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Un très grand plai­sir de lecture, dans un moment de décou­ra­ge­ment. Tout le monde connaît, du moins je l’imagine, un moment où tous les livres perdent leur saveur. Je me réfu­gie alors dans la lecture des blogs et je partage vos passions mais de loin sans complè­te­ment y croire. Or voilà un petit bijou dont j’aimerais vous parler.

Un intel­lec­tuel japo­nais est tombé folle­ment amou­reux de la langue fran­çaise. Il raconte son périple et ses joies. Moi qui, dans une autre vie, ai ensei­gné à des étudiants étran­gers, j’ai retrouvé avec émotion les efforts et les joies que repré­sentent le passage d’une langue à une autre. Akira Mizu­baya­shi avec la déli­ca­tesse japo­naise adopte peu à peu la culture fran­çaise, évidem­ment , la Fran­çaise que je suis, se sent fière et un peu étonne d’un tel amour pour Jean-Jacques Rous­seau. Sa sensi­bi­lité à l’oralité passe aussi par la musique et là surprise c’est à Mozart qu’il doit l’éducation de son oreille.

Ses pages sur le person­nage de Suzanne dans Les noces de Figaro m’ont rappelé de très bons moments de mes études univer­si­taires : lorsqu’un ensei­gnant savait au détour d’une expli­ca­tion nous faire revivre tous les enjeux d’un héros de roman ou d’un person­nage de théâtre. Beau­mar­chais est un auteur qui ne m’a jamais ennuyé et dont la moder­nité me surprend aujourd’hui encore. Mozart en fait un chef d’œuvre à l’opéra, on est déci­dé­ment en bien bonne compa­gnie avec Akira Mizu­baya­shi !

L’autre moment que je vous recom­mande, ce sont les pages consa­crés à son père. Il est rare de lire chez les roman­ciers japo­nais une critique du régime natio­na­liste qui a conduit leur pays à mener des guerres impé­ria­listes et racistes Son père a souf­fert de ce régime et s’est réfu­gié dans l’amour de la musique occi­den­tale alors tota­le­ment inter­dite (je ne savais pas qu’à l’époque écou­ter Beetho­ven était passible de condam­na­tions). Il a surtout aimé ses fils et s’est tota­le­ment consa­cré à leur éduca­tion, après avoir lu ce livre vous n’oublierez pas le dévoue­ment de ce père qui accom­pagne son aîné pendant les 14 heures de train qui séparent leur ville natale de Tokyo où rési­daient le profes­seur qui pouvait donner des leçons de violon.

Mais ce qui me ravit dans cet ouvrage c’est l’analyse très fine des diffé­rences cultu­relles qui passent par la langue entre le japo­nais et le fran­çais. Qui peut croire, par exemple que le « Bonjour messieurs dames », lancé à la canto­nade dans un commerce puisse mettre aussi mal à l’aise un Japo­nais qui y voit une intru­sion insup­por­table dans la vie privée d’autrui ?

J ai aimé ce livre de bout en bout, ce n’est pas une lecture passion­nante mais j’étais bien avec cet homme si déli­cat qui aime tant notre langue et notre litté­ra­ture.

Citations

Les raisons qui l’amènent vers la langue française

(c’est assez amusant quand on se rappelle des discours des étudiants fran­çais de l’époque !)

Dans les années 1970, la poli­tique était encore très présente sur les campus universitaires…..Ce qui gênait le jeune homme de dix-huit ans …..c’était le vide des mots : des gauchistes, comme des reve­nants sur un champ de bataille où gisent des cadavres muti­lés, usaient inlas­sa­ble­ment de discours poli­tiques stéréo­ty­pés à grand renfort de rhéto­riques suran­née…..

Le fran­çais m’est apparu alors comme le seul choix possible, ou plutôt la seule parade face à la langue envi­ron­nante malme­née jusqu’à l’usure , la langue de l’inflation verbale qui me prenait en otage.

L évocation de son père

Le piano droit Kawai, le livre de Carl Flesh et le magné­to­phone Sony .. trois objets-témoins, trois objets-souve­nirs. Trois objets cultu­rels de valeur moné­taire fort inégale. Trois substi­tuts de la présence et de l’attention pater­nelle. Ils portent en eux le désir et la volonté d’un homme qui s’acharnait à repous­ser toujours plus loin les limites de son champ d’action, qui faisait l’impossible pour sortir de ses origines, de sa condi­tion première, pour s’arracher à ce qui lui était primi­ti­ve­ment et natu­rel­le­ment imposé….

Le fran­çais est ma langue pater­nelle.

Les différences culturelles

Saluer des personnes incon­nues ? Et oui, cela est fréquent en France ; il suffit de se prome­ner dans les rues de Paris ou de prendre le métro, d’être atten­tif aux spec­tacles qui s’offrent ça et là dans les lieux publics. Tandis que dans mon pays, un tel geste, poten­tiel­le­ment créa­teur de liens est perçu comme une violence inac­cep­table ou au moins comme une incon­gruité suspecte.

Son amour du français

La langue d’origine, mater­nelle, demeure inar­ra­chable. Mon fran­çais va donc mourir avant même que ne meure mon corps ? Triste vérité. Mais je me consi­dè­re­rai comme mort quand je serai mort en fran­çais. Car je n’existerai plus alors en tant que ce que j’ai voulu être , ce que je suis deve­nue de mon propre gré, par ma souve­raine déci­sion d’épouser la langue fran­çaise.

On en parle

À sauts et à gambades et keisha en 2011.

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