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Je suis ravie de retrou­ver mon blog avec ce roman qui m’a beau­coup plu. 
Il a été couronné par le Goncourt des lycéens, ce prix lui va très bien : je connais, en effet, peu d’adolescents insen­sibles à la déter­mi­na­tion d’Antigone. Cette jeune femme qui reste inflexible à propos de la dignité des morts, est boule­ver­sante , elle est le petit grain de sable qui empêche la tyran­nie d’être satis­faite d’elle même.

Quelle idée merveilleuse (hélas, une idée de roman !) de vouloir monter la pièce de Jean Anouilh dans le Liban en guerre ! L’auteur qui est journaliste,a couvert les guerres de son époque et il sait rendre compte de l’horreur des morts dans les pays où l’humanité dispa­raît au profit de la force armée et souvent barbare. Il m’avait déjà convaincu en écri­vant à propos de l’Irlande , « Retour à Killy­begs » ?

Les premières pages du « quatrième mur » décrivent un tir de char, elles sont d’un réalisme incroyable , j’ai senti la mort beau­coup plus préci­sé­ment que dans n’importe quelle image de film. Le narra­teur reprend le projet de son ami Samuel qui est juif et qui se meurt d’un cancer , il essaie de monter Anti­gone avec de jeunes acteurs venant des diffé­rentes compo­santes reli­gieuses liba­naises. Présent lors des massacres de Sabra et Chatila, son projet théâ­tral est noyé dans le sang et sa raison vacille face à tant d’horreurs.

De retour en France , même l’amour de sa petite fille ne pourra le rame­ner aux joies simples de la vie. Plusieurs centres d’intérêts peuvent vous conduire à vous inté­res­ser à ce grand roman :

  • le parcours d’un gauchiste de 68
  • la diffi­culté d’être juif , orphe­lin de parents morts en dépor­ta­tion.
  • la guerre du Liban
  • La diffi­culté de se situer au-delà des haines reli­gieuses
  • la force d’un texte théâ­tral
  • mais surtout les horreurs des guerres civiles et les diffi­cul­tés pour les témoins de croire de nouveau à la vie.

Un livre qui fait réflé­chir et qui fait écou­ter autre­ment les infor­ma­tions inter­na­tio­nales , celles qui viennent de pays où les hommes se tuent sans respec­ter la moindre huma­nité pour des raisons qui semblent si futiles lorsque les années passent .

Citations

Une phrase sur l’amitié qui m’a fait réfléchir

La vie s’était char­gée de nous disper­ser. Sam m’avait donné son adresse à Beyrouth, son numéro de télé­phone aussi, mais je ne l’avais jamais appelé. Il exis­tait. Pour moi, c’était suffi­sant. Je pensais que notre amitié se nour­ris­sait de distance et je m’étais trompé. J’avais perdu trois ans de lui.

Antigone revisitée

- Je n’ai pas lu votre pièce mais Nabil , mon aîné l’a fait pour moi. Il m’a dit , au contraire, qu’elle était exempte de médi­sance. Qu’elle ne repré­sen­tait ni le Prophète -prière et salut de Dieu sur lui- ni ses messa­gers. Qu’elle ne manquait pas de respect à ses grands compa­gnons. Et aussi qu’elle n’insultait pas l’islam. Qu’elle ne cachait ni nudité , ni insulte, ni autre souillure.
– Mes fils m’ont dit que leur rôle de gardes serait d’entourer leur chef, de le proté­ger comme un père et de faire respec­ter son auto­rité. Ils m’ont expli­qué qu’une jeune femme le défiait. Qu’à travers lui, elle narguait la loi divine et que ce calife bien guidé mettait un terme à cette arro­gance.

La tragédie

- Et moi, j’aime la leçon de tragé­die que donne cette pièce, cette distance prise avec la bana­lité du drame. Souve­nez-vous de ce que le Choeur nous apprend de la tragé­die. Il dit que la tragé­die, c’est propre, c’est reposant,c’est commode. Dans le drame, avec ces inno­cents , ces traites, ces vengeurs, cela devient compli­qué de mourir. On se débat parce qu’on espère s’en sortir, c’est utili­taire, c’est ignoble . Et si l’on s’en sort pas, c’est presque un acci­dent. Tandis c ela tragé­die, c’est gratuit. C’est sans espoir. Ce sale espoir qui gâche tout . Enfin il n’y a plus rien à tenter . C’est pour les rois la tragé­die.

On en parle

Dans le blog de Krol (Je lui avais dit que je lirai ce livre et son avis a compté dans ma déter­mi­na­tion.). Et tous les 54, plus un (le mien !), avis de Babe­lio.

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