Traduit du finnois par Sébas­tien Cagnoli.

Comme quoi on peut écrire un excellent roman et un véri­table « narnar » si le mot existe pour les romans qui ne tiennent pas la route. Bien sûr la quatrième de couver­ture a trouvé deux critiques pour vous assu­rer l’un, que vous lirez « le meilleur roman de la saison » et l’autre, que « Sofi Oksa­nen sait nous surprendre ». J’accorde plus de crédit au deuxième critique car on peut se deman­der (et en être « surpris ») comment l’auteure de « Purge  » a pu commettre un tel embrouilla­mini si peu digeste. C’est une sombre histoire d’une famille sous la coupe de la sympa­thique mafia ukrai­nienne. Tous les trafics les plus sordides passent par leurs mains.

Le fil conducteur(devrais-je dire le cheveu !) c’est une pauvre Norma affu­blée d’une cheve­lure qui pousse à toute vitesse, elle doit la couper quatre fois par jour, mais cela ne s’arrête pas là. Ses cheveux lui prédisent l’avenir, peuvent la défendre contre des agres­seurs, être fumés en drogue et …j’en passe ! On recon­naît un peu le style de l’auteur qui a l’art de ne pas dévoi­ler très vite les dessous des cartes. Mais dans ce roman cela donne un univers telle­ment embrouillé que je n’ai pas eu envie de démê­ler le vrai du faux, j’ai fini ce roman en diago­nal et je ne suis pas sûre d’avoir tout compris aux sombres trafics de la mafia : trafic de cheveux, d’organes, d’enfants sur fond de drogue de tout genre, de viols et de meurtres.

Je souhaite bon courage aux prochains lecteurs et ce que j’aimerais par dessus tout c’est lire un avis posi­tif car cela prou­ve­rait que je n’ai rien compris à cette histoire de cheveux et que l’auteure voulait nous dire quelque chose que je n’ai pas su voir.

Citation

Genre de phrases qui n’a aucun effet sur moi (même pas peur !)

Les molosses n’étaient pas là, ni les groupes de jeunes immi­grants, personne ; pour­tant, Marion sentait les yeux de Lambert sur son dos. Dès l’instant où il avait compris qu’Anita avait récolté des preuves sur les agis­se­ments du clan afin de les faire chan­ter, de les évin­cer, de régner sur leur terri­toire, ces yeux avaient été ceux d’une bête féroce aigui­sant ses crocs.

Traduit du Finnois par Anne Colin Du Terrail. Lu grâce au club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Il faut dire que cela me plai­sait assez de lire un roman traduit du finnois, ma biblio­thé­caire m’avait préve­nue, c’est un auteur complè­te­ment déjanté , mais ce roman-​là lui semblait presque « normal ». Je ne sais pas si je n’avais pas le cœur à rire, mais au bout de la page 112, je commen­çais à être écœu­rée par tant de méchan­ce­tés et j’ai commencé à survo­ler rapi­de­ment. Je dois dire que l’humour finnois est un peu lourd pour moi. Je verrai mieux ce livre en BD, (ça me va bien de dire ça ! Je ne lis que très peu de BD). Disons que c’est un peu l’esprit « Hara-​kiri » . Pour ceux qui aiment le genre, je raconte le début : une gentille vieille dame est harce­lée par un horrible neveu et ses deux complices et aura toutes les peines du monde à se débar­ras­ser de ces êtres nuisibles. Même dans l’au-delà, ils conti­nue­ront à lui nuire mais j’en dis peut être trop. Je vous reco­pie un passage pour que vous appré­ciez l’humour, si vous aimez allez-​y ce livre est plus pour vous que pour moi !

Citations

la société finlandaise vu par l’horrible neveu qui a toujours vécu sans travailler, (cela fait réfléchir sur le revenu universel !)

La société finlan­daise et ses criantes inéga­li­tés nour­ris­saient leur amer­tume. Comment admettre, par exemple, que la pension de Linnea Ravaska atteigne cinq mille marks ? Le seul et unique mérite de cette vieille toupie avait été de vivre avec son crou­lant de colo­nel. La pension de Kake (le neveu) ne repré­sen­tait qu’une infime frac­tion de celle de sa tante. Et il croyait savoir que certains veinards dans ce pays, pouvaient toucher jusqu’à dix mille marks et plus ? Qu’avait-il donc fait pour être condamné à un sort aussi minable ? Rien. L’écart était encore plus abys­sal si l’on compa­rait sa situa­tion et son mode de vie à ceux de Linnea. De quel droit une frugale petite vieille percevait-​elle plus du double de la pension d’un mâle vigou­reux qui dépen­sait pour se nour­rir plusieurs fois autant qu’une maigre veuve ? Sans parler de ses autres dépenses : il n’était pas assez caco­chyme pour vivo­ter heureux au coin du feu dans une métai­rie perdue au fin fond de la brousse. Pour un jeune homme écla­tant de santé, vivre en ville reve­nait horri­ble­ment cher, avec les inévi­tables voyages, les nuits à droite et à gauche. Il devait aussi déjeu­ner et dîner au restau­rant, puisqu’il n’avait pas de domi­cile conve­nable, et encore moins de femme pour lui faire la cuisine. Linnea pouvait faire en chemise de nuit, si elle voulait, l’aller retour entre sa ferme et l’épicerie de Harmisto, mais à Helsinski c’était autre chose, s’habiller coûtait une fortune. Quant à s’offrir des ciga­rettes et de l’alcool, il ne fallait pas y songer. La dispro­por­tion des dépenses et des reve­nus de la colo­nelle et de son neveu était verti­gi­neuse.
Et si, poussé par le besoin, on se trou­vait contraint de voler un peu pour mettre du beurre dans les épinards, on vous collait les flics aux fesses. La Finlande était un état poli­cier. L’action sociale y était digne du Moyen Âge .
Selon Perti Lahtela (le copain du neveu), la respon­sa­bi­lité de cette triste situa­tion incom­bait aux hommes poli­tiques, et en parti­cu­lier aux commu­nistes. C’étaient eux qui étaient au pouvoir quand ces misé­rables lois sociales avaient été votées. Or les cocos appar­te­naient à la classe ouvrière, et tout le monde savait quelles maigres paies touchaient les prolos . N’ayant aucune idée de ce qu’était un revenu correct, ils avaient fixé les pensions au niveau de leurs salaires. C’était pour cette raison que lui-​même votait toujours à droite.

Lu grâce au club de lecture de la média­thèque de Dinard. Traduit de l’anglais (États-​Unis) par Cécile Leclère et coup de coeur de mon club.

Dans ma volonté d’aller vers des lectures qui ne sont pas trop dans mes goûts, je me suis lancée dans ce roman poli­cier car il était au programme de mon club. J’ai vrai­ment du mal avec le suspens et, encore une fois, j’ai commencé par la fin. Pour ce roman cela n’enlève pas grand chose à l’intérêt, sauf que je ne peux pas vous la racon­ter alors que j’en brûle d’envie. J’imagine vos décep­tions et la colère de Krol si je révé­lais la solu­tion de cet horrible suspens : est-​ce que la pauvre Tessa « presque » victime d’un tueur en série quand elle avait 16 ans arri­vera à sauver du couloir de la mort celui qui avait été arrêté à l’époque ? Elle est adulte main­te­nant et doit donc revivre son calvaire car il n’est pas certain que le coupable idéal : un noir qui passait par là, soit vrai­ment le tueur. Je vous promets que ce que je dévoile ne va pas au delà des premières pages.

Ce qui rend ce roman origi­nal, c’est que la tension ne vient pas de la peur de l’ado séques­trée dans une tombe, on sait dès le début qu’elle a été sauvée contrai­re­ment aux autres « margue­rites » qui, elles, ont été assas­si­nées. Mais du fait que l’enquête doit reprendre et que les fils si embrouillés doivent être de nouveau démê­lés, l’angoisse s’installe quand même car Tessa semble si fragile et ce qu’elle a vécu si terrible. Je pense que les amateurs du genre doivent adorer, moi je le trouve éton­nant, bien construit et posant au passage le problème des préju­gés racistes qui empêchent que la justice améri­caine soit « juste » pour tous ses citoyens. Mais je ne comprends pas le plai­sir qu’on peut avoir à lire des horreurs abso­lues qui montent en tension grâce au suspens.

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Un trajet Saint-​Malo – Paris en décou­vrant le pays Dogon. Merci pour ce conseil de lecture Maggie. Le roman a deux prin­ci­paux inté­rêts une enquête poli­cière, qui est sans mystère. On comprend très vite les enjeux du conflit qui opposent des jeunes perver­tis par l’argent, aux anciens du village respec­tueux des tradi­tions du pays des Dogons. L’autre inté­rêt ce sont juste­ment ces tradi­tions. Et aussi, celles de toutes les compo­santes du Mali. On se sent bien avec ce commis­saire Habib et son assis­tant Sosso, on comprend leurs réac­tions très carté­siennes face ce qu’on voudrait leur faire prendre pour de la magie. Une ques­tion restera sans réponse : l’assassin est-​il le pire person­nage de cette sombre histoire ?

Si j’ai aimé la première partie de ce roman, et la plon­gée dans cette culture qui a fasciné tant d’ethnologues, la seconde moitié où l’enquête poli­cière doit être réso­lue m’a beau­coup moins plu, et j’ai même alors trouvé que les réali­tés afri­caines étaient trop cari­ca­tu­rées. Je suis déci­dé­ment extrê­me­ment diffi­cile pour la litté­ra­ture poli­cière et donc, je ne suis pas un très bon juge. Si ce roman vous tombe sous la main, mes réserves, ne doivent pas vous arrê­ter, Koussa Konake m’a quand même permis d’oublier complè­te­ment le train et les passa­gers entre Saint-​Malo et Le Mans ( un peu trop court pour aller jusqu’à Paris) , j’étais sur les routes cabos­sées entre Mopti et le pays Dogon, malgré les nombreux rappels de la restau­ra­tion me disant que la voiture Bar était dans la voiture 14 et que des plats de grande qualité m’y atten­daient.

Citations

Vivre dans des milieux hostiles

Ces terres arides, rocailleuses, ravi­nées, où tout porte l’empreinte d’une érosion sans fin, sont à l’image de la vie rude de leurs habi­tants. Ici, il n’y a que la sueur de l’homme pour faire verdir les rochers. Si, quelque fois, un mari­got offre son eau, c’est juste pour assu­rer la survie. La nature n’écrase pas l homme, elle le mini­mise.

La religion en pays Dogon

Il arrive qu’une mosquée ou une église de ciment détonne dans cet univers telle­ment uniforme, mais on sent qu’elles attendent un Dieu qui n’est pas d’ici. Car le Dieu des Dogons n’a besoin ni de mosquée ni d’église. C’est Amma et il vit en chaque chose, dans chaque objet sculpté, dans l’âme de chaque Dogon.

Humour, après une conversation avec le ministre de l’intérieur

- Il a toujours été comme ça, jovial, sympa­thique, dyna­mique. Un vrai séduc­teur. On ne peut pas dire le contraire. Il est éloquent aussi, c’est sûr.
– Mais pares­seux.
– Ben oui, on ne peut pas tout avoir.

20151221_135737Traduit de l’anglais (États-​Unis) par Fanchita Gonzales Battle. Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

3
Roman poli­cier clas­sique donc, évidem­ment, avec une pointe d’originalité, celle-​ci provient du fait que deux prota­go­nistes sont télé­pathes. Ils entendent parfai­te­ment les idées des gens qui sont en face d’eux. C’est parfois utiles, quand on joue au poker par exemple, gênant quand on fait l’amour et qu’on se rend compte que sa parte­naire fait sa liste de courses en même temps, mais très utiles pour inter­ro­ger des terro­ristes. Je pensais beau­coup m’amuser en lisant ce roman, mais il n’y a pas tant d’humour que cela. L’intrigue est assez complexe et demande à être menée jusqu’au bout. Donc, cela occupe une grande partie du roman. Il faut de plus comprendre le pour­quoi du phéno­mène . Si bien que fina­le­ment, on est dans un poli­cier bien ficelé et très clas­sique. Ce n’est pas trop mon style mais j’ai hâte d’être à la réunion du club car nous avons des incon­di­tion­nelles du genre.

Pour ma part, je trouve que le suspens prend trop de place par rapport à la réflexion que j’aurais souhaité plus déve­lop­pée sur ce qu’un gouver­ne­ment est capable de faire pour la « bonne cause », par exemple la lutte contre le terro­risme. J’ai regretté égale­ment que l’auteur ne soit pas plus humo­ris­tique sur les possi­bi­li­tés qu’offrirait la télé­pa­thie. Je me souviens d’un roman de Fredric Brown « martien Go-​Home » telle­ment plus amusant et destruc­teur. Des martiens qui n’ont comme arme que le fait de dévoi­ler la vérité et les pensées les plus secrètes de chaque homme, finissent par détruire complè­te­ment la société améri­caine. J’avais beau­coup ri, mais je ne l’ai pas relu depuis long­temps.

Citation

À quoi pense une femme qui fait l’amour ?

Les animaux c’est sympa ; conti­nua Denny. Je ne me sens pas mal avec eux. Ils ne pensent pas beau­coup. Angela, c’est une fille bien, mai merde, elle n’arrête pas de penser. On était en train de baiser l’autre soir et elle pensait à la vais­sele qu’elle avait lais­sée dans l’évier.

SONY DSCLu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.
Traduit de l’américain par Hélène Four­nier.

4
Ma biblio­thé­caire préfé­rée m’avait encou­ra­gée à le lire, en me disant que ce n’était pas un polar clas­sique. Elle avait bien raison, c’est plus un roman de carac­tère sur une petite ville améri­caine qui ne va pas si mal. Les habi­tants non plus. Ils ne sont ni meilleurs ni pires que beau­coup d’autres. Leurs bonheurs et leurs peines sont ceux de tout le monde. Une grande partie de la société améri­caine est repré­sen­tée : la profes­seur du collège qui a bien du mal à inté­res­ser sa classe et qui n’aime plus son mari, les adoles­cents si cruels entre eux, les ouvriers vieillis­sants qui ont peur de perdre leur boulot, le poli­cier noir bel homme qui a ressenti autre­fois le rejet d’une popu­la­tion blanche tradi­tion­nelle et enfin Ronny celle par qui le scan­dale arrive, trop libre, trop en dehors des clous trop malheu­reuse, et donc méchante parfois.

Je ne « divul­ga­che­rais » rien de l’enquête poli­cière pour ne pas perdre de lecteurs ni de lectrices, car l’enquête est loin d’être un élément mineur du roman. Je dois dire que je n’avais pas imaginé cette fin qui pour­tant est hyper logique et dont l’auteure sait distil­ler des petits indices tout le long du livre. Non, je n’en dirais pas plus, car je sais que les amateurs du genre se diront comme moi lorsqu’ils ferme­ront ce roman : « Mais bon sang, c’est bien sûr ! ». Donc avis aux amateurs, c’est un bon polar et une plon­gée dans le quoti­dien des améri­cains qui vaut la lecture.

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3
Je suis telle­ment contente quand je peux enfin rayer un titre qui était dans ma liste depuis si long­temps ! Voilà vous m’avez conduite à lire un « polar » un vrai de vrai. Et mes trois coquillages parlent pour moi, j’ai bien aimé. D’abord parce qu’on découvre la Mongo­lie aujourd’hui , pays à propos duquel je n’ai pas lu grand chose, et puis on sent le plai­sir de l’écrivain à écrire ce polar. Il a tout mis dedans : le flic épuisé par une souf­france person­nelle, les flics ripoux, la violence sous toutes ses formes, la fidé­lité à un idéal d’êtres purs, la beauté des anciennes tradi­tions, l’horreur des multi­na­tio­nales à la recherche des terres rares, un peu de magie et pas mal d’humour. Dès le début j’ai été accro­chée et amusée, par les réfé­rences aux « Experts » par les mongols au beau milieu de la steppe !

Ensuite, l’histoire se déroule à un train d’enfer, et tous les coups sont permis, heureux pays où la police a le droit de tirer dans les mollets des méchants pour les faire avouer. Mais non, je ne suis pas deve­nue adepte de la violence poli­cière, mais je trouve que pour les romans ça permet d’aller beau­coup plus vite, déjà le roman fait plus de 500 pages, avec les méthodes de la police fran­çaise on en avait pour au moins le double. Et puis, je dois dire que lorsqu’on nous décrit des horreurs abso­lues, et bien, ça soulage de voir le bon poli­cier rele­ver la tête et envoyer le coup de feu salu­taire.

Que les amis de Yerul­delg­ger se réjouissent, une suite est probable, j’allais dire pour­quoi, mais je sais certains d’entre vous sont très vigi­lants sur les« spoi­lers ». Je ne suis pas certaine de la lire mais je ne regrette pas ma nuit passée dans les steppes de Mongo­lie à boire du lait de jument fermenté… Beurk !

Citations

Les spécialités culinaires qui ne font pas envie à tout le monde

Où on sent que l’écrivain s’amuse

- Qu’est ce que tu regardes ! ? voci­fé­rera le gros flic.

- T’as d’beaux yeux tu sais ? répon­dit Yerul­delg­ger.

Il s’était toujours promis de placer cette réplique dans une situa­tion comme celle-​ci. Il l’avait apprise d’un film fran­çais qu’il avait vu pendant sa période ciné-​club à l’Alliance fran­çaise.

On en parle

Chez Keisha chez Dasola, Aifelle et je demande aux autres de me pardon­ner, cette liste date du temps où je ne notais pas les blogs où je trou­vais les réfé­rences des livres que je devais lire.

Traduit de l’allemand par Pierre MALHERBET

Une bonne pioche chez Domi­nique.

4Je pense que c’est l’aspect docu­men­taire qui a forcé ma réti­cence à lire des romans poli­ciers. J’ai souvent du mal avec le suspens, j’avoue que je commence souvent les romans par la fin, pour ne pas attendre un dénoue­ment et me consa­crer unique­ment à l’écriture. Ici, ce n’est pas la peine puisque la scène de meurtre commence le roman. Il reste le mobile et les raisons pour lesquelles le meur­trier ou l’assassin ‚nuance juri­dique impor­tante pour le coupable , a tué de façon aussi brutale Hans Meyer , respec­table indus­triel.

C’est l’intérêt du roman et de façon très précise et très bien docu­menté , le lecteur comprend à la fois le système judi­ciaire alle­mand et sa diffi­culté à juger son passé nazi. Sans aucun pathos , on est saisi d’effroi par les malheurs de Fabri­zio Collini. Il était bien évident qu’il ne pouvait s’agir d’un crime gratuit mais on prend conscience qu’un appa­reil judi­ciaire injuste peut pous­ser un homme à la vengeance.

J’ai été très sensible égale­ment aux deux vies de la victime : le comman­dant SS Hans Meyer et le gentil grand père qui faisait le bonheur de ses petits enfants. Je me souviens de l’interrogation des membres de ma famille qui avait connu la guerre, face aux touristes alle­mands du même âge qu’eux : comment faisaient-​ils pour reve­nir en France ?

Et jamais, je n’ai reconnu dans la gentillesse alle­mande des touristes comme des familles de nos corres­pon­dants l’image des nazis massa­crant des gens sans défense. Un livre écrit au plus près de la vérité, sans se perdre dans des consi­dé­ra­tions psycho­lo­giques et incroya­ble­ment effi­cace.

Citations

L’humain

J’ai main­te­nant soixante quatre ans et, de toute ma vie , je n’ai rencon­tré que deux honnêtes hommes. L’un est mort depuis dix ans,l’autre est moine dans un monas­tère fran­çais. Croyez-​moi, Leinen, les gens ne sont pas noirs ou blancs… ils sont gris.

Vocation

Il avait toujours voulu être avocat. Il avait été stagiaire dans l’un des plus gros cabi­nets d’affaires. Dans la semaine qui suivit ses examens, il fut convo­qué à quatre entretiens;tous,il les déclina. Leinen ne voulait pas travailler dans ces cabi­nets de huit cents colla­bo­ra­teurs. Les jeunes diplô­més y avaient l’air de banquiers, ils avaient réussi leurs examens haut la main, ache­taient des voitures au-​dessus de leurs moyens, et on tenait pour le meilleur d’entre eux celui qui avait facturé le plus d’heures à ses clients au cours de la semaine écou­lée. Les asso­ciés de telles socié­tés en étaient tous à leur second mariage, ils portaient des pull-​overs en cache­mire jaune et des panta­lons à carreaux le week-​end. Leur univers était consti­tué de chiffres,de postes à des conseils d’administration, d’un contrat de conseils auprès du gouver­ne­ment fédé­ral et d’une suite infi­nie de salles de confé­rence, de lounges d’aéroport, de récep­tions d’hôtel. Pour tous ces gens ‚la plus grande catas­trophe était qu’une affaire atter­rît devant un tribu­nal ; les juges repré­sen­taient un risque. Mais c’était préci­sé­ment ce que voulait Caspar Leinen : passer sa robe et défendre ses mandants. Son heure était enfin venue.

Traduit de l’islandais par Éric Boury

2
Je me suis laissé tenter par un polar qui a bien plu aux blogueuses que je lis régu­liè­re­ment et dont , souvent, je partage les goûts. J’en conclus que, vrai­ment, ce n’est pas ma tasse de thé, les romans polars , je ne trouve rien de plus éner­vant que de lire un roman tendu par une tension poli­cière. Qui a tué ce malheu­reux jeune homme qui avait la sale manie d’enregistrer les films sur son magné­to­phone ? Vous pensez, bien avant les enquê­teurs, qu’il a enre­gis­tré des propos qu’il n’aurait pas dû entendre. Et comme dans une histoire magique, une décou­verte d’un élément entraîne la mise en place d’un puzzle, sans beau­coup de surprise.

Le person­nage prin­ci­pal est hanté par un passé doulou­reux marqué par le fait que son père n’a jamais voulu recon­naître cet enfant adul­té­rin atteint , de plus, de tuber­cu­lose. Le roman permet de revivre le duel Fischer Spassky , c’est ce que j’ai préféré , je me suis préci­pi­tée sur Wiki­pé­dia pour relire ce que l’on sait aujourd’hui de ces événe­ments.

Enfin, petit détail qui m’a éner­vée pendant tout le roman, il y a aucun moyen pour savoir si Marion-​Briem est une femme ou un homme,et je pense (en plus) que l’ambiguïté est culti­vée inten­tion­nel­le­ment , je ne comprends vrai­ment pas pour­quoi. (cher­chez bien, à aucun moment on ne dit « elle » et aucun accord ne permet de le savoir). Déjà que ce n’est pas facile de savoir si les prénoms sont fémi­nins ou mascu­lin, par exemple Gudny fille ou garçon ? Il faut parfois lire quelques lignes pour se rendre compte que Gudny est mariée avec Albert. J’ai lu et relu sans jamais savoir si Marion est, en Islan­dais en 1972 ‚un prénom fémi­nin ou mascu­lin.

Bref, je n’ai pas été passion­née.

On en parle

à Sauts et à Gambades, et chez Clara

Couverture

4
Nous avons été nombreux à adorer « Effroyables jardins » du même auteur. C’est le seul livre que j’ai lu de Michel Quint. Et comme beau­coup, j’avais été très touchée par ce récit. Ce roman choisi dans les nouveau­tés de ma biblio­thèque m’a tentée. Je ne suis pas déçue par la lecture (à un détai près).

Il s’agit d’un enquête poli­cière à Lille : il faut décou­vrir qui a tué un jeune espoir du LOSC (oui je sais main­te­nant que équipe de Lille s’appelle ainsi !), cela va nous entraî­ner dans les réseaux mafieux liés au foot. Et décou­vrir un person­nage très atypique, marqué par une enfance sans père et un fort senti­ment d’échec. Michel Quint a une langue bien à lui, il mêle dans un style parti­cu­lier, les expres­sions du nord (les gens déca­rochent.. par exemple)au langage poétique. Il faut s’accrocher parfois, mais fina­le­ment, on est pris par sa façon de racon­ter.

Ce que j’ai vrai­ment appré­cié , c’est la balade dans Lille je pense que tous les gens de cette région vont retrou­ver à la fois leurs racines et aussi les trans­for­ma­tions d’une ville qui est passée de l’ère du labeur en usine à l’ère de la réno­va­tion des friches indus­trielles en quar­tiers bobo centrés sur les loisirs.Pour les non-​Lilloises comme moi, l’accumulation des noms de lieux est un peu lassante. La descrip­tion de la corrup­tion du milieu du foot et de tous ceux qui ont trop d’argent : soirées fines arro­sées et des call-​girls payées ou pas , rôle de la police… est très bien rendue.

Évidem­ment , avec les récentes affaires DSK et la police lilloise on commence à se faire une certaine idée des soirées dans le milieu poli­tique. Mais là, pas touche ! Notre auteur ne veut surtout pas qu’on pense qu’il s’agit d’un livre qui dénonce des magouilles du PS ! AH ! L’intelligentsia ‚elle ne peut être que de gauche n’est ce pas ? Alors au milieu de tout il invente un élu de la majo­rité prési­den­tielle -son roman a dû être rédigé avant la victoire de Hollande- qui dans dans un café explique à des buveurs de bière (on boit beau­coup de bières, nord oblige !) que si les élec­teurs arrê­taient de voter socia­liste , il y aurait moins de crimes !

C’est vrai­ment lourd , personne ne pensait que les socia­listes étaient en cause et je trouve que ça gâche le roman. En plus je me demande d’où il sort un élu de droite à Lille ? Et surtout pour­quoi ?

Cela n « empêche que c’est un bon livre et que Michel Quint a bien du talent.

Citations

Portraits si vrais

J’entrais dans des boutiques bon genre , aux vendeuses fardées, inac­ces­sibles sur leurs talons hauts,qui consen­taient à travailler jusqu’à demain où elles épou­se­raient un milliar­daire : leur destin immi­nent était écrit sur leurs lèvres boudeuse, dans leur regard dédai­gneux , leur façon de fermer leur décol­leté d’une main , que je n’accède pas au spec­tacle réservé de leurs foutus nichons à tomber sur le cul.

Balade dans Lille

Une fois fran­chies les quatre voies auto­mo­biles en prolon­ge­ment du boule­vard Vauban , on arri­vait à l’Esplanade , les ponts sur la Deûle , l’écluse, cette belle prome­nade où les mili­taires de la cita­delle proche, au-​delà de la rivière cana­li­sée , venaient croi­ser les demoi­selles de famille aux siècles d’avant et bomber le torse pendant qu’elles bais­saient les yeux , pauvres filles.

Lille aujourd’hui

C’est curieux main­te­nant que le travail manque , les petits bour­geois , les nouveaux riches raffolent des lieux où. Le prolé­ta­riat urbain a usé sa vie. Comme s’ils avaient besoin d’un monu­ment pour se souve­nir aujourd’hui que le boulot est devenu souvent virtuel, rare­ment salis­sant que la classe ouvrière s’est éteinte. Les mains ne servent plus à rien , elles ne sont plus bonnes qu’au macramé, à l’art du bouquet, á cuisi­ner joli , singer les maîtres queux , et se four­rer les doigts dans le nez

On en parle

Liliba