Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thè­que de Dinard, où il a obtenu un coup de cœur. Traduit de l’américain par Josette Chiche­por­tiche.


Véri­table embal­le­ment de la blogo­sphère, ce livre mérite les coups de cœur qu’il a reçu chez Krol, Domi­nique, Aifelle, Jérôme et Noukette et beau­coup d’autres dont je mettrai les noms au fur et à mesure des commen­taires. J’avais une réserve à cause de la réfé­rence à « La Route  », roman que j’avais peu appré­cié. Ici l’apocalypse suppo­sée est beau­coup plus crédible, et elle ne consti­tue pas l’essentiel du roman. D’ailleurs avant même que le monde s’effondre, on ne sait pas trop pour­quoi, cette famille avait choisi de vivre au cœur d’une forêt. les deux filles Neil et Eva ne vont pas à l’école et sont éduquées par leurs parents, l’une sera danseuse et l’autre prépare son entrée à Harvard. Mais peu à peu le monde s’arrête et tout le confort que notre société nous procure dispa­raît, et fina­le­ment les deux jeunes filles doivent vivre seules au milieu d’une forêt et de rencontres pas toujours amicales. On retrouve un peu les efforts de survie que doit faire l’héroïne du « mur invi­sible  » pour assu­rer sa survie mais le message est diffé­rent. Ce n’est pas, en effet, le savoir de l’homme qui va sauver les deux filles mais la connais­sance de la nature. Et si ce roman, s’appelle « dans la forêt », c’est parce que leur salut vien­dra de ce que la forêt peut leur appor­ter. Comme avant elles, les rares indiens qui ont pu échap­per à l’extermination program­mée de leurs peuple.

Je relis en ce moment « Sapiens une brève Histoire de l’humanité » on y retrouve ce même message, la révo­lu­tion agri­cole nous dit Yuval Noah Harari est la plus grande escro­que­rie de l’histoire et elle a asservi l’homme au lieu de le libé­rer. Nos deux héroïnes vont donc reve­nir au stade des « chas­seurs cueilleurs » beau­coup plus adapté à la survie en forêt. Je pense que les écolo­gistes vont adorer ce roman qui a tout pour leur plaire, de plus l’écrivaine vit au fond des bois de l’écriture de ses livres et de l’apiculture. Mais ce n’est pas qu’un roman à messages, c’est aussi une intrigue bien menée et les person­nages sont inté­res­sants et crédibles. J’ai vu le film qui a été tiré de cette histoire, il insiste beau­coup sur la riva­li­tés et le lien entre les deux sœurs, encore un film qui est beau­coup mins inté­res­sant que le roman. Si j’ai une petite réserve, c’est que je garde, malgré moi, un certain agace­ment vis à vis des Améri­cains qui sont les plus farouches défen­seurs de l’environnement et en même temps les plus grands pollueurs de la planète.

Citations

Le plaisir d’habiter un lieu isolé ‚un plaisir que je ne partage pas

Voilà le vrai cadeau de Noël, nom de Dieu -la paix, le silence de l’air pur. Pas de voisins à moins de six kilo­mètres , et pas de ville à moins de cinquante. Bénis soient Boud­dha, Shiba, Jého­vah et le service des Forêts de Cali­for­nie, nous vivons tout au bout de la route !

Nell et Eva s’approprient la forêt

Petit à petit , la forêt que je parcours devient mienne, non parce que je la possède, mais parce que je finis par la connaître. Je la vois diffé­rem­ment main­te­nant. Je commence à saisir sa diver­sité -dans la forme des feuilles, l’organisation des pétales, le millions de nuances de verts. Je commence à comprendre sa logique et à perce­voir son mystère. Où que j’aille, j’essaie de noter ce qu’il y a autour de moi – un massif de menthe, une touffes de fenouil, un buis­son de manza­nita ou d’amarante à ramas­ser main­te­nant ou plus tard quand je revien­drai, quand le besoin se fera sentir ou que ce sera la saison.


Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thè­que de Dinard, thème le Maroc

Lors du mois consa­cré au Maroc, il se devait d’y avoir au moins un livre de ce grand écri­vain à la langue si belle. Ce roman corres­pond exac­te­ment au thème : il raconte la vie d’un travailleur maro­cain. La vie ou plutôt toutes les vies de ces ouvriers recru­tés dans les années 50 dans le bled maro­cain et qui restent atta­chés de toutes leurs forces à leur village dont ils sont issus. Moham­med » Limmi­gré » comme on l’appelle aussi bien au Maroc qu’en France est le symp­bole de tous ces hommes qui prennent comme iden­tité le fait d’être « Immi­gré » c’est à dire coincé en France dans des quar­tiers où il ne fait pas bon vivre et rêvant de leur village natal où ils ne reviennent que l’été. Ses seuls moments de bonheur sont ceux où ils se sent musul­man où il peut faire ses prières et respec­ter les prin­cipes d’une reli­gion qu’on lui a apprise dans sa petite mosquée de son village. Ils sont simples ces prin­cipes : « fait le bien autour de toi sur terre et tu iras au para­dis pour être heureux, fais le mal et tu ne connaî­tras que le malheur dans l’au-delà ». Alors bien sûr, il ne comprend pas grand chose aux versions violentes de l’islam, pas plus qu’il ne comprend ses enfants qui se sont mariés avec des non-​musulmans, pour son fils il l’accepte mais pour sa fille il l’a carré­ment suppri­mée de sa famille. Toute sa vie, il a travaillé à l’usine et il a aimé ce rythme, se lever tôt, sa gamelle, son retour chez lui avec une femme qui l’a toujours accom­pa­gnée. La seule chose vrai­ment posi­tive de la France qu’il retien­dra, en dehors de son salaire régu­lier, c’est l’hôpital où il est mieux soigné qu’au Maroc et aussi l’éducation que reçoit son neveu triso­mique qu’il a adopté pour qu’il puisse béné­fi­cier d’une bonne éduca­tion. Cet enfant sera son vrai bonheur car il est heureux et lui donne toute l’affection que ses enfants n’ont pas su lui témoi­gner. Mais catas­trophe ! voilà la retraite qui arrive alors que faire ? « L’entraite » comme il dit a déjà tué deux de ses amis, plus rien n’a de sens : ses enfants sont loin de lui ; on lui dit qu’il a du temps pour lui, mais il ne sait abso­lu­ment pas quoi en faire de ce temps. Le roman­cier part alors dans une fable, qui a sûre­ment un fond de vérité, Moham­med construit dans son village du bled, avec toutes ses écono­mies une maison énorme et tota­le­ment absurde pour réunir toute sa famille. Ce sera fina­le­ment son tombeau.

Citations

Le nouvel iman

Seul l’imam des Yvelines avait la capa­cité de citer un verset et de le commen­ter. Il connais­sait le livre par cœur et disait l’avoir étudié au Caire, à la grande univer­sité d’zl-Azhar. Peut-​être était-​ce vrai, personne n’avait les moyens de le contre­dire. Cet iman était tombé du ciel, personne ne l’avait vu arri­ver. Il était entouré d’une cour de jeunes délin­quants déci­dés à reprendre le droit chemin. Il les appe­lait mes enfants. Il avait une grosse voiture, portait de belles tenues blanches, se par fumait avec l’essence du bois de santal et habi­tait en dehors du quar­tier infer­nal.

Une observation tellement juste et drôle

J’ai vu à la télé des gens riches, des Fran­çaouis ou Spagnouli qui viennent vivre avec des paysans pauvres, ça les change de leurs immeubles, des voitures et de tout ce que nous n’avons pas ; alors on va vendre le bled, ce sera un village de vacances pour personnes riches et fati­guées d’être riches ; ces gens vien­dront chez nous pour faire l’expérience du rien.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thè­que de Dinard

Je suis souvent d’accord avec Krol mais pour ce roman nos avis divergent, il vous faut,donc lire ce qu’elle écrit pour. C’est le troi­sième roman de Laurent Seksik que je lis, j’ai décou­vert cet auteur grâce au club de lecture et j’ai beau­coup appré­cié « l’exercice de la méde­cine  » et » le cas Eduard Einstein  » . Pour ce roman, il faut lire, avant ou après, peu importe « La promesse de l’aube  » . Le portrait que Romain Gary fait de sa mère est inou­bliable et telle­ment vivant. Laurent Seksik s’appuie sur ce portrait pour nous présen­ter Nina, la maman de Roman, femme lutteuse et malheu­reuse, aban­don­née par le père de son fils un certain Arieh Kacew qui restera avec toute sa nouvelle famille dans le ghetto de Wilno où comme 99 % des juifs qui y restèrent, ils furent assas­si­nés par les nazis. L’auteur centre son roman sur les quelques jours de 1925, où acca­blée de dettes et de déses­poir Nina avec son fils décident de partir pour la France. Plus Laurent Seksik sait rendre proche de nous la vie dans ce qui est déjà un ghetto, sous domi­na­tion polo­naise, plus nous avons le cœur serré à l’idée que rien n’y personne ne reste de ce morceau d’humanité. La fin en 1943 est celle qui est décrite dans tous les livres d’histoire : il ne restera rien de la famille natu­relle de Romain Gary, est-​ce pour cela qu’il se plai­sait à s’inventer un père diffé­rent et plus roma­nesque : Ivan Mosjou­kine.

Un père qui ne serait pas dans une fosse commune aux fron­tières de la Russie ou disparu dans les fours créma­toires d’Auschwitz. Ou est-​ce plutôt car il ne peut pardon­ner à son père d’avoir aban­donné sa mère qu’il aimait tant. C’est le sujet du livre et c’est très fine­ment analysé. Si je n’ai pas mis 5 coquillages, c’est que je préfère le portait que Romain Gary fait de sa mère, au début de ma lecture, j’en voulais un peu à l’auteur d’avoir affadi le carac­tère de Nina. Mais ce livre m’a saisie peu à peu, comme pour tous les écrits sur l’holocauste, je me suis retrou­vée devant ce senti­ment d’impuissance comme dans un cauche­mar : je veux hurler à tous ces person­nages : « mais fuyez, fuyez » . C’est pour­quoi je l’ai mis dans mes préfé­rences, Laurent Seksik parvient à nous fabri­quer un souve­nir d’un lieu où 40 000 êtres humains furent assas­si­nés en lais­sant si peu de traces.

Citations

J’adore ce genre d’amour qui pousse à écrire ce genre de dédicace

À ma mère chérie.
À toi papa,
Tu étais mon premier lecteur.
Au moment où je t’ai fermé les yeux, j’étais en train de termi­ner ce roman, le premier que tu ne liras pas, mais dont tu aurais aimé le sujet parce qu’il nous rame­nait tous les deux trente ans en arrière, au temps où j’étais étudiant en méde­cine. Du balcon de notre appar­te­ment à Nice, au 1 rue Roger-​Martin-​du-​Gard, nous contem­plions, toi et moi, l’église russe et le lycée du Parc impé­rial asso­cié au souve­nir de Romain Gary. Tu m’encourageais en me promet­tant une carrière de profes­seur de méde­cine, tandis qu’en secret je rêvais d’embrasser celle de roman­cier. Comme les autres ce roman t’est dédié.

Désespoir d’une mère un peu « trop »

Quand l’obscurité avait enve­loppé la ville tout entière, son esprit était plongé dans le nord absolu. La tenta­tion était alors de s’abandonner au déses­poir, de s’envelopper de peine comme par grand froid d’un châle de laine. Elle éprou­vait toujours un ravis­se­ment coupable à sombrer corps et âmes dans ces abîmes de déso­la­tion et de détresse.

Que cette conversation me touche entre un père et un fils juifs

-Nous sommes en 1912, au XX ° siècle !
- Ce siècle ne vaudra pas mieux que les précé­dents.
-Il sera le siècle du progrès, le siècle de la science, celui de la paix.
-Amen
- Il verra la fin des pogroms, la fin de l’antisémitisme.
- La fin du monde…
- une nouvelle ère s’annonce, papa, et tu la verras de tes yeux.

Où on retrouve un peu la mère de Romain Gary

Nina détes­tait tous les Kacew. En un sens, elle avait l’esprit de famille. Elle les détes­tait avec l’excès qu’elle appli­quait à toute chose, les détes­tait sans nuances, avec une violence irrai­son­née, une féro­cité jamais feinte. Elle excel­lait dans l’art de la détes­ta­tion, haïs­sait avec un talent fou.

La vie à Wilno en 1925

La vie s’exprimait ici dans toute sa joyeuse fureur, son exal­ta­tion débor­dante, on était au cœur battant du ghetto, c’était le cœur vivant du monde. La clameur du jour balayait le souve­nir des jours noirs. On se lais­sait griser par une ivresse infi­nie, la vie n’avait plus rien d’éphémère, le présent était l’éternité. Ces pieux vieillards à la barbe grise, ces femmes à la beauté sage, ces enfants aux yeux pétillants, ce merveilleux peuple de gueux marchait ici un siècle aupa­ra­vant et arpen­te­rait ces rues dans cent ans ce peuple là est immor­tel

Un homme de foi comme on les aime

Je ne peux rien te montrer qu’un monde de contraintes, de prières obli­ga­toires, de règles à respec­ter, d’interdits et de lois -ne fais pas ceci, le Éter­nel à dit que … Mais sache que la reli­gion, ça n’est pas que cela. C’est une affaire d’homme. L’Éternel existe avant tout en toi, dans le souffle de ton âme plus que dans l’air que tu respires. C’est simple­ment une sorte d’espérance, rien de plus, une simple espé­rance que rien ne peut atteindre, qui est immé­mo­riale et qui se trans­met, simple­ment de géné­ra­tion en géné­ra­tion, au-​delà de la reli­gion, de la foi, de la pratique. Une espé­rance indes­truc­tible, heureuse, qui fait battre le cœur même aux pires moments de haine.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thè­que de Dinard

Grâce à mon club, je me suis lais­sée tentée par un « Thril­ler », le mot est sur la couver­ture. Ah ! les étiquettes ! Si elles permettent de vendre tant mieux car ce roman le mérite. Il vous permet­tra de décou­vrir des faits abso­lu­ment révol­tants et bien pires sans doute que ce que Nico­las Beuglet (son nom est prédes­tiné non ?) a imaginé pour écrire son roman. Que les anti-​divulgâcheuses se rassurent, je ne racon­te­rai rien de la quête folle de Chris­to­pher un jour­na­liste d’investigation fran­çais et de Sarah une poli­cière norvé­gienne seront amenés à accom­plir pour sauver (ou non) la vie d’un enfant. Ce que je peux racon­ter, en revanche, ce sont les faits histo­riques sur lesquels se fondent ce roman. La CIA a, pendant la guerre froide, menée des expé­riences sur les espions et des malades mentaux pour trou­ver le réflexe de peur abso­lue, cela dans le but d’en faire une arme mortelle contre l’humanité. Elle n’aurait sans doute pas porté le nom « d’arme de destruc­tion massive » mais elle était très effi­cace pour réduire la person­na­lité d’un oppo­sant, et toutes ces recherches se sont faites sur des humains et à base de tortures. Ce programme a existé, si, comme vous le propose l’auteur, vous tapez MK-​Ultra sur inter­net, ce que vous décou­vri­rez est propre­ment ahuris­sant et telle­ment révol­tant. De la même façon, si vous tapez Carl Gustav Jung matri­cule 488, à votre stupé­fac­tion vous appren­drez que cet éminent cher­cheur de l’inconscient a bien été un agent de la CIA. Tout cela est vrai et donne matière à un roman hale­tant et très bien conduit dont je ne dévoile que l’inspiration. J’ai passé une nuit à avoir peur, j’ai évidem­ment commencé par la fin mais cela n’a pas suffi à calmer mes angoisses. Alors, je pense que les amateurs du genre vont en faire un critère de qualité. Si je lui attri­bue 4 coquillages, c’est parce que j’ai décou­vert une horreur conduite et réali­sée par un grand pays que je respecte, horreur dont je n’avais jamais entendu parlé, le coquillage qui lui manque, il le doit au genre « Thril­ler » ou roman poli­cier qui n’est pas exac­te­ment le genre que je préfère en litté­ra­ture.

Citations

Personnage de Sarah par elle même

Elle avait envie de lui répondre qu’elle avait de la pitié pour cette femme qui avait encore le réflexe de se soucier de l’avis d’un homme qui l’avait trom­pée et quit­tée cette nuit même

L’oubli

La vie nous tuerait tous si nous n’avions pas l’oubli. Cet oubli qui fait que nous ne pensons pas chaque seconde à l’absurdité de notre exis­tence.

Une des clés du roman et fait historique

Natha­liel Evan et son équipe cher­chaient à déter­mi­ner la peur abso­lue chez l’humain pour en faire une arme à des fins mili­taires. Ils se sont servis de vous pour explo­rer les zones les plus enfouies du cerveau à travers toute une série d’expériences sous hypnose et sous une drogue déri­vée du LSD, le LSD 34.

Traduit du suédois par Max Stad­ler et Lucile Klauss

Merci à la petite souris qui a souvent de très bonnes idées de lecture . Mais, j’ai eu plus de mal qu’elle à lire ce roman, non pas qu’il ne soit pas inté­res­sant mais on s’attend à un livre léger et drôle, alors que le récit est long et le style pas très enlevé ( je pour­rai dire un peu lourd). Est-​ce un effet du Suédois, mais les phrases très courtes, répé­ti­tives n’allègent pas forcé­ment la lecture. Ce récit donne une assez bonne idée de l’enseignement en Suède. J’ai lu récem­ment le livre de Jean Philippe Blon­del G229 , tout en finesse et en légè­reté , vrai­ment rien à voir. L’idée de départ est pour­tant géniale, une profes­seure d’anglais et de suédois se retrouve coin­cée dans le local de la photo­co­pieuse de son collège. Cela n’aurait jamais dû lui arri­ver, car c’est une femme orga­ni­sée qui ne laisse jamais rien au hasard. Elle est même carré­ment psycho-​rigide et tout en s’épuisant pour les autres, elle ne fait le bonheur de personne et surtout pas le sien. L’intrigue est bien menée, car il faut une succes­sion d’erreurs qu’elle ne commet jamais d’habitude pour que son calvaire se prolonge jusqu’au dimanche après midi. Sur cette trame et en parta­geant les moments d’angoisse de cette femme, l’auteure peut nous faire comprendre peu à peu la vie des ensei­gnants en Suède et celle d’Eva-Lena en parti­cu­lier. C’est évidem­ment très diffé­rent de le France mais c’est inté­res­sant de se rendre compte qu’en partant de méthodes très diffé­rentes, on n’arrive toujours pas à inté­res­ser des adoles­cents qui n’ont pas envie de se mettre à travailler. Ce roman est plein de remarques très justes sur les rapports entre ensei­gnants, sur les diffi­cul­tés des personnes trop perfec­tion­nistes, sur la vie en Suède. Les person­nages ne sont pas trop cari­ca­tu­raux, sauf le person­nage prin­ci­pal, il lui en faudra du temps pour comprendre ce que le lecteur avait compris dès les premières lignes. Avec un peu plus de grâce et de légè­reté, j’aurais adoré ce roman tout comme mes amies du blog de la petite souris jaune.

Citations

Portrait d’Aurora, l’amie non conventionnelle

Elle n’est ni grande ni grosse : mais elle se place toujours de façon à être au centre des événe­ments. Tout le monde vient s’attrouper autour d’elle. On l’entend tout le temps, bien qu’elle ne parle pas parti­cu­liè­re­ment fort.

Portrait d’Eva-Lena et origine du titre

Je ne peux récu­rer aucune baignoire, ni nettoyer un seul évier. Ni dégi­vrer le frigo. Ni rempo­ter les fleurs.

Il n’y a rien que je puisse faire main­te­nant. Pas passer l’aspirateur, non : je n’ai pas accès à un quel­conque aspi­ra­teur. Pas un seul aspi­ra­teur à ma portée.

Mes possi­bi­li­tés de nettoyer les fenêtres sont réduites à néant. Dans cette pièce par exemple, il n’y a pas une seule fenêtre, pas même un soupi­rail.(.….)

En ce moment personne ne peut exiger quoi que ce soit de moi. Je suis tout simple­ment Hors-​service.

Eva-​Lena un prof qui manque d’humour

Elle passa en revue son emploi du temps du lundi. Anglais avec les cinquièmes. Suédois, leçon 8, intro­duc­tion aux consti­tuants de la phrase. Voilà qui serait vivant, et susci­te­rait inté­rêt des élèves.

Je suis comme Erik et j’aurais bien du mal à supporter Eva-​Lena

Il arrive qu’Erik, quand il lit un livre après moi, enrage à cause des anno­ta­tions que j’écris à la main dans les marges. Un petit point d’exclamation par-​ci, une étoile par-​là. Un point d’interrogation en face d’une phrase à la construc­tion alam­bi­quée. Une méta­phore origi­nale discrè­te­ment souli­gnée. Si un passage entier est inté­res­sant, je le marque d’un trait verti­cal dans la marge. Il prétend que perturbe sa lecture. Il fulmine, ne veut pas de mes « panneaux indi­ca­teurs ». Alors que je prends soin d’utiliser un crayon bien pointu pour écrire de petits signes, d’une écri­ture soignée qui ne peut gêner personne.

Un bon professeur

Bengt-​Göran Arvid­sson n’a jamais voulu entendre parler des nouvelles méthodes. Et pour­tant ses élèves l’adorent. Quand il passe dans les couloirs, ils se séparent comme la mer rouge devant le bâton de Moïse. Et ils le suivent, ils le suivraient quarante ans dans le désert s’il le fallait. Et ils l’écoutent atten­ti­ve­ment, en silence. Ils savent que leur silence sera récom­pensé. Parce que Bengt-​Göran « raconte » il n’enseigne pas. Il raconte.


J’aime cette auteure et je sais que je lirai toute sa série. Marie-​Aude Murial possède ce talent de nous faire parta­ger la vie d’une grande partie des êtres humains de notre société à partir d’un point de vue précis. Un petit bémol, pour moi, on sent trop, dans ce récit, que l’on aura une saison 3, trop de choses sont en suspens, mais tant pis, je ne boude pas mon plai­sir. J’aime bien passer mes soirées avec Sauveur Saint-​Yves et son fils, Lazare que l’on voit un peu moins dans ce tome . Ce méde­cin, psycho­logue ordi­naire donc extra­or­di­naire, quand il arrive à rendre moins malheu­reux les gens autour de lui, inau­gure un nouveau trai­te­ment « l’hamsterothérapie ».

Citations

L’ado à problèmes

Gabin zonait parfois sur « Word offre Warcraft » pendant six ou sept heures d’affiliés, de préfé­rence la nuit. D’où ses absences scolaires, surtout en début de mati­née. À partir de 11 heure, il se conten­tait de dormir en cours, la tête entre les bras. Les profs le lais­saient en paix, désar­més par sa bonne gueule un peu cabos­sée, à la Depar­dieu jeune, et son regard inex­pres­sif, qui le faisait passer pour plus crétin qu’il n’était.

L’horreur de Daesh

Racontée à la journaliste

Haddad avait 26 ans, elle était mariée à Yous­sef, profes­seur de violon. Peu après l’entrée des djiha­distes, dans Mossoul le 10 juin, monsieur Haddad avait perdu son emploi, la musique étant inter­dite. Les hommes de Daesh avait marqué la maison des Haddad d’une lettre qui les dési­gnaient comme chré­tiens. Puis les nouveaux maîtres de la ville, circu­lant en pick-​up dans les nouveaux quar­tiers chré­tiens, avaient diffu­sés ce message par haut-​parleur : » Convertissez-​vous, deve­nez sujets du Cali­fat. Sinon, partez sans rien empor­ter. » Refu­sant de se soumettre aux isla­mistes ;, les Haddad avaient bourré leur break. A la sortie de la ville quatre hommes les avaient fait ranger sur le bas-​côté

Ils nous ont demandé de sortir du break. Ils ont pris tout ce qu’on avait dans la voiture . Puis on a pu partir.….

Racontée en toute confiance au psychologue

Elle lui raconta la terreur dans la ville, son frère Hilal, un adoles­cent d e 15 ans égorgé en pleine rue, la fuite dans le break, les hommes qui les avaient arrê­tés et sortis de force de la voiture, le violon de son mari qu’ils avaient fracassé contre une pierre, car la musique est impie, les bijoux qu’ils avaient arra­chés à ses mains, à son cou, la peur qu’elle avait eu d’être violée.…

La mère abusive pauvre Samuel !

Madame Cahen, qui,était aux aguets, avait flairé quelque chose. son fils se lavait, il cirait ses chaus­sures

- Tu te fais beau ce matin, ricanait-​elle ? « Elle » est de ta classe .

Samuel buvait son choco­lat le matin, il mettait son linge sale dans le panier ?. Sa doci­lité même était suspecte. Sa mère entrait encore plus souvent dans sa chambre sans crier gare. Elle soule­vait ses copies, ses cahiers, elle faisait du tri dans ses vête­ments, elle cher­chait elle ne savait quoi. Une lettre. Une adresse. Une photo. La trace d’une fille.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thè­que de Dinard. Il a obtenu un coup de coeur.

Roman choral qui suit tous les membres d’une famille pendant la guerre 39/​45, au Havre. Ce roman nous fait revivre ce qui s’est passé dans cette ville et qui est, sauf pour les Havrais, quelque peu oublié. Dès le début de la guerre, cette ville a été plus que géné­reu­se­ment bombar­dée afin de détruire les instal­la­tions portuaires. Mais l’épisode le plus doulou­reux se situe à la fin de la guerre. Une garni­son alle­mande a refusé de se rendre alors que les alliés encer­claient la ville. Le comman­dant alle­mand a proposé de faire évacuer les civiles, on ne saura jamais pour­quoi les Anglais ont refusé ni pour­quoi ils ont bombardé Le Havre rédui­sant cette ville en cendre. Cet article du Figaro pose bien toutes ces ques­tions.

Le roman suit la vie d’Emilie et de Joffre qui ont deux enfants Lucie et Jean et de Muguette sœur d’Emilie et de ses deux enfants. Les carac­tères sont bien imagi­nés et la vie de cette famille sous l’occupation est, sans doute, très proche de la réalité. J’ai décou­vert l’existence de la fonda­tion Guyne­mer qui envoyait des enfants en Algé­rie pour les éloi­gner des dure­tés de la guerre. Beau­coup d’enfants du Havre et de Saint Nazaire ont ainsi béné­fi­cié pour 6 mois ou un an d’une vie plus saine. Le déchi­re­ment pour les parents de devoir se sépa­rer de leurs enfants est très bien rendu et aussi, la façon dont on doit se méfier de tout le monde quand on n’accepte pas de colla­bo­rer. C’est un bon roman histo­rique qui permet de se remettre en mémoire de façon objec­tive ce qui s’est passé au Havre à cette période.

Citations

Souvenirs de la guerre 14 – 18

La guerre chez nous avait déjà mangé presque tous les hommes, le père de papa déca­pité par un obus la veille de l’armistice, le père de maman et une demi-​douzaine de grand-​oncle gazés par les Boches -eux étaient rentrés en 1928, mais pas pour long­temps, ils étaient déjà asphyxiés et sont morts paraît-​il dans d’atroces souf­frances.

Portrait d’une femme qui parle peu

La cuisine, c’était sa manière à elle de montrer son amour, parce que les mots, je voyais bien qu’elle les cher­chait sans jamais les trou­ver, quand ça sortait, presque toujours ça faisait mal et je la détes­tais, puis aussi­tôt je lui par donnais ; elle faisait de son mieux et s’en voulait sincè­re­ment de m’avoir bles­sée.

Je ne connaissais pas l’expression

Félix Mercier – un grand écha­las qui ne se prenait pas pour la queue d’une poire.

La collaboration

« La colla­bo­ra­tion cousine, tu sais de quoi il s’agit : donne-​moi ta montre et je te donne­rai l’heure. »

Cet essai n’est qu’un humble tribut de recon­nais­sance envers l’art fran­çais qui nous a aidé à vivre pendant ces quelques années en URSS.


Un livre que j’avais déjà remar­qué puis oublié et qui m’a été remis en mémoire par Sandrine. Les circons­tances de ce livre sont stupé­fiantes : Joseph Czapski faisait partie des offi­ciers polo­nais captu­rés par les sovié­tiques alors qu’ils voulaient combattre les nazis. Ce fut une consé­quence du pacte Germano-​Soviétique et comme la Russie a fini par le recon­naître en 1990, envi­ron 30 000 offi­ciers polo­nais furent tués par balle à Katyn. Joseph Czapski fait partie des quelques survi­vants, il ne sait pas ce que sont deve­nus ses amis. Voici ce qu’il dit dans son intro­duc­tion

Nous étions soixante-​dix-​neuf de Staro­bielsk sur quatre mille. Tous nos autres cama­rades de Staro­bielsk dispa­rurent sans lais­ser de trace.

Au camp-​goulag de Grazo­wietz plutôt que de se lais­ser aller, avec ses amis, il orga­nise des confé­rences sur les spécia­li­tés des diffé­rents intel­lec­tuels polo­nais prison­niers. Lui est peintre, il avait décou­vert l’oeuvre de Proust à Paris et décide donc de le présen­ter à ses cama­rades. De mémoire, car bien sûr il n’a pas de livres avec lui, il fait une présen­ta­tion très fine de « la Recherche ». C’est très émou­vant de s’imaginer ces pauvres hommes réduits à la condi­tion de « zek » par la vie dans un goulag russe, écou­tant ses confé­rences :

Je vois encore mes cama­rades entas­sés sous les portraits de Marx, Engels et Lénine, haras­sés après un travail dans un froid qui montait jusqu’à quarante cinq degrés, qui écou­taient nos confé­rences sur des thèmes telle­ment éloi­gnés de notre réalité d’alors.
Je pensais alors avec émotion à Proust, dans sa chambre de liège, qui serait bien étonné et touché peut-​être de savoir que vingt ans après sa mort des prison­niers polo­nais, après une jour­née entière passée dans la neige et le froid qui arri­vait à quarante degrés, écou­taient avec un inté­rêt intense l’histoire de la duchesse de Guer­mantes, la mort de Bergotte et tout ce dont je pouvais me souve­nir de ce monde de décou­vertes psycho­lo­giques précieuses et de beauté litté­raire.

Quel plai­sir de parta­ger avec lui les souve­nirs de cette oeuvre si parti­cu­lière ! il fait revivre Swann, la duchesse de Guer­mantes et Bergotte et mieux que je ne saurais le faire, analyse l’importance de Berg­son chez Proust en parti­cu­lier pour cette notion du temps dans son oeuvre. Il balaie d’un revers de plume l’accusation de snobisme (qui d’ailleurs n’est plus guère de mise aujourd’hui). Il trouve même dans la recherche des accents pasca­liens, je n’ai pas très bien compris pour­quoi. Joseph Czapski est un artiste peintre de talent et il possède une culture person­nelle d’un autre temps.

Il replace Proust dans son époque au milieu d’artistes, peintres ou écri­vains dont il semble connaître parfai­te­ment les œuvres. Et tout cela de mémoire ! j’ai eu l’impression de retrou­ver certains grands univer­si­taires qui ont enchanté mes études. Mais eux, avaient des biblio­thèques à leur dispo­si­tion. Lui n’avait que ses souve­nirs.

Tous ceux qui lisent avec plai­sir Proust aiment entendre parler de leur auteur et seront sensibles à la prouesse intel­lec­tuelle de Joseph Czapski et des circons­tances de la rédac­tion de ce court texte.

Citations

L’écrivain vieillissant et la prétention

Ce qui étonne, c’est que Bergotte, comme proche ami de Swann, se met à en dire du mal en voiture, avec beau­coup de finesse, de déta­che­ment, de faci­lité, au jeune garçon qui le voit pour la première fois. Bergotte donne l’occasion à Proust d’étudier avec cet esprit lucide et juste toutes les faiblesses, toutes les petites et grandes lâche­tés, tous les mensonges si souvent rencon­trés chez les artistes. Nous voyons dans les volumes suivants Bergotte vieilli, à l’époque de sa plus grande renom­mée, avec sa force créa­trice en extinc­tion. Main­te­nant, quand il écrit des livres de plus en plus rares, de moindre qualité, écrits avec infi­ni­ment plus d’efforts et avec ces senti­ments de joie et néces­sité inté­rieure bien affai­blis, il aime à répé­ter la phrase suivante : « Je pense qu’en écri­vant ces livres j’ai été utile à mon pays » , phrase qu’il ne disait jamais du temps de ses chefs-d’oeuvre.

Comme je suis d’accord avec cette remarque

Chez Proust nous rencon­trons un manque telle­ment absolu de parti pris, une volonté de savoir et de comprendre les états d’âme les plus oppo­sés les uns aux autres, une capa­cité de décou­vrir dans l’homme le plus bas les gestes nobles à la limite du sublime, et des réflexes bas chez les êtres les plus purs, que son oeuvre agit sur nous comme la vie filtrée et illu­mi­née par une conscience dont la justesse est infi­ni­ment plus grande que la nôtre.

La France à l’époque de Proust

Cette fin du XIXe siècle d’où découle la vision prous­tienne, est un moment suprême de l’art. La France produit alors un nombre d’artistes de génie qui, en surmon­tant toutes les contra­dic­tions profondes qui déchi­rait l’époque, arrivent à un art de synthèse.

Le projet littéraire de Proust

Nous appe­lons aujourd’hui tous les romans immenses, plus ou moins influen­cés par la forme de Proust, des romans-​fleuves. Mais aucun de ces romans ne répond à cette déno­mi­na­tion à ce point qu » « À la recherche du temps perdu ». Ce n’est pas ce qu’entraîne le fleuve avec soi : des bûches, un cadavre, des perles, qui repré­sentent le côté spéci­fique du fleuve, mais le courant même sans arrêt. Le lecteur de Proust, en rentrant dans les flots appa­rem­ment mono­tones, est frappé non par les faits, mais par les personnes telles ou autres, par la vague non arrê­tée dans son mouve­ment de vie même. Le projet primi­tif de son oeuvre, qu’avait Proust, n’a pas pu être réalisé dans sa forme exté­rieure d’après son désir. Proust voulait faire paraître cette immense « somme » en un seul volume, sans alinéas, sans marges, sans parties ni chapitres. Le projet sembla abso­lu­ment ridi­cule aux éditeurs les plus culti­vés de Paris et Proust fut forcé de morcelé son oeuvre en quinze ou seize volumes, avec des titres englo­bant deux ou trois volumes.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thè­que de Dinard, traduit de l’anglais par Chris­tine Le Boeuf.


Un roman typi­que­ment British, vous y boirez des litres et des litres de thé, vous y mange­rez des sand­wichs, vous y croi­se­rez des femmes fofolles gentilles et des méchantes, des chiens (beau­coup de chiens) un fantôme ou plus exac­te­ment l’esprit d’une femme morte qui veut faire abou­tir ce récit, les allu­sions aux romans clas­siques anglais, un vrai gent­le­man quelques odieux person­nages tout cela saupou­dré d’humour (c’est que j’ai le plus appré­cié dans ce roman) . Bref, un roman comme une sucre­rie anglaise trop colo­rée et trop sucrée mais qui va si bien avec leurs jolies tasses et leurs tapis­se­ries à fleurs. Le fil de la narra­tion est amusant, un homme qui a perdu celle qu’il aimait et la médaille qu’elle lui avait confiée, se met à collec­tion­ner les objets perdus et les réper­to­riés : c’est notre gent­le­man. Laura sa secré­taire qui devien­dra son héri­tière aura pour mission de retrou­ver les proprié­taires des dits objets, elle hérite aussi d’une superbe maison à Londres, ça c’est le côté bonbon aux couleurs tendres de l’Angleterre. L’intrigue se complique car nous devons suivre aussi le destin de la médaille perdue et donc croi­ser une hysté­rique anglaise qui écrit de mauvais romans paro­diant les clas­siques. Une fofolle anti­pa­thique !

C’est un peu compli­qué un peu touffu, le charme vient aussi des récits que notre gent­le­man avait inven­tés à propos de chaque objet, ça fait un peu atelier d’écriture mais c’est sympa­thique.
Tout finira bien avec l’amour et la richesse en prime.

Citations

Un passage plein d’humour, les méchantes langues accusent évidemment Laura d’avoir mis le grappin sur le gentleman

- Eh bien, je suppose qu’elle faisait un peu plus que dépous­sié­rer et passer l’aspirateur.
Laura avait l’intention de passer près d’elle sans être vue mais, main­te­nant, elle leur fit face avec un sourire crâne.
-Fella­tion, annonça-​t-​elle . Tous les vendre­dis. Et, sans un mot de plus, elle sortit en majesté. Winnie se tour­nant vers Marjory, l’air intri­gué.
- Ça s’appelle comment, ça en langage courant ?
- C’est de l’italien, dit Marjory en se tapo­tant la bouche avec sa serviette. J’en ai mangé, une fois dans un restau­rant.

Les pensées d’une femme qui ne sait pas encore qu’elle est presque amoureuse

Il avait dit « oui » et, depuis, L’aura avait gaspillé un temps consi­dé­rable à essayer de comprendre pour­quoi. Ses hypo­thèses étaient nombreuses et variées : elle l’avait pris par surprise ; il se sentait seul ; il avait envie de dinde rôtie mais ne savait pas cuisi­ner ; il la plai­gnait. L’explication qu’elle envi­sa­geait avec le plus de réti­cence mais aussi le plus d’excitation était la plus simple et la plus éner­vante. Il venait parce qu’il en avait envie.

Alzheimer

Elle aurait aimé pouvoir faire quelque chose, n’importe quoi, pour atté­nuer le chagrin de Bomber lorsqu’il voyait son père s’éloigner inexo­ra­ble­ment vers un hori­zon loin­tain et inac­ces­sible. La bonne santé physique de Godfrey était d’une cruelle ironie, couplée comme elle l’était à sa fragi­lité mentale, faisant de lui un enfant crain­tif et colé­rique qui aurait trop grandi. « Le corps d’un buffle, l’esprit d’un mouche­ron ».

Ce livre est dans mes envies de lectures depuis un an. Comme toutes les blogueuses amies, je suis parfois prise aux pièges de toutes mes solli­ci­ta­tions et il me faut du temps pour parve­nir à réali­ser mes projets. Ce roman histo­rique en demande juste­ment du temps et de la concen­tra­tion, il ne se lit pas en quelques soirée. Il s’agit d’ailleurs de cela, du temps qui passe et de la lente arri­vée de la mort qui rend, enfin, tous les hommes égaux. L’empereur Charles Quint est l’homme le plus puis­sant du monde quand en 1255, il abdique et renonce à tous ses titres pour se reti­rer dans le monas­tère de Yuste ou il mourra en 1258. (la photo rend mal l’ambiance austère, humide, malsaine qui est décrite dans le roman d’Amélie de Bour­bon Parme.)

Pour une fois, je peux racon­ter la fin sans crainte de frois­ser mes anti-​divulgâcheuses préfé­rées. Charles Quint meurt et son empire s’écroule. Il est réduit à sa condi­tion humaine et attend la mort sans peur mais dévoré par une passion, celle des horloges qui sont à l’époque un concen­tré de progrès tech­no­lo­giques.

Elles ne servent pas seule­ment à dire l’heure (contrai­re­ment à celle où j’ai posé ce roman pour ma photo !) mais à décrire le monde avec, évidem­ment, la terre créa­tion divine au centre d’un univers fermé. Pour­tant un certain Coper­nic avait depuis plus de 50 ans écorné cette belle théo­rie qui conve­nait si bien aux esprits rétro­grades tenant de l’obscurantisme catho­lique soute­nus par l’horrible inqui­si­tion. Dans un rythme très lent qui accom­pagne chaque dégra­da­tion d’un homme qui va mourir, cette auteure nous permet de parta­ger les pensées de Charles Quint. Et puisqu’il fallait bien un suspens, c’est la passion pour les horloges astro­no­miques qui va pour ce roman, intro­duire une possi­bi­lité de fissure dans la recherche du calme olym­pien avant la mort : Charles Quint percera-​t-​il le secret de cette dernière horloge astro­no­mique ? et que veut dire cette phrase « Sol numquam deci­den­tis  » inscrite dans le fond du boitier de l’horloge noire qui l’inquiète tant ? Est ce que le soleil ne se couche jamais sur l’empire de Charles Quint ? ou ne se couche-​t-​il jamais ?

Je ne suis pas surprise que Domi­nique soit tombée sous le charme de ce roman que j’ai bien aimé égale­ment sans pour autant adhé­rer tota­le­ment, j’ai parfois été gênée par la lenteur du récit. Je salue bien volon­tiers les talents d’écrivain d’Amélie de Bour­bon Parme qui sait faire revivre celui qui pour tant de monde est seule­ment un portrait (du Titien excu­sez du peu !) et qui, pour elle, est un ancêtre.

Citations

Philippe successeur de Charles Quint

Ce garçon avait une allure étrange, comme s’il manquait quelque chose ou quelqu’un dans cette silhouette de demi-​souverain à qui l’empereur avait pour­tant trans­mis la moitié de ses posses­sions.

Même lorsqu’elles étaient courtes, les visites de son fils étaient longues en silence.

Rapports du Pape et de Charles Quint

L’empereur sentit son visage se cris­per à la vue du sceau ponti­fi­cal. Bour­sou­flé de cire et d’arrogance, l’emblème papal faisait luire toutes les préten­tions de l’Église en même temps. Le nouveau pape y avait glissé ses initiales en secret : Gian Pietro Carafa. En se déta­chant, le cachet de cire fit le même petit bruit sec qu’une coquille vide que l’on casse dans sa main. Un bruit qui conve­nait tout à fait à l’émetteur de ce pli.

Un portait d » Hildago « au mutisme farouche »

Le colo­nel Quijada ne répon­dit pas. Personne ne savait se taire comme lui. Son silence n’était pas de ceux que l’on ignore, il creu­sait des gouffres . Il avait le mutisme farouche et profond des hidalgo, le silence des hommes dévoués qui savent ce qu’on leur doit.