Un livre vite lu et certai­ne­ment vite oublié, je ne comprends abso­lu­ment pas pour­quoi cette auteure mêle sa vie senti­men­tale à ce récit. J’ai essayé de compren­dre, puis j’ai lu en diago­nal son histoire d’amour torride avec « P » le séduc­teur. En revan­che, j’ai bien aimé la descrip­tion de sa famille pied-​noir. Le portrait de sa grand-​mère est criant de vérité. Cette femme si digne , aux cheveux colo­rés et perma­nen­tés, au visage parfai­te­ment maquillé a raconté à sa petite fille ses souve­nirs de « là-​bas₩ » c’est à dire de son Algé­rie natale qui n’a vrai­ment rien à voir avec le « crime contre l’humanité » dont à parlé un poli­ti­que. Les Montaya sont des Espa­gnols pauvres qui ont réussi à ferti­li­ser un bout de terre très aride de la campa­gne oranaise : Misser­ghin. Toute la famille a vécu dans le souve­nir de ce lieu, et l’auteure décide son père à retour­ner en Algé­rie. Elle ne sait pas si elle a raison de l’y entraî­ner, fina­le­ment, il l’en remer­ciera. Dès que son père s’est retrouvé sur les lieux de son enfance, il s’est senti beau­coup plus à l’aise qu’en France où il a toujours été un homme timide et réservé. Les liens entre l’Algérie et la France, à travers les rencon­tres que le père et sa fille sont amenés à faire avec des algé­riens de toutes le géné­ra­tions sont décrits de façons sincè­res et subti­les cela montre que nous sommes bien loin des décla­ra­tions simplis­tes et polé­mi­ques des poli­ti­ques sur ce sujet.

Citations

La mémoire de mon père m’impressionne. Celle d’Amin, me stupé­fie. Ce n’est pas celle d’un garçons d’une tren­taine d’années qui aime avant tout s’amuser et dont le carac­tère a priori joyeux n’a rien de nostal­gi­que. En aucun cas il ne peut s’agir de ses propres souve­nirs, on les lui a trans­mis. Il a reçu l’Algérie fran­çaise en héri­tage, comme moi.

20161130_175730Traduit de l’allemand par Leïla PELISSIER. Lu grâce au club de lecture de la média­thèque de Dinard.

2
Ce roman est « gentillet » pour les lectri­ces de notre club de lecture. Nous nous atten­dions à mieux et surtout à compren­dre pour­quoi plus personne ne vient dans cette librai­rie. Nous voulions aussi savoir si la jeune femme qui en hérite réus­sit à renta­bi­li­ser cette affaire. Car Valé­rie hérite d’une librai­rie qu’une vieille tante Char­lotte origi­nale lui a confié le temps de son absence, on ne sait pas si elle est morte ou tout simple­ment partie se distraire ailleurs.

Aucun person­nage n’est crédi­ble, et rien ne permet de compren­dre le pour­quoi de la désaf­fec­tion pour ce lieu, si ce n’est que les livres se vendent moins. Elle va se lier d’affection avec une rate ce qui ne rajoute vrai­ment rien à l’histoire et va rencon­trer un beau jeune homme dont on ne saura pas grand chose. Quant à l’importance des livres, c’est dit dans le roman sans convain­cre, certes Valé­rie a plus de temps pour lire puis­que peu de gens passent dans sa bouti­que mais cela ne donne pas l’explication ni la solu­tion à la désaf­fec­tion des lieux qui autre­fois enchan­taient les grands lecteurs. Bref un livre que je vais très vite oublier comme tous les membres de notre club

Citations

Un magasin vieillot

Ce maga­sin était comme un vête­ment que la vieille dame aurait confec­tionné autour de sa vie. Certai­ne­ment confor­ta­ble pour elle, il était informe et peu prati­que pour la jeune femme

Humour

Elle était juste introu­va­ble. Si aucun indice ne permet­tait de penser qu’elle était partie de son plein gré, rien n’indiquait non plus qu’elle était quel­que part contre son gré, fut-​ce dans l’au-delà.

Le pouvoir de la littérature

La litté­ra­ture peut en effet fasci­ner un être et capter toute son atten­tion. Elle peut le sous­traire aux peti­tes misè­res du quoti­dien et les trans­por­ter vers d’autres mondes au point de s’y aban­don­ner corps et âmes

Je fais souvent ça dans une librairie

Elle prit toute une pile de livres pour son petit fils (en veillant à se faire conseiller en détail, pour faire ensuite des choix person­nels forts diffé­rents).

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thè­que de Dinard

Déçue ! j’avais pour­tant bien aimé « le club des incor­ri­gi­bles opti­mis­tes  » un peu moins « la vie rêvée d’Ernesto G. » et vrai­ment très peu celui-​là. Bref, pas sûre que j’en lise un autre, de cet auteur. Jean-​Michel Guenas­sia se plaît à décou­vrir les dessous de la grande Histoire . Ici il s’attaque à un fait divers tragi­que qui a certai­ne­ment privé l’humanité d’un artiste qui avait encore tant à nous dire à travers sa pein­ture. Comment est mort vrai­ment Vincent Van Gogh, on est sûr d’une chose, il est mort des suites d’un coup de feu. Mais qui a tiré ? lui ? Des enfants qui jouaient ? Un homme rencon­tré peu de temps avant ? et ensuite pour­quoi n’a-t-on pas pu extraire la balle pour lui sauver la vie ? Le docteur Gachet était-​il compé­tent ? Quand on va à Auvers toutes ces hypo­thè­ses sont évoquées, celle du suicide aussi évidem­ment, avec une véri­ta­ble inter­ro­ga­tion à propos de l’arme. Un pisto­let sera bien retrouvé dans un champ en 1960 mais est-​il celui qui a servi et qui s’en est servi ?

Fort de toutes ces inter­ro­ga­tions Jean-​Michel Guenas­sia, invente un amour entre Margue­rite Gachet et Vincent Van Gogh. Pour­quoi pas ? Que ce pein­tre ait pu émou­voir jusqu’à la passion une jeune fille de province vivant sous la domi­na­tion d’un père peu sensi­ble à ses volon­tés d’émancipation, c’est possi­ble. Ce n’est qu’une hypo­thèse de plus. Je l’ai accep­tée au début, espé­rant qu’elle permette de mieux compren­dre ce génie de la pein­ture. Et c’est là que le roman est faible car si la jeune fille sent immé­dia­te­ment la force de ce pein­tre et que quel­ques descrip­tions de sa façons de pein­dre sont atti­ran­tes, le génie de Vincent Van Gogh ne devient pas plus fami­lier pour autant. Ce n’est pas très surpre­nant car l’auteur a vrai­ment très peu de docu­ments pour étayer sa thèse. Vincent n’a jamais parlé de Margue­rite Gachet à son frère. La partie artis­ti­que est quel­con­que et je n’ai guère cru à l’intrigue amou­reuse.

Je retien­drai une chose qui est connue mais qui est bien expli­quée ici : on peut être une copiste géniale et ne rien avoir à appor­ter à l’art, autre­ment dit ne pas être un artiste. Ainsi certains tableaux du musée d’Orsay seraient des copies de la main de Margue­rite Gachet dont ce célè­bre portrait de son père. Il est vrai que Vincent dans les lettres à Théo parle d’un portrait et pas de ce deuxième. Pas plus qu’il ne parle de son amour pour Margue­rite. Et surtout que se cache-​t-​il derrière le regard dans le vague du Docteur qui aurait laissé mourir sciem­ment Vincent Van Gogh ? Dans ce cas il méri­te­rait gran­de­ment l’opprobre de Jean-​Michel Guenas­sia.

Le vrai acheté par quelqu’un qui ne l’expose jamais.

Et le faux ? celui qui est à Orsay

Citations

le père et le frère de Marguerite Gachet

Ils sont telle­ment prévi­si­bles, leur égocen­trisme est telle­ment forcené que cela serait risi­ble si je n’en avais autant de tris­tesse. Chaque année, je n’y fais pas allu­sion , pour voir s’ils y pense­ront, et je ne suis pas déçue : ils m’ont oublié.

Les lieux peints par Vincent Van Gogh et les impressionnistes

Nous étions au bord de L’oiseau, c’est un lieu que Vincent affec­tionne parti­cu­liè­re­ment. A cette époque cet endroit ressem­blait au para­dis terres­tre, le grand saccage commen­çait à peine, nous n’avions pas conscience que l’homme était en train de tout défigurer…Quand on voit les bords de Seine tels que les ont peints les impres­sion­nis­tes et ce qu’ils sont deve­nus, nous ne pouvons qu’être atter­rés de la destruc­tion systé­ma­ti­que de ce qui était si beau.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thè­que de Dinard Thème « soudain tout bascule »

Ce livre avait tout çà fait sa place dans ce thème, cet homme a perdu son diplôme du Bacca­lau­réat sa vie devient absurde et malheu­reu­se­ment son livre aussi. C’est un premier roman et depuis il m’a fait beau­coup rire avec « L’écologie en bas de chez moi » mais celui-​là est à peu près illi­si­ble ? C’est une fable bien sûr dans la quelle il est beau­coup ques­tion de sexe, on se demande bien pour­quoi. L’enchaînement est tota­le­ment absurde, en revan­che, il y a quel­ques remar­ques sur l’administration fran­çaise qui sentent le vécu. Le moment où à l’Académie la secré­taire voit qu’il a brillam­ment réussi son bac mais ne peut pas appuyer sur la touche « impri­mer » pour en faire une copie est très proche de la réalité : « que voulez-​vous elle n’est pas là pour ça ! » Dans tout un fatras de situa­tions tota­le­ment absur­des, après plusieurs semaine de recher­ches infruc­tueu­ses, j’ai souri quand sa femme lui a avoué que, fina­le­ment, c’était elle qui l’avait ce fameux diplôme, dans ses affai­res. Situa­tions que j’ai rencon­trées plusieurs fois.

Sinon c’est du grand guignol et j’avoue après une centaine de pages, j’ai plutôt parcouru ce livre qui m’agaçait forte­ment. Ni les parties de jambes en l’air, ni la course après son diplôme n’arrivaient à rete­nir mon atten­tion, ni son voisin d’en face. Aucun person­nage n’a une quel­con­que consis­tance. Bref un premier roman dont j’aurais volon­tiers fait l’économie, heureu­se­ment que je n’ai pas commencé par celui-​là : j’aurais gardé une bien mauvaise impres­sion de cet auteur qui m’a tant amusée ensuite.

Citations

Incipit

Malheur à celui des enfants de Dieu qui perd son Bacca­lau­réat

L’art du rangement

C’est ça aussi le bonheur du range­ment, le doute permet aux plus artis­tes d’entre nous d’avoir une appro­che créa­tive, si tout était figé d’avance on n’aurait plus de raison de vivre

Humour

Le temps est l’ennemi des pin-​up comme il est l’ennemi des range­ments, les femmes et les papiers jaunis­sent au soleil

Je préfère le verbe aller au verbe être pour exprimer un déplacement

Le lac des cygnes où on a été avec Marco

L’administration

Quant à rencon­trer le doyen, en voilà une farce qui valait des millions ! Passer au-​dessus d’un chef du person­nel, a-​t-​on déjà entendu pareille vulga­rité ?

20161030_165320Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thè­que de Dinard

2
Une décep­tion mais quel dommage ! car c’était une bonne idée : peut-​on guérir le mal-​être grâce à la lecture ? Le person­nage central de cette histoire, Alex, en est persuadé au point de deve­nir « biblio­thé­ra­peute ». (J’ai décou­vert, grâce à Google, que cette profes­sion exis­tait !). Je sais, égale­ment, grâce à mon expé­rience person­nelle que lire et faire parta­ger ses lectu­res fait un bien fou. Je me suis donc plon­gée avec délice dans ce roman pour suivre la vie d’Alex et de ses patients. Hélas ! malgré quel­ques remar­ques perti­nen­tes sur notre société, un ressenti acerbe contre des mères dévouées mais enva­his­san­tes, aucun person­nage ne prend un relief quel­con­que.

C’est un roman fade, les extraits choi­sis par le théra­peute pour guérir ses patients sont insi­pi­des et on se demande bien pour­quoi la lecture de ces œuvres peut abou­tir à une amélio­ra­tion de l’état mental d’une personne souf­frante. Mon juge­ment est sévère sans doute, mais il est à la mesure de ma décep­tion. Je ne sais pas si mes lectu­res m’ont soignée, mais ce dont je suis sûre c’est que je ne pour­rai jamais regar­der sans sourire le compor­te­ment d’un snob après avoir lu Proust nous racon­tant Legran­din, que quand je suis triste ces vers de Verlaine me hantent :

Je ne sais pour­quoi

Mon esprit amer

D’une aile inquiète et folle vole sur la mer

Tout ce qui m’est cher

D’une aile d’effroi

Mon amour le couve au ras des flots. Pour­quoi, Pour­quoi ?

Lire permet de se compren­dre, d’accepter la vie et celles des autres. Je m’attendais à trou­ver dans ce récit la magie de textes pouvant faire plus et même soigner quelqu’un, mais je ne l’ai pas trouvé. Une décep­tion donc. Je n’ai pas réussi à m’intéresser au person­nage du commer­cial qui confond les quali­tés de sa femme et celles de sa machine à laver, ni au foot­bal­leur qui ne sait pas s’il doit rester jouer en France, ni à Yann atro­ce­ment mutilé après un acci­dent de voiture. Et hélas ! je n’ai pas cru aux amours d’Alex et de Méla­nie.

Citations

Difficultés de plaire pour un littéraire

Elles cher­chaient un amou­reux fougueux, coura­geux, dont elles pouvaient être fières pas un garçon capa­ble de décla­mer Racine au bord de la piscine où les autres exécu­taient des saltos avant.

La phrase qui tue pour un adolescent qui veut sortir avec une jolie fille

Je veux bien sortir avec toi mais je ne veux pas qu’on nous voie ensem­ble

C’est drôle mais peu crédible

Si Alex avait grandi dans une famille d’aliénés il lui aurait demandé si elle avait égale­ment filmé la concep­tion de sa fille chérie. Les films de nais­sance ennuient tout le monde, enfin les person­nes sensées. Les films de concep­tion trou­ve­raient un public plus large.

20160508_123628Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

2
Roman en deux parties, d’abord sur la musi­que d’inspiration afri­caine, autour d’une chan­teuse extra­or­di­naire Kitami. On la retrouve écra­sée par son tambour afri­cain, ou assas­si­née peut-​être mais par qui ? Cette première partie sur la musi­que ne m’a pas beau­coup passion­née. On voit des jeunes à la dérive essayer de se construire une iden­tité à partir de la musi­que d’improbables ancê­tres. La seconde partie raconte la jeunesse d’une enfant Prisca, au Rwanda. Entre sorcel­le­rie et racisme contre les Tutsi, la jeune fille gran­dit et devient une brillante élève. C’est compli­qué pour elle, le village pense qu’elle a des pouvoirs de sorciè­res et les auto­ri­tés voient d’un très mauvais œil cette jeune et belle Tutsi vouloir aller à l’université.

A la fin de ses études, on lui impose d’épouser un Hutu pour char­mer les blancs. C’est très inté­res­sant car on sent que le massa­cre des Tutsi par les Hutus n’était donc pas le fruit du hasard, mais d’une haine ancienne entre­te­nue par le pouvoir hutu. La jeune fille préfè­rera donc partir avec un tambour rwan­dais caché dans un village, avec le groupe de musi­ciens venant d’Amérique à la recher­che de la musi­que afri­caine. Elle devien­dra la célè­bre Kitami dont l’origine de la mort reste incom­pré­hen­si­ble. J’avoue ne pas avoir une grande passion pour la magie afri­caine, et les mauvais sorts ne m’intéressent guère, mais l’auteure sait très bien racon­ter comment au Rwanda c’est diffi­cile de se défaire de ce genre de légen­des, et que l’accusation de magie est aussi un bon prétexte pour suppri­mer toutes les person­na­li­tés quel­que peu diffé­ren­tes. C’est un livre qui doit ravir les amou­reux de l’Afrique.

Citations

Les langues africaines

D’où venaient-​ils, ces mots ? du kinyar­wanda, la langue mater­nelle de la chan­teuse, d’un anglais dans la version rasta-​jamaïcaine, du yoruba-​cubain, d’un fran­çais quel­que peu créo­lisé, certains préten­daient y recon­naî­tre les sono­ri­tés de l’amharique, du swahili, du sango, du wolof, du ruhima, du lingala, du copte, du sans­krit, de l’araméen..

Le racisme anti-​Tutsi

Nous savons, par exem­ple, que tu es intel­li­gente, trop intel­li­gente même, la Répu­bli­que du peuple majo­ri­taire n’a pas besoin de Tutsi femmes savan­tes.

20160425_150845Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

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Un roman très court, 113 pages, où l’auteure, sous couvert d’une rocam­bo­les­que histoire de roman disparu, traite de la créa­tion litté­raire. Elle s’est visi­ble­ment bien amusée avec force de clin d’œil pour initiés sans m’entraîner dans son histoire et puis, fina­le­ment, m’a forte­ment agacée, un peu comme lors­que les anima­teurs de télé parlent de leurs propres émis­sions et rient eux mêmes de leurs bonnes blagues. Colombe Boncenne cher­che à perdre son lecteur dans les méan­dres du monde de l’édition. Son person­nage retrouve par hasard un roman de son auteur féti­che. Personne ne connaît ce roman, l’auteur lui même nie l’avoir écrit.

Est-​ce que « Neige noire » existe ? A-​t-​il été écrit par Émilien Petit ? Autant de ques­tions qui tour­nent en boucle dans la tête du person­nage prin­ci­pal qui mène une vie peu passion­nante entre sa femme Suzanne et sa maîtresse Hélène. Quel­ques écri­vains vien­dront peupler ce roman peu consis­tant, comme je le disais , c’est un exer­cice intel­lec­tuel où les gens se recon­nais­sent se renvoient la balle, c’est de l’entre-soi et peu à peu je me suis sentie exclue de ce qui ressem­ble à un exer­cice de style pour initiés.

Citations

Les journaux de province

Le jour­nal local, qui consti­tue l’une de mes peti­tes joies d’un weekend en province : du repor­tage de proxi­mité au menu du restau­rant scolaire en passant par la légende déli­cieu­se­ment ordi­naire des photo­gra­phies, je me délecte toujours d’apprendre que la confré­rie des chas­seurs de papillons s’est réunie vendredi dernier à l’heure où les enfants des écoles primai­res dégus­taient une casso­lette de légu­mes de saison dans le cadre de la semaine du goût.

Les vacances en Bretagne, les clichés sur la météo c’est quand même un peu facile non ?

L’été, Suzanne parve­nait toujours à me traî­ner sur l’île de Groix, en Breta­gne, quand moi, je rêvais de soleil et de rythme médi­ter­ra­néen. Suzanne était plus douée que moi en matière d’organisation, elle me prenait toujours de court, réser­vait une loca­tion très en avance, convain­quait des amis de venir avec nous et usait de toute la mauvaise foi qui pouvait être la sienne lors­que je protes­tais : « Tu « avais qu’à t’en occu­per, des vacan­ces. » Alors, en fait de tapas, d’horaires déca­lés et de soirées langou­reu­ses, je me retrou­vais à filer sous la halle aux auro­res pour espé­rer y ache­ter quel­que pois­son pêché dans la nuit, puis chez un éleveur de chèvre baba-​cool pour tâcher d’y obte­nir un fromage frais ; l’après midi sur la plage, à essayer de me baigner dans une eau à 17 degré sous le prétexte d’un rayon de soleil ; enfin le soir, à jouer au Scrab­ble au coin du feu, car oui il faut l’admettre, un bon petit feu nous réchauf­fe­rait. Et encore, je parle des jours où la météo était clémente. Quatre semaine passè­rent ainsi, je me baignai quatre fois et gagnai dix-​sept parties de Scrab­ble sur trente-​huit- c’est dire le temps qu’il fit.

Un moment où j’ai souri

Quel­ques jours après cet anni­ver­saire, dans une rame de métro bondée, je crus avoir une hallu­ci­na­tion : au fond du wagon une femme discu­tait avec un épi de maïs. Une obser­va­tion plus précise de la scène me fit compren­dre qu’un minus­cule appa­reil porta­ble était coincé entre son oreille et le lainage de son bonnet, en réalité, elle télé­pho­nait tout en grigno­tant un maïs grillé.

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Roman éton­nant et que je n’aurais jamais lu sans le Club. J’ai vu que cette auteure a dédié son livre à Nelly Arcan, que je ne connais­sais abso­lu­ment pas. J’ai cher­ché à compren­dre et je me suis rendu compte que ces deux auteu­res avaient en commun de s’être beau­coup expo­sées dans les Médias. Nelly Arcan s’est suici­dée, et Camille Laurens a fait, subi et gagné un certain nombre de procès. Bref, c’est une adepte d’un genre qui me touche rare­ment « l’autofiction », à force de se dévoi­ler dans des romans, on en souf­fre mais cela peut être le moteur d’une écri­ture parti­cu­lière et qui a trouvé son public. Ce roman est vrai­ment un roman moins auto-​fictionnel que d’autres, et même si sa vie lui sert de trame de fond, il a l’avantage d’être égale­ment construit de façon litté­raire inté­res­sante. Il a pour sujet une mani­pu­la­tion sur Face­book, Claire un peu par vengeance d’un homme qui l’a repous­sée parce qu’elle a vieilli (du moins, c’est ce qu’elle pense), décide de créer un profil d’une femme de 25 ans sur Face­book. Commence alors une corres­pon­dance, et un lien virtuel entre elle et le meilleur ami de cet homme, et une passion amou­reuse parta­gée par les deux person­na­ges.

Une grande partie du roman parle de ça : du désir, de celui qui dispa­raît chez l’homme quand la femme de son quoti­dien vieillit. C’est aussi un roman sur la créa­tion litté­raire et la façon d’exister au monde à travers ce pouvoir que possède l’écrivain. Au cœur de la vie pari­sienne, Camille Laurens connaît bien la puis­sance des rumeurs, des ragots . Elle commence son livre en compa­rant deux couples célè­bres du « Tout Paris » , celui de Mosco­vici qui a 30 de plus que sa dernière femme sans que cela ne choque personne et Macron qui a 20 ans de moins et dont le couple appa­rem­ment est souvent sujet de quoli­bets. Bien loin de toutes ses réali­tés qui ne m’intéressent pas vrai­ment, je partage son avis, le vieillis­se­ment de la femme est diffé­rent de celui de l’homme, l’âge se marque diffé­rem­ment chez les deux parte­nai­res. Mais pour être entou­rée de gens très âgés, je vois aussi que passé 80 ans les femmes s’en sortent plutôt mieux côté séduc­tion.

Ce livre m’a souvent agacée, et parfois inté­res­sée, le genre « ragot » ce n’est vrai­ment pas ce qui peut me rete­nir, en revan­che, la mani­pu­la­tion sur Face­book et le danger qu’il y a à entre­te­nir une rela­tion virtuelle est bien analysé. Comme je plains les person­nes réel­les qui entou­rent cette écri­vaine, elles peuvent un jour se retrou­ver dans ses romans et les comp­tes qui se règlent par écri­tu­res inter­po­sées ressem­blent plus à une guerre civile qu’à une œuvre artis­ti­que.

Citations

L’aide quand on va mal

Vous êtes méde­cin ou seule­ment psycho­lo­gue ? Quelle diffé­rence, remar­quez ? Ce que je n’aime pas dans votre disci­pline, votre préten­due science, c’est qu’elle ne change rien. Vous avez beau savoir ce qui se passe, ce qui s’est passé, vous n’êtes pas sauvé pour autant. Quand vous avez compris ce qui vous fait souf­frir, vous souf­frez toujours. Aucun béné­fice. On ne guérit pas de ce qu’on rate. On ne reprise pas les draps déchi­rés.

Internet et Facebook

Inter­net est à la fois le naufrage et le radeau : on se noie dans la traque, dans l’attente, on ne peut pas faire son deuil d’une histoire pour­tant morte, et en même temps on surnage dans le virtuel, on s’accroche aux présen­ces facti­ces qui hantent la toile, ai lieu de se déli­ter on se relie . Ne serait-​ce que la petite lumière verte qui indi­que que l’autre est en ligne ! ah la petite lumière verte, quel récon­fort , je me souviens.

Humour

C’est comme cette épita­phe sur la tombe d’un Améri­cain au Père-​Lachaise. Sa femme a fait graver : « Henry, je sais enfin où tu dors ce soir. »

SONY DSCTraduit du suédois par Esther Sermage.
Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thè­que de Dinard.

2
Je pense que, pour tous ceux et toutes celles qui ont des chats, ce roman va pren­dre une couleur parti­cu­lière tant il est vrai que main­te­nir son chat dans son jardin et empê­cher celui du voisin de venir dans le vôtre est une véri­ta­ble gageure. À partir de l’histoire d’un chat qui a décidé que les jardins des voisins étaient aussi les siens, Maria Ernes­tam (qui, nous dit-​elle en post­face, l’a vécu person­nel­le­ment) a écrit un très court roman ou une grande nouvelle comme vous voulez (99 pages). Le point de départ est moyen­ne­ment passion­nant : comment expli­quer à votre voisin que leur chat terro­rise le vôtre chez vous. Mais, en réalité, l’histoire aurait pu finir très mal car derrière cette histoire de félins se cache une histoire de voisi­nage bien plus grave et qui aurait même pu être tragi­que.

Il ne faut pas plus d’une soirée pour lire ce livre , vous serez peut être plus indul­gente que moi. J’ai trouvé cette histoire de voisi­nage assez plate même si, fina­le­ment un peu de suspens assai­sonne la sauce au final.

Citations

Le grand gagnant : le chat du voisin

D’un bond, il monta sur le mur en pierre et inspecta son terri­toire, mettant tous ses sens à contri­bu­tion. Les jardins mitoyens, puis ceux des voisins plus éloi­gnés. Il avait impla­ca­ble­ment chassé tous ses concur­rents, l’un après l’autre, sans céder un pouce. Ceux qui osaient s’aventurer dehors, dans leur propre jardin, il les avait vain­cus à force de ruse et de haine raffi­née.

SONY DSCTraduit de l’anglais (SriLanka) par Esther Méné­vis.
Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thè­que de Dinard.

2
J’aurais tant voulu appré­cier ce roman qui raconte tout ce qui rend notre actua­lité si diffi­cile à suppor­ter : Ben, jeune méde­cin tamoul, tout juste diplômé est obligé de fuir son pays, il rencon­tre en Grande Breta­gne une femme qui va l’aimer mais leur histoire sera tragi­que . Le roman donne d’abord le point de vue de Ria, poétesse anglaise vivant isolée dans une maison au bord de la mer. Puis celui d’Anula, la mère de Ben, puis de Lydia l’enfant de Ria et de Ben. Tout est très sombre, car Ria est encom­brée par une histoire fami­liale très lourde, la dispa­ri­tion de son père l’a enfer­mée dans un silence hostile et a complè­te­ment perturbé son frère.

Je n’ai pas vrai­ment accro­ché au roman, car je trouve que l’auteur mélange trop les histoi­res d’amour impos­si­bles avec la réalité tragi­ques des réfu­giés sans statut. Je ne comprends pas non plus pour­quoi Ria ne coupe pas plus les ponts avec son frère destruc­teur qui appar­tient à des mouve­ments d’extrême droite. C’est vrai­ment confus au début et c’est péni­ble de voir un person­nage entouré de person­na­ges unique­ment néga­tifs. Il y a quand même son voisin, Eric, mais qui lui aussi est marqué par la mort , j’ai eu beau­coup de mal à croire à sa rela­tion avec Anula la mère de Ben. Tout en rédi­geant ce billet, je me rends compte qu’en réalité les person­na­ges m’ont prodi­gieu­se­ment agacée. Faire de l’amour un remède au deuil, me semble bizarre . Mais ce roman a au moins un mérite : remet­tre en mémoire le sort tragi­que des popu­la­tions tamou­les prises entre deux feux , celui des indé­pen­dan­tis­tes et celui de la terri­ble répres­sion de l’armée sri-​lankaise . Et au-​delà du cas du Sri-​Lanka nous faire compren­dre ce que ça veut dire, de tout quit­ter pour sauver sa peau.

Citation

l’horreur de l’exil

L’obscurité qui régnait dans le camion avait aboli toute possi­bi­lité de penser à autre chose que respi­rer. Elle avait effacé jusqu’au souve­nir de la peine qu’il avait éprou­vée en aper­ce­vant le visage de sa mère pour la dernière fois ; et c’est ainsi qu’il avait voyagé, à travers des terres sans fin, avec le senti­ment toujours plus fort de son insi­gni­fiance et de sa propre morta­lité. Comme le nageur qu’il était, il s’était éloi­gné de la rive, encore et encore, jusqu’à ce qu’arrive le moment où il avait compris ce que l’on enten­dait par « point de non retour ».