Category Archives: Grande Bretagne

Traduit de l’anglais par Jean-Pierre Aous­tin. Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Traduit de l’anglais par Élodie Leplat. Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.


En juin 2018 , notre club de lecture après une discus­sion mémo­rable avait attri­bué au « Chagrin des vivants » son célèbre « coup de cœur des coups de cœur ». C’est donc avec grand plai­sir que je me suis plon­gée dans cette lecture. Envie et appré­hen­sion, à cause du sujet : je suis toujours boule­ver­sée par la façon dont on a toujours maltraité des êtres faibles, En parti­cu­lier, les malades mentaux. Ce roman se situe dans le Yokshire en 1911, dans un asile que l’auteure a appelé Shars­ton. Cette histoire lui a été inspi­rée par la vie d’un ancêtre qui, à cause de la grande misère qui a sévi en Irlande au début du ving­tième siècle, a vécu dans des insti­tu­tions ressem­blant très fort à cet asile.

Le roman met en scène plusieurs person­nages qui deviennent chacun à leur tour les narra­teurs de cette tragique histoire. Ella, la toute jeune et belle irlan­daise qui n’a rien fait pour se retrou­ver parmi les malades mentaux et qui hurle son déses­poir. Clèm une jeune fille culti­vée qui a des conduites suici­daires et qui tendra la main à Ella. John Mulli­gan qui réduit à la misère a accepté de vivre dans l’asile. Charles Fuller le méde­cin musi­cien qui sera un acteur impor­tant du drame.

Ella et John vont se rencon­trer dans la salle de bal. Car tous les vendre­dis, pour tous les patients que l’on veut « récom­pen­ser » l’hôpital, sous la houlette de Charles Fuller, peuvent danser au son d’un orchestre. Malheu­reu­se­ment pour tous, Charles est un être faible et de plus en plus influencé par les doctrines d’eugénisme.

C’est un des inté­rêts de ce roman, nous sommes au début de ce siècle si terrible pour l’humanité et les idées de races infé­rieures ou dégé­né­rées prennent beau­coup de place dans les esprits qui se croient savants : à la suite de Darwin et de la théo­rie de l’évolution pour­quoi ne pas sélec­tion­ner les gens qui pour­ront se repro­duire en amélio­rant la race humaine et stéri­li­ser les autres ? L’auteure a choisi de mettre toutes ces idées dans la person­na­lité ambi­guë et déséqui­li­brée de Charles Fuller, mais on se rend compte que ces idées là étaient large­ment parta­gées par une grande partie de la popu­la­tion britan­nique, elles avaient même les faveurs d’un certain Wins­ton Chur­chill. Il s’en est fallu de peu que la Grandes Bretagne, cinquante ans avant les Nazis n’organise la stéri­li­sa­tion forcée des patients des asiles. On apprend égale­ment que ces patients ne sont pas tous des malades mentaux, ils sont parfois simple­ment pauvres et trouvent dans cet endroit de quoi ne pas mourir de faim. On voit aussi comme pour la jeune Ella, que des femmes pouvaient y être enfer­mées pour des raisons tout à fait futiles. Ella, un jour où la chaleur était insup­por­table dans la fila­ture où elle travaillait a cassé un carreau. Ce geste de révolte a été consi­déré comme un geste dément et son calvaire a commencé. Au lieu de l’envoyer à la police on l’a envoyée chez les « fous ». On retrouve sous la plume de cette auteure, les scènes qui font si peur : comment prou­ver que l’on est sain d’esprit alors que chacune des paroles que l’on prononce est analy­sée sous l’angle de la folie. Et lorsque Ella se révolte sa cause est enten­due, elle est d’abord démente puis violente et enfin dange­reuse.

Le drame peut se nouer main­te­nant tous les ingré­dients sont là. Un amour dans un lieu inter­dit et un méde­cin pervers qui mani­pule des malades ou des êtres sans défense.

J’ai lu ce deuxième roman d’Anna Hope avec un peu moins d’intérêt que son premier. Elle a su, pour­tant, donner vie et une consis­tance à tous les prota­go­nistes de cette histoire, ses aïeux sont quelque part dans toutes les souf­frances de ces êtres bles­sés par la cruauté de la vie. Il faut espé­rer que nos socié­tés savent, aujourd’hui, être plus compa­tis­santes vis à vis des plus dému­nis. Cepen­dant, quand j’entends combien les béné­voles de « ADT quart monde » se battent pour faire comprendre que les pauvres ne sont pas respon­sables de leur misère, j’en doute fort.

Citations

Le mépris des gardiennes pour les femmes enfermées à l’asile

Toute­fois elle voyait bien comment les surveillantes regar­daient les patientes, en rica­nant parfois derrière leurs mains. L’autre jour elle avait entendu l’infirmière irlan­daise qui dégoi­sait avec une autre de sa voix criarde de pie : « Non mais c’est-y pas que des animaux ? Pire que des animaux. Sales, tu trouves pas ? Mais comment il faut les surveiller tout le temps ? Tu trouves pas ? Dis, tu trouves pas ? »

Les femmes et la maladie mentale

Contrai­re­ment à la musique, il a été démon­tré que la lecture prati­quée avec excès était dange­reuse pour l’esprit fémi­nin. Cela nous a été ensei­gné lors de notre tout premier cours magis­tral : les cellules mascu­lines sont essen­tiel­le­ment catho­liques – actives éner­giques- tandis que les cellules fémi­nines son anato­miques – desti­nées à conser­ver l’énergie et soute­nir la vie. Si un peu de lecture légère ne porte pas à consé­quence, en revanche une dépres­sion nerveuse s’ensuit quand la femme va à l’encontre de sa nature.

Théorie sur la pauvreté au début du 20e siècle

La société eugé­nique est d’avis que la disette, dans la mesure où elle est incar­née par le paupé­risme (et il n’existe pas d’autres étalon), se limite en grande partie à une classe spéci­fique et dégé­né­rée. Une classe défec­tueuse et dépen­dante connue sous le nom de classe indi­gente.
Le manque d’initiative, de contrôle, ainsi que l’absence totale d’une percep­tion juste sont des causes bien plus impor­tantes du paupé­risme que n’importe lesquelles des préten­dues causes écono­miques.

Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Denyse Beau­lieu. Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard thème : « en chan­tant ».

Ce roman mérite sa caté­go­rie « roman qui fait du bien » ! Après quelques lectures éprou­vantes où l’on imagine que les êtres humains se résument à des algo­rithmes et à des « datas », voici la descrip­tion d’une commu­nauté de Bridg­ford qui s’oppose avec intel­li­gence à des projets qui, de façon insi­dieuse suppri­me­raient leur art de vivre. Le centre commer­cial ne sera donc pas construit et le centre ville restera un lieu convi­vial. Mais si ce roman fait tant de bien, ce n’est pas que pour cette raison. En décri­vant les parti­ci­pants à la chorale de Bridg­ford, l’auteure anime devant nous un échan­tillon repré­sen­ta­tif de la Grande-Bretagne d’aujourd’hui, c’est à la fois drôle et telle­ment vrai humai­ne­ment.

Beau­coup de person­nages sont complexes et sympa­thiques et Gill Hornby sait nous les rendre très atta­chants. Tous ceux et toutes celles qui ont parti­cipé à une chorale se retrou­ve­ront dans ce roman, les petites vache­ries des sopranes, les blagues des basses .… Mais il y a aussi ce talent si parti­cu­lier à l’Angleterre où le chant fait davan­tage partie de leur quoti­dien qu’en France. Nous allons donc parta­ger la vie d’Annie qui ne se réalise qu’en offrant sa vie aux autres, elle va mettre beau­coup d’énergie pour que la chorale de Brig­ford ne dispa­raisse pas malgré le grave acci­dent dont a été victime la chef de chœur. Cela pour­rait être une cari­ca­ture de dame patron­nesse, car elle oublie quelque peu sa propre famille aux profits de ses bonnes actions. mais elle reste lucide et son enga­ge­ment auprès des autres n’est pas qu’une façade, et il est souvent couronné de succès. Il y a aussi Tracey qui visi­ble­ment cache un secret et passe son temps à proté­ger son fils Billy qui ne fait pas grand chose de sa vie, elle devien­dra grâce à Annie un pilier de la chorale et inves­tira son éner­gie au service de la petite commu­nauté. Il y a aussi, Bennett, mon préféré. Il part de loin celui-là ! Cadre dyna­mique au chômage, il doit faire face à la soli­tude puisque son épouse Sue a décidé de le quit­ter, et à une remise en cause de ses habi­tudes. Il va évoluer vers un Ben inven­tif et auda­cieux qui me plaît beau­coup. Evidem­ment la fin est heureuse et peut être trop idyl­lique, mais j’avais telle­ment besoin de croire en la soli­da­rité humaine que j’ai tout accepté. Si vous aimez chan­ter dans une chorale, si vous aimez les petites villes anglaises, si vous avez besoin de vous faire du bien lisez « All Toge­ther Now », et munis­sez vous d’un appa­reil pour écou­ter en même temps que votre lecture tous les chants dont il est ques­tion dans ce roman.

et voici la chan­son dont est tiré la cita­tion qui commence le roman

Citations

Les couples divorcés

Tous les couples en plein divorce se ressem­blaient : ils ne pouvaient pas vivre ensemble, mais chacun n’arrêtait pas de parler de l’autre. Alors que le nom de James, avec qui Annie vivait un bonheur tran­quille depuis trente ans, n’était prati­que­ment jamais mentionné dans ce café. Sue préten­dait qu’elle avait quitté Bennett parce qu’il était trop ennuyeux : main­te­nant, c’était elle qui deve­nait ennuyeuse à force de rado­ter sur Bennett.

Tout change même la religion

Vingt-cinq ans aupa­ra­vant, avant que Bennett ne se mure dans sa vie de labeur, Dieu était pour lui une espèce d’ancien mili­taire, mi-seigneur, mi-père de famille. Il était au ciel, et tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. De nos jours, appa­rem­ment, il s’était fait voler la vedette par Jésus, qui avait d’ailleurs énor­mé­ment changé entre-temps, lui aussi. Les choristes avaient passé la moitié de la messe à chan­ter qu’il était beau, qu’il était gentil, et qu’il était dans leurs cœurs.

L’horrible prof de piano local

Mme Coles était la prof de piano local : on lui attri­buait l’anéantissement de toute voca­tion musi­cale sur plusieurs géné­ra­tions à Brid­ge­ford.

Les ragots de choral.

C’était la plus jeune des altos, dans la tren­taine avan­cée – par rapport aux autres, elle était quasi­ment en mater­nelle – et pour autant qu’on sache, elle n’était pas parti­cu­liè­re­ment mélo­mane. Mais elle ne ratait jamais un mardi de chorale, ni d’ailleurs aucune des classes et réunions locales auxquelles elle assis­tait tous les soirs et presque tous les week-ends, dès massages indiens au brico­lage. Plutôt qu’une touche-à-tout, on accor­dait à penser qu’elle était esseu­lée cher­chant l’âme sœur. Ce qui était évidem­ment assez sexiste et passa­ble­ment médi­sant, mais ça c’était typique des soprano de Brid­ge­ford, assez sexiste et médi­santes.
– Dommage qu’elle n’ait pas de soirée libre pour les Weight Watchers.

Bennett le père de famille au chômage

« tu veux repar­tir de zéro . On comprend très bien , tous les trois » , alors que de toute sa vie il n’avait jamais rêvé de repar­tir de zéro . L’idée même de repar­tir de zéro lui faisait horreur . Chaque fois que ça chan­geait – même si s’agissait d’un chan­ge­ment mineur ou néces­saire-il en avait éprouvé Une profonde douleur psychique . À ce jour , il n’était pas tout à fait certains de cette remis du choc d’avoir quitté l’école primaire .
les toasts brûlaient . Il est fit il glis­ser sur une assiette , noirs d’un côté , blancs de l’autre lorsqu’on faisait la moyenne ça donnait un brun doré. Parfait.

Billy, il passe ses journées à ne rien faire, il décide de partir faire de l’humanitaire en Afrique.

Cela dit, bien­tôt, ça ne serait plus son problème, mais celui de l’Afrique. Pauvre Afrique… La séche­resse, la famille, et main­te­nant, son fils Billy Leck­ford. C’était, comme on le répé­tait si souvent, un conti­nent magni­fique mais maudit.

Définition d’un chœur

Un chan­teur, c’est un chan­teur ; plusieurs chan­teurs, ce sont plusieurs chan­teurs ; idem pour un groupe de chan­teurs. Mais un chœur -un chœur qui vit, qui respire, qui fonc­tionne, c’est tout à fait autre chose : le résul­tat singu­lier d’une réac­tion physique qui ne peut surve­nir que dans certaines condi­tions de labo­ra­toire, condi­tions qu’aucun scien­ti­fique sur terre ne serais capable d’énumérer. En géné­ral, pour qu’un chœur soit bon, il faut qu’il ait un bon chef de chœur -comme Tracey Leck­ford qui, devant eux s’abandonnait à la musique.

Quand une chorale réussit sa prestation

Cette inter­pré­ta­tion eut un effet extra­or­di­naire sur chacun des choristes. Au début, les spec­ta­teurs instal­lés dans leurs sièges en velours rouges n’avaient vu en eux que ce qu’ils étaient : un rassem­ble­ment hété­ro­clite de chan­teurs amateurs de toutes les géné­ra­tions et de tous les milieux sociaux qui n’avaient rien en commun, à part la musique, leur lieu de rési­dence et l’envie de passer un bon moment. Mais presque aussi­tôt, le pouvoir trans­for­ma­teur de la voix humaine accom­plit son miracle. À la fois pour eux-mêmes, et pour leur spec­ta­teurs émus, il devint quelque chose de toute autre. Pendant dix magni­fiques minutes, ils sortirent d’eux mêmes, leurs âmes se joignirent et s’envolèrent. Lorsqu’il revinrent enfin sur terre, les accla­ma­tions du public les remuèrent jusqu’au fond du cœur.

Traduit de l’anglais par Marie-Odile Fortier-Mazek. Roman inscrit au « Coup de cœur des coups de cœur » année 2017/​2018 de la média­thèque de Dinard.

Si ce roman parti­cipe à notre « fameux » chal­lenge du mois de juin, c’est qu’il a déjà reçu un coup de cœur de notre club de lecture. Il m’avait échappé et je suis ravie de rattra­per mon retard. Si, pour ma photo, je l’ai asso­cié à la célèbre série « Down­ton Abbey », c’est que ce roman se situe exac­te­ment dans cette lignée. Nous sommes avec une jeune bonne de 20 ans, Jane, qui béné­fi­cie du seul jour de congé de l’année : dans ces années-là , les riches familles de l’aristocratie donnait un jour à leurs domes­tiques pour qu’ils aillent voir leur mère. Ce 30 mars 1924, il fait un temps superbe et avant de partir en pique-nique, la famille Niven, s’inquiète de ce que fera Jane de cette jour­née de liberté puisqu’elle est orphe­line. Comme le goût de le lecture est accepté, voire encou­ragé par ses employeurs, Jane sait déjà à quoi elle va passer son temps. Un coup de télé­phone va boule­ver­ser ses projets, son amant le jeune Paul Shering­man, un voisin d’une très bonne famille lui donne rendez-vous, chez lui. Ils pour­ront pour une fois béné­fi­cier de la maison seuls sans se cacher. Il doit dans une quin­zaine de jours se marier à une jeune fille de la même condi­tion que lui. Commence alors la descrip­tion de « la » jour­née excep­tion­nelle pour Jane. Elle profite déli­cieu­se­ment de ce rapport amou­reux et elle enfouit, à jamais, en elle le secret de cette rela­tion.

Graham Swift sait, avec un talent tout en déli­ca­tesse, nous faire revivre cette jour­née et comprendre les rela­tions des diffe­rentes classes sociales brtan­niques. Peut être aidés par la fameuse série télé­vi­sée, nous savons à quel point ces deux mondes : celui des servi­teurs et celui des aris­to­crates étaient tota­le­ment sépa­rés même si ces gens se côtoyaient tous les jours. Jane n’a aucu­ne­ment l’intention de possé­der le moindre pouvoir sur Paul. Et pour­tant, grâce à l’acte amou­reux, elle sait qu’un moment dans sa vie, elle a été l’égale de Paul. L’auteur sait rendre ce moment à la fois très érotique et chargé de la diffé­rence sociale, sans juger aucun des deux person­nages. C’est un très beau moment de litté­ra­ture. De plus, il projette Jane dans un futur plein de vie puisque, de ce jour si parti­cu­lier, il en fait le déclen­cheur de sa voca­tion d’écrivaine.

Citations

Angleterre 1924 : le dimanche des mères

Étrange coutume que ce dimanche des mères en pers­pec­tive, un rituel sur son déclin, mais les Niven et les Sherin­gham y tenaient encore, comme tout le monde d’ailleurs, du moins dans le buco­lique Berk­shire, et cela pour une même et triste raison : la nostal­gie du passé. Ainsi, les Niven et les Sherin­gham tenaient-il sans doute encore plus les uns aux autres qu’autrefois, comme s’ils s’étaient fondus en une seule et même famille déci­mée.

Les rapports maître domestique Grande Bretagne 1924

« Mais bien sûr que vous avez ma permis­sion. Jane. » avait dit Mr Niven en insé­rant sa serviette dans son rond en argent. Lui deman­de­rait-il où elle voulait aller.
« La Deuxième Bicy­clette est à votre dispo­si­tion et vous avez -hum- deux shil­lings et six pence en poche. Tout le comté s’offre à vous. Tant que vous reve­nez.
Puis, comme s’il enviait vague­ment la grande liberté qu’il venait de lui accor­der, il avait ajouté : « C’est votre jour de congé, Jane. À vous -hum- d’en user à votre conve­nance. »
Il savait, à présent, qu’une phrase comme celle-là ne lui passe­rait pas au-dessus de la tête -peut-être même fallait-il y voir un discret hommage pour la lecture.

L’Angleterre et les deuils de la guerre 14 18

Elle ne savait pas, fût-ce en ce dimanche des mères, ce que cela devait être pour une mère de perdre deux fils en l’espace de deux mois, semblait-il. Ni ce que cette mère pouvait ressen­tir en pareil dimanche. Ni l’un ni l’autre ne revien­drait à la maison nous offrir un petit bouquet ou des gâteaux aux raisins et aux amandes, n’est-ce pas ?

S’habiller chez les riches

De toute façon, dans leur milieu, s’habiller n’avait jamais été réduit à une simple pratique consis­tant à se nipper vite fait, on y voyait, au contraire, un assem­blage solen­nel 

Le charme est rompu son amant doit rejoindre sa fiancée

Il retira la ciga­rette de sa bouche et la tint, tout droite , sur son propre à ventre.
« Je dois la retrou­ver à une heure et demie. Au Swann Hôtel à Bolling­ford. »
Bien qu’il n’eût pas bougé, ce fut comme s’il avait rompu le charme. Et quoi qu’il en fût, elle n’avait pas pu manquer de le prévoir. Même si elle s’imaginait que par quelque magique exemp­tion elle échap­pe­rait à « ce passage obligé » . Et le reste de la jour­née ? Une partie de celle-ci ne pouvait -nest-ce pas ?- durer éter­nel­le­ment. Un frag­ment de vie ne saurait consti­tuer sa tota­lité.
Elle ne bougea pas mais, en son for inté­rieur, peut-être s’était-elle adap­tée à la situa­tion. Comme si elle portait à nouveau des vête­ments invi­sibles et rede­ve­nait même une bonne. 

Les dernières phrases du roman

Mais assez de bara­tin, de ces ques­tions pièges des inter­views. Et en quoi cela consis­tait-il, de dire la vérité ? Il fallait toujours leur expli­quer jusqu’à l’explication ! Et toute femme écri­vain digne de ce nom les dupe­rait, les taqui­ne­rait , les mène­rait en bateau. N’était-ce pas évident, non d’une pipe ? Cela reve­nait à être fidèle à l’essence même de la vie. Cela reve­nait à capter, c’est impos­sible que ce fût, la sensa­tion d’être en vie. Cela repre­nait à trou­ver un langage. Il en découle est-ce que dans la vie beau­coup de choses dirai oh ! Bien davan­tage que nous ne l’imagine non ! Ne saurait, en aucune façon, s’expliquer point.

Traduit de l’anglais par Jean Esch.


J’avais appré­cié avec quelques réserves « Minia­tu­riste », je n’ai donc pas hésité à me plon­ger dans son nouveau roman. Cette auteure sait capti­ver son lecto­rat. Et je m’en voudrais de vous dévoi­ler tous les ressorts de l’intrigue. Tout tourne autour d’un tableau qui a été peint en Espagne au début de la guerre civile. L’intrigue roma­nesque se passe en deux lieux et en deux temps. En Grande-Bretagne en 1957, dans la gale­rie d’art Skel­ton diri­gée par un certain Edmund Reed et une Femme Marjo­rie Quick, notre appren­tie écri­vaine Odelle Bastien vient se présen­ter pour un poste de dactylo. Elle est origi­naire des Caraïbes et dans l’Angleterre de ces années-là, on sent très bien le rejet des « gens de couleurs ».

L’autre moment se passe en Espagne à côté de Malaga, une famille germano-britan­nique vit là pour aider Sarah Schloss, épouse d’Harold négo­cia­teur d’œuvres d’art, à sortir de sa dépres­sion. Leur fille Olive peint mais en cachette de son père qui, elle en est certaine, n’apprécierait pas les tableaux d’une femme et encore moins de sa fille. La famille est aidée par Izaac et Teresa Robles, deux jeunes espa­gnols origi­naires du village. On assiste au début des violences qui amène­ront la guerre civile espa­gnole et à une passion à la fois pour la pein­ture et l’amour char­nel. La jeune Olive est une grande artiste qui aime­rait tant que son père ne la regarde plus comme une jeune fille dilet­tante de la bonne société. La guerre en Espagne puis le sort des juifs vont complè­te­ment battre les cartes de façon telle que personne ne puisse s’y retrou­ver. En 1957, le jeune Lawrie Scott vient dans la gale­rie où travaille Odelle faire évaluer le tableau qui a de tout temps accom­pa­gné sa mère : « les filles au Lion » , Odelle qui commen­çait à s’adapter à la vie londo­nienne, ne s’attendait pas à la violence de la réac­tion de sa patronne Marjo­rie Quick. Il faudra les 500 pages du roman pour que tous les fils se dénouent.

Jessie Burton est vrai­ment maître des intrigues et nous les suivons avec inté­rêt car elle sait mettre en toile de fond la réalité histo­rique et elle raconte très bien. Et pour­tant… encore une fois, j’ai quelques réserves peu parta­gées par la blogo­sphère. J’ai lu ce roman avec beau­coup d’attention , on ne peut pas faire autre­ment qu’être atten­tive car sinon on perd vite le fil. Je devrais savoir gré à Jessie Burton de cela. Mais voilà, je me suis aussi sentie prison­nière de cette intrigue et j’avais plus envie de finir ma lecture que de la retrou­ver les person­nages tous les soirs et rester rêver avec eux . Pour moi, elle en fait trop. C’est comme un filet qui nous enserre, je perds ma liberté quand je la lis. Je pense que cette auteure ne me convient pas tout à fait , heureu­se­ment elle a beau­coup d’admiratrices parmi les blogs que j’apprécie donc vous pour­rez lire des avis enthou­siastes qui me contre­disent.

Citations

Description de Londres

Je deve­nais une obser­va­trice expé­ri­menté des pous­sées irré­gu­lières et des cica­trices de l’habitat londo­nien. Les codes postaux, la brique, rosier ou pas, le décrot­toir, la hauteur du perron ou son absence consti­tuaient un langage que j’avais appris. Vous ne pouviez pas vivre ici sans remar­quer les diffé­rences entre les rues où régnaient la paix ou le chaos, un chien galeux vautré près du cani­veau, des enfants en haillons, une haie de buis bien taillée, un rideau soulevé qui dansait. À Londres il exis­tait de nombreuses façons de vivre, mais peu de façon de chan­ger de vie.

La création féminine en peinture 1936

Sais-tu combien d’artistes vend mon père ? Vingt six, la dernière fois que j’ai compté. Sais-tu combien il y a de femmes parmi eux ? Aucune. Pas une seule. Les femmes en sont inca­pables, figure-toi. Elles n’ont pas de vision. Pour­tant si je ne m’abuse, elles ont des yeux, des mains, un cœur et une âme.

Racisme ordinaire en 1957

Elle ne connais­sait pas d’autres gens de couleur, m’a-t-elle confié le jeudi de cette première semaine. Quand je lui ai répondu que je n’en connais­sais pas non plus, en tout cas pas sous ce nom, elle m’a regardé avec une expres­sion d’un vide abys­sal.

Un portrait bien croqué

À vingt et un ans, Pat Rudge était la dernière descen­dante d’une longue lignée d’habitants de l’East End. Une chou­croute laquée tenait en équi­libre sur sa tête et elle avait assez de khôl autour des yeux pour maquiller cinq pharaons.

Le cinéma français vu par un Anglais

» Vous préfé­rez peut-être aller voir un de ces films fran­çais où les gens n’arrêtent pas d’entrer, de sortir et de se regar­der ? »

Traduit de l’anglais par Hélène Clai­reau j’aimerais savoir pour­quoi cette traduc­trice n’a pas traduit cette expres­sion « afin de rompre les chiens » par « rompre la glace » ? Merci Keisha de m’avoir fait connaître l’expression en fran­çais et toutes mes excuses à Hélène Clai­reau

Ce livre est paru en France pour la première fois en 1947 sous le titre « la tour d’Ezra » et a certai­ne­ment contri­bué à faire connaître et aimer Israël et les Kibboutz. Je me souviens bien de l’enthousiasme que soule­vait cette vie en commu­nauté chez les jeunes de ma géné­ra­tion. Le récit s’appuie sur l’expérience person­nelle de Koest­ler qui a lui-même parti­cipé à la vie d’un Kiboutz . Cette ambiance de jeunes pion­niers entou­rés de l’hostilité des Arabes et des Anglais est très bien rendue. Car c’est un écri­vain qui sait racon­ter et décrire. Nous sommes avec lui sous les ciels étoi­lés de ce pays qui ne s’appelle pas encore Israël, nous vibrons aux évoca­tions de tous les dangers qui les entourent. Mais cet écri­vain est aussi un esprit tota­le­ment libre, et il montre bien les points de vue des trois acteurs qui se confrontent ici. Les Juifs qui en 1938 sentent le danger mena­cer les Juifs du monde entier, et qui veulent accé­lé­rer leur venue dans ce petit bout de terri­toire. Les Arabes qui, même si par inté­rêt finan­cier, vendent leur terre, ne veulent pas pour autant être dépos­sé­dés de leur pays, les moins glorieux des trois, les Anglais profon­dé­ment anti­sé­mites le plus souvent, et qui jouent un jeu dange­reux d’alliances qui ne peuvent que tour­ner à la catas­trophe. Ce livre est aussi un précieux rappel des faits histo­riques, et jamais Koest­ler n’élude le fait qu’Israël a été créé sur un pays qui était aupa­ra­vant peuplé d’Arabes. Par ailleurs, les scènes de recon­duites dans les bateaux de Juifs ayant échappé aux camp de concen­tra­tion sont abso­lu­ment insou­te­nables, il est si facile alors d’imaginer que lorsque la Shoah sera de noto­riété publique rien ne pourra arrê­ter leur exode vers Israël.

Citations

Mariage typiquement britannique

Mrs. Newton était fille d’un sergent-major de l’armée des Indes. Une analyse serrée des motifs qui avait attiré le timide monsieur Newton vers cette grande, osseuse et virgi­nale femelle eût produit des résul­tats gênants révé­lant la haine secrète, conti­nue et fervente qu’avaient inspi­rée à Monsieur Newton Roonah, son club, l’administration et et l’armée des Indes, et la tour­nure d’esprit toute spéciale qui lui permit d’imaginer pour la première fois l’anguleuse et chaste fille du sergent-major dans la série d’attitudes absurdes qu’entraîne l’acte procréa­teur.

La langue d’Israël l’hébreu

Tirer l’hébreu de sa sainte pétri­fi­ca­tion pour en refaire une langue vivante à été un tour de force fantas­tique. Mais ce miracle implique des sacri­fices. Nos enfants se servent d’une langue qui n’a pas évolué depuis le commen­ce­ment de l’ère chré­tienne. Elle ne porte aucun souve­nir, presque aucune trace de ce qui est arrivé à l’humanité depuis la destruc­tion du Temple. Imagi­nez que la langue fran­çaise ait cessé de se déve­lop­per depuis la « Chan­son de Roland » ! Et encore, est-elle de dix siècles plus près de nous. Nos clas­siques sont les livres de l’Ancien Testa­ment ; nos poèmes s’arrêtent au Cantique des Cantiques, nos nouvelles à Job. Depuis lors… Un blanc millé­naire..
L’emploi d’un idiome archaïque a évidem­ment son charme. Voya­geant en auto­bus, nous offrons une ciga­rette à notre voisin :
-« Monsei­gneur désir peut-être faire la fumée ?
– Non, merci. Faire la fumée n’est pas agréable à mes yeux. »

Dialogue impossible entre les arabes et les juifs

Cette colline n’a pas porté de récoltes depuis que nous aïeux l’ont quit­tée, dit Ruben Vous avez négligé la terre. Vous avez laissé les terrasses tomber en ruines et la pluie a emporté la terre. Nous allons dépier­rer la colline et appor­ter des trac­teur et des engrais. – Ce que produit la vallée nous suffit, dit le vieillard. Nous ne devons pas enle­ver les pierres que Dieu a placées là. Nous vivrons comme ont vécu nos pères et nous ne voulons ni de vos trac­teurs ni de vos engrais, et nous ne voulons pas de vos femmes dans la vue nous offense.
(Et un peu plus loin)
- Qu’est-ce que le vieux cheik t’expliquait avec tant de solen­nité ?
- Que chaque peuple a le droit de vivre à sa façon, bien ou mal, sans ingé­rence exté­rieure. Il a expli­qué que l’argent corrompt, que les engrais puent et que les trac­teurs font du bruit, toutes choses qu’il déteste.
- Et qu’as-tu répondu ?
- Rien dit Bauman.
- Pour­tant, tu as compris sa posi­tion ?
Bauman le regarda :
- Nous ne pouvons pas nous permettre de comprendre la posi­tion des autres.
Quand vous, madame, me fait l’honneur de m’inviter chez vous, est-ce que je vous demande vos condi­tions ? Et quand j’ai le privi­lège de goûter votre hospi­ta­lité, est-ce que je demande à être le maître de la maison ? Non, madame, je ne le fais pas. Il en est de même de nos amis hébreu. Ils jouissent de notre hospi­ta­lité -ahlan w’sahlan, vous êtes les bien­ve­nus. Nous serons comme des frères. Nous vous rece­vrons à bras ouverts en qualité d’invités…
Nous sommes dans la même posi­tion. Nous ne deman­dons qu’à aider ces pauvres gens et voyez comme comment il nous remer­cie ils veulent nous prendre notre maison.
- La barbe avec votre histoire de maison ! Pendant les cinq cents dernières années, elle n’était pas à vous mais aux Turcs.
- la majo­rité de la popu­la­tion a toujours été arabe, dit Kemal Effendi. Ma famille, par exemple, descend direc­te­ment de Walid el Shal­labi, le géné­ral de Maho­met. Nous sommes la plus ancienne famille de Pales­tine. – Mon père est un Cohen, dit Mrs.Shenkin, Élie Cohen sont les descen­dants des Koha­nim, les prêtres de l’ancien temps.

Un moment vivant

Joseph déjeuna héré­ti­que­ment dans un petit restau­rant arabe ou la nour­ri­ture était bon marché, sale et épicée, et dont le gros proprié­taire lui confia que Hitler, protec­teur de l’islam, allez bien­tôt détruire l’empire britan­nique, rendre le pays aux Arabes efflan­qué les Juifs à la mer – à l’exception de Joseph qui, étant un homme instruit et l’ami du proprié­taire, serait épar­gné et pour­rait même trou­ver un emploi dans son établis­se­ment, à condi­tion d’apporter quelques capi­tal.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thè­que de Dinard, traduit de l’anglais par Chris­tine Le Boeuf.


Un roman typi­que­ment British, vous y boirez des litres et des litres de thé, vous y mange­rez des sand­wichs, vous y croi­se­rez des femmes fofolles gentilles et des méchantes, des chiens (beau­coup de chiens) un fantôme ou plus exac­te­ment l’esprit d’une femme morte qui veut faire abou­tir ce récit, les allu­sions aux romans clas­siques anglais, un vrai gent­le­man quelques odieux person­nages tout cela saupou­dré d’humour (c’est que j’ai le plus appré­cié dans ce roman) . Bref, un roman comme une sucre­rie anglaise trop colo­rée et trop sucrée mais qui va si bien avec leurs jolies tasses et leurs tapis­se­ries à fleurs. Le fil de la narra­tion est amusant, un homme qui a perdu celle qu’il aimait et la médaille qu’elle lui avait confiée, se met à collec­tion­ner les objets perdus et les réper­to­riés : c’est notre gent­le­man. Laura sa secré­taire qui devien­dra son héri­tière aura pour mission de retrou­ver les proprié­taires des dits objets, elle hérite aussi d’une superbe maison à Londres, ça c’est le côté bonbon aux couleurs tendres de l’Angleterre. L’intrigue se complique car nous devons suivre aussi le destin de la médaille perdue et donc croi­ser une hysté­rique anglaise qui écrit de mauvais romans paro­diant les clas­siques. Une fofolle anti­pa­thique !

C’est un peu compli­qué un peu touffu, le charme vient aussi des récits que notre gent­le­man avait inven­tés à propos de chaque objet, ça fait un peu atelier d’écriture mais c’est sympa­thique.
Tout finira bien avec l’amour et la richesse en prime.

Citations

Un passage plein d’humour, les méchantes langues accusent évidemment Laura d’avoir mis le grappin sur le gentleman

- Eh bien, je suppose qu’elle faisait un peu plus que dépous­sié­rer et passer l’aspirateur.
Laura avait l’intention de passer près d’elle sans être vue mais, main­te­nant, elle leur fit face avec un sourire crâne.
-Fella­tion, annonça-t-elle . Tous les vendre­dis. Et, sans un mot de plus, elle sortit en majesté. Winnie se tour­nant vers Marjory, l’air intri­gué.
- Ça s’appelle comment, ça en langage courant ?
- C’est de l’italien, dit Marjory en se tapo­tant la bouche avec sa serviette. J’en ai mangé, une fois dans un restau­rant.

Les pensées d’une femme qui ne sait pas encore qu’elle est presque amoureuse

Il avait dit « oui » et, depuis, L’aura avait gaspillé un temps consi­dé­rable à essayer de comprendre pour­quoi. Ses hypo­thèses étaient nombreuses et variées : elle l’avait pris par surprise ; il se sentait seul ; il avait envie de dinde rôtie mais ne savait pas cuisi­ner ; il la plai­gnait. L’explication qu’elle envi­sa­geait avec le plus de réti­cence mais aussi le plus d’excitation était la plus simple et la plus éner­vante. Il venait parce qu’il en avait envie.

Alzheimer

Elle aurait aimé pouvoir faire quelque chose, n’importe quoi, pour atté­nuer le chagrin de Bomber lorsqu’il voyait son père s’éloigner inexo­ra­ble­ment vers un hori­zon loin­tain et inac­ces­sible. La bonne santé physique de Godfrey était d’une cruelle ironie, couplée comme elle l’était à sa fragi­lité mentale, faisant de lui un enfant crain­tif et colé­rique qui aurait trop grandi. « Le corps d’un buffle, l’esprit d’un mouche­ron ».

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thè­que de Dinard. Traduit de l’anglais par Claire Desser­rey

Les écri­vains ont, à chaque époque, leur façon de se racon­ter. Au XVIIe siècle, on n’avait peu l’habitude de se répandre en confi­dences sur sa vie privée, surtout pour un philo­sophe. Même Montaigne au XVIe n’a écrit sur lui-même que pour nous faire comprendre qu’il « portait en lui l’humaine condi­tion » et donc nous ne connais­sons rien, ou presque, de ses amours ancil­laires ou autres ! On sait peu de choses sur une petite Fran­cine, enfant d’une servante en place à Amster­dam chez le libraire qui accueillera Descartes, elle est née en juillet 1635 et morte en 1640. La servante, sa mère, savait écrire et Descartes écri­vit lors de la mort de l’enfant qu’il avait connu « le plus grand regret qu’il eût jamais senti de sa vie ». Voilà les source sûres qui donnent corps à ce roman « histo­rique ».

L’auteure du XXIe Siècle, cherche à donner vie à cette Héléna que Descartes aurait séduite et avec qui il a eu une enfant.C’est parti­cu­liè­re­ment compli­qué pour l’auteure, Genevre Glas­furd, car elle a bien du mal à imagi­ner les senti­ments et les réflexions d’une femme de cette époque. Le fait que cette servante sache lire et écrire suffit-il pour l’imaginer indé­pen­dante et libé­rée des carcans de son époque ? Ce ne sont là que des hypo­thèses qui ne sont guère convain­cantes, d’ailleurs on sent que l’écrivaine, par soucis de vérité sans doute, ne sait pas trop quel parti prendre : Héléna est à la fois très reli­gieuse et éprise de liberté.

Cette histoire d’amour entre une servante protes­tante et un grand écri­vain fran­çais catho­lique dont on sait histo­ri­que­ment que peu de chose, prend trop de place dans le roman. La descrip­tion des diffi­cul­tés pour écrire libre­ment un livre de philo­so­phie dans des pays domi­nés par un pouvoir reli­gieux obscu­ran­tiste est beau­coup plus inté­res­sante. Et puis, comme dans tout roman histo­rique, le fait d’amener le lecteur à vivre dans une société du temps passé, nous fait décou­vrir une autre époque et d’autres lieux mais j’étais mal à l’aise parce que je sentais bien que l’auteure voulait donner une forte person­na­lité à une jeune femme dont on sait si peu de choses, même si le fait de savoir lire et écrire était peu banal, cela n’en fait pour autant la « femen » du XVIIe.

Lisez l’avis de Dasola qui a aimé cette lecture et qui souligne la qualité d’écriture de cette écri­vaine à laquelle je n’ai pas vrai­ment été sensible. Même si ce roman se lit faci­le­ment.

Citations

L’importance des écrits pour Descartes

Qu’est ce qu’un livre ? Les élucu­bra­tions de mon cerveau. Des mots, écrits à la plume avant d’être impri­més. Des pages, assem­blées et reliées, diffu­sées. Lorsqu’il paraît, un livre est une chose incroyable, il a de la la force, des consé­quences. Il peut remettre en cause d’anciens dogmes, désar­çon­ner les prêtres les plus convain­cus, mettre à bas des systèmes de pensée.

Ambiance de l’époque en Hollande

Nous passons devant le marché aux pois­sons et l’église Pieters­kerk ; un homme a été mis au pilori, pieds nus et sans manteau, avec à côté de lui un écri­teau où l’on peut lire : FORNICATEUR.

20161115_181631Traduit de l’anglais par Olivier DEPARIS.

3Roman très « British » prêté par ma voisine qui adore nos « grands voisins », en me le lais­sant elle m’a dit : « Il faut lire ce roman pour comprendre le Brexit ». Pendant toute la lecture je me suis demandé pour­quoi elle m’avait dit cela, en vérité je ne le sais toujours pas, mais je peux assu­rer que c’est une plon­gée au cœur de la société britan­nique et le moins qu’on puisse dire, c’est que malgré l’aspect saty­rique et l’humour de l’auteur ce n’est guère réjouis­sant. La trame narra­tive suit de destin d’un certain Brian Marley, profes­seur d’anglais langue étran­gère dans une école pour étran­gers comme il y en a tant à Londres.

Divorcé et père d’un jeune enfant, sa vie est morose malgré sa rencontre avec la jeune étudiante Consuela dont il est amou­reux, alors pour s’enrichir de 2 millions de livres, il accepte de partir en Papoua­sie, Nouvelle Guinée au milieu de la jungle et être le survi­vant d’une aven­ture filmée par une équipe de la BBC animant une émis­sion dite de » télé-réalité » . Alors que l’avant dernier candi­dat, au bord de la folie, doit être évacué et que Brian est donc en passe de deve­nir million­naire, un acci­dent d’hélicoptère le laisse seul dans une île déserte couverte d’une jungle très hostile à la présence humaine. La descrip­tion de l’équipe des jeux télé­vi­sés est hélas trop proche de la réalité, leur envie de faire de l’audience n’est frei­née par aucune consi­dé­ra­tion humaine. Sommes-nous loin de la réalité ? même la mort d’un candi­dat n’a pas empê­ché un jeu télé­visé de reprendre, et des héli­co­ptères qui s’écrasent lors d’une émis­sion de télé-réalité cela me rappelle quelque chose.… Mais contre toute attente Brian va survivre, parce que cette île n’est pas vierge , il doit sa survie à un groupe d’Anglais victime d’un acci­dent d’avion dans les années 50.

Ensemble ils vont réus­sir à rejoindre leur chère Patrie : le Royaume Uni . James Hawes peut ainsi mener une charge au vitriol contre les anima­teurs de Télé-réalité , rien de bien neuf mais c’est bien raconté. Mais comme nous nous retrou­vons avec des Anglais typiques nous avons aussi le droit à une charge, non moins sévère, contre la soi disant gran­deur de l’empire britan­nique colo­nia­liste. Entre la vulga­rité de ceux qui gagnent de l’argent trop faci­le­ment et qui passent leur temps à mépri­ser la pauvreté et le retour aux valeurs tradi­tion­nelles de la grande Bretagne portées par un parti conser­va­teur le pauvre Brian Marley a peu de chance de trou­ver un quel­conque bonheur surtout qu’il n’arrive pas à choi­sir entre sa mère, Consuela et George la jeune femme qu’il a rame­née de son île.

Roman qui brasse donc des aspects fort désa­gréables de notre société mais qui est un peu touffu et je dois avouer que j’en ai accé­léré la lecture quand ils sont reve­nus en Angle­terre. Je savais qu’on ne pouvait pas s’attendre à ce que ce pauvre Bob Marley réus­sisse enfin à prendre sa vie en mains. Pour mener à bien sa satyre, l’auteur a besoin d’un person­nage un peu creux que les événe­ments vont ballot­ter à leur guise et qui a souvent le don de m’ennuyer.

Citations

La télé-réalité

Ils (les concur­rents) avaient tous finis par être évacués dans un état d’effondrement mental et physique total (de grands moments de télé­vi­sion !)

Vision de l’Europe vu de la Grande Bretagne

Les Alle­mands aiment les Irlan­dais parce que c’est le seul pays qui ne ressort pas les vieux dossiers qui fâchent à chaque fois que les Alle­mands en ont marre de tout payer ; quant aux Fran­çais, ils aiment les Irlan­dais parce qu’ils pensent qu’aimer les Irlan­dais nous dérange, nous.

Humour à propos de Noël vu du mois de janvier

Noël, à présent, n’est plus qu’une méchante ombre sur la balance de la salle de bains et sur l’encours de la carte de crédit.

Réaction émotive anglaise

- Ah !
– Ah ! comme tu dis. La seule vraie réac­tion anglaise face à n’importe quelle émotion.

Les Anglais vus par un général vénézuélien

Il savait que les Anglais se compor­taient comme des Anglais parce qu’ils se l’imposaient et qu’au fond d’eux c’étaient des fous furieux qui n’aspiraient qu’à terro­ri­ser la planète. Avant de deve­nir des Anglais, ils avaient été des pirates et des barbares. A présent, c’étaient des pirates et des barbares bien élevés et en costume de laine.

La célébrité et la télévision

Tous les gens impor­tants passent à la télé, et les gens finissent par croire que ça marche aussi dans l’autre sens, que si on passe à la télé, c’est qu’on est quelqu’un d’important.

20161107_111041Traduit de l’anglais par Élodie LEPLAT. Lu grâce au club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Notre Club s’est donné une tradi­tion pour clore ses lectures. Au mois de juin, nous élisons « notre coup de cœur des coups de cœur », pour cela, la ving­taine des parti­ci­pants – remar­quez le mascu­lin, cette année deux hommes nous ont rejointes !) doivent lire les dix livres en lice pour pouvoir parti­ci­per au vote autour d’agapes faites maison. « Le chagrin des vivants » avait connu un tel succès que je n’avais pas pu le lire l’an dernier , et depuis il est toujours sorti de la média­thèque. Comme je comprends son succès ! je pense que ce roman va être un concur­rent sérieux pour notre prix en juin 2017.

5
Le roman se déroule essen­tiel­le­ment à Londres, sur cinq jours, du 7 novembre 1920 au 11 novembre où toute cette grande ville et tout le pays lui-même se souvien­dra de ceux qui sont morts pendant la guerre 14 – 18 sur le sol de France. Nous suivons égale­ment la dépouille du « combat­tant inconnu » qui sera inhumé à West­mins­ter. Le début du roman est un peu compli­qué, car c’est un roman choral, nous suivons le destin d’Hettie une jeune fille d’origine très modeste, de 19 ans qui veut danser et vivre à tout prix alors que son frère mort vivant n’arrive pas à retrou­ver le goût de la vie après son retour du front. Puis à Evelyn d’origine aris­to­crate qui a travaillé dans une usine d’armement pendant la guerre pour oublier la mort de son fiancé, et se sent deve­nir une vieille fille acariâtre et enfin à Ada dont le fils est mort à Albert avant d’envoyer cette carte postale de l’église tris­te­ment célèbre à sa mère.

066_001À partir de ces quatre femmes dont les destins se croisent, l’après guerre à Londres se dessine devant nos yeux de lecteur encore surpris de tant d’horreurs. Est-ce qu’il faut attendre 100 ans pour que tout soit dit sur une guerre ? J’ai beau­coup lu sur celle-ci, mais évidem­ment du côté fran­çais, il me semble qu’en France on a mieux traité les anciens combat­tants qu’en Grande Bretagne. Les hommes muti­lés sont réduits à la mendi­cité. J’aimerais en savoir plus sur ce sujet mais déjà, dans la célèbre série Down­ton Abbey, on voit que les anciens soldats ont besoin de la charité publique pour se nour­rir. La force du roman vient de ce que peu à peu comme beau­coup de Londo­niens nous sommes atti­rés par la céré­mo­nie du 11 novembre 1920 où beau­coup de Britan­niques, dont nos quatre person­nages, trou­ve­ront dans cette céré­mo­nie en l’honneur du « combat­tant inconnu » un peu de conso­la­tion pour des maux si multiples et si profonds que rien ne semblait pouvoir les apai­ser. L’auteure a très bien rendu compte de la variété des destins bras­sés dans un même creu­set, celui de la guerre qui a tué, mutilé, ravagé une géné­ra­tion d’hommes jeunes et donc par voies de consé­quences de leurs proches.

Citations

Les souffrances d’une mère

L’automne vint, les jour­nées commen­çaient à raccour­cir, la conscrip­tion à s’imposer. Alors elle commença à prier, ce qu’elle n’avait pas fait depuis des années. Elle priait égoïs­te­ment, déses­pé­ré­ment, pour elle, pour Michael, pour que la guerre s’arrête à sa porte. Elle igno­rait à qui elle adres­sait ces prières, elle igno­rait qui était le plus puis­sant : un Dieu distant, qui écou­tait ou pas ; la guerre affa­mée elle-même, qui gron­dait sur leur seuil.

Ceux qui sont revenus

Pour­quoi ne peut-il pas passer à autre chose ?

Pas seule­ment lui. Tous autant qu’ils sont. Tous les anciens soldats qui font la manche dans la rue, une planche accro­chée autour du cou. Tous vous rappellent un événe­ment que vous voudriez oublier. Ça a suffi­sam­ment duré. Elle a grandi sous cette ombre pareille à une grande chose tapie qui lessive la vie de toute couleur et toute joie.
La guerre est termi­née, pour­quoi ne peuvent-ils donc pas tous passer à autre chose, bon sang ?

Payer pour une inscription sur les tombes des soldats morts en France

Ils m’ont demandé quelle inscrip­tion mettre sur la tombe. C’était six pence la lettre, rien que ça. On aurait pu croire qu’ils paye­raient pour ça non ?

Qui a gagné la guerre

L’Angleterre n’a pas gagné cette guerre. Et l’Allemagne ne l’aurait pas gagnée non plus

- Qu’est ce que tu veux dire ?
– C’est la guerre qui gagne. Et elle conti­nue à gagner, encore et toujours.