Traduit de l’anglais (États-Unis) par Bernard Hœpff­ner avec la colla­bo­ra­tion de Cathe­rine Goffaux.


Le récent article de Keisha m’a amenée à relire ce roman que j’avais aban­donné, il m’a fallu toute la force de sa convic­tion pour que je le termine. J’ai failli plus d’une fois faire comme Sandrine renvoyer ce roman aux oubliettes. Il est construit autour d’un texte perdu, caché, présenté comme « unique » et « superbe », il donne, donc, au lecteur une seule envie : le lire à son tour pour parta­ger et comprendre ce plai­sir mais les extraits qui sont donnés sont (pour moi) des flops, cette décep­tion a entraîné une partie de mon désa­mour pour ce ce livre.

Extrait du livre présenté comme un chef d’oeuvre

Pendant l’age du verre, chacun pensait qu’une partie de son corps était extrê­me­ment fragile. Pour certains c’était une main, pour d’autres un fémur, et d’autres encore pensaient que c’était leur nez qui était en verre. L’âge du verre avez suivi l’âge de la pierre en tant que proces­sus évolu­tif de correc­tion, avait intro­duit un senti­ment nouveau de fragi­lité dans les rela­tions humaines qui encou­ra­geait la compassion.

Pour­quoi autant de mystère autour d’un texte aussi inin­té­res­sant ! Mais le pire n’est pas là, le côté abso­lu­ment insup­por­table de ce roman c’est sa construc­tion. Les person­nages sont reliés entre eux par des fils qui sont si emmê­lés que l’on ne sait pas ce qui les rapproche. Il y a cepen­dant de très beaux passages, les évoca­tions des diffé­rents aspects de l’extermination des juifs de Pologne et d’Europe centrales. Le poids de tous ces morts et les souve­nirs qui ne peuvent plus être ravi­vés par les vivants mais qui se sont arrê­tés alors que les parents, les frères les sœurs, les amants et amantes avaient encore le reste de leur vie à parta­ger avec la fratrie ; cela finit par étouf­fer les survi­vants. J’aurais tant voulu appré­cier ce livre, je suis bien triste de ne pas y être parvenue.

Citations

Une mère envahissante

Quand je disais que j’allais dans ma chambre elle m’appelait : « Que puis-je faire pour toi, je t’aime telle­ment », et j’avais toujours envie de dire,mais sans jamais le faire : Aime- moi moins.

Le grand amour

Et si l’homme avait autre­fois été un garçon qui avait promis qu’il ne tombe­rai jamais amou­reux d’une autre fille tant qu’il vivrait a tenu promesse, ce n’est pas parce qu’il était têtu ni même loyale. Il ne pouvais pas faire autre­ment. Et, après s’être caché pendant trois ans et demi, caché son amour pour un fils qui ne savait même pas qu’il exis­tait ne parais­sait pas impen­sable. Pas si c’était ce que la seule femme qu’il aime­rait jamais lui deman­de­rait de faire. Après tout, quelle impor­tance si un homme doit cacher une chose de plus lorsqu’il a complè­te­ment disparu ?

Un juif réfugié au Chili et le poids de la découverte du sort de ceux qui sont restés en Pologne.

La guerre s’acheva. Petit à petit, Livi­nov apprit ce qu’était devenu sa soeur Myriam, et de ses parents, et de quatre autres frères et sœurs (ce qui était arrivé à son frère aîné André, il ne put le devi­ner qu’à partir de proba­bi­lité). Il apprit à vivre avec la vérité. Pas à l’accepter, mais vivre en sa compa­gnie. C’était comme s’il vivait avec un éléphant. Sa chambre était minus­cule et, chaque matin, il devait se glis­ser le long de la vérité simple­ment pour se rendre à la salle de bains. Pour atteindre l’armoire et sortir des sous-vête­ments, il lui fallait passer à quatre pattes sous la vérité, en priant qu’elle ne choi­sisse pas ce moment précis pour s’asseoir sur son visage. La nuit, quand il fermait les yeux, il la sentait planer au-dessus de lui.


Je suis toujours à la recherche de nouvelles pour pouvoir les lire à haute voix à un public de vieilles dames. J’aime beau­coup l’écriture de Benoît Duteutre, et ce livre est encore une fois parfai­te­ment écrit. Ces nouvelles ont été rédi­gées au moment où sa mère mourait dans une maison adap­tée à la grande vieillesse dépen­dante d’autrui pour survivre. Et toutes ces nouvelles sont marquées par cette tris­tesse et même si c’est bien vu, c’est trop triste pour moi (et pour mon public qui a surtout besoin d’optimisme pour vaincre le poids des soucis de santé). Dans un des textes, il met en scène les retrou­vailles des familles sur la plage d’Étretat (cela pour­rait être Dinard) qui s’émerveillent devant le dernier né de la famille et toutes les petites têtes blondes qui jouent sur la plage. Face à ce que peuvent deve­nir chaque humain au choix (selon lui) : délin­quant, abruti, cancé­reux, sectaire ou drogué, il a du mal à être au diapa­son de cette joie qu’il trouve factice. Consta­tant de plus que l’homme est, quelque soit son destin, le plus grand préda­teur de la planète, il se réjouit que lui et son compa­gnon n’aient pas d’enfants.

Dans une autre nouvelle, son person­nage prin­ci­pal s’agace du musi­cien de rue qui joue toujours le même morceau. Son agace­ment tour­nera à l’obsession, et il perdra son goût pour l’écriture, son loge­ment et son amie qui tombera amou­reuse du musi­cien en ques­tion. Toutes les nouvelles ont cette couleur là, et, ce n’est évidem­ment pas la descrip­tion de la vie de la maison dans laquelle sa mère va mourir qui peut nous réjouir. Il passe aussi ses vacances dans les Vosges, la descrip­tion de la fin du monde rural est d’une tris­tesse infi­nie. Bref si vous avez un moral d’acier et que vous voulez une petite note de tris­tesse ce livres est pour vous, sinon fuyez, vous allez deve­nir neurasthénique !

Citations

« La vie » à la campagne :

Il vivait avec ses deux sœurs, l’une neuras­thé­nique et l’autre aveugle, si je me souviens.Le peuple de la campagne accep­tait ses imper­fec­tions comme un des carac­tères de l’humanité : on y rencon­trait des sourds-muets, des boiteux, des idiots, mais aussi quan­tité de vieux céli­ba­taires dans cette vallée progres­si­ve­ment dépeuplée.

L’enterrement

La mort de Mme Maré­chal, en 1976, est l’une des premières dont je me souvienne. Je me rappelle surtout que ma grand-tante, excel­lente musi­cienne, joua de l’harmonium pour l’inhumation et que pour la remer­cier, M. Maré­chal vint chez nous quelques jours plus tard, en costume noir, coiffé d’une casquette. De sa voix de sour­dine, il voulait savoir comment il pour­rait dédom­ma­ger ma grand-tante pour les obsèques de sa femme. Timide, hési­tant, il finit par lui deman­der si elle aime­rait quelques brouettes de fumier. Ainsi s’achevaient les vies d’autrefois, quand toutes les pensées retour­naient vers la terre.

Le charme de la campagne

Un jour, enfin, à ce qu’on m’a dit, il est sorti de chez lui au petit matin, puis s’est rendu au ruis­seau où il a plongé sa tête dans l’eau froide et l’y a main­te­nue volon­tai­re­ment jusqu’à l’asphyxie. Son nom est venu s’ajouter à la lita­nie des suicides paysans, à ces fins obscures dans les fermes perdues, à ces pendus des greniers à foi. Et à tous ces campa­gnards mélan­co­liques hantés par le destin.

Dernière phrase de ce livre trop triste

Le mois de septembre approche et, déjà, je songe au fagot de petit bois que je vais bien­tôt aller ramas­ser, dans mon coin des Vosges, dans le nord-est de la France, près du cime­tière qui m’attend, qui nous attend… Mais, pour l’heure, j’écoute la voix de la mère et je me sens bien.

Lu grâce au club de lecture de la média­thèque de Dinard.


Pas vrai­ment convain­cue par cette lecture. Je me demande ce que les écri­vains d’aujourd’hui vont recher­cher à travers la biogra­phie des artistes d’hier. La vie ratée de l’écrivain August Strind­berg est pire qu’un mauvais roman. La lecture d’articles qui lui sont consa­crés sur le net, en disent autant que ce petit livre, moins le style de l’auteure. Trois fois, cet homme tour­menté, drogué alcoo­lique, violent a essayé grâce à trois mariages diffé­rents de se sortir de la misère. Il a sans doute eu des senti­ments pour ces trois femmes, mais aimer pour lui voulait dire les inju­rier et les mépri­ser. Je ne connais pas l’oeuvre de Strind­berg et ce n’est pas ce livre qui me donnera envie de lire ces livres ni d’aller voir ses pièces.

Il reste donc le style de Régine Detam­bel. Pour se mettre à la place du cerveau souf­frant de cet auteur, elle saccade ses phrases, supprime au maxi­mum les verbes. Ce n’est pas agréable à lire, c’est très certai­ne­ment pour rendre compte de la vie aux côté de ce grand malade de Strind­berg. Les deux dernières pages, celles où elle raconte l’enterrement de cet écri­vain sulfu­reux prennent un peu plus de hauteur. Bref, un pensum de lecture qui n’a duré qu’une soirée.

Citations

Exemple de scène et du style de l’auteure

Tu n’es qu’un coureur de dot !

Ne me touche pas

On se hait, on se bat jusqu’à tomber, au petit matin, sur notre lit, sans même ôter nos souliers, étour­dis par le bruit inces­sant des insultes ; (…)

Souillure que de devoir l’argent à une femme, et en plus aristocrate.
Sorcière

Strindberg anarchiste

Désor­mais August est mûr pour crever les rois et les princes, ainsi que les barons de Suède. Tous les soirs il est au café à exci­ter les étudiants. Des détec­tives le filent. Des infor­ma­teurs notent sur un carnet tout ce qu’il dit. Le roi déteste les gende­lettres poli­tiques . Un gende­lettre qui veut faire la révo­lu­tion, c’est ce qu’il y a de pire.

Ressenti d’une de ses ex

On ne peut se remettre des insultes de Strind­berg. Personne ne le pour­rait.(…) je croyais ne pas pouvoir survivre aux crachats d’August

Le Misogyne

A en croire le drama­turge, le mariage repose sur une absur­dité. Où il y a une femme, ça tourne de toute manière à l’absurde.

Des propos qui ne donnent pas envie de lire Strindberg

La femme a même réussi à faire consi­dé­rer la mater­nité comme quelque chose de sacré, et l’homme le croit, mais c’est faux d’imaginer que les femmes souffrent en accou­chant, c’est un mensonge disons le fran­che­ment, en vérité elles jouissent à ce moment là d’un plai­sir mille fois plus fort que celui qu’elles trouvent avec un pénis… Mon Dieu, que les hommes sont cons…

Un livre vite lu et certai­ne­ment vite oublié, je ne comprends abso­lu­ment pas pour­quoi cette auteure mêle sa vie senti­men­tale à ce récit. J’ai essayé de comprendre, puis j’ai lu en diago­nal son histoire d’amour torride avec « P » le séduc­teur. En revanche, j’ai bien aimé la descrip­tion de sa famille pied-noir. Le portrait de sa grand-mère est criant de vérité. Cette femme si digne , aux cheveux colo­rés et perma­nen­tés, au visage parfai­te­ment maquillé a raconté à sa petite fille ses souve­nirs de « là-bas₩ » c’est à dire de son Algé­rie natale qui n’a vrai­ment rien à voir avec le « crime contre l’humanité » dont à parlé un poli­tique. Les Montaya sont des Espa­gnols pauvres qui ont réussi à ferti­li­ser un bout de terre très aride de la campagne oranaise : Misser­ghin. Toute la famille a vécu dans le souve­nir de ce lieu, et l’auteure décide son père à retour­ner en Algé­rie. Elle ne sait pas si elle a raison de l’y entraî­ner, fina­le­ment, il l’en remer­ciera. Dès que son père s’est retrouvé sur les lieux de son enfance, il s’est senti beau­coup plus à l’aise qu’en France où il a toujours été un homme timide et réservé. Les liens entre l’Algérie et la France, à travers les rencontres que le père et sa fille sont amenés à faire avec des algé­riens de toutes le géné­ra­tions sont décrits de façons sincères et subtiles cela montre que nous sommes bien loin des décla­ra­tions simplistes et polé­miques des poli­tiques sur ce sujet.

Citations

La mémoire de mon père m’impressionne. Celle d’Amin, me stupé­fie. Ce n’est pas celle d’un garçons d’une tren­taine d’années qui aime avant tout s’amuser et dont le carac­tère a priori joyeux n’a rien de nostal­gique. En aucun cas il ne peut s’agir de ses propres souve­nirs, on les lui a trans­mis. Il a reçu l’Algérie fran­çaise en héri­tage, comme moi.

20161130_175730Traduit de l’allemand par Leïla PELISSIER. Lu grâce au club de lecture de la média­thèque de Dinard.

2
Ce roman est « gentillet » pour les lectrices de notre club de lecture. Nous nous atten­dions à mieux et surtout à comprendre pour­quoi plus personne ne vient dans cette librai­rie. Nous voulions aussi savoir si la jeune femme qui en hérite réus­sit à renta­bi­li­ser cette affaire. Car Valé­rie hérite d’une librai­rie qu’une vieille tante Char­lotte origi­nale lui a confié le temps de son absence, on ne sait pas si elle est morte ou tout simple­ment partie se distraire ailleurs.

Aucun person­nage n’est crédible, et rien ne permet de comprendre le pour­quoi de la désaf­fec­tion pour ce lieu, si ce n’est que les livres se vendent moins. Elle va se lier d’affection avec une rate ce qui ne rajoute vrai­ment rien à l’histoire et va rencon­trer un beau jeune homme dont on ne saura pas grand chose. Quant à l’importance des livres, c’est dit dans le roman sans convaincre, certes Valé­rie a plus de temps pour lire puisque peu de gens passent dans sa boutique mais cela ne donne pas l’explication ni la solu­tion à la désaf­fec­tion des lieux qui autre­fois enchan­taient les grands lecteurs. Bref un livre que je vais très vite oublier comme tous les membres de notre club

Citations

Un magasin vieillot

Ce maga­sin était comme un vête­ment que la vieille dame aurait confec­tionné autour de sa vie. Certai­ne­ment confor­table pour elle, il était informe et peu pratique pour la jeune femme

Humour

Elle était juste introu­vable. Si aucun indice ne permet­tait de penser qu’elle était partie de son plein gré, rien n’indiquait non plus qu’elle était quelque part contre son gré, fut-ce dans l’au-delà.

Le pouvoir de la littérature

La litté­ra­ture peut en effet fasci­ner un être et capter toute son atten­tion. Elle peut le sous­traire aux petites misères du quoti­dien et les trans­por­ter vers d’autres mondes au point de s’y aban­don­ner corps et âmes

Je fais souvent ça dans une librairie

Elle prit toute une pile de livres pour son petit fils (en veillant à se faire conseiller en détail, pour faire ensuite des choix person­nels forts différents).

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thè­que de Dinard

Déçue ! j’avais pour­tant bien aimé « le club des incor­ri­gibles opti­mistes  » un peu moins « la vie rêvée d’Ernesto G. » et vrai­ment très peu celui-là. Bref, pas sûre que j’en lise un autre, de cet auteur. Jean-Michel Guenas­sia se plaît à décou­vrir les dessous de la grande Histoire . Ici il s’attaque à un fait divers tragique qui a certai­ne­ment privé l’humanité d’un artiste qui avait encore tant à nous dire à travers sa pein­ture. Comment est mort vrai­ment Vincent Van Gogh, on est sûr d’une chose, il est mort des suites d’un coup de feu. Mais qui a tiré ? lui ? Des enfants qui jouaient ? Un homme rencon­tré peu de temps avant ? et ensuite pour­quoi n’a-t-on pas pu extraire la balle pour lui sauver la vie ? Le docteur Gachet était-il compé­tent ? Quand on va à Auvers toutes ces hypo­thèses sont évoquées, celle du suicide aussi évidem­ment, avec une véri­table inter­ro­ga­tion à propos de l’arme. Un pisto­let sera bien retrouvé dans un champ en 1960 mais est-il celui qui a servi et qui s’en est servi ?

Fort de toutes ces inter­ro­ga­tions Jean-Michel Guenas­sia, invente un amour entre Margue­rite Gachet et Vincent Van Gogh. Pour­quoi pas ? Que ce peintre ait pu émou­voir jusqu’à la passion une jeune fille de province vivant sous la domi­na­tion d’un père peu sensible à ses volon­tés d’émancipation, c’est possible. Ce n’est qu’une hypo­thèse de plus. Je l’ai accep­tée au début, espé­rant qu’elle permette de mieux comprendre ce génie de la pein­ture. Et c’est là que le roman est faible car si la jeune fille sent immé­dia­te­ment la force de ce peintre et que quelques descrip­tions de sa façons de peindre sont atti­rantes, le génie de Vincent Van Gogh ne devient pas plus fami­lier pour autant. Ce n’est pas très surpre­nant car l’auteur a vrai­ment très peu de docu­ments pour étayer sa thèse. Vincent n’a jamais parlé de Margue­rite Gachet à son frère. La partie artis­tique est quel­conque et je n’ai guère cru à l’intrigue amoureuse.

Je retien­drai une chose qui est connue mais qui est bien expli­quée ici : on peut être une copiste géniale et ne rien avoir à appor­ter à l’art, autre­ment dit ne pas être un artiste. Ainsi certains tableaux du musée d’Orsay seraient des copies de la main de Margue­rite Gachet dont ce célèbre portrait de son père. Il est vrai que Vincent dans les lettres à Théo parle d’un portrait et pas de ce deuxième. Pas plus qu’il ne parle de son amour pour Margue­rite. Et surtout que se cache-t-il derrière le regard dans le vague du Docteur qui aurait laissé mourir sciem­ment Vincent Van Gogh ? Dans ce cas il méri­te­rait gran­de­ment l’opprobre de Jean-Michel Guenassia.

Le vrai acheté par quelqu’un qui ne l’expose jamais.

Et le faux ? celui qui est à Orsay

Citations

le père et le frère de Marguerite Gachet

Ils sont telle­ment prévi­sibles, leur égocen­trisme est telle­ment forcené que cela serait risible si je n’en avais autant de tris­tesse. Chaque année, je n’y fais pas allu­sion , pour voir s’ils y pense­ront, et je ne suis pas déçue : ils m’ont oublié.

Les lieux peints par Vincent Van Gogh et les impressionnistes

Nous étions au bord de L’oiseau, c’est un lieu que Vincent affec­tionne parti­cu­liè­re­ment. A cette époque cet endroit ressem­blait au para­dis terrestre, le grand saccage commen­çait à peine, nous n’avions pas conscience que l’homme était en train de tout défigurer…Quand on voit les bords de Seine tels que les ont peints les impres­sion­nistes et ce qu’ils sont deve­nus, nous ne pouvons qu’être atter­rés de la destruc­tion systé­ma­tique de ce qui était si beau.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thè­que de Dinard Thème « soudain tout bascule »

Ce livre avait tout çà fait sa place dans ce thème, cet homme a perdu son diplôme du Bacca­lau­réat sa vie devient absurde et malheu­reu­se­ment son livre aussi. C’est un premier roman et depuis il m’a fait beau­coup rire avec « L’écologie en bas de chez moi » mais celui-là est à peu près illi­sible ? C’est une fable bien sûr dans la quelle il est beau­coup ques­tion de sexe, on se demande bien pour­quoi. L’enchaînement est tota­le­ment absurde, en revanche, il y a quelques remarques sur l’administration fran­çaise qui sentent le vécu. Le moment où à l’Académie la secré­taire voit qu’il a brillam­ment réussi son bac mais ne peut pas appuyer sur la touche « impri­mer » pour en faire une copie est très proche de la réalité : « que voulez-vous elle n’est pas là pour ça ! » Dans tout un fatras de situa­tions tota­le­ment absurdes, après plusieurs semaine de recherches infruc­tueuses, j’ai souri quand sa femme lui a avoué que, fina­le­ment, c’était elle qui l’avait ce fameux diplôme, dans ses affaires. Situa­tions que j’ai rencon­trées plusieurs fois.

Sinon c’est du grand guignol et j’avoue après une centaine de pages, j’ai plutôt parcouru ce livre qui m’agaçait forte­ment. Ni les parties de jambes en l’air, ni la course après son diplôme n’arrivaient à rete­nir mon atten­tion, ni son voisin d’en face. Aucun person­nage n’a une quel­conque consis­tance. Bref un premier roman dont j’aurais volon­tiers fait l’économie, heureu­se­ment que je n’ai pas commencé par celui-là : j’aurais gardé une bien mauvaise impres­sion de cet auteur qui m’a tant amusée ensuite.

Citations

Incipit

Malheur à celui des enfants de Dieu qui perd son Baccalauréat

L’art du rangement

C’est ça aussi le bonheur du range­ment, le doute permet aux plus artistes d’entre nous d’avoir une approche créa­tive, si tout était figé d’avance on n’aurait plus de raison de vivre

Humour

Le temps est l’ennemi des pin-up comme il est l’ennemi des range­ments, les femmes et les papiers jaunissent au soleil

Je préfère le verbe aller au verbe être pour exprimer un déplacement

Le lac des cygnes où on a été avec Marco

L’administration

Quant à rencon­trer le doyen, en voilà une farce qui valait des millions ! Passer au-dessus d’un chef du person­nel, a-t-on déjà entendu pareille vulgarité ?

20161030_165320Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thè­que de Dinard

2
Une décep­tion mais quel dommage ! car c’était une bonne idée : peut-on guérir le mal-être grâce à la lecture ? Le person­nage central de cette histoire, Alex, en est persuadé au point de deve­nir « biblio­thé­ra­peute ». (J’ai décou­vert, grâce à Google, que cette profes­sion exis­tait !). Je sais, égale­ment, grâce à mon expé­rience person­nelle que lire et faire parta­ger ses lectures fait un bien fou. Je me suis donc plon­gée avec délice dans ce roman pour suivre la vie d’Alex et de ses patients. Hélas ! malgré quelques remarques perti­nentes sur notre société, un ressenti acerbe contre des mères dévouées mais enva­his­santes, aucun person­nage ne prend un relief quelconque.

C’est un roman fade, les extraits choi­sis par le théra­peute pour guérir ses patients sont insi­pides et on se demande bien pour­quoi la lecture de ces œuvres peut abou­tir à une amélio­ra­tion de l’état mental d’une personne souf­frante. Mon juge­ment est sévère sans doute, mais il est à la mesure de ma décep­tion. Je ne sais pas si mes lectures m’ont soignée, mais ce dont je suis sûre c’est que je ne pour­rai jamais regar­der sans sourire le compor­te­ment d’un snob après avoir lu Proust nous racon­tant Legran­din, que quand je suis triste ces vers de Verlaine me hantent :

Je ne sais pourquoi

Mon esprit amer

D’une aile inquiète et folle vole sur la mer

Tout ce qui m’est cher

D’une aile d’effroi

Mon amour le couve au ras des flots. Pour­quoi, Pourquoi ?

Lire permet de se comprendre, d’accepter la vie et celles des autres. Je m’attendais à trou­ver dans ce récit la magie de textes pouvant faire plus et même soigner quelqu’un, mais je ne l’ai pas trouvé. Une décep­tion donc. Je n’ai pas réussi à m’intéresser au person­nage du commer­cial qui confond les quali­tés de sa femme et celles de sa machine à laver, ni au foot­bal­leur qui ne sait pas s’il doit rester jouer en France, ni à Yann atro­ce­ment mutilé après un acci­dent de voiture. Et hélas ! je n’ai pas cru aux amours d’Alex et de Mélanie.

Citations

Difficultés de plaire pour un littéraire

Elles cher­chaient un amou­reux fougueux, coura­geux, dont elles pouvaient être fières pas un garçon capable de décla­mer Racine au bord de la piscine où les autres exécu­taient des saltos avant.

La phrase qui tue pour un adolescent qui veut sortir avec une jolie fille

Je veux bien sortir avec toi mais je ne veux pas qu’on nous voie ensemble

C’est drôle mais peu crédible

Si Alex avait grandi dans une famille d’aliénés il lui aurait demandé si elle avait égale­ment filmé la concep­tion de sa fille chérie. Les films de nais­sance ennuient tout le monde, enfin les personnes sensées. Les films de concep­tion trou­ve­raient un public plus large.

20160508_123628Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

2
Roman en deux parties, d’abord sur la musique d’inspiration afri­caine, autour d’une chan­teuse extra­or­di­naire Kitami. On la retrouve écra­sée par son tambour afri­cain, ou assas­si­née peut-être mais par qui ? Cette première partie sur la musique ne m’a pas beau­coup passion­née. On voit des jeunes à la dérive essayer de se construire une iden­tité à partir de la musique d’improbables ancêtres. La seconde partie raconte la jeunesse d’une enfant Prisca, au Rwanda. Entre sorcel­le­rie et racisme contre les Tutsi, la jeune fille gran­dit et devient une brillante élève. C’est compli­qué pour elle, le village pense qu’elle a des pouvoirs de sorcières et les auto­ri­tés voient d’un très mauvais œil cette jeune et belle Tutsi vouloir aller à l’université.

A la fin de ses études, on lui impose d’épouser un Hutu pour char­mer les blancs. C’est très inté­res­sant car on sent que le massacre des Tutsi par les Hutus n’était donc pas le fruit du hasard, mais d’une haine ancienne entre­te­nue par le pouvoir hutu. La jeune fille préfè­rera donc partir avec un tambour rwan­dais caché dans un village, avec le groupe de musi­ciens venant d’Amérique à la recherche de la musique afri­caine. Elle devien­dra la célèbre Kitami dont l’origine de la mort reste incom­pré­hen­sible. J’avoue ne pas avoir une grande passion pour la magie afri­caine, et les mauvais sorts ne m’intéressent guère, mais l’auteure sait très bien racon­ter comment au Rwanda c’est diffi­cile de se défaire de ce genre de légendes, et que l’accusation de magie est aussi un bon prétexte pour suppri­mer toutes les person­na­li­tés quelque peu diffé­rentes. C’est un livre qui doit ravir les amou­reux de l’Afrique.

Citations

Les langues africaines

D’où venaient-ils, ces mots ? du kinyar­wanda, la langue mater­nelle de la chan­teuse, d’un anglais dans la version rasta-jamaï­caine, du yoruba-cubain, d’un fran­çais quelque peu créo­lisé, certains préten­daient y recon­naître les sono­ri­tés de l’amharique, du swahili, du sango, du wolof, du ruhima, du lingala, du copte, du sans­krit, de l’araméen..

Le racisme anti-Tutsi

Nous savons, par exemple, que tu es intel­li­gente, trop intel­li­gente même, la Répu­blique du peuple majo­ri­taire n’a pas besoin de Tutsi femmes savantes.

20160425_150845Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

2
Un roman très court, 113 pages, où l’auteure, sous couvert d’une rocam­bo­lesque histoire de roman disparu, traite de la créa­tion litté­raire. Elle s’est visi­ble­ment bien amusée avec force de clin d’œil pour initiés sans m’entraîner dans son histoire et puis, fina­le­ment, m’a forte­ment agacée, un peu comme lorsque les anima­teurs de télé parlent de leurs propres émis­sions et rient eux mêmes de leurs bonnes blagues. Colombe Boncenne cherche à perdre son lecteur dans les méandres du monde de l’édition. Son person­nage retrouve par hasard un roman de son auteur fétiche. Personne ne connaît ce roman, l’auteur lui même nie l’avoir écrit.

Est-ce que « Neige noire » existe ? A-t-il été écrit par Émilien Petit ? Autant de ques­tions qui tournent en boucle dans la tête du person­nage prin­ci­pal qui mène une vie peu passion­nante entre sa femme Suzanne et sa maîtresse Hélène. Quelques écri­vains vien­dront peupler ce roman peu consis­tant, comme je le disais , c’est un exer­cice intel­lec­tuel où les gens se recon­naissent se renvoient la balle, c’est de l’entre-soi et peu à peu je me suis sentie exclue de ce qui ressemble à un exer­cice de style pour initiés.

Citations

Les journaux de province

Le jour­nal local, qui consti­tue l’une de mes petites joies d’un weekend en province : du repor­tage de proxi­mité au menu du restau­rant scolaire en passant par la légende déli­cieu­se­ment ordi­naire des photo­gra­phies, je me délecte toujours d’apprendre que la confré­rie des chas­seurs de papillons s’est réunie vendredi dernier à l’heure où les enfants des écoles primaires dégus­taient une casso­lette de légumes de saison dans le cadre de la semaine du goût.

Les vacances en Bretagne, les clichés sur la météo c’est quand même un peu facile non ?

L’été, Suzanne parve­nait toujours à me traî­ner sur l’île de Groix, en Bretagne, quand moi, je rêvais de soleil et de rythme médi­ter­ra­néen. Suzanne était plus douée que moi en matière d’organisation, elle me prenait toujours de court, réser­vait une loca­tion très en avance, convain­quait des amis de venir avec nous et usait de toute la mauvaise foi qui pouvait être la sienne lorsque je protes­tais : « Tu « avais qu’à t’en occu­per, des vacances. » Alors, en fait de tapas, d’horaires déca­lés et de soirées langou­reuses, je me retrou­vais à filer sous la halle aux aurores pour espé­rer y ache­ter quelque pois­son pêché dans la nuit, puis chez un éleveur de chèvre baba-cool pour tâcher d’y obte­nir un fromage frais ; l’après midi sur la plage, à essayer de me baigner dans une eau à 17 degré sous le prétexte d’un rayon de soleil ; enfin le soir, à jouer au Scrabble au coin du feu, car oui il faut l’admettre, un bon petit feu nous réchauf­fe­rait. Et encore, je parle des jours où la météo était clémente. Quatre semaine passèrent ainsi, je me baignai quatre fois et gagnai dix-sept parties de Scrabble sur trente-huit- c’est dire le temps qu’il fit.

Un moment où j’ai souri

Quelques jours après cet anni­ver­saire, dans une rame de métro bondée, je crus avoir une hallu­ci­na­tion : au fond du wagon une femme discu­tait avec un épi de maïs. Une obser­va­tion plus précise de la scène me fit comprendre qu’un minus­cule appa­reil portable était coincé entre son oreille et le lainage de son bonnet, en réalité, elle télé­pho­nait tout en grigno­tant un maïs grillé.