Traduit de L’an­glais (États Unis) par Fran­çois Hirsch.

3
La ques­tion que je me pose : pour­quoi un auteur a‑t-il besoin d’imaginer une fin de vie sur terre aussi atroce ? Un père et un fils errent sur une terre déso­lée après une apoca­lypse. La nature est deve­nue hostile, les hommes sont pour la plupart des hordes de canni­bales. Le dialogue du père et du fils est poignant. Quelques para­graphes sur la beauté de notre monde sonnent comme autant de mises en garde de ce que nous risquons de perdre si nous détrui­sons notre seul bien commun à tous : la planète terre.

Ce livre m’a rendue triste et m’a mise très mal à l’aise, je ne peux pas dire que je l’ai appré­cié mais je n’ai pas pu le lâcher avant la fin.

Citations

Dilaogue père fils

- J’ai dit qu’on n’était pas en train de mourir. Je n’ai pas dit qu’on ne mour­rait pas de faim.
– Mais on ne mange­rait personne ?
– Non. Personne.
– Quoi qu’il arrive.
– Jamais. Quoi qu’il arrive.
– Parce qu’on est des gentils.
– Oui.
– Et qu’on porte le feu.
– Et qu’on porte le feu. Oui.
– D’accord

Fin du livre

Autre­fois il y avait des truites de torrent dans les montagnes. On pouvait les voir immo­biles dres­sées dans le courant couleur d’ambre où les bordures blanches de leurs nageoires ondu­laient douce­ment au fil de l’eau. Elles avaient un parfum de mousse quand on les prenait dans la main. Lisses et musclées et élas­tiques. Sur leur dos il y avait des dessins en poin­tillé qui étaient des cartes du monde en son deve­nir. Des cartes et des laby­rinthes. D’une chose qu’on ne pour­rait pas refaire. Ni répa­rer. Dans les vals profonds qu’elles habi­taient toutes les choses étaient plus anciennes que l’homme et leur murmure était de mystère.

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Traduit de l’Al­le­mand par Lise­lotte BODO et Jacque­line CHAMBON

4
Encore une fois, un cadeau de la « souris jaune ». Un livre qu’on n’ou­blie pas tant il est origi­nal. Écrit dans les années 60, ce roman raconte à sa façon la peur de la destruc­tion de la vie sur terre à cause de la folie guer­rière des hommes.Le plus clas­sique dans le genre, c’est la recons­truc­tion d’une civi­li­sa­tion à partir de ce qui reste comme huma­nité. J’avais bien aimé à l’époque « Male­vil » de Robert Merle , et plus récem­ment « La route » de Cormac McCar­thy. Ce genre de romans ont des points communs : que reste ‑t-il après un désastre total et comment l’hu­ma­nité se recons­truira-t-elle ?

Le point de vue de Marlen Haushof­fer est complè­te­ment diffé­rent. Une femme est sépa­rée du reste du monde, qui semble complè­te­ment détruit, par un mur trans­pa­rent. Nous allons pendant deux ans suivre son quoti­dien et sa survie. Les ques­tions de l’hu­ma­nité se posent dans le roman : l’échec, la futi­lité du monde moderne et le rapport de l’homme à la nature sont les deux idées forces qui cheminent peu à peu en elle. Elle survit non pas à la manière d’un Robin­son, en inven­tant des solu­tions extra­or­di­naires, mais en s’at­te­lant petit à petit aux soins que réclament les animaux qui dépendent d’elle.

Elle est parfois tenter de se lais­ser aller à l’inac­tion et donc à la mort, mais l’instinct de vie et aussi son chien qui ne peut vivre sans elle , la ramènent dans son petit monde . C’est un livre prenant alors qu’il ne s’y passe pas grand chose. C’est un hymne à la beauté de la nature et à la force de la femme.

Mais , il y a un aspect du récit qui m’a gênée, pour­quoi ne cherche-t-elle jamais à fran­chir le mur. En creu­sant.. en essayant par dessus , en essayant de le casser.. Au moins essayer , ou nous dire pour­quoi elle n’es­saie pas. On peut suppo­ser qu’elle a fait fina­le­ment un tunnel, comme elle le suggère à la fin (pour que ses animaux puissent survivre sans elle !) puisque son texte est arrivé jusqu’à nous.

Tout en étant d’un courage extrême pour accom­plir les besognes quoti­diennes, elle est tota­le­ment rési­gnée à son sort et évidem­ment je n’ai pas trop aimé cet aspect là du roman.

Citations

La distribution du travail homme femme

En tout cas il était physi­que­ment plus fort que moi, et je serai tombée sous sa dépen­dance . Qui sait, il serait peut-être aujourd’­hui pares­seu­se­ment allongé dans la cabane après m’avoir envoyée travailler. La possi­bi­lité de se déchar­ger du travail doit être la grande tenta­tion de tous les hommes.

La futilité du monde moderne

Parfois me revient à l’es­prit l’im­por­tance jadis de ne pas arri­ver cinq minutes en retard . La plupart des gens que je connais­sais faisaient de leur montre une sorte de divi­nité et même moi je trou­vais cela tout à fait raison­nable.

Sens du roman

Je ne cher­chais plus un sens capable de me rendre la vie plus suppor­table. Une telle exigence me parais­sait déme­su­rée . Les hommes avaient joué leurs propres jeux qui s’étaient presque toujours mal termi­nés. De quoi aurais-je pu me plaindre ; j’étais l’une des leurs , je les compre­nais trop bien . Mieux valait ne plus penser aux hommes . Le grand jeu du soleil, de la lune et des étoiles, lui, semblait avoir réussi ; il est vrai qu’il n’avait pas été inventé par les hommes. Cepen­dant il n’avait pas fini d « être joué et pouvait bien porté en lui le germe de son échec.

On en parle

« la souris jaune » bien sûr !