Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thè­que de Dinard. Traduit de l’anglais par Claire Desser­rey

Les écri­vains ont, à chaque époque, leur façon de se racon­ter. Au XVIIe siècle, on n’avait peu l’habitude de se répan­dre en confi­den­ces sur sa vie privée, surtout pour un philo­so­phe. Même Montai­gne au XVIe n’a écrit sur lui-​même que pour nous faire compren­dre qu’il « portait en lui l’humaine condi­tion » et donc nous ne connais­sons rien, ou pres­que, de ses amours ancil­lai­res ou autres ! On sait peu de choses sur une petite Fran­cine, enfant d’une servante en place à Amster­dam chez le libraire qui accueillera Descar­tes, elle est née en juillet 1635 et morte en 1640. La servante, sa mère, savait écrire et Descar­tes écri­vit lors de la mort de l’enfant qu’il avait connu « le plus grand regret qu’il eût jamais senti de sa vie ». Voilà les source sûres qui donnent corps à ce roman « histo­ri­que ».

L’auteure du XXIe Siècle, cher­che à donner vie à cette Héléna que Descar­tes aurait séduite et avec qui il a eu une enfant.C’est parti­cu­liè­re­ment compli­qué pour l’auteure, Gene­vre Glas­furd, car elle a bien du mal à imagi­ner les senti­ments et les réflexions d’une femme de cette époque. Le fait que cette servante sache lire et écrire suffit-​il pour l’imaginer indé­pen­dante et libé­rée des carcans de son époque ? Ce ne sont là que des hypo­thè­ses qui ne sont guère convain­can­tes, d’ailleurs on sent que l’écrivaine, par soucis de vérité sans doute, ne sait pas trop quel parti pren­dre : Héléna est à la fois très reli­gieuse et éprise de liberté.

Cette histoire d’amour entre une servante protes­tante et un grand écri­vain fran­çais catho­li­que dont on sait histo­ri­que­ment que peu de chose, prend trop de place dans le roman. La descrip­tion des diffi­cul­tés pour écrire libre­ment un livre de philo­so­phie dans des pays domi­nés par un pouvoir reli­gieux obscu­ran­tiste est beau­coup plus inté­res­sante. Et puis, comme dans tout roman histo­ri­que, le fait d’amener le lecteur à vivre dans une société du temps passé, nous fait décou­vrir une autre époque et d’autres lieux mais j’étais mal à l’aise parce que je sentais bien que l’auteure voulait donner une forte person­na­lité à une jeune femme dont on sait si peu de choses, même si le fait de savoir lire et écrire était peu banal, cela n’en fait pour autant la « femen » du XVIIe.

Lisez l’avis de Dasola qui a aimé cette lecture et qui souli­gne la qualité d’écriture de cette écri­vaine à laquelle je n’ai pas vrai­ment été sensi­ble. Même si ce roman se lit faci­le­ment.

Citations

L’importance des écrits pour Descartes

Qu’est ce qu’un livre ? Les élucu­bra­tions de mon cerveau. Des mots, écrits à la plume avant d’être impri­més. Des pages, assem­blées et reliées, diffu­sées. Lorsqu’il paraît, un livre est une chose incroya­ble, il a de la la force, des consé­quen­ces. Il peut remet­tre en cause d’anciens dogmes, désar­çon­ner les prêtres les plus convain­cus, mettre à bas des systè­mes de pensée.

Ambiance de l’époque en Hollande

Nous passons devant le marché aux pois­sons et l’église Pieters­kerk ; un homme a été mis au pilori, pieds nus et sans manteau, avec à côté de lui un écri­teau où l’on peut lire : FORNICATEUR.

20161115_181631Traduit de l’anglais par Olivier DEPARIS.

3Roman très « British » prêté par ma voisine qui adore nos « grands voisins », en me le lais­sant elle m’a dit : « Il faut lire ce roman pour compren­dre le Brexit ». Pendant toute la lecture je me suis demandé pour­quoi elle m’avait dit cela, en vérité je ne le sais toujours pas, mais je peux assu­rer que c’est une plon­gée au cœur de la société britan­ni­que et le moins qu’on puisse dire, c’est que malgré l’aspect saty­ri­que et l’humour de l’auteur ce n’est guère réjouis­sant. La trame narra­tive suit de destin d’un certain Brian Marley, profes­seur d’anglais langue étran­gère dans une école pour étran­gers comme il y en a tant à Londres.

Divorcé et père d’un jeune enfant, sa vie est morose malgré sa rencon­tre avec la jeune étudiante Consuela dont il est amou­reux, alors pour s’enrichir de 2 millions de livres, il accepte de partir en Papoua­sie, Nouvelle Guinée au milieu de la jungle et être le survi­vant d’une aven­ture filmée par une équipe de la BBC animant une émis­sion dite de » télé-​réalité » . Alors que l’avant dernier candi­dat, au bord de la folie, doit être évacué et que Brian est donc en passe de deve­nir million­naire, un acci­dent d’hélicoptère le laisse seul dans une île déserte couverte d’une jungle très hostile à la présence humaine. La descrip­tion de l’équipe des jeux télé­vi­sés est hélas trop proche de la réalité, leur envie de faire de l’audience n’est frei­née par aucune consi­dé­ra­tion humaine. Sommes-​nous loin de la réalité ? même la mort d’un candi­dat n’a pas empê­ché un jeu télé­visé de repren­dre, et des héli­co­ptè­res qui s’écrasent lors d’une émis­sion de télé-​réalité cela me rappelle quel­que chose.… Mais contre toute attente Brian va survi­vre, parce que cette île n’est pas vierge , il doit sa survie à un groupe d’Anglais victime d’un acci­dent d’avion dans les années 50.

Ensem­ble ils vont réus­sir à rejoin­dre leur chère Patrie : le Royaume Uni . James Hawes peut ainsi mener une charge au vitriol contre les anima­teurs de Télé-​réalité , rien de bien neuf mais c’est bien raconté. Mais comme nous nous retrou­vons avec des Anglais typi­ques nous avons aussi le droit à une charge, non moins sévère, contre la soi disant gran­deur de l’empire britan­ni­que colo­nia­liste. Entre la vulga­rité de ceux qui gagnent de l’argent trop faci­le­ment et qui passent leur temps à mépri­ser la pauvreté et le retour aux valeurs tradi­tion­nel­les de la grande Breta­gne portées par un parti conser­va­teur le pauvre Brian Marley a peu de chance de trou­ver un quel­con­que bonheur surtout qu’il n’arrive pas à choi­sir entre sa mère, Consuela et George la jeune femme qu’il a rame­née de son île.

Roman qui brasse donc des aspects fort désa­gréa­bles de notre société mais qui est un peu touffu et je dois avouer que j’en ai accé­léré la lecture quand ils sont reve­nus en Angle­terre. Je savais qu’on ne pouvait pas s’attendre à ce que ce pauvre Bob Marley réus­sisse enfin à pren­dre sa vie en mains. Pour mener à bien sa satyre, l’auteur a besoin d’un person­nage un peu creux que les événe­ments vont ballot­ter à leur guise et qui a souvent le don de m’ennuyer.

Citations

La télé-​réalité

Ils (les concur­rents) avaient tous finis par être évacués dans un état d’effondrement mental et physi­que total (de grands moments de télé­vi­sion !)

Vision de l’Europe vu de la Grande Bretagne

Les Alle­mands aiment les Irlan­dais parce que c’est le seul pays qui ne ressort pas les vieux dossiers qui fâchent à chaque fois que les Alle­mands en ont marre de tout payer ; quant aux Fran­çais, ils aiment les Irlan­dais parce qu’ils pensent qu’aimer les Irlan­dais nous dérange, nous.

Humour à propos de Noël vu du mois de janvier

Noël, à présent, n’est plus qu’une méchante ombre sur la balance de la salle de bains et sur l’encours de la carte de crédit.

Réaction émotive anglaise

- Ah !
– Ah ! comme tu dis. La seule vraie réac­tion anglaise face à n’importe quelle émotion.

Les Anglais vus par un général vénézuélien

Il savait que les Anglais se compor­taient comme des Anglais parce qu’ils se l’imposaient et qu’au fond d’eux c’étaient des fous furieux qui n’aspiraient qu’à terro­ri­ser la planète. Avant de deve­nir des Anglais, ils avaient été des pira­tes et des barba­res. A présent, c’étaient des pira­tes et des barba­res bien élevés et en costume de laine.

La célébrité et la télévision

Tous les gens impor­tants passent à la télé, et les gens finis­sent par croire que ça marche aussi dans l’autre sens, que si on passe à la télé, c’est qu’on est quelqu’un d’important.

20161107_111041Traduit de l’anglais par Élodie LEPLAT. Lu grâce au club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Notre Club s’est donné une tradi­tion pour clore ses lectu­res. Au mois de juin, nous élisons « notre coup de cœur des coups de cœur », pour cela, la ving­taine des parti­ci­pants – remar­quez le mascu­lin, cette année deux hommes nous ont rejoin­tes !) doivent lire les dix livres en lice pour pouvoir parti­ci­per au vote autour d’agapes faites maison. « Le chagrin des vivants » avait connu un tel succès que je n’avais pas pu le lire l’an dernier , et depuis il est toujours sorti de la média­thè­que. Comme je comprends son succès ! je pense que ce roman va être un concur­rent sérieux pour notre prix en juin 2017.

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Le roman se déroule essen­tiel­le­ment à Londres, sur cinq jours, du 7 novem­bre 1920 au 11 novem­bre où toute cette grande ville et tout le pays lui-​même se souvien­dra de ceux qui sont morts pendant la guerre 14 – 18 sur le sol de France. Nous suivons égale­ment la dépouille du « combat­tant inconnu » qui sera inhumé à West­mins­ter. Le début du roman est un peu compli­qué, car c’est un roman choral, nous suivons le destin d’Hettie une jeune fille d’origine très modeste, de 19 ans qui veut danser et vivre à tout prix alors que son frère mort vivant n’arrive pas à retrou­ver le goût de la vie après son retour du front. Puis à Evelyn d’origine aris­to­crate qui a travaillé dans une usine d’armement pendant la guerre pour oublier la mort de son fiancé, et se sent deve­nir une vieille fille acariâ­tre et enfin à Ada dont le fils est mort à Albert avant d’envoyer cette carte postale de l’église tris­te­ment célè­bre à sa mère.

066_001À partir de ces quatre femmes dont les destins se croi­sent, l’après guerre à Londres se dessine devant nos yeux de lecteur encore surpris de tant d’horreurs. Est-​ce qu’il faut atten­dre 100 ans pour que tout soit dit sur une guerre ? J’ai beau­coup lu sur celle-​ci, mais évidem­ment du côté fran­çais, il me semble qu’en France on a mieux traité les anciens combat­tants qu’en Grande Breta­gne. Les hommes muti­lés sont réduits à la mendi­cité. J’aimerais en savoir plus sur ce sujet mais déjà, dans la célè­bre série Down­ton Abbey, on voit que les anciens soldats ont besoin de la charité publi­que pour se nour­rir. La force du roman vient de ce que peu à peu comme beau­coup de Londo­niens nous sommes atti­rés par la céré­mo­nie du 11 novem­bre 1920 où beau­coup de Britan­ni­ques, dont nos quatre person­na­ges, trou­ve­ront dans cette céré­mo­nie en l’honneur du « combat­tant inconnu » un peu de conso­la­tion pour des maux si multi­ples et si profonds que rien ne semblait pouvoir les apai­ser. L’auteure a très bien rendu compte de la variété des destins bras­sés dans un même creu­set, celui de la guerre qui a tué, mutilé, ravagé une géné­ra­tion d’hommes jeunes et donc par voies de consé­quen­ces de leurs proches.

Citations

Les souffrances d’une mère

L’automne vint, les jour­nées commen­çaient à raccour­cir, la conscrip­tion à s’imposer. Alors elle commença à prier, ce qu’elle n’avait pas fait depuis des années. Elle priait égoïs­te­ment, déses­pé­ré­ment, pour elle, pour Michael, pour que la guerre s’arrête à sa porte. Elle igno­rait à qui elle adres­sait ces priè­res, elle igno­rait qui était le plus puis­sant : un Dieu distant, qui écou­tait ou pas ; la guerre affa­mée elle-​même, qui gron­dait sur leur seuil.

Ceux qui sont revenus

Pour­quoi ne peut-​il pas passer à autre chose ?

Pas seule­ment lui. Tous autant qu’ils sont. Tous les anciens soldats qui font la manche dans la rue, une plan­che accro­chée autour du cou. Tous vous rappel­lent un événe­ment que vous voudriez oublier. Ça a suffi­sam­ment duré. Elle a grandi sous cette ombre pareille à une grande chose tapie qui lessive la vie de toute couleur et toute joie.
La guerre est termi­née, pour­quoi ne peuvent-​ils donc pas tous passer à autre chose, bon sang ?

Payer pour une inscription sur les tombes des soldats morts en France

Ils m’ont demandé quelle inscrip­tion mettre sur la tombe. C’était six pence la lettre, rien que ça. On aurait pu croire qu’ils paye­raient pour ça non ?

Qui a gagné la guerre

L’Angleterre n’a pas gagné cette guerre. Et l’Allemagne ne l’aurait pas gagnée non plus

- Qu’est ce que tu veux dire ?
– C’est la guerre qui gagne. Et elle conti­nue à gagner, encore et toujours.

20160914_104257-1Traduc­tion de l’anglais par Pierre CLINQUART entiè­re­ment revue et corri­gée

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Je suppose que cette remar­que « entiè­re­ment revue et corri­gée » veut dire qu’il existe une première traduc­tion un peu moins fidèle au texte ? Je suis restée quel­ques jours en compa­gnie d’un groupe de lapins diri­gés par Hazel, un chef par qui beau­coup de grou­pes humains aime­raient être eux-​mêmes guidés : il est intel­li­gent, éprouve de la compas­sion et est ouvert à tous les conseils qui peuvent aider sa petite meute de lapin à survi­vre dans un milieu qui ne veut que leur destruc­tion. Merci Keisha, ton enthou­siasme est commu­ni­ca­tif et je comprends d’autant mieux ton plai­sir qu’enfant, tu avais déjà lu ce roman. Parce qu’il fait partie des rares livres qui peuvent être lus à tout âge. Les enfants adore­ront ces histoi­res de lapins confron­tés à des aven­tu­res abso­lu­ment extra­or­di­nai­res racon­tées de façon palpi­tan­tes. Ils auront peur pour Hazel et son jeune frère qui sait prédire l’avenir, Fyveer. Ils seront séduits par le courage de leurs amis Bigwig et le talent de conteur de Dande­lion. Les adul­tes aime­ront cet hymne à la nature , même si comme moi il leur faudra souvent recher­cher des jolis noms aussi étran­ges que : les « mercu­ria­les véné­neu­ses »

mercper

ou » la jaco­bée »

imgres

mais le nom que je préfère est : « eupa­toire pour­pre »

eupatorium_purpureum

en plus de son amour de la nature que le lecteur est prêt à parta­ger avec le mili­tant Richard Adams, on est abso­lu­ment saisi par la prouesse d’écriture qui fait qu’à travers les diffé­ren­tes garen­nes et orga­ni­sa­tions des lapins, on retrouve toutes les condui­tes humai­nes. Il n’y a pas de message à propre­ment parler, mais quel­que que soit la façon dont ils s’organisent, il s’agit toujours de résou­dre le terri­ble sort des lapins de garenne :

La terre tout entière sera ton enne­mie. Chaque fois qu’ils t’attraperont, ils te tueront. Mais d’abord ils devront t’attraper…

Les solu­tions varient pour échap­per à la mort :

  • accep­ter que des hommes vous protè­gent en accep­tant qu’ils prélè­vent au hasard de leurs envie leur pour­cen­tage de lapins afin de les manger.
  • orga­ni­ser un système très bien caché de tous les préda­teurs sous la houlette d’un tyran impi­toya­ble.
  • Deve­nir lapin domes­ti­que dans un clapier
  • et enfin comme dans la garenne d’Hazel trou­ver un lieu suffi­sam­ment reculé et à l’abri du regard des hommes pour mener une vie de lapin sauvage qui doit se proté­ger de tous les « vilous ».

J’oubliais de dire que peu à peu nous appre­nons le langage des lapins, nous « farfa­lons » nous suivons les exploits des Hour­das, nous crai­gnons que les « shaar-​tchoun » les plus faibles des lapins soient aban­don­nés par les autres. Comme toute société , les lapins ont leur mythe fonda­teurs et Dande­lion raconte ces histoi­res soit pour donner du courage soit pour distraire la compa­gnie. On y retrouve Shraa­vilsa intel­li­gent et rusé et son fidèle lieu­te­nant Prim­sault, tous les deux se sortent toujours d’affaire mais ils mettent aussi leur vie en grand danger. Ce n’est pas très juste de ne mettre que 4 coquilla­ges à un tel livre, car c’est une oeuvre origi­nale, je n’ai rien lu de tel depuis long­temps, c’est évident que si j’avais gardé tota­le­ment mon âme d’enfants je lui mettais 5 coquilla­ges sans hési­ter.

Citations

un moment de bonheur

Voir s’achever le temps de l’angoisse et de la crainte ! Voir se lever puis se dissou­dre les nuées lugu­bres suspen­dues au-​dessus de nous – ces sombres nuages qui attris­tent le cœur et rédui­sent le bonheur en vague souve­nir ! rares sont les êtres qui n’ont jamais éprouvé cette joie-​là.
L’enfant qui attend sa puni­tion et que voilà, à sa grande surprise, pardonné, et le monde retrouve aussi­tôt ses couleurs, ses exqui­ses promes­ses.

Changer ses habitudes pour mieux s’adapter

Tu dis que les mâles ne creu­sent pas. C’est vrai. Mais ils le pour­raient s’ils le voulaient. ça ne te plai­rait pas de dormir au fond de terriers bien douillets ? D’être sous terre par mauvais temps ou lors­que la nuit tombe ? Nous serions en sécu­rité. Et rien ne nous en empê­che, à part le fait que les mâles ne sont pas censés creu­ser. Pas parce qu’ils n’en sont pas capa­bles, mais parce qu’il en a toujours été ainsi.

Les lapins et la peur

Les lapins étaient mal à l’aise, déso­rien­tés. Ils s’aplatirent, respi­rant les parfums émanant de l’eau dans l’air frais du crépus­cule. Puis ils se regrou­pè­rent, chacun espé­rant ne pas déce­ler chez son voisin l’angoisse qu’il éprou­vait lui même.

20160718_100133Traduit de l’anglais par Mathilde Bach. Lu grâce au club de lecture de la média­thè­que de Dinard, il a obtenu « un coup de cœur », ce sont des valeurs sûres ces coups de cœur de notre club !

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Superbe roman qui tient en haleine le lecteur jusqu’au point final. Plusieurs histoi­res se croi­sent et inter­fè­rent les unes dans les autres. On y retrouve cette sensa­tion qu’un « frois­se­ment d’aile de papillon » dans un coin de la planète aura des réper­cus­sions dans le monde entier. Dans la péri­phé­rie de Las Vegas, la famille de Daniel vit au rythme des missions mili­tai­res d’un genre parti­cu­lier. Il dirige des drones sur des terro­ris­tes qui mena­cent la planète. Une guerre propre ? Seule­ment est-​ce qu’une guerre peut l’être ? Ce jour là , Daniel et Maria ne tueront pas seule­ment un terro­riste sur la fron­tière afghane et pakis­ta­naise, en appuyant sur un bouton, ils tueront aussi le grand amour d’un écri­vain : Michael. Celui-​ci, terrassé par cette mort qu’il ne comprend pas, essaie de se recons­truire auprès de Saman­tha (à qui le livre est dédié) Josh et leurs deux filles dans un agréa­ble quar­tier de Londres. Mais là encore, la bavure des mili­tai­res améri­cains aura des consé­quen­ces tragi­ques.

Le roman raconte la lente recons­truc­tion d’un homme écri­vain après un deuil tragi­que. Le fait qu’il soit écri­vain est impor­tant, il a toujours écrit ses livres grâce à un un don parti­cu­lier : il sait entrer dans la vie des gens et ceux-​ci lui font confiance au point de ne rien lui cacher de leur senti­ments les plus inti­mes. Grâce à ce don, il devient l’ami indis­pen­sa­ble de ses voisins, celui qui est invité à toutes les fêtes et qui peut donc un jour pous­ser la porte de leur maison en leur absence afin de récu­pé­rer le tour­ne­vis dont il a un besoin urgent. Le roman peut commen­cer, nous progres­sons dans la maison des voisins de Michael, saisi peu à peu par un senti­ment d’angoisse terri­ble.

Je m’arrête là, car le roman est construit sur un suspens que je n’ai pas le droit de divul­gâ­cher sans me mettre à dos tous les amateurs du genre qui seront ravis, car c’est vrai­ment bien imaginé. J’ai person­nel­le­ment été plus sensi­ble aux réflexions sur l’écriture. Ce person­nage d’écrivain repor­ter m’a beau­coup inté­res­sée. Faire son métier en utili­sant la vie d’autrui comporte toujours une part de voyeu­risme qui est aussi un des thèmes de ce roman. Mais évidem­ment l’autre centre d’intérêt qui ques­tionne aussi beau­coup notre époque ce sont les consé­quen­ces de la guerre de notre temps qui utilise des drones pour éviter de faire mourir au sol les soldats de la force domi­nante.

Citations

Une bonne description

Ces hommes qui travaillaient dans des bureaux, et que les costu­mes ne semblaient jamais quit­ter, même nus.

L’anglais international

Il n’arrivait pas à recon­naî­tre son accent. Ses phra­ses commen­çaient en Europe puis elles migraient, comme des hiron­del­les, survo­laient l’Afrique à mi-​chemin du point final.

Les vertus de la mer

La côte n’avait jamais été son décor natu­rel. Et cepen­dant il se réveilla avec la certi­tude que seul l’océan pouvait l’apaiser. La mer semblait assez immense pour répri­mer les angois­ses qui le déchi­raient . Assez pure pour lui dessiller les yeux.

Les peurs américaines et la guerre des drones

Las Vegas four­nis­sait à l’Amérique des versions du monde, afin que l’Amérique n’ait pas besoin de s’y aven­tu­rer. D’autres pays, d’autres lieux étaient ainsi simul­ta­né­ment rappro­chés et tenus à distance. Exac­te­ment comme ils l’étaient sur ces écrans qu’il obser­vait à Creech. N’était-ce pas ce qu’ils faisaient égale­ment là-​bas, lui et Maria, avec leur tasse à café qui refroi­dis­sait sur l’étagère à côté ? Intro­duire dans l’Amérique une version de la guerre. Une version à la loupe mais à distance, un équi­va­lent sécu­risé, où ils n’étaient pas obli­gés d’aller eux-​mêmes.

20160716_131754Traduit de l’anglais par Hélène Hinfray

3
Je conseille la lecture de ce court témoi­gnage à tous les fans de « Down­ton Abbey ». La quatrième de couver­ture dit que ce récit inspira plusieurs scéna­ris­tes dont Julian Fello­wes (créa­teur de Down­ton Abbey). Mais ne vous atten­dez pas à retrou­ver la série, contrai­re­ment au person­nage de Daisy, Marga­ret Powel est une jeune fille qui a tout de suite eu une conscience aiguë des limi­tes de sa condi­tion. Elle ne fait pas partie de ceux ou celles qui, à l’image de Carson ou de Mme Hughes, s’identifient complè­te­ment à la famille qu’ils servent. Elle cher­che par tous les moyens à sortir de sa condi­tion d’aide cuisi­nière et pour cela change le plus souvent possi­ble d’employés. Cela nous vaut une série de portraits des riches famil­les anglai­ses hautes en couleurs ! Entre celle où on l’oblige à repas­ser les lacets des chaus­su­res, celles où on ne les nour­rit pas assez, celles où on les fait trimer comme des bêtes de somme, tout cela donne une vision bien éloi­gnée de notre chère famille Craw­ley. Une seule famille semble un peu corres­ponde à cet idéal, mais Marga­ret n’y reste pas long­temps car elle veut surtout se marier et ne plus être au service de.. Ce qui donne autant d’énergie à cette toute jeune fille c’est une éduca­tion rude mais très joyeuse au bord de la mer à Hove près de Brigh­ton. Elle y a acquis une vision très juste de la société. Bien sûr le style est très plat mais on ne s’attend pas à plus pour ce témoi­gnage très vivant.
Pour le plai­sir d’entendre sa voix voici un petit film où elle recom­mande de manger du poulet anglais :

Citations

L’importance du dimanche dans sa famille

Enfin, on ne peut pas dire non plus que l’église jouait un grand rôle dans la vie de mes parents. Je crois qu’ils n’avaient pas vrai­ment de temps à consa­crer à ça ; ou plus exac­te­ment ils n’en avaient pas envie. D’ailleurs on était plusieurs dans la famille à ne pas être bapti­sés. N’empêche qu’on devait tous aller au caté­chisme le diman­che. Pas parce que nos parents étaient croyants, mais parce que pendant ce temps-​là on n’était pas dans leurs jambes. Le Diman­che après-​midi, c’était le moment où il faisait l’amour.

L’école

Mais ce qui était formi­da­ble à l’école, c’est qu’on devait appren­dre. À mon avis, il n’y a rien de plus impor­tant que de savoir lire et écrire et comp­ter. C’est de ces trois choses-​là qu’on a besoin si on veut travailler et gagner sa vie. Nous, on nous forçait à appren­dre , et je pense que les enfants il faut les forcer. Je ne crois pas aux théo­ries comme quoi « s’ils n’en ont pas envie ça ne leur appor­tera rien ». Bien sûr que ça leur appor­tera quel­que chose . Nous, notre maîtresse venait nous donner une bonne gifle quand elle nous voyait bayer aux corneilles. Et croyez-​moi, quand on sortait de l’école on sortait avec quel­que chose.

L’intérêt des patrons pour leurs domestiques

En fait pendant toute ma vie en condi­tion j’ai constaté que les patrons se souciaient toujours énor­mé­ment de notre bien-​être moral. Ils se fichaient pas mal de notre bien-​être physi­que. Pourvu qu’on soit capa­ble de bosser, ça leur était bien égal qu’on ait mal au dos, au ventre ou ailleurs ? Mais tout ce qui avait à voir avec notre mora­lité, ils trou­vaient que ça les regar­dait. C’est ce qu’ils appe­laient « pren­dre soin des domes­ti­ques » s’intéresser à ceux d’en bas. Ça ne les déran­geaient pas qu’on fasse de gros­ses jour­nées, qu’on manque de liberté et qu’on soit mal payé ; du moment qu’on travaillait bien et qu’on savait que c’était le Bon Dieu qui avait tout orga­nisé pour que nous on soit en bas à trimer et qu’eux ils vivent dans le confort et le luxe, ça leur conve­nait parfai­te­ment.

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Traduit de l’anglais (Grande-​Bretagne) par Isabelle Caron. Lu dans le cadre du meilleur des coups de coeur de l’année 2015/​2016 au club de lecture de la média­thè­que de Dinard

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J’ai eu beau­coup de mal à lire ce livre qui utilise un procédé éton­nant et, comme tous les procé­dés, très arti­fi­ciels. Le person­nage prin­ci­pal est souvent en grand danger de mort, en si grand danger que la mort l’emporte … le roman pour­rait alors s’arrêter. Ce serait mécon­naî­tre le pouvoir de l’écrivain qui reprend là où l’histoire s’est mal enga­gée pour la survie d’Ursula . Ce bébé meurt au chapi­tre un, à la nais­sance car le méde­cin n’a pas pu arri­ver à temps, à cause de la neige. Kate Atkin­son reprend : le méde­cin arrive et Ursula respire.… Puis, elle périra noyée mais en repre­nant le récit là où le danger était si grand que la fin logi­que était la noyade, elle sera sauvée par un pein­tre qui peignait une marine de cette si belle côte avec deux enfants jouant sur le rivage.

Bref, de récit en récit, on arrive à connaî­tre parfai­te­ment la Grande Breta­gne de 1910 à 1946. Ce roman ne donne pas toutes les clés ni des rela­tions des person­na­ges entre eux, ni du pour­quoi de leur présence dans des lieux si char­gés histo­ri­que­ment : le lecteur est promené du Blitz dans les caves de Londres, au nid d’aigle aux côtés d’Eva Braun et Hitler. Au début, je me perdais à cause de ce procédé qui crée de multi­ples retours en arrière et puis je m’y suis habi­tuée. J’ai pensé que c’était comme si l’écrivain vous propo­sait de refaire votre vie autre­ment à chaque fois que la souf­france vous a tota­le­ment submergé. Ursula prend peu à peu conscience qu’elle possède un pouvoir à la fois de prémo­ni­tion et aussi celui d’empêcher la catas­tro­phe en déviant les forces du destin, il faut pour cela effec­tuer un retour en arrière. Comme je lisais simul­ta­né­ment « La Variante Chilienne  » je trouve que cette cita­tion convient parfai­te­ment à « Une Vie Après l’Autre »

Les « si » sont des carre­fours invi­si­bles dont l’importance se mani­feste trop tard.

Pour être plus claire, je prends un exem­ple : Brid­get la nour­rice et aide cuisi­nière de la famille, toute heureuse de la fin de la guerre 1418 veut aller avec son amou­reux fêter le retour des soldats à la gare de Londres. Dans la première version du roman, elle y attrape le virus de la grippe espa­gnole, elle en mourra mais le trans­met­tra au plus jeune frère d’Ursula. Celle-​ci met toutes ses forces pour reve­nir au moment de la prise de déci­sion d’aller à Londres pour empê­cher ce projet dont elle seule connaît les funes­tes consé­quen­ces. Cela nous vaut trois récit diffé­rents car Brid­get veut abso­lu­ment mettre son projet à exécu­tion, Ursula finira par la préci­pi­ter du haut de l’escalier de la maison. Les consé­quen­ces sont doubles, Brid­get n’ira pas à Londres, personne dans la famille n’aura la grippe espa­gnole. Mais on ferra soigner la petite fille pour trou­ble mentaux, elle rencon­trera un psychia­tre qui sera bien­veillant et qui l’accompagnera une grand partie de son enfance. Je crains qu’en disant cela, vous soyez comme moi dérouté par ce procédé, ce serait alors vous priver d’un roman qui décrit si bien l’Angleterre de cette époque. Je n’ai jamais rien lu d’aussi précis à propos de l’horreur des bombar­de­ments sur Londres pendant la guerre. Et puis, il y a cet humour si britan­ni­que qui fait telle­ment de bien.

Un livre surpre­nant donc mais qui plaira aux amou­reux de notre chère Grande Breta­gne qui vient de choi­sir de quit­ter l’Europe !

Citations

L’éducation sexuelle toute britannique

Sylvie n’avait pas la moin­dre idée d’où venaient les bébés, elle n’avait guère été plus avan­cée pendant sa nuit de noce. Sa mère, Lottie, avait fait des allu­sions, mais craint de donner des préci­sions anatomiques.Les rela­tions conju­ga­les entre Hommes et femmes semblaient mysté­rieu­se­ment impli­quer des alouet­tes prenant leur essor au point du jour.

Des contacts physiques contraires à la bonne éducation britannique

Le bébé emmailloté comme une momie pharao­ni­que fut enfin remis à Sylvie.Elle caressa douce­ment sa joue de pêche et dit « Bonjour, ma petite » et le Dr Fello­wes se détourna afin de ne pas être témoin de démons­tra­tions d’affection aussi siru­peuse.

Les sentiments pour une belle mère

Adelaïde mena­çait de mourir depuis plusieurs années, mais « n’avait jamais tenu sa promesse » disait Sylvie.

Les bienfaits de l’Europe

Ursula était vierge en s’embarquant pour l’Europe, mais ne l’était plus à son retour. Elle pouvait en remer­cier l’Italie. (« Ma foi, si on ne peut pas pren­dre un amant en Italie, on se demande bien où s’est possi­ble », disait Millie).

Le sens du roman

Et si nous avions la chance de recom­men­cer encore et encore jusqu’à ce que nous finis­sions par ne plus nous trom­per ? Ce ne serait pas merveilleux ?

20160512_101050Traduit de l’anglais par France Camus-​Pichon.

3
Lecture que je dois à Krol, je me demande si comme moi elle a été gênée par le prénom de la cinquième femme de Michael Beard : « Patrice » est pour moi un prénom de garçon, à chaque fois je m’efforçais de penser « Patri­cia » sans quoi je n’arrivais pas à lui donner des traits fémi­nins. Comme notre person­nage est un scien­ti­fi­que tourné ver l’avenir de la planète, j’ai asso­cié son roman à une revue qui explore le futur « Usbek et Rica  », dont je parle­rai peut-​être un jour. En atten­dant, voici donc le roman racon­tant la vie de Michael Beard physi­cien couronné par un prix Nobel que les mauvai­ses langues jugent très immé­rité . Peu importe, c’est un membre influent de la Royale Acadé­mie de sa Majesté Eliza­beth d’Angleterre. Il ronronne un peu et passe son temps à répé­ter la même confé­rence dans des lieux divers et devant des publics variés. Il a une autre occu­pa­tion lire les arti­cles de physi­que pour voir à quel moment et en quels termes son nom sera cité. Bref sur le plan profes­sion­nel, ce n’est plus vrai­ment ça, il est de plus forte­ment agacé par la jeune géné­ra­tion à cato­gan qui ne respecte pas assez les glorieux aînés.

Et sur le plan person­nel ? Là c’est carré­ment la Béré­zina ! Sa cinquième femme, la fameuse Patrice, le trompe avec un vulgaire maçon . Bien sûr, lui ne se prive jamais de conquê­tes fémi­ni­nes. Mais avec cette histoire de maçon sa descente aux enfers commence. Il n’a plus que deux préoc­cu­pa­tions dans la vie, oublier Patrice et essayer de déci­der de commen­cer un début d’un éven­tuel régime ! Évidem­ment, il rate les deux . Il partira pour­tant au pôle nord puis dans le désert du Mexi­que. Mais conti­nuera avec la même constance à rater sa vie. Quel­que soit ses rencon­tres et ses diffé­ren­tes femmes, il les trompe toujours et il gros­sit toujours autant. Il ne fait pas que cela, il est d’une mauvaise foi incroya­ble et se donne bonne conscience quel­ques soient ses actions qui peuvent aller jusqu’à tuer quelqu’un, sans le vouloir certes , et ensuite faire endos­ser cette mort par un autre. Évidem­ment, il est égale­ment malhon­nête dans sa recher­che scien­ti­fi­que. Bref un sale bonhomme avec qui je suis restée trop long­temps.

J’ai peiné à la lecture de ce roman pour­tant agré­menté de passa­ges drôles pimen­tés par un humour très britan­ni­que. On y retrouve aussi beau­coup de problè­mes qui agitent notre planète. Mais voilà le roman annonce assez vite qu’il est impos­si­ble que ce person­nage s’en sorte bien, du coup on attend sa chute et on trouve qu’elle tarde à venir. Et comme son cerveau est embrumé par l’alcool ou l’importance de la nour­ri­ture , j’ai eu plus d’une fois la tenta­tion de lire en diago­nal pour aller plus vite que lui. D’avance je savais qu’il allait rede­man­der un whisky, se resser­vir du plat prin­ci­pal, coucher avec la serveuse, pomper dans des recher­ches d’un autre savant et se les appro­prier et que tout cela allait très mal se finir. Bref, j’ai étouffé parce que je me suis sentie enfermé dans ce person­nage qui a fini par m’énerver.

Citations

Mauvais goût pour un anglais et ce maçon est l’amant de sa femme…

le maçon, celui-​là même qui avavit rejoin­toyé leurs murs, aménagé leur cuisine, refait le carre­lage de leur salle de bain, ce type épais qui, un jour, devant une tasse de thé, avait montré à Michael une photo de sa maison simili-​Tudor réno­vée et tudo­ri­sée par ses soins, avec un bateau posé sur sa remor­que sous un réver­bère de style victo­rien au milieu de l’allée béton­née, et un empla­ce­ment où ériger une cabine télé­pho­ni­que rouge à usage déco­ra­tif.

Flegme et classe britannique

Vous pouvez me parler sans me regar­der, avait-​il envie de dire, surveillant le flot de véhi­cu­les devant eux pour tenter de prédire à quel moment il allait devoir attra­per le volant. Pour­tant, même Beard avait du mal à criti­quer un homme qui le trans­por­tait gratui­te­ment – son hôte, en fait. Plutôt mourir ou mener une morne vie de tétra­plé­gi­que qu’être impoli.

L’obsession de la nourriture , par exemple : les chips

Sa tech­ni­que était de poser la lamelle de pomme de terre au milieu de sa langue et, après avoir profité quel­ques secon­des de la sensa­tion, de l’écraser contre son palais. Selon lui, la surface irré­gu­lière de la chips causait de minus­cu­les ulcé­ra­tions de la chair, dans lesquel­les se déver­saient le sel et les addi­tifs, doux mélange de plai­sir et de douleur à nul autre pareil.

20160421_164157Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard. Traduit de l’anglais (Grande-​Bretagne) par Char­les Recoursé

J’ai bien aimé la présen­ta­tion de ce roman par la maison d’édition :

Une mère meurt. Elle laisse derrière elle deux petits garçons et leur père terras­sés par le chagrin. Un soir, on frappe à la porte de leur appar­te­ment londo­nien. Surgit alors un étrange person­nage : un corbeau, doué non seule­ment de parole mais d’une verve enfié­vrée, d’un aplomb surpre­nant et d’un sens de l’humour rava­geur. Qu’il soit chimère ou bien réel, cet oiseau de malheur s’est donné une mission auprès des trois âmes en péril. Il sera leur confi­dent, baby-​sitter, analyste, compa­gnon de jeu et d’écriture, l’ange gardien et le pitre de service — et il les accom­pa­gnera jusqu’à ce que la bles­sure de la perte, à défaut de se refer­mer, guérisse assez pour que la soif de vivre reprenne le dessus.

Boule­ver­sante, hila­rante, auda­cieuse et unique, cette fable moderne est un bijou litté­raire qui nous rappelle ceci : ce sont les pouvoirs de l’imaginaire et la force des mots qui nous tien­nent en vie.

3
J’avais eu, aussi, envie de le lire en lisant les billets de Jérôme Noukette ... Mais, je dois avouer que ce très court roman n’a pas fonc­tionné pour moi. Sans remet­tre la traduc­tion en cause, je pense quand même que c’est plus facile à savou­rer en anglais. L’humour du corbeau m’est complè­te­ment passé à côté. J’ai été très sensi­ble au déses­poir des enfants et du père, l’arrivée du corbeau qui cher­che à sa façon à les rame­ner vers la vie ne m’a pas gênée au début. Et puis, les sons bizar­res, les suites de mots sans aucun sens m’ont déta­chée de ses propos et du livre. Je ne sais pas comment on peut racon­ter le deuil, d’une femme aimée, mère de deux jeunes garçons, cet auteur a essayé sans me montrer une voie, je respecte cela mais je suis restée à côté, un peu comme lors­que des amis traver­sent des épreu­ves si lour­des que cela nous rend muets . Je garde­rai cepen­dant cette phrase toute simple des enfants après la mort brutale de leur maman :

Les vacan­ces et l’école c’est devenu pareil.

SONY DSCTraduit de l’anglais (États-​Unis) par Fran­çois Dupui­gre­net Desrous­silles (c’est très bizarre cette indi­ca­tion « États-​Unis » car la roman­cière est bien typi­que­ment britan­ni­que et son roman aussi !)

3
L’enthousiasme de mes amies blogueu­ses a fini par gagner, j’ai commencé ma fréquen­ta­tion de Barbara Pym et je me dis que ce n’est pas le dernier roman que je lis de cette auteure parce que cet essai m’a bien plu. Alors merci Keisha, Domi­ni­que, Aifelle et j’en oublie car un moment , j’ai cru voir le nom de cette auteure partout. J’ai beau­coup aimé les trois quart du récit mais la fin est déce­vante. Ce qui est abso­lu­ment « déli­cieux » ce sont les descrip­tions des rapports des person­na­ges de cette toute petite ville. Tout le monde se connaît, et autour d’une tasse de thé, ces dames et ces messieurs passent leur temps à faire des commen­tai­res sur la vie des voisins. Dans cette douce ambiance, mettez un bellâ­tre hongrois qui ne sait rien des us et coutu­mes britan­ni­ques mais qui s’y connaît en femme, et voilà notre petite commu­nauté qui s’agite se déchire et .. se récon­ci­lie à la fin. Le person­nage prin­ci­pal, est une femme entiè­re­ment dévouée à l’épanouissement de son écri­vain de mari en panne d’inspiration. Les obser­va­tions de Barbara Pym sentent le vécu.

Ce roman me fait penser à un épisode de« Dawn­ton Abbey au village », mais où il ne se passe­rait rien et sans les propos acides de Violette : ça manque un peu de méchan­ceté. En ce moment, c’est la litté­ra­ture que je recher­che , mais j’aimerais quand même un peu plus de mordant.

Citations

Sourire dès la première page

Elle se pencha pour effleu­rer de ses lèvres la joue de Cassan­dra qui lui rendit son baiser un peu gauche­ment, car l’embonpoint de Mrs Gower rendait sa joue pres­que inac­ces­si­ble.

Un charme indéfinissable si britannique, j’adore ce genre de passage

Dans sa jeunesse il n’avait jamais réussi à s’engager dans une carrière, car il avait résolu très tôt de faire un beau mariage, convaincu que sa bonne mine et son allure martiale suffi­raient à lui gagner le cœur de toutes les femmes. Malheu­reu­se­ment ses efforts n’avaient pas été couron­nés de succès. On peut penser que ses avan­ces avaient manqué de la chaleur, de la dévo­tion empres­sée, que toute jeune femme s’attend à rencon­trer à cette époque de sa vie. Mr Gay, étant de tempé­ra­ment natu­rel­le­ment froid, n’avait jamais été amou­reux.

Les couples en sortie

En des lieux tels que Up Callow les épou­ses devaient toujours pren­dre au sérieux leurs maris. Au moins en public.