Chez Albin Michel

lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

Je suis partie, grâce au talent d’An­to­nin Varennes, dans le Paris de 1900, complè­te­ment cham­boulé par l’ex­po­si­tion univer­selle, j’ai suivi la jeune et belle Aileen Bowman corres­pon­dante de presse d’un jour­nal new-yorkais. Elle a imposé à son rédac­teur en chef son séjour à Paris. Elle nous permet de décou­vrir cette ville courue par les artistes, ce qui va du clas­si­cisme absolu tant vanté par Royal Cortis­soz, le critique d’art à qui le gouver­ne­ment améri­cain a confié le choix des tableaux, par exemple celui qui lui plait le plus et dont il dit :

Puis­sante, avait déclaré le critique . Simple et fort. Équi­li­bré. Parlant d’elle-même. Il y a chez cette bête la force tran­quille et la persé­vé­rance des travailleurs améri­cains de la terre.

Aillen a tendance à n’y voir qu’un taureau dans un étable et préfère les nus de Julius Stewart qui lui fera décou­vrir le Paris des artistes (Picasso y faisait ses débuts), l’au­teur nous fait vivre dans le détail l’éla­bo­ra­tion des tableaux de cet artiste mi-améri­cain mi-fran­çais (comme elle)

Nous suivons aussi la construc­tion de l’ex­po­si­tion univer­selle qui fait de Paris un village de décors et où on invite les popu­la­tions indi­gènes à se donner en spec­tacle. C’est là, la première raison de la venue à Paris d’Ailleen , elle veut retrou­ver son demi-frère Joseph jeune métis mi-indien mi ‑blanc qui est devenu fou à cause de ce partage en lui de civi­li­sa­tions trop anti­no­miques, il fait partie du spec­tacle que les indiens donnent à Paris mais il n’est que souf­france et apporte le malheur partout où il passe ; encore que… la fin du roman donne peut être un autre éclai­rage à ses actes terribles..

On suit aussi l’énorme enthou­siasme qu’ap­porte la révo­lu­tion indus­trielle ; le progrès est alors un Dieu qui doit faire le bonheur des hommes, c’est ce que pensent en tout cas aussi Rudolf Diesel qui expose son moteur révo­lu­tion­naire, et Fulgence Bien­venüe, qui construit le métro avec un ingé­nieur Charles Huet marié à une si jolie femme.
Enfin le dernier fil, c’est le combat des femmes pour pouvoir exis­ter en dehors du mariage et de la procréa­tion et en cela Aileen aussi, est une très bonne guide.
On suit tout cela et on savoure les récits foison­nants d’une autre époque, la belle dit-on souvent, certai­ne­ment parce qu’elle était pleine d’es­poirs qui se sont fracas­sés sur les tran­chées de la guerre 1418.

Citations

Conseils de son père

Arthur lui donnait des conseils sur la façon d’af­fron­ter le monde : savoir se taire, garder sa poudre au sec, être toujours prête. Et peut-être aussi être belle. À la façon dont Arthur Bowman appré­ciait la beauté : quand elle nais­sait d’une harmo­nie entre un objet et son utilité, une personne et la place qu’elle occu­pait dans le monde.

Réflexion sur le passé

La maîtrise du temps, l’ins­truc­tion, est aux mains des puis­sants. Les peuples, occu­pés à survivre, n’en possèdent pas assez pour le capi­ta­li­ser, le faire jouer en leur faveur. Ils empilent seule­ment les pierres des bâti­ments qui leur survi­vront.

Propos prêtés à Rudolf Diesel vainqueur du grand prix de l’exposition universelle

- Vous ne croyez pas, comme Saint-Simon, que les ingé­nieurs seront les grands hommes de ce nouveau siècle ? Que la tech­no­lo­gie appor­tera la paix et la pros­pé­rité ?
Il lui fallut encore un peu de silence pour trou­ver ces mots, ou le courage de répondre.
- Je suis un paci­fiste, madame Bowman , mais je sais que ce ne sont pas les ouvriers ni la masse des pauvres qui lancent les nations dans des guerres. Il faut avoir le pouvoir des poli­ti­ciens pour le faire. Et poli­ti­ciens ne se lance­raient pas dans des conflits armés s’ils n’avaient pas le soutien des scien­ti­fiques, qui garan­tissent les chances de victoire grâce à leurs décou­vertes et leurs inven­tions. Non je ne partage pas l’op­ti­misme du comte de Saint-Simon.

Réflexion sur la bourgeoisie et la noblesse en 1900

Les bour­geois comme les Cornic et mes parents sont convain­cus que la bonne éduca­tion de leurs enfants est leur meilleure défense contre les préju­gés dont ils sont victimes. Ils se trompent.Les aris­to­crates, dont les privi­lèges sont l’hé­ri­tage du sang, ne méprisent rien tant que l’édu­ca­tion.

12 Thoughts on “La toile du monde – Antonin VARENNE

  1. Je suis très heureux de lire un avis sur ce livre que j’avais repéré dans de nombreux encarts publi­ci­taires :-). C’est une lecture très tentante, je trouve que cette période de l’His­toire est passion­nante !

    • Oui c’est bien pour cela que je lui ai donné 4 coquillages. L’ar­rière plan tant sur le plan histo­rique que cultu­rel est très inté­res­sant.

  2. keisha on 1 juillet 2019 at 13:20 said:

    Je ne sais pas trop. Les « romans histo­riques » doivent être bons, pour m’emporter

    • Celui-ci a du charme mais il n’est peut être pas assez bon Pour toi. Je ne l’ap­pel­le­rai pas « roman histo­rique » meme7si l’ar­rière plan se situe dans le Paris,de l’ex­po­si­tion univer­selle.

  3. comme Patrice c’est un livre que j’avais déjà noté dans ma liste, c’est bien parce que parfois un rappel fait que l’on ressort le livre du fin fond d’une liste beau­coup trop inter­mi­nable

    • Les fameuses listes je connais .… ce livre n’est pas un coup de coeur total mais j’ai bien aimé en parti­cu­lier le monde des artistes.

  4. J’ai moins aimé que toi. L’ar­rière-plan histo­rique (l’expo et le combat des femmes) est très inté­res­sant mais la vie de la prota­go­niste prin­ci­pale, pas du tout. Ce n’est pas mal écrit mais il y a des passages pas du tout indis­pen­sable…

  5. Je l’ai lu en version audio et j’ai eu beau­coup de mal à accro­cher. J’ai trouvé qu’il y avait trop de person­nages et j’ai eu du mal à faire la diffé­rences entre les « fictifs » et les « réels ». Par ailleurs j’ai trouvé l’ou­vrage un peu trop didac­tique. En revanche j’avais beau­coup aimé son précé­dent « trois mille chevaux vapeurs ».

    • Je comprends ces remarques mais peut être que le livre audio a rendu le livre plus touffu. J’ai bien aimé me prome­ner dans ce Paris de cette époque.

  6. J’ai lu de bien jolies choses à propos des romans de cet auteur.
    Comme beau­coup ici, j’ai noté son nom quelque part mais il semble qu’il faille que je concré­tise l’af­faire rapi­de­ment :D

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