5
Je ne pense pas qu’il faille attendre de cet auteur une vérité histo­rique, mais il sait si bien embar­quer son lecteur dans le grand siècle qu’on prend un réel plai­sir à lire ce livre. et comme lui, on prend parti pour Fouquet (avec La Fontaine et Madame de Sévi­gné) contre Louis XIV et surtout Colbert. L’image de mon livre d’histoire d’école primaire de Colbert se frot­tant les mains avant de se mettre au travail pour le bien de la France et de son roi, en a pris un sérieux coup. Pour Paul Morand, si Colbert se frot­tait les mains, c’etait surtout pour amas­ser une fortune person­nelle, pour lui et ses enfants.L’écrivain saura émer­veiller son lecteur par la descrip­tion de la fête donnée à Vaux pour le Roi, le passion­ner par le récit du procès qui tint en haleine la France des lettres de ce temps, et enfin l’émouvoir en lui racon­tant le sort de celui qui fut pour­suivi par l’injustice royale.

Citations

Louis XIV, avec amer­tume, pense à Versailles qui n’a pas d’eau ; il n’a jamais vu pareil surgis­se­ment, cette féerie de sources captées, ces nymphes obéis­sant à d’invisibles machines. Il se fait expli­quer comment la rivière d’Anqueil a été domes­ti­quée, resser­rée dans des lieux de tuyaux d’un plomb précieux. Fouquet ne lui dit peut être pas que ce plomb appar­tient à l’Etat, vient d’Angleterre sans payer de douane, mais Colbert le dira au roi. Car Colbert est là, dégui­sant sa haineuse passion, qui observe tout, envie tout.

Vaux, énorme échec pétri­fié ; mais ce n’est pas l’échec d’un fou, ce fut le décor d’une réus­site parfaite, qui n’a duré qu’une seule soirée, celle du 17 aout 1661.

Si même il fut malhon­nête et damnable, Fouquet, du moins, était géné­reux et bon, tandis que Maza­rin, Colbert, Séguier, la Montes­pan, bien d’autres héros de ce temps, furent à la fois malhon­nête et méchants.

Fouquet est l’homme le plus vif, le plus natu­rel, le plus tolé­rant, le plus brillant, le mieux doué pour l’art de vivre, le plus fran­çais. Il va être pris dans un étau, entre deux orgueilleux, secs, prudents, dissi­mu­lés, épura­teurs impi­toyables.

2
Je comprends bien pour­quoi ce livre a été proposé au club de lecture : beau­coup d’entre nous sommes des grand-mères. J’adore être grand-mère et je raconte (trop sans-doute) les bons mots de mes petits enfants, mais de là à en faire un livre … bref je vais bien vite oublier ce livre sans grand inté­rêt.

Citation

Les pleurs d’un nour­ris­son ne ressemblent à aucune sorte de pleurs. Ils défient la raison par leur dispro­por­tion.

3
J’apprécie cet auteur, j’ai bien aimé « Les falsi­fi­ca­teurs ». Il sait donner vie à des person­nages déca­lés pour lesquels on éprouve de l’intérêt, il a surtout, un regard origi­nal sur ses contem­po­rains. Dans ce recueil de « nouvelles » (chaque récit est un peu plus long qu’une nouvelle habi­tuelle) nous sommes pris par le destin extra­or­di­naire d’êtres épris de perfec­tion. Mais à travers eux on s’amuse du regard caus­tique de l’auteur sur notre monde. Si j’ai aimé la mise en place des récits j’ai, à chaque fois, été déçue, par la chute. Or c’est souvent la chute qui fait la saveur des nouvelles. Ça tombe un peu à plat ! (Déso­lée pour le mauvais jeu de mot !).

Citations

Le souve­nir des socié­tés se perpé­tue souvent mieux par les sacri­fices qu’elles consentent que par leurs réali­sa­tions. La reli­gion chré­tienne vit encore sur l’héritage de respec­ta­bi­lité de ses premiers fidèles, livrés aux lions par les Romains. De la civi­li­sa­tion inca nous restent des scènes atroces d’enfants énucléés et de vieillards démem­brés en offrande à l’astre cruel.

Le malaise de la société contem­po­raine s’explique partie par l’absence de céré­mo­nies sacri­fi­cielles.


2
Les livres du club de lecture ne peuvent pas tous me plaire. Celui-là n’a que peu d’intérêt à mes yeux. Isabelle Dela­motte est une univer­si­taire spécia­liste de Zola. Elle possède donc toutes les connais­sances voulues pour écrire un livre bien docu­menté, mais ça ne suffit pas pour faire un bon livre. Une amie m’a dit que sa mère, une femme agée de 90 ans, avait bien aimé ce livre, parcequ’il était facile à lire et qu’elle avait bien aimé Zola dans sa jeunesse : donc ce livre peut plaire !
1029952-gf3
Dans un roman très court, le narra­teur raconte sa rencontre avec une femme qu’il a aimée. Ils n’ont pas construit leur vie ensemble. Sa mort l’oblige à prendre conscience qu’il l’aimait et toute la place qu’elle prenait dans sa vie. J’ai été touchée par son émotion : on aime­rait se savoir l’Ava de quelqu’un.

Citations

C’étaient les années quatre-vingt, « les années fric » comme on a décidé de s’en souve­nir aujourd’hui. Un rache­teur d’entreprise à tête de clébard, un présient qui sentait le renard, une géné­ra­tion qui se préten­dait « morale » pour mieux cacher sa vile­nie.

Restent les faci­li­tés que nous nous sommes accor­dées pendant toutes ces années, Ava et moi. De nous être quit­tés, nous nous sommes toujours retrou­vés. J’aimerais n’avoir aucun doute sur la ques­tion : nous remar­che­rons ensemble dans les rues du temps.

Livre étrange qui procure un grand plai­sir de lecture. Comme l’annonce la quatrième de couver­ture la descrip­tion de l’embarquement du pur-sang dans un avion cargo est épous­tou­flante. Il y a d’autres moments comme ça dans le livre. Plus en douceur : le plai­sir des corps nus dans la mer. La tragé­die : la folie du feu… J’ai du mal à comprendre pour­quoi les deux femmes s’appellent Marie et pour­quoi il parle tout le long du roman de Jean-Chris­tophe de G. alors qu’il s’appelle Jean-Baptiste. J’ai adoré l’humour de l’écrivain. Le passage où Marie recherche son passe­port alors qu’il ne leur reste que quelques minutes avant l’embarquement est à mourir de rire. Et telle­ment vrai ! La logique au roma­nesque n’est pas évidente mais je ne pense pas que cela puisse gêner le lecteur.

C’est un beau roman d’amour.

Citations

Marie compen­sait toujours ses retards par une brusque accé­lé­ra­tion finale dans une hâte osten­ta­toire et une préci­pi­ta­tion de façade, à des rendez-vous où elle avait souvent plus d’une heure de retard.

Marie ne fermait jamais rien, ni les fenêtres ni les tiroirs. C’était tuant même les livres, elle ne les fermait pas, elle les retour­nait, ouverts, à côté d’elle sur la table de nuit quand elle inter­rom­pait sa lecture (je fais ça aussi !)

C’était un horaire inflexible, un horaire japo­nais

On parlait de la robe des chevaux .Est-ce que c’était le même mot en anglais ? A dress ? Jean-Chris­tophe lui dit que non, en anglais on disait a coat, un manteau à cause du climat, lui expli­qua-t-il en souriant, en France les chevaux peuvent se conten­ter d’une robe en Angle­terre ils ont besoin d’un manteau (et d’un para­pluie natu­rel­le­ment ajouté-t-il avec flegme).

Je plai­sais, peut-être pas aux femmes en géné­ral, mais à chaque femme en parti­cu­lier… Chacune d’elles étaient en fait persua­dée que ces quali­tés invi­sibles, qu’elles avaient déce­lées en moi, échap­paient à tout autre qu’elle-même, alors qu’elles étaient en réalité très nombreuses à être ainsi les seules à appré­cier mes quali­tés secrètes et à tomber sous le charme. Mais il est vrai que ces quali­tés secrètes ne sautaient pas aux yeux, et que, à force de nuances et de subti­li­tés, mon charme pouvait passer pour terne et mon humour pour éteint, tant l’excès de finesse finit par confi­ner à la fadeur.

On en parle

link.

338476133

J’ai recom­mandé ce livre à notre club de lecture à la suite d’excellentes critiques sur les blogs . Je suis moins enthou­siaste, peut être que j’attendais trop. Mais il y a un charme à ce livre et comme toutes les lectrices de Proust j’aime bien la façon dont la famille s’empare de cet auteur pour fuir un quoti­dien doulou­reux. Ce n’est pas très réaliste de mobi­li­ser tout un village autour de la « Recherche du temps perdu » mais ça va bien dans l’histoire, on y croi­rait presque. Il y a un peu trop de bons senti­ments et … ça ne fait pas forcé­ment de la bonne litté­ra­ture. Pour résu­mer c’est un livre gentil.

Citation

Jusqu’au pois­son­nier qui, agacé, dans un furieux pied de nez, inscrit sur son ardoise : « A la recherche du thon perdu : 17 francs le kilo »

On en parle

link

3
Roman ado, un véri­table réqui­si­toire contre la guerre en Irak, mon seul reproche c’est que ce livre soit écrit par un fran­çais. Sur ce sujet j’aime mieux lire les roman­ciers améri­cains. Sinon c’est vrai­ment passion­nant, car le lecteur suit à la fois l’horreur de la guerre avec la peur de la mort du person­nage prin­ci­pal et la vie ordi­naire du petit frère lycéen, qui monte son groupe de rock et qui est amou­reux. En toile de fond l’Amérique avec la perte du travail manuel (délo­ca­li­sa­tion des entre­prises et misères des villes ouvrières) , et une famille améri­caine sympa­thique qui cache quand même quelques secrets. J’ai bien aimé la grand-mère et ses romans d’amour.

Citation

Comme si on avait le choix ! C’était le dernier maga­sin encore ouvert à des milles à la;ronde. Les autres avaient fermé en même temps que les usines, et leur carcasses ache­vaient de se déglin­guer, hiver après hiver.

On en parle

Link.

3
J’ai plus d’une fois été agacée par la lecture de ce gros (trop gros ?) roman parce que l’auteur ne nous épargne vrai­ment rien : on appren­dra tout sur sa sexua­lité, ses impuis­sances à vivre, les petits côtés de ses amis célèbres ou pas. Mais je ne l’ai pas lâché et à chaque fois que je repre­nais ma lecture, j’y trou­vais de l’intérêt. Dans le quar­tier latin des années de l’après guerre, on suit le narra­teur, il y arrive à 16 ans « quand il est né » nous dit-il, il raconte son adoles­cence. (Aujourd’hui l’adolescence commence à 13 ans, à 18 ans on est « jeune-adulte » !)

Il a connu ou croisé tous ceux qu’il fallait connaître et le titre de son livre de souve­nirs est un hommage au roman de Boris Vian L’écume des jours. On suit, pas à pas, son initia­tion à la sexua­lité, à la litté­ra­ture, son passage au monde adulte, le rejet de la province, surtout de la banlieue et de sa famille.
L’auteur sait recréer l’ambiance des années de l’existentialisme et on est pris dans un véri­table tour­billon. Il a souvent un humour très corro­sif qui est à l’image de cette époque. IL y a dans ce roman beau­coup de petits textes merveilleux. La descrip­tion de la gare Mont­par­nasse et ses diffé­rences avec la gare de Lyon est un bon moment de lecture.

Je pense que, pour tous ceux qui se souviennent de ces années-là, ce livre doit faire du bien. Vu de la province, ces gens célèbres : Gréco, Sartre, Vian devaient faire rêver, de près ils sont beau­coup moins sédui­sants et pour­tant ils ont apporté un souffle de liberté parmi les intel­lec­tuels. Il y a un person­nage que je trouve intri­gant et inté­res­sant : Honoré, le narra­teur et lui se rencontrent dans le train du retour vers la banlieue et sa famille, il lui donne de bons conseils de lecture, j’aurais aimé en savoir plus sur celui qui lui dit : « La provo­ca­tion n’est pas forcé­ment créa­trice, murmure Honoré. Je crains que nous n’entrions dans l’ère de l’imposture ».

Citations

Je ne retrouve rien de mon violon, ni de son âme de bois, ni de son corps pas si verni que ça.

Se tenir comme Ilfo ?

Qui était donc ce type mysté­rieux qui s’appelait Ilfo et qu’il fallait prendre en exemple ? C’était comment se tenir, se tenir comme Ilfo ? Qui se tenait comme Ilfo ? Les adultes forcé­ment. Quand je comprends enfin qu’il faut se tenir comme il faut, la ques­tion reste pendante. C’est quoi comme il faut, c’était pour ma mère se tenir à l’épicentre de tout ce qu’il ne fallait pas faire. À l’épicentre de toutes ses peurs.

Parmi les lectures édifiantes auxquelles j’avais accès, on trou­vait des histoires comme celle du pauvre garçon contraint pas son père, un horrible commu­niste, de rappor­ter une hostie à la maison où ledit père la poignarde avec un couteau de cuisine. Et l’hostie de se mettre à saigner !

Être ami avec Vian, ce n’est pas être l’ami de Vian.

la nuance est d’importance.
Qui est le vrai Vian ? Je n’ai toujours pas la réponse.

Avec des parrains aussi pres­ti­gieux qu’Aragon et Eluard, les idées commu­nistes sont plutôt en vogue à Saint-Germain mais qui pour­raient dire qu’elles sont celles de Vian qui affiche une méfiance notoire à l’encode tous les dogmes, qu’ils soient reli­gieux ou poli­tique ? Ça me plait, ça rejoint ce rejet de cette reli­gion et de ce Dieu qu’on a vaine­ment tenté de me refi­ler.

2
Je me suis accro­chée comme une déses­pé­rée à ce livre ; c’était pour moi, il devait me plaire. Gérard Oberlé invente les mémoires d’un érudit du 16e siècle fran­çais qui a connu Montaigne, Ronsard et tous les poètes de la pléiade. Son style imite fort bien le style de l’époque et la vie de tous ces gens est pour le moins gaillarde !

Mais, je m’ennuie terri­ble­ment, et pour éviter de le parcou­rir en diago­nal, je vais le refer­mer sans l’avoir terminé. J’espère qu’une membre de notre club de lecture saura le défendre à notre prochaine réunion, car l’auteur a effec­tué un travail vrai­ment sérieux, même s’il ne m’a pas touchée.

Citation

Le vin délie la langue et rend l’esprit prompt et hardi. Une ancienne sentence grecque dit qu’il est le grand cheval des poètes.