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Contrai­re­ment à Marie-Aude Murail, je ne suis pas une grande lectrice de Dickens, j’avais lu un article élogieux sur cette biogra­phie. Je l’ai lue avec grand inté­rêt. Il s’agit d’un livre pour la jeunesse , il se lit donc très vite . Il a le grand avan­tage de donner envie de relire Dickens. Je savais que cet auteur avait puisé son œuvre dans ce qu’il avait vécu. On sent dans ce livre l’angoisse de Charles Dickens à l’idée de connaître à nouveau la misère de son enfance. Toute sa vie, il s’intéressera à la grande pauvreté à Londres et cher­chera à aider les autres, la clé de son oeuvre est peut être dans le sous-titre de cet ouvrage « Ouvrier à douze ans, célèbre à vingt-quatre ».

Citations

On envoie parfois Charles chez « mon oncle » parent peu recom­man­dable comme l’est « ma tante » en France

Il vient d’être arrêté. John Dickens doit la somme consi­dé­rable de quarante livres au boulan­ger. Il a été emmené dans la maison de déten­tion provi­soire qu’on appelle la « presse-éponge » … avant d’être incar­céré à la Maré­chaus­sée, la prison pour dettes.

Urania Cottage n’est pas la seule entre­prise philan­thro­pique à laquelle Charles se consacre.

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Ce roman se lit très vite en quelques heures, cela ne l’empêche pas d’être une bonne approche du problème des SDF et de comprendre le parcours des jeunes qui se retrouvent à la rue. Il est écrit sans complai­sance. On peut l’offrir à des ados parce que le person­nage prin­ci­pal est une adoles­cente, cela leur permet­tra de réflé­chir à ce qu’on peut, ou ne pas, faire pour des SDF On y trouve tous les thèmes qui hantent les adoles­cents, la mort, le lycée, l’alcool, la dépression.

L’histoire : une jeune ado surdouée et malheu­reuse décide de sauver une SDF et elle y réus­sit presque, mais on voit à quel point c’est diffi­cile pour tout le monde, pour la jeune SDF et pour ceux qui essaient de sauver et de sortir « no » (Nolwenn) de la rue.

Citations

Noël est un mensonge qui réunit les familles autour d’un arbre mort recou­vert de lumières, un mensonge tissé de conver­sa­tions insi­pides, enfoui sous des kilos de crème au beurre, un mensonge auquel personne ne croit.

Certains secrets sont comme des fossiles et la pierre est deve­nue trop lourde pour la retourner.

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Une chaus­sure sur un toit permet à l’écrivain d’écrire dix nouvelles. Certaines sont vrai­ment bien imagi­nées et les portraits de nos contem­po­rains sont parfois savou­reux , mais l’ensemble est inégal. On se demande comment dans chaque nouvelle, l’auteur va réus­sir à nous parler de « la chaus­sure ». Ça fait un peu exer­cice de style mais c’est amusant, comme l’est l’émission « les papous dans la tête » le dimanche sur France-Culture, émis­sion à laquelle ce livre m’a fait penser (Merci Fanny de me l’avoir prêté).

Citations

J’ai poussé un soupir en pensant à la tête de mon patron, demain : je suis fati­gué mais c’est parce que ma fille a vu un ange cette nuit, vous compre­nez ? Ça n’arrive pas tous les jours .

Le présen­ta­teur de télévision :
- Je songeais à publier un recueil de mes opinions sur la litté­ra­ture mondiale. Je connais­sais Gérard Depar­dieu. Je lais­sais planer avec délices toutes les rumeurs possibles concer­nant ma véri­table sexua­lité. J’hésitais à ache­ter un chat. Je possé­dais trois paires de mocas­sins John Lobb et j’avais annoncé la mort offi­cielle de la litté­ra­ture postmoderne.

La vieille dame qui télé­phone quatre fois par jour aux pompiers pour faire enle­ver la chaussure :
– Et bien moi, figure-toi, ça m’a exas­pé­rée, ce sermon. Si les pompiers refusent d’aider les vieilles dames, qui le fera, hein ? Les marchands de saucisses, les agents immobiliers ?

On en parle

Tous ne sont pas aussi élogieux : link.

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J’avais lu ce roman, il y a deux ans je crois. Et je l’avais appré­cié. Je l’ai relu en ayant en tête toutes les critiques, plutôt néga­tives, que j’ai enten­dues depuis. Je suis toujours sensible à la rencontre de Renée la concierge et de Paloma la jeune fille de 13 ans suici­daire. Et le roma­nesque l’emporte sur les défauts. Il est vrai que les person­nages sont cari­ca­tu­raux, il est vrai qu’on y trouve tous les clichés sur les « bobos », il est vrai que les quali­tés n’existent que chez les pauvres et un richis­sime japo­nais et que le tout est parsemé de concepts philo­so­phiques qui ne rajoutent pas grand chose au roman.

Malgré tout cela, j’ai passé un bon moment de lecture. Le seul grief, pour moi, c’est d’avoir cédé à la mode actuel du héros surdoué. C’est très agaçant comme s’il ne suffi­sait pas d’avoir une intel­li­gence normale pour être sensible à l’amour, à l’art et comprendre ses semblables.

Citations

Madame Michel, elle a l’élégance du héris­son : à l’extérieur, elle est bardée de piquants, une vraie forte­resse, mais j’ai l’impression qu’à l’intérieur, elle est aussi simple­ment raffi­née que les héris­sons, qui sont des petites bêtes faus­se­ment indo­lentes, farou­che­ment soli­taires et terri­ble­ment élégantes.

Les enfants aident à diffé­rer la doulou­reuse tâche de se faire face à soi même et les petits-enfants y pour­voient ensuite.

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Roman très court, un peu plus long qu’une nouvelle. Très facile à lire, on survole la vie de l’auteur petite fille d’une famille juive touchée par la Shoa. Le livre reste super­fi­ciel, même si un certain nombre des remarques me semble très juste.

Les quelques pages sur Korc­zak, éduca­teur juif polo­nais qui est mort avec les orphe­lins dont il avait la charge sont bouversantes .

Cita­tions

J’ai inventé un adage selon lequel des amou­reux se quittent, la plupart du temps, pour les mêmes motifs que ceux qui avaient présidé à leur union… Le poison est dans l’élixir.

Les nazis nous traitent de cancre­lats, ils nous voient comme des montres infes­tés de vermine, des sous-hommes, nous comparent aux fruits gâtés qu’il convient de détruire afin qu’ils ne conta­minent pas les récoltes saines, et nous chan­tons, et nous disons des vers, nous réci­tons la Divine Comé­die , des fables et des comp­tines. Cela ne sert à rien, on meurt quand même. L’art ne sert à rien, car on meurt toujours. Mais l’image reste. L’image d’un convoi d’enfants qui chantent en allant vers la mort et disent « en nous exter­mi­nant, c’est vous-mêmes que vous tuez »

Site où on en parle

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J’ai lu plusieurs fois ce roman et je viens de le relire pour le mettre dans mon blog , avec toujours le même plai­sir. J’avais dans la tête la phrase de ma sœur : « à travers les livres j’élargis ma connais­sance du monde et des gens ». Farrago corres­pond exac­te­ment à cette attente. On y croise une foule de person­nages pris dans des turbu­lences tragiques et comiques à la fois. On sent que l’écrivain a aimé tous ses person­nages et qu’il a la tête pleine d’histoires de notre époque. Si on ne s’y perd pas, c’est grâce à Homer Idle­wilde, vaga­bond à la recherche de son destin. Le tout se passe dans une Amérique profonde, avec des margi­naux haut en couleur que l’on n’est pas près d’oublier.

Citations

Je pars moi-même à la recherche du shérif, ce qui d’une simpli­cité enfan­tine, le shérif étant de loin, dans toute la commu­nauté, l’individu le plus facile à pister.

Duke, dont les ancêtres esclaves se sont tués au travail dans les champs de coton avant d’être libé­rés et de venir se tuer au travail dans l’arrière-pays cali­for­nien et dans les mines de Tuske­gee Heights

La misère, j’ai pensé, c’est que les gens n’arrivent pas à racon­ter l’histoire de leurs misères.

Je souhaite avoir un destin, j’ai murmuré. Je souhaite vivre une histoire qui fasse de ma vie un destin.

Sur toutes les plages du monde, il y a un galet que tu choi­si­ras de ramas­ser parmi tous les autres, et sur tous les quais de gare du monde il y a un voya­geur que tu choi­si­ras de voir dans la foule des visages.

De même les gens sont inca­pables de racon­ter une histoire s’ils ne disposent pas d’une chute heureuse ou malheureuse …


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Henry Bauchau est à mon avis un écri­vain majeur de notre époque et j’apprécie toute son œuvre , ce roman me touche parti­cu­liè­re­ment. Ce livre m’a permis de mieux comprendre l’enfant psycho­tique, le travail du théra­peute et la créa­tion artis­tique. Les trois thèmes se mêlent dans un labo­rieux mais superbe abou­tis­se­ment d’une œuvre poétique et romanesque
La créa­tion du langage est vrai­ment étonnante.

Citations

On était un enfant retardé par une mala­die du cœur jusqu’à quatre ans. À l’hôpital Brous­sais on a été opéré et on a connu la terreur. Heureu­se­ment il y a un enfant bleu de sept ans qui a protégé… Parfois la vie devient plus clair, on est moins petit devant ceux qui font les mauvais coups mais souvent le démon est comme un ovni dans le ciel. Les gens se sorcié­risent et les auto­bus hurlent dans les rues qui deviennent noires.

Vocabulaire du peuple du désastre

Bagar­re­ment baïon­net­ter Bazardifier
Bazarder
bazardement
Bazarbouillis
bazar­bouiller Bombardifier
bombardiser
bouillo­ni­ser brigan­do­rangé bouillan­ton­ner Le catas­tro­phié charabiacés
chauf­fa­gi­ser clochar­der débi­lan­co­lique Débilisé
Débiléfou
débilodélirant
désau­vagé Détracté
Détractement
détrac­touiller déstruc­ti­fié embal­bu­tié emmerdoubler
ennuiable escar­bar­bouiller fabri­cole Gouille-gare Malheurifier
Le malheurifié
malheurisant
mara­gouiller médiouse orager pacha­croute parlerie
rayon­ni­ser renver­si­fier résu­cr­rec­ti­fier révol­vé­ri­ser Sauvagé
sorciérisé
scandalifiant
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J’ai beau­coup appré­cié ce livre en parti­cu­lier, toutes les remarques sur le voca­bu­laire et les contre­sens que nous faisons parfois en donnant au mot le sens d’aujourd’hui. Molière, » valet du roi » est très éclai­rant à ce propos. Chaque rituel permet de comprendre la fonc­tion royale mais permet aussi de réflé­chir à propos de notre société

Citation

Je me sentis comme élever l’esprit et le courage, je me trou­vai tout autre, je décou­vris en moi ce que je ne connais­sais pas, et me repro­chai avec joie de l’avoir trop long­temps ignoré. Cette première timi­dité qu’un peu de juge­ment donne toujours, et qui d’abord me faisait peine, surtout quand il fallait parler quelque temps en public, se dissipa en moins de rien. Il me sembla seule­ment alors que j’étais roi et né pour l’être.


4
J’ai commencé ce roman avec amuse­ment, persua­dée que je n’y trou­ve­rai qu’un inté­rêt modéré. (Ma grand-mère me parlait toujours avec émotion de Madame Coty, c’était son idéal de femme, elle lui attri­buait des pensées de compas­sion pour les pauvres gens – sans doute à cause de la photo où elle sert de la soupe à son président de mari- et surtout Madame Coty était une bonne catho­lique). J’ai beau­coup aimé le livre du petit fils de René Coty, il permet au lecteur de traver­ser le siècle par petites touches et analyses assez fines de notre société. L’auteur s’y met en scène avec une honnê­teté surpre​nante​.Je pense que mon inté­rêt vient aussi de la descrip­tion d’Etretat ou plus d’un dinar­dais retrou­vera des remarques qu’il se fait parfois sur notre « si » petit monde. Je sais que j’offrirai ce livre à des amis de Saint-Lunaire, Saint Briac ou de Dinard. Son dernier chapitre sur le bain dans l’eau de la Manche m’a vrai­ment ravie.

Citations

Mais le rêve d’amour avait fait place au harcè­le­ment mutuel qui occupe souvent les vieux couples.

Chaque dimanche, après déjeu­ner, les paysans cauchois s’engouffrent dans leur voiture pour aller regar­der la mer …tout le reste a changé : les culti­va­teurs habitent des maisons modernes, recons­truites à l’intérieur des anciennes cours plan­tées ; leurs bêtes engraissent dans des hangars en parpaings et leur four­rage est protégé par des bâches en plas­tique sous des piles de pneus.

Abré­geons les préli­mi­naires qui consti­tuent, pour cette acti­vité, le moment le plus pénible. Aucune douceur, aucune exci­ta­tion, aucun fris­son d’extase à espé­rer quand la première vague glacée vient lécher vos orteils. Elle semble plutôt là pour vous faire renon­cer, en vous rappe­lant que, même par beau temps, la mer reste toujours aussi fraîche, très infé­rieure à la tempé­ra­ture du corps…… Certains courent aveu­glé­ment sur les galets, ils descendent la pente en pous­sant des cris et entrent dans l’eau comme des soldats de 14 se jetant sous la mitraille ; d’autres hésitent longue­ment et progressent, pas à pas, dans une rela­tion maso­chiste avec l’élément.

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Très bon roman, et là fran­che­ment le fron­tière entre­livre pour ado et adulte dispa­raît. J’ai beau­coup appré­cié aussi le site consa­cré au livre http://​letemps​des​mi​racles​.bondoux​.net C’est un véri­table prolon­ge­ment du livre. Beau­coup d’humour, d’amour de tragé­dies et de déses­poirs dans la fuite de cette femme à travers le Caucase. L’enfant arri­vera en France, elle non. Toute l’horreur de notre monde actuel est très bien racon­tée dans ce petit roman.Lorsque les deux enfants Prudence du Libé­rai et Koumaïl-Blaise du Caucase font un concours des horreurs qu’ils ont déjà vécus, on revoit sans peine toutes les images qui hantent nos mémoires d’aujourd’hui. Comme beau­coup de livres avec un itiné­raire à parcou­rir l’intensité parfois décroit, mais il y a des moments inou­bliables : l’immeuble, la décharge. La fin est terrible, on se demande comment va faire le héros pour conti­nuer à vivre. C’est aussi un livre sur l’amour maternel.