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J’ai lu plusieurs fois ce roman et je viens de le relire pour le mettre dans mon blog , avec toujours le même plai­sir. J’avais dans la tête la phrase de ma sœur : « à travers les livres j’élargis ma connais­sance du monde et des gens ». Farrago corres­pond exac­te­ment à cette attente. On y croise une foule de person­na­ges pris dans des turbu­len­ces tragi­ques et comi­ques à la fois. On sent que l’écrivain a aimé tous ses person­na­ges et qu’il a la tête pleine d’histoires de notre époque. Si on ne s’y perd pas, c’est grâce à Homer Idle­wilde, vaga­bond à la recher­che de son destin. Le tout se passe dans une Améri­que profonde, avec des margi­naux haut en couleur que l’on n’est pas près d’oublier.

Citations

Je pars moi-​même à la recher­che du shérif, ce qui d’une simpli­cité enfan­tine, le shérif étant de loin, dans toute la commu­nauté, l’individu le plus facile à pister.

Duke, dont les ancê­tres escla­ves se sont tués au travail dans les champs de coton avant d’être libé­rés et de venir se tuer au travail dans l’arrière-pays cali­for­nien et dans les mines de Tuske­gee Heights

La misère, j’ai pensé, c’est que les gens n’arrivent pas à racon­ter l’histoire de leurs misè­res.

Je souhaite avoir un destin, j’ai murmuré. Je souhaite vivre une histoire qui fasse de ma vie un destin.

Sur toutes les plages du monde, il y a un galet que tu choi­si­ras de ramas­ser parmi tous les autres, et sur tous les quais de gare du monde il y a un voya­geur que tu choi­si­ras de voir dans la foule des visa­ges.

De même les gens sont inca­pa­bles de racon­ter une histoire s’ils ne dispo­sent pas d’une chute heureuse ou malheu­reuse …


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Henry Bauchau est à mon avis un écrivain majeur de notre  époque et j’apprécie toute son œuvre , ce roman  me touche particulièrement. Ce livre m’a permis de mieux comprendre l’enfant psychotique, le travail du thérapeute et la création artistique. Les trois thèmes se mêlent dans un laborieux mais superbe aboutissement d’une œuvre poétique et romanesque
La création du langage est vraiment étonnante.

Citations

On était un enfant retardé par une maladie du cœur jusqu’à quatre ans. À l’hôpital Broussais on a été opéré et on a connu la terreur. Heureusement il y a un enfant bleu de sept ans qui a protégé… Parfois la vie devient plus clair, on est moins petit devant ceux qui font les mauvais coups mais souvent le démon est comme un ovni dans le ciel. Les gens se sorciérisent et les autobus hurlent dans les rues qui deviennent noires.

Vocabulaire du peuple du désastre

Bagarrement baïonnetter Bazardifier
Bazarder
bazardement
Bazarbouillis
bazarbouiller Bombardifier
bombardiser
bouilloniser brigandorangé bouillantonner Le catastrophié charabiacés
chauffagiser clocharder débilancolique Débilisé
Débiléfou
débilodélirant
désauvagé Détracté
Détractement
détractouiller déstructifié embalbutié emmerdoubler
ennuiable escarbarbouiller fabricole Gouille-gare Malheurifier
Le malheurifié
malheurisant
maragouiller médiouse orager pachacroute parlerie
rayonniser renversifier résucrrectifier révolvériser Sauvagé
sorciérisé
scandalifiant
4
J’ai beaucoup apprécié ce livre en particulier, toutes les remarques sur le vocabulaire et les contresens que nous faisons parfois en donnant au mot le sens d’aujourd’hui. Molière, " valet du roi"  est très éclairant à ce propos. Chaque rituel permet de comprendre la fonction royale mais permet aussi de réfléchir à propos de notre société

Citation

Je me sentis comme élever l’esprit et le courage, je me trouvai tout autre, je découvris en moi ce que je ne connaissais pas, et me reprochai avec joie de l’avoir trop longtemps ignoré. Cette première timidité qu’un peu de jugement donne toujours, et qui d’abord me faisait peine, surtout quand il fallait parler quelque temps en public, se dissipa en moins de rien. Il me sembla seulement alors que j’étais roi et né pour l’être.


4
J’ai commencé ce roman avec amusement, persuadée que je n’y trouverai qu’un intérêt modéré. (Ma grand-mère me parlait toujours avec émotion de Madame Coty, c’était son idéal de femme, elle lui attribuait des pensées de compassion pour les pauvres gens – sans doute  à cause de la photo où elle sert de la soupe à son président de mari- et surtout Madame Coty était une bonne catholique). J'ai  beaucoup aimé le livre du petit fils de René Coty, il permet au lecteur de traverser  le siècle par petites touches et analyses assez fines de notre société. L’auteur s’y met en scène avec une honnêteté surprenante.Je pense que mon intérêt vient aussi de la description d’Etretat ou plus d’un dinardais retrouvera des remarques qu’il se fait parfois sur notre « si » petit monde. Je sais que j’offrirai ce livre à des amis de Saint-Lunaire, Saint Briac  ou de Dinard. Son dernier chapitre sur le bain dans l’eau de la Manche m’a vraiment ravie.

Citations

Mais le rêve d’amour avait fait place au harcèlement mutuel qui occupe souvent les vieux couples.
 

Chaque dimanche, après déjeuner, les paysans cauchois s’engouffrent dans leur voiture pour aller regarder la mer …tout le reste a changé : les cultivateurs habitent des maisons modernes, reconstruites à l’intérieur des anciennes cours plantées ; leurs bêtes engraissent dans des hangars en parpaings et leur fourrage est protégé par des bâches en plastique sous des piles de pneus.

 

Abrégeons les préliminaires qui constituent, pour cette activité, le moment le plus pénible. Aucune douceur, aucune excitation, aucun frisson d’extase à espérer quand la première vague glacée vient lécher vos orteils. Elle semble plutôt là pour vous faire renoncer, en vous rappelant que, même par beau temps, la mer reste toujours aussi fraîche, très inférieure à la température du corps…… Certains courent aveuglément sur les galets, ils descendent la pente en poussant des cris et entrent dans l’eau comme des soldats de 14 se jetant sous la mitraille ; d’autres hésitent longuement et progressent, pas à pas, dans une relation masochiste avec l’élément.

5
Très bon roman, et là fran­che­ment le fron­tière entre­li­vre pour ado et adulte dispa­raît. J’ai beau­coup appré­cié aussi le site consa­cré au livre http://​letemps​des​mi​ra​cles​.bondoux​.net C’est un véri­ta­ble prolon­ge­ment du livre. Beau­coup d’humour, d’amour de tragé­dies et de déses­poirs dans la fuite de cette femme à travers le Caucase. L’enfant arri­vera en France, elle non. Toute l’horreur de notre monde actuel est très bien racon­tée dans ce petit roman.Lorsque les deux enfants Prudence du Libé­rai et Koumaïl-​Blaise du Caucase font un concours des horreurs qu’ils ont déjà vécus, on revoit sans peine toutes les images qui hantent nos mémoi­res d’aujourd’hui. Comme beau­coup de livres avec un itiné­raire à parcou­rir l’intensité parfois décroit, mais il y a des moments inou­blia­bles : l’immeuble, la décharge. La fin est terri­ble, on se demande comment va faire le héros pour conti­nuer à vivre. C’est aussi un livre sur l’amour mater­nel.

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On se laisse pren­dre à ce roman historique,c’est un bon roman, sans plus. Je l’ai lu cepen­dant jusqu’au bout, sans trop d’ennui. Cette période de l’inquisition en Espa­gne du 15e et 16e siècle est vrai­ment une horreur à vous dégoû­ter de la reli­gion catho­li­que.

Citation

Elle ferma les paupiè­res, comme si elle voulait tendre un voile entre elle et l’horreur. quand elle rouvrit les yeux, deux condam­nés étaient déjà la proie des flam­mes. Le premier agoni­sait sans un cri. Le second hurlait, suppliait et se débat­tait, tant et si bien que ses liens, déjà consu­més, se déta­chè­rent. Il jeta du haut du quema­dero, torche vivante. Les bour­reaux se préci­pi­tè­rent sur lui. On réus­sit à lui entra­ver les pieds, on le replon­gea dans le feu. Il y demeura l’espace d’un credo et se préci­pita à nouveau hors du bûcher. Cette fois, un des soldats l’assomma du canon de son arme avant de le reje­ter défi­ni­ti­ve­ment dans le brasier.
Une odeur âcre avait submergé l’air du couchant. Une odeur de suint, de sueur, fondue dans la pesti­lence des chairs brûlée.

Je suis assez d’accord avec cet avis trouvé sur le net

28 avril 1487 à Tolède. En pleine inqui­si­tion espa­gnole, la Dona Vivero assiste à un auto­dafé. Parmi les condam­nés, le calme appa­rent d’un homme retient toute son atten­tion. Cet homme, c’est Aben Baruel. Posses­seur du Livre de Saphir, écrit de la main de Dieu, il l’a caché avant de mourir. Par l’intermédiaire de cour­riers post-​mortem, il charge trois hommes de le retrou­ver : Samuel Ezra, le rabbin ; Cheikh Ibn Sarrag, le musul­man et Raphaël Vargas, descen­dant des templiers et moine fran­cis­cain. Ces trois hommes, de confes­sions appa­rem­ment oppo­sées, vont devoir taire leurs discor­dan­ces pour résou­dre les énig­mes qui jalon­nent leur chemin. Car Aben Baruel a distri­bué à chacun d’eux une partie des indi­ces. Seule leur union leur permet­tra de venir à bout de cette quête. Au cours de leur inves­ti­ga­tion, il vont croi­ser le chemin de la Dona Vivero. Elle assure déte­nir la clé finale de leur parcours.

C’est un roman qui se lit très faci­le­ment. On se laisse rapi­de­ment entraî­ner par l’intrigue et les descrip­tions de l’Espagne du 15ème siècle sont saisis­san­tes. Pour­tant, je n’ai pas pu m’empêcher de noter quel­ques invrai­sem­blan­ces et anachro­nis­mes flagrants. Pour n’en citer qu’un parmi d’autres, Gilbert Sinoué écrit à la page 286 : « C’est tout de même meilleur que vos oeufs frits au lard, vos sempi­ter­nels duelos y quebran­tos, vos sardi­nes et vos pommes de terre ».
Sachant que nous sommes en 1487, que Chris­to­phe Colomb (qui inter­vient d’ailleurs dans ce récit) n’a pas encore décou­vert les Améri­ques, et que les pommes de terre ne seront intro­dui­tes en Espa­gne qu’au 16ème siècle (1534 pour être précise), j’ai trouvé ce passage pour le moins risi­ble… Et ce n’est pas la seule erreur indé­nia­ble de ce roman dit « histo­ri­que ». Mettons donc de côté l’aspect « histo­ri­que », pour conservé la part « mysti­que ».

J’avoue que j’ai trouvé la conclu­sion assez drôle. Moi, l’athée convain­cue, j’ai toujours été persua­dée que Dieu était une idée dange­reuse. L’interprétation que j’ai faite de la fin de cette épopée n’a fait que me confor­ter dans ce sens. Mais je ne peux pas plus vous expli­quer ici, au risque de déflo­rer le ressort de l’intrigue. Un bon roman pour l’été, si on n’est pas trop diffi­cile sur l’exactitude histo­ri­que.

5
Le club de lecture auquel je parti­cipe, propose régu­liè­re­ment des BD je les lis toujours mais en géné­ral je n’aime pas, celle-​ci repré­sente l’exception. Elle m’a beau­coup plu. J’apprécie à la fois l’histoire et le graphisme. Comme toujours pour les BD, j’ai dû passer du temps pour bien compren­dre mais cette fois, j’ai enfin ressenti une osmose entre le dessin et l’histoire et j’ai pensé que la BD servait mieux ce récit que le roma­nes­que. J’ai même proposé cette BD au coup de cœur du mois de février. Je trouve que certains visa­ges sont très proches de nous, la ville du Mans est bien rendue et la multi­tude des person­na­ges enri­chit la trame de l’histoire sans la noyer sous les habi­tuel­les scènes éroti­ques ou d’horreur.

Seul petit bémol, la façon dont le dealer se tire d’affaire, mais on peut aussi penser juste­ment que dans la vie il n’y a pas de Léonard pour sauver les gens qui se mettent dans de telles situa­tions.

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Travail d’historien remar­qua­ble à propos de l’hôpital, c’est à dire le lieu où l’on enfer­mait les enfants aban­don­nés et les indi­gents sous Louis XIV et Louis XV. Les pari­siens se sont révol­tés parce qu’ils pensaient qu’on enle­vait leurs enfants pour leur faire subir toute sorte de sévi­ces , le travail minu­tieux de Marion Sigaut prouve que leurs crain­tes étaient fondées, et elle nous fait décou­vrir le trai­te­ment réservé aux enfants et aux femmes dans cet hôpi­tal. La lecture des mauvais trai­te­ments impo­sés aux enfants est vrai­ment insou­te­na­ble, j’ai dû souvent arrê­ter la lecture.

Citations

Si on était « gâtée », c’est à dire syphi­li­ti­que, le trai­te­ment à Bicê­tre était obli­ga­toire, et il était le seul moyen de n’en pas mourir rapi­de­ment… Le trai­te­ment durait six semai­nes et consis­tait en saignées, purges, bains prolon­gés (à quatre dans des baignoi­res trop peti­tes), fric­tions à la pommade mercu­rielle pour faire perdre des litres de salive. Ce trai­te­ment de choc provo­quait la perte des dents et soudait ls genci­ves qu’il fallait sépa­rer au bistouri. La diète était sévère, les mala­des crevaient de faim…

Voici la conclusion

Pour lutter contre ces crimes, il aurait fallu des moyens que personne n’avait. Personne sauf le roi. Louis XIV y avait renoncé pour n’avoir pas à faire porter à ses enfants l’opprobre qui serait retombé sur leur mère. Quant à Louis XV, bâillonné, ligoté par son vice, il était le plus mal placé pour tenter quoi que ce soit contre les trafi­quants d’enfants. Après sa mort, la chape de plomb s’abattit sur l’affaire et son succes­seur dut affron­ter d’autres problè­mes. Et le silence retomba sur les sombres trafics de l’Hôpital géné­ral.

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Domi­ni­que Fernan­dez nous entraîne dans une quête : la compré­hen­sion d’un père qui a été un mauvais mari, un mauvais père, s’est four­voyé dans le parti de Doriot, et dans la colla­bo­ra­tion, mais a toujours été un criti­que litté­raire de qualité. C’est un livre remar­qua­ble et passion­nant. On sent toute la douleur de l’écrivain Domi­ni­que Fernan­dez (que person­nel­le­ment j’apprécie beau­coup). Il a été l’enfant d’un couple qui s’est fait la guerre, et a dû suppor­ter l’infamie d’un père. Il est très honnête dans sa recher­che ne charge ni n’excuse son père, cela donne toute la valeur au livre.

Les débats des intel­lec­tuels d’avant-guerre sont passion­nants, et je n’ai jamais lu une analyse aussi fine du PPF de Jacques Doriot. Le rôle de sa mère, dans l’échec du couple m’a, à la fois, inté­res­sée et trou­blée. Inté­res­sée : car D. Fernan­dez est d’une rigueur et d’une intel­li­gence humaine rare. Trou­blée : car je suis gênée qu’un fils en sache et en dévoile tant sur l’intimité du couple de ses parents. Je préfè­re­rais alors une œuvre roma­nes­que à un témoi­gnage.

Citations

Tout le problème est là : un enfant a le droit de regar­der « sans honte » le visage de son père mort si celui-​ci s’est four­voyé seule­ment en pensée. Mon père s’est-il borné à écrire dans une presse colla­bo­ra­tion­niste, ce qui serait blâma­ble, mais non coupa­ble d’infamie ? Ou peut-​on mettre à sa charge des actes indi­gnes de pardon ?

L’homme moderne croit offrir ses idées à la société : il n’a que les idées que la société lui offre

Mais atten­dez un peu, je n’arrive pas à le dire, c’est trop dur, trop péni­ble pour un fils de révé­ler une action fran­che­ment abjecte de son père.