Édition Gallimard NRF juin 2023 . 202 pages

Encore un roman sur l’extermination des Juifs et aussi des Tziganes organisée par les Nazis, mais bien aidés par en Hongrie par les « Croix Flêchées ». Ce qui rend ce livre lisible malgré les horreurs que l’on connaît mais qui sont tellement difficiles à lire c’est que les deux fillettes qui ont fui l’extermination se soutiennent et vivent dans un zoo où les animaux sont tellement plus faciles à vivre que les humains ivres de sang. La petite juive Sheindel, et le petite Tzigane Izeta se sont retrouvées dans le zoo de Budapest et aident les animaux à survivre à la guerre. Elles sont aidées par un soldat Dumitru de l’armée rouge originaire de Roumanie, qui est vétérinaire. Leurs rapports avec les animaux permettent d’alléger l’horreur de cette lecture. Et puis, après la guerre, les deux petites sont séparées, l’une ira vivre en Israël, l’autre retrouvera les Tziganes en Europe. Et Dumitru ira au goulag où sa mère va mourir. Il en reviendra et s’occupera de chevaux, Sheindel le retrouvera mais, en revanche, Izeta et elle n’arriveront pas à se rejoindre. La dernière partie du roman voit l’arrivée d’un journaliste, Frédéric qui a des points commun avec le correspondant de guerre et auteur, Jean Hatzfeld. Il suit la guerre en Croatie puis en Bosnie, cette région à de nouveau connu une guerre civile avec son lot de pillages, de bombardements, de viols et d’exterminations.

Ce roman se lit facilement même s’il raconte la partie la plus noire de l’humanité . Mais j’ai une réserve, qui vient sans doute que j’ai vraiment beaucoup lu sur ce sujet et que, et le mélange de la vérité historique et de l’imaginaire n’a pas très bien fonctionné (pour moi). En peine guerre de Bosnie, le narrateur reprend une histoire de zoo, mais cette fois, le journaliste dit clairement que c’est une fiction qu’il a inventée car la réalité était trop horrible. Alors qu’en est-il pour la vie des deux petites filles dans le zoo de Budapest pendant la guerre ?

Extraits

Début.

La scène se répétait, rien n’allait et il faisait un froid de canard. Muni d’une fourche qu’elle maniait avec peine, une fillette incitait des dromadaires à sortir de leur stalle, sourde à leurs blatèrements que les murs renvoyaient en écho. Ils refusaient de quitter le fond, qu’ils ne cessaient de longer dans une bousculade exaspérée.

Images terribles qui doivent hanter tous les descendants des juifs d’Europe centrale.

 À cet instant un cortège surgit dans la rue Király. En tête des miliciens coiffés de leurs calots verts marchaient d’un pas trop impulsif pour être cadencé. Derrière, un premier rang de femmes ; les suivait une foule d’hommes, le plus souvent cravatés, et encore des femmes silencieuses avec leurs enfants. Des hommes vêtus d’habits religieux marchaient en petits groupes, il y en a qui s’étaient bandé la tête d’un tissu pour dissimuler des blessures ou simplement la nudité de leurs joues qu’ils avaient sans doute été obligés de raser en guise d’humiliation. Ils avançaient au rythme des militaires hongrois et des gendarmes allemands fusils à la main Tous ne portaient pas l’étoile jaune, ils levaient les mains à hauteur d’épaule, rien dans leur comportement ne trahissait la panique. La marche n’était troublée que par les cris des miliciens. Sur les trottoirs, on chuchotait, les passants s’arrêtaient sauf ceux qui filaient pour ne plus voir.

L’autre thème du livre : les animaux .

Quand tu parviens à te tenir immobile dans un endroit sauvage, avec de la chance, tu vois un animal venir à toi, te rendre visite, répondit Sheindel. Rien de comparable avec un animal qui passe par hasard et marque un temps de surprise. Ou un animal à l’affût que l’on observe avec des jumelles en évitant d’écraser des branches sèches sous ses bottes. Un animal qui s’approche de toi à petits pas, le museau frémissant, c’est fantastique pour la simple raison qu’il vient pour toi.

 

Édition la Table Ronde, collection la petite Vermillon, 1937 puis 1999 et Janvier 2024, 410 pages.

Traduit de l’anglais par Frédérique Daber

 

Dès que je saurai qui a été ma tentatrice (ou, mais cela m’étonnerait, mon tentateur) , je mettrai un lien vers son blog.

Je me réjouissais tellement de lire ce roman et de partir loin des horreurs mêmes bien décrites de l’antarctique, mais, malgré mon envie de me plaire chez les nobles anglais habitant l’Irlande, j’ai été déçue par ce roman.

Comme le dit Nathalie Crom dans sa préface , il fallait bien connaître de l’intérieur la noblesse protestante qui vit en Irlande pour décrire avec autant de minutie leur quotidien. Cela est certainement vrai, mais voilà, est ce que cette vie est intéressante ? pour moi à l’évidence la réponse est … pas trop !

Le roman commence dans une maison genre manoir aux apparences d’un château au bord d’une rivière aux eaux sombres, Garonlea. Les habitants au début du XX° siècle y sont particulièrement malheureux, car ils vivent sous l’autorité de la femme d’Ambrose un mari falot qui ne conteste jamais les décisions, même les pires, de son épouse Lady Charlotte McGrath. Leur fils, Desmond vit en pension loin de cet endroit qui suinte l’ennuie et la méchanceté mais les quatre filles sont tyrannisées par cette mère sans même penser à se révolter, sauf la petite dernière Diana. Muriel restera tout sa vie au service de son horrible mère, Enid sera mal mariée à Arthur qu’elle a cru aimer, Violette aura un vrai mariage .
La deuxième partie, voit l’arrivée de Cynthia la fiancé puis l’épouse de Desmond qui s’installe en face à Rathglass, voilà une jeune femme lumineuse qui va éteindre peu à peu le règne de Lady Charlotte. Hélas la guerre 14/18 verra la mort de Desmond mais aussi le bonheur de Diana qui vient vivre avec Cynthia et fuit l’horrible demeure de Garonlea. elle sera d’un grand secours pour sa belle soeur et ses neveux Simon et Sue pour qui la belle Cynthia n’a aucune tendresse, d’autant plus qu’ils ont tous les deux peur de monter à cheval ! Pourtant seule occupation digne d’un noble anglais

La boucle du roman se termine quand Simon hérite de Garonlea et que Cynthia arrache à cette demeure toutes les traces du passé, en luttant contre son fils qui pour s’opposer à sa mère qui n’a pas su l’aimer, ni lui ni sa soeur, veut redonner à cette demeure l’allure qu’elle avait sous le règne de sa grand-mère la méchante Lady Charlotte. Au grand désespoir de Diana qui a été si malheureuse quand elle était enfant à Garonlea.

À quoi s’occupent ces gens dont les revenus semblent sans limite ? La chasse et les fêtes , voilà tout. Dans cette Irlande où dans ces famille-là on passe son temps à se moquer des balourds d’Irlandais, on vit entre soi sans aucun rapport ni avec les domestiques ni avec la population. Le roman se concentre sur les décors des demeures, les détails des vêtements des femmes, et toutes les péripéties de la chasse et les chevaux. Pour faire une comparaison de la célèbre série Downton Abbey, ce serait les Crawley sans les domestiques ni le village. On passerait notre temps de réception en réception et la série n’aurait assurément aucun succès. Malgré les histoires d’amour de la belle Cynthia.

C’est le cas pour ce roman, avec, il est vrai une analyse très poussée des sentiments de chaque personnage, mais comme ils ne sont pas ancrés dans une réalité , leurs personnalités semblent venir ex nihilo, comme des données intangibles : Lady Charlotte est méchante, Cynthia est brillante, Diana est gentille et sera dévouée à Cynthia toute sa vie …

Bref un roman que j’ai lu sans grand intérêt , il faut dire que ma passion pour le belles robes et les bals est limitée, je reconnais quand même à cette écrivaine une honnêteté sans faille à propos de les description de la vie oisive et superficielle de la noblesse protestante qui vit au milieu d’Irlandais qui, un jour, les chasseront avec violence de leur pays.

 

Extraits

Début.

Comme nous connaissons mal les premières années du xxe siècle. 1901, 1902, 1903 et jusque 1914 : les années de brume. Loisirs, richesse, espace, premiers automobilistes en cache- poussière, courage des pionniers de l’aviation, certes tout cela nous impressionne. Mais nous ne ressentons pas vraiment cette époque, du moins pas comme nous ressentons celle de la guerre mondiale. Là, nous sommes véritablement conscients.

Portrait de la mère tyrannique.

Lady Charlotte French-McGrath, qui marchait derrière ses filles, était un abominable tyran, littéralement bouffi de vanité familiale et d’un effroyable orgueil de caste. Elle avait une vision étrange de sa propre puissance, vision qu’elle avait bel et bien réalisée en vivant surtout à Garonlea, en compagnie d’un époux dévoué, d’enfants terrorisés et de nombreux fermiers et serviteurs. Elle avait vécu à Garonlea, elle y avait souffert, elle en était le chef suprême.

Le père.

Ambrose French-McGrath, l’homme qui avait conçu ces jeunes filles, était un être triste et inquiet qui préférait nettement la compagnie de ses inférieurs à celle de ses égaux par la naissance et la position sociale.
Il était terriblement fier de sa maison et de sa terre et sa fierté était émouvante : c’était celle de locataire à vie (…)
Il y avait si peu de choses à dire lorsqu’on voulait parler d’Ambrose, cet homme falot, triste et tendre. Sa personnalité était comme camouflée dans les circonstances de sa vie : « fils du vieux Desmond McGrath, le type le plus drôle du monde », « sa femme est étonnamment efficace », « meilleure chasse à la bécasse de toute l’Irlande », voilà ce qu’on disait d’Ambrose. De sa personne jamais rien.

Tenir son rang.

 Cynthia, la vie et l’âme de ces lieux. Cynthia, l’hôtesse modèle. La mère accomplie. La châtelaine vénérée de Garonlea, accusée d’avoir l’indécence de paraître malheureuse. Le malheur était un attribut de l’échec. C’était une incorrection envers ses invités que de laisser voir de la tristesse en une si joyeuse occasion. On ne devait pas se laisser aller un seul instant.

Les tenues de la jeunesse des filles de Lady Charlotte.

 Comment se faisait-il que ce temps de leur jeunesse pût paraître à présent comique ? À l’époque romantique où elles les portaient, ces vêtements leur avaient semblé parfaits. Tout ce que l’on trouvait à dire pour leur défense maintenant, c’était qu’ils ne différaient pas tellement de ceux d’aujourd’hui. Il était impossible de dire ; « Nous étions ravissantes dans ces vêtements. Les hommes n’avaient d’yeux que pour nos seins rebondis. Nous avions des principes auxquels nous croyions dur comme fer. Nous n’étions pas grossières, malheureuse, et plates comme le sont nos filles. »
Pas malheureuse ? Cette façon de nier l’évidence, aussi, était typique de l’époque.

Bon résumé de la vie de cette noblesse

Elle avait beaucoup aimé ses vêtements. Elle les avait choisis avec un goût sûr et original, les avait portés avec le plus grand succès et les avait appréciés bien au-delà de tout de utilitaire. Parce qu’ils faisaient partie d’elle, de sa beauté, de son prestige et de sa puissance, la moindre intrusion dans cette garde-robe de fantômes et de souvenirs l’eût enragé. Toutes ces robes étaient à elle, elles étaient sa vie. Pas un passé vague et indistinct. Elles avaient souligné sa beauté, lui avaient été chaudes ou légères, avaient vécu avec elles des heures d’amour, de terrible solitude, de vive satisfaction.

Je n’aime pas ce genre de procédé.

( en plus on attend évidemment la suite, mais en réalité ici rien ne va se passer autrement que la continuité roman)

Supporter cette première éclipse de son autorité. Tout cela l’épuisait. Mais elle eût souffert plus encore si elle avait su où cela allait la mener.

 


 


Édition Au Diable Vau Vert , avril 2023, 210 pages.

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard

Mawson savait qu’il n’existait pas de mot pour en parler, puisque les mot étaient une façon de communiquer entre les Homme et que le Sud était par essence totalement inhumain. 

Je me trouve devant une difficulté pour mettre des coquillages, je dois en mettre 5 pour la qualité d’écriture et deux pour mon plaisir de lecture. Alors ce sera 3 : une côte bien mal taillée !

Je m’explique : Justine Niogret , sait, oh combien, faire ressentir la souffrance de ceux qui sont partis explorer ce continent dans le froid extrême, le blizzard, les glaciers qui cachent des crevasses où peuvent mourir hommes et chiens …. Mais c’est tellement horrible que je me suis demandée pourquoi je m’infligeais cette lecture !

Au début du XX° siècle, les hommes veulent explorer toute la planète terre. Parmi les endroits les plus inhospitaliers, il y a les pôles. Nous suivons donc l’expédition de Mawson, et ses deux amis pour aller le plus loin possible sur l’antarctique. Tout le talent de l’autrice est de nous faire ressentir dans notre chair, les épreuves que ces hommes doivent endurer, pour rien ou presque. La seule douceur vient des relations de respect et d’amitié que les trois hommes tissent entre eux.

D’abord le froid, un froid humide qui gèle au point, parfois, de maintenir la tête d’un homme renversée en arrière car la capuche a durci dans cette position. Le vent qui souffle si fort qu’on ne s’entend pas et qui empêche parfois pendant deux ou trois jours toute progression. La difficulté du terrain qui ne correspond que rarement à un glisse rapide, ce ne sont souvent que des suites de stries profondes de glace qui blessent les pieds des chiens, et enfin les terribles crevasses cachées par des ponts de glace qui peuvent s’effondrer à tout moment, entraînant dans des abysses sans fin, chiens traineaux et humains. Il faut aussi compter sur la nourriture qui n’est jamais suffisante et si compliquée à réchauffer. Et puis, il y a les chiens qui sont des compagnons indispensables mais qui s’épuisent quand la nourriture vient à manquer et comme le titre le dit, il faudra qu’ils servent de nourriture aux chiens plus vaillants et aux humains .
Il ne restera qu’un homme presque moribond de cette expédition qui n’a servi à rien mais qui est l’occasion pour cette écrivaine de nous faire partager son talent si évocateur.
Si vous aimez les sensations fortes, si vous êtes moins impressionnable que moi, lisez ce livre c’est un modèle d’efficacité littéraire.

 

Extraits

Début .

 Hors de la tente, un des chiens se mit à hurler. On ne pouvait guère entendre son cri, mais on le ressentait, dans la chair : une vibration organique, vivante, au milieu des rugissements de vents si durs qu’ils en devenaient minéraux.

Le vent.

Mawson avait croisé des tempêtes, aussi bien sur terre que sur mer : elles restaient toujours à une certaine échelle humaine. On pouvait imaginer la volonté d’un Dieu ou d’une déesse s’en prenant aux hommes et à leurs constructions, voulant leur faire revenir en bouche le goût de la boue des débuts du monde. Il y avait de la sauvagerie, mais une sauvagerie que l’on pouvait appréhender. Ici, c’était autre chose. Ici le vent dansait à sa façon et rien, absolument rien, ne savait danser avec lui.

Se nourrir.

 Ici, on ne mangeait pas pour grossir, grandir, se sentir repu. On mangeait pour repousser encore le moment de la mort.

Le danger du soleil sur la glace.

Mawson connaissait le soudain éclat de lumière pure, reflété par une glace aussi translucide qu’un cristal. Il se souvenait très vivement de cet instant brutal où le soleil frappe sans aucun filtre au fond de l’œil et de la brûlure atroce ressentie par la cornée, frappée comme par la foudre.

Une horreur de plus.

Johnson avait toujours été une gentille bête, loyale et travailleuse. Les hommes furent attristés de sa mort. Ils tentèrent de découper sa viande en lamelles avant de la faire bouillir dans l’eau, et d’y ajouter quelques pincées de pemmican. Le repas les laissa affamés. Les chiens dévorèrent la carcasse, arrachant les tendons et les cartilages, déchirant la peau, broyant le crâne. Mawson se surprit à se demander s’il les enviait de prendre plaisir à ce repas. Lorsqu’il vit la chienne gober les dents nues Johnson tombées dans la neige, il estima que non.

La mort ou presque .

 Ici était la terre du dénuement, ici était la terre de la mortification. Pouvait-il mourir, en avait-il le droit, seulement, tant qu il lui restait de quoi manger et de quoi avancer  ? Peut-être pas. Était-ce la faute de ce continent était-ce sa volonté de consumer par les flammes de la glace tout ce qui s’y trouvait ? Non sa rudesse composaient toute sa nature. Mawson pouvait-il en vouloir à la banquise ? Il savait qu’il nourrissait une colère contre elle un ressentiment profond, brutal.

 


Édition Stock janvier 2024

 

En 1720, le roi de France, Louis XV, a décidé que la Louisiane serait une terre française, et pour cela il faut peupler cette région, donc y envoyer des femmes : c’est le thème de ce gros roman de 550 pages. Le premier envoie fut une catastrophe car les femmes ne voulaient pas partir et ont résisté jusqu’au bout. Les autorités s’y prennent donc autrement et réussissent à convaincre des femmes de s’embarquer à Lorient sur un navire appelé « la Baleine », direction la Louisiane, le mariage et surtout la procréation car il s’agit avant tout de peupler cette région de bons petits français.

Le roman commence à la Salpêtrière, où sont retenues prisonnières, pour des raisons les plus diverses, de très jeune filles. Nous allons y rencontrer connaître les héroïnes du roman : Geneviève la plus âgée, dont les parents qui cultivaient les vers à soi en Provence, ont tout perdu dans un incendie, Pétronille qui a une tâche blanche sur le visage et dont les parents se sont débarrassés , Etiennette et Charlotte deux orphelines élevées à la Salpêtrière . Les conditions de vie dans cet asile pour jeunes filles et jeunes femmes sont absolument horribles et on comprend qu’un ailleurs les ait tentées.

La deuxième partie c’est le voyage, on peut imaginer l’horreur de cette traversée sous le regard sévère des bonnes sœurs, heureusement sujettes au mal de mer ce qui donne un peu de liberté aux passagères. Pendant le voyage des liens se créent, une histoire d’amour avec un marin et des liens amoureux entre Charlotte et Etiennette. Un abordage de pirates puis, enfin, plus mortes que vives, leur arrivée en Louisiane

Troisième partie : le destin de ces pauvres filles qui sont mariés à des rustres pour la plupart et qui vivent dans des conditions très hostiles : une nature difficile à supporter et des populations indiennes qui voient d’un mauvais œil ces gens qui leur volent leur terre.
L’autrice a recherché sérieusement ce qu’elle a pu trouver dans les archives de ces faits historiques et à partir de là elle a construit une intrigue romanesque. Autant la toile de fond historique m’a intéressée autant le romanesque m’a semblé plaqué et je n’ai pas du tout adhéré aux personnalités qu’elle a choisies de mettre en scène. L’intrigue amoureuse entre Charlotte et Geneviève n’est pas passionnante et les tourments psychologiques de la pauvre Charlotte m’ont quelque peu lassée. Comme ces femmes ont la sympathie de l’autrice, elles sont « évidemment » proches des Indiens (les Natchez) et s’offusquent du sort qui leur ait réservé et elles essaient d’être « gentilles » avec le esclaves noirs.

La description de la situation des Natchez de leurs révoltes et finalement de leur extermination par les Français m’a beaucoup intéressée .

Une déception pour ce roman dont j’attendais beaucoup, car je n’avais encore rien lu sur ce sujet. La quatrième de couverture annonce une série télévisée à partir de ce livre, je pense que cela peut donner de belles images et peut être que le romanesque passera mieux.

Extraits

Début.

Paris, mars 1720
 Marguerite doit dresser une liste. Elle replie la lettre de l’avocat général, s’efforce de trouver une meilleure posture pour sa jambe raide. Après la pluie de ces derniers jours, la douleur enfle de ses orteils à sa cuisse, bourgeonne jusque dans les articulations de ses mains. C’est l’heure où les filles ont quitté les ouvroirs, où les voix récitant les derniers psaumes se sont tues, où les sœurs officières lui ont remis leurs derniers inventaires. Les atelier sont fermés et les artisans retirés dans leurs logements. On n’entend même plus les prisonnières des loges aux folles.

L’état des prisons en 1720.

 Comme tous les hivers, le système d’évacuation qui longe le mur à l’est de la Salpêtrière à débordé quand les eaux épaisses de la Seine se sont mises à couler trop vite ; la prison trempe dans une odeur aussi solide que de la boue séchée, de la fiente d’oiseau.

Consoler une enfant de la mort de son père.

 Elle envie la tristesse simple, abyssale de sa fille. Hier, en voyant le cercueil pour la première fois, la petite s’est mise à sangloter, et Geneviève lui a raconté une histoire pour l’apaiser. Une fois sous terre, le cercueil se transformerait à nouveau en chêne, ses planches se feraient racines. Un arbre invisible jaillirait et ses branches deviendraient des échelles, hautes et biscornues. Elles mèneraient jusqu’aux nuages.

 

 

 

 


Édition Gallimard janvier 2024

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard

 

Voici un livre vite lu et vite oublié. Est-ce une très critique très grave ? Non pas tant que ça, car le temps que l’on passe avec Marion Fayolle est agréable. Elle raconte bien d’où sa narratrice est originaire. D’une ferme en montagne, où des générations de paysans se sont succédées en soignant avec amour leur bêtes.

On sent aussi que l’autrice veut raconter cela sans s’impliquer, l’enfant s’appelle « la gamine » et c’est un personnage comme « la ferme » , « la mémé » , « les buissons », « les bêtes » …

On feuillette un livre d’images avec des personnages qui passent dans un beau décor.

Difficile d’en dire plus, sauf que ce monde n’existe plus et qu’il valait bien sans doute ce témoignage.

Extraits

Début .

La bâtisse est tout en longueur, une habitation d’un côté, une de l’autre, et au milieu une étable. Le côté gauche pour les jeunes, ceux qui reprennent la ferme, le droit pour les vieux. On travaille, on s’épuise, et un jour on glisse vers l’autre bout.

La gamine qui ne mange pas.

 On n’a jamais vu une gamine comme ça, qui ne veut rien avaler, à qui aucun plat ne fait plaisir, même ceux avec des patates, avec du fromage fondu, avec du sucre. Pour la mémé, manger c’est qu’il y a de plus important ; cuisiner c’est une preuve d’amour. Alors ça la désole de voir la gamine rester des heures devant son assiette, à tout trier, à tailler les bords de sa viande parce qu’elle le trouve trop durs, à retirer chaque minuscule nerf. Une bonne viande comme ça, des bêtes de la ferme, qui ont grandi là, qui ont tout un paysage à brouter, une vie de travail.

La jeunesse .

Au lycée, les jeunes apprennent l’anglais et l’espagnol. C’est pas facile d’ailleurs, avec des gènes qui n’ont jamais quitté le village, de réussir à prononcer les sons d’un autre pays. Ils ont envie de partir, de débrider leur mobylette, de connaître ce qui existe derrière les montagnes, après les vallées, de l’autre côté des frontières. Ils ont eu un paysage entier pour grandir mais ça ne leur suffit pas. Au delà de la ligne d’horizon, ils sont convaincus que c’est mieux. Ils n’auront pas de bêtes. Les bêtes, ils le savent ça emprisonnent. Regardez les parents, ils ne peuvent pas bouger, il faut qu’ils soient là chaque matin, chaque soir, pour nourrir les vaches, les poules, les chiens et les chats. Même les week-ends.

 


Édition Seuil Janvier 2004

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard

Le thème de notre club de lecture de Mars 2024 est original et, pour moi, très intéressant : la bibliothécaire est allée chercher dans la médiathèque des romans qui ont eu du succès il y a 20 ans , donc en 2004 !

J’ai beaucoup lu Andreï Makine et souvent avec grand plaisir, je n’avais pas lu ce beau roman d’amour désespéré – nous sommes en URSS !- je n’ai pas du tout regretté cette découverte . Donc après « la vie d’un homme inconnu« , « Le livre des brèves amours éternelles » « L’archipel d’une autre vie », voici le destin de cette femme qui depuis trente ans attend le retour de son grand et seul amour.

Ce roman nous permet de découvrir les ravages de l’hécatombe d’hommes soviétiques morts lors de la deuxième guerre mondiale. Véra vit dans un village près de la mer blanche, Mirnoïe, elle est institutrice mais passe aussi toute sa vie à s’occuper de vieilles femmes complètement seules car leurs maris et leurs fils sont morts à la guerre. La description de ces destinées est vraiment tragique. Le narrateur est un jeune homme de Léningrad et il est séduit par Véra qui a l’âge d’être sa mère, nous dit-il.

Il va l’aimer mais ne saura pas l’embarquer dans sa propre vie, elle qui n’avait été que la fiancée de seize ans d’un jeune homme qui ne revient pas.

On vit avec l’auteur le froid et la violence des rapports humains en URSS, ce n’est sans doute pas son meilleur roman, mais c’est un bel hommage à son pays en particulier aux femmes russes. Les tragédies russes nous donnent souvent envie de pleurer (encore plus fort dans notre actualité de 2024 !)

Extraits

Le début .

« Une femme si intensément destinée au bonheur (ne serait-ce qu’à un bonheur purement physique, oui, à un bien-être charnel) et qui choisit, on dirait avec insouciance, la solitude, la fidélité envers un absent, le refus d’aimer… »
J’ai écrit cette phrase à ce moment singulier où la connaissance de l’autre (de cette femme-là, de Véra) nous semble acquise.

 

Évocation de la nature .

Plus tard, j’apprendrais le dénivelé des chemins, la vêture vivante des arbres, nouvelle à chaque tournant, les courbes fuyantes du lac dont je pourrais bientôt suivre la berge les yeux fermés. 

Les Russes soviétiques.

 Devant nous, serrés sur les banquettes, ils formaient le tableau vivant de ce que le régime pouvait faire d’un être humain : lui enlever toute individualité, l’abêtir à ce point que, de son propre gré, il lisait la « Pravda » (plusieurs journaux étaient ouverts ici ou là), mais surtout lui enfoncer dans le crâne l’idée de son bonheur. Car qui parmi ces rouages ensommeillés ne se serait pas reconnu heureux ?

Flirter.

 Chaque génération a sa façon de flirter. Dans les années soixante, quand j’étais à Leningrad, les hommes qui vous abordaient et qui voulaient surtout brûler les étapes n’avaient que cela à la bouche : « la théorie du verre d’eau » de Kolantaï. Dans la fièvre révolutionnaire la belle Alexandra grande amie de Lénine avait concocté ce précepte : assouvir son instinct charnel est aussi simple que boire un verre d’eau. Cela paraissait tellement vital que, durant les premières années après 1917, on projetait très sérieusement de construire dans les rues de Moscou des cabines où les citoyens pourraient satisfaire leurs désirs physiques. Le meilleur flirt est l’absence de tout flirt. Le passage à l’acte immédiat. On se croise dans la rue, on trouve la cabine la plus proche, on boit « son verre d’eau », on se sépare. Une grosse pierre dans le potager des convenances bourgeoises.

 

 

 

 

 


Édition Gallimard novembre 2023

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard

Décidemment dans la sélection des nouveautés du club de lecture , il y a beaucoup de livres qui parlent de la Shoah en France. Est-ce un hasard, ou le fait que les souvenirs se réveillent libérés du poids des interdits du venant de ceux qui avaient vécu ou participé à ces terrible évènements ? Violaine Huisman est près de son père quand il décède, elle veut trouver qui était Denis Huisman, que les gens de ma génération connaissent bien pour avoir travailler sur les manuel de philo « Huisman-Vergez » .

Sa quête de mémoire est douloureuse car ce père fantasque a été un mari volage et n’a pas su aider les deux filles qu’il a eues avec un femme bipolaire. Elle se sent la fille de la « folle », elle aime son père mais a peu d’illusions sur ses qualités morales. (Sa mère est l’objet d’un roman que je n’ai pas lu). Le portrait de ce père haut en couleur est bien mené et très agréable à lire, très vite l’autrice se heurte à la difficulté de démêler ce qui est réel de la mythologie familiale dans laquelle les personnages tiennent des positions qui font de beaux récits mais qui ne respectent pas toujours la vérité historique. Une grande partie de sa recherche concerne Georges Huisman, l’ancêtre si glorieux de la famille et auquel la société d’après guerre n’a pas rendu les honneurs ni la place qui aurait dû lui revenir. On revit sa fuite lors de l’invasion nazie et sa peur d’être déporté comme juif. L’autrice nous fait revivre l’épisode du « Massilia » bateau dans lequel se sont embarqués des députés et des membres du gouvernement : Mendes-France, Jean Say entre autre, respectant en cela les ordres de Pétain. Mais tous ceux qui sont juifs seront arrêtés et jugés pour haute trahison. Tout cela est intéressant et a certainement marqué le jeune garçon (le père de la narratrice) qui a dû se cacher et craindre pour sa vie. Mais dans la mémoire familiale et il y a aussi Choute une jolie femme très riche dont George Huisman aurait été très amoureux. Violaine Huisman s’empare de cette histoire et on ne sait absolument pas ce qui relève du roman ou de la réalité.

J’ai aimé lire cette biographie (même adoré la première partie) et la façon que l’auteur a de démêler tous les fils du passé qui arrivent vers elle comme une pelote souvent agressive qui brouillent tellement bien les cartes de la réalité et de la narration familiale. Mais j’ai trouvé en ce qui concerne son grand-père que le mélange historique et fiction littéraire était gênante.

Extraits

Début.

 Te voir avachi. devant la télé en plein après-midi me sidère est me brise le cœur. Je coupe le son. Merci, silence. Le reflet des images diapre les murs comme les vitraux d’une chapelle. Par la fenêtre, à gauche un rayon de soleil dessine autour de ta chevelure un halo d’or. En arrière-plan, des étagères de livres reliés en cuir châtain forme un paysage vallonné, des collines où se dressent en lettres scintillantes tes auteurs-phares.

J’aime cette façon de raconter.

 Tu as la voix qui porte et le ton professoral ; où que tu sois tu donnes un coup magistral, y compris en tête à tête avec ton agonie. Tu peux de but en blanc déclamer un poème de Hugo ou une tirade de Corneille, en philosophie tu es incollable intarissable tu sembles avoir tout lu tout retenu(…)

Un grand talent d’écriture.

 Cette rosette rouge sur le revers de ton veston intrigué énormément les enfants, toutes générations confondues. À quoi ça sert ? Te demandait-on à tour de rôle. À rien mon pauvre amour ! Strictement à rien, sinon à flatter la vanité des vieux croulants comme moi. Ou plutôt si, ça sert à une chose à partir du grade de grand officier, un vulgaire gendarme ne peut pas vous convoquer au poste, c’est le commissaire de police en personne qui doit se rendre à votre domicile pour vous arrêter. Je ne voyais pas en quoi ce privilège t’aurait été utile.

Le rituel de la nouvelle cuisine.

 Le rituel protocolaire des établissements étoilés t’emmerdait au plus haut point, mais tu en raffolais. Tu trouvais la nouvelle cuisine chichiteuse et ces portions mesquines. Quand un serveur entamait le récitatif des produits préparés dans ton assiette, tu accueillais sa sérénade en bâfrant avec une telle voracité que tu avais régulièrement fini avant qu’il ait conclu son cérémonial en nous souhaitant une bonne dégustation.

Son héritage à Paris.

 Paris était le foyer ancestral où j’étais la fille de : la fille de ma mère-la-folle, la fille de mon père, la petite fille d’un grand-père illustre, fût-il injustement oublié. Je m’étais construite ailleurs car à Paris, j’avais l’impression à chaque carrefour de trébucher sur un pavé.

Son père et les femmes.

 Dans ces récits une femme était avant tout incarnée, et son potentiel de séduction primait sur toute autre qualité. Une femme était soit vieille et moche, soit jeune et fraîche. Décidément, mon père n’était pas un féministe tout à fait hors pair !

Vision de Haussman par Georges Huisman.

 Là on l’entend marmonner son courroux sous son inlassable moustache en pénétrant dans ces monuments du second Empire : ces « vandales » qui ont défiguré Paris ! Haussmann -le pire ce qu’on a appelé les « embellissements » de Paris n’est qu’un système générale d’armement contre l’émeute. l’Attila de la ligne droite !

 

 

 


Édition Lepassage juillet 2023

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard

 

Une horreur de plus dans mes lectures et même si c’est très bien écrit je ne peux pas dire que j’ai vraiment apprécié : c’est trop horrible. Et, je n’ai pas besoin de ce genre de récit pour imaginer les horreurs des pogroms.

C’est cela que raconte ce roman une petite fille de huit ans vit quelque part dans l’est (Pologne ?, Ukraine ? plus certainement Russie) au début du XX° siècle. Son bonheur est construit autour des liens familiaux, en particulier l’amour de son père. Sa mère est étrange, elle « sert » essentiellement à nourrir les bébés qui arrivent très régulièrement dans cette famille juive. Henni la petite fille a un grand frère Lev qui fuit sa famille et le Shtetl entouré de populations qui leur sont hostiles. Henni a aussi une grande soeur, Zelda qui est son modèle et la rassure beaucoup.

Le jour de la catastrophe, des brigands (des cosaques ou des paysans autour du Shtetl) envahissent le village, ils brisent tout, pillent, violent et tuent tout ce qui semble vivant. La petite fille voit, le jour d’après, des paysannes des alentours venir se servir dans les maisons éventrées et piller ce qui reste d’utilisable. Son instinct de survie la guide dans ce chaos pour trouver qui peut vraiment l’aider à survivre, et elle a eu bien raison de se cacher de ces paysannes qui certainement ne lui voulaient aucun bien .

Henni fuit avec sa soeur, ses parents sont tués et les bébés aussi , l’auteure suit pas à pas la fuite de cette petite fille de huit ans qui essaie de trouver des solutions face à la folie des « furieux ». C’est terrible et tellement sans espoir.

La question que je me pose c’est le pourquoi d’un tel livre, qui pouvait imaginer que les pogroms soient autre chose que cela ? Est ce que cela rajoute quelque chose que ce soit vu par une petite fille ? Je crois que je répondrais non à ces deux questions. Il reste que cette écrivaine a un très beau style qu’elle a mis au service d’une cause dont il faut se souvenir. Car l’antisémitisme profond de ces régions permettra aux nazis cinquante ans plus tard d’assassiner massivement les populations juives des Shtetl, aidés pour le faire par les populations locales qui, de tout temps, avaient organisé des pogroms contre ces villages, en toute impunité.

 

Extraits

Début du prologue.

Au moment précis où, enfin, Henny s’apprête à s’enfuir ou dehors dans la neige, c’est le plus grand, le plus maigre des hommes entrés dans la maison qui arrache le dernier bébé du sein de Pessia et le soulève au dessus de lui. Lel cri qui monte avec l’enfant emplit l’air de faisceaux, de fumées, de roches explosives.

Début du chapitre 1.

 Elle a cinq ans lorsque son père lui fabrique un tabouret à sa taille. Assise ou perchée dessus, les pieds écartés et le corps grandit d’impatience, elle fait les lits, elle fait la poussière, elle frotte le chaudron ou Zelda tout à l’heure cuira le bouillon gras du poulet.

Début du pogrom.

Il y a alors un grand bruit du côté de la porte, un grand froid, plusieurs vitres tombent comme la glace qui finit par céder à la lisière du toit, mais pas vraiment pareil. Des hommes, on ne sait pas qui ni combien de temps ils semblent pressés envahissent la pièce tels des chevaux furieux.
 À leurs pieds ils apportent la boue que fait la neige fondue, triste et molle sur le bois du plancher. Ils renversent tout, la machine à coudre, la marmite, les plats, la théière, la bonne lampe qui brûlait sans jamais fumer. Ils cassent, ils arrachent ce qui tenait à cœur dans un fracas épouvantable. Ils sont l’orage annoncé.

Des enfants essaient de comprendre le pogrom.

Ensuite, il dit un ton plus bas, avec une torche ils ont mis le feu à ses cheveux.
À qui ? Dit Henni, intriguée. Les cheveux de qui ?
D’une femme. Une femme qui était là. Je l’ai vue sortir dans la cour en chemise et ils l’ont attrapée.
Il s’interrompt, cherche ses mots. Ou alors il attend que l’image se déroule dans sa tête, polisse et soit moins difficile à donner.
Elle a couru, ils l’ont frappée et puis elle est tombée là-bas, elle n’a même pas crié. 

L’après .

 Là-bas, différents objets sont éparpillés sur la terre détrempée. On identifie un morceau de violon, par exemple, un chapeau d’homme, un livre grand ouvert, une bouteille, une petite chaussure. 

 

 


Édition Seuil. Octobre 2023. Traduit de l’espagnol par Isabelle Gugno
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Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard

 

Je ne connaissais pas cet auteur, pourtant un écrivain majeur espagnol mais ce n’est pas ce roman qui me conduira à lire d’autres livres de lui. Et encore une fois, méfiez-vous des jugements que l’on trouve sur la quatrième de couverture :

Un thriller psychologique impressionnant 

La Vanguardia

on est loin d’un thriller ! Même si une angoisse se diffuse dès les premières lignes du roman.

Un homme raconte par le détail son installation à Lisbonne, dans un appartement dans lequel il attend son épouse, Cécilia. Dès les début, on sent que son souci de créer une appartement exactement à l’identique de celui qu’ils habitaient à New-York est bizarre et puis, ce personnage d’Alexis l’ouvrier parfait semble étonnant aussi. On sent bien qu’on ira vers une révélation finale qui contredira tout ce bel agencement autour d’une femme trop parfaite.

Donc nous sommes avec ce « je » nous ne découvrirons qu’à la fin son prénom, Bruno, qui a vécu l’effondrement des tours jumelles le septembre 2001, c’est sans doute le déclencheur du roman en tout cas cela occupe une grande place dans ses réflexions. Cecilia qu’il attend travaille dans un laboratoire et étudie le cerveau des rats qu’elle a d’abord traumatisés, elle étudie, en effet, les traces de la peur dans le cerveau. La belle image de Cécilia perd un peu de son lustre quand le narrateur raconte les singes enfermés dans des cages dans son laboratoire. Une seule échappée vers l’extérieur de l’immeuble dans un palais racheté par un homme très riche et un peu fou mais sinon nous sommes tout le temps avec Bruno et sa chienne et on attend … Godot ? non Cécilia qui ne viendra pas, elle non plus. Cela nous donne des réflexions sur le temps qui ne m’ont que très peu intéressée.

On sent que le cerveau de cet homme est malade qu’il est en quelque sorte comme les rats du laboratoire de Cécilia mais cela ne fait ni un thriller ni un roman, en tout cas pour moi, je suis certainement complètement passée à côté de cet écrivain pourtant si connu et à qui je reconnais un très beau style bien servi par une traduction de qualité.

 

Extraits

 

Début.

Je me suis installée dans cette ville pour y attendre la fin du monde. Les conditions sont inégalables. L’appartement se trouve dans une rue silencieuse. Du balcon on voit le fleuve au loin.

Les New yorkais après le 11 septembre .

 Les avions ont très longtemps donné des cauchemars à Cécilia. Elle en fait encore certaines nuits des années plus tard. Cécilia dit que ces cauchemars récurrents sont une aubaine pour une personne qui se consacre à l’étude des mécanismes de la mémoire, où la peur reste inscrite après la disparition de la menace ou du traumatisme qui sont qui en sont à l’origine. La peur ne dort jamais, ajoute-t-elle. Nous descendons d’organismes primitifs et d’animaux auxquels ce que nous appelons la peur a permis de survivre. Cécilia se réveillait en criant parce qu’elle avait rêvé d’un avion qui se dirigeait vers notre appartement et occupait tout l’espace de la fenêtre.

La relativité des catastrophes.

 La vie a dû se poursuivre avec la même et étrange normalité que dans notre quartier de Manhattan, le matin et l’après-midi du 11 septembre. Pendant que les Allemands incendiaient et détruisaient le ghetto de Varsovie après avoir exterminé les derniers résistants, les tramways circulaient et les gens lisaient les journaux dans les cafés d’autres secteurs de la ville.

Les règlements dans les immeubles new yorkais .

 Accoudés au muret de la terrasse, nous savourions la brise marine qui soufflait sur les cheveux de Cécilia et dégageait son visage. Une théorie me traversa l’esprit. Je l’exposai à Cécilia à mesure que je l’inventais, enhardi par le verre de vin interdit que nous buvions au mépris des règles implacables concernant la consommation d’alcool à cet endroit et inscrites par le syndic de l’immeuble sur une pancarte très visible. 

La chienne est très important dans ce récit .

J’imagine la chienne seule entre nos murs, distraite par quelque chose ou endormie dans la solitude et le silence : elle dresse les oreilles bouge lentement la queue, soudain lucide et sur ses gardes. Elle se lève, tord sa truffe vers la fenêtre entrouverte du balcon. Sa léthargie a disparu, l’annonce d’un fait imminent a perturbé sa quiétude.

 

 

 


Édition JC Lattès

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard.

 

J’ai déjà lu un roman de cette écrivaine que je n’avais pas du tout aimé : « Quelque chose à te dire » , et cette fois encore j’ai encore des réserves . Je me souviens lorsque la bibliothécaire a proposé ce livre au club en nous expliquant le thème du roman : une femme a décidé d’aller mourir en Suisse entourée de son mari et de ses quatre enfants parce qu’elle se sait atteinte d’une maladie incurable et qui lui impose des souffrances à peine supportables, tout le monde a eu un moment de recul, et moi aussi. Finalement le jour où je suis allée échanger mon livre , il était tout seul sur l’étagère. Visiblement mes amies ne se précipitent pas pour lire ce roman !

Nous sommes donc dans la voiture avec Edith qui va mourir car elle soufre de Dégénérescence cortico basale. Un sous groupe du Parkinson. Elle souffre et décide de mourir avant que son cerveau ne l’empêche de pousser seule la molette qui distillera dans son corps l’anesthésiant avec la dose mortelle. Elle a demandé une chose être avec son mari et ses quatre enfants. Et en de courts chapitres (une page ou deux) nous allons entendre les voix intérieures de son mari et de ses quatre enfants, jamais celle de la malade.

L’auteure a choisi un milieu très aisé et médical, cela permet de poser des questions que ce genre de démarches posent à tout le monde mais qui n’est réservée qu’à des gens aisés financièrement. Elle a choisi aussi de ne pas nous faire entendre la voix de la femme mais de son mari et de ses enfants. Chacun réagit à sa façon au choix de cette mère qu’ils ont beaucoup aimé et son portrait apparaît à travers les yeux de ses proches. Cela permet aussi de lire ce livre sans trop ressentir d’émotions. Mais justement c’est ce que je lui reproche.

Face à ce grave problème de société, j’aurais voulu être avec la personne qui fait ce choix. Comment renonce-t-elle à la vie ? Par quels sentiments de révolte passe-t-elle ? qui est là pour recevoir ses doutes et sa paroles ?

Son mari est le plus proche d’elle et en tant que médecin parle assez bien du rôle du soignant (plus que celui de mari !) , les trois autres ses enfants sont pris par un quotidien très prenant . Ce voyage aurait pu être un voyage pour rejoindre une station de ski ou tout autre évènements familial je pense que leurs pensées n’auraient pas été très différentes. Je me suis rendu compte que j’étais plus intéressée par les interactions des frères et des sœurs, le divorce de l’aînée les choix de réorientation de la plus jeune que par la mort imminente de leur mère

Bref un roman très facile à lire car on est en dehors de l’émotion mais qui, pour moi, ne répond pas aux questions que je me pose face au suicide assisté.

 

Extraits

Le début (Audrey, l’ainée).

La veille j’étais de garde. Vers vingt-deux heures, on m’a appelée pour une urgence. Un accouchement compliqué. La mère avait fait une grosse hémorragie. On avait réussi à sauver le bébé et je venais de la transférer en réa dans un autre hôpital. 

La conduite du père (Audrey).

 Papa a toujours eu une conduite assez brusque mais alors là, on aurait dit qu’il le faisait exprès. De la banquette arrière, je voyais Maman à l’avant. Elle ne disait rien et à chaque fois que Papa freinait, ou accélérait, son visage se crispait. J’en avais mal pour elle. À un moment il y a eu une énorme secousse, c’est sorti tout seul, je n’ai pas pu me retenir, « mais c’est pas vrai ! il va tous nous tuer ce con ! » 

Le médecin et la mort (Simon son mari)

Lorsqu’on est médecin, on n »est pas préparé à la mort des gens. Notre mission, c’est de les tenir en vie coûte que coûte, en dépit de leur liberté. La mort, ce n’est pas notre sujet. Notre société est comme ça, elle ne veut pas regarder la mort en face .

La radio pendant le trajet (Jeanne la plus jeune).

 Et puis il y a eu la météo, grand soleil sur tout le pays à partir de lundi. Qu’est-ce que ça lui faisait à maman d’entendre ça ? Lundi, il ferait beau sur toute la France sauf sur elle … Lundi neuf heures, c’est la date qu’elle a fixée, il lui restait quoi … quarante-huit heures…. Elle a changé de station.