roman deux univers qu’il connaît bien, celui de la noblesse anglaise et le monde des acteurs. Le snobisme est partout mais celui qui me ravit est celui des grandes familles anglaises. L’in­trigue est simplis­sime trop sans doute, une jeune femme très belle réus­sit à épou­ser un noble anglais fortuné, cela veut dire pour elle un enfer­me­ment dans la campagne anglaise avec un mari qu’elle va vite trou­ver ennuyeux. (une Emma Bovary en puis­sance ?) Un trop bel acteur vient trou­bler son mariage et lui apporte la satis­fac­tion sexuelle et une vie qu’elle croit plus trépi­dante, mais… Je ne divul­gâche pas plus surtout que ce n’est vrai­ment pas le plus inté­res­sant. Julian Fellowes est un excellent analyste de l’âme humaine et un obser­va­teur de ces deux mondes qu’il connaît bien. Il y a en lui une grande bien­veillance pour les faiblesses humaines ce qui enlève du mordant à son récit mais en fait un roman agréable à lire. Personne n’est à l’abri du snobisme sauf, peut-être, la reine d’An­gle­terre puis­qu’elle remplit toutes les cases ! Les autres, tous les autres ont toujours au dessus de leur caté­go­rie sociale quel­qu’un qu’ils aime­raient fréquen­ter pour « faire bien » et montrer qu’ils sont, grâce à cette fréquen­ta­tion, une personne impor­tante. Les amis du narra­teur, David et Iabelle Easton, obsé­dés par la maison Brough­ton (les riches châte­lain du coin) m’ont fait penser à ce passage de Proust qui décrit si bien lui aussi le snobisme :

l’absence de rela­tions avec les Guer­mantes, — pour­rait bien avoir été non pas subie, mais voulue par lui, résul­ter de quelque tradi­tion de famille, prin­cipe de morale ou vœu mystique lui inter­di­sant nommé­ment la fréquen­ta­tion des Guer­mantes. « Non, reprit-il, expli­quant par ses paroles sa propre into­na­tion, non, je ne les connais pas, je n’ai jamais voulu, j’ai toujours tenu à sauve­gar­der ma pleine indé­pen­dance ; au fond je suis une tête jaco­bine, vous le savez. Beau­coup de gens sont venus à la rescousse, on me disait que j’avais tort de ne pas aller à Guer­mantes, que je me donnais l’air d’un malo­tru, d’un vieil ours. Mais voilà une répu­ta­tion qui n’est pas pour m’effrayer, elle est si vraie ! Au fond, je n’aime plus au monde que quelques églises, deux ou trois livres, à peine davan­tage de tableaux, et le clair de lune quand la brise de votre jeunesse apporte jusqu’à moi l’odeur des parterres que mes vieilles prunelles ne distinguent plus. » Je ne compre­nais pas bien que pour ne pas aller chez des gens qu’on ne connaît pas, il fût néces­saire de tenir à son indé­pen­dance, et en quoi cela pouvait vous donner l’air d’un sauvage ou d’un ours. Mais ce que je compre­nais c’est que Legran­din n’était pas tout à fait véri­dique quand il disait n’aimer que les églises, le clair de lune et la jeunesse ; il aimait beau­coup les gens des châteaux et se trou­vait pris devant eux d’une si grande peur de leur déplaire qu’il n’osait pas leur lais­ser voir qu’il avait pour amis des bour­geois, des fils de notaires ou d’agents de change, préfé­rant, si la vérité devait se décou­vrir, que ce fût en son absence, loin de lui et « par défaut » ; il était snob.

Oui des snobs, il y en a partout et dans tous les pays mais ils sont rare­ment aussi drôle que les Britan­niques qui en plus le font souvent avec humour. et c’est peut être le bon moment de réécou­ter la chan­son de Boris Vian

Citations

Le couple

Vu de l’ex­té­rieur, il semble essen­tiel à la survie de nombreux mariages que chaque conjoint devienne le fidèle complice des triche­ries de l’autre. 

Portrait d Édith

Édith avait une de ces bouches cise­lées, aux lèvres admi­ra­ble­ment dessi­nées, rappe­lant celle des actrices de cinéma des années 40. Et puis, il y avait sa peau. Pour les Anglais , vanter le teint d’une femme est l’ul­time ressource lors­qu’on est en panne de compli­ments. L’on évoque géné­ra­le­ment un joli teint quand on parle des membres les moins flam­boyants de la famille royale.

Particularisme anglais (mais je connais bien des français qui adorent cela aussi)

Les Anglais, quelle que soit la classe à laquelle ils appar­tiennent, adorent l’ex­clu­si­vité. Mettez trois anglais dans une pièce et il inven­te­ront une règle pour empê­cher un quatrième de se joindre à eux. Ce qui rendait Édith diffé­rentes, c’est que la plupart des gens, en tout cas les membres de la noblesse, feignent de n’at­ta­cher aucune impor­tance à leurs privi­lèges. Recon­naître le plai­sir que l’on éprouve d’être invité alors que le public doit payer son billet, de fran­chir une barrière, ou péné­trer dans une pièce dont les autres sont exclus, ne vous atti­rera que des regards d’in­com­pré­hen­sion des aris­to­crates (vrais ou faux. Les douai­rières chevron­nées se conten­te­ront sans doute d’un haus­se­ment de sour­cil désap­pro­ba­teur pour indi­quer que l’idée même dénote d’un manque de savoir-vivre navrant. Si stupé­fiante que soit la malhon­nê­teté de tout cela, la disci­pline avec laquelle ces gens-là respectent leurs inébran­lables règles force le respect.

Très bonne analyse

Dans l’en­semble, les gens privi­lé­gié ne sont pas du genre à geindre. On ne parle pas de ces ennuis, ça ne se fait pas. Une prome­nade d’un pas vif ou un bon cordial sont leur façon de réagir lors­qu’ils ont des peines de cœur ou d’argent. La presse popu­laire décrit souvent leurs froi­deur or ce n’est pas le manque de senti­ments qui les rend diffé­rents, plutôt leur habi­tude de ne pas les expri­mer. Élevés dans cette disci­pline de pudeur, ils n’ap­pré­cient évidem­ment pas les débor­de­ments d’émo­tion chez les autres, et sont sincè­re­ment déso­rien­tés par le chagrin des classes labo­rieuses, ces mère en sanglots que l’on traîne et soutient jusqu’à l’église pour l’en­ter­re­ment de leur enfant, ces veuves de soldat photo­gra­phiées en larmes, lisant sa dernière lettre. Le mot même de « conseiller » les révulse. Sans doute ne comprennent-ils pas que toute tragé­die natio­nale ou person­nelle ‑guerre meur­trière, atten­tat, acci­dent de la route, offre aux gens plus simples l’oc­ca­sion de connaître une célé­brité éphé­mère. Pour une fois dans leur vie, ils peuvent apai­ser le désir obsé­dant, et telle­ment humain, de vedet­ta­riat , de recon­nais­sance publique de leur condi­tion. Un besoin que les privi­lé­giés ne s’ex­pliquent pas parce qu’ils ne le ressentent pas. Eux sont nés sur le devant de la scène.

Discussion politique

L’is­sue de la discus­sion n’avait aucune impor­tance pour aucun d’entre nous, il n’empêche que l’appuie que m’ap­por­tait Tommy agaçait Henri. Comme tous les repré­sen­tants les moins intel­li­gents de sa classe, il s’ima­gi­nait que sur chaque sujet, du choix d’un porto à l’eu­tha­na­sie, il existe une façon correcte de penser et qu’il suffit de la formu­ler pour empor­ter la posi­tion. Vu qu’il ne s’adresse géné­ra­le­ment qu’à des gens de leur bord, la partie est souvent facile à gagner.

La lady la plus aboutie

Lady Uckfield parlait de lui comme on parle d’un vieil ami mais comme elle cachait toujours ses senti­ments, y compris à elle-même, j’étais inca­pable d’éva­luer leur degré d’in­ti­mité.

Le personnage principal tombe amoureux

Elle s’ap­pe­lait Adela Fitz­ge­rald, son père était un baron­net Irlan­dais, un des plus anciens, précisa-t-elle parfois d’un ton tran­chant. Elle était grande, jolie, sérieuse et je perçus aussi­tôt que j’avais toutes les chances d’être heureux auprès d’elle pour le restant de mes jours. Aussi fus-je très occupé dans les mois qui suivirent à la convaincre de cette évidence qui, je dois l’ad­mettre, lui parais­sait moins criante qu’à moi.

Comparaison : femme d’aristocrate et femme de star

La femme d’un comte est une authen­tique comtesse. Les gens ne voient pas simple­ment en elle le moyen d’ac­cé­der à son mari. De plus, si la famille qu’elle a épou­sée à conser­ver ses biens, ce qui était le cas des Brough­ton, elle peut régner en souve­raine sur le micro-royaume de son mari. En revanche, la femme d’une star n’est… que sa femme. Rien de plus. Les gens ne la cour­tisent que pour s’in­si­nuer dans les bonnes grâces de la vedette. Il n’y a aucun domaine sur lequel régner. Le royaume de son mari, ce sont les studios et la scène où elle n’a pas sa place. Lors­qu’elle y fait de rares appa­ri­tions, elle dérange même plutôt, inac­tive parmi des gens en train de travailler.

29 Thoughts on “Snobs ‑Julian FELLOWES

  1. Je n’ai jamais lu cet auteur, que pour son malheur, je confon­dais avec un autre britan­nique plus sopo­ri­fique ;-) Je note pour rattra­per cette erreur plus tard !

  2. Je comprends ce que tu dis. J’ai énor­mé­ment de mal à lire en ce moment. Ce titre ne m’at­tire pas vrai­ment même si j’aime les auteurs britan­niques et de toute façon, je ne l’ai pas. Ca règle le problème !

  3. Brigitte on 30 mars 2020 at 20:46 said:

    Je garde un bon souve­nir de ce livre, de son humour… Le hasard fait que je vais commen­cer son roman Belgra­via, acheté il y a un bon moment, qui se déroule au XXème, juste après Water­loo.

  4. Je n’ai pas encore lu cet auteur mais je le ferai certai­ne­ment un jour. C’est vrai qu’en ce moment ce serait l’idéal, comme beau­coup j’ai un peu de mal à lire, mais je n’en ai pas sous la main.

  5. keisha on 31 mars 2020 at 08:52 said:

    La liste des auteurs à lire pour après confi­ne­ment s’al­longe… ^_​^

  6. Ce n’est pas vrai­ment le genre d’uni­vers qui m’at­tire mais tu sais bien le vendre ;)

  7. Bonsoir Luocine, merci pour ce billet avec la chan­son de Boris Vian que je n’avais pas enten­due depuis long­temps. Bonne soirée.

  8. J’avais acheté ce roman (ainsi que « Belgra­via », ensuite) au moment de sa sortie et je ne l’ai toujours pas lu… Mais ce que tu en dis me confirme que quand je le ferai, je passe­rai un bon moment.
    En revanche, confi­ne­ment oblige, j’ai « avalé » une série qu’il a écrite : The English Game où on retrouve sa « patte » et ses sujets de prédi­lec­tion. Je précise que je ne suis pas du tout amateur de foot mais que j’ai beau­coup aimé cette série.
    Sinon, j’ai vu que « Belgra­via » a été adapté en série diffu­sée actuel­le­ment au Royaume-Uni. A suivre chez nous bien­tôt, j’ima­gine.

  9. J’aime beau­coup cettre rubrique « pour le sourire » et « so british » !

  10. oh c’est tentant ! Ma biblio­thèque a Belgra­via, c’est du même acabit ?

  11. J’avais adoré – contrai­re­ment à « Passé impar­fait »

    • et moi c’est plutôt le contraire, enfin pas exac­te­ment , j’ai aimé les deux mais j’ai préféré « passé impar­fait ».

  12. Il y a hyper long­temps que je n’ai pas lu Fellowes. Depuis Down­town abbey, je dirais. Et bon, je comprends tout à fait ce besoin de faci­lité !

    • besoin de faci­lité et surtout d’être accro­chée par une lecture mon esprit s’en­vole souvent près de gens que je ne peux pas serrer dans les bras en ce moment.

  13. Là en revanche, je vais snober cet univers et ce titre qui me parlent moins…

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