Édition Le livre de Poche

 

Merci Géraldine, tu tiens bien tes promesses ! Effectivement tu m’as prêté ce roman qui t’avait tant plu. Je comprends ta recherche après avoir visité l’Afrique du Sud pour retrouver ce pays si problématique à travers la littérature. J’ai beaucoup lu sur ce pays et comme souvent, je trouve que les écrivains originaires du pays me font mieux ressentir les réalités de leur société. Celui qui m’a fait vibrer pendant mon adolescence André Brink celle que j’ai découvert grâce aux blogs mais qui ne m’avait pas trop plu Karel Schoeman et le dernier qui a été pour moi un vrai coup de coeur La Voisine de Yewande Omotoso.

Dans ce roman, l’auteur crée une histoire d’amour et un roman d’action pour faire comprendre la réalité de l’Apartheid. Une jeune enseignante littéraire de l’université de Nanterre a accepté un poste à l’université du Cap. Grâce à une amitié avec une jeune fille très engagée auprès des noirs dont les droits sont bafoués, elle découvre l’aspect le plus cruel de la société Sud-africaine, et un jeune médecin beau comme un Dieu avec qui elle va vivre une passion amoureuse. Le beau Victor cache un engagement politique qui les entraînera dans un projet d’évasion de Nelson Mandela de son horrible prison sur l’île de Robben Island.

L’apartheid est très bien raconté et la société apparaît dans toute sa complexité . En particulier la difficulté des Noirs à faire confiance aux Blancs. Comme on les comprend ! Car l’imagination des racistes pour faire souffrir des hommes qu’ils considèrent comme des sous hommes ne connaît pas de limite. Le père de Victor avait réussi à enfermer dans une cage une famille de Buchmen et la famille venait se distraire comme si ses gens étaient des animaux. La scène est à peine supportable. Et tout cela dans un pays dont la beauté est parfois à couper le souffle et qui est bien décrite.

Mes réserves viennent de l’aspect romanesque : je n’avais pas besoin de cette histoire d’amour trop parfaite pour partir dans la réalité de ce pays, la réalité de la tentative d’évasion de Mandela a eu une vague réalité et cela permet de voir les services secrets en action. Mais que ce soit le beau Victor qui en soit l’instigateur c’est un peu trop pour moi.

 

Citations

Justice de l’apartheid

 En Afrique du sud, quant un Noir viole une blanche, le juge le condamne à mort. La semaine dernière, un blanc, qui avait violé une petite indienne de neuf ans, a écopé de neuf mois de prison. Récemment, aussi, à jury a condamné à six coups de canne quatre jeunes fermiers blancs coupables de viol en bande sur une femme noire. Depuis 1911 ne figurent que deux blancs sur la salle liste des 132 homme exécutés pour viol. Et tous deux ont commis leur crime sur des petites filles blanches.

Mandela en prison

 La nuit, dans le bloc plongeait dans le silence, il quittait sa couchette, se frottait les épaules et les pieds au mur de sa minuscule cellule, puis se plantait devant les barreaux de sa lucarne. Au delà du soupirail, et de la cour, une batterie de projecteurs illuminait des hommes, le fusil à la main, patrouillant, prêts à réagir d’un coup de feu à la moindre évasion. Un Mirador installé sur pilotis parachevait encore le dispositif de parade.

Le statut de la nounou ou maid

 Elle est devenue la maid de la famille à ma naissance. Elle m’a bercé et élevé avec amour. Je l’adore et je la plains, c’est très confus, je ne pourrais pas me passer d’elle et en même temps je vois qu’elle vieillit et qu’elle aura consacré sa vie à servir des blancs. Tu comprendras qu’en Afrique du sud il n’y a pas de sujet plus casse-gueule que celui de la maid. Chacun témoigne d’une affection sincère, mais en fermant bien les yeux sur la malhonnêteté de cette relation forcément inégalitaire.

 

 

Édition Buchet Chastel

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard 

 

Je ne connaissais pas cette écrivaine et ce roman me le fait regretter car elle a un talent certain pour raconter des histoires et rendre vivante et proche de nous la civilisation guadeloupéenne de son enfance. Dans ce roman elle raconte le voyage initiatique pour un jeune Pascal qui est le fils de … Corazon Tejera, autrement dit, Dieu lui-même, pour ses adeptes. Alors Pascal serait le fils de Dieu ? c’est dur à porter ! déjà que sa naissance a été un miracle pour ses parents adoptifs qui l’ont recueilli dans un appentis qui ressemble fort à une crèche sous d’autres cieux. Voilà le roman est lancé, en s’inspirant des évangiles, Maryse Condé va nous raconter son pays et aussi le monde contemporain dans ce qui ne va pas trop mal et surtout ce qui va très mal.

Le message du Christ est toujours aussi dérangeant « aimons-nous les uns les autres » et toute vie sur terre a la même valeur. Pascal, un peu à l’image de Candide ira de société en société sans jamais trouver le bonheur. On le croit quand il est chez les Mondongues qui ont supprimé la propriété privée, l’alcool … Hélas ! cette société ira vers la tyrannie et Pascal devra prendre la fuite. Finalement, la solution ne sera pas « cultivons notre jardin » mais « trouvons l’amour ».

J’ai parfois beaucoup aimé ce roman surtout quand je sens vivre la société guadeloupéenne, surtout à travers le talent de conteuse de cette auteure. Cela m’a amusée de reconnaître mes souvenirs du catéchisme de mon enfance. Mais je m’y suis aussi souvent ennuyée . J’ai vraiment décidé de lire d’autres livres de cette auteure car son talent aux multiples facettes ne se résume certainement pas à ce roman très original.

 

 

 

Citations

Pourquoi prendre la beauté en photo est elle mortifère ?

 Comme elle jouit d’un « été éternel », les touristes s’y pressent, braquant leurs appareils mortifères sur tout ce qui est beau. Certains l’appellent avec tendresse « Mon pays », mais ce n’est pas un pays, c’est une terre ultramarine, un département d’outre mer quoi !

Autre temps autre mœurs

 Ce n’était un mystère pour personne que ses filles étaient les enfants du révérend père Robin qui avait dirigé la paroisse pendant de longues années avant de transporter ses vieux jours dans une maison de retraite du clergé situé près de Saint-Malo . En ces temps là, les gens de médisaient pas du comportement des prêtres.

Voilà la construction du roman :

 Brusquement Esperitu se tourna vers lui :  » J’ai quelque chose de peu agréable à vous apprendre. Vous ne verrez pas votre père, malheureusement, hier il a dû partir précipitamment pour l’Inde. -Pour l’Inde » répéta Pascal abasourdi, se demandant : mon père, pourquoi me fuis-tu ? mon père, pourquoi m’as tu abandonné ?

Mélange des évangiles et du monde moderne

 Certains jours, il se consacrait à la rédaction d’un ouvrage qu’il avait intitulé « Deux mots, quatre paroles ». Ce serait son œuvre maîtresse, il entendait prouver que cette mondialisation dont on nous rebat les oreilles était, en fin de compte, qu’une forme moderne de l’esclavage. Les nations riches de l’Occident obligeaient des pays pauvres du sud, dont la main d’œuvre était abondante et sous-payée, à confectionner à moindre frais les produits dont elles avaient besoin.

Humour :

 Cependant, on doit à la vérité de dire que les détracteurs des Mondongues avec des motifs de reproches plus sérieux. Au cours de leur histoire, ceux-ci n’avaient pas su produire un Robert Badinter et ils pratiquaient impunément la peine de mort. Ceux qu’ils appelaient les grands criminels étaient traduits devant un peloton d’exécution qui leur perforait la poitrine. Autrefois, ces exécutions étaient l’occasion de grandes fêtes et de réjouissances de nature à divertir la population. Mais les choses avait évolué aujourd’hui les Mondongues avaient adopté la pratique américaine de la chaise électrique, plus discrète, on en conviendra.

 

 

 

 

Édition Gallimard

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard 

Si vous observez bien la photo, vous verrez que ces petits livres sont signés des noms de poètes dont il sera beaucoup question dans ce roman. Baudelaire, Verlaine et Rimbaud et les nombreux Haïkus qui rythment ce roman à l’écriture si particulière.

Je n’ai pas adhéré à cette lecture, mais je reconnais que c’est un extraordinaire travail d’écriture. Si François-Henri Désérable ne vous embarque avec son style particulier, son histoire d’amour perd tout son charme. C’est difficile d’expliquer pourquoi on ne part pas dans un roman. Il faut d’abord que je dise que les continuelles références à la culture littéraire m’agacent prodigieusement. Je sais que j’en ai raté beaucoup car cela ne m’amuse pas et j’ai trouvé que son roman fonctionnait comme un jeu pour des lecteurs « cultivés »  : à qui en trouverait le plus.

Ensuite l’histoire m’a semblé très artificielle, ces personnages avaient beau s’aimer, je ne trouvais ni leur âme ni leur sensibilité dans cette histoire passionnelle.

Bref un roman qui n’est pas pour moi mais qui a obtenu le prix de l’Académie Française.

Le poème dont est extrait le titre :

Es-tu brune ou blonde ?
Sont-ils noirs ou bleus,
Tes yeux ?
Je n’en sais rien mais j’aime leur clarté profonde,
Mais j’adore le désordre de tes cheveux.

Es-tu douce ou dure ?
Est-il sensible ou moqueur,
Ton coeur ?
Je n’en sais rien mais je rends grâce à la nature
D’avoir fait de ton coeur mon maître et mon vainqueur.

Fidèle, infidèle ?
Qu’est-ce que ça fait,
Au fait
Puisque toujours dispose à couronner mon zèle
Ta beauté sert de gage à mon plus cher souhait.

 

Paul Verlaine

 

 

Citations

Jeu des références littéraires

Elle n’était pas du tout son genre ; il n’avait jamais été le sien. Ils n’avaient rien pour se plaire ; ils se plurent pourtant, s’aimèrent, souffriront de s’être aimés, se désaimèrent, souffriront de s’être désaimés, se retrouvèrent et se quittèrent pour de bon .

Je connais des gens avec la même pathologie

 Elle disait souffrir depuis plusieurs années d’une pathologie qu’elle craignait irréversible, elle omettait de prendre en compte « le temps de trajet ». Elle ne partait de chez elle qu’à l’heure où elle était attendue, comme si, d’un claquement de doigts, elle pouvait se retrouver sur le lieu de rendez-vous où elle arrivait en général en retard d’un quart d’heure, parfois plus, jamais moins -elle ratait des trains, elle offusquait des gens, c’est comme ça, mon vieux, il faut t’y faire, disait Tina.

Petite remarque assez juste

 Albertine viens d’avoir dix huit ans : elle a décroché le bac, une mention assez bien avec un 18 en français, c’est l’été, elle n’est pas sûr de savoir ce qu’elle veut faire à la rentrée, elle hésite entre une fac de lettres et ne rien foutre, certains prétendent que c’est un peu la même chose.

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard 

Je vais, comme d’habitude mettre des citations ou plutôt des extraits à la fin de mon billet. L’une prise au début et l’autre à la fin. Mais entre ces deux extraits, il ne se passe vraiment pas grand chose sinon une ambiance à laquelle j’ai été un peu sensible. Nous sommes en 1912, en février, un homme va s’élancer de la tour Eiffel pour tester sur lui-même son parachute destiné à sauver les aviateurs dont les aéronefs avaient la mauvaise habitude de se crasher en tuant leur pilote. La presse était conviée, c’est le début du cinéma et c’est pour cela que l’on a un petit film où l’on voit cet homme mourir sous les yeux du public. Comme l’écrivain, j’éprouve une sensation très forte devant l’hésitation de Franz Reichelt avant de se lancer tête baissée vers sa mort mais cela ne suffit pas à créer un roman.

L’auteur a recherché qui était Franz Reichelt, cet immigré venu de Bohème, tailleur de son métier. Mais on ne sait rien de lui, alors Étienne Kern raconte la vie des immigrés venant des pays de l’est Pologne ou Bohème et l’engouement pour l’aviation mais aussi les dangers mortels que cela représentait pour ces « fous volants ».

L’ambiance à Paris est assez bien rendue, mais j’ai trouvé ce roman très vide et je me suis demandé pourquoi il avait été écrit. En tout cas, je suis complètement passée à côté de son intérêt. Lors de la discussion du club, plusieurs lectrices avaient trouvé du charme à la vie du personnage et ont bien défendu ce roman. En revanche, un participant – oui un homme participe à nos discussions ! – n’a pas du tout aimé ce livre reprochant surtout le style de l’écrivain.

 

Citations

 

Le début

 4 février 1912, au petit matin. Une trentaine de personnes s’étaient rassemblées là, devant la tour Eiffel. Des policiers, des journalistes, des curieux. Tous levaient les yeux vers la plate-forme du première étage. De là-haut, le pied posé sur la rambarde, un homme les regardait. Un inventeur.
Il avait trente-trois ans. Il n’était pas ingénieur, ni savant. Il n’avait aucune compétence scientifique et se souciait peu d’en avoir.
 Il était tailleur pour dames. 
Il s’appelait Franz Reichelt. 

la fin

 Pour la dernière fois, je lance la vidéo. Tu es là, face à nous, immobile.
 Tu décroises les bras et, lente, silencieuse comme la mort qui vient, la cérémonie reprend : je retrouve tes gestes, le mouvement des pieds, ton corps qui tourne sur lui-même, ton sourire quand tu portes la main à ta casquette. Chaque seconde, désormais, est compté. Te voici déjà sur la chaise, un pied sur la rambarde.
 Les deux autres hommes sont sortis du champ. Tu es seul. Seul face au vide. Le sacrifice humain se prépare ; tu es le prêtre et la victime.
Ta mort est devant toi. Elle se dit au futur. Tu es mort mais tu vas mourir encore.
 Tu te penches, recules, te courbes vers l’avant puis recules à nouveau. Ce léger repli du tissu, dans ton dos, c’est l’instant, nous y sommes. 

 

Édition Albin Michel. Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard.

 

Il fallait mon club de lecture pour que j’aille vers ce livre et que je le finisse même si à la fin, je le parcourais plus que je ne le lisais. Je dois dire qu’à la façon dont notre bibliothécaire nous avait présenté ce roman, je me doutais qu’il ne me plairait pas : « C’est un écrivain de la région, et il a situé son roman dans une station balnéaire qui pourrait être la nôtre. »

Ce roman se passe dans la région vannetaise et parle d’amour, celui que l’on fait et celui qu’on n’éprouve pas pour un fiancé choisi par son père pour sauver les affaires familiales, bien mal en point.

Tout n’est que lieux communs dans ce roman, quand on quitte un moment convenu, c’est pour aller vers un autre : la fiancée qui ne décide rien de sa vie, le patron qui se croit supérieur et méprise tout le monde, le noble du coin revenu de tout, L’amour pour les chiens et les chats, la gouvernante au grand coeur fidèle à la famille, la chasse où il ne faut pas tuer les animaux, le Yacht-club où le petit monde de notables de province se pavane…

Bref, je ne conseille ce livre qu’aux Parisiens qui veulent se persuader que la vie en province n’a pas changé depuis le XIX° siècle (mais vraiment Flaubert ou Maupassant vous en apprendra plus). Ou aux provinciaux qui veulent comprendre pourquoi on cherche à les caricaturer de cette façon. Mais surtout, je ne le conseille ni à ceux et celles qui aiment qu’un roman les accroche par le style, l’humour, ou la réalité sociale vue sous un angle original.

L’avez-vous deviné ? Je n’ai pas du tout aimé cette lecture.

Et lors de notre discussion au club de lecture, toutes les lectrices étaient de mon avis.

 

 

Citations

Cliché !

 En douce, Louise se glisse dans le hangar où s’agglutinent avec gravité des bonshommes un peu rougeauds, en pantalon blanc, blazer à boutons dorés, cravates aux rayures lichen et rose Mountbatten. Ce sont les dignitaires du yacht club du Guénic-sur-Vilaine. On dirait une chorale de pépères. Flanqués de leurs dames en robe à fleurs et de leurs enfants que Louise côtoie sans les aimer à la faculté de droit de Vanne, ils semblent intimidés, presque apeurés.

L’amour

 L’un et l’autre sont comme deux enfants perdus qui se repèrent et sentent , sans se l’être encore dit , qu’ils seront moins malheureux ensemble.

Je n’invente rien ! (Hélas !)

– Qu’attends-tu d’une épouse ? Lui avait, demandé le prêtre qui le prépare au mariage.
– Qu’elle soit sûre, avait-il répondu. Qu’elle me fasse de l’usage. 
On avait ri. Le prêtre avait voulu ne voir dans cette réponse qu’une ode à la fidélité. Pour laquelle on avait prié.

 

 

 

Édition de l’Olivier

 

Une lecture que je n’oublierai pas, un roman facile à lire et très bien construit écrit dans une langue simple et efficace. Une jeune femme Bess renoue ses lacets, elle doit pour cela lâcher la main de l’enfant qui était avec elle. Geste normal et simple, sauf que l’écrivaine entraîne son lecteur en Alaska en plein blizzard. L’enfant en quelques secondes a disparu. Le roman commence sous forme de monologues intérieurs, tous les habitants de ce coin perdu d’Alaska vont partir à la recherche de Bess et de l’enfant qui vont mourir de froid si on ne les retrouve pas immédiatement. Les quatre personnages que nous allons entendre ont tous les quatre un poids énorme d’une souffrance de leur passé que cette recherche dans le froid extrême et le blizzard va mettre à jour.

Bess tout d’abord qui s’en veut d’avoir lâcher la main de cet enfant, et nous comprendrons que peu à peu son rôle dans cette histoire et pourquoi elle est arrivée auprès de Bénédict et son « fils » dont elle s’occupe.

Bénédict le père de l’enfant qui fou de douleur part à leur recherche. C’est un homme des bois adapté à cette région et il sait que ces deux personnes sont en grave danger. Il racontera l’histoire de sa famille et la fuite de son frère Thomas qu’il n’a jamais acceptée, c’est en le recherchant que sa route croisera celle de l’enfant qu’il a reconnu comme le sien.

Cole le personnage négatif mais vous découvrirez pourquoi et son acolytes Clifford.

Freeman le policier Noir vétéran du Vietnam qui donne à cette histoire un côté suspens qui est bien fait.

J’ai aimé découvrir les quatre personnalités qui vont peu à peu construire l’histoire, le blizzard la difficulté de la vie dans cette partie du monde fait tout le charme de ce livre. Un bémol à mon enthousiasme, mais très léger les personnages sont sans doute un peu simples, certains diront un peu faciles. Mais j’ai apprécié que les hommes si proches de la nature ne soient pas meilleurs que les New – Yorkais, ma fréquentation du monde rural m’a prouvé qu’il y a des gens biens partout et des crapules aussi. La différence c’est que, en ville, on peut parfois les éviter à la campagne beaucoup moins !

Citations

 

L’angoisse

 Rétrospectivement, je crois que j’ai senti que quelque chose ne tournait pas rond. C’est un peu comme lorsque vous avez la sensation qu’un insecte vous chatouille l’oreille. Vous faites un geste pour vous en débarrasser, mais en réalité c’est une alarme, votre alarme interne, réglée au strict minimum. Pas assez forte pour vous faire bondir, mais juste assez pour vous empêcher de dormir tranquillement. Je dormais justement et je me suis réveillé en sursaut.

L’Alaska en hiver

 La poudreuse m’arrive à mi-cuisse. Chaque pas est un effort. chaque pas est une brûlure. Pourtant, j’ai déjà connu ça. il nous est arrivé quelques fois, quand nous étions mômes, de nous retrouver coincés avec papa, alors que nous étions partis relever des pièges ou chasser, à cause d’une chute de neige un peu plus importante que ce qu’il avait prévu, même s’il avait un sixième sens pour prévoir le temps qu’il allait faire. Il arrivait toujours à nous ramener sains et saufs si nous n’étions pas trop loin de la maison pour que maman ne s’inquiète pas, ou alors il nous trouvait un abri de fortune.

 

Le personnage négatif (Cole)

 J’ai jamais eu envie de m’encombrer d’une bonne femme et, comme il en faut une pour faire des gosses, j’en ai pas eu. Les bonnes femmes, c’est que des ennuis. Elles sont jamais contentes. À croire que le bon Dieu les a créés imparfaites pour nous faire tourner en bourrique. Maintenant, en plus elles veulent tout comme les hommes, le travail, les salaires, les mêmes droits, comme si elles voyaient pas la différence. pourtant, ça saute aux yeux qu’elles sont pas faites comme nous. Elles sont faibles et géniales, elles savent pas ce que c’est la vraie camaraderie des hommes entre eux.

Retour de la guerre d’Irak

La guerre nous avait pris notre fils et elle nous avait restitué que le négatif de la photo, juste une ombre blanche sur un fond désespérément sombre.

Éditions Robert Laffont

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard 

Cela fait très longtemps que je n’ai pas autant souri à la lecture d’un livre. J’espère que vous savourerez les extraits que j’ai choisis ; j’ai failli recopier des pages entières, tellement j’appréciais l’esprit si caractéristique du XVIII° siècle de cet auteur. Louis-Henry de La Rochefoucauld est drôle, ne se prend jamais au sérieux et manie l’ironie aussi bien que Voltaire (que pourtant il déteste !). Mieux que l’ironie, je parlerai plutôt d’humour car l’auteur n’a aucune pitié pour lui ni pour les descendants de sa si noble famille.

En deux mots voici l’histoire, l’auteur rencontre dans un café Louis XVI et sa pauvre épouse Marie-Antoinette et, en panne d’inspiration, il décide d’écrire un livre pour réhabiliter la mémoire de ce roi. Au passage, il égratigne l’idéal révolutionnaire, mais on peut l’excuser sa famille a payé un lourd tribut à la chasse aux aristocrates – quatorze personnes auront la tête tranchée ou seront noyées ou fusillées car elles étaient apparentées à sa famille.

Le livre parcourt notre époque avec un regard décalé qui lui donne le droit de tout dire même ce qui peut sembler inconvenant . Je dois dire que le dernier quart du livre est moins pertinent et la défense des gilets jaunes comme bastion de l’esprit français ne m’a guère convaincue. Je passe au delà de cette réserve tant j’étais bien avec son interprétation de la révolution et de ses difficultés dans la vie actuelle.

 

 

Citations

J’adore l’humour de cet écrivain( il faut rapprocher ces deux passages) :

Son ancêtre à la cour du roi Louis XVI

 Chaque matin, à son réveil, il (Liancourt) tirait la chemise de nuit royal par la manche droite le premier valet s’occupait de la manche gauche.

lui

En 2018, j’occupais la charge de grand-maître de la garde-robe de ma fille. Quand j’habillais Isaure le matin, je ne réglais pas que la question épineuse de la manche droite : les caisses de mon ménage étant ce qu’elles étaient, je n’avais pas les moyens d’engager un premier valet pour la manche gauche.

C’est simple mais j’aime bien que ce soit dit comme ça :

 Je passais là-bas trois semaines chaque été avec mes soeurs, mon frère Jean, mes cousins Alexandre et Charles-Henri et les nombreuses vaches du coin, élégantes montbéliardes qui venaient brouter jusqu’aux abords de la maison. Elles étaient tolérées, les touristes, non. 

Les repas

Nous, les enfants, étions soignés par les plats du terroir de Mme Bichet, robuste cuisinière qui eut la chance de mourir avant d’avoir entendu parler de recettes au quinoa et d’allergies au gluten.

J’ai éclaté de rire et c’est si rare !

– Vous êtes quoi, vous, La Rochefoucauld ? Duc ?
– Bien que je porte le prénom des princes de Condé, je ne suis rien, Votre Majesté. Un modeste comte sans la moindre terre.
– Un comte hors-sol. mais enfin, c’est fâcheux ! il faut y remédier. 

– Aucun homme politique n’en a encore fait sa priorité.

Interview d Arielle Dombasle :

 Souriant jusqu’aux oreilles, elle m’a sorti ces mots typiquement thalasso qui m’ont secoué plus qu’un jet tonifiant : 
 « Moi, Louis Henri, je veux bien mourir pour le peuple, mais sûrement pas vivre avec le peuple ! »

Propos d ‘aristo

Je ne sais plus qui parlait de la perpétuelle déception du peuple par la bourgeoisie, du perpétuel massacre du peuple et par la bourgeoisie… Les démocrates-républicains prétendent représenter le peuple, mais, dès que les gens du peuple pointent le bout de leur nez, ils sortent les blindés de la gendarmerie, leur tirent dessus et prennent la poudre d’escampette. On me diras que je caricature, je ne caricature pas : c’est comme ça que les Thiers traitent le tiers état.

Fabcaro Édition 6 pieds sous terre Thierry Beauchamp ÉditionWombat

Ces deux livres la BD de Fabcaro et les courtes nouvelles de Thierry Beauchamp n’ont en commun que d’avoir fait rire Jérôme et moi aussi. Pour Fabcaro je reconnais que depuis Zaï Zaï Zaï je suis une inconditionnelle. Je suis prête à partir dans le rire immédiatement. Mon préféré est sans doute, Mourir d’aimer, sans oublier Formica. 

Encore une fois, j’ai ri mais peut être un peu moins, je connais un peu tous les ses procédés de Fabcaro qui manie avec dextérité un humour décalé jamais méchant :

 

( Si le texte vous emble flou en cliquant sur la photo il sera plus net)

dans cette BD l’auteur essaie différents procédés, le roman photo, le Western, mais aussi les réactions autour de lui, quand il parle de son projet l’étonnement de son éditeur :

 Tout un livre à partir d’un dessin de bite sur la joue ? …Euh… tu es sûr de ton projet là ?

et bien pour ceux et celles qui aiment l’absurde de Fabcaro ne doutez pas, vous allez partir dans une aventure passionnante pleine de rebondissements. N’écoutez pas les propres enfants du dessinateurs qui ont du mal à comprendre toute la grandeur du projet de leur père :

– Papa t’es connu maintenant , tu peux pas faire n’importe quoi

–Les gens ils attendent ton prochain livre, tu vas pas faire une histoire de bite sur la joue ? ! !

Un sourire garanti pour ceux qui, comme moi, aime cet humour.

 

 

Précieux conseils pour entrer dans la légende du sport

 

Quand l’important n’était pas (toujours) de gagner

 

Pour ce deuxième livre, il s’agit d’un recueil de nouvelles autour des histoires pittoresques des débuts des jeux olympiques. Sous forme de 24 courtes nouvelles nous découvrons le côté amateurs des jeux et c’est très amusant. Le livre se prétend une aide pour réussir les jeux olympiques et les conseils me semblent très judicieux :

En fait, il faut savoir raison garder et ne pas se tromper d’étiquettes, car ces règles précises et complexes ne possèdent pas de principe magique intrinsèque. Ce fut là une erreur récurrente chez bon nombre de nos compatriotes. Ainsi, lors des jeux olympiques de 19o0 à Paris, la mystérieuse Mme Froment-Meurice disputa le tournoi de golf en talons hauts, ce qui lui coûta probablement une gloire éternelle puisqu’elle s’enfonça dans le green et ne parvint pas à accéder à la troisième marche du podium. Quant au discobole Jules Noël, le colosse de Norrent- Fontes, sans doute crut-il prêcher l’exemple en sirotant du champagne entre deux lancers aux jeux de Los-Angeles, alors que la prohibition minait encore le moral de la grande nation américaine. Probablement indignés, les juges préférèrent regarder le saut à la perche plutôt que son jet final, qui aurait pourtant dû lui valoir la médaille d’argent.

Vous apprendrez que le premier tir aux pigeons se faisait avec de vrais pigeons, qu’un homme avec une jambe de bois remporta six médailles d’or, qu’une femme ayant gagné le tournoi de golf ne l’a jamais su car elle est partie avant les résultats. Et tant d’autres petites anecdotes savoureuses.
Merci Jérôme pour ces deux sourires.

 

 

 

 

 

Édition Grasset

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard 

Excusez le flou de la photo !

J’ai bien aimé ce roman qui raconte le désespoir d’une enfant qui ne retrouve pas, un soir en revenant de l’école, sa mère, à la maison. « Elle est partie » lui dit son père, et elle n’en saura jamais plus.

Sa mère grande dépressive, était depuis quelques temps devenue mutique et restait allongée sur un lit. Son père et sa fille venaient lui parler sans que jamais elle ne leur réponde. Et puis, trente ans plus tard, un message téléphonique lui apprend où vit sa mère. En abandonnant immédiatement tout, elle part retrouver celle qui lui a tant manqué.

Le roman suit le voyage de cette femme vers sa mère et la lente remontée dans ses propres souvenirs. On comprend sa colère contre son père et ses grands-parents qui l’ont élevée mais qui n’ont jamais voulu lui dire où était sa mère. Le savaient-ils ? Elle a choisi le théâtre pour se reconstruire et cette adolescente blessée a retrouvé dans la personnage d’Antigone un écho à sa propre douleur. Son père va refaire sa vie et la laisse près de ses grand-parents. On a du mal à comprendre pourquoi ce silence qu’elle ne peut interpréter et en conséquence de quoi la prive d’un rapport normal avec eux. Ils n’ont pas su l’aimer mais elle ne s’est pas laissée approcher d’eux. Pourtant, si sa grand-mère est très brusque, son grand-père semble plus tendre. Elle retrouvera sa mère mais n’en saura pas beaucoup plus.
Le lecteur n’aura jamais toutes les clés pour mieux comprendre les personnages de ce roman. La dépression de sa mère, le silence de son père et de ses grands-parents, et pourquoi adulte, elle n’a pas plus cherché où était sa mère. Cela m’a un peu gênée, pour faire de ce roman un vrai coup de cœur.

En remplissant mon abécédaire je me suis aperçue que j’avais déjà lu un livre dette auteure : « Rêves oubliés » (que j’avais bien oublié, il est vrai !)

 

 

Citations

Départ de sa mère

 Elle se souvient du jour où son père, Isidore, lui avait dit : maman est partie.
 Une phrase simple sujet verbe participe passé. Une phrase tout à fait intelligible. Magdalena la comprenait, mais la trouvait trop courte. Il manquait au moins un complément de lieu, ainsi que plusieurs paragraphes d’explications. Une maman ne part pas comme ça.

Le courrier

 Les gens ne s’écrivent plus, disait-il à Appolonia, des courriers électroniques, c’est de l’écrit impalpable, et ce qui ne se touche pas ne compte pas. À la fin, je ne portais plus que des publicités, des factures, des relevés de banque, aucune trace de stylo, d’écriture, une carte postale de temps en temps pour une grande tante parce qu’on sait qu’elle aime ça. Souvenir de Rome, de Budapest.

Métier d’actrice

 Chaque personnage est un manque de plus, un effacement du trait, un détour sur le chemin, un sentier sauvage à défricher, une bifurcation, une excuse, une halte, encore une, pour ne pas s’approcher du cœur, du poumon, et rester en lisière de soi, de son propre désir, se remplir du regard des autres, pour le prendre en embuscade, le séduire, s’en emparer, afin d’éviter toujours d’être soi-même ?

 

Éditions de l’Olivier 

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard 

C’est le troisième billet que je consacre à Agnès Desarthe, je me rends compte que j’aime bien lire cette écrivaine sans jamais faire de ses romans des coups de coeur. Après Le Remplaçant, puis Ce Coeur Changeant, voici donc « Les Bonnes Intentions » qui avait tout à fait sa place dans le thème « les voisins », de notre club de lecture.

Sonia et Julien, un jeune couple, deviennent propriétaire dans un immeuble parisien. L’une est traductrice, l’autre architecte, ce qui veut dire que Sonia travaille chez elle, et aura beaucoup de temps pour connaître ses voisins. Ils auront deux enfants et tout semble leur sourire. Bien sûr la concierge se mêle un peu de tout mais au début tout va assez bien. Ce roman se déroule sur une petite dizaine d’années mais on a l’impression que tout se passe en quelques mois. Un jour un voisin tape à la porte de Sonia, c’est un homme âgé sans défense et qui est sous la coupe de la concierge et de son compagnon. Ils sont absolument odieux avec ce vieux monsieur , l’affame et le séquestre chez lui. Il ne lui reste comme famille qu’une belle fille qui attend avec impatience l’héritage car cet homme est propriétaire de son appartement.

Sonia est tiraillée entre « ses bonnes intentions » et l’envie d’être tranquille et de ne pas se mêler des affaires du voisinage. Le couple de concierges, incultes, cruels, antisémites est une véritable horreur. Les autres personnages ont peu d’importance, on se demande pourquoi Sonia et Julien n’ont pas plus de contacts avec d’autres voisins qui auraient pu les aider dans leurs démarches pour faire cesser les souffrances du pauvre Monsieur.

Une lecture tristoune que j’oublierai assez vite.

 

 

Citations

Julien son conjoint

 Julien est toujours un peu triste. Il prépare la défaite, c’est ce qui fait sa force. Avec lui, je me sens en sécurité, parce que je sais que la vie ne sera jamais aussi moche que dans ses cauchemars.

Ambiance d’un bar quand on a des soucis en tête

 Autour de nous, ça papote, ça sirote. Il y a des vieux qui veulent faire jeune et les jeunes qui veulent faire vieux. Je voudrais me réjouir et goûter l’instant pour ce qu’il contient de délices, mais mon esprit vagabond. Face à mon manque d’enthousiasme, les paroles de Julien se tarissent lentement. Bientôt nous nous taisons et le monde à l’entour nous envahit. La colère monte en moi, comme un picotement au bout des doigts, un agacement dans la nuque. Je pense à M. Dupotier, à sa belle fille qui attend qu’ils crève avec une intensité atroce.

Les dîners où on s’ennuie

 Hier soir, nous sommes rentrés à deux heures du matin d’un dîner très ennuyeux, dont il était pourtant impossible de partir. J’ai espéré jusqu’au dernier instant qu’un des convives allait se mettre à parler normalement, à rire, ou simplement à renifler. Nous étions dix à table et chacun luttait pour exister avec une âpreté décourageante. Il était question que de travail et d’argent. L’enjeu, je ne l’ai pas compris.

Fin de l’histoire

 –Pour vous, séquestrer un vieillard, menacer les gens de mort et les traiter de sales juifs, ce n’est pas une faute grave ? 
– Pas selon le code du travail. 
– Donnez-moi un exemple, alors. Dites-moi ce qui peut motiver un renvoi. 
– Ne pas vider les poubelles. Refuser de distribuer le courrier, des choses de ce genre.