Voici donc le quatrième roman que je lis et que j’apprécie de Laurent Seksik. Cet auteur a un grand talent pour faire revivre les gens célèbres du début du XX°siècle. Après Einstein, Romain Gary voici donc l’évocation des derniers mois de la vie de Stefan Zweig et de sa jeune compagne Lotte Altmann , madame Zweig. Venant de finir « les joueurs d’échec », j’ai eu envie de mieux comprendre cet auteur. Ce court récit est abso­lu­ment poignant, on connaît la fin et cette lente montée vers le geste inéluc­table : le suicide du couple, est terrible. Surtout celui de la jeune femme qui suit son amour dans la mort mais qui avait la vie devant elle. Le terrible déses­poir de cet immense écri­vain est très bien décrit ainsi que son inca­pa­cité à mener un dernier combat vers l’espoir. Mais on sait aussi qu’il a raison, Hitler et les Nazis autri­chiens ont fait dispa­raître à tout jamais une immense culture dont les intel­lec­tuels vien­nois étaient les repré­sen­tants les plus éminents : l’Homo-austrico-judaïcus . Mais j’en veux quand même à Stefan Zweil de ne pas avoir tenté de faire revivre cette culture car le nazisme a eu une fin et il n’était plus là pour empê­cher l’Autriche d’oublier les apports de cet ancien monde .

Citations

Les raisons du désespoir de Stefan Zweig

Lui n’était porteur d’aucune idéo­lo­gie. Il détes­tait les idéo­lo­gies. Il avait simple­ment cher­ché les mots pour dire. « Nous avons existé ». Il n’était pas certain qu’il demeu­rât quelque chose de la civi­li­sa­tion qu’il avait connu. Il fallait avoir grandi à Vienne pour mesu­rer l’ampleur du meurtre en prépa­ra­tion. Il voulait cise­ler une pierre qui prou­ve­rait aux géné­ra­tions qu’un jour vécut sur cette terre une race désor­mais éteinte, « l’Homo-austrico-judaïcus ».

Richesse de la tradition juive

Dans notre tradi­tion , un être humain se défi­nit d’abord par les liens qu’il entre­tient avec les autres . On ne mesure une vie qu’à l’aune d’une autre vie . Je ne vous demande pas de vous ouvrir à Dieu, sans doute le moment est-il mal choisi de s’en remettre à lui tandis qu’il semble avec tant d’acharnement se détour­ner de son peuple.

Le désespoir de Zweig et la question du poids des écrivains face à la barbarie.

Nul, en aucun coin du monde, n’avait besoin ni des paroles ni des écrits de Stefan Zweig. D’ailleurs, sa voix serait-elle seule­ment audible au milieu des fracas des armes ? Sa voix chevro­tante et plain­tive face aux voci­fé­ra­tions du Fuhrer, aux hurle­ments de Goeb­bels ? Sa voix venue des des abîmes, tirée de de sa souf­france ? Sa voix se perdait dans le souffle du vent.


J’ai relu « Les joueurs d’échec » grâce à cette édition et la réflexion de Pierre Deshusses à propos de la traduc­tion m’a beau­coup inté­res­sée. Depuis le l’essai de Volko­vitch et son blabla, je suis très sensible à la traduc­tion et je n’oublie jamais de noter le nom du traduc­teur à propos des œuvres étran­gères. Dans cette édition l’ordre chro­no­lo­gique est respecté donc « les joueurs d’échec » termine le recueil puisqu’il est paru si peu de temps avant le suicide de Stefan Sweig. Chacune des nouvelles est précé­dée d’un prologue rédigé par le traduc­teur ou la traduc­trice. C’est vrai­ment un plai­sir de relire Zweig de cette façon. Il a telle­ment raison Pierre Deshusses, il faut retra­duire les textes car chaque époque a sa sensi­bi­lité et quand on ne lit pas dans la langue mater­nelle, on a du mal avec les archaïsmes du fran­çais qui alour­dissent inuti­le­ment la prose de l’écrivain.

Un traduc­teur n’est pas une personne qui vit hors de son temps. Par-delà ses quali­tés, il est le produit d’une ambiance, d’une idéo­lo­gie et parfois de mode. On ne traduit plus comme on tradui­sait il y a un demi-siècle. C’est l’un des grands para­doxes de la litté­ra­ture : une œuvre origi­nale ne peut être chan­gée ; sa traduc­tion doit être chan­gée, ce qui explique le phéno­mène que l’on appelle « retra­duc­tion » et qui touche tous les auteurs de tous les conti­nents.
Ce qui est certain c’est que j’ai relu avec grand plai­sir cette nouvelle, alors que très souvent j’étouffe à la lecture de Stefan Zweig , je trouve son style trop lourd . Alors un grand merci à Fran­çoise Wuil­mart , la traduc­trice, dont l’introduction est brillante et pose si bien tout ce qu’on ressent pendant la lecture
Zweig a-t-il fini par se sentir coupable de cet huma­nisme abstrait, de cet isole­ment qui pouvait passer pour une égoïste indif­fé­rence, et par se « dégoû­ter » de lui-même ?.… La confron­ta­tion entre le cham­pion « abruti » et le joueur abstrait a inspiré bien des analyses qui vont dans toutes dans ce sens : le person­nage du Dr B. symbo­li­se­rait une Europe tortu­rée qui s’autodéchire, Mirko Czen­to­vic qui utilise sa lenteur pour désta­bi­li­ser son adver­saire repré­sen­te­rait la stra­té­gie froide, déshu­ma­ni­sée et sadique du nazisme.
Vous souve­nez sans doute des parties d’échec qui ont lieu sur un paque­bot, menant le narra­teur vers l’exil. elles opposent d’abord l’homme qui ne savait faire que cela Mirko Czen­to­vic au Dr. B . Comme moi vous avez sans doute voulu que ce dernier écrase de toute sa brillante intel­li­gence cette stupide machine sans âme qui écrase tous ses concur­rents de son mépris. Mais aupa­ra­vant, Zweig décrit avec minu­tie une des horreurs du nazisme, une torture parti­cu­liè­re­ment raffi­née et sadique : le Dr. B a été pendant de longs mois tenu au plus grand secret sans pouvoir occu­per son esprit. Rien, il n’avait rien à regar­der ni à lire, il ne lui restait que son cerveau qui a bien failli deve­nir fou. Le plus grand des hasards lui offre la possi­bi­lité de lire un livre d’échec et dès lors, il devient à la fois le joueur le plus imagi­na­tif de son époque, mais hélas, cela le fit sombrer aussi dans la folie quand il essaye d’imaginer des parties où il jouait contre lui même. À travers les parties qui l’opposent à Czen­to­vic, si bien décrites, c’est bien au combat de l’intelligence raffi­née contre la force brutale à laquelle on assiste. Le cham­pion du monde, n’est pas si stupide qu’il y paraît car il comprend quand même très vite qu « il ne peut gagner qu’en ralen­tis­sant son jeu. Et hélas ! ce n’est pas celui que l’on souhai­te­rait voir triom­pher qui est le vain­queur. On ne peut pas oublier qu’alors que Stefan Zweig rédi­geait ces textes, tous ses livres étaient brûlés à Berlin et à Vienne, son intel­li­gence et son immense culture ne faisaient pas le poids face au Nazisme.

Citations

Les qualités pour jouer au échecs

Certes, je savais d’expérience l’attrait secret que pouvait exer­cer ce jeu Royal, le seul d’entre tous les jeux inven­tés par l’homme qui puisse se sous­traire souve­rai­ne­ment à la tyran­nie du hasard et le seul qui ne dispense ses lauriers qu’à l’intelligence ou plutôt à une certaine forme d’intelligence.

J’aime bien cette distinction

J’ai toujours pris le jeu d’échecs à la légère et joué pour mon seul plai­sir, quand je m’assieds devant un échi­quier pour une heure ce n’est pas dans le but de produire des efforts, mais contraire de me détendre l’esprit. Je « joue«au plein sens du terme tandis que les autres, les vrais joueurs, ils « sérieusent », si je puis me permettre cet auda­cieux néolo­gisme. 

Le jeu des échecs

Aussi vieux que le monde et éter­nel­le­ment nouveau, méca­nique dans sa dispo­si­tion mais activé par la seule imagi­na­tion, limité dans son espace géomé­trique rigide et pour­tant illi­mité dans ses combi­nai­son, impli­qué dans un constant déve­lop­pe­ment et pour­tant stérile, une pensée qui ne mène à rien, une mathé­ma­tique qui n’établit rien, un art qui ne laisse pas d’oeuvre, une archi­tec­ture sans matière et nonobs­tant d’une péren­nité plus avéré dans son être et dans son exis­tence que tous les livres ou tous les chef-d’œuvre, le seul et unique jeu qui a appar­tenu à tous les peuples et à tous les temps et dont personne ne sait quel Dieu en a fait don à la terre, pour tuer l’ennui, pour aigui­ser les sens, pour stimu­ler l’âme.

Quel roman ! et pour­tant je ne suis pas une fan des romans histo­riques. mais je trouve que cette auteure a su donner une forme très réus­sie à un moment de notre histoire si peu connue. Je savais déjà que notre « bon » Saint Louis avait imposé le port de « la rouelle » aux juifs de France, je savais aussi que Philippe Le Bel les avait chas­sés du royaume en les spoliant de tous leurs biens. Mais cette haine envers le Talmud, je n’en savais rien. Pour­tant j’ai déjà beau­coup lu sur le sujet, en parti­cu­lier le livre de Bernard Lazare « L’antisémitisme son histoire et ses causes ». C’est grâce à cet essai que j’ai compris une des raisons de l’antisémitisme viscé­rale des chré­tiens misé­rables des temps anciens. Ceux à qui l’on disait que : « malheu­reux sur terre les portes du para­dis s’ouvriraient pour eux ». Les juifs eux répondent : votre para­dis est sur terre et c’est là que vous devez tout faire pour être heureux. Ils appa­raissent alors comme des jouis­seurs et ne méritent que le mépris.

Elliet Abecas­sis, situe son roman à l’époque de Saint Louis, celui qui va partir en croi­sade, massa­crer les Cathares et très diffi­ci­le­ment suppor­ter les juifs dans son royaume, en parti­cu­lier ceux qui étudient le Talmud. Il va être aidé par un » karaïte ». Et voilà encore un fait histo­rique que je ne connais­sais pas : les karaïtes, sont des juifs qui refusent le Talmud et qui veulent en rester à la Thora. Ils ont à peu près disparu mais leur rôle dans la Shoa est pour le moins ambi­guë. Saint Louis fera fina­le­ment brûler tous les Talmuds et les juifs qui défen­dront leur précieux livres. Pour­quoi cette haine du Talmud, pour une raison ô combien contem­po­raine, grâce à l’étude du Talmud les Rabbins essaient d’adapter la Thora au monde qui les entoure. Cette inter­ro­ga­tion sans fin des textes bibliques peut appa­raître comme un grave danger à une église qui domine le monde et qui veut établir une pensée unique. Et le roman dans tout ça , et bien bravo à Eliette Abel­cas­sis, ce n’est pas du tout une histoire plaquée sur une réalité histo­rique, c’est une histoire qui permet de comprendre au plus près les diffi­cul­tés posées par la vie à un jeune juif qui veut respec­ter tous les dogmes de sa reli­gion. Et quand on s’appelle Cohen ce n’est pas une mince affaire car on doit plus qu’un autre respec­ter à la lettre les préceptes de la Thora. Comment alors vivre un amour défendu ? Je n’en raconte pas plus car j’espère bien retrou­ver ce roman sur vos blogs et je sais que vous êtes nombreuses à ne pas aimer qu’on vous divul­gâche un suspens roma­nesque.

Citations

L’importance des rêves

L’interprétation du rêve est multiple car son objec­tif n’est pas de défi­nir la vérité du rêve, mais de récon­ci­lier le rêveur avec lui-même par une parole créa­trice qui lui permet de résoudre ses conflits inté­rieurs. Pour cela, l’interprète peut-être comparé à un prophète. Si l’on parvient à éluci­der l’origine de ses problèmes et de ses angoisses on peut chan­ger sa vie, ou même anti­ci­per les problemes d’un pays, comme le fit Joseph avec le Pharaon !

Les karaïtes et la Torah

La loi orale est consi­dé­rée comme inepte et subver­sive. Pour eux, la Torah orale contre­dit la Torah écrite, elle ne peut donc être de source divine. Ils disent que le talmud avec ces disputes et ces multiples contra­dic­tions est impar­faite et critique. Une lutte a eu lieu au sein même du judaïsme entre les karaïtes et les talmu­distes. Les karaïtes aujourd’hui se cachent. Ils ne disent pas qui ils sont, mais on les remarque car ils vivent de façon austère. Ils se déplacent la tête décou­verte, sans kippa, sauf dans leur syna­gogue. Leur calen­drier est écrit en fonc­tion de l’observation de la lune. Il ne tolère pas le feu de shab­bat, même quand il a été allumé par quelqu’un d’autre ou avant le début du jour saint.

Débat de toujours en religion

Or, s’il on en reste à la Torah et à elle seule, on devrait lapi­der un homme qui coupe du bois le jour du Shab­bat, tuer les amants adul­tère d’un coup d’épée devant tout le monde, comme le fait Pinhas dans la Bible, lapi­der les jeunes filles qui ne sont pas vierge… Contre cela, la loi orale, le Talmud, s’élève et dit : On n’a pas le droit de tuer un homme pour une raison affec­tive. »
Je n’ai pas peur de le dire : si notre Torah n’est pas humaine, si elle n’est pas inter­pré­table, si elle nous paraît violente et injuste par moment, comment la défendre ?

Ce qui a le plus profondément divisé les chrétiens des juifs

Je voulais lui appor­ter au moins un peu de récon­fort et lui expli­quer qu’il n’y a pas vrai­ment de para­dis ni l’enfer selon le Talmud, que ce sont des inven­tions de l’Eglise pour domi­ner les esprits, pour impo­ser son servages moral et conso­li­der son ascen­dant sur les pauvres : s’ils sont malheu­reux ici, ils seront rétri­bués au para­dis, et inver­se­ment.

Saint Louis

Je suis parti, j’ai quitté mon pays, j’ai fui ceux qui nous pour­chas­saient pour nous mettre à mort. Ils sont entrés dans nos syna­gogues, ils se sont empa­rés de nos écrits, ils ont pris les manus­crits, ils les ont déro­bés et les ont empor­tés sur ordre du roi.
Les inqui­si­teurs ont allumé le bûcher en plein cœur de la ville. Les moines et les prêtres ont fourni le bois, ils ont souf­flé sur les braises pour augmen­ter la flamme aux yeux de tous, en signe de vengeance et de haine. Et voici que nos livres brûlent, se consument, crépitent, les feuilles se gonflent sous la chaleur, les reliures se délitent, les lettres tour­noient et s’envolent, les marges s’étiolent, les mots dispa­raissent, tout s’envolent vers les cieux, dans la fumée qui se lève, les emporte à jamais, et j’entends au milieu des crépi­te­ments les paroles assour­dies de deux mille rabbins depuis mille ans, de mille disciples et mille maîtres , qui argu­ment avec d’autres disciples et maîtres , au fil des âges, et qui, sans s’encombrer du temps qui passe, sur l’éternité d’une page, commentent à l’infini la parole de l’Éternel.

Traduit du slovène par Andrée Lück-Gaye.

Repéré chez Blogart , je pensais vrai­ment tomber sous le charme de ce roman, mais ma lecture fut beau­coup plus labo­rieuse que la sienne. La construc­tion du roman est origi­nale : l’auteur scrute cette photo prise pendant la deuxième guerre mondiale et anime ces person­nages statiques en leur donnant une person­na­lité enri­chie de ses connais­sances histo­riques.

Ce départ est vrai­ment très inté­res­sant : vous voyez ces deux jeune filles, l’une d’elles regarde des hommes en uniforme alle­mand. Tout le drame de la Slové­nie est dans ce regard. Voici donc la jeune Slovène, Sonja, qui sait que son amour, Valen­tin, est dans les geôles de la Gestapo qui est diri­gée par un Slovène, Ludek, fervent mili­tant de l’idéal Nazi. Il est plus alle­mand que n’importe quel soldat de la Wehr­macht. Pour cela, il oublie son iden­tité slovène et veut se faire appe­ler Ludwig. Contre les faveurs de la jeune fille, il accep­tera de libé­rer son amou­reux que nous suivrons dans les maquis de la résis­tance yougo­slave. Aux horreurs nazies s’opposent les horreurs des maqui­sards, la popu­la­tion est broyée par des brutes sangui­naires qui se méfient de tout le monde. Que reste-t’il de l’âme d’un peuple lorsque de telles logiques tota­li­taires se mettent en place ? Pas grand chose, des bribes de poésies qui hantent encore les mémoires et parfois des person­nages qui gardent leur huma­nité, mais ils sont si seuls. C’est un roman déses­pé­rant et diffi­cile à lire car on change souvent de point de vue, les mêmes faits se répètent racon­tés par des person­nages diffé­rents. Et puis parfois, les faits décrits sont tout simple­ment insou­te­nables, comme les assas­si­nats par les commu­nistes de pauvres gens qui n’ont que le tort d’être là au mauvais moments, comme les tortures dans les geôles nazies. Personne n’est à l’abri, surtout quand on commence à penser que les espions peuvent être partout. Ce roman montre, une fois de plus que lorsque l’horreur s’abat sur un pays personne n’en sort indemne contrai­re­ment aux versions offi­cielles construites par les vain­queurs.

Citations

Traitement des prisonniers par les SS

Il s’agit de creuser des tombes pour les fusillés

Là il y a des hommes condam­nés défi­ni­ti­ve­ment qui purgent une peine de prison ça pour­rait se faire. Et les prison­niers de guerre du camp de Melje. Les Anglais ? demanda quelqu’un à travers un nuage de fumée. Ça n’ira pas. Ça ne peut abso­lu­ment pas être des Anglais, d’après la conven­tion de Genève, les prison­niers de guerre anglais ne peuvent pas faire ce travail. Mais on a des Russes, eux, on peut les utili­ser.

Un pays en guerre

Mais même si c’était la guerre et si les infor­ma­tions toujours plus mauvaises, parfois même terri­fiantes se bous­cu­laient, les gens vivaient leur vie de tous les jours. Dès que les sirènes s’arrêtaient de hurler et des bombes de tomber, ils allaient au théâtre et au cinéma ou avant chaque film on passait une revue hebdo­ma­daire, Wochen­shau, où des mili­taires en tanks que débou­laient toujours plus super­be­ment dans les plaines polo­naises et défen­daient la fron­tière occi­den­tale de l’invasion des Barbares, d’autres allaient aux expo­si­tions à Paris et mangeaient des crois­sants dans les café en compa­gnie de femmes, d’autres encore faisaient tour­ner les roues des canons et leurs obus déchi­raient le ciel nocturne au-dessus de l’Allemagne et battaient les avions qui appor­taient la mort avec leurs bombes. C’était la guerre, en ville, la vie conti­nuait, on obte­nait de la nour­ri­ture avec des cartes de ration­ne­ment, les trafi­quants du marché noir gagnaient de l’argent grâce à la viande qu’ils rappor­taient des fermes envi­ron­nantes, les bureaux travaillaient impec­ca­ble­ment, les travailleurs conti­nuaient à sortir de l’usine. On ne savait pas on ne voulait pas savoir ce qui se passait dans les bureaux où aller travailler Ludwig Misch­kol­nig et Hans Hoch­bauer ni dans les caves où Johann retrous­sait ses manches.

L’amour et la guerre

L’amour triomphe de la distance, l’amour triomphe de tout. Sauf de la guerre. La guerre triomphe de tout, même de ceux qui se battent. Et de ceux qui attendent que ça passe.

Le militant le courage en temps de guerre.

Avec une mitrailleuse, au-dessus de Vitanje, il avait tenu la posi­tion tout un après-midi dans la neige de sorte qu’on avait pu se replier. Un combat­tant, un fou. Peut-être qu’il n’aurait pas dû deve­nir chef du rensei­gne­ment. Un commu­niste. Un idéa­liste. Mais entre l’idéalisme et le sadisme, la voie est parfois étroite, esti­mait Vasja, le sadique est celui qui sait quel démon il a en lui.

Traduit de l’anglais (Austra­lie) par Johan-Frede­rik Hel Guedj.

Personne ne peut sortir indemne de ce roman. Les horreurs du racisme y sont décor­ti­quées avec une telle minu­tie que, plus d’une fois, cela m’a demandé un énorme courage pour aller au bout de ma lecture. J’ai suivi les avis de Krol, Aifelle, Cuné et je vous conseille de lire ou relire leurs billets, elles disent tout le bien que je pense de ce roman hors du commun

La construc­tion parti­cipe au ralen­tis­se­ment de la lecture, nous suivons des destins très diffé­rents mais qui fina­le­ment vont se retrou­ver dans la scène finale : le méde­cin onco­logue, une jeune femme noire Ayesha Washing­ton, l’historien Adam Zigne­lik, l’homme de ménage de l’hôpital, Lamont Williams, ils sont ensemble sur un trot­toir de New York et il aura fallu 800 pages à Elliot Perl­man pour tisser tous les liens qui réunissent tous les person­nages de son roman durant un siècle et, parfois, sur deux géné­ra­tions . Adam, l’historien austra­lien vit une crise dans son couple et n’arrive pas à se moti­ver pour un nouveau sujet de recherche indis­pen­sable à sa carrière univer­si­taire. Il est le fils de Jack Zigne­lik qui a fondé avec son ami William Mc Cray le mouve­ment pour les droits civiques aux États Unis. Il travaille à la pres­ti­gieuse univer­sité de Colum­bia sous l’autorité de Charles Mc Cray fils de William. Asheha Washing­ton est la petite fille d’un vété­ran de la deuxième guerre mondiale qui a parti­cipé à l’ouverture des camps de concen­tra­tion. Or, le rôle des soldats noirs pendant la guerre 39 – 45 a large­ment été ignoré par l’histoire offi­cielle améri­caine.

Voilà donc un beau sujet de recherche pour Adam Zigne­lik en panne d’inspiration et au bord de la dépres­sion, en tout cas c’est ce que pense William Mc Cray qui reproche à son fils Charles de ne pas assez soute­nir Adam pour qu’il garde son poste à l’université de Colum­bia. Charles est marié à Michelle une assis­tante sociale noire, qui adore sa grand-mère. Et nous revoilà avec Lamont Williams car Michelle est sa cousine qui, en ce moment vit chez ladite grand-mère. Lamont a réussi à décro­cher un emploi comme homme d’entretien à l’hôpital où travaille Asheya Washing­ton et s’il réus­sit sa période d’essai, il pourra enfin tirer un trait sur la prison où il est resté six ans pour un cambrio­lage qui a mal tourné. Or, il n’a fait que conduire la voiture sans connaître les projets de ses amis ni surtout savoir que le plus jeune était armé. Au bout de six ans sa femme n’est plus là, elle a disparu avec leur petite fille. Il lui faut donc abso­lu­ment satis­faire sa période d’essai à l’hôpital pour pouvoir avoir une chance de gagner sa vie et prou­ver aux services sociaux qu’il est stable. Sa grand-mère l’accueille car elle sait que Lamont est un brave garçon.

Toutes les diffi­cul­tés de ce jeune noir, permettent à l’auteur de montrer à quel point il suffit de pas grand chose pour qu’un noir fasse de la prison aux Etats-Unis, avec un bon avocat Lamont aurait pu s’en tirer. Celui-ci rencontre à l’hôpital un rescapé d’Auschwitz, Monsieur Mandel­brot, il appar­te­nait aux Sonder­kom­man­dos et connaît donc ce qui s’est passé dans les camps . Nous voilà donc au sommet de l’horreur au 20° siècle. Les conver­sa­tions de ces deux hommes tissent entre eux des liens person­nels si bien qu’avant de mourir cet homme lui donne ce qu’il a de plus précieux son hanouk­kia, chan­de­lier juif en argent. Lamont est accusé de vol, mais pour sa défense il raconte ce que cet homme lui a confié sur Ausch­witz et l’historien Adam Zigne­lick assure que Lamont n’a pas pu décou­vrir cela tout seul, car une partie de ce récit était sur des enre­gis­tre­ments qu’il vient juste de décou­vrir.

Ces enre­gis­tre­ment faits en 1946, par de rares resca­pés des camps avaient été complè­te­ment oubliés. Adam qui a vécu en Austra­lie avec sa mère, est le fils d’un homme qui a lutté toute sa vie pour les droits des noirs aux Etats-Unis et cela permet à Elliot Perl­man de rappe­ler certaines souf­frances des noirs dans les années 50 et 60, aujourd’hui encore les noirs Améri­cains souffrent de graves discri­mi­na­tions. Et fina­le­ment ? Est ce que des troupes noires ont parti­cipé à la libé­ra­tion des camps de concen­tra­tion ? et bien oui, et c’est le grand père de Asheya Washing­ton, l’oncologue qui soignait Monsieur Mandel­brot qui pourra en témoi­gner. Ne croyez pas que j’ai tout raconté, il y a encore bien des histoires qui s’emboîtent dans ce récit, et elles ont toutes une fonc­tion dans le récit. On est souvent très ému et comme je le disais en commen­çant c’est avec appré­hen­sion que l’on conti­nue la lecture de ce roman inou­bliable.

Citations

Le passage où on trouve le titre

La mémoire est une chienne indo­cile. Elle ne se lais­sera ni convo­quer ni révo­quer, mais ne peut survivre sans vous. Elle vous nour­rit comme elle se repaît de vous. Elle s’invite quand elle a faim, pas lorsque c’est vous l’affame. Elle obéit à un calen­drier qui n’appartient qu’à elle, dont vous ne savez rien. Elle peut s’emparer de vous, vous accu­ler ou vous libé­rer. Vous lais­sez à vos hurle­ment ou vous tirer un sourire. C’est drôle parfois, ce qu’on peut se rappe­ler.

Récit des événements de Little rock : Elizabeth Eckford, noire, seule face à la foule, blanche raciste.

Eliza­beth Eckford se diri­gea vers tous ces gens et, au début du moins, cette portion de la foule qui était la plus proche d’elle recula, s’éloigna d’elle, un peu comme s’ils crai­gnaient d’attraper quelque chose à son contact. En restant trop près, on risquait peut-être de deve­nir ce qu’elle était. Les gens vous dévi­sa­ge­raient. Rien qu’en vous retrou­vant dans cette partie de la foule, tout près d’elle„ vous risquez de vous faire remar­quer. Vous n’êtes pas venu là dans l’espoir de vous singu­la­ri­ser. Vous n’êtes pas là pour ça. Et pour­tant, main­te­nant, vous risquez de vous singu­la­ri­ser. Sans que ce soit votre faute. Vous avez donc inté­rêt à vous débrouiller pour que tout le monde autour de vous sache quel camp vous vous rangez en réalité. Vous la haïs­sez. Vous la haïs­sez autant que tous les gens de cette foule la haïssent. Vous la haïs­sez peut-être même encore plus. En se tenant là, près de vous, elle vous met parti­cu­liè­re­ment mal à l’aise, plus en plus mal à l’aise que les autres, et ce qu’ils ressentent, c’était ce que vous ressen­tiez il y a encore quelques instants, avant qu’elle ne vous choi­sissent, vous, en vous mettant parti­cu­liè­re­ment mal à l’aise. Quel besoin a-t-elle de vous choi­sir, vous ? Partout elle va, elle ne sème que la pertur­ba­tion. Vous voyez bien. On vous l’a répété toute votre vie,vous le savez depuis toujours, mais main­te­nant vous pouvez véri­ta­ble­ment le sentir.

Le sujet du livre

Peut-on se servir de l’histoire pour prédire l’avenir, demande à Adam Zigne­lik. Il est tentant de répondre que ce serait possible, mais je ne le crois pas. Le phare de l’histoire peut lais­ser devi­ner de fugaces aper­çus de la voie qui s’ouvre devant nous, mais il est impru­dent de comp­ter sur l’histoire pour nous four­nir une carte précise et lumi­neuse du terrain futur, rempli de syncli­naux et d » anti­cli­naux. Nous ne devons pas comp­ter sur l’histoire pour nous indi­quer avec exac­ti­tude ce qui va se produire dans l’avenir.
Pour­quoi l’histoire ne peut-elle nous rensei­gner sur ce qui va se produire dans l’avenir ? Parce qu’elle traite des indi­vi­dus, or les indi­vi­dus sont impré­vi­sibles, autant que le sont la plupart des animaux, si ce n’est plus. On ne peut même pas se fier à eux pour qu’ils agissent comme ils l’ont déjà fait en des circons­tances simi­laires ou pour qu’ils fassent ce qui relève à l’évidence de leur propre leur propre inté­rêt. Les êtres sont impré­vi­sibles, à titre indi­vi­duel et au plan collec­tif, les gens ordi­naires, tout comme les diri­geants inves­tis d’un pouvoir.

Le racisme à Detroit 1943

25000 ouvriers blancs employés à fabri­quer des moteurs pour des bombar­diers et des vedettes lance-torpilles s’était mis en grève en appre­nant qu’une poignée de femmes noires avaient commencé à travailler là-bas. Il était jeune, mais il aurait compris ce que cela signi­fiait que d’entendre un ouvrier blanc décla­rer à l’entrée de l’usine qu’il préfé­rait lais­ser gagner Hitler et Hiro­hito plutôt que de côtoyer un nègre dans un atelier d’usine.

Auschwitz

C’était donc vrai, et il était là, face à la vérité. Il avait vu des êtres mourir dans le ghetto, mais il n’avait jamais rien vu de tel. Tant de corps, inertes entas­sés à la hâte, une colline de corps, une petite montagne – des indi­vi­dus, des êtres, encore tout derniè­re­ment. C’est ici la fin, songea-t-il, la fin de toutes les calom­nies, raciale ou reli­gieuse, de toutes les raille­ries, de tous les rica­ne­ments dirigé contre les juifs. Chaque fois que quelqu’un entre­tient la croyance ou le soup­çon insi­dieux, voire honteux, que les Juifs, en tant que peuple, sont des gens malhon­nêtes et immo­raux, avares, trom­peurs et rusés, que ce sont tous des capi­ta­listes, des commu­nistes, qui sont respon­sables de tous les malheurs du monde, et coupable de déicide, cette croyance ou cette convic­tion, à peine consciente quel­que­fois, accé­lère la marche d’un train lancé sur une trajec­toire qui n’a pas d’égale. C’est là que cette voie finit par s’achever, sur cette montagne de cadavres.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Déjà je n’avais pas été passion­née par « la liste de mes envies » , mais ce roman est une vraie décep­tion, de celles qui me font fuir les auteurs fran­çais. Non, pour­tant, ce n’est pas une de ces habi­tuelles auto­fic­tion, mais ni le sujet ni la façon dont il est traité n’ont réussi à m’intéresser. Je résume rapi­de­ment, la mort acci­den­telle de sa mère fait de Martine alias « Betty » une enfant élevée par un père trop porté sur la bouteille. Elle gran­dira cahin-caha jusqu’à l’âge où sa mère est morte, puis son appa­rence se figera dans une éter­nelle jeunesse exté­rieure. Elle restera à jamais une jeune femme de trente cinq ans. Et commence alors une vie étrange qui ne lui apporte aucun bonheur mais au contraire que des problèmes : une sépa­ra­tion, la perte de son emploi, l’éloignement de ses amies. À travers de courts chapitres, de para­graphes encore plus courts, les années s’envolent très vite, on voit passer soixante de vie sans que rien n’accroche l’intérêt. Les person­nages secon­daires sont, cepen­dant plus inté­res­sants, on imagine bien son père estro­pié pendant la guerre d’Algérie et sa compagne qui se récon­fortent l’un l’autre des bles­sures de la vie. L’amour d’André et de Betty est tota­le­ment irréa­liste, il me fait penser irré­sis­ti­ble­ment à la BD de Fabcaro : « Si l’amour c’était d’aimer », et tant pis pour les « anti­di­vul­gâ­cheuse », il résis­tera à toutes les vicis­si­tudes de la vie.

Citations

Un paragraphe et un souvenir

Maman a commencé à porter des jupes qui décou­vraient ses genoux grâce à une certaine Mary Quant, en Angle­terre ; puis bien­tôt elles révé­lèrent presque toutes ses cuisses. Ses jambes étaient longues, et pâles, et je priais pour plus tard avoir les mêmes 

Pour donner une idée du style

À trente ans, quarante cinq, je vivais depuis plus de deux ans dans un grand studio, rue Basse.

J’avais perdu l’envie de cuisi­ner, décou­vert chez Picard les plats pour personnes seules, et lorsque mon fils venait déjeu­ner je faisais livrer ses chers sushis. 
André moi étions restés amis. Il passait de plus en plus de temps en Suède où il choi­sis­sait ses mélèzes, ses trembles, ses épicéas, et lorsqu’il reve­nait, il ne manquait jamais de m’appeler ou de m’inviter à dîner ; j’étais chaque fois ensor­ce­lée par son regard triste, toi Gene Kelly, moi Fran­çoise Dorléac, je l’aimais encore, je l’aimais toujours. 
Je rédi­geais mes textes pour La Redoute en regar­dant des séries télé -» Dawson », mon côté fleur bleue, « Dr Quinn, femme méde­cin », même si elle m’agaçait terri­ble­ment, « Urgences », ah, Doug Ross, et « Twin Peaks ». Je n’envisageais ni chien ni chat de compa­gnie, ils auraient été capables, à quatre ans de me repro­cher d’être plus jeune qu’eux. 
Je vous laisse cette chan­son car, pour moi, elle me parle beau­coup mieux beau­coup du vieillis­se­ment que ce roman

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

J’explique mon peu d’enthousiasme pour ce roman. Du même auteur j’avais bien aimé « le réveil du cœur ». Je m’intéresse rare­ment aux écri­vains qui racontent leur diffi­culté d’écrire pour fina­le­ment nous donner un roman sur le manque d’inspiration. La crise de la cinquan­taine chez un homme qui a peu de raisons de se plaindre m’énerve un peu, enfin les formules toutes faites qui passent de mode très vite m’exaspèrent. Je ne peux pas trou­ver dans ce « Le presque » un seul aspect qui retienne mon atten­tion. Sûre­ment pas la fin, (tant pis pour les anti-divul­gâ­cheuses), car en plus ça se termine bien : la femme parfaite qui se sacri­fie par amour retrouve son Marc de mari qui pour­tant l’a repous­sée ainsi que ses amis. Tout le monde ne lui veut que du bien, même son patron, mais lui n’est que « presque » heureux . Sans doute, on retrouve là quelques traits de notre société mais l’intrigue est trop faiblarde : il va partir dans une chambre isolée de tous pour essayer d’écrire , il rencon­trera le whisky mais sera sauvé par sa merveilleuse femme est ses merveilleux amis !

Citations

Le Presque

Et puis cette vie de famille, stéréo­ty­pée jusqu’à la cari­ca­ture, qui voit petit à petit s’éloigner Marion et Valen­tine, avec la froide ingra­ti­tude de l’entrée dans l’âge adulte, loin, très loin des gamines qui lui sautaient au cou il y a peu encore. Et pour finir, surtout, cette vie avec Chloé, vingt ans d’une union sans nuage, d’abord amants, puis amou­reux, puis parents… Avec juste ce qu’il faut de sexe, à la faveur des soirs d’alcool, pour tenir sans mourir… Loin, si loin de la passion des débuts. Fran­che­ment, à quoi ça ressemble. À quoi ça ressemble, ce boulot qui l’alimente sans le nour­rir, qui le paie sans l’enrichir, ses ambi­tions inas­sou­vies, cet amour sans grand A. À quoi ça ressemble, cette place d’éternel numéro deux, ou de numéro trois, ou pire encore, sur le glorieux podium des projets abou­tis des rêves accom­plis, loin, très loin du médaillé d’or qu’il aurait aimé être… À quoi ça ressemble, tout ça, bordel ?

Le dur métier de comédienne

Avec Paula, on peut rire de n’importe quoi, sauf de tout ce qui touche à sa balbu­tiante carrière de comé­dienne. Monter sur les planches, pour elle, c’est plus qu’un rêve, c’est sa vie. Hélas, les rôles sont rares, et la vache enra­gée est bien la seule viande que consomme cette végé­ta­rienne convain­cue. Alors, comme beau­coup, elle survit en animant des ateliers en MJC et en accu­mu­lant les anima­tions super­mar­ché. Ainsi des dernières fêtes de Pâques, qui l’ont ont vue déam­bu­ler en lapin au rayon choco­lat d’un hyper(« Et encore, j’aurais pu être la cloche », sourit-elle amère­ment).

Est-ce vrai ?

C’est comp­ter sans l’eau qui dort… Et dont il faut toujours se méfier chez les femmes, tant elle peut se lever d’un coup en une vague énorme. C’est comp­ter sans la propen­sion qu’elles ont à ne jamais se conten­ter d’une situa­tion bancale, pas nette, pas tran­chée , là où les hommes composent souvent avec leur conscience -Marc plus que tout autre. Dans ces cas-là, pas de demi-mesure : quand elles tranchent, elles tranchent, quand elles arrachent, elles arrachent, et quand bien même l’arbre plan­ter l’est depuis vingt ans, il entraîne tout dans sa chute : la souche, les racines et la motte de terre qui va avec, aussi consi­dé­rable soit-elle. Il ne reste qu’un trou, une dent creuse de la taille d’un cratère.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Ce roman a été chau­de­ment défendu par une partie des lectrices du Club et cela lui a valu de parti­ci­per « au coup de cœur des coups de cœurs » de l’année 2017/​2018.
J’avais déjà essayé de le lire, mais l’écriture m’avait immé­dia­te­ment rebu­tée. Je ne suis pas à l’aise lorsque je sens que, de façon arti­fi­cielle, l’écrivain adopte une style « poétique » . Ici , cela passe par des mots vieillis qui ne rajoutent pas grand chose au récit : Corroyage, Extrace, Hiero­phante, Hongroye. Et puis par un rythme de phrases très parti­cu­lier. L’écrivain dit qu’il a voulu décrire le bascu­le­ment d’une petite ville de province : Besan­çon qu’il ne nomme pas (mais il dit que c’est la ville où est né Victor Hugo), vers le monde moderne pendant les années 19701980. Mais ce n’est vrai­ment qu’une toile de fond très loin­taine à une vie de famille tota­le­ment pertur­bée par la mort d’un jeune enfant, le petit frère du narra­teur. Sa mère va conti­nuer à le faire vivre dans son imagi­naire et dans sa folie, elle lui dresse un couvert, fait son lit, achète des vête­ments et des four­ni­tures scolaires pour lui.… Le père essaiera d’oublier tout cela dans l’alcool. Mais ce drame semble très loin­tain car il est vu à travers les yeux d’un enfant. Je pense que la seule façon d’aimer ce livre c’est d’aimer la langue de cet auteur, langue à laquelle je n’ai pas été sensible. Les deux passages que j’ai notés vous permet­tront, je l’espère, de vous faire une idée par vous même.

Citations

le linge qui sèche

Margue­rite-des-Oiseaux possé­dait des culottes semblables à des voiles. Des culottes de trois trois-mâts que l’on imagi­nait gréées sur son fessier et que le moindre pet gonflait comme un grand foc afin de la propul­ser de la cuisine aux latrines. Les culottes de grand-mère, simples esquifs, ne prenaient pas le large et ressem­blaient plutôt à des taies d’oreiller munies de deux grands trous. Celles de maman étaient à peine un peu moins prudes et formaient presque un V du côté de l’entre-cuisse. Quant aux slips de Lucien : inexis­tants. Elle les pendait ailleurs, Fernande, avec ses culottes à elle, dans un bûcher fermé à clé, hors de la vue des cuistres. Quand on a épousé un Monsieur d’importance qui possède pardes­sus, brillan­tine et joues flasques, on exhibe pas ces choses de basse extrace aux yeux du tout-venant.

Effet de style « poétique »

Il possé­dait en lui, quelque chose d’inné, de bestial, comme un cri des cavernes lorsqu’un premier orage illu­mina la grotte ; un cri qui se serait trans­mis le silex en silex, de tison en disant, de feu en feu, de foyer en foyer, de forge en forge, et qui aurait fini par échouer, ici, entre ses mains de forge­ron, comme il l’était sans doute écrit de toute éter­nité tant il semblait évident que Jacky avait dû naître d’un ventre de fer en fusion entre deux cuisses de lave au temps des grandes fissures cambriennes tandis que les volcans proje­taient dans les menus quelques myriades d’enclumes phos­pho­res­centes.

Traduit de l’anglais Fran­çoise du Sorbier. Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Voici la phrase d’accroche de la quatrième de couver­ture

Un petit bijou d’intelligence et d’esprit typi­que­ment british, dans la lignée du « Cercle litté­raire des amateurs d’épluchures de patates » et de « la dernière conquête du major Petti­grew »

Tout est dit ! La volonté de la maison d’édition de réali­ser un maxi­mum de ventes ! Un roman qui se lit faci­le­ment (trop sans doute !) des femmes britan­niques coura­geuses, certaine indignes d’autres sublimes et tout cela sur fond de deuxième guerre mondiale. Si comme moi vous savez lu le roman de Mary-Ann Shaf­fer, vous aurez une curieuse impres­sion de « déjà-lu » qui enlè­vera une bonne partie de l’intérêt à cette histoire. Résu­mons : ce petit village anglais voit donc une superbe histoire d’amour, un horrible tyran fami­lial orga­ni­ser un échange de bébés, une femme éner­gique mais un peu stupide se lais­ser corrompre par l’argent, une Miss Marple bis qui résout un enquête un peu sordide, un bombar­de­ment qui tue deux person­nages sympa­thiques, une enfant juive tchèque réfu­giée, et un beau téné­breux qui n’est pas l’homme corrompu que l’on croyait. Nous suivons toutes ces histoires grâce aux cour­riers des unes et des autres ou aux jour­naux intimes qui étaient parait-il en usage pendant la guerre. J’ai bien aimé la construc­tion de la choral et l’évocation des cantiques qui ponc­tuent le récit et avec Youtube, on peut les écou­ter tout en conti­nuant la lecture qui ne vous fati­guera pas.

Citation

La couleur du roman

L’enthousiasme ouvre toutes les voies, car il les éclaire d’une lumière vive.

Traduit du finnois par Anne Colin du Terrail .Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Je n’avais lu que « la douce empoi­son­neuse » de cet auteur, que j’avais complè­te­ment oublié car ce roman ne m’avait pas plu et je pensais m’arrêter là , dans la décou­verte de cet auteur finlan­dais et bien j’avais bien tort ! J’aurais dû faire davan­tage confiance à la blogo­sphère et il a fallu mon club pour que je le « re«mette à mon programme. S’il reçoit 5 coquillages, c’est qu’il m’a fait écla­ter de rire plusieurs fois et j’espère que vous aussi, si vous lisez mes cita­tions. J’ai classé ce roman dans les nouvelles car chaque trou­vaille de notre amateur d’antiquité est comme une petite histoire. On suit la vie de Volo­mari Volti­nen et de son épouse Laura, mais leurs vies ne sont que les fils conduc­teurs de diffé­rentes anec­dotes, Volo­mari en est souvent l’acteur prin­ci­pal car sa passion pour les objets anciens l’entraîne dans des histoires où il aura besoin de tout son talent juri­dique pour s’en sortir.

J’ai retrouvé avec un plai­sir certains les reliques du Moyen-âge, ici ce qui en fait la valeur c’est l’ancienneté dans la croyance et non pas qu’elles soient vraies ou fausses. Vous pouvez donc vous offrir un orteil de Saint-Pierre ou une clavi­cule du Christ. Mais c’est très cher à moins que vous ne le voliez… Oh ! quel scan­dale , voler la clavi­cule du Christ, la morale chré­tienne y retrou­vera-t-elle son compte si on l’échange avec le sque­lette d’un soldait de l’armée rouge ? J’ai adoré aussi les négo­cia­tions autour du dentier de Manne­rheim et savoir que quelqu’un au Vati­can a un avis sur la ques­tion me ravit. Bref tout se déguste dans ce récit et plus d’une fois j’ai pensé aux « Racon­tars » de Jon Riel. Au delà de la drôle­rie de ces histoires on en apprend aussi beau­coup sur le destin de Finlande, marqué par le nazisme et l’occupation sovié­tique. On y boit beau­coup, mais vrai­ment beau­coup dans ce pays du grand nord, c’est pour­quoi j’ai cher­ché toutes les bouteilles de Whisky que j’ai pu trou­ver pour ma photo !

Citations

Les origines de Volomari

C’est une chance de naître dans la famille d’un tôlier-ferblan­tier aimant les enfants et collec­tion­nant les anti­qui­tés. Il y a là de toute évidence une forme d’équilibre : un nouveau-né et des objets anciens se complètent à merveille, le passé et l’avenir cheminent main dans la main.

Humour finlandais

De retour sur le front, il repre­nait son modeste rang de capo­ral. Il rangeait en toute discré­tion sa vareuse de sergent dans son sac, mais à l’arrière il était toujours au moins sous-offi­cier, et parfois même, dans ses moments les plus ambi­tieux, capi­taine de cava­le­rie. Il avait volé les pattes de collet corres­pon­dantes sur l’uniforme d’un offi­cier de carrière tombé au champ d’honneur, en se disant qu’il en ferait meilleur usage que lui.

Portait

Volo­mari finan­çait ses études en travaillant comme placier en assu­rance, menait une vie rela­ti­ve­ment rangée, ne s’adonnait que rare­ment à la bois­son et ne passait pas de nuits blanches. Il réus­sit malgré tout à perdre sa virgi­nité, avec l’aide dévouée d’une dénom­mée Riita.

Les langues sur un tandem

Ils parlaient alle­mand entre eux, sauf dans les montées les plus dures, qui les faisaient plus natu­rel­le­ment pester en finnois.

Tarzan

Au faîte de sa gloire, Johnny Weiss­mul­ler avait litté­ra­le­ment but la vie à pleines gorgées, et étant ainsi devenu, avec l’âge, un sacré poivrot. On savait, dans le milieu du cinéma, que Tarzan buvait comme un éléphant, souvent du matin au soir, et qu’il ne devait qu’à son excep­tion­nel physique d’athlète de ne pas rouler sous la table dès le réveil.

Le métier d’assureur

Ryto­korpi tentait de faire avan­cer l’enquête, mais en dehors des traces d’effraction, il n’avait pas grand-chose à se mettre sous la dent. La liste des objets dispa­rus était en géné­ral longue, les victimes ayant jugé bon d’inscrire des biens qu’elle n’avait même pas eu le temps d’acquérir.

Les juristes et les écrivains

Quoi qu’il en soit, il risquait une forte amende ou une peine avec sursis, et mieux valait se débar­ras­ser au plus vite des obus. Il avait malgré tout l’intention de conser­ver le mortier. Il pour­rait toujours expli­quer n’être qu’un inno­cent collec­tion­neur et l’avoir acheté dans les surplus de l’armée. Des juristes sont habiles à inven­ter de toutes pièces des histoires. Dans ce domaine ils battent à plat de couture la plupart des écri­vains.

Pourquoi les hommes tirent mieux au mortier que les femmes

l’obus explose a à peu près dans la bonne direc­tion, mais pas exac­te­ment à l’endroit visé. Malgré les efforts de Laura, le poin­tage n’était pas assez précis. Les femmes n’ont en effet pas natu­rel­le­ment le sens des trajec­toires en forme de cloche, contrai­re­ment aux hommes qui ont tous les jours l’occasion de les étudier en vidant leur vessie. Ces exer­cices répé­tés leur permettent d’affiner la préci­sion de leur visée , de déve­lop­per leurs capa­ci­tés d’évaluation et de raffer­mir leur main, pour un résul­tat souvent gran­diose.

Utilité des attachés-cases

Le chef de police suppléant était convaincu que les atta­chés-cases étaient spécia­le­ment conçus aux mesures de la bouteille de Ballantine’s. Il soup­çon­nait les maro­qui­niers qui les fabri­quaient à travers le monde d’être action­naires de la fameuse distil­le­rie, où celle-ci, à l’inverse, de manu­fac­tu­rer en toute discré­tion des millions d’attachés-cases afin de popu­la­ri­ser son whisky. Quoi qu’il en soit, d’adéquation était parfaite. Lorsqu’ils firent étape à Tampere, Volo­mari Volo­ti­nen s’empressa d’acheter un atta­ché-case et deux bouteilles de Ballantine’s pour le garnir, consa­crant ainsi son entrée dans la caste des hommes d’affaires.