Traduit de l’anglais par Jean Esch.


J’avais appré­cié avec quelques réserves « Minia­tu­riste  », je n’ai donc pas hésité à me plon­ger dans son nouveau roman. Cette auteure sait capti­ver son lecto­rat. Et je m’en voudrais de vous dévoi­ler tous les ressorts de l’intrigue. Tout tourne autour d’un tableau qui a été peint en Espagne au début de la guerre civile. L’intrigue roma­nesque se passe en deux lieux et en deux temps. En Grande-Bretagne en 1957, dans la gale­rie d’art Skel­ton diri­gée par un certain Edmund Reed et une Femme Marjo­rie Quick, notre appren­tie écri­vaine Odelle Bastien vient se présen­ter pour un poste de dactylo. Elle est origi­naire des Caraïbes et dans l’Angleterre de ces années-là, on sent très bien le rejet des « gens de couleurs ».

L’autre moment se passe en Espagne à côté de Malaga, une famille germano-britan­nique vit là pour aider Sarah Schloss, épouse d’Harold négo­cia­teur d’œuvres d’art, à sortir de sa dépres­sion. Leur fille Olive peint mais en cachette de son père qui, elle en est certaine, n’apprécierait pas les tableaux d’une femme et encore moins de sa fille. La famille est aidée par Izaac et Teresa Robles, deux jeunes espa­gnols origi­naires du village. On assiste au début des violences qui amène­ront la guerre civile espa­gnole et à une passion à la fois pour la pein­ture et l’amour char­nel. La jeune Olive est une grande artiste qui aime­rait tant que son père ne la regarde plus comme une jeune fille dilet­tante de la bonne société. La guerre en Espagne puis le sort des juifs vont complè­te­ment battre les cartes de façon telle que personne ne puisse s’y retrou­ver. En 1957, le jeune Lawrie Scott vient dans la gale­rie où travaille Odelle faire évaluer le tableau qui a de tout temps accom­pa­gné sa mère : « les filles au Lion » , Odelle qui commen­çait à s’adapter à la vie londo­nienne, ne s’attendait pas à la violence de la réac­tion de sa patronne Marjo­rie Quick. Il faudra les 500 pages du roman pour que tous les fils se dénouent.

Jessie Burton est vrai­ment maître des intrigues et nous les suivons avec inté­rêt car elle sait mettre en toile de fond la réalité histo­rique et elle raconte très bien. Et pour­tant… encore une fois, j’ai quelques réserves peu parta­gées par la blogo­sphère. J’ai lu ce roman avec beau­coup d’attention , on ne peut pas faire autre­ment qu’être atten­tive car sinon on perd vite le fil. Je devrais savoir gré à Jessie Burton de cela. Mais voilà, je me suis aussi sentie prison­nière de cette intrigue et j’avais plus envie de finir ma lecture que de la retrou­ver les person­nages tous les soirs et rester rêver avec eux . Pour moi, elle en fait trop. C’est comme un filet qui nous enserre, je perds ma liberté quand je la lis. Je pense que cette auteure ne me convient pas tout à fait , heureu­se­ment elle a beau­coup d’admiratrices parmi les blogs que j’apprécie donc vous pour­rez lire des avis enthou­siastes qui me contredisent.

Citations

Description de Londres

Je deve­nais une obser­va­trice expé­ri­menté des pous­sées irré­gu­lières et des cica­trices de l’habitat londo­nien. Les codes postaux, la brique, rosier ou pas, le décrot­toir, la hauteur du perron ou son absence consti­tuaient un langage que j’avais appris. Vous ne pouviez pas vivre ici sans remar­quer les diffé­rences entre les rues où régnaient la paix ou le chaos, un chien galeux vautré près du cani­veau, des enfants en haillons, une haie de buis bien taillée, un rideau soulevé qui dansait. À Londres il exis­tait de nombreuses façons de vivre, mais peu de façon de chan­ger de vie.

La création féminine en peinture 1936

Sais-tu combien d’artistes vend mon père ? Vingt six, la dernière fois que j’ai compté. Sais-tu combien il y a de femmes parmi eux ? Aucune. Pas une seule. Les femmes en sont inca­pables, figure-toi. Elles n’ont pas de vision. Pour­tant si je ne m’abuse, elles ont des yeux, des mains, un cœur et une âme.

Racisme ordinaire en 1957

Elle ne connais­sait pas d’autres gens de couleur, m’a-t-elle confié le jeudi de cette première semaine. Quand je lui ai répondu que je n’en connais­sais pas non plus, en tout cas pas sous ce nom, elle m’a regardé avec une expres­sion d’un vide abyssal.

Un portrait bien croqué

À vingt et un ans, Pat Rudge était la dernière descen­dante d’une longue lignée d’habitants de l’East End. Une chou­croute laquée tenait en équi­libre sur sa tête et elle avait assez de khôl autour des yeux pour maquiller cinq pharaons.

Le cinéma français vu par un Anglais

» Vous préfé­rez peut-être aller voir un de ces films fran­çais où les gens n’arrêtent pas d’entrer, de sortir et de se regarder ? »

Traduit de l’anglais par Hélène Clai­reau j’aimerais savoir pour­quoi cette traduc­trice n’a pas traduit cette expres­sion « afin de rompre les chiens » par « rompre la glace » ? Merci Keisha de m’avoir fait connaître l’expression en fran­çais et toutes mes excuses à Hélène Claireau

Ce livre est paru en France pour la première fois en 1947 sous le titre « la tour d’Ezra » et a certai­ne­ment contri­bué à faire connaître et aimer Israël et les Kibboutz. Je me souviens bien de l’enthousiasme que soule­vait cette vie en commu­nauté chez les jeunes de ma géné­ra­tion. Le récit s’appuie sur l’expérience person­nelle de Koest­ler qui a lui-même parti­cipé à la vie d’un Kiboutz . Cette ambiance de jeunes pion­niers entou­rés de l’hostilité des Arabes et des Anglais est très bien rendue. Car c’est un écri­vain qui sait racon­ter et décrire. Nous sommes avec lui sous les ciels étoi­lés de ce pays qui ne s’appelle pas encore Israël, nous vibrons aux évoca­tions de tous les dangers qui les entourent. Mais cet écri­vain est aussi un esprit tota­le­ment libre, et il montre bien les points de vue des trois acteurs qui se confrontent ici. Les Juifs qui en 1938 sentent le danger mena­cer les Juifs du monde entier, et qui veulent accé­lé­rer leur venue dans ce petit bout de terri­toire. Les Arabes qui, même si par inté­rêt finan­cier, vendent leur terre, ne veulent pas pour autant être dépos­sé­dés de leur pays, les moins glorieux des trois, les Anglais profon­dé­ment anti­sé­mites le plus souvent, et qui jouent un jeu dange­reux d’alliances qui ne peuvent que tour­ner à la catas­trophe. Ce livre est aussi un précieux rappel des faits histo­riques, et jamais Koest­ler n’élude le fait qu’Israël a été créé sur un pays qui était aupa­ra­vant peuplé d’Arabes. Par ailleurs, les scènes de recon­duites dans les bateaux de Juifs ayant échappé aux camp de concen­tra­tion sont abso­lu­ment insou­te­nables, il est si facile alors d’imaginer que lorsque la Shoah sera de noto­riété publique rien ne pourra arrê­ter leur exode vers Israël.

Citations

Mariage typiquement britannique

Mrs. Newton était fille d’un sergent-major de l’armée des Indes. Une analyse serrée des motifs qui avait attiré le timide monsieur Newton vers cette grande, osseuse et virgi­nale femelle eût produit des résul­tats gênants révé­lant la haine secrète, conti­nue et fervente qu’avaient inspi­rée à Monsieur Newton Roonah, son club, l’administration et et l’armée des Indes, et la tour­nure d’esprit toute spéciale qui lui permit d’imaginer pour la première fois l’anguleuse et chaste fille du sergent-major dans la série d’attitudes absurdes qu’entraîne l’acte procréateur.

La langue d’Israël l’hébreu

Tirer l’hébreu de sa sainte pétri­fi­ca­tion pour en refaire une langue vivante à été un tour de force fantas­tique. Mais ce miracle implique des sacri­fices. Nos enfants se servent d’une langue qui n’a pas évolué depuis le commen­ce­ment de l’ère chré­tienne. Elle ne porte aucun souve­nir, presque aucune trace de ce qui est arrivé à l’humanité depuis la destruc­tion du Temple. Imagi­nez que la langue fran­çaise ait cessé de se déve­lop­per depuis la « Chan­son de Roland » ! Et encore, est-elle de dix siècles plus près de nous. Nos clas­siques sont les livres de l’Ancien Testa­ment ; nos poèmes s’arrêtent au Cantique des Cantiques, nos nouvelles à Job. Depuis lors… Un blanc millénaire..
L’emploi d’un idiome archaïque a évidem­ment son charme. Voya­geant en auto­bus, nous offrons une ciga­rette à notre voisin :
-« Monsei­gneur désir peut-être faire la fumée ?
– Non, merci. Faire la fumée n’est pas agréable à mes yeux. »

Dialogue impossible entre les arabes et les juifs

Cette colline n’a pas porté de récoltes depuis que nous aïeux l’ont quit­tée, dit Ruben Vous avez négligé la terre. Vous avez laissé les terrasses tomber en ruines et la pluie a emporté la terre. Nous allons dépier­rer la colline et appor­ter des trac­teur et des engrais. – Ce que produit la vallée nous suffit, dit le vieillard. Nous ne devons pas enle­ver les pierres que Dieu a placées là. Nous vivrons comme ont vécu nos pères et nous ne voulons ni de vos trac­teurs ni de vos engrais, et nous ne voulons pas de vos femmes dans la vue nous offense.
(Et un peu plus loin)
- Qu’est-ce que le vieux cheik t’expliquait avec tant de solennité ?
- Que chaque peuple a le droit de vivre à sa façon, bien ou mal, sans ingé­rence exté­rieure. Il a expli­qué que l’argent corrompt, que les engrais puent et que les trac­teurs font du bruit, toutes choses qu’il déteste.
- Et qu’as-tu répondu ?
- Rien dit Bauman.
- Pour­tant, tu as compris sa position ?
Bauman le regarda :
- Nous ne pouvons pas nous permettre de comprendre la posi­tion des autres.
Quand vous, madame, me fait l’honneur de m’inviter chez vous, est-ce que je vous demande vos condi­tions ? Et quand j’ai le privi­lège de goûter votre hospi­ta­lité, est-ce que je demande à être le maître de la maison ? Non, madame, je ne le fais pas. Il en est de même de nos amis hébreu. Ils jouissent de notre hospi­ta­lité -ahlan w’sahlan, vous êtes les bien­ve­nus. Nous serons comme des frères. Nous vous rece­vrons à bras ouverts en qualité d’invités…
Nous sommes dans la même posi­tion. Nous ne deman­dons qu’à aider ces pauvres gens et voyez comme comment il nous remer­cie ils veulent nous prendre notre maison.
- La barbe avec votre histoire de maison ! Pendant les cinq cents dernières années, elle n’était pas à vous mais aux Turcs.
- la majo­rité de la popu­la­tion a toujours été arabe, dit Kemal Effendi. Ma famille, par exemple, descend direc­te­ment de Walid el Shal­labi, le géné­ral de Maho­met. Nous sommes la plus ancienne famille de Pales­tine. – Mon père est un Cohen, dit Mrs.Shenkin, Élie Cohen sont les descen­dants des Koha­nim, les prêtres de l’ancien temps.

Un moment vivant

Joseph déjeuna héré­ti­que­ment dans un petit restau­rant arabe ou la nour­ri­ture était bon marché, sale et épicée, et dont le gros proprié­taire lui confia que Hitler, protec­teur de l’islam, allez bien­tôt détruire l’empire britan­nique, rendre le pays aux Arabes efflan­qué les Juifs à la mer – à l’exception de Joseph qui, étant un homme instruit et l’ami du proprié­taire, serait épar­gné et pour­rait même trou­ver un emploi dans son établis­se­ment, à condi­tion d’apporter quelques capital.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thè­que de Dinard, traduit de l’anglais par Chris­tine Le Boeuf.


Un roman typi­que­ment British, vous y boirez des litres et des litres de thé, vous y mange­rez des sand­wichs, vous y croi­se­rez des femmes fofolles gentilles et des méchantes, des chiens (beau­coup de chiens) un fantôme ou plus exac­te­ment l’esprit d’une femme morte qui veut faire abou­tir ce récit, les allu­sions aux romans clas­siques anglais, un vrai gent­le­man quelques odieux person­nages tout cela saupou­dré d’humour (c’est que j’ai le plus appré­cié dans ce roman) . Bref, un roman comme une sucre­rie anglaise trop colo­rée et trop sucrée mais qui va si bien avec leurs jolies tasses et leurs tapis­se­ries à fleurs. Le fil de la narra­tion est amusant, un homme qui a perdu celle qu’il aimait et la médaille qu’elle lui avait confiée, se met à collec­tion­ner les objets perdus et les réper­to­riés : c’est notre gent­le­man. Laura sa secré­taire qui devien­dra son héri­tière aura pour mission de retrou­ver les proprié­taires des dits objets, elle hérite aussi d’une superbe maison à Londres, ça c’est le côté bonbon aux couleurs tendres de l’Angleterre. L’intrigue se complique car nous devons suivre aussi le destin de la médaille perdue et donc croi­ser une hysté­rique anglaise qui écrit de mauvais romans paro­diant les clas­siques. Une fofolle antipathique !

C’est un peu compli­qué un peu touffu, le charme vient aussi des récits que notre gent­le­man avait inven­tés à propos de chaque objet, ça fait un peu atelier d’écriture mais c’est sympathique.
Tout finira bien avec l’amour et la richesse en prime.

Citations

Un passage plein d’humour, les méchantes langues accusent évidemment Laura d’avoir mis le grappin sur le gentleman

- Eh bien, je suppose qu’elle faisait un peu plus que dépous­sié­rer et passer l’aspirateur.
Laura avait l’intention de passer près d’elle sans être vue mais, main­te­nant, elle leur fit face avec un sourire crâne.
-Fella­tion, annonça-t-elle . Tous les vendre­dis. Et, sans un mot de plus, elle sortit en majesté. Winnie se tour­nant vers Marjory, l’air intrigué.
- Ça s’appelle comment, ça en langage courant ?
- C’est de l’italien, dit Marjory en se tapo­tant la bouche avec sa serviette. J’en ai mangé, une fois dans un restaurant.

Les pensées d’une femme qui ne sait pas encore qu’elle est presque amoureuse

Il avait dit « oui » et, depuis, L’aura avait gaspillé un temps consi­dé­rable à essayer de comprendre pour­quoi. Ses hypo­thèses étaient nombreuses et variées : elle l’avait pris par surprise ; il se sentait seul ; il avait envie de dinde rôtie mais ne savait pas cuisi­ner ; il la plai­gnait. L’explication qu’elle envi­sa­geait avec le plus de réti­cence mais aussi le plus d’excitation était la plus simple et la plus éner­vante. Il venait parce qu’il en avait envie.

Alzheimer

Elle aurait aimé pouvoir faire quelque chose, n’importe quoi, pour atté­nuer le chagrin de Bomber lorsqu’il voyait son père s’éloigner inexo­ra­ble­ment vers un hori­zon loin­tain et inac­ces­sible. La bonne santé physique de Godfrey était d’une cruelle ironie, couplée comme elle l’était à sa fragi­lité mentale, faisant de lui un enfant crain­tif et colé­rique qui aurait trop grandi. « Le corps d’un buffle, l’esprit d’un moucheron ».

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thè­que de Dinard. Traduit de l’anglais par Claire Desserrey

Les écri­vains ont, à chaque époque, leur façon de se racon­ter. Au XVIIe siècle, on n’avait peu l’habitude de se répandre en confi­dences sur sa vie privée, surtout pour un philo­sophe. Même Montaigne au XVIe n’a écrit sur lui-même que pour nous faire comprendre qu’il « portait en lui l’humaine condi­tion » et donc nous ne connais­sons rien, ou presque, de ses amours ancil­laires ou autres ! On sait peu de choses sur une petite Fran­cine, enfant d’une servante en place à Amster­dam chez le libraire qui accueillera Descartes, elle est née en juillet 1635 et morte en 1640. La servante, sa mère, savait écrire et Descartes écri­vit lors de la mort de l’enfant qu’il avait connu « le plus grand regret qu’il eût jamais senti de sa vie ». Voilà les source sûres qui donnent corps à ce roman « historique ».

L’auteure du XXIe Siècle, cherche à donner vie à cette Héléna que Descartes aurait séduite et avec qui il a eu une enfant.C’est parti­cu­liè­re­ment compli­qué pour l’auteure, Genevre Glas­furd, car elle a bien du mal à imagi­ner les senti­ments et les réflexions d’une femme de cette époque. Le fait que cette servante sache lire et écrire suffit-il pour l’imaginer indé­pen­dante et libé­rée des carcans de son époque ? Ce ne sont là que des hypo­thèses qui ne sont guère convain­cantes, d’ailleurs on sent que l’écrivaine, par soucis de vérité sans doute, ne sait pas trop quel parti prendre : Héléna est à la fois très reli­gieuse et éprise de liberté.

Cette histoire d’amour entre une servante protes­tante et un grand écri­vain fran­çais catho­lique dont on sait histo­ri­que­ment que peu de chose, prend trop de place dans le roman. La descrip­tion des diffi­cul­tés pour écrire libre­ment un livre de philo­so­phie dans des pays domi­nés par un pouvoir reli­gieux obscu­ran­tiste est beau­coup plus inté­res­sante. Et puis, comme dans tout roman histo­rique, le fait d’amener le lecteur à vivre dans une société du temps passé, nous fait décou­vrir une autre époque et d’autres lieux mais j’étais mal à l’aise parce que je sentais bien que l’auteure voulait donner une forte person­na­lité à une jeune femme dont on sait si peu de choses, même si le fait de savoir lire et écrire était peu banal, cela n’en fait pour autant la « femen » du XVIIe.

Lisez l’avis de Dasola qui a aimé cette lecture et qui souligne la qualité d’écriture de cette écri­vaine à laquelle je n’ai pas vrai­ment été sensible. Même si ce roman se lit facilement.

Citations

L’importance des écrits pour Descartes

Qu’est ce qu’un livre ? Les élucu­bra­tions de mon cerveau. Des mots, écrits à la plume avant d’être impri­més. Des pages, assem­blées et reliées, diffu­sées. Lorsqu’il paraît, un livre est une chose incroyable, il a de la la force, des consé­quences. Il peut remettre en cause d’anciens dogmes, désar­çon­ner les prêtres les plus convain­cus, mettre à bas des systèmes de pensée.

Ambiance de l’époque en Hollande

Nous passons devant le marché aux pois­sons et l’église Pieters­kerk ; un homme a été mis au pilori, pieds nus et sans manteau, avec à côté de lui un écri­teau où l’on peut lire : FORNICATEUR.

20161115_181631Traduit de l’anglais par Olivier DEPARIS.

3Roman très « British » prêté par ma voisine qui adore nos « grands voisins », en me le lais­sant elle m’a dit : « Il faut lire ce roman pour comprendre le Brexit ». Pendant toute la lecture je me suis demandé pour­quoi elle m’avait dit cela, en vérité je ne le sais toujours pas, mais je peux assu­rer que c’est une plon­gée au cœur de la société britan­nique et le moins qu’on puisse dire, c’est que malgré l’aspect saty­rique et l’humour de l’auteur ce n’est guère réjouis­sant. La trame narra­tive suit de destin d’un certain Brian Marley, profes­seur d’anglais langue étran­gère dans une école pour étran­gers comme il y en a tant à Londres.

Divorcé et père d’un jeune enfant, sa vie est morose malgré sa rencontre avec la jeune étudiante Consuela dont il est amou­reux, alors pour s’enrichir de 2 millions de livres, il accepte de partir en Papoua­sie, Nouvelle Guinée au milieu de la jungle et être le survi­vant d’une aven­ture filmée par une équipe de la BBC animant une émis­sion dite de » télé-réalité » . Alors que l’avant dernier candi­dat, au bord de la folie, doit être évacué et que Brian est donc en passe de deve­nir million­naire, un acci­dent d’hélicoptère le laisse seul dans une île déserte couverte d’une jungle très hostile à la présence humaine. La descrip­tion de l’équipe des jeux télé­vi­sés est hélas trop proche de la réalité, leur envie de faire de l’audience n’est frei­née par aucune consi­dé­ra­tion humaine. Sommes-nous loin de la réalité ? même la mort d’un candi­dat n’a pas empê­ché un jeu télé­visé de reprendre, et des héli­co­ptères qui s’écrasent lors d’une émis­sion de télé-réalité cela me rappelle quelque chose.… Mais contre toute attente Brian va survivre, parce que cette île n’est pas vierge , il doit sa survie à un groupe d’Anglais victime d’un acci­dent d’avion dans les années 50.

Ensemble ils vont réus­sir à rejoindre leur chère Patrie : le Royaume Uni . James Hawes peut ainsi mener une charge au vitriol contre les anima­teurs de Télé-réalité , rien de bien neuf mais c’est bien raconté. Mais comme nous nous retrou­vons avec des Anglais typiques nous avons aussi le droit à une charge, non moins sévère, contre la soi disant gran­deur de l’empire britan­nique colo­nia­liste. Entre la vulga­rité de ceux qui gagnent de l’argent trop faci­le­ment et qui passent leur temps à mépri­ser la pauvreté et le retour aux valeurs tradi­tion­nelles de la grande Bretagne portées par un parti conser­va­teur le pauvre Brian Marley a peu de chance de trou­ver un quel­conque bonheur surtout qu’il n’arrive pas à choi­sir entre sa mère, Consuela et George la jeune femme qu’il a rame­née de son île.

Roman qui brasse donc des aspects fort désa­gréables de notre société mais qui est un peu touffu et je dois avouer que j’en ai accé­léré la lecture quand ils sont reve­nus en Angle­terre. Je savais qu’on ne pouvait pas s’attendre à ce que ce pauvre Bob Marley réus­sisse enfin à prendre sa vie en mains. Pour mener à bien sa satyre, l’auteur a besoin d’un person­nage un peu creux que les événe­ments vont ballot­ter à leur guise et qui a souvent le don de m’ennuyer.

Citations

La télé-réalité

Ils (les concur­rents) avaient tous finis par être évacués dans un état d’effondrement mental et physique total (de grands moments de télévision !)

Vision de l’Europe vu de la Grande Bretagne

Les Alle­mands aiment les Irlan­dais parce que c’est le seul pays qui ne ressort pas les vieux dossiers qui fâchent à chaque fois que les Alle­mands en ont marre de tout payer ; quant aux Fran­çais, ils aiment les Irlan­dais parce qu’ils pensent qu’aimer les Irlan­dais nous dérange, nous.

Humour à propos de Noël vu du mois de janvier

Noël, à présent, n’est plus qu’une méchante ombre sur la balance de la salle de bains et sur l’encours de la carte de crédit.

Réaction émotive anglaise

- Ah !
– Ah ! comme tu dis. La seule vraie réac­tion anglaise face à n’importe quelle émotion.

Les Anglais vus par un général vénézuélien

Il savait que les Anglais se compor­taient comme des Anglais parce qu’ils se l’imposaient et qu’au fond d’eux c’étaient des fous furieux qui n’aspiraient qu’à terro­ri­ser la planète. Avant de deve­nir des Anglais, ils avaient été des pirates et des barbares. A présent, c’étaient des pirates et des barbares bien élevés et en costume de laine.

La célébrité et la télévision

Tous les gens impor­tants passent à la télé, et les gens finissent par croire que ça marche aussi dans l’autre sens, que si on passe à la télé, c’est qu’on est quelqu’un d’important.

20161107_111041Traduit de l’anglais par Élodie LEPLAT. Lu grâce au club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Notre Club s’est donné une tradi­tion pour clore ses lectures. Au mois de juin, nous élisons « notre coup de cœur des coups de cœur », pour cela, la ving­taine des parti­ci­pants – remar­quez le mascu­lin, cette année deux hommes nous ont rejointes !) doivent lire les dix livres en lice pour pouvoir parti­ci­per au vote autour d’agapes faites maison. « Le chagrin des vivants » avait connu un tel succès que je n’avais pas pu le lire l’an dernier , et depuis il est toujours sorti de la média­thèque. Comme je comprends son succès ! je pense que ce roman va être un concur­rent sérieux pour notre prix en juin 2017.

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Le roman se déroule essen­tiel­le­ment à Londres, sur cinq jours, du 7 novembre 1920 au 11 novembre où toute cette grande ville et tout le pays lui-même se souvien­dra de ceux qui sont morts pendant la guerre 14 – 18 sur le sol de France. Nous suivons égale­ment la dépouille du « combat­tant inconnu » qui sera inhumé à West­mins­ter. Le début du roman est un peu compli­qué, car c’est un roman choral, nous suivons le destin d’Hettie une jeune fille d’origine très modeste, de 19 ans qui veut danser et vivre à tout prix alors que son frère mort vivant n’arrive pas à retrou­ver le goût de la vie après son retour du front. Puis à Evelyn d’origine aris­to­crate qui a travaillé dans une usine d’armement pendant la guerre pour oublier la mort de son fiancé, et se sent deve­nir une vieille fille acariâtre et enfin à Ada dont le fils est mort à Albert avant d’envoyer cette carte postale de l’église tris­te­ment célèbre à sa mère.

066_001À partir de ces quatre femmes dont les destins se croisent, l’après guerre à Londres se dessine devant nos yeux de lecteur encore surpris de tant d’horreurs. Est-ce qu’il faut attendre 100 ans pour que tout soit dit sur une guerre ? J’ai beau­coup lu sur celle-ci, mais évidem­ment du côté fran­çais, il me semble qu’en France on a mieux traité les anciens combat­tants qu’en Grande Bretagne. Les hommes muti­lés sont réduits à la mendi­cité. J’aimerais en savoir plus sur ce sujet mais déjà, dans la célèbre série Down­ton Abbey, on voit que les anciens soldats ont besoin de la charité publique pour se nour­rir. La force du roman vient de ce que peu à peu comme beau­coup de Londo­niens nous sommes atti­rés par la céré­mo­nie du 11 novembre 1920 où beau­coup de Britan­niques, dont nos quatre person­nages, trou­ve­ront dans cette céré­mo­nie en l’honneur du « combat­tant inconnu » un peu de conso­la­tion pour des maux si multiples et si profonds que rien ne semblait pouvoir les apai­ser. L’auteure a très bien rendu compte de la variété des destins bras­sés dans un même creu­set, celui de la guerre qui a tué, mutilé, ravagé une géné­ra­tion d’hommes jeunes et donc par voies de consé­quences de leurs proches.

Citations

Les souffrances d’une mère

L’automne vint, les jour­nées commen­çaient à raccour­cir, la conscrip­tion à s’imposer. Alors elle commença à prier, ce qu’elle n’avait pas fait depuis des années. Elle priait égoïs­te­ment, déses­pé­ré­ment, pour elle, pour Michael, pour que la guerre s’arrête à sa porte. Elle igno­rait à qui elle adres­sait ces prières, elle igno­rait qui était le plus puis­sant : un Dieu distant, qui écou­tait ou pas ; la guerre affa­mée elle-même, qui gron­dait sur leur seuil.

Ceux qui sont revenus

Pour­quoi ne peut-il pas passer à autre chose ?

Pas seule­ment lui. Tous autant qu’ils sont. Tous les anciens soldats qui font la manche dans la rue, une planche accro­chée autour du cou. Tous vous rappellent un événe­ment que vous voudriez oublier. Ça a suffi­sam­ment duré. Elle a grandi sous cette ombre pareille à une grande chose tapie qui lessive la vie de toute couleur et toute joie.
La guerre est termi­née, pour­quoi ne peuvent-ils donc pas tous passer à autre chose, bon sang ?

Payer pour une inscription sur les tombes des soldats morts en France

Ils m’ont demandé quelle inscrip­tion mettre sur la tombe. C’était six pence la lettre, rien que ça. On aurait pu croire qu’ils paye­raient pour ça non ?

Qui a gagné la guerre

L’Angleterre n’a pas gagné cette guerre. Et l’Allemagne ne l’aurait pas gagnée non plus

- Qu’est ce que tu veux dire ?
– C’est la guerre qui gagne. Et elle conti­nue à gagner, encore et toujours.

20160914_104257-1Traduc­tion de l’anglais par Pierre CLINQUART entiè­re­ment revue et corrigée

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Je suppose que cette remarque « entiè­re­ment revue et corri­gée » veut dire qu’il existe une première traduc­tion un peu moins fidèle au texte ? Je suis restée quelques jours en compa­gnie d’un groupe de lapins diri­gés par Hazel, un chef par qui beau­coup de groupes humains aime­raient être eux-mêmes guidés : il est intel­li­gent, éprouve de la compas­sion et est ouvert à tous les conseils qui peuvent aider sa petite meute de lapin à survivre dans un milieu qui ne veut que leur destruc­tion. Merci Keisha, ton enthou­siasme est commu­ni­ca­tif et je comprends d’autant mieux ton plai­sir qu’enfant, tu avais déjà lu ce roman. Parce qu’il fait partie des rares livres qui peuvent être lus à tout âge. Les enfants adore­ront ces histoires de lapins confron­tés à des aven­tures abso­lu­ment extra­or­di­naires racon­tées de façon palpi­tantes. Ils auront peur pour Hazel et son jeune frère qui sait prédire l’avenir, Fyveer. Ils seront séduits par le courage de leurs amis Bigwig et le talent de conteur de Dande­lion. Les adultes aime­ront cet hymne à la nature , même si comme moi il leur faudra souvent recher­cher des jolis noms aussi étranges que : les « mercu­riales vénéneuses »

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ou » la jacobée »

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mais le nom que je préfère est : « eupa­toire pourpre »

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en plus de son amour de la nature que le lecteur est prêt à parta­ger avec le mili­tant Richard Adams, on est abso­lu­ment saisi par la prouesse d’écriture qui fait qu’à travers les diffé­rentes garennes et orga­ni­sa­tions des lapins, on retrouve toutes les conduites humaines. Il n’y a pas de message à propre­ment parler, mais quelque que soit la façon dont ils s’organisent, il s’agit toujours de résoudre le terrible sort des lapins de garenne :

La terre tout entière sera ton enne­mie. Chaque fois qu’ils t’attraperont, ils te tueront. Mais d’abord ils devront t’attraper…

Les solu­tions varient pour échap­per à la mort :

  • accep­ter que des hommes vous protègent en accep­tant qu’ils prélèvent au hasard de leurs envie leur pour­cen­tage de lapins afin de les manger.
  • orga­ni­ser un système très bien caché de tous les préda­teurs sous la houlette d’un tyran impitoyable.
  • Deve­nir lapin domes­tique dans un clapier
  • et enfin comme dans la garenne d’Hazel trou­ver un lieu suffi­sam­ment reculé et à l’abri du regard des hommes pour mener une vie de lapin sauvage qui doit se proté­ger de tous les « vilous ».

J’oubliais de dire que peu à peu nous appre­nons le langage des lapins, nous « farfa­lons » nous suivons les exploits des Hour­das, nous crai­gnons que les « shaar-tchoun » les plus faibles des lapins soient aban­don­nés par les autres. Comme toute société , les lapins ont leur mythe fonda­teurs et Dande­lion raconte ces histoires soit pour donner du courage soit pour distraire la compa­gnie. On y retrouve Shraa­vilsa intel­li­gent et rusé et son fidèle lieu­te­nant Prim­sault, tous les deux se sortent toujours d’affaire mais ils mettent aussi leur vie en grand danger. Ce n’est pas très juste de ne mettre que 4 coquillages à un tel livre, car c’est une oeuvre origi­nale, je n’ai rien lu de tel depuis long­temps, c’est évident que si j’avais gardé tota­le­ment mon âme d’enfants je lui mettais 5 coquillages sans hésiter.

Citations

un moment de bonheur

Voir s’achever le temps de l’angoisse et de la crainte ! Voir se lever puis se dissoudre les nuées lugubres suspen­dues au-dessus de nous – ces sombres nuages qui attristent le cœur et réduisent le bonheur en vague souve­nir ! rares sont les êtres qui n’ont jamais éprouvé cette joie-là.
L’enfant qui attend sa puni­tion et que voilà, à sa grande surprise, pardonné, et le monde retrouve aussi­tôt ses couleurs, ses exquises promesses.

Changer ses habitudes pour mieux s’adapter

Tu dis que les mâles ne creusent pas. C’est vrai. Mais ils le pour­raient s’ils le voulaient. ça ne te plai­rait pas de dormir au fond de terriers bien douillets ? D’être sous terre par mauvais temps ou lorsque la nuit tombe ? Nous serions en sécu­rité. Et rien ne nous en empêche, à part le fait que les mâles ne sont pas censés creu­ser. Pas parce qu’ils n’en sont pas capables, mais parce qu’il en a toujours été ainsi.

Les lapins et la peur

Les lapins étaient mal à l’aise, déso­rien­tés. Ils s’aplatirent, respi­rant les parfums émanant de l’eau dans l’air frais du crépus­cule. Puis ils se regrou­pèrent, chacun espé­rant ne pas déce­ler chez son voisin l’angoisse qu’il éprou­vait lui même.

20160718_100133Traduit de l’anglais par Mathilde Bach. Lu grâce au club de lecture de la média­thèque de Dinard, il a obtenu « un coup de cœur », ce sont des valeurs sûres ces coups de cœur de notre club !

4
Superbe roman qui tient en haleine le lecteur jusqu’au point final. Plusieurs histoires se croisent et inter­fèrent les unes dans les autres. On y retrouve cette sensa­tion qu’un « frois­se­ment d’aile de papillon » dans un coin de la planète aura des réper­cus­sions dans le monde entier. Dans la péri­phé­rie de Las Vegas, la famille de Daniel vit au rythme des missions mili­taires d’un genre parti­cu­lier. Il dirige des drones sur des terro­ristes qui menacent la planète. Une guerre propre ? Seule­ment est-ce qu’une guerre peut l’être ? Ce jour là , Daniel et Maria ne tueront pas seule­ment un terro­riste sur la fron­tière afghane et pakis­ta­naise, en appuyant sur un bouton, ils tueront aussi le grand amour d’un écri­vain : Michael. Celui-ci, terrassé par cette mort qu’il ne comprend pas, essaie de se recons­truire auprès de Saman­tha (à qui le livre est dédié) Josh et leurs deux filles dans un agréable quar­tier de Londres. Mais là encore, la bavure des mili­taires améri­cains aura des consé­quences tragiques.

Le roman raconte la lente recons­truc­tion d’un homme écri­vain après un deuil tragique. Le fait qu’il soit écri­vain est impor­tant, il a toujours écrit ses livres grâce à un un don parti­cu­lier : il sait entrer dans la vie des gens et ceux-ci lui font confiance au point de ne rien lui cacher de leur senti­ments les plus intimes. Grâce à ce don, il devient l’ami indis­pen­sable de ses voisins, celui qui est invité à toutes les fêtes et qui peut donc un jour pous­ser la porte de leur maison en leur absence afin de récu­pé­rer le tour­ne­vis dont il a un besoin urgent. Le roman peut commen­cer, nous progres­sons dans la maison des voisins de Michael, saisi peu à peu par un senti­ment d’angoisse terrible.

Je m’arrête là, car le roman est construit sur un suspens que je n’ai pas le droit de divul­gâ­cher sans me mettre à dos tous les amateurs du genre qui seront ravis, car c’est vrai­ment bien imaginé. J’ai person­nel­le­ment été plus sensible aux réflexions sur l’écriture. Ce person­nage d’écrivain repor­ter m’a beau­coup inté­res­sée. Faire son métier en utili­sant la vie d’autrui comporte toujours une part de voyeu­risme qui est aussi un des thèmes de ce roman. Mais évidem­ment l’autre centre d’intérêt qui ques­tionne aussi beau­coup notre époque ce sont les consé­quences de la guerre de notre temps qui utilise des drones pour éviter de faire mourir au sol les soldats de la force dominante.

Citations

Une bonne description

Ces hommes qui travaillaient dans des bureaux, et que les costumes ne semblaient jamais quit­ter, même nus.

L’anglais international

Il n’arrivait pas à recon­naître son accent. Ses phrases commen­çaient en Europe puis elles migraient, comme des hiron­delles, survo­laient l’Afrique à mi-chemin du point final.

Les vertus de la mer

La côte n’avait jamais été son décor natu­rel. Et cepen­dant il se réveilla avec la certi­tude que seul l’océan pouvait l’apaiser. La mer semblait assez immense pour répri­mer les angoisses qui le déchi­raient . Assez pure pour lui dessiller les yeux.

Les peurs américaines et la guerre des drones

Las Vegas four­nis­sait à l’Amérique des versions du monde, afin que l’Amérique n’ait pas besoin de s’y aven­tu­rer. D’autres pays, d’autres lieux étaient ainsi simul­ta­né­ment rappro­chés et tenus à distance. Exac­te­ment comme ils l’étaient sur ces écrans qu’il obser­vait à Creech. N’était-ce pas ce qu’ils faisaient égale­ment là-bas, lui et Maria, avec leur tasse à café qui refroi­dis­sait sur l’étagère à côté ? Intro­duire dans l’Amérique une version de la guerre. Une version à la loupe mais à distance, un équi­valent sécu­risé, où ils n’étaient pas obli­gés d’aller eux-mêmes.

20160716_131754Traduit de l’anglais par Hélène Hinfray

3
Je conseille la lecture de ce court témoi­gnage à tous les fans de « Down­ton Abbey ». La quatrième de couver­ture dit que ce récit inspira plusieurs scéna­ristes dont Julian Fellowes (créa­teur de Down­ton Abbey). Mais ne vous atten­dez pas à retrou­ver la série, contrai­re­ment au person­nage de Daisy, Marga­ret Powel est une jeune fille qui a tout de suite eu une conscience aiguë des limites de sa condi­tion. Elle ne fait pas partie de ceux ou celles qui, à l’image de Carson ou de Mme Hughes, s’identifient complè­te­ment à la famille qu’ils servent. Elle cherche par tous les moyens à sortir de sa condi­tion d’aide cuisi­nière et pour cela change le plus souvent possible d’employés. Cela nous vaut une série de portraits des riches familles anglaises hautes en couleurs ! Entre celle où on l’oblige à repas­ser les lacets des chaus­sures, celles où on ne les nour­rit pas assez, celles où on les fait trimer comme des bêtes de somme, tout cela donne une vision bien éloi­gnée de notre chère famille Craw­ley. Une seule famille semble un peu corres­ponde à cet idéal, mais Marga­ret n’y reste pas long­temps car elle veut surtout se marier et ne plus être au service de.. Ce qui donne autant d’énergie à cette toute jeune fille c’est une éduca­tion rude mais très joyeuse au bord de la mer à Hove près de Brigh­ton. Elle y a acquis une vision très juste de la société. Bien sûr le style est très plat mais on ne s’attend pas à plus pour ce témoi­gnage très vivant.
Pour le plai­sir d’entendre sa voix voici un petit film où elle recom­mande de manger du poulet anglais :

Citations

L’importance du dimanche dans sa famille

Enfin, on ne peut pas dire non plus que l’église jouait un grand rôle dans la vie de mes parents. Je crois qu’ils n’avaient pas vrai­ment de temps à consa­crer à ça ; ou plus exac­te­ment ils n’en avaient pas envie. D’ailleurs on était plusieurs dans la famille à ne pas être bapti­sés. N’empêche qu’on devait tous aller au caté­chisme le dimanche. Pas parce que nos parents étaient croyants, mais parce que pendant ce temps-là on n’était pas dans leurs jambes. Le Dimanche après-midi, c’était le moment où il faisait l’amour.

L’école

Mais ce qui était formi­dable à l’école, c’est qu’on devait apprendre. À mon avis, il n’y a rien de plus impor­tant que de savoir lire et écrire et comp­ter. C’est de ces trois choses-là qu’on a besoin si on veut travailler et gagner sa vie. Nous, on nous forçait à apprendre , et je pense que les enfants il faut les forcer. Je ne crois pas aux théo­ries comme quoi « s’ils n’en ont pas envie ça ne leur appor­tera rien ». Bien sûr que ça leur appor­tera quelque chose . Nous, notre maîtresse venait nous donner une bonne gifle quand elle nous voyait bayer aux corneilles. Et croyez-moi, quand on sortait de l’école on sortait avec quelque chose.

L’intérêt des patrons pour leurs domestiques

En fait pendant toute ma vie en condi­tion j’ai constaté que les patrons se souciaient toujours énor­mé­ment de notre bien-être moral. Ils se fichaient pas mal de notre bien-être physique. Pourvu qu’on soit capable de bosser, ça leur était bien égal qu’on ait mal au dos, au ventre ou ailleurs ? Mais tout ce qui avait à voir avec notre mora­lité, ils trou­vaient que ça les regar­dait. C’est ce qu’ils appe­laient « prendre soin des domes­tiques » s’intéresser à ceux d’en bas. Ça ne les déran­geaient pas qu’on fasse de grosses jour­nées, qu’on manque de liberté et qu’on soit mal payé ; du moment qu’on travaillait bien et qu’on savait que c’était le Bon Dieu qui avait tout orga­nisé pour que nous on soit en bas à trimer et qu’eux ils vivent dans le confort et le luxe, ça leur conve­nait parfaitement.

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Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Isabelle Caron. Lu dans le cadre du meilleur des coups de coeur de l’année 2015/​2016 au club de lecture de la média­thèque de Dinard

3
J’ai eu beau­coup de mal à lire ce livre qui utilise un procédé éton­nant et, comme tous les procé­dés, très arti­fi­ciels. Le person­nage prin­ci­pal est souvent en grand danger de mort, en si grand danger que la mort l’emporte … le roman pour­rait alors s’arrêter. Ce serait mécon­naître le pouvoir de l’écrivain qui reprend là où l’histoire s’est mal enga­gée pour la survie d’Ursula . Ce bébé meurt au chapitre un, à la nais­sance car le méde­cin n’a pas pu arri­ver à temps, à cause de la neige. Kate Atkin­son reprend : le méde­cin arrive et Ursula respire.… Puis, elle périra noyée mais en repre­nant le récit là où le danger était si grand que la fin logique était la noyade, elle sera sauvée par un peintre qui peignait une marine de cette si belle côte avec deux enfants jouant sur le rivage.

Bref, de récit en récit, on arrive à connaître parfai­te­ment la Grande Bretagne de 1910 à 1946. Ce roman ne donne pas toutes les clés ni des rela­tions des person­nages entre eux, ni du pour­quoi de leur présence dans des lieux si char­gés histo­ri­que­ment : le lecteur est promené du Blitz dans les caves de Londres, au nid d’aigle aux côtés d’Eva Braun et Hitler. Au début, je me perdais à cause de ce procédé qui crée de multiples retours en arrière et puis je m’y suis habi­tuée. J’ai pensé que c’était comme si l’écrivain vous propo­sait de refaire votre vie autre­ment à chaque fois que la souf­france vous a tota­le­ment submergé. Ursula prend peu à peu conscience qu’elle possède un pouvoir à la fois de prémo­ni­tion et aussi celui d’empêcher la catas­trophe en déviant les forces du destin, il faut pour cela effec­tuer un retour en arrière. Comme je lisais simul­ta­né­ment « La Variante Chilienne  » je trouve que cette cita­tion convient parfai­te­ment à « Une Vie Après l’Autre »

Les « si » sont des carre­fours invi­sibles dont l’importance se mani­feste trop tard.

Pour être plus claire, je prends un exemple : Brid­get la nour­rice et aide cuisi­nière de la famille, toute heureuse de la fin de la guerre 1418 veut aller avec son amou­reux fêter le retour des soldats à la gare de Londres. Dans la première version du roman, elle y attrape le virus de la grippe espa­gnole, elle en mourra mais le trans­met­tra au plus jeune frère d’Ursula. Celle-ci met toutes ses forces pour reve­nir au moment de la prise de déci­sion d’aller à Londres pour empê­cher ce projet dont elle seule connaît les funestes consé­quences. Cela nous vaut trois récit diffé­rents car Brid­get veut abso­lu­ment mettre son projet à exécu­tion, Ursula finira par la préci­pi­ter du haut de l’escalier de la maison. Les consé­quences sont doubles, Brid­get n’ira pas à Londres, personne dans la famille n’aura la grippe espa­gnole. Mais on ferra soigner la petite fille pour trouble mentaux, elle rencon­trera un psychiatre qui sera bien­veillant et qui l’accompagnera une grand partie de son enfance. Je crains qu’en disant cela, vous soyez comme moi dérouté par ce procédé, ce serait alors vous priver d’un roman qui décrit si bien l’Angleterre de cette époque. Je n’ai jamais rien lu d’aussi précis à propos de l’horreur des bombar­de­ments sur Londres pendant la guerre. Et puis, il y a cet humour si britan­nique qui fait telle­ment de bien.

Un livre surpre­nant donc mais qui plaira aux amou­reux de notre chère Grande Bretagne qui vient de choi­sir de quit­ter l’Europe !

Citations

L’éducation sexuelle toute britannique

Sylvie n’avait pas la moindre idée d’où venaient les bébés, elle n’avait guère été plus avan­cée pendant sa nuit de noce. Sa mère, Lottie, avait fait des allu­sions, mais craint de donner des préci­sions anatomiques.Les rela­tions conju­gales entre Hommes et femmes semblaient mysté­rieu­se­ment impli­quer des alouettes prenant leur essor au point du jour.

Des contacts physiques contraires à la bonne éducation britannique

Le bébé emmailloté comme une momie pharao­nique fut enfin remis à Sylvie.Elle caressa douce­ment sa joue de pêche et dit « Bonjour, ma petite » et le Dr Fellowes se détourna afin de ne pas être témoin de démons­tra­tions d’affection aussi sirupeuse.

Les sentiments pour une belle mère

Adelaïde mena­çait de mourir depuis plusieurs années, mais « n’avait jamais tenu sa promesse » disait Sylvie.

Les bienfaits de l’Europe

Ursula était vierge en s’embarquant pour l’Europe, mais ne l’était plus à son retour. Elle pouvait en remer­cier l’Italie. (« Ma foi, si on ne peut pas prendre un amant en Italie, on se demande bien où s’est possible », disait Millie).

Le sens du roman

Et si nous avions la chance de recom­men­cer encore et encore jusqu’à ce que nous finis­sions par ne plus nous trom­per ? Ce ne serait pas merveilleux ?