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Édition Belfond

Traduit de l’an­glais Sarah Tardy

Repéré, d’abord, chez Céline et vu ensuite chez Moka, puis sur d’autres blogs dont j’ai oublié de noter le nom, je me deman­dais si j’al­lais appré­cier cette auteure dont j’avais lu et aimé « L’étrange dispa­ri­tion d’Esme Lennox ». Je partage les avis que j’ai lus, je lui trouve un grand talent, la suite de ces récits où elle creuse son rapport à la mala­die est aussi poignant que triste. Les réflexions qu’elle déteste entendre, je me les suis faites plusieurs fois : comment peut on avoir si peu de chance. Et elle me répon­drait que non elle aurait dû tant de fois mourir qu’elle trouve avoir, fina­le­ment, beau­coup de chance d’être en vie. Si vous ouvrez ce livre, sachez que vous partez pour dix huit récits où la mort a souvent le premier rôle, elle la frôle, la menace ou cherche à atteindre les siens. Chaque récit porte le nom d’une partie du corps qui est alors l’ob­jet du danger mortel. Si vous ne lâchez pas ce livre c’est que tout vient de son style et de de sa façon de racon­ter ce qui lui arrive, par exemple son accou­che­ment : elle doit s’op­po­ser au grand ponte de l’hôpital londo­nien qui méprise les mises en garde de son confrère du pays de Galle, cela sonne telle­ment vrai. Savoir le racon­ter comme cela doit faire du bien à tous ceux et toutes celles qui ont un jour senti ce regard mépri­sant sur leur corps souf­frant. Elle a failli y rester mais elle a survécu et nous le raconte avec talent. Toutes les nouvelles sont inté­res­santes, et pour celles ou ceux qui comme moi n’aime pas trop que les auteurs se racontent sachez que le talent litté­raire vous fera, encore une fois, passer au-delà de tous vos a priori

Citations

C’est tellement vrai mais comment faire ?

Quand vous serez plus grands et que vous sorti­rez, je leur dis, il y aura des fois où quel­qu’un propo­sera quelque chose que l’on ne doit pas faire, et ce sera à vous de prendre la déci­sion de le suivre ou pas. De faire comme le groupe ou de vous oppo­ser à lui. De parler, d’éle­ver la voix, te dire non, je ne pense pas que ce soit bien. Non je ne veux pas faire ça. Non non, je préfère rentrer chez moi.

Je n’aime pas l’avion mais cette expérience me tente :

Passer ainsi de fuseau horaire en fuseau horaire peut vous faire perce­voir le monde avec une luci­dité trou­blante distor­due. Que faut-il blâmer ? L’al­ti­tude, l’inac­ti­vité prolon­gée, le confi­ne­ment physique, le manque de sommeil, où les quatre à la fois ? Se dépla­cer à cette vitesse, à des milliers de pieds au-dessus du sol, dans une cabine d’avion modi­fie votre état d’es­prit. Des choses que vous ne parve­nez pas à expli­quer se résolvent, comme si la bague d’un objec­tif avait été tour­née. Dans vos pensées s’in­si­nue soudain la réponse à des ques­tions qui, depuis long­temps vous tour­men­taient. Tandis que votre regard se pose sur les montagnes d’al­to­stra­tus , éten­dues irréelles, vous vous surpre­nez à penser : Ah, mais bien sûr, et dire que je ne m’en étais jamais aperçu.

Pour moi l’avion c’est ça :

Personne ne voit rien venir, il y a juste un bruit de choc puis le froid qui enva­hit la cabine. Tout à coup, l’avion pique, décroche, tombe comme une pierre d’une falaise. L’ac­cé­lé­ra­tion est inouïe, l’at­trac­tion la vitesse donnent la sensa­tion de se retrou­ver sur le pire manège du monde, de plon­ger dans le néant, de se faire attra­per par les chevilles et tirer vers les abîmes de l’en­fer. La douleur éclôt dans mes oreilles, sur mon visage, tandis que ma cein­ture me lacère les cuisses au moment où nous sommes proje­tés en l’air.
La cabine est secouée comme une boule à neige : des sacs à main, des canettes de jus de fruits, des pommes, des chaus­sures, des sweat-shirt s’élèvent du sol des masques à oxygène se balancent du plafond comme des lianes et des êtres humains sont proje­tés en l’air. Je vois l’en­fant qui était assis de l’autre côté du couloir percu­ter le plafond, pieds en avant, pendant que sa mère voltige dans l’autre direc­tion, cheveux noirs défaits, l’air plus outré qu’a­peuré. Le prêtre assis à côté de moi est lui aussi projeté vers le plafond, hors de son siège, vers son chape­let de perles. Deux nonnes qui ont perdu leurs cornettes volent comme des poupées de chif­fon vers les lumières de l’ap­pa­reil.

La scène avec le grand chef de service de l hôpital est criante de vérité

Les yeux plis­sés, monsieur C. s’est mis à taper sur son bureau avec le bout de son stylo. Puis il a décidé qu’il en avait assez. Il s’est levé et m’a adressé un petit signe de la main avant de lâcher sa réplique de fin :
« Si vous étiez venue me voir en fauteuil roulant, j’au­rais peut-être accepté de vous faire accou­cher par césa­rienne. »
Dire une chose pareille à quel­qu’un était extra­or­di­naire ‑surtout à quel­qu’un qui avait réel­le­ment passé une partie de sa vie en fauteuil roulant. Ce qui m’hor­ri­fiait, ce n’était pas tant son refus de discu­ter ‑sans même parler du refus de m’ac­cor­der une césa­rienne program­mée- , mais plutôt le fait qu’il sous-entende que j’étais une sorte de lâche perfide, qui me mentait pour tenter d’ob­te­nir un accou­che­ment facile. Ça, et sa tenta­tive d’in­ti­mi­da­tion odieuse, et ça effa­rante. Me rendais-je compte que la césa­rienne était un acte chirur­gi­cal lourd ? Pas du tout, je pensais que c’était une prome­nade de santé.
Si je marche aujourd’­hui, je le dois à l’unité de kiné­si­thé­ra­pie ambu­la­toire, et son équipe et aux patient que j’ai rencon­trés là-bas. Le fait qu’il ne m’aient jamais laissé tomber, qu’ils aient cru, contrai­re­ment aux méde­cins, que j’étais capable de bouger, de me dépla­cer, de guérir , a permis que cet espoir devienne réalité. Quand une personne vous affirme que vous êtes capable de faire quelque chose, quand vous voyez qu’elle croit vrai­ment en ce qu’elle dit, la possi­bi­lité que cela se réalise devient tangible.

Les bons conseils, sa fille est gravement allergique et fait des chocs anaphylactique

J’ai appris à hocher la tête avec calme quand les gens me disent qu’ils savent exac­te­ment ce que je ressens parce qu’eux’­mêmes souffrent d’une aller­gie au gluten et se retrouvent avec le ventre gonflé dès qu’ils mangent du pain blanc. J’ai appris à être patiente et diplo­mate quand il me faut expli­quer que, Non, on ne peut pas appor­ter de houmous à la maison. Non, ce n’est pas une bonne idée de lui en donner un tout petit peu juste pour l’ha­bi­tuer. Oui, il faut vous éloi­gner d’elle pour ouvrir si ou ça. Oui, le déjeu­ner que vous avez préparé pour­rait lui être fatal.
J’ai appris à son frère, à l’âge de 6 ans, comment compo­ser le 999 et dire dans le combiné, c’est pour une urgence, un choc anaphy­lac­tique. Ana-phy-lac-tique. Mon fils est entraîné à le pronon­cer. Ma vie avec ma fille comporte un grand nombre de courses effré­nées dans les couloirs des hôpi­taux. Aux urgences, les infir­mières l’ap­pelle par son prénom. Son aller­go­logue nous a répété plusieurs fois qu’elle ne devait être soignée que dans de très bons hôpi­taux.

Traduit de l’an­glais (Écosse) par Aline Azou­lay-Pacvõn.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard. 

Ces deux romans écos­sais se suivent et ont des points communs. Tous les deux retracent le parcours d’en­fants martyrs. Ce roman-ci ne le dit pas immé­dia­te­ment, nous suivons d’abord la vie d’Elea­nor et nous pouvons alors penser qu’il s’agit d’un roman que l’on dit « fell good », le genre est bien repré­senté chez nos amis britan­niques. Cette jeune femme, sans être autiste possède cette qualité ou ce défaut de dire la vérité telle qu’elle lui appa­raît et aussi­tôt qu’il lui semble impor­tant de la dire, c’est à dire tout de suite et surtout, elle n’a aucun des codes qui faci­litent la vie en société. Évidem­ment, cela ne lui apporte pas que des amis. elle vit seule et est enfer­mée dans des manies de vieilles filles. Voilà qu’elle tombe amou­reuse d’un jeune et beau chan­teur et pour ses beaux yeux (les yeux ont une impor­tance que l’on découvre plus tard) sa vie va bascu­ler elle se fait épiler, achète des vête­ments à la mode, va chez le coif­feur.… Sa mère avec qui elle s’en­tre­tient régu­liè­re­ment lui donne de bien curieux conseils et surtout rabaisse sa fille à la moindre occa­sion. Dis comme ça, je n’ima­gine pas que vous ayez envie de lire ce roman. Mais ce n’est que l’ap­pa­rence de ce roman. Derrière cette façade qui va se lézar­der bien vite appa­raît une toute autre histoire, triste à sanglo­ter. C’est très bien raconté et hélas crédible. Les indices de l’autre histoire sont distil­lés peu à peu dans le roman et deviennent au trois quart le cœur même du récit. On comprend alors le drame d’Elea­nor, on voudrait tant faire partie de ceux qui peuvent la conso­ler ces gens dans le récit existent, elle va peu à peu les rencon­trer. J’ai beau­coup appré­cié que ces personnes posi­tives ne soient pas trop idéa­li­sées, elles aussi ont leurs problèmes et leurs imper­fec­tions. On espère aussi qu’elle appren­dra à se proté­ger de la perver­sité et de la méchan­ceté et qu’en­fin, elle saura aller vers des personnes qui ne la détrui­ront plus. Son regard naïf impi­toyable sur les compor­te­ments humains sont souvent très drôles et cela permet d’al­ler au bout des révé­la­tions qu’E­lea­nor avait enfouies au plus loin de son incons­cient. Cela fait si mal parfois de se confron­ter à la réalité. J’ai quelques réserves sur ce roman et pour­tant je l’ai lu très vite, à la relec­ture les indices qui four­millent m’ont un peu gênée. J’ai beau­coup hésité en 3 ou 4 coquillages. Fina­le­ment j’en suis restée à 3 car je préfère le précé­dent sur un thème assez semblable. Aifelle est beau­coup plus posi­tive que moi donc à vous de déci­der.

Citations

Méconnaissance des codes sociaux

Au final, mon projet Pizza s’est révé­lée extrê­me­ment déce­vant. L’homme s’est contenté de me coller une grande boîte en carton dans les mains, de prendre mon enve­loppe, et de l’ou­vrir sans égard pour moi. Je l’ai entendu marmon­ner dans sa barbe « putain de merde » en comp­tant son contenu. J’avais amassé des pièces de 50 pence dans un petit plat en céra­mique, c’était l’oc­ca­sion idéale de les utili­ser. J’en avais glissé une de plus pour lui mais n’ai reçu aucun merci. Gros­sier person­nage.

On connait ce genre de rire

Elle a l’art de se faire rire tout seul, mais personne ne s’amuse beau­coup en sa compa­gnie.

C’est bien vrai !

J’ai remar­qué que la plupart des personnes qui portent des tenues de sport dans la vie de tous les jours sont les moins suscep­tibles de prati­quer une acti­vité athlé­tique.

Toute vérité est-elle bonne à dire ?

-Je peux aller vous cher­cher un verre, a hurlé l’homme essayant de couvrir le morceau suivant… 
-Non merci, ai-je dit Je préfère refu­ser, parce que si j’ac­cep­tais, il faudrait que je vous offre un verre en retour, et je crains de ne pas avoir envie de passer en votre compa­gnie le temps néces­saire à vider deux verres.

Le travail de graphisme

J’ai cru comprendre que les clients étaient souvent inca­pables d’ex­pri­mer leurs besoins et que, au bout du compte, les desi­gners devaient élabo­rer leurs créa­tions à partir des vagues indices qu’ils parve­naient à arti­cu­ler. Après de nombreuses heures de travail effec­tuées par toute une équipe de créa­tifs, le résul­tat était soumis à l’ap­pro­ba­tion du client, qui décla­rer alors. « Non. C’est exac­te­ment ce que je ne veux pas. »

Le proces­sus tortueux devait se répé­ter plusieurs fois avant que le client ou la cliente finissent par se décla­rer satis­fait du résul­tat. À tous les coups, disait Bob, la créa­tion vali­dée était plus ou moins iden­tique à la première œuvre propo­sée, reje­tée d’emblée par le client.

J’ai ri !

Sans doute pour libé­rer des places de parking le créma­to­rium et à un endroit très fréquenté. Je n’étais pas sûre d’avoir envie d’être inci­né­rée. Je préfé­rais l’idée de servir de nour­ri­ture aux animaux du zoo, ce serait à la fois proen­vi­ron­ne­men­tale et une belle surprise pour les grands carni­vores. Je ne savais pas si on pouvait faire cette demande. Je me suis promis d’écrire au WWF pour me rensei­gner.

Traduit de l’an­glais écosse par Céline Schwal­ler 

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

Véri­table coup cœur pour moi que je n’ex­plique pas complè­te­ment. Je vais énumé­rer ce qui m’a plu :

  • J’ai retrouvé l’am­biance des films britan­niques que j’ap­pré­cie tout parti­cu­liè­re­ment au festi­val de Dinard.
  • J’ai adoré les senti­ments qui lient les deux héroïnes, deux sœurs diffé­rentes mais qui s’épaulent pour sortir de la mouise.
  • Je suis certaine que, lors­qu’on va mal, la beauté de la nature est une source d’équi­libre.
  • Les person­nages secon­daires ont une véri­table impor­tance et enri­chissent le récit.
  • La mère va vers une rédemp­tion à laquelle on peut croire.
  • La fin n’est pas un Happy-End total mais rend le récit crédible.
  • Le carac­tère de la petite est drôle et allège le récit qui sinon serait trop glauque.

Voilà entre autre, ce qui m’a plu, évidem­ment la survie dans la nature encore sauvage des High­lands est diffi­cile à imagi­ner, pour cela il faut deux ingré­dients qui sont dans le roman. D’abord un besoin absolu de fuir la ville et ses conforts. Sal l’aî­née en fuyant l’hor­reur abso­lue de sa vie d’en­fant a commis un geste qui ne lui permet plus de vivre chez elle. Il faut aussi que les personnes soit formées à la survie en forêt, et Sal depuis un an étudie toutes tes façons de survivre dans la nature. Malgré ces compé­tences, les deux fillettes auront besoin d’aide et c’est là qu’in­ter­vient Ingrid une femme méde­cin qui a fui l’hu­ma­nité elle aussi, mais pour d’autres raisons. Sa vie est passion­nante et c’est une belle rencontre. C’est diffi­cile à croire, peut-être, mais j’ai accepté ce récit qui est autant un hymne à la nature qu’un espoir dans la vie même quand celle-ci a refusé de vous faire le moindre cadeau.

Les High­lands :

Citations

La maltraitance

J’avais envi­sagé de le racon­ter pour Robert et qu’il comp­tait bien­tôt aller dans la chambre de Peppa aussi qu’il battait m’man et qu’il était saoul et défoncé tout le temps. Mais je savais que la première chose qui se passe­rait serait qu’il se ferait arrê­ter et qu’on nous emmè­ne­rait et qu’on serait séparé parce que c’est ce qui se passait toujours. En plus personne ne croi­rait que m’man n’était pas au courant et on l’ac­cu­se­rait peut-être de maltrai­tance ou de négli­gence et elle irait en prison. J’avais lu des histoires là dessus sur des sites d’in­for­ma­tions, où la mère était condam­née et allait en prison et où le beau-père y allait pour plus long­temps parce que c’était lui qui avait fait tous les trucs horribles comme tuer un bébé ou affa­mer une petite fille, mais il disait que la mère avait laissé faire et elle se faisait coffrer aussi. Ils accusent toujours la mère d’un gamin qui se fait maltrai­ter au frap­per, mais c’est toujours l’homme qui le fait.

L’étude de la survie

Tout en atten­dant à côté du feu éteint d’en­tendre quelque chose j’ai essayé de mettre un plan au point. Les chas­seurs essaient de prévoir la réac­tion de leur proie pour savoir où et quand il les trou­ve­ront, ils savent ce qu’elles cherchent comme de l’eau et de la nour­ri­ture et ils adaptent leur propre compor­te­ment en fonc­tion. Les préda­teurs exploitent les besoins des proies pour essayer de les attra­per quand elles sont les plus vulné­rables comme lors­qu’elles font caca ou se nour­rissent.

La nature

C’était la première fois que je voyais des blai­reaux ailleurs que sur un écran et même s’ils étalent plus gros qu’on aurait pu le croire ils se dépla­çaient en souplesse avec leur dos qui ondu­lait. Les deux plus petits ont commencé à foui­ner dans la neige et les feuilles et l’un d’eux n’ar­rê­tait pas de partir et de reve­nir en courant vers les autres comme s’il voulait jouer. Le gros a humé l’air puis il est parti sur une des pistes qui venait presque droit sur nous. Les deux autres l’ont suivi et tous les trois se sont appro­chés de nous en ondu­lant et la m’man m’a saisi la main et me l’a serrée quand je l’ai regar­dée elle avait la bouche ouverte sur un immense sourire et ses yeux étaient tout écar­quillés et brillant comme si elle n’en reve­nait pas. Comme les trois blai­reaux s’ap­pro­chaient de plus en plus de notre arbre on est resté parfai­te­ment immo­bile. Ils ont conti­nué d’avan­cer et on les enten­dait grat­ter dans la neige et on voyait les poils gris et noir de leur pelage bouger et ondoyer à mesure qu’ils marchaient. À envi­ron quatre mètres de nous le gros s’est arrêté puis il a levé la tête et nous a regardé bien en face. Il nous fixait dans les yeux tandis que les deux autres avaient le nez baissé et conti­nuaient de reni­fler et de grat­ter la terre derrière lui. Ils ont levé les yeux à ce moment là et nous ont fixé tous les trois. J’avais envie de rire parce qu’ils avaient l’air carré­ment surpris avec leurs petites oreilles dres­sées. M’man relâ­chait son souffle très douce­ment. On est restées comme ça pendant que les minutes passaient dans le bois silen­cieux, maman et moi sous un arbre en train de fixer trois blai­reaux.

Traduit de l’an­glais par Ch.Romey et A. Rolet revue et préfa­cée par Isabelle Viéville Degeorges

Ainsi donc Keiha a éprouvé un grand plai­sir de lecture avec ce court roman. Je n’avais jamais rien lu d’Anne Brontë ce qui n’est pas éton­nant puis­qu’elle n’a pas eu beau­coup de temps d’écrire avant de mourir de la tuber­cu­lose, comme trois de ses sœurs . Son frère a préféré mourir de la drogue et sa mère de cancer quand Anne avait 18 mois. Seule Char­lotte survi­vra mais pas très long­temps. Quelle famille et quelle horreur que la tuber­cu­lose !

Ce roman auto­bio­gra­phie raconte le destin d’une jeune fille pauvre et éduquée. Elle a peu de choix même le mariage est compli­qué car elle n’a pas de dot. Elle peut être insti­tu­trice ou gouver­nante. Anne sera gouver­nante et elle raconte très bien ce que repré­sente cet étrange statut dans une riche famille anglaise du 19 siècle. Obli­gée de se faire respec­ter d’en­fants qui méprisent les employés de leurs parents et qui, par jeu ou méchan­ceté, refusent d’ap­prendre. On sent que c’est une mission impos­sible et que les gouver­nante ont bien peu de marge de manœuvre. Mais en lisant ce texte je me disais sans cesse qu’elle avait aussi bien peu d’idées pour inté­res­ser ses élèves en dehors de les obli­ger à se fier à sa bonté et à son savoir. Elle semble fort regret­ter de ne pas pouvoir les frap­per à sa guise. Du moins dans la première famille. Dans la deuxième, elle partage la vie d’une jeune beauté qui veut se marier mais qui aupa­ra­vant exerce ses talents de séduc­trice sur tous les hommes du village dont le jeune vicaire qui a touché le cœur de la gouver­nante. Je suis déso­lée Keisha mais cette romance sous l’au­to­rité et la béné­dic­tion de l’église est d’un ridi­cule achevé. La collec­tion Arle­quin fait dans le hard à côté de cette histoire d’amour. Sans l’ana­lyse du rôle de la gouver­nante dans la bonne société anglaise ce roman n’a aucun inté­rêt mais, il est vrai, que c’est bien le sujet prin­ci­pal du roman. Pour le style, on savoure l’im­par­fait du subjonc­tif et les tour­nures vieillottes. J’ai plus d’une fois été agacée par ce procédé de style dont elle abuse du genre :

Pour ne point abuser de la patience de mes lecteurs, je ne m’éten­drais pas sûr mon départ. .… 
J’avais envie de lui dire, « et bien si, étends-toi ou alors n’en parle pas ! »

Citations

L’éducation britannique

Quelques bonnes tapes sur l’oreille, en de semblables occa­sions, eussent faci­le­ment arrangé les choses ; mais, comme il n’au­rait pas manqué d’al­ler faire quelque histoire à sa mère, qui, avec la foi qu’elle avait dans sa véra­cité (véra­cité dont j’avais déjà pu juger la valeur), n’eût pas manquer d’y croire, je réso­lus de m’abs­te­nir de le frap­per, même dans le cas de légi­time défense. Dans ses plus violents accès de fureur, ma seule ressource était de le jeter sur son dos et de lui tenir les pieds et les mains jusqu’à ce que sa fréné­sie fût calmée. À la diffi­culté de l’empêcher de faire ce qui ne devait pas faire, se joignait celle de le forcer de faire ce qu’il fallait. Il n’y arri­vait souvent de se refu­ser posi­ti­ve­ment à étudier, à répé­ter ses leçons et même à regar­der sur son livre. Là encore, une bonne verge de bouleau eût été d’un bon service ; mais mon pouvoir étant limité, il me fallait faire le meilleur usage possible du peu que j’avais.

Le statut de gouvernante

Je retour­nai pour­tant avec courage à mon œuvre, tâche plus ardue que vous ne pouvez l’ima­gi­ner si jamais vous n’avez été chargé de la direc­tion et de l’ins­truc­tion de ces petits rebelle turbu­lent et malfai­sants, qu’au­cun effort ne peut atta­cher à leur devoir, pendant que vous êtes respon­sable de leur conduite envers des parents qui vous refusent toute auto­rité. Je ne connais pas de situa­tion compa­rable à celle de la pauvre gouver­nante qui, dési­reuse de réus­sir, voit tous ces efforts réduit à néant parce qu’ils sont au-dessus d’elle et injus­te­ment censuré par ceux qui sont au-dessus.

Traduit de l’an­glais Fran­çoise du Sorbier. Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Voici la phrase d’ac­croche de la quatrième de couver­ture

Un petit bijou d’in­tel­li­gence et d’es­prit typi­que­ment british, dans la lignée du « Cercle litté­raire des amateurs d’éplu­chures de patates » et de « la dernière conquête du major Petti­grew »

Tout est dit ! La volonté de la maison d’édi­tion de réali­ser un maxi­mum de ventes ! Un roman qui se lit faci­le­ment (trop sans doute !) des femmes britan­niques coura­geuses, certaine indignes d’autres sublimes et tout cela sur fond de deuxième guerre mondiale. Si comme moi vous savez lu le roman de Mary-Ann Shaf­fer, vous aurez une curieuse impres­sion de « déjà-lu » qui enlè­vera une bonne partie de l’in­té­rêt à cette histoire. Résu­mons : ce petit village anglais voit donc une superbe histoire d’amour, un horrible tyran fami­lial orga­ni­ser un échange de bébés, une femme éner­gique mais un peu stupide se lais­ser corrompre par l’argent, une Miss Marple bis qui résout un enquête un peu sordide, un bombar­de­ment qui tue deux person­nages sympa­thiques, une enfant juive tchèque réfu­giée, et un beau téné­breux qui n’est pas l’homme corrompu que l’on croyait. Nous suivons toutes ces histoires grâce aux cour­riers des unes et des autres ou aux jour­naux intimes qui étaient parait-il en usage pendant la guerre. J’ai bien aimé la construc­tion de la choral et l’évo­ca­tion des cantiques qui ponc­tuent le récit et avec Youtube, on peut les écou­ter tout en conti­nuant la lecture qui ne vous fati­guera pas.

Citation

La couleur du roman

L’en­thou­siasme ouvre toutes les voies, car il les éclaire d’une lumière vive.

Traduit de l’an­glais par Jean-Pierre Aous­tin. Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Traduit de l’anglais par Élodie Leplat. Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.


En juin 2018 , notre club de lecture après une discus­sion mémo­rable avait attri­bué au « Chagrin des vivants » son célèbre « coup de cœur des coups de cœur ». C’est donc avec grand plai­sir que je me suis plon­gée dans cette lecture. Envie et appré­hen­sion, à cause du sujet : je suis toujours boule­ver­sée par la façon dont on a toujours maltraité des êtres faibles, En parti­cu­lier, les malades mentaux. Ce roman se situe dans le Yokshire en 1911, dans un asile que l’auteure a appelé Shars­ton. Cette histoire lui a été inspi­rée par la vie d’un ancêtre qui, à cause de la grande misère qui a sévi en Irlande au début du ving­tième siècle, a vécu dans des insti­tu­tions ressem­blant très fort à cet asile.

Le roman met en scène plusieurs person­nages qui deviennent chacun à leur tour les narra­teurs de cette tragique histoire. Ella, la toute jeune et belle irlan­daise qui n’a rien fait pour se retrou­ver parmi les malades mentaux et qui hurle son déses­poir. Clèm une jeune fille culti­vée qui a des conduites suici­daires et qui tendra la main à Ella. John Mulli­gan qui réduit à la misère a accepté de vivre dans l’asile. Charles Fuller le méde­cin musi­cien qui sera un acteur impor­tant du drame.

Ella et John vont se rencon­trer dans la salle de bal. Car tous les vendre­dis, pour tous les patients que l’on veut « récom­pen­ser » l’hôpital, sous la houlette de Charles Fuller, peuvent danser au son d’un orchestre. Malheu­reu­se­ment pour tous, Charles est un être faible et de plus en plus influencé par les doctrines d’eugénisme.

C’est un des inté­rêts de ce roman, nous sommes au début de ce siècle si terrible pour l’hu­ma­nité et les idées de races infé­rieures ou dégé­né­rées prennent beau­coup de place dans les esprits qui se croient savants : à la suite de Darwin et de la théo­rie de l’évolution pour­quoi ne pas sélec­tion­ner les gens qui pour­ront se repro­duire en amélio­rant la race humaine et stéri­li­ser les autres ? L’auteure a choisi de mettre toutes ces idées dans la person­na­lité ambi­guë et déséqui­li­brée de Charles Fuller, mais on se rend compte que ces idées là étaient large­ment parta­gées par une grande partie de la popu­la­tion britan­nique, elles avaient même les faveurs d’un certain Wins­ton Chur­chill. Il s’en est fallu de peu que la Grandes Bretagne, cinquante ans avant les Nazis n’organise la stéri­li­sa­tion forcée des patients des asiles. On apprend égale­ment que ces patients ne sont pas tous des malades mentaux, ils sont parfois simple­ment pauvres et trouvent dans cet endroit de quoi ne pas mourir de faim. On voit aussi comme pour la jeune Ella, que des femmes pouvaient y être enfer­mées pour des raisons tout à fait futiles. Ella, un jour où la chaleur était insup­por­table dans la fila­ture où elle travaillait a cassé un carreau. Ce geste de révolte a été consi­déré comme un geste dément et son calvaire a commencé. Au lieu de l’envoyer à la police on l’a envoyée chez les « fous ». On retrouve sous la plume de cette auteure, les scènes qui font si peur : comment prou­ver que l’on est sain d’esprit alors que chacune des paroles que l’on prononce est analy­sée sous l’angle de la folie. Et lorsque Ella se révolte sa cause est enten­due, elle est d’abord démente puis violente et enfin dange­reuse.

Le drame peut se nouer main­te­nant tous les ingré­dients sont là. Un amour dans un lieu inter­dit et un méde­cin pervers qui mani­pule des malades ou des êtres sans défense.

J’ai lu ce deuxième roman d’Anna Hope avec un peu moins d’in­té­rêt que son premier. Elle a su, pour­tant, donner vie et une consis­tance à tous les prota­go­nistes de cette histoire, ses aïeux sont quelque part dans toutes les souf­frances de ces êtres bles­sés par la cruauté de la vie. Il faut espé­rer que nos socié­tés savent, aujourd’hui, être plus compa­tis­santes vis à vis des plus dému­nis. Cepen­dant, quand j’entends combien les béné­voles de « ADT quart monde » se battent pour faire comprendre que les pauvres ne sont pas respon­sables de leur misère, j’en doute fort.

Citations

Le mépris des gardiennes pour les femmes enfermées à l’asile

Toute­fois elle voyait bien comment les surveillantes regar­daient les patientes, en rica­nant parfois derrière leurs mains. L’autre jour elle avait entendu l’in­fir­mière irlan­daise qui dégoi­sait avec une autre de sa voix criarde de pie : « Non mais c’est‑y pas que des animaux ? Pire que des animaux. Sales, tu trouves pas ? Mais comment il faut les surveiller tout le temps ? Tu trouves pas ? Dis, tu trouves pas ? »

Les femmes et la maladie mentale

Contrai­re­ment à la musique, il a été démon­tré que la lecture prati­quée avec excès était dange­reuse pour l’es­prit fémi­nin. Cela nous a été ensei­gné lors de notre tout premier cours magis­tral : les cellules mascu­lines sont essen­tiel­le­ment catho­liques – actives éner­giques- tandis que les cellules fémi­nines son anato­miques – desti­nées à conser­ver l’éner­gie et soute­nir la vie. Si un peu de lecture légère ne porte pas à consé­quence, en revanche une dépres­sion nerveuse s’en­suit quand la femme va à l’en­contre de sa nature.

Théorie sur la pauvreté au début du 20e siècle

La société eugé­nique est d’avis que la disette, dans la mesure où elle est incar­née par le paupé­risme (et il n’existe pas d’autres étalon), se limite en grande partie à une classe spéci­fique et dégé­né­rée. Une classe défec­tueuse et dépen­dante connue sous le nom de classe indi­gente.
Le manque d’ini­tia­tive, de contrôle, ainsi que l’ab­sence totale d’une percep­tion juste sont des causes bien plus impor­tantes du paupé­risme que n’im­porte lesquelles des préten­dues causes écono­miques.

Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Denyse Beau­lieu. Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard thème : « en chan­tant ».

Ce roman mérite sa caté­go­rie « roman qui fait du bien » ! Après quelques lectures éprou­vantes où l’on imagine que les êtres humains se résument à des algo­rithmes et à des « datas », voici la descrip­tion d’une commu­nauté de Bridg­ford qui s’op­pose avec intel­li­gence à des projets qui, de façon insi­dieuse suppri­me­raient leur art de vivre. Le centre commer­cial ne sera donc pas construit et le centre ville restera un lieu convi­vial. Mais si ce roman fait tant de bien, ce n’est pas que pour cette raison. En décri­vant les parti­ci­pants à la chorale de Bridg­ford, l’au­teure anime devant nous un échan­tillon repré­sen­ta­tif de la Grande-Bretagne d’au­jourd’­hui, c’est à la fois drôle et telle­ment vrai humai­ne­ment.

Beau­coup de person­nages sont complexes et sympa­thiques et Gill Hornby sait nous les rendre très atta­chants. Tous ceux et toutes celles qui ont parti­cipé à une chorale se retrou­ve­ront dans ce roman, les petites vache­ries des sopranes, les blagues des basses .… Mais il y a aussi ce talent si parti­cu­lier à l’An­gle­terre où le chant fait davan­tage partie de leur quoti­dien qu’en France. Nous allons donc parta­ger la vie d’An­nie qui ne se réalise qu’en offrant sa vie aux autres, elle va mettre beau­coup d’éner­gie pour que la chorale de Brig­ford ne dispa­raisse pas malgré le grave acci­dent dont a été victime la chef de chœur. Cela pour­rait être une cari­ca­ture de dame patron­nesse, car elle oublie quelque peu sa propre famille aux profits de ses bonnes actions. mais elle reste lucide et son enga­ge­ment auprès des autres n’est pas qu’une façade, et il est souvent couronné de succès. Il y a aussi Tracey qui visi­ble­ment cache un secret et passe son temps à proté­ger son fils Billy qui ne fait pas grand chose de sa vie, elle devien­dra grâce à Annie un pilier de la chorale et inves­tira son éner­gie au service de la petite commu­nauté. Il y a aussi, Bennett, mon préféré. Il part de loin celui-là ! Cadre dyna­mique au chômage, il doit faire face à la soli­tude puisque son épouse Sue a décidé de le quit­ter, et à une remise en cause de ses habi­tudes. Il va évoluer vers un Ben inven­tif et auda­cieux qui me plaît beau­coup. Evidem­ment la fin est heureuse et peut être trop idyl­lique, mais j’avais telle­ment besoin de croire en la soli­da­rité humaine que j’ai tout accepté. Si vous aimez chan­ter dans une chorale, si vous aimez les petites villes anglaises, si vous avez besoin de vous faire du bien lisez « All Toge­ther Now », et munis­sez vous d’un appa­reil pour écou­ter en même temps que votre lecture tous les chants dont il est ques­tion dans ce roman.

et voici la chan­son dont est tiré la cita­tion qui commence le roman

Citations

Les couples divorcés

Tous les couples en plein divorce se ressem­blaient : ils ne pouvaient pas vivre ensemble, mais chacun n’ar­rê­tait pas de parler de l’autre. Alors que le nom de James, avec qui Annie vivait un bonheur tran­quille depuis trente ans, n’était prati­que­ment jamais mentionné dans ce café. Sue préten­dait qu’elle avait quitté Bennett parce qu’il était trop ennuyeux : main­te­nant, c’était elle qui deve­nait ennuyeuse à force de rado­ter sur Bennett.

Tout change même la religion

Vingt-cinq ans aupa­ra­vant, avant que Bennett ne se mure dans sa vie de labeur, Dieu était pour lui une espèce d’an­cien mili­taire, mi-seigneur, mi-père de famille. Il était au ciel, et tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. De nos jours, appa­rem­ment, il s’était fait voler la vedette par Jésus, qui avait d’ailleurs énor­mé­ment changé entre-temps, lui aussi. Les choristes avaient passé la moitié de la messe à chan­ter qu’il était beau, qu’il était gentil, et qu’il était dans leurs cœurs.

L’horrible prof de piano local

Mme Coles était la prof de piano local : on lui attri­buait l’anéan­tis­se­ment de toute voca­tion musi­cale sur plusieurs géné­ra­tions à Brid­ge­ford.

Les ragots de choral.

C’était la plus jeune des altos, dans la tren­taine avan­cée – par rapport aux autres, elle était quasi­ment en mater­nelle – et pour autant qu’on sache, elle n’était pas parti­cu­liè­re­ment mélo­mane. Mais elle ne ratait jamais un mardi de chorale, ni d’ailleurs aucune des classes et réunions locales auxquelles elle assis­tait tous les soirs et presque tous les week-ends, dès massages indiens au brico­lage. Plutôt qu’une touche-à-tout, on accor­dait à penser qu’elle était esseu­lée cher­chant l’âme sœur. Ce qui était évidem­ment assez sexiste et passa­ble­ment médi­sant, mais ça c’était typique des soprano de Brid­ge­ford, assez sexiste et médi­santes.
– Dommage qu’elle n’ait pas de soirée libre pour les Weight Watchers.

Bennett le père de famille au chômage

« tu veux repar­tir de zéro . On comprend très bien , tous les trois » , alors que de toute sa vie il n’avait jamais rêvé de repar­tir de zéro . L’idée même de repar­tir de zéro lui faisait horreur . Chaque fois que ça chan­geait – même si s’agis­sait d’un chan­ge­ment mineur ou néces­saire-il en avait éprouvé Une profonde douleur psychique . À ce jour , il n’était pas tout à fait certains de cette remis du choc d’avoir quitté l’école primaire .
les toasts brûlaient . Il est fit il glis­ser sur une assiette , noirs d’un côté , blancs de l’autre lors­qu’on faisait la moyenne ça donnait un brun doré. Parfait.

Billy, il passe ses journées à ne rien faire, il décide de partir faire de l’humanitaire en Afrique.

Cela dit, bien­tôt, ça ne serait plus son problème, mais celui de l’Afrique. Pauvre Afrique… La séche­resse, la famille, et main­te­nant, son fils Billy Leck­ford. C’était, comme on le répé­tait si souvent, un conti­nent magni­fique mais maudit.

Définition d’un chœur

Un chan­teur, c’est un chan­teur ; plusieurs chan­teurs, ce sont plusieurs chan­teurs ; idem pour un groupe de chan­teurs. Mais un chœur ‑un chœur qui vit, qui respire, qui fonc­tionne, c’est tout à fait autre chose : le résul­tat singu­lier d’une réac­tion physique qui ne peut surve­nir que dans certaines condi­tions de labo­ra­toire, condi­tions qu’au­cun scien­ti­fique sur terre ne serais capable d’énu­mé­rer. En géné­ral, pour qu’un chœur soit bon, il faut qu’il ait un bon chef de chœur ‑comme Tracey Leck­ford qui, devant eux s’aban­don­nait à la musique.

Quand une chorale réussit sa prestation

Cette inter­pré­ta­tion eut un effet extra­or­di­naire sur chacun des choristes. Au début, les spec­ta­teurs instal­lés dans leurs sièges en velours rouges n’avaient vu en eux que ce qu’ils étaient : un rassem­ble­ment hété­ro­clite de chan­teurs amateurs de toutes les géné­ra­tions et de tous les milieux sociaux qui n’avaient rien en commun, à part la musique, leur lieu de rési­dence et l’en­vie de passer un bon moment. Mais presque aussi­tôt, le pouvoir trans­for­ma­teur de la voix humaine accom­plit son miracle. À la fois pour eux-mêmes, et pour leur spec­ta­teurs émus, il devint quelque chose de toute autre. Pendant dix magni­fiques minutes, ils sortirent d’eux mêmes, leurs âmes se joignirent et s’en­vo­lèrent. Lors­qu’il revinrent enfin sur terre, les accla­ma­tions du public les remuèrent jusqu’au fond du cœur.

Traduit de l’an­glais par Marie-Odile Fortier-Mazek. Roman inscrit au « Coup de cœur des coups de cœur » année 2017/​2018 de la média­thèque de Dinard.

Si ce roman parti­cipe à notre « fameux » chal­lenge du mois de juin, c’est qu’il a déjà reçu un coup de cœur de notre club de lecture. Il m’avait échappé et je suis ravie de rattra­per mon retard. Si, pour ma photo, je l’ai asso­cié à la célèbre série « Down­ton Abbey », c’est que ce roman se situe exac­te­ment dans cette lignée. Nous sommes avec une jeune bonne de 20 ans, Jane, qui béné­fi­cie du seul jour de congé de l’an­née : dans ces années-là , les riches familles de l’aris­to­cra­tie donnait un jour à leurs domes­tiques pour qu’ils aillent voir leur mère. Ce 30 mars 1924, il fait un temps superbe et avant de partir en pique-nique, la famille Niven, s’in­quiète de ce que fera Jane de cette jour­née de liberté puis­qu’elle est orphe­line. Comme le goût de le lecture est accepté, voire encou­ragé par ses employeurs, Jane sait déjà à quoi elle va passer son temps. Un coup de télé­phone va boule­ver­ser ses projets, son amant le jeune Paul Shering­man, un voisin d’une très bonne famille lui donne rendez-vous, chez lui. Ils pour­ront pour une fois béné­fi­cier de la maison seuls sans se cacher. Il doit dans une quin­zaine de jours se marier à une jeune fille de la même condi­tion que lui. Commence alors la descrip­tion de « la » jour­née excep­tion­nelle pour Jane. Elle profite déli­cieu­se­ment de ce rapport amou­reux et elle enfouit, à jamais, en elle le secret de cette rela­tion.

Graham Swift sait, avec un talent tout en déli­ca­tesse, nous faire revivre cette jour­née et comprendre les rela­tions des diffe­rentes classes sociales brtan­niques. Peut être aidés par la fameuse série télé­vi­sée, nous savons à quel point ces deux mondes : celui des servi­teurs et celui des aris­to­crates étaient tota­le­ment sépa­rés même si ces gens se côtoyaient tous les jours. Jane n’a aucu­ne­ment l’in­ten­tion de possé­der le moindre pouvoir sur Paul. Et pour­tant, grâce à l’acte amou­reux, elle sait qu’un moment dans sa vie, elle a été l’égale de Paul. L’au­teur sait rendre ce moment à la fois très érotique et chargé de la diffé­rence sociale, sans juger aucun des deux person­nages. C’est un très beau moment de litté­ra­ture. De plus, il projette Jane dans un futur plein de vie puisque, de ce jour si parti­cu­lier, il en fait le déclen­cheur de sa voca­tion d’écri­vaine.

Citations

Angleterre 1924 : le dimanche des mères

Étrange coutume que ce dimanche des mères en pers­pec­tive, un rituel sur son déclin, mais les Niven et les Sherin­gham y tenaient encore, comme tout le monde d’ailleurs, du moins dans le buco­lique Berk­shire, et cela pour une même et triste raison : la nostal­gie du passé. Ainsi, les Niven et les Sherin­gham tenaient-il sans doute encore plus les uns aux autres qu’au­tre­fois, comme s’ils s’étaient fondus en une seule et même famille déci­mée.

Les rapports maître domestique Grande Bretagne 1924

« Mais bien sûr que vous avez ma permis­sion. Jane. » avait dit Mr Niven en insé­rant sa serviette dans son rond en argent. Lui deman­de­rait-il où elle voulait aller.
« La Deuxième Bicy­clette est à votre dispo­si­tion et vous avez ‑hum- deux shil­lings et six pence en poche. Tout le comté s’offre à vous. Tant que vous reve­nez.
Puis, comme s’il enviait vague­ment la grande liberté qu’il venait de lui accor­der, il avait ajouté : « C’est votre jour de congé, Jane. À vous ‑hum- d’en user à votre conve­nance. »
Il savait, à présent, qu’une phrase comme celle-là ne lui passe­rait pas au-dessus de la tête ‑peut-être même fallait-il y voir un discret hommage pour la lecture.

L’Angleterre et les deuils de la guerre 14 18

Elle ne savait pas, fût-ce en ce dimanche des mères, ce que cela devait être pour une mère de perdre deux fils en l’es­pace de deux mois, semblait-il. Ni ce que cette mère pouvait ressen­tir en pareil dimanche. Ni l’un ni l’autre ne revien­drait à la maison nous offrir un petit bouquet ou des gâteaux aux raisins et aux amandes, n’est-ce pas ?

S’habiller chez les riches

De toute façon, dans leur milieu, s’ha­biller n’avait jamais été réduit à une simple pratique consis­tant à se nipper vite fait, on y voyait, au contraire, un assem­blage solen­nel 

Le charme est rompu son amant doit rejoindre sa fiancée

Il retira la ciga­rette de sa bouche et la tint, tout droite , sur son propre à ventre.
« Je dois la retrou­ver à une heure et demie. Au Swann Hôtel à Bolling­ford. »
Bien qu’il n’eût pas bougé, ce fut comme s’il avait rompu le charme. Et quoi qu’il en fût, elle n’avait pas pu manquer de le prévoir. Même si elle s’ima­gi­nait que par quelque magique exemp­tion elle échap­pe­rait à « ce passage obligé » . Et le reste de la jour­née ? Une partie de celle-ci ne pouvait ‑nest-ce pas ?- durer éter­nel­le­ment. Un frag­ment de vie ne saurait consti­tuer sa tota­lité.
Elle ne bougea pas mais, en son for inté­rieur, peut-être s’était-elle adap­tée à la situa­tion. Comme si elle portait à nouveau des vête­ments invi­sibles et rede­ve­nait même une bonne. 

Les dernières phrases du roman

Mais assez de bara­tin, de ces ques­tions pièges des inter­views. Et en quoi cela consis­tait-il, de dire la vérité ? Il fallait toujours leur expli­quer jusqu’à l’ex­pli­ca­tion ! Et toute femme écri­vain digne de ce nom les dupe­rait, les taqui­ne­rait , les mène­rait en bateau. N’était-ce pas évident, non d’une pipe ? Cela reve­nait à être fidèle à l’es­sence même de la vie. Cela reve­nait à capter, c’est impos­sible que ce fût, la sensa­tion d’être en vie. Cela repre­nait à trou­ver un langage. Il en découle est-ce que dans la vie beau­coup de choses dirai oh ! Bien davan­tage que nous ne l’ima­gine non ! Ne saurait, en aucune façon, s’ex­pli­quer point.

Traduit de l’an­glais par Jean Esch.


J’avais appré­cié avec quelques réserves « Minia­tu­riste », je n’ai donc pas hésité à me plon­ger dans son nouveau roman. Cette auteure sait capti­ver son lecto­rat. Et je m’en voudrais de vous dévoi­ler tous les ressorts de l’in­trigue. Tout tourne autour d’un tableau qui a été peint en Espagne au début de la guerre civile. L’in­trigue roma­nesque se passe en deux lieux et en deux temps. En Grande-Bretagne en 1957, dans la gale­rie d’art Skel­ton diri­gée par un certain Edmund Reed et une Femme Marjo­rie Quick, notre appren­tie écri­vaine Odelle Bastien vient se présen­ter pour un poste de dactylo. Elle est origi­naire des Caraïbes et dans l’An­gle­terre de ces années-là, on sent très bien le rejet des « gens de couleurs ».

L’autre moment se passe en Espagne à côté de Malaga, une famille germano-britan­nique vit là pour aider Sarah Schloss, épouse d’Ha­rold négo­cia­teur d’œuvres d’art, à sortir de sa dépres­sion. Leur fille Olive peint mais en cachette de son père qui, elle en est certaine, n’ap­pré­cie­rait pas les tableaux d’une femme et encore moins de sa fille. La famille est aidée par Izaac et Teresa Robles, deux jeunes espa­gnols origi­naires du village. On assiste au début des violences qui amène­ront la guerre civile espa­gnole et à une passion à la fois pour la pein­ture et l’amour char­nel. La jeune Olive est une grande artiste qui aime­rait tant que son père ne la regarde plus comme une jeune fille dilet­tante de la bonne société. La guerre en Espagne puis le sort des juifs vont complè­te­ment battre les cartes de façon telle que personne ne puisse s’y retrou­ver. En 1957, le jeune Lawrie Scott vient dans la gale­rie où travaille Odelle faire évaluer le tableau qui a de tout temps accom­pa­gné sa mère : « les filles au Lion » , Odelle qui commen­çait à s’adap­ter à la vie londo­nienne, ne s’at­ten­dait pas à la violence de la réac­tion de sa patronne Marjo­rie Quick. Il faudra les 500 pages du roman pour que tous les fils se dénouent.

Jessie Burton est vrai­ment maître des intrigues et nous les suivons avec inté­rêt car elle sait mettre en toile de fond la réalité histo­rique et elle raconte très bien. Et pour­tant… encore une fois, j’ai quelques réserves peu parta­gées par la blogo­sphère. J’ai lu ce roman avec beau­coup d’at­ten­tion , on ne peut pas faire autre­ment qu’être atten­tive car sinon on perd vite le fil. Je devrais savoir gré à Jessie Burton de cela. Mais voilà, je me suis aussi sentie prison­nière de cette intrigue et j’avais plus envie de finir ma lecture que de la retrou­ver les person­nages tous les soirs et rester rêver avec eux . Pour moi, elle en fait trop. C’est comme un filet qui nous enserre, je perds ma liberté quand je la lis. Je pense que cette auteure ne me convient pas tout à fait , heureu­se­ment elle a beau­coup d’ad­mi­ra­trices parmi les blogs que j’ap­pré­cie donc vous pour­rez lire des avis enthou­siastes qui me contre­disent.

Citations

Description de Londres

Je deve­nais une obser­va­trice expé­ri­menté des pous­sées irré­gu­lières et des cica­trices de l’ha­bi­tat londo­nien. Les codes postaux, la brique, rosier ou pas, le décrot­toir, la hauteur du perron ou son absence consti­tuaient un langage que j’avais appris. Vous ne pouviez pas vivre ici sans remar­quer les diffé­rences entre les rues où régnaient la paix ou le chaos, un chien galeux vautré près du cani­veau, des enfants en haillons, une haie de buis bien taillée, un rideau soulevé qui dansait. À Londres il exis­tait de nombreuses façons de vivre, mais peu de façon de chan­ger de vie.

La création féminine en peinture 1936

Sais-tu combien d’ar­tistes vend mon père ? Vingt six, la dernière fois que j’ai compté. Sais-tu combien il y a de femmes parmi eux ? Aucune. Pas une seule. Les femmes en sont inca­pables, figure-toi. Elles n’ont pas de vision. Pour­tant si je ne m’abuse, elles ont des yeux, des mains, un cœur et une âme.

Racisme ordinaire en 1957

Elle ne connais­sait pas d’autres gens de couleur, m’a-t-elle confié le jeudi de cette première semaine. Quand je lui ai répondu que je n’en connais­sais pas non plus, en tout cas pas sous ce nom, elle m’a regardé avec une expres­sion d’un vide abys­sal.

Un portrait bien croqué

À vingt et un ans, Pat Rudge était la dernière descen­dante d’une longue lignée d’ha­bi­tants de l’East End. Une chou­croute laquée tenait en équi­libre sur sa tête et elle avait assez de khôl autour des yeux pour maquiller cinq pharaons.

Le cinéma français vu par un Anglais

» Vous préfé­rez peut-être aller voir un de ces films fran­çais où les gens n’ar­rêtent pas d’en­trer, de sortir et de se regar­der ? »