http://ecx.images-amazon.com/images/I/519xcxcektL._SL500_AA300_.jpg

4
Depuis « Farrago » de Yann Appery, j’ai un faible pour le Goncourt des lycéens. Ceux de 2012 ont eu le bon goût de couron­ner un roman qui m’a tenue en haleine jusqu’au bout. Joël Dicker a une imagi­na­tion très féconde, il nous entraîne à la fois dans une enquête poli­cière et dans les méandres de la créa­tion litté­raire. Son person­nage prin­ci­pal, écri­vain en panne d’inspiration, est relancé sans cesse par un éditeur­qui a un sens aiguë du commerce et du marke­ting. Marcus Gold­man, auteur d’un premier roman à succès, vole au secours de son ancien profes­seur accusé du meurtre d’une jeune fille qui a eu lieu 33 ans aupa­ra­vant. Il faut aller jusqu’à la dernière page (la 665 !) pour que chaque morceau du puzzle de cette enquête soit à la bonne place.

Au fil des pages, nous aurons décou­vert le monde de l’édition améri­cain ( mais je ne suis pas persua­dée que ce soit diffé­rent ailleurs !), la vie dans une petite ville et sa police, nous aurons suivi l’évolution psycho­lo­gique d’un jeune préten­tieux qui gâche son talent dans la faci­lité et nous aurons été confron­tés à la diffi­culté de l’écriture. Aucun person­nage n’est cari­ca­tu­ral, je pense par exemple à Tamara la mère de Jenny, elle aurait pu n’être que cette mère améri­caine stupide qui veut abso­lu­ment « caser » sa fille à la gloire litté­raire locale .On appren­dra que derrière cette virago qui rabroue son mari à la moindre occa­sion se cache une femme amou­reuse qui va voir en cachette un psychiatre pour comprendre ses conduites sans parve­nir , pour autant, à les modi­fier.

Cet auteur sait manier le suspens et l’humour – j’ai beau­coup ri aux diffé­rents coups de fil de la mère du person­nage prin­ci­pal – et surtout inté­res­ser son lecteur. Je trouve dommage d’en racon­ter davan­tage car un des charme de ce livre tient à son suspens que je voudrais vous lais­ser décou­vrir. Ce n’est sans doute pas de la grande litté­ra­ture ( je me demande où elle se cache cette fameuse « grande litté­ra­ture »), mais c’est un excellent diver­tis­se­ment que je verrai très bien adapté au cinéma.

Citations

Une leçon de vie

Le philo­sophe Sénèque avait déjà expé­ri­menté cette pénible situa­tion : où que fuyiez , vos problèmes s’invitent dans vos bagages et vous suivent partout.

La gloire aujourd’hui

…Je compris que la gloire était éphé­mère. Elle était une gorgone affa­mée et ceux qui ne la nour­ris­saient pas se voyaient rapi­de­ment rempla­cés …

Le racisme ordinaire

Soudain , une angoisse la saisit :beau­coup de grands écri­vains étaient juifs . Et si Quebert était un Juif ? Quelle horreur ! Peut-être même un juif socia­liste ! Elle regretta que les Juifs puissent être blancs de peau parce que cela les rendait invi­sibles. Au moins , les noirs avaient l’honnêteté d’être noirs, pour qu’on puisse les iden­ti­fier clai­re­ment.

Le monde virtuel

Sur mon compte Face­book, je passais en revue la liste de mes milliers d’amis virtuels ; il n’y en avait pas un que je puisse appe­ler pour aller boire une bière.

Le monde de l’édition

Le monde des livres était passé du noble art de l’imprimerie à la folie capi­ta­liste du XXIe siècle, que désor­mais un livre devait être écrit pour être vendu, que pour vendre un livre il fallait qu’on en parle, et que pour qu’on en parle il fallait s’approprier un espace qui, si on ne le prenait pas soi même par la force, serait pris par les autres. Manger ou être mangé .

Jolie phrase

Après la gloire , il y a d’autres gloires. Après l’argent, il y a encore de l’argent. Mais après l’amour, il n’y a plus que le sel des larmes.

On en parle

chez Kitty la mouette.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Post Navigation