Traduit du Suédois par Anna Postel

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard. et comme vous le voyez, il a obtenu un coup de cœur du club !

 

Je ne lis presque jamais de romans policiers,mais celui-ci a été défendu avec un tel enthousiasme par les membres de mon club, que je n’ai pas hésité à me plonger dans cette lecture. Ce roman a très bien occupé ma nuit d’insomnie et comme c’était une nuit de tempête j’avais quelque peu du mal avec les bruits du vent dans les arbres qui rythmait trop bien ma lecture. Signe que ce roman est vraiment bien mené, c’est la première fois que je ne commence pas par la fin, Camilla Grebe a su retenir mon attention jusqu’au bout. Non seulement à cause du suspens, mais encore parce qu’elle dévoilait peu à peu de la vie de ce petit village suédois aux confins du grand nord, dans l’obscurité et le froid de l’hiver. L’intérêt du roman policier vient de la double enquête qui y est menée :

  • celle de Malin, une jeune policière dynamique qui s’apprête à quitter définitivement cette région dont elle est native.
  • celle de Jack un jeune garçon qui aime se travestir en femme et se promener la nuit . Un soir il trouve une femme qui erre hagard les pieds nus et qui semble perdue, il a le temps de se cacher et d’entendre qu’elle est prise en charge par quelqu’un qui l’a aperçu dans cette tenue. Il ramasse un gros carnet, commence alors la deuxième enquête, car cette femme c’est Hanne est une enquêtrice qui est venu dans le village pour résoudre une ancienne histoire d’un cadavre trouvé dans le village, c’était celui d’une enfant de cinq ans qu’on n’a jamais pu identifier. Elle écrit tout sur un carnet car elle commence une maladie d’Alzheimer.

Grâce à ces deux enquêtes parallèles, le petit village de Ormberg prend vie devant nos yeux. Les deux usines ont été délocalisées là où la main d’oeuvre est bon marché, donc ne reste au village que ceux qui n’ont pas eu la force, ni l’envie de partir. Ce sont pour la plupart des gens aigris et très alcoolisés. Dans ce village, l’état y a implanté un centre pour réfugiés qui sont bien vite accusés de tous les maux . Ces étrangers cristallisent le mécontentement de la population qui trouve que l’état en fait plus pour eux que pour les Suédois très pauvres qui ont perdu leur emploi. Le village revit l’été grâce à des amoureux de la nature, mais ces riches oisifs sont détestés par la population locale. Voilà pour le cadre, pour les deux enquêtes je vous les laisse découvrir, elles plairont certainement à toutes les amatrices et les amateurs du genre !

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard. 

Cela faisait un moment que mes lectures ne me menaient pas vers un plaisir total. J’adore, quand je lis retrouver tout ce qui a enchanté mon enfance :

  • Une langue qui fonctionne bien et qui, ici, est très belle.
  •  Une histoire qui me bouleverse.
  • Partir dans des contrées que je ne connais pas très bien
  • Me retrouver dans les sentiments décrits par l’auteur.

Il y a tous ces ingrédients dans cette histoire et plus encore. L’auteur a voulu retrouver qui était Jacob, cet oncle qui est mort en Alsace en libérant la France de l’occupant Nazi. Comment ce jeune juif de 19 ans, n’ayant vécu qu’à Constantine s’est-il retrouvé dans l’armée de de Lattre de Tassigny ? Valéry Zenatty a cherché, elle peut ainsi nous faire vibrer aux souffrances de ces familles juives algériennes plus proches des arabes que des français. Pétain leur retirera la nationalité et leur interdira même d’aller à l’école, mais lors de l’indépendance de l’Algérie, toute sa famille et sans doute tous les juifs viendront vivre en France. Cette famille est très pauvre et dominée par des hommes violents et rudes. L’amour des femmes pour leurs enfants passe par la cuisine, des petits plats qu’elles préparent pour eux, plus que par des paroles ou des gestes. Cette auteure sait décrire l’atmosphère de cette maison si pauvre où la famille s’entasse dans une seule pièce. Jacob peut survivre grâce à la culture qui ne lui servira à rien dans l’armée, mais lui, simple soldat de seconde classe fera le malheur de sa mère en décédant sur le front. Une jeune femme écrivaine de sa descendance lui aura rendu toute son âme et aurait permis à sa mère, si elle avait été encore en vie, d’être fière de son dernier né tant aimé. Dans ce roman, Victor Hugo est cité et ces quelques vers correspondent exactement à ce que l’on ressent :

« Vous qui ne savez pas combien l’enfance est belle
Enfant ! N’enviez point notre âge de douleur,
Où le cœur est tour à tour esclave et rebelle,
 Où le rire est souvent plus triste que vos pleurs. »

 

 

Citations

 

Chez lui

Ce serait comme à la maison depuis le jour où il avait découvert que personne ne pouvait deviner ce qu’il pensait, il y avait une voix qu’il était le seul à entendre. Elle avait commencé par dire je n’aime pas le ragoût de cardes, les chardons, c’est bon pour les mulets, puis je n’aime pas les grimaces stupides de la tante Yvette, sa façon de rouler des yeux comme une chouette folle, je n’aime pas les cris de mon père, sa main qui s’abat sur qui le contrarie, qui le provoque, qui ose le contredire, je n’aime pas la peur que je vois parfois sur le visage de ma mère, je n’aime pas cet appartement où il y a du monde, tout le temps, du bruit, tout le temps, la voix avait ajouté je préfère l’école, monsieur Bensaid est plus gentil que papa, mademoiselle Rouvier est plus jolie que maman, il ne se passait rien de grave, il n’était pas puni, ça restait dans sa tête, c’était des mots de silence, il faisait ce qu’on attendait de lui, m’interrompait pas les adultes, les contredisaient encore moins, aidait sa mère à porter les paniers au marché, suivait son père et Abraham à la synagogue, faisait les mêmes gestes qu’eux, ils lui caressaient la tête parfois en disant qu’il était un bon garçon, il jouait avec la poussière qui dansait dans les rayons du soleil, s’interrogeant sur ce que l’ œil voit, mais que la main ne parvient jamais à saisir.

L’armée et la poésie

Pourtant Monsieur Baumert leur avait dit que la poésie résiste à tout, au temps, à la maladie, à la pauvreté, à la mémoire qui boîte, elle s’inscrit en nous comme une encoche que l’on aime caresser, mais les vers, ici, ne trouvent pas leur place, ils jurent avec les uniformes, sont réduits au silence par les armes et le nouveau langage aux phrases brèves et criées qui est le leur. Monsieur Baumert leur a menti, ou s’est trompé, les heures passées à mémoriser des poèmes n’ont servi qu’à obtenir de bonnes notes, et le sergent-chef se fiche de leurs notes, il aurait même tendance à humilier un peu plus ceux qu’il appelle les fortes têtes et qui était au paravent des élève studieux. Il préfère les soldats qui truffent leurs phrases de fautes, sauf ceux qui sont musulmans et qu’il appelle les bougnoules, et il les corrige en éclatant de rire, les affublant de surnoms qui le ravisse, Fatima, Bourricot, Bab-el-Oued, et quand il perçoit un rougissement déferler sous la peau brune, il pose sa main sur l’épaule du soldat humilié pour dire, je rigole, parce que je sais que tu as le sens de l’humour, tu es un bon gars, tu te bats pour la France, et la France te le rendra.

 

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard. 

C’est un livre étrange construit autour de courts chapitres ayant pour thème les relations entre deux frères. J-B est le frère cadet de J-F Pontalis, jeunes l’aîné avait tout pour lui mais n’a pas fait grand chose de ses talents, son jeune frère s’est mieux débrouillé que lui, il deviendra célèbre et sera finalement détesté par son aîné. Les différents portraits de fratries aimantes ou haineuses m’ont amusée le temps de la lecture, mais je sais que j’oublierai assez vite ce livre. J’ai été très contente de voir une référence à un roman que j’ai adoré « Le pouvoir du Chien » et qui, il est vrai, décrit très bien les relations entre deux frères unis par la haine et le mépris. J’ai aimé aussi le portrait de Modiano, et il faut souligner que cet auteur écrit très bien. Un livre facile et agréable à lire, mais aussi, hélas, à oublier !

 

Citations

Difficultés de porter un nom célèbre

Pour autant, pas question de le renier, ce pesant patronyme. C’eût été renier mon père dont le nom, lui, ne figure dans aucun dictionnaire, seulement, à jamais, dans ma mémoire. J’ai eu, tout au long de mon adolescence, à résoudre cette contradiction : être, j’y tenais par-dessus tout, le fils de mon père et n’être à aucun prix le descendant de sa famille. Sans doute pour garder toujours vivante en moi, et à moi seul, l’image – non, pas l’image : la présence, de ce père aimé-aimant, mort très jeune, me fallait-il fuir tous les membres d’une famille qui avait commis la faute impardonnable de n’être pas lui.

Bonne remarque

Je ressemblais à ces touristes qui vont de site en site, d’un portail d’église à un château-fort sans quitter de leurs yeux leur guide bleu ou vert, cherchant à vérifier si ce qui est devant eux correspond bien à ce qui est inscrit dans le guide. Ils ne voient rien. Ils refusent de se laisser absorber, ne fût-ce que quelques instants, par ce qui est là, à portée de leur regard, offert. Ils font plus confiance au guide qu’à eux-mêmes, ils ne savent pas percevoir.

Quand J-B Pontalis parle d’un de mes roman préféré

L’intensité tragique de ce roman défi tout résumé. Son titre :  » pouvoir du chien ». Son auteur, américain, se nomme Thomas Savage. C’est un des romans les plus fort que j’ai lu.

Portrait de Modiano

Il ne peut être que notre ami, qu’un frère très proche, ce grand garçon inquiet, incapable de finir une phrase, mécontent si, croyant lui venir en aide,on tente de la finir à sa place.

Si bien raconté !(cela se passe en 1942)

Quand je sortais du lycée Henri IV, j’étais partagée entre deux sentiments, plaisir d’échapper à l’ennui savamment distillée par la plupart de nos professeurs, particulièrement celui dont les « fiches » qu’il tenait serrées dans sa main potelée comme un prêtre son bréviaire avait de quoi vous dégoûter à jamais de la littérature ; vague tristesse de me séparer de mes camarades qui s’empressaient de rentrer chez eux, à l’exception des internes dont les blouses grises me paraissaient avoir déteint sur toute leurs personne. Comme tout alors était gris, à commencer par le ciel, comme l’avenir était obscur .

Traduit de l’espagnol par Aleksandar Grujicic avec la collaboration de Karine Louedon

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard

 

Cet auteur a une façon de raconter un peu agaçante, il écrit tous ses états d’âme sur la difficulté d’écrire sur le sujet de son roman. J’ai eu plus d’une fois envie de lui dire : « fais- le ou ne le fais pas mais n’encombre pas le lecteur avec tes états d’âme du style » (oui je tutoies les auteurs quand ils m’énervent) :

Voilà la décision que je pris : ne pas écrire l’histoire de Manuel Mena, continuer à ne pas écrire l’histoire de Manuel Mena.

Quand on tient un roman de plus de 300 pages dans les mains consacré au dit Manuel Mena, ce genre de propos est pour le moins, peu intéressant. En revanche, ce qui l’est beaucoup plus, c’est l’analyse minutieuse des prises de positions des différentes parties de la population d’Ibahernando un petit village d’Estrémadure en 1936. La population est très pauvre, les terres appartiennent à de riches nobles castillans qui habitent Madrid, mais quelques paysans ont réussi à avoir un peu de terre, ils sont tout aussi pauvres mais leur pauvreté leur appartient. Il seront très choqués de voir des gens plus misérables brûler des récoltes et des bâtiments religieux, ils défendront le retour à l’ordre, personnifié par Franco. La famille de Javier Cercas faisait partie des « nantis » du village et son oncle, Manuel Mena, choisira à 19 ans de s’engager dans les phalanges. Les raisons pour lesquelles il a fait ce choix sont peu évidentes, il était idéaliste et très déçu par la trop jeune et trop fragile république, il voulait quelque chose de nouveau. Il est mort dans la bataille de l’Èrbre épisode sanglant de la guerre d’Espagne.

De statut de héros tant que le franquisme dominait l’Espagne, il est passé au statut de paria par la suite, et Javier Cercas est donc le neveu d’un phalangiste convaincu. Convaincu ? peut être pas tant que ça mais qui peut être certain d’avoir les bons choix à cette époque et dans ce contexte précis ? Roman, difficile à lire car très précis sur le déroulement de la guerre elle-même, je n’ai pas trouvé qu’il remplissait la fonction que j’attendais de lui : qu’est ce qui fait que l’on se trouve d’un côté ou de l’autre lors d’une guerre civile ? En revanche, il rappelle bien l’horreur que représente la guerre civile.

 

Citations

La mémoire de la guerre d’Espagne

 Quoi que tu écrives, les uns vont t’accuser d’idéaliser les républicains parce que tu ne dénonces pas leurs crimes, et les autres d’être révisionnistes ou de farder le franquisme parce que tu ne présentes pas les franquistes comme des monstres mais comme des personnes ordinaires normales. C’est comme ça, la vérité n’intéresse personne, t’as pas encore pigé ça ? Il y a quelques années, on avait l’impression que ça intéressait les gens, mais c’était une illusion. Les gens n’aiment pas la vérité : ils aiment les mensonges, et je ne te parle même pas des intellectuels et des politiciens. Les uns s’irritent dès qu’on met le sujet sur la table parce qu’ils pensent encore que le coup d’État de Franco était nécessaire où en tout cas inévitable, même s’ils n’osent pas le dire, et les autres ont décidé que refuser de considérer tous les républicains comme démocrate il comprit Durruti et la Pasionaria, et admettre que des putains de curés ont été assassinés des putains d’églises brûlées, c’est faire le jeu de la droite. Et je ne sais pas si tu as remarqué, mais la guerre, c’est passé de mode.

Qu’est ce que la phalange ?

La phalange était un parti qui, avec sa vocation antisystème, son prestige exaltant de nouveautés absolue, son irrésistible aura de semi-clandestinité, son refus de la distinction traditionnelle entre droite et gauche, sa proposition d’une synthèse qui dépasserait les deux, sont impeccable chaos idéologique, son pari simultané et impossible sur le nationalisme patriotique et la révolution égalitaire et sa démagogie captivante, semblait être fait sur mesure pour séduire un étudiant fraîchement sorti de son village qui a seize ans à peine, rêverait à l’occasion de ce mouvement historique décisif dessiner un coup brutal et libérateur à la peur et à la pauvreté qui tourmentait sa famille et à la faim, l’humiliation et l’injustice qu’il voyait quotidiennement dans les rues de son enfance et son adolescence, et cela sans compromettre l’ordre social, lui permettant qui plus est de s’identifier à l’élitisme aristocratique.

La guerre d Espagne.

À l’époque, on tuait pour un oui ou pour un non, continue-t-il. Disputes. Jalousie. Parce qu’un tel a dit quelque chose à un tel point pour n’importe quoi. La guerre a été comme ça. Les gens disent maintenant que c’était la politique, mais c’était pas la politique. Pas seulement. Quelqu’un disait qu’on devait régler son compte à quelqu’un et on s’en chargeait. Un point c’est tout. C’est comme je te dis et pas autrement. C’est pourquoi il y a tant de gens qui sont partis du village au début de la guerre.

Le cœur du livre

D’ailleurs, peut-on être un jeune homme noble et pur et en même temps lutter pour une mauvaise cause ?
 David réfléchit un moment (….) . C’est possible, répondit-il. Et tu sais pourquoi ? 
 – Pourquoi ?
– Parce que nous ne sommes pas omniscients. Parce que nous ne savons pas tout. Quatre vingt cinq ans se sont écoulés depuis la guerre, et toi et moi on a dépassé la quarantaine, alors pour nous c’est du tout cuit, on sait que la cause pour laquelle Manuel Mena est mort n’était pas juste. Mais est-ce qu’il pouvait le savoir à l’époque, lui, un gamin sans aucun recul et qui, en plus, était à peine sorti de son village ?

Raison de la guerre civile

C’est une situation d’extrême nécessité qui fait s’opposer ceux qui n’ont rien à manger et ceux qui ont de quoi manger ; ces derniers ont très peu, juste ce qu’il faut, mais ils ont quelque chose. Et en effet, ici, ça commence à prendre l’allure d’une tragédie, parce que ceux qui ont faim ont raison de haïr ceux qui peuvent manger et ceux qui peuvent manger en raison d’avoir peur de ceux qui ont faim. Et c’est comme ça qu’ils arrivent tous à une conclusion terrifiante : c’est soit eux, soit nous. Si eux gagnent ; ils nous tuent, si nous, on gagne, on doit les tuer. Voilà la situation impossible à laquelle les responsables du pays on conduit ces pauvres gens.

Explication du titre

J’étais déjà devenu un autre, une sorte d’Ulysse vieux et médiocre et heureux, qui, grâce à cette expédition à la recherche du monarque des ombres dans les ténèbres de cette grande maison vide, venait de découvrir le secret le plus élémentaire et le plus caché, le plus refoulé et le plus visible, qui est qu’on ne meurt pas, que Manuel Menna n’était pas mort.

 

 

Une plongée dans l’horreur et aucune pitié pour les lecteurs trop sensibles (dont je fais partie). Je ne sais pas si cela a un sens de mettre des petits coquillages pour un tel livre, il en mérite 10 si vous voulez vous renseigner sur la guerre civile algérienne et beaucoup moins si vous préférez vivre loin de ces horreurs Malgré les récits plus horribles les uns que les autres je n’ai pas lâché ce roman « noir » (très noir) avant la dernière page qui n’apporte, d’ailleurs, aucun réconfort. Ce livre m’a rappelé un reportage diffusé par « France 2 » sur la lutte contre le terrorisme en France. Et comme en janvier le thème du club de lecture c’est : l’Algérie, j’ai pris ce livre à la médiathèque . Cette guerre a fait environ 100 000 morts, des milliers de disparus, un million de personnes déplacées, des dizaines de milliers d’exilés et plus de vingt milliards de dollars de dégâts et a duré une dizaine d’années. Elle commence en 1991 quand un parti islamiste le FIS est en passe de remporter les élections. Le gouvernement avec l’appui de l’armée annule les élections et l’armée prend le pouvoir. Ce livre raconte les manipulations de l’armée algérienne pour plonger dans l’horreur l’Algérie d’abord, puis, la France pour que celle-ci soutienne sans aucun remord la répression contre les partis islamistes. Quand les islamistes ne sont pas assez violents, l’armée les pousse à l’être davantage. La France a mis beaucoup de temps à réagir, mais j’ai entendu dans l’émission que peu à peu les services secrets de la France ont pris conscience que les terroristes du GIA se sentaient soutenus par le gouvernement algérien. Au milieu de personnages réels, le récit suit l’enquête du personnage principal Tedj Benlazar, un homme mi-breton mi-algérien, agent de la DGSE et qui comprendra plus vite que d’autres tous les dessous d’une très, très sale guerre. Si aujourd’hui ce pays est plus calme, il n’empêche que le gouvernement n’a toujours pas osé faire un retour vers la démocratie et que si l’étau militaire se desserrait, on peut se demander combien de scorpions sortiront de cette fournaise. Or, on sait aussi aujourd’hui que la méditerranée ne suffit pas à protéger la France du fanatisme qui s’exporte tellement mieux que les valeurs humanistes.

 

Citations

L’armée algérienne et ses liens avec les islamistes.

Le lien contre nature entre militaire et islamiste engendrera inévitablement le grand bordel. Le grand bordel, comprendre l’importation des problèmes algériens en France.

 

Un soldat algérien pris dans la tourmente

Lorsqu’il s’est engagé dans l’armée, il voulait rester honnête, droit, propre, se souvient-il. Sauf que la guerre ne rend pas les hommes meilleure, elle les transforme en bête féroce

Les luttes dans l’armée algérienne

Car derrière l’unité de façade de l’armée face à la barbarie des islamistes, les guerres fratricides font rage entre les officiers de haut rang. Il n’y a pas de fraternité militaire qui tiennent longtemps face à la convoitise. Et la convoitise anime tout ce qui approche de près ou de loin le pouvoir, civils comme militaires.
L’Algérie est riche. Nonobstant la terrible crise économique qui sévit et la quasi-tutelle du FMI, l’Algérie est très, très riche. Dans le Sahara se trouve les troisièmes réserves de pétrole d’Afrique et le tiers de son gaz. L’Algérie et un coffre-fort ouvert dans lequel puisent les généraux et les ministres depuis longtemps.

 

Traduit de l’américain par Juliane Nivelt

Lu dans le cadre du Club de Lecture de la médiathèque de Dinard

 

Une belle histoire d’amour et une lutte de tous les instants contre la sclérose en plaque. SP pour les intimes (qui aimeraient tant ne pas l’être !). Pour vous mettre dans l’ambiance je vous recopie la quatrième de couverture :

Maddy s’était juré de ne jamais sortir avec un garçon du même âge qu’elle, encore moins avec un guide de rivière. Mais voilà Dalt, et il est parfait. À vingt ans, Maddy et Dalt s’embarquent dans une histoire d’amour qui durera toute leur vie. Mariés sur les berges de la Buffalo Fork, dans le Wyoming, devenus tous deux guides de pêche, ils vivent leur passion à cent à l’heure et fondent leur entreprise de rafting dans l’Oregon. Mais lorsque Maddy, frappée de vertiges, apprend qu’elle est enceinte et se voit en même temps diagnostiquer une sclérose en plaques, le couple se rend compte que l’aventure ne fait que commencer.

Je dois avouer que ce roman ne m’a pas entièrement conquise. Certes la nature est belle, et oui, cet auteur sait décrire les somptueux décors des réserves naturelles nord-américaines. Mais les romans qui avancent à coup de dialogues ne sont pas mon fort. Et puis cette femme dont je comprends si bien la colère a souvent besoin de jurer et « les trou du cul » de succèdent à un rythme qui m’ont vite fatiguée. Leur histoire d’amour est belle un peu trop sans doute, on peut cependant y croire car l’auteur le raconte avec beaucoup de délicatesse. Ces deux thèmes qui se mêlent : cet amour profond qui les lie l’un à l’autre et la maladie qui ronge peu à peu les capacités de la jeune femme ont visiblement su séduire un large public. Je suis restée un peu en dehors, certainement à cause du style et je l’ai trouvé beaucoup trop long pour une fin que l’on sait, hélas ! inéluctable .

 

 

Citations

La maladie dans le regard des autres

Ses intentions sont bonnes, mais la vérité, c’est que je préférerais être brûlé vive.Je veux dire, je suis toujours heureuse de me retrouver dans les bras d’Allie, les rares fois où un type ne s’y trouve pas déjà, s’arrogeant toute la place. Mais pas de cette manière-là. Pas par pitié. Pas parce que je ne peux plus cacher mon bras, ma maladie.

 

Traduit de l’anglais par Georges Lory.

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard. 

 

Voici sept nouvelles qui peuvent se lire séparément, mais qui ont des points communs : le vieillissement et la volonté de rester soi-même d’une femme indépendante et intellectuelle malgré les affronts de l’âge, les soucis des enfants face à l’indépendance et la fragilité de leur mère vieillissante, et enfin les animaux que les hommes traitent si mal parfois.

Toutes les nouvelles ont beaucoup de charmes et de délicatesses, rien n’est résolu, les histoires sont comme en suspens . La dernière qui a donné son titre au recueil « l’abattoir de verre », m’a fait penser au livre de Vincent Message « Maîtres et Possesseurs » , d’ailleurs J.M Coetzee rappelle la philosophie de Descartes dans cette nouvelle. Ce n’est pas celle que j’ai préférée, je sais que je vais l’oublier assez vite, sauf sans doute l’image des poussins que l’on broie à peine nés car ils ne sont pas du bon sexe, (aucune féministe ne se réjouira de savoir que ce sont les petits mâles que l’on passe à la broyeuse !). J’ai beaucoup aimé la nouvelle de la femme qui se réfugie dans un village espagnol entourée de chats à moitié sauvages et d’un certain Pablo un peu demeuré et qui l’aide à vivre dans une maison si inconfortable. Que son fils soit inquiet on peut le comprendre, mais rien ne semble pouvoir la faire changer d’avis !

Je me suis demandé pourquoi J.M Coetzee avait choisi de se mettre à la place d’une femme puisque ces sept nouvelles racontent sept moment différents du vieillissement la vie d’Elizabeth Costello mais il a beaucoup de talent pour sonder l’âme humaine qu’elle soit dans un corps féminin ou masculin.

 

 

Citations

 

Se sentir vieillir

Ce que je trouve troublant vieillissant, dit-elle à son fils, c’est que j’entends sortir de ma bouche des mots que jadis j’entendais chez les personnes âgées et que je m’étais promis de ne jamais employer. Du style  » Où-va-le-monde-ma-bonne-dame ». Les gens se promènent dans la rue en mangeant des pizzas tout en parlant dans leur portable -où va le monde ?

 

La beauté

La question que je me pose à présent, c’est : toute cette beauté quel bien m’a-t-elle fait ? La beauté n’est-elle qu’un bien de consommation, comme le vin ? On le déguste,on l’avale, il nous donne une sensation agréable, grisante, mais qu’en reste-t-il au final ? Le résidu du vin, excusez-moi, c’est l’urine ; quel est le résidu de la beauté ? Quel aspect positif nous laisse-t-elle ? La beauté fait-elle de nous des gens meilleurs ?

 

L’automne

Tout comme le printemps est la saison qui regarde l’avenir, l’automne est la saison qui regarde vers l’arrière 

 Les désirs conçus par un cerveau automnal sont des désirs d’automne, nostalgiques, entassés dans la mémoire. Ils n’ont plus la chaleur de l’été ; même lorsqu’ils sont intenses, leur intensité est complexe, plurivalente, tournée vers le passé plus que l’avenir. 

 

 

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard. 

 

 

Un livre qui m’a davantage étonnée que plu. Il y a deux livres en un, d’abord le récit de formation de Pol Pot du temps où il s’appelait Saloth Sâr . C’est dans toutes les faiblesses de cet enfant, puis du jeune homme que Nancy Houston traque tout ce qui a pu faire de cet homme qui a tant raté, ses études, ses amours, un tyran parmi les plus sanguinaires. Il ne réussit pas à obtenir ses diplômes, il fera tuer tous les intellectuels. Il puisera dans les discours révolutionnaires français, de 1789 à 1968, le goût des têtes qui doivent tomber ! Les chiffres parlent d’eux mêmes, Pol Pot est responsable de 1,7 million de morts, soit plus de 20 % de la population de l’époque. L’article de Wikipédia, en apprend presque autant que ce livre, mais l’émotion de l’écrivaine rend plus palpable l’horreur de ce moment de l’histoire du Cambodge.

Et puis nous voyons la très jeune narratrice, qui doit avoir plus d’un point commun avec l’auteure, passer une enfance et adolescence très marquée par le mouvement hippie pendant son enfance et mai 68 à Paris pendant sa jeunesse. Le but de ces deux histoires, est de montrer les points communs entre cet horrible Pol Pot et la narratrice. Je pense qu’il n’y a qu’elle qui voit les ressemblances. En revanche, le passage par Paris et la description des intellectuels , Jean-Paul Sartre en tête qui soutiennent les Khmers Rouges est terrible pour l’intelligentsia française. La seule excuse à cet aveuglement volontaire, c’est de ne pas vouloir prendre partie pour les américains qui ont envoyé sur le Cambodge plus de bombes que pendant la deuxième guerre mondiale sur toute l’Europe. Et voilà toujours le même dilemme  : comment dénoncer les bombardements américains sans soutenir le communiste sanguinaire, Pol Pot.

 

 

Citations

l’écriture

De toute façon, elle a appris depuis l’enfance à neutraliser par l’écriture tout ce qui la blesse. Les mots réparent tout, cachent tout, tissent un habit à l’événement cru et nu . Dorit ne vit pas les choses en direct mais en différé : d’abord en réfléchissant à la manière dont elle pourra les écrire, ensuite en les écrivant. Protégée quelle est par la maille des mots, une vraie armure, les agressions ne l’atteignent pas vraiment.

 

Mai 68

Un jour Gérard vient l’écouter jouer du piano dans l’appartement de la rue L’homond. Au bout d’une sonate et demie de Scarlatti, il pousse un soupir d’ennui : » C’est bien joli, tout ça dit-il, mais je n’y entends pas la lutte des classes. »

 

Les Khmers rouges

 

Le 9 janvier 1979, les troupes nord-vietnamienne se déploient à Phnom Penh, révélant au monde la réalité du Kampuchéa démocratique, la capitale désertée, dévastée… Les champs stériles… Les monceaux de squelettes et de crânes… De façon directe ou indirecte, au cours de ces quarante cinq mois au pouvoir, le régime de Pol Pot aura entraîné la mort de plus d’un million de personnes, soit environ un cinquième de la population du pays. Le Cambodge gît inerte, tel un corps vidé de tout son sang .

 

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard

Voici mon deuxième auteur de ma famille affective. C’est encore d’un deuil dont il s’agit, celui de son frère. Ils sont quatre garçons, dans la famille, Daniel a partagé pendant onze ans sa chambre avec son frère de quatre ans son aîné. C’était le préféré de la famille, et comme il le lui avouera plus tard ce n’est pas toujours facile de porter ce titre sur ses épaules. Lui, Daniel, c’est celui qui rate l’école dans une famille ou être reçu à une grande école , si possible polytechnique était la règle, ce n’était pas facile non plus. Mais Daniel avait Bernard qui d’une simple phrase savait le rassurer. Quand l’enfant rentre très triste avec de très mauvaises notes, et qu’il hurle de colère le plus fort qu’il le peut : « je suis con, je suis con » d’une voix douce son frère lui répond

– Mais non, si tu étais con, je le saurais !

Citations

Manger ou dîner ?

L’heure tournant, je me lavais :
– Bon, ce n’est pas tout ça mais il faut qu’on y aille, on va manger chez les R.
Ma tante me regarda comme si elle avait avalé son dictionnaire. 
-Mais non, voyons, vous allez « dîner », chez les R.
Mon frère tempera doucement. 
-Oui, et tu connais Daniel, il en profitera certainement pour manger quelque chose. Toute notre vie je me suis alimenté à son humour.

Vocation ?

Il était ingénieur en aéronautique, spécialiste des vibrations. Il aurait préféré les eaux et forêts, les arbres, les animaux. Il aurait fait un bon éthologue. Des concours d’entrée en décidèrent autrement. Ainsi va la vie dans certaines familles qui ont accès aux grandes écoles, recalé à ce concours ci, reçu à celui-là, tu aurais aimé t’occuper d’oiseau, tu t’occupes d’avion. La préférence ? Qu’est-ce que ce caprice, au regard du rang à tenir ?

Humour

La probabilité jouait un grand rôle dans sa vie, le pire étant sûr -question de probabilités-, il n’y avait aucune raison de dramatiser. Nous échangions beaucoup de blagues autour de la probabilité. La veille de mon permis de conduire il me conseilla de convaincre l’inspecteur qu’il valait beaucoup mieux traverser les carrefour à cent quatre-vingt à l’heure qu’à vingt
 – Neuf fois moins de chances de percuter un autre véhicule, Monsieur l’Inspecteur.

Le couple

C’est donc l’histoire d’un couple, me disais-je, où le mari ne m’aura jamais dit de mal de sa femme qui ne m’en n’aura jamais dit du bien.

Ce jour je vais publier deux romans de deux auteurs pour lesquels j’éprouve de l’affection. Cela ne se dit pas, sauf sur un blog. Tous les deux font partie de ma famille de lectures, et tous les deux racontent le deuil.

Je lis tous les livres de cet auteur qui me tombent sous la main, celui-là c’est la souris jaune qui me l’a conseillé, qu’elle en soit remerciée. C’est un très beau livre, qui explique bien des failles et des difficultés d’être à fond dans la vie qui sont évoquées dans tous les livres de Jean-Philippe Blondel. Lorsqu’il avait 18 ans un accident de voiture a tué sa mère et son frère, c’est son père qui conduisait et celui-ci meurt quatre ans plus tard. Plombé par ces deux tragédies, le narrateur très proche de l’auteur, sans aucun doute, a bien du mal à trouver l’envie de « rester vivant » . Avec beaucoup d’humour et en restant très pudique, il arrive à nous faire comprendre et partager sa souffrance. Ce que j’apprécie chez lui, c’est que jamais il ne s’apitoie sur lui, jamais il ne fait pleurer sur son sort. Sa vision de l’Amérique est original et tout en suivant une chanson de Lloyd Cole Rich qui l’amènera à Morro Bay. 

Mais aussi à Las Vegas où il a bien failli se perdre lui et et aussi Laura et Samuel. Ce sont ses amis et leur trio est compliqué, Laura c’st son ex qui est maintenant la petite amie de Samuel qui est son ami pour toujours. Ce road movie lui permet de faire des rencontres intéressantes et même la loueuse de voiture qui semble d’un banal achevé se révélera plus riche qu’il ne s’y attendait. Bien curieuse famille où lui était l’enfant raté à côté du frère parfait qu’il entendait pourtant pleurer très souvent la nuit dans son lit.

la chanson qu’ils ont chanté pendant leur voyage à propos de laquelle il dit

Je devrais écrire un mail à Lloyd Cole.

Je commencerai par « Tu vois, Lloyd, un jour, j’y suis allé, à Morro Bay ».

Un jour, j’en suis revenu aussi. Et après, la vie a repris ses droits.

 

Citations

Style

Nous restons un moment comme ça, inutiles, sur le trottoir. Il n’y a presque personne dans les rues de la ville. On est un vendredi 2 mai. Le nuage de Tchernobyl s’est arrêté au frontière française. Il fait bon. Je sens des picotements dans mes mains et dans mes pieds. Je remarque une tache de peinture rouge sur le mur d’en face. Samuel se dandine d’une jambe sur l’autre. Il demande ce qu’on fait maintenant. Je veux voir du monde. Sentir la sueur et l’alcool. Nous optons pour le seul café qui reste ouvert jusqu’à trois heures du matin. En marchant, j’oublie que je sors de l’hôpital, j’oublie que je devais me faire opérer le lendemain, j’oublie que mon père est mort sur une route de campagne. La seule chose dont je me souviens, c’est que j’ai vingt deux ans ans.

Le deuil

Nous avons pris la voiture tous les quatre, au grand dam de mon oncle – qui ne voyait pas ce que Samuel avait à voir avec tout ça. Laure, encore, à la limite. Mais Samuel, non. J’ai simplement dit : » Il vient aussi. » Et tout le monde a obéi. Être le roi du malheur, ça a quand même des avantages. Les sujets se plient de mauvaise grâce à vos désirs, mais ils n’ont pas assez de cran pour vous contredire.

Une vision originale de Las Vegas

Je me sens instinctivement bien à Las Vegas.

C’est le centre du monde de l’oubli.