Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thè­que de Dinard. Il a reçu un coup de coeur. 

J’ai rare­ment eu un plai­sir aussi fort en lecture. Je suis bien dans la langue de cet auteur et avec ses person­na­ges. Je pense aussi qu’une partie de mon bien être vient du contre­point qu’il apporte à la période que nous vivons en ce moment où tant de gens venant de ces mêmes régions repren­nent le chemin de l’exil. En lisant la prose de Raphaël Constant, j’ai ressenti un immense espoir. Espoir que les hommes quel­les que soient leurs origi­nes, leur couleur de peau, leur langue, leur reli­gion, puis­sent vivre ensem­ble et façon­nent grâce à leurs éner­gies venant du monde entier une région de notre planète. Je ne savais pas que dès 1920 les « levan­tins », c’est à dire les Syriens et les Irakiens chré­tiens ou musul­mans, avaient fui une région touchée par la misère.

Une rue, de Fort de France, porte le surnom de la rue des Syriens, c’est la plus commer­çante et c’est là que le person­nage dont nous suivons le destin, Wadi, va s’installer et faire fortune. Il aura aupa­ra­vant quitté son père et sa mère qui vivent en Syrie à Hala­biyah (lieu qui vient de connaî­tre une nouvelle destruc­tion et sans doute un nouvel exode). Dès son arri­vée il aura la chance de tomber sous la coupe de Fanotte une femme noire qui va lui appor­ter l’amour physi­que mais aussi les langues de ce pays : le créole et le fran­çais. Grâce à elle et à son incroya­ble éner­gie, il va réus­sir à s’installer et vivre bien en Marti­ni­que, sans jamais oublier sa mère à qui il doit ses yeux verts, il la sait malheu­reuse au pays car elle est la première épouse de son père à qui elle n’a pu donner qu’un fils qui est si loin d’elle.

Le livre croise plusieurs destins, ceux des Syriens qui ont habité cette rue. J’ai été très sensi­ble à la vie de Bachar le cousin de Wadi, il s’est fait chré­tien par amour d’une jolie indienne. Le person­nage que j’ai préféré c’est Fanotte, son intel­li­gence et son éner­gie sont les fils conduc­teurs de ce roman. Elle saura accep­ter la légi­time épouse de son Wadi sans rien perdre de sa superbe : quelle femme ! J’ai aimé enten­dre toutes ses langues, même si bien sûr il faut les traduc­tions pour que je comprenne le créole, à l’image de ce peuple bigarré les langues sont des marqueurs sociaux très forts mais cela ne les empê­che pas de vivre ensem­ble et de réus­sir à faire une commu­nauté. Ce n’est pas non plus une image idyl­li­que qui se dégage de ce livre, non c’est une société dure, raciste et impla­ca­ble pour les faibles mais on sent que la vie est toujours prête à repar­tir .

Citations

La Syrie après l’empire Ottoman

Là encore, mon père se distin­guait parmi les villa­geois de Hala­biyah, qui consi­dé­raient les chré­tiens d’Europe comme des sauveurs parce qu’ils avaient jeté bas l’Empire otto­man. il aimait à se procla­mer, à la grande irri­ta­tion de certains, Arabe d’abord, Syrien ensuite et enfin sujet de la sublime porte. A l’entendre, cette dernière avait toujours respecté les peuples qu’elle avait conquis, y compris en Europe même, dans une région qu’il dési­gna comme étant les Balkans. Chaque région jouis­sait d’une large auto­no­mie et pour peu qu’elle ne rechi­gnât point à payer l’impôt que levait annuel­le­ment Istan­bul, elle pouvait se déve­lop­per en toute tran­quillité.

Femme en Martinique

Naître femelle, dans ce pays-​là est une sacrée déveine. Non seule­ment on doit se débat­tre avec la misère qui ne vous lâche pas d’un pas, mais on doit aussi suppor­ter la scélé­ra­tesse des hommes. Qu’ils emmiel­lent avec du beau fran­çais appris par cœur ou vous sédui­sent avec du créole grosso-​modo, le résul­tat est égal : vous vous retrou­vez à pleu­rer toute l’eau de votre corps sur le pas de votre case déser­tée. Vous avez beau année après année, tenter de vous faire une raison, rien n’y fait ! à chaque fois, vous retom­bez dans le même piège, mais avec un gros ventre qui augmen­tera le nombre de vos marmailles.

Le nom des exilés

Il y eut donc les Habib, les Jaar, les Mans­sour, les Bachar, les Abdul­lah, les Yacoub, les Ben Amar­tya, souvent des prénoms que l’administration fran­çaise, par igno­rance, inscri­vait comme patro­ny­mes. Trop heureux d’avoir atteint les rives de cette terre promise qu’était l’Amérique, les venus du Levant se gardaient bien de protes­ter. Ils comp­taient bien mener une nouvelle vie et si le prix à payer n’était que cela, ce n’était pas si grave.

Le style, trois exemples

- Entre le Levant et la Marti­ni­que, le cour­rier prenait ses aises.
- Que son patron se fût laissé aller à lui mignon­ner l’arrière train, encore moins à exiger qu’elle lui ouvrit son devant.
- Depuis qu’elle suivait l’école du soir, son parler était devenu trop inti­mi­dant pour qu’on puisse lui tenir tête, mais d’autres atten­daient leur heure. L’aller lui appar­tient, maugréaient-​elles, mais le retour sera nôtre. Patience !

Dicton arabe

Tu es maître des paro­les que tu n’as pas pronon­cées ; tu es l’esclave de celles que tu as lais­sées échap­per

Que j’aime ce passage…

Décou­vrir que derrière l’étalage de nos rites, l’affirmation têtue de nos croyan­ces, l’entre choc de nos langues et de nos rêves, il n’y avait, dans le fond, qu’une seule et même soif, ne fut pas un mince éton­ne­ment.
Soif de tenir tête aux chien­ne­ries de l’existence.
Soif de compren­dre le pour­quoi de celle-​ci puis­que Dieu semble avoir déserté le monde et que de faux prophè­tes parlent à Sa place.

L’adaptation en Martinique

Wadi n’avait pas fini d’apprendre dans cette Améri­que Marti­ni­que où en quatre-​vingt ans il avait vécu cent fois plus de choses extra­or­di­nai­res qu’en dix-​sept ans de vie en Syrie. Là-​bas , la vie était régle­men­tée depuis us de mille ans, chaque acte était codi­fiée , chaque parole pesée et soupe­sée grâce au livre sacré et au hadith, ces faits et gestes du Prophète que des géné­ra­tions et des géné­ra­tions avaient pieu­se­ment consi­gnés. Ici à l’inverse, régnaient le préci­pité, l’improvise, le sauve-​qui-​peut, l’indifférence au Lende­main, la soif de profi­ter de chaque instant, le tout enve­loppé dans une criaille­rie perma­nente. Comme si les Créo­les avaient peur du silence.

Le créole si on le dit à voie haute on peut presque le comprendre

Mandé’y non ! : eh ben pose lui la ques­tion

et avec l’intonation

La ! La ! La peut bien vouloir dire : Non ! Non ! Non…

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­the­que de Dinard où il a (grâce à moi) obtenu un coup de cœur.


Un livre éton­nant, et encore, pour mon plus grand plai­sir, un écri­vain qui aime racon­ter des histoi­res et qui aime jouer avec la langue et les situa­tions de tous les jours (il me fait penser à Pierre Raufast). Le billet de Sandrine sur son Blog « Tête de lecture » vous montrera que je ne suis pas la seule à avoir été séduite par ce roman. Tout ce livre est construit sur la tension de la révé­la­tion de l’origine de la cica­trice du narra­teur cachée par l’écharpe drapée autour du cou. Comme je déteste le suspens, j’ai commencé par le chapi­tre 0 qui termine le roman. Soyez rassu­rés, je n’en dirai pas un mot dans mon billet, mais j’ai pu ainsi savou­rer à un rythme plus lent tous les méan­dres de ce récit qui abou­tis­sent à l’indicible.

Il y a plusieurs façons d’aimer le style de Gilles Marchand, il sait si bien obser­ver l’humanité qu’il nous fait sourire en recon­nais­sant notre boulan­gère qui, tous les matins, fait un petit commen­taire météo­ro­lo­gi­que, et qui nous inter­roge toujours au futur.

Et pour vous, ce sera ?

Il nous fait rire quand il répond calme­ment aux inter­ro­ga­tions de son direc­teur à propos des notes de frais des commer­ciaux. Il a noté pendant 30 ans « restau­rant » « café », alors il s’est amusé à rempla­cer ces mots si banal par « fausse barbe » « tutu »… On n’est pas très loin de la démis­sion ou du licen­cie­ment.

Un soir, son écharpe gorgée de café dévoile à ses meilleurs amis sa cica­trice, il entre­prend alors de racon­ter son enfance pour leur expli­quer le pour­quoi de ce qu’il a toujours voulu cacher. Ses amis de café après le travail : Lisa la serveuse dont ils sont tous amou­reux, Thomas, et Sam enten­dront donc, s’ils sont aussi patients que l’auditoire qui gran­dit jour après, le récit de sa vie. Il leur parle de Pierre-​Jean son grand père qui l’a élevé en rendant la réalité du quoti­dien magi­que pour lui faire oublier le tragi­que de son passé. Soirée après soirée, les récits de son grand père vont capti­ver un public de plus en plus nombreux mais la fin, l’explication de tout ce que l’on doit mettre en place pour oublier, ce qui est trop lourd à porter, seuls ses amis l’entendront.

Je n’ai cessé pendant toute ma lecture de noter des passa­ges ou des peti­tes phra­ses pour les parta­ger avec vous. Je ne suis d’habitude pas très tentée par le fantas­ti­que, ni le déjanté, mais grâce à sa langue j’ai tout accepté même le tunnel creusé dans les ordu­res que la concierge morte depuis quel­ques mois ne peut plus enle­ver. Il m’a fait décou­vrir un air de Beat­les moins connu que d’autres (my guitar gently weeps ) et que j’aime bien. Bref un petit régal avec une tragé­die, dont vous remar­que­rez, je n’ai rien dit.

Merci Jérôme de me signa­ler que Noukette en avait fait un coup de coeur

Citations

Le début en espérant que, comme moi, vous vous direz je veux aller plus loin dans la lecture.

J’ai un poème et une cica­trice.

De la lèvre infé­rieure jusqu’au tréfonds de ma chemise, il y a cette empreinte de l’histoire, cette marque indé­lé­bile que je m’efforce de recou­vrir de mon écharpe afin d’en épar­gner la vue à ceux qui croi­sent ma route. Quant au poème, il me hante comme une musi­que entê­tante, ses mots rampent dans mon crâne d’où il voudrait sortir pour dire leur douleur au monde. Poème et cica­trice font partie de moi au même titre que mes jambes, mes bras ou mes omopla­tes. Je ne me sens pas tenu de les exami­ner pour savoir qu’ils exis­tent. J’ai seule­ment appris à essayer de les oublier.
Voilà pour mon armoire à souve­nirs. J’ai pris soin de le cade­nas­ser soli­de­ment et, la plupart du temps, cela marche. C’est la seule solu­tion pour rester à ma manière assez heureux. Mais les cade­nas son travail fragi­les et il est impos­si­ble d’oublier une cica­trice lors­que celle-​ci fait office de masque que l’on ne peut reti­rer.

Un personnage dont je partage les goûts musicaux

Sa seule lacune, « le rock, la pop et leurs frères et sœurs élec­tri­fiés » comme il les nomme. Pour lui, la musi­que n’a pas besoin d’amplificateur.

Le malheur d’être comptable

Quand un inter­lo­cu­teur me demande ce que je fais dans la vie, il change irré­mé­dia­ble­ment de sujet dès qu’il a pris connais­sance de la terri­ble nouvelle : je suis comp­ta­ble.

Sa boulangère

Il fait froid. C’est ce que m’a affirmé ma boulan­gère qui a beau­coup de conver­sa­tion.

La cuisine des solitaires

J’allume le gaz et mets de l’eau à chauf­fer pour les pâtes. Ce n’est qu’une fois que l’eau bout que je me rends compte que je n’ai pas de pâtes et je me rési­gne à y mettre un sachet de thé. Moins nour­ris­sant mais mieux que rien.

L’humour

L’arrache cœur…c’était en fait le dernier titre de l’auteur, qui avait laissé sa trilo­gie inache­vée (33 % du projet initial, avais-​je pensé, me promet­tant de ne plus mêler comp­ta­bi­lité et litté­ra­ture). Alors, la suite, je l’ai imagi­née. Mais c’était moins bon. Boris Vian a beau­coup baissé après sa mort.

Petit détail de la vie courante, et c’est tellement bien vu !

Les toilet­tes sont toujours au fond à gauche. Et si elles n’y sont pas, c’est qu’elles se situent juste en face. Mais on inter­roge au cas où. De peur peut-​être de se perdre ou que le patron ne se demande où l’on va comme ça sans deman­der la permis­sion et sorte une arme de derrière le comp­toir . Personne ne veut mourir parce qu’il n’a pas demandé où se trou­vait les toilet­tes, alors on demande et on attend la réponse : au fond à gauche.

Oh, que OUI !

Mais qu’y a-​t-​il de pire que de lire un mauvais livre ? Lire le mauvais livre d’un ami… Et je ne veux impo­ser ça à personne.

Tous les gens malades des bronches peuvent en témoigner.

« Quand tu marches,tu ne regar­des pas tes jambes et quand tu respi­res, tu ne regar­des pas tes poumons … »

Ça m’avait trou­blé et l’espace de quel­ques secon­des, je m’étais concen­tré sur ma respi­ra­tion, réali­sant à quel point la vie serait péni­ble s’il fallait se concen­trer sur chaque mouve­ment de sa cage thora­ci­que.

Voilà le style qui m’amuse

Il lui est même arrivé de me faire la bise, pour me souhai­ter une bonne année, une bonne santé, un bon anni­ver­saire .… Bernard était un excel­lent souhai­teur


Ce livre a obtenu un coup de cœur de notre club et je comprends pour­quoi. C’est un livre d’une lecture éprou­vante car il met en scène, dans un essai romancé, certai­nes horreurs de notre huma­nité et le plus insup­por­ta­ble, c’est qu’on sait que cela conti­nue encore et encore, la Corée du Nord est, en effet, capa­ble du pire. C’est une partie du pire dont il s’agit ici : pour des raisons assez obscu­res, des assas­sins de Corée du Nord, en 1970, ont enlevé des Japo­nais pour les emme­ner et les rete­nir dans l’enfer de leurs pays. Certains seront employés pour appren­dre le japo­nais à des terro­ris­tes qui sévi­ront sous une fausse iden­tité japo­naise dans le monde entier. Une terro­riste qui avouera la respon­sa­bi­lité du krach vol 858 en 1987  expli­quera qu’une jeune japo­naise lui avait appris la langue et la culture du Japon. Il y a aussi le cas du GI améri­cain, Char­les R. Jenkins, qui de son plein gré partira en Corée du Nord, il en revien­dra 36 ans plus tard. Son témoi­gnage a beau­coup aidé Eric Faye pour la rédac­tion de ce livre.

Avec un talent et une déli­ca­tesse incroya­bles l’auteur décrit la douleur de ceux qui ont vu dispa­raî­tre leur proche au Japon et l’horreur du destin de ces pauvres Japo­nais qui ne compre­naient rien à ce qui leur arri­vait en arri­vant aux pays des fous crimi­nels. Et à travers tous ces drames, la vie en Corée du Nord nous appa­raît dans son absur­dité la plus cruelle que l’homme puisse imagi­ner. J’ai vrai­ment du mal à compren­dre pour­quoi le monde entier ne se mobi­lise pas pour déli­vrer ce peuple de la main mise du plus féroce et impla­ca­ble des dicta­teurs.

Citations

Le malheur de la mère dont on a enlevé la fillette de 12 ans

À chaque pas, il semblait à cette mère orphe­line retrou­ver un nouveau mot de la dernière conver­sa­tion avec sa fille. Et à chaque fois qu’elle pensait à un mot précis, elle le plaçait sous le micro­scope de la culpa­bi­lité.

C’était une coupa­ble qui allait errant dans les rues de Niigata. Régu­liè­re­ment, à l’heure de sortie des collè­ges, Elle voyait sa fille devant elle et pres­sait le pas pour la rattra­per, puis dépas­sait une incon­nue en concé­dant son erreur. Elle ne voulait lais­ser aucune place au doute, si bien qu’elle préfé­rait mille de ces menues défai­tes à une seule incer­ti­tude.

L’horreur de la répression en Corée du Nord

Le camp couvre toute une région de monta­gnes, et dans les clôtu­res qui le déli­mi­tent circule un courant continu. Le camp recèle un centre de déten­tion souter­rain. Une prison dans la prison, ou plutôt sous la prison, dont les déte­nus ne voient jamais le jour et dont les gardiens ont ordre de ne jamais parler.… Le couloir que je devais surveiller comp­tait une quin­zaine de cellu­les d’isolement, éclai­rées tout le temps par une ampoule au plafond et tout juste assez longues pour qu’un homme s’y tienne allongé, à une tempé­ra­ture constante, dans une humi­dité qui dété­riore tout, la peau, la santé.

J’ai lu ce livre lors d’un séjour à Oues­sant et malgré les beau­tés de la nature offer­tes par le vent et la mer, je ne pouvais m’empêcher d’être saisie d’effroi par tant de souf­fran­ces impo­sées à un enfant qui ne pouvait pas se défen­dre contre la folie de son père. Je me suis souve­nue de la discus­sion de notre club, le livre a reçu un coup de cœur, mais plusieurs lectri­ces étaient choquées par l’attitude de la femme. En effet, celle-​ci va passer sa vie à faire « comme si » : comme si tout allait bien, comme si tout était normal, et avec la phrase que le petit Émile a entendu toute sa vie « Tu connais ton père », elle croit effa­cer toutes les violen­ces et tous les coups reçus.

Oui son père est fou et grave­ment atteint, il entraîne son fils dans sa folie, en faisant de ce petit bonhomme de 12 ans asth­ma­ti­que et fragile un vaillant soldat de l’OAS, mais oui aussi, je suis entiè­re­ment d’accord avec mes « co »-lectri­ces sa mère est large­ment complice du trai­te­ment imposé par ce fou furieux à sa famille. Lors­que son père sera enfin interné et que le fils adulte révèle aux psychia­tres ce qu’il a subi enfant, sa mère quitte son fils sur cette ques­tion incroya­ble :

Et c’est quoi cette histoire ? Tu étais malheu­reux quand tu étais enfant ?

L’autre ques­tion que pose ce roman, c’est la part de la fiction et de la réalité. C’est évident que l’auteur raconte une partie de son enfance, et nous fait grâce à cela revi­vre ce qu’a repré­senté la guerre d’Algérie pour une partie de la popu­la­tion. À cause de ce livre, j’ai relu la décla­ra­tion de Salan lors de son procès, il exprime à quel point lui, le géné­ral le plus décoré de l’empire colo­nial fran­çais a souf­fert de voir ses conquê­tes dispa­raî­tre peu à peu dans le déshon­neur des promes­ses non-​tenues aux popu­la­tions qui soutien­nent ses idée. La gran­deur de la France et de son drapeau c’était, pour lui, de tenir face aux barba­res, c’est à dire ceux qui ne veulent pas être fran­çais. Le père d’Émile use et abuse de ce genre de discours et dans cette tête de malade cela lui donne tous les droits. Comme tout para­noïa­que, il a raison contre tout le monde et invente une histoire menson­gère et folle de plus quand il risque d’être mis devant ses contra­dic­tions.

Bien sûr, il y a toujours une forme d’impudeur à faire de sa souf­france un roman lu par un large public, et je suis souvent criti­que face au genre « auto-​fiction », mais lors­que l’écrivain sait donner une portée plus large à ses souve­nirs au point de nous faire compren­dre les méca­nis­mes de ce qui rend une enfance insup­por­ta­ble, je ne ressens plus l’impudeur mais au contraire une sorte de cadeau fait à tous ceux qui tendent la main aux enfants malheu­reux car on peut donc s’en sortir sans répé­ter les mêmes erreurs. Et puis il y a le style, j’apprécie beau­coup celui de Sorj Chalan­don, tout en retenu même quand on est aux limi­tes du suppor­ta­ble.

Citations

Style de Sorj Chalandon

Il y avait un mort avant le nôtre, des dizai­nes de voiture, un deuil en grand. Nous étions le chagrin suivant. Notre proces­sion à nous tenait à l’arrière d’un taxi.

la vie de famille

Il l’a regar­dée les sour­cils fron­cés. Ma mère et ses légu­mes. Il était mécon­tent . Il annon­çait la guerre, et nous n’avions qu’une pauvre soupe à dire.

Après des actes de violence de son père un mensonge de paranoïaque

J’étais boule­versé. Je n’avais plus mal. Mon père était un compa­gnon de la Chan­son. Sans lui, jamais le groupe n’aurait pu naître. Et c’est pour­tant sans lui qu’il a vécu. Ils lui avaient volé sa part de lumière. Son nom n’a jamais été sur les affi­ches, ni sa photo dans les jour­naux . Il en souf­frait . Ceux qui ne le savaient pas étaient condam­nés à dormir sur le palier.

C’était il y a trois ans. Depuis, maman n’a plus allumé la radio. Et plus jamais chanté.

Rôle de la mère

Ce jour-​là, en allant voter contre l’autodétermination, il avait écrit « Non » sur les murs. Le soir, il avait perdu. Il a hurlé par la fenê­tre que la France avait trahi l’Algérie. Et aussi lui, André Chou­lans. Il est ressorti à la nuit tombée . Il est rentré plus tard, avec du sang sur son imper­méa­ble kaki et les mains abîmées.
Le regard épou­vanté de ma mère, visage caché entre ses doigts. Elle a gémi
- Mon Dieu, ta gabar­dine !
- T’inquiète pas la vieille, c’est du sang de bicot.
Elle a secoué la tête.
- Le sang c’est comme le vin, c’est dur à ravoir, a-​t-​elle dit simple­ment.

Lu grâce au club de lecture de la média­thèque de Dinard.


Fran­çois Garde ne m’en voudra certai­ne­ment pas que l’alto prenne plus de place que son roman sur ma photo. Lui qui a donné vie dans « L’effroi » à un Sébas­tien Armant, altiste à l’opéra de Paris qui « aurait tant aimé ne nous parler que de musi­que ». Malheu­reu­se­ment, le geste horri­ble, crimi­nel, d’un chef d’orchestre très en vue fait bascu­ler sa vie. Voici le début d’une d’une vraie tragé­die :

L’archet levé, j’attendais le signal ;

Soudain le chef se redressa. Il prit une longue inspi­ra­tion, se figea dans un impec­ca­ble garde-​à-​vous. Le public ne se rendit compte de rien, et pour nous ce chan­ge­ment de posture ne produi­sit qu’un vague senti­ment d’alerte.

Lente­ment, il leva le bras droit, main tendue vers le rideau de la scène, et, de sa belle voix de bary­ton, s’exclama avec force et solen­nité :

« Heil Hitler ! »

Sébas­tien Armant, saisi d’effroi, va se lever et sortir, entraî­nant derrière lui tout l’orchestre, la répro­ba­tion du geste du chef est telle que cela devient « le » scan­dale média­ti­que qu’il faut à tout prix exploi­ter pour des raisons poli­ti­ques et de pouvoir. Notre altiste va deve­nir un objet aux mains des spécia­lis­tes de la commu­ni­ca­tion et peu à peu perdre pied et ne plus très bien savoir comment diri­ger sa vie. Le récit est bien mené et nous retrou­vons les travers de notre société dans la descrip­tion de la chute program­mée d’un homme simple­ment coura­geux. Le lecteur sait, bien avant lui, que Sébas­tien Armant n’aurait jamais dû fréquen­ter les fameux « plateaux » télé, que c’est un monde prêt à dévo­rer de l’émotion sur le dos de ceux qui peuvent encore en expri­mer.

Sa pein­ture du monde poli­ti­que avec sa cohorte de conseillers en image, en commu­ni­ca­tion, en revue de presse est criant de vérité. Oui, c’est bien dommage que cela se fasse sur le dos de la musi­que mais, au moins, il peut se rassu­rer, la musi­que restera toujours cet art exigeant qui demande à ses servi­teurs de travailler tous les jours (ou pres­que) six heures, pour arri­ver à un résul­tat qui leur donne du plai­sir et nous en donne tant. C’est l’amie proprié­taire de l’alto de cette photo qui m’a fait décou­vrir cette réalité, et aucun conseiller ne pourra jamais faire l’économie de ce travail exigeant pour abou­tir au feu d’artifice que repré­sente un concert réussi. Il peut se compa­rer au travail de l’écrivain qui polit sa langue pour permet­tre au lecteur de rentrer au plus profond du récit et de parta­ger les doutes et les espoirs de l’écrivain comme le fait si bien Fran­çois Garde.

Citations

le directeur de l’Opéra

Jean-​Pierre Chomé­rac, le prési­dent du conseil d’administration de l’Opér, me surprit. Chomé­rac avait pris ses fonc­tions six mois plus tôt. Il devait ce poste à une ancienne et indé­fec­ti­ble amitié avec le prési­dent de la Répu­bli­que. (…) Sous sa protec­tion, il avait été nommé succes­si­ve­ment inspec­teur géné­ral de l’agriculture, préfet de l’Yonne, ambas­sa­deur au Portu­gal. Il ne dissi­mu­lait pas la minceur de ses compé­tence, et y suppléait par un sens poli­ti­que avisé et sa propen­sion à se saisir des sujets à la mode et à faire parler de lui. (…)Nos délé­gués syndi­caux murmu­raient qu’il n’avait pas encore décou­vert que dans un opéra on faisait de la musi­que.

Vous savez prési­dent de l’Opéra n’est qu’un lot de conso­la­tion en atten­dant mieux.

Ceux qui nous gouvernent

Je le remer­ciai en prenant la carte qu’il me tendait. Des assis­tants vinrent à nouveau papillon­ner autour de nous. Le conseiller du minis­tre en profita pour se glis­ser à côté de moi et murmu­rer :

- Il distri­bue ses cartes de visite comme s’il était encore député-​maire. Bien évidem­ment, c’est nous qui vous contac­te­rons le moment venu.

Les médias

Les médias sont comme un mons­tre insa­tia­ble, il faut lui donner à manger de temps en temps, sinon il peut vous dévo­rer tout cru.

Vie et mort des scandales dans les médias

Les chaî­nes d’information en continu se réga­lent. Avant-​hier les révé­la­tions d’un obscur atta­ché parle­men­taire ; hier les expli­ca­tions contour­nés du minis­tre du Budget ; ce matin les bons mots assas­sins d’un jeune loup de l’opposition. Dans notre affaire, il ne se passe rien de nouveau, il ne peut rien se passer d’inédit. Les jour­na­lis­tes me solli­ci­tent moins pour vous rencon­trer. Mon cher Sébas­tien, il faut s’y résou­dre : le bouquet que nous propo­sons à la vente depuis deux semai­nes commence à se faner, et les amateurs veulent des fleurs fraî­ches.

Le musicien d’orchestre

Rien ne peut égaler l’honnêteté du musi­cien, L’honnêteté sans fard et sans tache du travail du musi­cien, seul respon­sa­ble d’avoir bien appri­voisé son instru­ment, bien lu la parti­tion, bien écouté ses collè­gues, bien suivi les consi­gnes. Lui seul – et chacun dans l’ensemble- doit se glori­fier modes­te­ment de donner vie aux construc­tions invi­si­bles élabo­rées par les maîtres du passé. 

Phrase que j’aime

Comme des rochers fendant une mer calme, ou des sommets émer­geant des nuages. Mais les écueils ne disent rien du métier de pêcheur, ni les monta­gnes ne se rédui­sent à leurs extré­mi­tés.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thè­que de Dinard et coup de cœur de mon club

Je le mets dans la caté­go­rie « Roman qui font du bien », avec ces quatre coquilla­ges, il est aussi dans « mes préfé­ren­ces », parce qu’il raconte un très bel amour qui a duré tout le temps d’une vie de couple, brisé seule­ment par la mort trop précoce due à la chorée de Hunting­ton. Il y a telle­ment d’histoires de couples qui n’arrivent pas à s’aimer dans la litté­ra­ture actuelle. Certes, (et hélas !) la mort précoce de la jeune femme, est peut-​être un facteur de réus­site de cet amour, mais Tris­tan Talberg sous la plume de Patrick Tudo­ret raconte si bien cette rela­tion réus­sie, pleine de passion, de tendresse, d’attention à autrui que cela m’a fait vrai­ment du bien au creux de cet hiver très gris. Ce roman n’est pas non plus un texte de plus sur le pèle­ri­nage de Compos­telle, mais plutôt un chemin vers la sortie du deuil.

Cette longue marche à pied, permet grâce à l’effort physi­que souvent soli­taire, un retour sur soi et une réflexion sur la foi. Les bruits du monde sont comme assour­dis, s’ils parvien­nent aux marcheurs c’est avec un temps de réflexion salu­taire. Ce n’est pas un livre triste, au contraire, il est souvent drôle, les diffé­rents marcheurs sont bien croqués, cela va de l’athée mili­tant aux confits en reli­gion. Tris­tan est un agnos­ti­que dans lequel je recon­nais volon­tiers plusieurs de mes tendan­ces. Beau­coup plus cultivé que moi, il se passionne pour les auteurs comme Pascal, Chateau­briand, Saint Augus­tin mais c’est pour réflé­chir sur ses doutes et fuir tous les secta­ris­mes. Et le prix Nobel dans tout cela ? disons que c’est un beau prétexte pour réflé­chir sur la noto­riété et la média­ti­sa­tion du monde actuel. Un roman agréa­ble à lire et j’ai déjà en tête bien des amies à qui je l’offrirais volon­tiers.

Citations

Ceux qui ont refusé le Nobel

Sartre en 1960, vexé peut-​être que Camus l’eût devancé de trois ans… ; Beckett aussi, ascète incor­rup­ti­ble des Lettres (.…) Beckett n’avait pas un rond vaillant et la gentillette somme atta­chée au prix l’eût sans doute bien aidé, mais sa soupente d’étudiant éter­nel était plus vaste que tous les palais

Ce portrait m’enchante

Fervent secta­teur du guide Miche­lin, son ingé­nieur de père, pour qui la poésie du monde rési­dait davan­tage dans un roule­ment à billes que dans les vers impairs de Verlaine, en vantait sans fléchir l’objectivité et le sérieux .

La mort de l’aimée

Elle ne vit qu’une masse sombre effon­drée sur le lit. Une masse sombre tran­chant sur le drap clair, dans cette cham­bre étouf­fante et blan­che. Un homme couché sur une femme aimée, ploye sur elle, la couvrant de tout son corps comme si elle avait froid. Mais elle n’avait plus froid

Agnostique et Athée

Mais, tu le sais, j’ai toujours eu les fonda­men­ta­lis­tes en horreur, qu’ils fussent croyants ou athées. Leurs idées arrê­tées en font des statues de sel, des cerveaux en jachère. Leurs certi­tu­des m’emmerdent. Cette pensée enkys­tée me fait honte et m’effraie à la fois. Fonda­men­ta­lisme athée, gonflé de préten­tion sur ratio­na­lis­tes, tenant dans le plus insup­por­ta­ble mépris les 9/​10° de l’humanité pour qui Dieu et le sacré sont au coeur de tout, mais aussi fonda­men­ta­lisme reli­gieux qui nous fait le coup de la certi­tude « infor­mée », fermée à toute autre forme de pensée

20161206_113108Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thè­que de Dinard et coup de cœur de mon club

4Un coup de cœur égale­ment de ma part pour ce livre témoi­gnage entre fiction et réalité. Ce roman m’a beau­coup inté­res­sée, et pas seule­ment pour la décou­verte de la vie d’Albert Achache-​Roux qui s’arrête à Ausch­witz en 1943. Ce livre permet de décou­vrir l’Algérie, les effets des décret Crémieux sur la popu­la­tion juive de ce pays, les violen­ces anti­sé­mi­tes de la part des colons pendant l’affaire Drey­fus. Comme Brigitte Benke­moun décou­vre, à sa grande surprise, assez vite, que son grand-​oncle était homo­sexuel, cela lui permet de réflé­chir sur l’homosexualité dans une famille juive à la fin du XIXe siècle.

En plus de tous ces diffé­rents centres d’intérêts, on suit avec passion l’enquête de l’auteure. Quelle éner­gie ! Elle ne laisse rien passer, dès qu’une petite fenê­tre s’entrouvre, elle fonce pour en savoir un peu plus. Elle tire sur tous les fils, elle suit toutes les pistes qui l’amène à mieux connaî­tre Albert, ce richis­sime homme d’affaire adopté par un certain Monsieur Roux. Elle finit par compren­dre ce que cache cette adop­tion : la solu­tion que trou­vait, parfois, des homo­sexuels à cette époque pour vivre tran­quille­ment leur vie à deux. Elle cher­che obsti­né­ment qui a pu dénon­cer son oncle et fina­le­ment nous donne un portrait saisis­sant de la tragé­die des homo­sexuels qui se mêle ici au nazisme et à la chasse aux juifs à Nice menée par l’horrible Aloïs Brun­ner (qui a sans doute tran­quille­ment fini ses jours à Damas en 2010). Il est aidé dans cette chasse par des Russes blancs qui ont retrouvé là, les habi­tu­des des tsaris­tes. Elle ne fait pas qu’une œuvre de biogra­phe, elle remplit les nombreux blancs de la vie d’Albert par tout ce qu’elle connaît de la vie de sa famille, c’est pour­quoi son livre se situe entre le roman et la biogra­phie. Et nous la décou­vrons elle, une femme passion­née et passion­nante.

Citations

Ashkénaze et Sépharade

Ces Ashké­naze d’Alsace Lorraine, dépê­chés par le Consis­toire de Paris pour « civi­li­ser » leurs core­li­gion­nai­res, s’échinent à trans­met­tre la décence et l’orthodoxie. Mais ils adres­sent des rapports acca­blés à leur hiérar­chie , émou­van­tes par les youyous et le bazar orien­tal

Découverte de son homosexualité en 1908

Qui qu’il soit, il est « anor­mal », quoi qu’il dise, il est condam­na­ble. Est-​il en train de deve­nir fou, ou serait-​ce plutôt une mala­die ? Entre toutes, la plus honteuse : une perver­sion, une inver­sion, une erreur épou­van­ta­ble qui l’a fait homme … Par moments, il se force, il se blinde, espé­rant se soigner ainsi comme d’une fièvre qui finira par passer. Il réprime les pulsions et les émotions, et il se mûre en lui-​même , dans cette prison intime où les désirs sont inter­dits.

La famille juive en Algérie

Sans doute étouffé par la famille et la commu­nauté, dans ce monde où l’individu n’existe que dans le groupe et où chacun se comporte forcé­ment comme les autres, sous le regard de tous

Richesse

Et cette propriété sur les hauteurs de Nice illus­tre son ascen­sion sociale : les bour­geois vivent près de la mer, les aris­to­crate la surplom­bent.

Dernière phrase du livre

Je suis l’héritière de ton monde. Et ce livre est le petit caillou qu’une mécréante croit lais­ser sur une tombe qui n’existe pas.

20161202_102350Lu grâce au club de lecture de la média­thèque de Dinard. et il a obtenu un coup de cœur.

Marcher droit tourner en rond

5Je suis si contente de commen­cer l’années par un cinq coquilla­ges ! Et, Keisha va être contente son petit chou­chou est récom­pensé d’un coup de cœur à l’unanimité de celles qui l’avaient lu dans mon club (je peux lui dire que c’est rare !). Comme je me régale égale­ment avec son précis de méde­cine imagi­naire, j’ai mis les deux livres d’Emmanuel Venet dans le même billet.
Commen­çons par « Marcher droit tour­ner en rond » vous compren­drez la photo car il s’agit en effet de dévoi­ler la vérité qui se cache derrière toutes les photos de famille.

Margue­rite a cent ans et son petit fils est à son enter­re­ment. Tout le monde fait un portait élogieux de cette cente­naire. Oh là ! non non non, il lui manque une semaine pour être cente­naire et j’en connais un que ça agace ce manque de préci­sion : son petit fils qui vit avec un syndrome Asper­ger. Cela lui donne trois compé­ten­ces pous­sées à l’extrême : le scrab­ble, le petit bac et la connais­sance des catas­tro­phe aérien­nes. En plus, évidem­ment une inca­pa­cité totale à se satis­faire des menson­ges qui dissi­mu­lent toutes les condui­tes de faça­des en société. L’enterrement est donc pour lui l’occasion de racon­ter toutes les méchan­ce­tés des uns et des autres, c’est drôle, on a vrai­ment l’impression de voir l’envers du décor. C’est l’occasion aussi de revi­vre son amour pour Sophie peu récom­pensé malgré une belle constance de sa part.

Je pense que l’auteur, psychia­tre, a mis beau­coup de sa propre connais­sance de l’âme humaine pour écrire ce texte. Je vous cite la cita­tion de Sigmund Freud qu’il a mise en exer­gue au début du roman car j’ai souri :

La grande ques­tion à laquelle je n’ai jamais trouvé de réponse, malgré trente ans passés à étudier l’âme fémi­nine, est : » Que veut une femme ? »

Citations

Logique ?

Elle aimait à répé­ter que la vieillesse est la pire des cala­mi­tés, mais chaque hiver, elle se faisait vacci­ner contre la grippe, et, à la moin­dre bron­chite elle extor­quait au docteur Comte des anti­bio­ti­ques. Pour ma part, si j’en arri­vais à trou­ver ma vie trop longue, je cesse­rais de me soigner et me lais­se­rais mourir une bonne fois pour toutes.

Compétence inutile

J’entretiens égale­ment une compé­tence hors du commun pour le jeu du petit bac, mais j’ai rare­ment l’occasion de m’en servir.

La vie de couple

Au bout de deux ans de vie commune, elle avait donc établi une fois pour toutes la répar­ti­tion des rôles dans leur couple : il reve­nait à Imre de payer des cadeaux et à elle-​même de les rece­voir, et il était convenu que ce contrat moral donnait pleine satis­fac­tion aux deux parties.

Une logique un peu rude

J’ai perçu trop tard que j’avais péché par excès de confiance en lui suggé­rant il y a trois ans, de deman­der l’euthanasie de son fils : lors du procès, j’ai senti que cette idée l’avait frois­sée.

Incompris

Je frisonne encore au simple souve­nir des expres­sions « harcè­le­ment » et « violence morale », leit­mo­tiv de ces vingt minu­tes de procès bâclé : est-​ce vrai­ment harce­ler que d’envoyer une dizaine de message par jour à une femme à qui vous pensez jusqu’au plus profond de votre être.

Le petit précis de médecine imaginaire

Ce sont de courts textes à dégus­ter pour se guérir de la moro­sité. J’avais d’bord mis 4 coquilla­ges, car certains textes (surtout la partie sur les ondes) me plai­saient moins que d’autres. Mais j’ai suivi le conseil de Keisha  : relire ces petits textes au hasard et non pas à la suite. Tous sont alors de petits bijoux . elle en a reco­pié sur son blog qui m’a pous­sée à ache­ter ce livre , à mon tour je vous en offre un et si je réus­sis à vous séduire tout le livre d’Emmanuel venet se retrou­vera sur nos blogs !

Malai­ses

Une fois à la retraite, mon grand père Joseph a fait trois chutes. Il avait l’habitude quand le temps le permet­tait, de péré­gri­ner des jour­nées entiè­res pour faire des cour­ses ou pour surveiller, en compa­gnie d’autres badauds, la bonne marche des chan­tiers des envi­rons ; Trois fois, donc ;, il rentra les genoux couron­nés, boitillant, endo­lori mais anor­ma­le­ment soucieux. L’affaire se soldait par du mercu­ro­chrome et des banda­ges, mais on la prenait telle­ment au sérieux qu’un des enjeux, à coup sûr, m’échappait. Rétros­pec­ti­ve­ment, j’ai compris que Joseph avait peur qu’on parle de malaise, et que ce soit fini de la vie paisi­ble.

Le malaise, concept central de toute expé­rience exis­ten­tielle, est affreu­se­ment mal traité par la méde­cine savante, qui le consi­dère au mieux comme une approxi­ma­tion à décons­truire. Il n’existe même pas, dans la litté­ra­ture spécia­li­sée, d’ouvrage consa­cré à ce sujet inépui­sa­ble. Osons le dire tout net, il manque à notre science un bon et solide« Traité du malaise », avec étymo­lo­gie, histo­ri­que, étude clini­que et tout le bata­clan. Moyen­nant quoi le patri­cien conscien­cieux parve­nant mal à distin­guer entre effet de langage et ennui de santé, craint systé­ma­ti­que­ment de passer à côté d’une mala­die grave et épuise son malade en examens inuti­les qui, bien souvent débou­chent sur un diag­nos­tic. De sorte que le patient pour­suit sa vie beau­coup moins serei­ne­ment que s’il n’avait pas consulté.
Joseph, lucide sur le risque, s’en remet­tait donc aux anti­sep­ti­ques et aux banda­ges. Vu qu’il tenait debout et gardait la vigueur de s’opposer à toute consul­ta­tion intem­pes­tive, on n’a jamais bien su les circons­tan­ces de ses chutes.

Et une citation car j’ai éclaté de rire

sous la rubrique paranoïaque

Cette évoca­tion réveille quel­ques figu­res admi­ra­bles : la crapule désœu­vrée qui trouve dans un mur mitoyen une mine de « casus belli » ; l’hémorroïdaire acharné à se faire rembour­ser son papier hygié­ni­que par la sécu­rité sociale .…

20161125_185110Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thè­que de Dinard

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Surtout que cette photo ne vous induise pas en erreur, ce roman n’est pas à jeter aux toilet­tes. Il fallait que j’évoque, soit le RER, soit la machine à broyer les livres, soit une « dame pipi » .
J’avais très envie, de rendre hommage aux « Dames-​pipi » , car Julie qui nettoie tous les jours les WC dans une gale­rie marchande, est un des rayons de soleil de ce roman. Je trouve parti­cu­liè­re­ment compli­qué de parler de ce métier sans tomber dans la gros­siè­reté ou la condes­cen­dance. Julie est gaie, a plein d’idées, attend son prince char­mant en comp­tant les carreaux de faïen­ces des toilet­tes qu’elle nettoie avec ardeur et conscience. Le person­nage prin­ci­pal Guylain Vignol que le surnom de Vilain Guignol pour­sui­vra toute sa vie, a bien besoin de rayons de soleils dans sa vie lui l’amoureux des livres qui travaille dans une usine on les pilonne, les livres !

7438643-11462508Pour lutter contre cette destruc­tion qui lui déchire le cœur, le person­nage prin­ci­pal du livre vole quel­ques page à la mons­trueuse machine, et il les lit à haute voix dans son RER de 6 heures 27 créant ainsi, peu à peu, un public atten­tif. Il est entouré de person­na­ges sympa­thi­ques, un Italien qui a perdu ses jambes dans cette broyeuse de livre et un concierge fou d’alexandrins , heureu­se­ment qu’il a ses amis car son patron est horri­ble et son pois­son rouge pas très bavard. Je vous laisse décou­vrir comment Julie rencon­trera Guylain et comment ce doux rêveur enchan­tera les pension­nai­res plus très jeunes de la rési­dence des Glyci­nes.
Le charme de ce roman vient beau­coup de la langue de l’auteur on a l’impression parfois de petits morceaux de douces poésies un peu désuè­tes. Je vais mettre une nouvelle caté­go­rie : romans qui font du bien et ce sera le premier de la liste. J’ai vrai­ment envie de lire de tels romans en ce moment , cela me fait du bien de le mettre sur Luocine un 26 décem­bre après un Noël où tant de gens luttent pour leur survie.

Citations

Quel joli début

Guylain Vignol­les, lui, était entré dans la vie avec tout fardeau la contre­pè­te­rie malheu­reuse qu’offrait le mariage de son patro­nyme avec son prénom : Vilain Guignol, un mauvais jeu de mots qui avait reten­tit à ses oreilles dès ses premiers pas dans l’existence pour ne plus le quit­ter.

Jolie façon de parler de l’alcoolisme

Il savait de quoi il parlait le vieux, lui qui n’avait rien trouvé de mieux que le rouge étoilé pour se donner le courage de conti­nuer.

Les énumérations évocatrices

La chose était née pour broyer, apla­tir, déchi­que­ter, malaxer, pétrir, ébouillan­ter.

Une évocation parlante du christianisme

Arrosé d’un Lacryma Christi, Giuseppe se plai­sait à lui rappe­ler que s’enivrer avec des larmes du Christ était la plus belle chose qui puisse arri­ver à un chré­tien.

Petit moment de poésie (selon moi)

Mes atten­tions vont plutôt aux éclo­pées, aux fendillées, aux jaunies, aux ébré­chées, à toutes celles que le temps a estro­piées et qui donnent à l’endroit, outre ce petit cachet vieillot que j’ai fini par aimer une touche d’imperfection qui étran­ge­ment me rassure. « C’est dans les cica­tri­ces des gueu­les cassées que l’on peut lire les guer­res, Julie, pas dans les photos des géné­raux engon­cés dans leurs unifor­mes amidon­nés et tout repas­sés de frais. » M’a dit un jour ma tante tandis que toutes les deux briquions les carreaux à grands coups de peau de chamois pour leur rendre leur lustre d’antan.

J’ai ri

Si avec ça l’habit ne fait pas le moine, alors comme disait ma tante : « Que Sainte Aude-​Javel, la patronne des dames pipi soit damnée ! »

Auto-​portrait du personnage principal

Non tout ne va pas si bien que ça, eut envie de rétor­quer Guylain. J’attends le retour d’un père mort depuis vingt huit ans, ma mère me croit cadre dans une société d’édition,. Tous les soirs je raconte ma jour­née à un pois­son, mon boulot me dégoûte à tel point qu’il m’arrive de dégueu­ler tripes et boyaux, et enfin pour couron­ner le tout, je suis en train de tomber amou­reux d’une filles que je n’ai jamais vue. En résumé pas de problème, sauf que je suis quand même dans tous les domai­nes un petit peu « à la limite infé­rieure de la courbe ».

Sourire

On peut s’attendre à tout d’un constipé même à rien.

20161112_145710Lu grâce au club de lecture de la média­thèque de Dinard.

4Il pleu­vait ce soir là, mais dès que j’ai lu les dix premiè­res pages, j’ai su que j’allais passer un très bon moment, qui me ferait oublier la pluie, les jours qui raccour­cis­sent et toutes les mauvai­ses nouvel­les du monde réel. Un poli­cier honnête qui croit encore que son rôle est de défen­dre les victi­mes quel­les que soient leurs origi­nes : pros­ti­tuées, noirs, drogués, pauvres ou riches décou­vre tout au long de sa carrière que toute la société améri­caine est gangre­née par une corrup­tion soute­nue par le trop rapide enri­chis­se­ment des nouvel­les entre­pri­ses liées aux nouvel­les tech­no­lo­gies. Il se trouve chargé d’une enquête : il doit retrou­ver Ada, créa­tion d’une société immen­sé­ment riche qui travaille sur l’intelligence arti­fi­cielle.

C’est l’occasion pour ce roman­cier de retrou­ver ses thèmes favo­ris : le monde virtuel, les complots, l’intelligence arti­fi­cielle. Une simple recher­che sur Inter­net nous montre que le créa­teur d’Ubiqus, Antoine Bello,connaît bien ce nouveau monde. L’enquête de Frank Logan permet d’explorer les diffé­ren­tes socié­tés qui peuplent et font vivre la Sili­con Valley. On le sait main­te­nant ce sont des jeunes qui ont réussi à gagner des sommes abso­lu­ment folles sans pour autant que leurs riches­ses ne soient fondées sur la produc­tion de biens mais sur des compé­ten­ces virtuel­les qui four­nis­sent des infor­ma­tions qui seront utili­sées à des fins que nous ne maîtri­sons pas.

Ce qui rend ce roman à la fois drôle et intri­gant, c’est que Ada a été conçue pour deve­nir écri­vain. Cela nous amène à réflé­chir sur l’écriture et sur ce que pour­rait faire en matière d’écriture l’intelligence arti­fi­cielle. C’est drôle mais très inquié­tant, pas tant d’ailleurs pour la créa­tion roma­nes­que que pour la forma­tion intel­lec­tuelle. Comment lutter sur le copier/​coller dans les recher­ches univer­si­tai­res, dans ce roman Antoine Bello décrit des logi­ciels qui vont cher­cher des infor­ma­tions dans tout inter­net et qui seront bien­tôt capa­bles d’en faire la présen­ta­tion, niveau collège, lycée, univer­sité, et pour­quoi pas de thèses, en 10 mots en 100 mots, en 1000 mots et plus. Bien sûr nous voyons tous les métiers de l’écriture dispa­raî­tre les logi­ciels sont déjà bien meilleurs que n’importe quel « trader », mais bien­tôt les arti­cles de la presse spor­tive ne seront pas écrits par des jour­na­lis­tes mais par des robots.

Toutes les acti­vi­tés humaine qui lais­sent des traces sur un ordi­na­teur, peuvent être analy­sées par des logi­ciels et le grand collec­teur de tous ces DATA pren­dront le pouvoir sur l’homme si failli­ble. J’ai appré­cié que l’auteur face une place parti­cu­lière à l’amour qui semble échap­per encore à l’intelligence arti­fi­cielle contrai­re­ment à la créa­tion litté­raire puis­que voilà Ada qui a écrit un premier roman dans la collec­tion Arle­quin mais qui peut certai­ne­ment s’améliorer, d’ailleurs qui sait, n’est-ce pas elle qui se cache derrière le pseudo Antoine Bello ?

Citations

Humour d’Antoine Bello

Frank avait vu « Black Runner » à sa sortie en 1982 . Il en gardait deux souve­nirs :

  1. Harri­son Ford pour­chas­sait des robots d’apparence humaine
  2. Il n’avait rien compris au film.

La prostitution aux États-​Unis

On estime que 1500 travailleurs du sexe entrent chaque année aux États-​Unis contre leur gré, le plus souvent sans savoir à quel­les fins ils seront utili­sés. Torture, pédo­phi­lie, trafic d’organes : les rares affai­res rendues publi­ques offrent un aperçu terri­fiant des turpi­tu­des de l’âme humaine. Là encore, la Cali­for­nie, capi­tale mondiale de l’industrie porno­gra­phi­que, paie un tribut parti­cu­liè­re­ment lourd.

L’évolution commercial dans le monde

Les coif­feurs à 1 dollar de l’époque (1950) avaient cédé la place à des salons de soins capil­lai­res où le prix des coupes démar­rent à 250 dollars

Humour sur les succès littéraires

les éléments qui tirent les livres vers le succès ; en vrac : les échan­ges de vœux, les chatons, la tour Eiffel, la paille, la marée montante, les brouet­tes, les carto­man­cien­nes, les prome­na­des en gondole, les miroirs en pied, les porte-​jarretelles et l’huile solaire.

D’autres éléments à l’inverse tirent les ventes à la baisse : l’aïoli, les verrues plan­tai­res, les tortues, les voya­ges en classe écono­mi­que, la bière brune, la couleur jaune, les jardi­niers mexi­cains, le basket-​ball et la tecto­ni­que des plaques.

L’accueil dans les grandes firmes

Trois récep­tion­nis­tes qui auraient pu consti­tuer le podium de Miss Dane­mark étudiaient leurs ongles derrière un comp­toir en verre dépoli

Trait de caractère toujours négatif

Ambi­tieux et pares­seux à la fois : le plus dange­reux des cock­tails …

Starbuck

N’en déplaise à ses porte-​parole, Star­buck avait esquinté le tissu écono­mi­que de l’Amérique en rempla­çant les entre­pre­neurs par des employés et, acces­soi­re­ment, en impo­sant à tous ses restau­rants de diffu­ser la même musi­que insi­pide du mépris des coutu­mes loca­les.

La religion

Nos compa­trio­tes donnent chaque année 100 milliards à des asso­cia­tions reli­gieu­ses pour réser­ver leur place au Para­dis ! Sans garanti, évidemment- personne ne les rembour­sera en cas de publi­cité menson­gère.