Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thè­que de Dinard. Il a reçu un coup de coeur. 

J’ai rare­ment eu un plai­sir aussi fort en lecture. Je suis bien dans la langue de cet auteur et avec ses person­na­ges. Je pense aussi qu’une partie de mon bien être vient du contre­point qu’il apporte à la période que nous vivons en ce moment où tant de gens venant de ces mêmes régions repren­nent le chemin de l’exil. En lisant la prose de Raphaël Constant, j’ai ressenti un immense espoir. Espoir que les hommes quel­les que soient leurs origi­nes, leur couleur de peau, leur langue, leur reli­gion, puis­sent vivre ensem­ble et façon­nent grâce à leurs éner­gies venant du monde entier une région de notre planète. Je ne savais pas que dès 1920 les « levan­tins », c’est à dire les Syriens et les Irakiens chré­tiens ou musul­mans, avaient fui une région touchée par la misère.

Une rue, de Fort de France, porte le surnom de la rue des Syriens, c’est la plus commer­çante et c’est là que le person­nage dont nous suivons le destin, Wadi, va s’installer et faire fortune. Il aura aupa­ra­vant quitté son père et sa mère qui vivent en Syrie à Hala­biyah (lieu qui vient de connaî­tre une nouvelle destruc­tion et sans doute un nouvel exode). Dès son arri­vée il aura la chance de tomber sous la coupe de Fanotte une femme noire qui va lui appor­ter l’amour physi­que mais aussi les langues de ce pays : le créole et le fran­çais. Grâce à elle et à son incroya­ble éner­gie, il va réus­sir à s’installer et vivre bien en Marti­ni­que, sans jamais oublier sa mère à qui il doit ses yeux verts, il la sait malheu­reuse au pays car elle est la première épouse de son père à qui elle n’a pu donner qu’un fils qui est si loin d’elle.

Le livre croise plusieurs destins, ceux des Syriens qui ont habité cette rue. J’ai été très sensi­ble à la vie de Bachar le cousin de Wadi, il s’est fait chré­tien par amour d’une jolie indienne. Le person­nage que j’ai préféré c’est Fanotte, son intel­li­gence et son éner­gie sont les fils conduc­teurs de ce roman. Elle saura accep­ter la légi­time épouse de son Wadi sans rien perdre de sa superbe : quelle femme ! J’ai aimé enten­dre toutes ses langues, même si bien sûr il faut les traduc­tions pour que je comprenne le créole, à l’image de ce peuple bigarré les langues sont des marqueurs sociaux très forts mais cela ne les empê­che pas de vivre ensem­ble et de réus­sir à faire une commu­nauté. Ce n’est pas non plus une image idyl­li­que qui se dégage de ce livre, non c’est une société dure, raciste et impla­ca­ble pour les faibles mais on sent que la vie est toujours prête à repar­tir .

Citations

La Syrie après l’empire Ottoman

Là encore, mon père se distin­guait parmi les villa­geois de Hala­biyah, qui consi­dé­raient les chré­tiens d’Europe comme des sauveurs parce qu’ils avaient jeté bas l’Empire otto­man. il aimait à se procla­mer, à la grande irri­ta­tion de certains, Arabe d’abord, Syrien ensuite et enfin sujet de la sublime porte. A l’entendre, cette dernière avait toujours respecté les peuples qu’elle avait conquis, y compris en Europe même, dans une région qu’il dési­gna comme étant les Balkans. Chaque région jouis­sait d’une large auto­no­mie et pour peu qu’elle ne rechi­gnât point à payer l’impôt que levait annuel­le­ment Istan­bul, elle pouvait se déve­lop­per en toute tran­quillité.

Femme en Martinique

Naître femelle, dans ce pays-​là est une sacrée déveine. Non seule­ment on doit se débat­tre avec la misère qui ne vous lâche pas d’un pas, mais on doit aussi suppor­ter la scélé­ra­tesse des hommes. Qu’ils emmiel­lent avec du beau fran­çais appris par cœur ou vous sédui­sent avec du créole grosso-​modo, le résul­tat est égal : vous vous retrou­vez à pleu­rer toute l’eau de votre corps sur le pas de votre case déser­tée. Vous avez beau année après année, tenter de vous faire une raison, rien n’y fait ! à chaque fois, vous retom­bez dans le même piège, mais avec un gros ventre qui augmen­tera le nombre de vos marmailles.

Le nom des exilés

Il y eut donc les Habib, les Jaar, les Mans­sour, les Bachar, les Abdul­lah, les Yacoub, les Ben Amar­tya, souvent des prénoms que l’administration fran­çaise, par igno­rance, inscri­vait comme patro­ny­mes. Trop heureux d’avoir atteint les rives de cette terre promise qu’était l’Amérique, les venus du Levant se gardaient bien de protes­ter. Ils comp­taient bien mener une nouvelle vie et si le prix à payer n’était que cela, ce n’était pas si grave.

Le style, trois exemples

- Entre le Levant et la Marti­ni­que, le cour­rier prenait ses aises.
- Que son patron se fût laissé aller à lui mignon­ner l’arrière train, encore moins à exiger qu’elle lui ouvrit son devant.
- Depuis qu’elle suivait l’école du soir, son parler était devenu trop inti­mi­dant pour qu’on puisse lui tenir tête, mais d’autres atten­daient leur heure. L’aller lui appar­tient, maugréaient-​elles, mais le retour sera nôtre. Patience !

Dicton arabe

Tu es maître des paro­les que tu n’as pas pronon­cées ; tu es l’esclave de celles que tu as lais­sées échap­per

Que j’aime ce passage…

Décou­vrir que derrière l’étalage de nos rites, l’affirmation têtue de nos croyan­ces, l’entre choc de nos langues et de nos rêves, il n’y avait, dans le fond, qu’une seule et même soif, ne fut pas un mince éton­ne­ment.
Soif de tenir tête aux chien­ne­ries de l’existence.
Soif de compren­dre le pour­quoi de celle-​ci puis­que Dieu semble avoir déserté le monde et que de faux prophè­tes parlent à Sa place.

L’adaptation en Martinique

Wadi n’avait pas fini d’apprendre dans cette Améri­que Marti­ni­que où en quatre-​vingt ans il avait vécu cent fois plus de choses extra­or­di­nai­res qu’en dix-​sept ans de vie en Syrie. Là-​bas , la vie était régle­men­tée depuis us de mille ans, chaque acte était codi­fiée , chaque parole pesée et soupe­sée grâce au livre sacré et au hadith, ces faits et gestes du Prophète que des géné­ra­tions et des géné­ra­tions avaient pieu­se­ment consi­gnés. Ici à l’inverse, régnaient le préci­pité, l’improvise, le sauve-​qui-​peut, l’indifférence au Lende­main, la soif de profi­ter de chaque instant, le tout enve­loppé dans une criaille­rie perma­nente. Comme si les Créo­les avaient peur du silence.

Le créole si on le dit à voie haute on peut presque le comprendre

Mandé’y non ! : eh ben pose lui la ques­tion

et avec l’intonation

La ! La ! La peut bien vouloir dire : Non ! Non ! Non…

Lu grâce au club de lecture de la média­thèque de Dinard.


Fran­çois Garde ne m’en voudra certai­ne­ment pas que l’alto prenne plus de place que son roman sur ma photo. Lui qui a donné vie dans « L’effroi » à un Sébas­tien Armant, altiste à l’opéra de Paris qui « aurait tant aimé ne nous parler que de musi­que ». Malheu­reu­se­ment, le geste horri­ble, crimi­nel, d’un chef d’orchestre très en vue fait bascu­ler sa vie. Voici le début d’une d’une vraie tragé­die :

L’archet levé, j’attendais le signal ;

Soudain le chef se redressa. Il prit une longue inspi­ra­tion, se figea dans un impec­ca­ble garde-​à-​vous. Le public ne se rendit compte de rien, et pour nous ce chan­ge­ment de posture ne produi­sit qu’un vague senti­ment d’alerte.

Lente­ment, il leva le bras droit, main tendue vers le rideau de la scène, et, de sa belle voix de bary­ton, s’exclama avec force et solen­nité :

« Heil Hitler ! »

Sébas­tien Armant, saisi d’effroi, va se lever et sortir, entraî­nant derrière lui tout l’orchestre, la répro­ba­tion du geste du chef est telle que cela devient « le » scan­dale média­ti­que qu’il faut à tout prix exploi­ter pour des raisons poli­ti­ques et de pouvoir. Notre altiste va deve­nir un objet aux mains des spécia­lis­tes de la commu­ni­ca­tion et peu à peu perdre pied et ne plus très bien savoir comment diri­ger sa vie. Le récit est bien mené et nous retrou­vons les travers de notre société dans la descrip­tion de la chute program­mée d’un homme simple­ment coura­geux. Le lecteur sait, bien avant lui, que Sébas­tien Armant n’aurait jamais dû fréquen­ter les fameux « plateaux » télé, que c’est un monde prêt à dévo­rer de l’émotion sur le dos de ceux qui peuvent encore en expri­mer.

Sa pein­ture du monde poli­ti­que avec sa cohorte de conseillers en image, en commu­ni­ca­tion, en revue de presse est criant de vérité. Oui, c’est bien dommage que cela se fasse sur le dos de la musi­que mais, au moins, il peut se rassu­rer, la musi­que restera toujours cet art exigeant qui demande à ses servi­teurs de travailler tous les jours (ou pres­que) six heures, pour arri­ver à un résul­tat qui leur donne du plai­sir et nous en donne tant. C’est l’amie proprié­taire de l’alto de cette photo qui m’a fait décou­vrir cette réalité, et aucun conseiller ne pourra jamais faire l’économie de ce travail exigeant pour abou­tir au feu d’artifice que repré­sente un concert réussi. Il peut se compa­rer au travail de l’écrivain qui polit sa langue pour permet­tre au lecteur de rentrer au plus profond du récit et de parta­ger les doutes et les espoirs de l’écrivain comme le fait si bien Fran­çois Garde.

Citations

le directeur de l’Opéra

Jean-​Pierre Chomé­rac, le prési­dent du conseil d’administration de l’Opér, me surprit. Chomé­rac avait pris ses fonc­tions six mois plus tôt. Il devait ce poste à une ancienne et indé­fec­ti­ble amitié avec le prési­dent de la Répu­bli­que. (…) Sous sa protec­tion, il avait été nommé succes­si­ve­ment inspec­teur géné­ral de l’agriculture, préfet de l’Yonne, ambas­sa­deur au Portu­gal. Il ne dissi­mu­lait pas la minceur de ses compé­tence, et y suppléait par un sens poli­ti­que avisé et sa propen­sion à se saisir des sujets à la mode et à faire parler de lui. (…)Nos délé­gués syndi­caux murmu­raient qu’il n’avait pas encore décou­vert que dans un opéra on faisait de la musi­que.

Vous savez prési­dent de l’Opéra n’est qu’un lot de conso­la­tion en atten­dant mieux.

Ceux qui nous gouvernent

Je le remer­ciai en prenant la carte qu’il me tendait. Des assis­tants vinrent à nouveau papillon­ner autour de nous. Le conseiller du minis­tre en profita pour se glis­ser à côté de moi et murmu­rer :

- Il distri­bue ses cartes de visite comme s’il était encore député-​maire. Bien évidem­ment, c’est nous qui vous contac­te­rons le moment venu.

Les médias

Les médias sont comme un mons­tre insa­tia­ble, il faut lui donner à manger de temps en temps, sinon il peut vous dévo­rer tout cru.

Vie et mort des scandales dans les médias

Les chaî­nes d’information en continu se réga­lent. Avant-​hier les révé­la­tions d’un obscur atta­ché parle­men­taire ; hier les expli­ca­tions contour­nés du minis­tre du Budget ; ce matin les bons mots assas­sins d’un jeune loup de l’opposition. Dans notre affaire, il ne se passe rien de nouveau, il ne peut rien se passer d’inédit. Les jour­na­lis­tes me solli­ci­tent moins pour vous rencon­trer. Mon cher Sébas­tien, il faut s’y résou­dre : le bouquet que nous propo­sons à la vente depuis deux semai­nes commence à se faner, et les amateurs veulent des fleurs fraî­ches.

Le musicien d’orchestre

Rien ne peut égaler l’honnêteté du musi­cien, L’honnêteté sans fard et sans tache du travail du musi­cien, seul respon­sa­ble d’avoir bien appri­voisé son instru­ment, bien lu la parti­tion, bien écouté ses collè­gues, bien suivi les consi­gnes. Lui seul – et chacun dans l’ensemble- doit se glori­fier modes­te­ment de donner vie aux construc­tions invi­si­bles élabo­rées par les maîtres du passé. 

Phrase que j’aime

Comme des rochers fendant une mer calme, ou des sommets émer­geant des nuages. Mais les écueils ne disent rien du métier de pêcheur, ni les monta­gnes ne se rédui­sent à leurs extré­mi­tés.

20161202_102350Lu grâce au club de lecture de la média­thèque de Dinard. et il a obtenu un coup de cœur.

Marcher droit tourner en rond

5Je suis si contente de commen­cer l’années par un cinq coquilla­ges ! Et, Keisha va être contente son petit chou­chou est récom­pensé d’un coup de cœur à l’unanimité de celles qui l’avaient lu dans mon club (je peux lui dire que c’est rare !). Comme je me régale égale­ment avec son précis de méde­cine imagi­naire, j’ai mis les deux livres d’Emmanuel Venet dans le même billet.
Commen­çons par « Marcher droit tour­ner en rond » vous compren­drez la photo car il s’agit en effet de dévoi­ler la vérité qui se cache derrière toutes les photos de famille.

Margue­rite a cent ans et son petit fils est à son enter­re­ment. Tout le monde fait un portait élogieux de cette cente­naire. Oh là ! non non non, il lui manque une semaine pour être cente­naire et j’en connais un que ça agace ce manque de préci­sion : son petit fils qui vit avec un syndrome Asper­ger. Cela lui donne trois compé­ten­ces pous­sées à l’extrême : le scrab­ble, le petit bac et la connais­sance des catas­tro­phe aérien­nes. En plus, évidem­ment une inca­pa­cité totale à se satis­faire des menson­ges qui dissi­mu­lent toutes les condui­tes de faça­des en société. L’enterrement est donc pour lui l’occasion de racon­ter toutes les méchan­ce­tés des uns et des autres, c’est drôle, on a vrai­ment l’impression de voir l’envers du décor. C’est l’occasion aussi de revi­vre son amour pour Sophie peu récom­pensé malgré une belle constance de sa part.

Je pense que l’auteur, psychia­tre, a mis beau­coup de sa propre connais­sance de l’âme humaine pour écrire ce texte. Je vous cite la cita­tion de Sigmund Freud qu’il a mise en exer­gue au début du roman car j’ai souri :

La grande ques­tion à laquelle je n’ai jamais trouvé de réponse, malgré trente ans passés à étudier l’âme fémi­nine, est : » Que veut une femme ? »

Citations

Logique ?

Elle aimait à répé­ter que la vieillesse est la pire des cala­mi­tés, mais chaque hiver, elle se faisait vacci­ner contre la grippe, et, à la moin­dre bron­chite elle extor­quait au docteur Comte des anti­bio­ti­ques. Pour ma part, si j’en arri­vais à trou­ver ma vie trop longue, je cesse­rais de me soigner et me lais­se­rais mourir une bonne fois pour toutes.

Compétence inutile

J’entretiens égale­ment une compé­tence hors du commun pour le jeu du petit bac, mais j’ai rare­ment l’occasion de m’en servir.

La vie de couple

Au bout de deux ans de vie commune, elle avait donc établi une fois pour toutes la répar­ti­tion des rôles dans leur couple : il reve­nait à Imre de payer des cadeaux et à elle-​même de les rece­voir, et il était convenu que ce contrat moral donnait pleine satis­fac­tion aux deux parties.

Une logique un peu rude

J’ai perçu trop tard que j’avais péché par excès de confiance en lui suggé­rant il y a trois ans, de deman­der l’euthanasie de son fils : lors du procès, j’ai senti que cette idée l’avait frois­sée.

Incompris

Je frisonne encore au simple souve­nir des expres­sions « harcè­le­ment » et « violence morale », leit­mo­tiv de ces vingt minu­tes de procès bâclé : est-​ce vrai­ment harce­ler que d’envoyer une dizaine de message par jour à une femme à qui vous pensez jusqu’au plus profond de votre être.

Le petit précis de médecine imaginaire

Ce sont de courts textes à dégus­ter pour se guérir de la moro­sité. J’avais d’bord mis 4 coquilla­ges, car certains textes (surtout la partie sur les ondes) me plai­saient moins que d’autres. Mais j’ai suivi le conseil de Keisha  : relire ces petits textes au hasard et non pas à la suite. Tous sont alors de petits bijoux . elle en a reco­pié sur son blog qui m’a pous­sée à ache­ter ce livre , à mon tour je vous en offre un et si je réus­sis à vous séduire tout le livre d’Emmanuel venet se retrou­vera sur nos blogs !

Malai­ses

Une fois à la retraite, mon grand père Joseph a fait trois chutes. Il avait l’habitude quand le temps le permet­tait, de péré­gri­ner des jour­nées entiè­res pour faire des cour­ses ou pour surveiller, en compa­gnie d’autres badauds, la bonne marche des chan­tiers des envi­rons ; Trois fois, donc ;, il rentra les genoux couron­nés, boitillant, endo­lori mais anor­ma­le­ment soucieux. L’affaire se soldait par du mercu­ro­chrome et des banda­ges, mais on la prenait telle­ment au sérieux qu’un des enjeux, à coup sûr, m’échappait. Rétros­pec­ti­ve­ment, j’ai compris que Joseph avait peur qu’on parle de malaise, et que ce soit fini de la vie paisi­ble.

Le malaise, concept central de toute expé­rience exis­ten­tielle, est affreu­se­ment mal traité par la méde­cine savante, qui le consi­dère au mieux comme une approxi­ma­tion à décons­truire. Il n’existe même pas, dans la litté­ra­ture spécia­li­sée, d’ouvrage consa­cré à ce sujet inépui­sa­ble. Osons le dire tout net, il manque à notre science un bon et solide« Traité du malaise », avec étymo­lo­gie, histo­ri­que, étude clini­que et tout le bata­clan. Moyen­nant quoi le patri­cien conscien­cieux parve­nant mal à distin­guer entre effet de langage et ennui de santé, craint systé­ma­ti­que­ment de passer à côté d’une mala­die grave et épuise son malade en examens inuti­les qui, bien souvent débou­chent sur un diag­nos­tic. De sorte que le patient pour­suit sa vie beau­coup moins serei­ne­ment que s’il n’avait pas consulté.
Joseph, lucide sur le risque, s’en remet­tait donc aux anti­sep­ti­ques et aux banda­ges. Vu qu’il tenait debout et gardait la vigueur de s’opposer à toute consul­ta­tion intem­pes­tive, on n’a jamais bien su les circons­tan­ces de ses chutes.

Et une citation car j’ai éclaté de rire

sous la rubrique paranoïaque

Cette évoca­tion réveille quel­ques figu­res admi­ra­bles : la crapule désœu­vrée qui trouve dans un mur mitoyen une mine de « casus belli » ; l’hémorroïdaire acharné à se faire rembour­ser son papier hygié­ni­que par la sécu­rité sociale .…

20161107_111041Traduit de l’anglais par Élodie LEPLAT. Lu grâce au club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Notre Club s’est donné une tradi­tion pour clore ses lectu­res. Au mois de juin, nous élisons « notre coup de cœur des coups de cœur », pour cela, la ving­taine des parti­ci­pants – remar­quez le mascu­lin, cette année deux hommes nous ont rejoin­tes !) doivent lire les dix livres en lice pour pouvoir parti­ci­per au vote autour d’agapes faites maison. « Le chagrin des vivants » avait connu un tel succès que je n’avais pas pu le lire l’an dernier , et depuis il est toujours sorti de la média­thè­que. Comme je comprends son succès ! je pense que ce roman va être un concur­rent sérieux pour notre prix en juin 2017.

5
Le roman se déroule essen­tiel­le­ment à Londres, sur cinq jours, du 7 novem­bre 1920 au 11 novem­bre où toute cette grande ville et tout le pays lui-​même se souvien­dra de ceux qui sont morts pendant la guerre 14 – 18 sur le sol de France. Nous suivons égale­ment la dépouille du « combat­tant inconnu » qui sera inhumé à West­mins­ter. Le début du roman est un peu compli­qué, car c’est un roman choral, nous suivons le destin d’Hettie une jeune fille d’origine très modeste, de 19 ans qui veut danser et vivre à tout prix alors que son frère mort vivant n’arrive pas à retrou­ver le goût de la vie après son retour du front. Puis à Evelyn d’origine aris­to­crate qui a travaillé dans une usine d’armement pendant la guerre pour oublier la mort de son fiancé, et se sent deve­nir une vieille fille acariâ­tre et enfin à Ada dont le fils est mort à Albert avant d’envoyer cette carte postale de l’église tris­te­ment célè­bre à sa mère.

066_001À partir de ces quatre femmes dont les destins se croi­sent, l’après guerre à Londres se dessine devant nos yeux de lecteur encore surpris de tant d’horreurs. Est-​ce qu’il faut atten­dre 100 ans pour que tout soit dit sur une guerre ? J’ai beau­coup lu sur celle-​ci, mais évidem­ment du côté fran­çais, il me semble qu’en France on a mieux traité les anciens combat­tants qu’en Grande Breta­gne. Les hommes muti­lés sont réduits à la mendi­cité. J’aimerais en savoir plus sur ce sujet mais déjà, dans la célè­bre série Down­ton Abbey, on voit que les anciens soldats ont besoin de la charité publi­que pour se nour­rir. La force du roman vient de ce que peu à peu comme beau­coup de Londo­niens nous sommes atti­rés par la céré­mo­nie du 11 novem­bre 1920 où beau­coup de Britan­ni­ques, dont nos quatre person­na­ges, trou­ve­ront dans cette céré­mo­nie en l’honneur du « combat­tant inconnu » un peu de conso­la­tion pour des maux si multi­ples et si profonds que rien ne semblait pouvoir les apai­ser. L’auteure a très bien rendu compte de la variété des destins bras­sés dans un même creu­set, celui de la guerre qui a tué, mutilé, ravagé une géné­ra­tion d’hommes jeunes et donc par voies de consé­quen­ces de leurs proches.

Citations

Les souffrances d’une mère

L’automne vint, les jour­nées commen­çaient à raccour­cir, la conscrip­tion à s’imposer. Alors elle commença à prier, ce qu’elle n’avait pas fait depuis des années. Elle priait égoïs­te­ment, déses­pé­ré­ment, pour elle, pour Michael, pour que la guerre s’arrête à sa porte. Elle igno­rait à qui elle adres­sait ces priè­res, elle igno­rait qui était le plus puis­sant : un Dieu distant, qui écou­tait ou pas ; la guerre affa­mée elle-​même, qui gron­dait sur leur seuil.

Ceux qui sont revenus

Pour­quoi ne peut-​il pas passer à autre chose ?

Pas seule­ment lui. Tous autant qu’ils sont. Tous les anciens soldats qui font la manche dans la rue, une plan­che accro­chée autour du cou. Tous vous rappel­lent un événe­ment que vous voudriez oublier. Ça a suffi­sam­ment duré. Elle a grandi sous cette ombre pareille à une grande chose tapie qui lessive la vie de toute couleur et toute joie.
La guerre est termi­née, pour­quoi ne peuvent-​ils donc pas tous passer à autre chose, bon sang ?

Payer pour une inscription sur les tombes des soldats morts en France

Ils m’ont demandé quelle inscrip­tion mettre sur la tombe. C’était six pence la lettre, rien que ça. On aurait pu croire qu’ils paye­raient pour ça non ?

Qui a gagné la guerre

L’Angleterre n’a pas gagné cette guerre. Et l’Allemagne ne l’aurait pas gagnée non plus

- Qu’est ce que tu veux dire ?
– C’est la guerre qui gagne. Et elle conti­nue à gagner, encore et toujours.

20161024_141947Je signale que la photo est prise sur ma veste en gore­tex, soli­da­rité oblige ! Traduit de l’anglais (Austra­lie) par Odile DEMANGE. Lu grâce au club de lecture de la média­thè­que de Dinard.

5
Je mets toujours 5 coquilla­ges quand un livre me fait rire, c’est très rare et ça fait telle­ment de bien. Le thème du club ce mois-​ci, était : « des livres légers qui font sourire ». Ce livre corres­pond exac­te­ment à cette défi­ni­tion, et comme beau­coup de livres qui nous font sourire et parfois (pour moi en tout cas) pouf­fer de rire, il est plus profond qu’il n’y paraît. La quatrième de couver­ture cite le ques­tion­naire que Don Till­mann met au point pour réali­ser « son Projet épouse », en bon scien­ti­fi­que, il a très bien balisé le terrain pour trou­ver la femme idéale.

Celle ci ne doit pas :

  1. fumer et boire
  2. être végé­ta­rienne et aimer la glace à l’abricot
  3. se lever après 6 heures.

Mais elle doit :

  1. faire du sport
  2. être ponc­tuelle
  3. accep­ter le système de Repas Norma­lisé qui prévoit du homard au dîner le mardi.

Mais voilà qu’une certaine Rosie qui fume qui est végé­ta­rienne qui n’a qu’un sens rela­tif des conven­tions et des règles vient trou­bler le quoti­dien de cet homme brillant mais tota­le­ment inapte à vivre en société. Tous les person­na­ges sont inté­res­sants et les situa­tions extrê­me­ment drôles. Graeme Simsion, n’écrit que du point de vue de Don, et donc à nous d’imaginer les réac­tions de ceux qu’une trop grande fran­chise peuvent pertur­ber. Don est un scien­ti­fi­que à la mémoire prodi­gieuse mais inca­pa­ble instinc­ti­ve­ment de rela­tions socia­les avec les autres humains et surtout d’improvisation. Sa vie est donc entiè­re­ment prévi­si­ble et tout le temps qu’il gagne à faire très vite ce qui l’ennuie, il le garde pour parfaire ses connais­san­ces scien­ti­fi­ques. Bien sûr cela ressem­ble à un compor­te­ment autiste et ses amis le pous­sent d’ailleurs à faire une confé­rence sur le syndrome Asper­ger, persua­dés sans doute qu’il se recon­naî­tra. Mais là n’est pas son problème, il est occupé à trou­ver une épouse et à aider Rosie à trou­ver son père biolo­gi­que. Il fait une confé­rence aussi sérieuse que peu conven­tion­nelle évidem­ment, devant un parterre de parents d’enfants autis­tes et cela a peut-​être été pour eux un formi­da­ble moment d’espoir. En tout cas « les aspis » ont adoré !

J’ai beau­coup appré­cié que les person­na­ges secon­dai­res ne soient pas des cari­ca­tu­res plusieurs histoi­res s’entremêlent et elles ont toutes de l’intérêt. J’ai vu souvent passer ce roman sur les blogs et je rejoins le chœur des avis posi­tifs. Si vous avez un petit coup de blues lisez ce théo­rème et vous retrou­ve­rez le sourire.

Citations

Un métier passionnant

Mon travail person­nel porte sur la prédis­po­si­tion géné­ti­que à la cirrhose du foie. Je consa­cre une grande partie du temps que je passe à la fac à saou­ler des souris.

Une honnêteté dure à supporter pour son entourage

Une femme au fond de la salle a levé la main. Concen­tré sur mon argu­men­ta­tion, j’ai commis une erreur sociale mineure que j’ai promp­te­ment corri­gée :

- Oui la grosse.… La dame en « surpoids » du fond ?
– Elle est restée silen­cieuse un moment et a regardé autour d’elle avant de poser sa ques­tion

L’avantage d’une veste en Goretex par rapport à une veste de laine imposée dans un restaurant chic

Ma veste en gore­tex « ce vête­ment de haute tech­no­lo­gie » qui m’avait protégé de la pluie et de tempê­tes de neige, se voyait désor­mais, de façon tota­le­ment irra­tion­nelle, injuste et contre-​productive, désa­van­ta­geu­se­ment compa­rée à l’équivalent en laine essen­tiel­le­ment déco­ra­tif de l’employé. J’avais payé la mienne mille quinze dollars, dont cent vingt dollars de supplé­ment pour la couleur jaune fluo dispo­ni­ble sur option.

Don Tillman fait souvent des remarques très justes

Le cerveau humain est programmé pour se concen­trer sur les diffé­ren­ces au sein de son envi­ron­ne­ment. Il faut qu’il puisse rapi­de­ment repé­rer la présence d’un préda­teur. Si j’avais des repro­duc­tions ou autres objets déco­ra­tifs, je les remar­que­rai pendant quel­ques jours et ensuite mon cerveau les igno­re­rait.

Réflexions sur les vierges qui attendent les fous qui tuent au nom d’Allah

Je trouve ça irra­tion­nel, ai-​je remar­qué, de vouloir des vier­ges. Une femme ayant une certaine expé­rience sexuelle est certai­ne­ment préfé­ra­ble à une novice

Un de mes éclats de rire : Don s’entraîne à la danse de salon dans son bureau à l’université

Je travaillais mes pas de danse quand Gene est entré dans mon bureau
– Il me semble que les statis­ti­ques de longé­vité repo­sent sur des maria­ges avec des femmes vivan­tes, Don.
Il faisait allu­sion au sque­lette que j’utilisais pour m’entraîner.

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J’avais telle­ment appré­cié « les forêts de Ravel  » que je me suis préci­pi­tée sur ce roman. C’est encore une fois Sandrine qui m’a fait noter son arri­vée dans une rentrée litté­raire trop encom­brée pour moi. Michel Bernard a deux talents, il sait décrire la guerre dans toute son horreur et les senti­ments patrio­ti­ques qui condui­sent des hommes jeunes à risquer leur vie. Et cet auteur sait aussi racon­ter la créa­tion artis­ti­que. Le premier remord de Monet, c’est l’histoire de ce jeune talen­tueux, coura­geux et très beau Frédé­ric Bazille  qui est mort pendant la guerre de 1870, alors que Monet est réfu­gié à Londres loin des tumul­tes des armes. Frédé­ric Bazille c’est ce grand jeune homme allongé sur ce tableau.dejeuner-pouchkine

Le début du roman commence par la quête du père de Frédé­ric, il veut retrou­ver son fils, Michel Bernard nous décrit, alors, ce qu’a repré­senté cette défaite de la France. Une armée mal prépa­rée, une répu­bli­que toute neuve qui n’a pas pu se défen­dre des soldats prus­siens qui venaient de vain­cre Napo­léon III. La quête de ce père, fou de chagrin, à travers le pays dévasté, puis son retour sur ses terres avec le corps de son fils pour qu’il soit enterré digne­ment est boule­ver­sant. On retrouve le talent de cet écri­vain pour nous parler de la guerre comme il l’avait fait pour racon­ter celle que Maurice Ravel a faite en 14 – 18.

L’autre qualité du roman de Michel Bernard , c’est de nous faire parta­ger l’élan créa­teur de ce pein­tre. Et ce sera le second remord de Monet que son amour pour Camille dont il a laissé de nombreux portraits . L’écrivain cerne au plus près les sensa­tions du pein­tre et nous compre­nons peu à peu les forces qui l’ont poussé à créer toute sa vie. Le roman suit l’artiste à Londres, à Argen­teuil, sous le soleil, sous la neige, il épouse les diffé­rents moments de la vie de Monet et nous retrou­vons des tableaux si célè­bres et tant de fois admi­rés. Comme celui-​ci dont j’ai toujours trouvé la lumière si belle :monet-la-piePuis vien­dra, pour Monet, le moment des séries et toujours la remise en ques­tion de son travail que ce soit à travers les peupliers, la cathé­drale de Rouen. Je crois qu’après avoir lu ce roman, on comprend mieux la quête de la lumière pour les pein­tres en parti­cu­lier les impres­sion­nis­tes. Et quel superbe final que cette réali­sa­tion de son jardin de Giverny et sa séries des nymphéas. Monet a réussi sa vie, je ne sais toujours pas s’il a eu des remords mais ce qui est sûr, c’est qu’il a offert à la France une oeuvre magis­trale à laquelle Michel Bernard rend un très bel hommage.

Citations

Les phrases que j’aime lire

Les cyprès, lanter­nes des morts au soleil de la Médi­ter­ra­née, fusaient au-​dessus des murs du cime­tière.

L’élan patriotique

Les armées prus­sien­nes étaient entrées en France et marchaient sur Paris. Cela avait décidé Frédé­ric, le doux rêveur Frédé­ric, à s’engager. Il avait lui aussi trouvé stupide ce conflit, stupide ce régime à bout de souf­fle, stupi­des ces géné­raux carrié­ris­tes ressas­sant les nosta­gies impé­ria­les. La défaite et l’invasion chan­geaient tout. Le pays était malheu­reux, la France était bles­sée, il fallait faire son devoir.

La création des nymphéas

Les tein­tes glau­ques, où les effets de lumiè­res assour­dis mêlaient l’air et l’eau, baignaient volup­tueu­se­ment le regard blessé du pein­tre. Une autre dimen­sion des choses vivan­tes lui appa­rais­saient qu’il n’aurait pas su voir quand il était jeune. Elle était supé­rieure, il le sentait, parce qu’elle lui appor­tait une certaine séré­nité dans la contem­pla­tion. Il avait fallu la longue prépa­ra­tion d’une vie pour l’atteindre et le compren­dre. Il y a vingt ans, il avait deviné que quel­que chose était là, qui l’attendait, mais c’était encore trop tôt. Impa­tient, tumul­tueux et désor­donné, il s’était préma­tu­ré­ment jeté à la conquête de ce qu’il fallait encore atten­dre. Main­te­nant, devant ses yeux usés, un monde inter­mé­diaire s’ouvrait, neuf pour lui et vieux comme la Créa­tion.

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20160813_105713Traduit du danois par Raymond ALBECK

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Quel livre ! Je le dois encore une fois à Domi­ni­que. Que sa curio­sité insa­tia­ble soit mille fois remer­ciée ! Sans son blog ce livre ne serait pas parvenu jusqu’à moi puis­que ma média­thè­que ne possède pas encore (depuis j’ai convaincu les biblio­thé­cai­res de l’acheter) ce « chef d’oeuvre », comme le dit la quatrième de couver­ture. Et je suis entiè­re­ment d’accord, c’est un petit chef d’oeuvre. Thor­kild Hansen, décrit avec une préci­sion extra­or­di­naire, tant sur le plan tech­ni­que qu’humain, une expé­di­tion qui part du Dane­mark en 1761, pour faire connaî­tre au monde un pays alors inviolé : « L’Arabie Heureuse ». Un roi danois Frédé­ric V, soutenu par un minis­tre, Berns­torff, parti­cu­liè­re­ment gagné à l’esprit des lumiè­res, mobi­lise des sommes impor­tan­tes pour finan­cer une expé­di­tion auda­cieuse. Il s’agit de rassem­bler des savants les plus poin­tus de l’époque pour décou­vrir une partie de la planète où aucun occi­den­tal n’était encore allé.

D’abord, il s’agit de compren­dre ce nom : pour­quoi s’appelle-t-elle « Heureuse » cette Arabie ? Qui sont les peuples qui la compo­sent ? Pour cela, il faut un savant linguiste , ce sera un Danois von Haven. Pour compren­dre la géolo­gie et les plan­tes, on fera appel un savant suédois Peter Forss­kal, un méde­cin physi­cien danois le docteur Kramer pour soigner les membres de l’équipe , un pein­tre graveur Bauren­feind pour rame­ner les illus­tra­tions de tout ce qui sera décou­vert et un arpen­teur d’origine alle­mande, Cars­ten Niebuhr, le moins titré des cinq hommes. Tous ces gens ont beau­coup écrit, envoyé de longs rapports sur leur voyage (sauf le docteur Kramer). Torkild Hansen, les a tous lus et pour certains de ces écrits, il en était le premier lecteur.

Son récit nous faire revi­vre de l’intérieur cette incroya­ble épopée qui a failli être un des plus grands fias­cos de tous les temps. Pour une raison que l’on sait dès le début du livre van Haven et Forss­kal se haïs­saient, et malheu­reu­se­ment Berns­torff n’a pas su anti­ci­per les consé­quen­ces de cette haine impla­ca­ble. Il aurait au moins fallu dési­gner un chef, mais non, on leur demande à tous de s’entendre ce qu’ils sont tota­le­ment inca­pa­bles de faire. La raison en est sans doute que l’éminent profes­seur danois von Haven, déce­vait beau­coup son employeur qui n’osait pas l’avouer. Sur le terrain la mollesse d’esprit et de corps de von Haven le discré­di­tera tota­le­ment, au profit du coura­geux, éner­gi­que mais colé­reux Forss­kal.

La mala­ria empor­tera dans la mort ces deux hommes, le premier n’aura rien décou­vert d’important, se plai­gnant à longueur de rapports de l’inconfort et de l’insécurité. Le second au contraire a réussi à envoyer de multi­ples rapports, de nombreu­ses cais­ses de plan­tes, d’animaux empaillés, ou conser­vés dans l’alcool , de semen­ces, de plan­tes séchées. Tout cela parfai­te­ment décrit dans de mult ouvra­ges. Malheu­reu­se­ment, rien ou pres­que de son fabu­leux travail n’a été exploité. Pour­quoi ? Il était suédois et le roi du Dane­mark n’avait guère envie que la Suède s’attribue le succès d’une expé­di­tion qu’elle avait finan­cée. Forss­kal est un élève de Linné qui est déjà un savant reconnu mais suédois, les consé­quen­ces de ce natio­na­lisme absurde c’est que von Haven n’a rien décou­vert par paresse et que les extra­or­di­nai­res décou­ver­tes de Forss­kal ont été complè­te­ment négli­gées ou pres­que.

Il ne reste donc rien de cette expé­di­tion qui dura 7 ans ? et bien si ! Le seul person­nage peu titré était cet arpen­teur d’origine alle­mande : Cars­ten Nieb­hur qui a toujours refusé le moin­dre titre hono­ri­fi­que, il est le seul à reve­nir vivant de cette extra­or­di­naire épopée et il a fourni au monde, pour plusieurs siècles, des cartes exac­tes de cette région du monde. Même s’il a donné le nom correct à l’Arabie « Heureuse » : le Yemen , il n’a pas trouvé pour­quoi on l’avait si long­temps appelé Heureuse. La réponse est dans le livre, à vous de l’y trou­ver…

C’est peu de dire que j’ai lu avec passion ce voyage abso­lu­ment extra­or­di­naire, ne m’agaçant même plus d’un procédé qui d’habitude me gêne beau­coup : l’auteur nous annonce souvent les événe­ments impor­tants à venir. Je préfère toujours décou­vrir les diffé­ren­tes péri­pé­ties au cours de ma lecture sans effet d’annonce. Quand j’ai réalisé que l’énorme travail de Forss­kal, d’une qualité remar­qua­ble allait être réduit à néant par la stupi­dité et la mesqui­ne­rie humaine, j’ai alors lu ce livre comme un thril­ler, je n’arrivais pas à le croire ! Si je dois encore vous donner une raison supplé­men­taire pour vous plon­ger dans ce voyage, lisez-​le simple­ment pour décou­vrir une des plus belles person­na­lité que les livres m’ont permis de connaî­tre : celle d’un arpen­teur qui avec téna­cité et intel­li­gence a permis de faire de cette expé­di­tion une superbe réus­site. Une person­na­lité de cet acabit : modeste, honnête, humaine, altruiste, coura­geuse, sans préjugé … bref, à lui seul, il mérite un collier entier de coquilla­ges !

Citations

Les temps anciens

Ce minis­tre nour­ris­sait pour l’art et la science un inté­rêt qu’il nous est diffi­cile d’imaginer, alors que nous avons amélio­rer la consti­tu­tion de l’État et que le despo­tisme éclairé a fait place à la démo­cra­tie non éclai­rée.

Trait de personnalité toujours sujette à la critique

Il avait de la valeur, on le lui eût pardonné, mais il le savait lui-​même, montrait avec osten­ta­tion qu’il en était convaincu, et cela était inex­cu­sa­ble.

La science et les mythes : l’explication de la fluorescence de la mer.

Des expé­rien­ces plus récen­tes ont prouvé que la phos­pho­res­cence de la mer est due à des orga­nis­mes vivants. Les filles de Nérée sont tout simple­ment des proto­zoai­res unicel­lu­lai­res, flagel­les et rhizo­po­des.

Des questions hautement scientifiques

Pres­que toutes les univer­si­tés euro­péen­nes deman­dent aux voya­geurs d’étudier tous les problè­mes imagi­na­bles : entre autres, un circon­cis éprouve-​t-​il plus de plai­sir au cours d’un coït qu’un incir­con­cis.

Le langage diplomatique dans toute sa splendeur

Il ne va pas jusqu’à dire que von Haven, à bout d’arguments, avait demandé à Forss­kal de lui « baiser le cul », mais que « von Haven avait eu recours à une insulte si gros­sière que le respect que m’inspire Votre Excel­lence m’interdit de la lui répé­ter, et toute­fois comme les circons­tan­ces me font un devoir de préci­ser, j’indiquerai que la popu­lace s’en sert pour accu­ser un homme de la lâcheté la plus abomi­na­ble, en lui attri­buant certai­nes habi­tu­des cani­nes » .…

La fin terrible de cette aventure pour les deux savants de l’expédition

Les deux profes­seurs ambi­tieux et querel­leurs ont partagé en fin de compte le même destin. L’un fut tout au long du voyage sans éner­gie, dépourvu d’esprit d’initiative, manquant d’idées, inté­ressé seule­ment par des ques­tions de confort. L’autre a travaillé du matin au soir, s’est passionné pour tout ce qui l’entourait, a décou­vert des problè­mes capti­vant là où les autres ne voyaient que des vérité de la Palisse, et a su les résou­dre. Il a collec­tionné, cata­lo­gué, décrit. Il n’a pas laissé derrière lui un simple jour­nal : ses manus­crits remplis­saient sept lourds colis et ses collec­tions au moins vingt gran­des cais­ses. Mais il n’en a pas plus tiré profit que le premier. On a connu la plus grande partie de ses décou­ver­tes seule­ment après que d’autres les eurent refai­tes et publiées. La mise de chacun est diffé­rente mais le résul­tat est le même : il ne reste rien.

Peter Forsskal

Le seul souve­nir vivant de Peter Forss­kal qui mourut à Yerim, en Arabie Heureuse, la plante de Forss­kal, est une ortie.

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Je savais que je lirai cette BD , mes tenta­teurs habi­tuels m’avaient convain­cue , en parti­cu­lier Jérôme. Je me réfu­gie vers les BD quand, parfois, les romans m’agacent ou se répè­tent , et que l’actualité me fait peur . La BD est souvent conso­la­trice et celle-​ci, bien que très triste, a parfai­te­ment joué ce rôle. Les person­na­ges sont émou­vants, le dessin très beau et l’histoire ellip­ti­que est char­gée du sens que chaque lecteur et lectrice voudra bien y mettre. On peut sourire, par exem­ple en appre­nant que si le person­nage fémi­nin s’appelle Épilie c’est parce que son père était enrhumé le jour où il a déclaré son prénom à la mairie. On part à l’aventure comme dans toute BD parce que « même si on est bien » le bonheur est peut-​être ailleurs

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On s’instruit aussi et Gaston expli­que très bien le phéno­mène des marées. On est séduit par la tendresse et la naïveté affec­tueuse du petit Abélard et on compte sur Gaston pour l’aider, l’instruire et le proté­ger .

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Mais dans aucune autre BD , on ne trouve des messa­ges de sagesse qu’on a tant envie de garder pour soi en les parta­geant avec tout le monde !

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Depuis La Frac­tale des Ravio­lis, je sais que je lirai ce roman soute­nue dans cette volonté par JérômeNoukette et Keisha. Il était dans mes baga­ges depuis long­temps, et je suis ravie de l’avoir lu et relu puis­que j’avais du temps. Je fais partie du club des lecteurs qui adorent les histoi­res, Pierre Raufast me permet de retrou­ver mes plai­sirs d’enfance , du temps où des adul­tes me racon­taient « Le Livre de la Jungle » ou « Les lettres de mon Moulin » . Je peux compren­dre que l’on n’adhère pas à cet auteur car il semble si peu sérieux aujourd’hui de lire des histoi­res inven­tées qui s’enchaînent avec une logi­que impla­ca­ble. L’imaginaire n’est pas à la mode sauf pour les enfants, ou en bandes dessi­nées. Je pense qu’un jour un dessi­na­teur s’emparera de cet univers si parti­cu­lier. En atten­dant, pour toutes celles et tous ceux qui veulent rêver, sourire et se lais­ser empor­ter par des fictions si bien construi­tes qu’on est prêt à croire sur parole cet auteur qui expli­quent avec le plus grand sérieux des histoi­res nous empor­tent loin, bien loin de tous nos soucis du quoti­dien , lisez cette « Variante Chilienne ».

J’ai adoré le moment où les deux compè­res quel­que peu éméchés ont essayé divers tech­ni­ques pour étein­dre les vers luisants, je vous dirais bien comment c’est possi­ble mais vous perdriez tout le sel de cette histoire. Je vous mets quand même sur la piste : claquer des mains ne suffit pas ! On ne peut pas racon­ter ce livre, car l’art d’un conteur est subtile et vient autant de l’histoire elle-​même que de la façon de la racon­ter. Mais quand même, sachez pour les esprits sérieux, que vous appren­drez comment cueillir des noix grâce aux héli­co­ptè­res, le pour­quoi du ratage du prix Nobel de litté­ra­ture pour Jorge luis Borges, vous vivrez dans un village où il a plu pendant 10 ans sans discon­ti­nuer : entre réalité et fiction, mensonge et vérité, Pierre Raufast signe un second roman qui m’a sans doute encore plus ravi que le premier parce que fina­le­ment je trouve qu’il aide à vivre quand on a l’âme en peine (la preuve : je lui mettrai bien 6 coquilla­ges !).

Citations

Humour (irrésistible pour moi !)

Diffi­cile à croire, mais cet endroit avait été le bordel de campa­gne des paysans du coin avant la guerre. Il fut maquillé sous l’Occupation afin d’éviter que les soldats alle­mands ne souillent le patri­moine natio­nal.

Je connais des gens comme-​ça, mais ils le disent moins bien

L’été je mets ma peau en jachère, je la laisse se repo­ser. Au bout d’une semaine, ma barbe a poussé. Alors, je suis content. Au bout d’un mois, de gros­ses boucles blan­ches se forment. Là je suis tout à fait heureux. Mes talents de philo­so­phe décu­plent. Je suis le Samson de la barbe blan­che. À la rentrée des clas­ses, je me rase. Je rede­viens le profes­seur fati­gué qui tourne la meule du savoir.

Les énumérations que j’adore

Avec passion, il décou­vrit la science du mélange des terres, argile, marne et silice : le malaxage, le pour­ris­sage, l’estampage, le mode­lage, le cali­brage, le montage, le tour­nage, le tour­nas­sage, le moulage, le coulage, l’ansage, le séchage et la cuis­son, qu’il appe­lait par défor­ma­tion « le cuis­sage ».

J’adore cette phrase

Les « si » sont des carre­fours invi­si­bles dont l’importance se mani­feste trop tard.

La perte des histoires non-​racontées

Quel gâchis ! Un cime­tière, c’est comme une biblio­thè­que remplie de vieux livres dont on aurait perdu la clef.

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Je consi­dère Domi­ni­que comme une bien­fai­trice de l’humanité des lecteurs et lectri­ces. Je n’avais pas un moral extra­or­di­naire et ce livre m’a fait beau­coup rire et m’a remis en forme. Pour­quoi « une bien­fai­trice » et non « la » bien­fai­trice ? Car je donne égale­ment ce titre à tous les auteurs qui me font du bien . Cepen­dant, les signa­ler à mon inten­tion doit être récom­pensé comme il se doit ! Vous devez lire cet ouvrage, surtout si, comme moi, dans les musées, il vous est arrivé de mourir d’ennui en traver­sant certai­nes salles . Savoir que, si l’on porte un regard criti­que sur des chef d’œuvre (s’ils sont au Louvre, ce sont bien des chef d’œuvre non ?) on est en bonne compa­gnie, m’a fait un plai­sir immense.

Avez-​vous déjà remar­qué le nombre de vier­ges à l’enfant qui tien­nent très mal le bébé qu’on leur a mis dans les bras ? Si vous avez essayé de tenir le vôtre de cette façon, il serait à coup sûr tombé par terre. Peut-​être qu’elle ne l’aimait pas tant que ça, ce bébé, et après tout, avec tous les soucis qu’il lui donnera plus tard, on peut la compren­dre. Je suis aussi souvent agacée sur les remar­ques basi­ques que j’entends sur l’art de notre époque, pour ça aussi cela me fait du bien qu’on se moque des œuvres qui, bien qu’anciennes et consa­crées, ne sont pas si bien construi­tes que ça ! Je me demande si, depuis que ce livre est paru, des gens se promè­nent avec ce guide sous le bras et se tordent de rire dans cette véné­ra­ble insti­tu­tion en regar­dant ce genre de tableau et en lisant le commen­taire qu’en on fait nos auteurs.

Pour vous donner un avant-​goût de ce qui vous attend voici un exem­ple :

20160504_154547Il s’agit de l’enlèvement de Déja­nire par le centaure Nessus 1755 peint par Louis Lagre­née (vous le trou­ve­rez Sully 2e étage. Vigier Le Brun salle 52)

Centaure et sans reproche

Au moins, on ne pourra pas dire repro­cher à Louis Lagre­née de gâcher de la toile ! Il a incon­tes­ta­ble­ment travaillé les effets de matière, à tel point qu’on ne sait plus quoi regar­der : le paysage flou et sucré à l’arrière-plan, les muscles bien dessi­nés des athlè­tes sans maillot, les mètres de drapés vire­vol­tants, sans oublier le crin blanc de la queue nerveuse du centaure, ni la trans­pa­rence de l’eau.

Au premier plan, un homme âgé – quoi­que fort bien bâti- se roule part terre de dépit, tirant la queue d’un autre candi­dat, qui a telle­ment abusé des hormo­nes que son corps en a été modi­fié, moitié cheval, moitié vache (notez la robe, si carac­té­ris­ti­que des norman­des). A l’arrière-plan, un candi­dat en plein effort. Certes, il appuie légè­re­ment son pied gauche sur un rocher, mais il pour­rait déco­cher ses flèches en faisant des poin­tes s’il le voulait tant il a travaillé ses quadri­ceps. Concen­trons nous sur Déna­jire : pour­quoi avoir investi dans autant de tissu pour se retrou­ver un sein (fort beau d’ailleurs) à l’air ? Est-​ce pour cela qu’elle arbore un air si tragi­que ou bien est-​elle déçue d’être embar­quée par le cultu­riste blond ? L’énorme jarre située en bas à gauche prend alors tout son sens : tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse.

Grâce à ce tableau, Luis Lagre­née a été reçu membre de l’Académie royale de pein­ture. Autre temps, autre mœurs.