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J’ai lu depuis un bon moment déjà ce roman auto­bio­gra­phique, mais j’ai attendu que les polé­miques s’apaisent pour faire mon billet. Je suis mal à l’aise par ce que j’entends à propos de l’auteur, on dissèque les diffé­rents prota­go­nistes de son histoire person­nelle et ça devient vrai­ment glauque. Ses parents, sa mère en parti­cu­lier, son village, son collège, les autres élèves , tout le monde y passe et rien ne dit ce que j’ai ressenti. J’ai cru être assommé par un énorme coup de poing, autant de souf­france, et une France aussi déshé­ri­tée , je ne le savais pas !

Et cela boule­verse pas mal de mes certi­tudes. Je sais que les enfants au collège peuvent être cruels mais s’ils se trans­forment en tortion­naires c’est qu’il y a autre chose. Cette autre chose, c’est la déses­pé­rance d’un milieu qui n’a que la télé comme ouver­ture au monde.

Et puis, il y a cette écri­ture, si précise et qui se met au service du ressenti de l’enfant qu’a été Édouard Louis, du temps où il s’appelait Eddy Belle­gueule. Je crois qu’il faut que tout le monde lise ce livre, à la fois pour comprendre ce que les enfants diffé­rents peuvent ressen­tir quand ils sont victimes du rejet , et pour savoir à tout jamais que rien n’est joué d’avance pour ce genre d’enfant.

Et puis aussi, pour mesu­rer la force du rejet de l’homosexualité dans notre monde. Je pense à tous les ensei­gnants qui sont décou­ra­gés par le déter­mi­nisme social, et bien non ! aujourd’hui encore l’école de la répu­blique peut servir à se sortir de ce déter­mi­nisme.

Citations

Le malheur de l’enfant victime

Unique­ment cette idée : ici, personne ne nous verrait, personne ne saurait. Il fallait éviter de rece­voir les coups ailleurs, dans la cour devant les autres, éviter que les autres enfants ne me consi­dèrent comme celui qui reçoit les coups. Ils auraient confirmé leurs soup­çons, « Belle­gueule est un pédé puisqu’il reçoit les coups » (ou l’inverse, peu importe). Je préfé­rais donner de moi une image de garcon heureux. Je me faisais le meilleur allié du silence, et, d’une certaine manière, le complice de cette violence.

L’importance de la télé pour sa mère

Quand au lycée, je vivrai seul en ville et que ma mère consta­tera l’absence de télé­vi­sion chez moi elle pensera que je suis fou-le ton de sa voix évoquait bel et bien l’angoisse, la désta­bi­li­sa­tion percep­tible chez ceux qui se trouvent subi­te­ment confron­tés à la folie « mais alors tu fous quoi si t’as pas de télé ? »

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