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Traduit de l’espagnol par Isabelle Gugnon

1
Ouvrez le lien que j’ai mis à la fin de mon texte, et vous verrez qu’on peut adorer ce livre que j’ai person­nel­le­ment détesté. (De là, à le compa­rer avec » Les mémoires d’Hadrien » de Margue­rite Your­ce­nar… à vous de juger !). Je ne cours pas après les romans histo­riques, mais alors celui-là, c’est exac­te­ment ce que je déteste. Je le pense assez raco­leur pour connaître un certain succès et pour un roman d’été il ne fati­guera personne. Comme on y parle beau­coup de sexe, il peut plaire. Je ne supporte pas le mélange des genres, entre les expli­ca­tions pseudo histo­riques et les romans d’amour de la belle madame Tallien, l’auteur non seule­ment ne choi­sit jamais, mais explique le compor­te­ment des person­nages par nos façons de penser actuelles

La rédac­tion des mémoires de cette trop jolie femme espa­gnole qui a résisté à trois maris , beau­coup d’amants et aux épisodes les plus sanglants de la révo­lu­tion fran­çaise devait sembler un bon sujet roma­nesque, hélas ! c’est peut être trop roma­nesque juste­ment. Pour un public étran­ger qui ne connaît ni la révo­lu­tion, ni cette période, il y trou­vera peut-être un peu d’intérêt mais j’en doute. L’érudition distil­lée dans ce roman est insup­por­table. On a l’impression que l’auteur a écrit en consul­tant Wiki­pé­dia pour chaque person­nage et même pour certains objets (voir ce qu’elle écrit sur le condom ou Madame Tussauds puis l’ar­ticle de Wiki­pé­dia). On a eu l’occasion de lire telle­ment d’ouvrages passion­nants sur la révo­lu­tion fran­çaise, c’est vrai­ment dommage que, celui consa­cré à cette figure fémi­nine, soit si peu sérieux. Je ne reproche pas le côté fémi­nin du point de vue sur les événe­ments, je pense même que c’est le seul inté­rêt du roman, ce qui m’est insup­por­table c’est l’absence de profon­deur du person­nage. Et du coup le roman tombe à plat, le côté histo­rique est plus que super­fi­ciel , alors il reste quoi ?

En refer­mant le livre, je me suis demandé s’il ravi­vait quelques souve­nirs de mes cours d’histoire, pas grand-chose il est vrai. Je me souve­nais que Madame Tallien avait échappé à la guillo­tine. C’est vrai que sa vie est beau­coup plus passion­nante que ce simple épisode, et je pense qu’à l’occasion je me plon­ge­rai dans un véri­table ouvrage historique.

Citations

Une dame riche ayant des amants est une grande dame ; une femme pauvre et volage n’est en revanche qu’une garce.

Savoir de quel pied boite l’ennemi est toujours utile au moment de l’affronter.

On en parle

En bien : link, en beau­coup moins bien : link.

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4
Merci Domi­nique pour ce déli­cieux conseil. J’avais demandé un conseil de lecture : j’étais en train de lire une série de livres plutôt éprou­vants . Et, j’ai reçu ce cadeau de lecture !

Il y a parfois des coïn­ci­dences agréables :

  • J’ai visité Bruges très récemment
  • Cet été, mes quatre petits fils ont su, à leur manière, me dire qu’ils étaient heureux que je sois leur « grand-mère »
  • Ma mère s’appelait Thérèse et ma grand-mère Augustine

La grand-mère du livre, celle que l’écrivain sait si bien faire revivre : Thérèse-Augus­tine ! L’amour du petit fils pour sa grand-mère est très bien raconté et ne peut que vous émou­voir. Il sait donner vie à cette femme qu’une trop rude enfance paysanne, voulait lais­ser dans l’ignorance de la culture.

Thérèse-Augus­tine décou­vrira les plai­sirs de la lecture avec son petit fils, c’est une belle leçon d’optimisme pour ceux à qui l’âge fait peur. L’auteur sait aussi, (sa biogra­phie nous dit que Charles Bertin est poète) décrire les plai­sirs des jardins et dela mer. Certaines pages sont de petits poèmes en prose. Un court mais réel plai­sir de lecture, un livre que je recom­man­de­rai à mon tour.

Citations

Elle ne pardonna jamais à son père la violence qui lui avait été faite en la reti­rant de l’école à douze ans. Ce fut le vrai drame de son exis­tence : un demi-siècle plus tard ; l’amertume d’avoir été flouée la tenaillait toujours.

Au fil des mois, la pratique des livres dans laquelle elle n’avait vu à l’origine que le symbole de sa libé­ra­tion et l’instrument d’une revanche sur le destin, finit par se muer en passion toute pure.

O Thérèse-Augus­tine, ma grand-mère des groseilles de juin qui trico­tiez en me racon­tant votre vie sur le perron aux capu­cines, bien des poètes, c’est vrai, firent moins bien que vous.

Pour le style

Mais la véri­table fête, c’est la lumière qui me la donnait : les jeux conju­gués de la pluie et du soleil trans­for­maient mon repaire de verdure en une manière de grotte océa­nique où tous les tons du vert, du jade au céla­don, de l’émeraude à l’aigue-marine, riva­li­saient dans cette pénombre élyséenne criblée de rayons. La plus mince ramure baignait dans une mousse de lumière dorée qui parais­sait puiser son éclat à quelque fabu­leuse source inté­rieure. Je ne me lassais pas de contem­pler à travers l’épaisseur du feuillage encore nappé de pluie, mais d’où montaient déjà les premières vapeurs, l’irisation des gouttes suspen­dues qui, durant un moment dont j’aurais souhaité prolon­ger les délices, conti­nuaient l’une après l’autre à se déta­cher, comme à regret, de l’extrême pointe des feuilles vernis­sées. Je ne savais pas encore que je décou­vri­rais dans cet avène­ment éphé­mère d’une œuvre de la nature une préfi­gu­ra­tion du plai­sir que je trou­ve­rais un jour dans les accom­plis­se­ments de l’art des hommes.

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Traduit de l’es­pa­gnol par Edouard Jime­nez et Jacques Rémi Zéphyr.

3Le Mexique, sa cuisine, sa révo­lu­tion, son imagi­naire et surtout ses femmes et leur rapport à l’amour. Merveilleuses et tyran­niques les femmes du Mexique sont à la fois atta­chantes et effrayantes. Je dois la lecture de ce roman au blog « Enli­vrez­vous », pour le coup on ressort de ce livre « enli­vré » d’amour et de cuisine. J’ai bien aimé, d’où trois coquillages, mais le merveilleux d’Amérique latine n’a jamais été ma tasse de thé (ni mon verre de téquila, on boit beau­coup aussi dans ce livre). Tita est un beau person­nage très touchante dans sa volonté de vivre malgré la tyran­nie de sa mère. Son histoire d’amour est superbe et tota­le­ment impos­sible évidem­ment puisque sa mère ne la desti­nait qu’à s’occuper d’elle jusqu’à sa mort.

Tout ou presque se passe dans la cuisine, chacun des douze chapitres portant le nom des douze mois de l’année commence par une recette de cuisine. Donc on voit Tita et les autres femmes éplu­cher, écra­ser, battre, tami­ser, pétrir, rouler…. tous les gestes de la cuisine, dans des odeurs d’épices, de friture, de plats qui mijotent de chaud de frais … dans une atmo­sphère où tous les sens sont en éveil. Une forte sensua­lité se dégage de tous les chapitres. En arrière plan, la révo­lu­tion mexi­caine mais ce n’est pas très impor­tant, les troupes passent il faut les nour­rir sinon les soldats se nour­ri­ront en volant tout ce qui se mange.

L’important c’est la tyran­nie d’une mère qui fera le malheur de toutes ses filles, par respect de la tradi­tion. Elle a pour­tant été, dans sa jeunesse, victime de ces mêmes tradi­tions. Ou c’est peut être parce qu’elle même a été malheu­reuse qu’elle s’acharne ainsi sur ses filles. Le côté merveilleux appa­raît comme une exagé­ra­tion épique : ils se consument d’amour : ils brûlent vrai­ment et avec eux toute la ferme. Elle aime telle­ment le bébé de sa sœur qu’elle le nour­rit au sein par amour elle aura une montée de lait.

Comme je l’ai dit au début, j’ai toujours du mal à accep­ter ce genre de merveilleux, mais dans ce roman là je trouve que ça passe assez bien.

Citations

Si c’est pour deman­der ta main, qu’il s’en dispense. Il perdrait son temps et me ferait perdre le mien. Tu sais parfai­te­ment qu’étant la plus jeune des femmes, c’est à toi de veiller sur moi jusqu’au jour de ma mort.

Si Tita ne pouvait ni se marier ni avoir d’enfants, qui donc la soigne­rait sur ces vieux jours ? Quelle était la solu­tion judi­cieuse dans ce cas ? Ou bien ne s’attendait-on pas à voir les filles qui étaient restées pour s’occuper de leur mère survivre long­temps au décès de leur génitrice ?

Le bruit des marmites entre­cho­quées, l’odeur des amandes dorant sur le comal, la voix mélo­dieuse de Tita qui chan­tait tout en faisant la cuisine, tout cela avait réveillé son instinct sexuel.

On en parle

Coup de coeur chez « enli­vrez-vous » : link. Et aussi plus critique : link.

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Qui n’a pas été une fois dans sa vie saisi par l’angoisse d’avoir envoyé un mail ou un texto au mauvais moment, à la mauvaise personne ? C’est le point de départ du roman et aussi la fin. Thomas, l’employé modèle, a‑t-il bien fait la veille des vacances d’été de répondre au siège de New-York et de s’engager à four­nir une analyse de la plus grande impor­tance pour sa boîte. L’été juste­ment, où pour lui tout va si mal, car il se retrouve face aux souve­nirs de tous ses échecs et de ses impuis­sances. Petit à petit, le roman­cier démêle les fils qui rendent Thomas si anti­pa­thique : la perte de son frère jumeau, sa lâcheté à l’annonce de la gros­sesse de son premier amour, tout cela s’est passé dans l’île de Noir­mou­tier. Comme dans tous les lieux de vacances tradi­tion­nels, les Fran­çais savent si bien recon­naître les origines sociales, tout en faisant mine de se libé­rer de toutes les contraintes de l’année de travail.

Il y a de l’Étranger dans ce Thomas, avec ce clin d’œil un peu lourd ( ?), il prononce la même phrase que Meursault :

Aujourd’hui maman est morte, ou peut-être hier, je ne sais pas.

Hélas ce n’est pas du tout, la même écri­ture ! J’ai failli refer­mer à la première ligne.

Atten­tion Décon­nage immé­diat au fond du couloir.

J’aurais eu tort. Le style m’a souvent gêné, on y « bouffe » on y « déconne » on « s’en fout » …mais le person­nage avec tous ses enfer­me­ments est inté­res­sant. La pein­ture de la France des classes aisées en vacances m’a fait sourire plus d’une fois. Ça manque, quand même, terri­ble­ment d’humour. Les auteurs fran­çais se complaisent à racon­ter les tensions fami­liales, c’est un trop petit monde : on a envie de lui conseiller de voya­ger un peu et de lâcher prise. Il le fait une fois lorsqu’il voit une enfant triso­mique écla­ter de rire devant un spec­tacle de clowns. C’est prati­que­ment la seule note d’espoir du roman :

N’y avait-il pas une place pour chacun, voire pour lui-même ? Une toute petite place pour applau­dir les clowns. Même s’ils n’étaient pas drôles, simple­ment parce qu’ils étaient là.

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3
Comme l’a écrit un critique, c’est agaçant de savoir qu’il y a un effet de surprise à la fin du récit. À cause de cela, on ne lit pas ce livre de la même façon, on cherche à ne pas se lais­ser surprendre. C’est bien dommage, car ce roman est avant tout une évoca­tion de l’Angleterre de l’entre deux guerres où il ne faisait pas bon d’être une femme seule. Les efforts qui amène­ront Gladys, veuve de guerre, à trou­ver un moyen pour se réali­ser et parfois simple­ment survivre, sont pathé­tiques. La montée du fascisme, le souve­nir de la grande guerre, la crise écono­mique tout cela est évoqué et assez bien rendu.Les rapports entre la canta­trice et son accom­pa­gna­teur, et les remarques sur la tech­nique du chant sont inté­res­sants, mais ont peu de rapports avec le reste du livre. Les limites du roman qui font aussi son charme, c’est un côté très « british », comme un déta­che­ment par rapport au récit qui le rend ennuyeux parfois.

Citations

…un dépôt de gerbe au Céno­taphe, le monu­ment aux morts de White­hall. Pour donner un peu de passé à des morts qui n’avaient pas eu le temps.

..le comman­de­ment qui figeait tout le monde au garde-à-vous. On sentait derrière lui la présence d’une cohorte de grands morts.

…. Une Emma qui aurait survécu, qui s’avalerait à petites doses le poison de la vie conjugale.

La vérité pour être comprise a d’abord besoin d’être crue ( William Blake)

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5
J’ai eu envie de le reco­pier entiè­re­ment, puis je me suis dit que vous auriez plus vite fait de l’acheter que de lire mes cita­tions en bas de mon billet. Je l’offrirai certai­ne­ment, ma seule crainte serait que la personne l’ai déjà. Comme vous avez vu mes cinq coquillages, vous avez compris : « Mon couron­ne­ment » est un petit chef d’œuvre. Un livre rare, sur un sujet traité avec une extrême déli­ca­tesse : la très grande vieillesse. L’auteure nous permet de comprendre les pensées d’un vieil homme. Si vieux, qu’il a perdu le sens d’une certaine logique, ce qui ne l’empêche pas d’être sûr de ses senti​ments​.Il a une grande affec­tion pour sa gouver­nante Madame Ambru­naz, mais déteste sa sœur Alice qui veut faire du ménage à « l’alsacienne » chez lui. Il n’a qu’un vague souve­nir de la décou­verte qu’il a pu faire dans sa jeunesse et qui lui vaut la récom­pense et toutes ses soudaines visites. On remonte le fil de sa vie au gré de sa mémoire fluc­tuante, c’est souvent triste, le portrait de sa première femme est poignant. L’auteure n’évite le tragique que grâce au filtre des années qui rend le malheur plus distant. C’est la même distance qui donne tout son charme aux descrip­tions des paysages contem­po­rains. Nous les voyons tous les jours sans nous rendre compte de leur laideur. Evidem­ment, nous ne connaî­trons pas la décou­verte de Gilbert Kaplan , malgré moi (car tout le roman veut montrer l’inanité de presque toutes les conduites humaines) j’aurais bien aimé savoir ce qu’il avait découvert.

Citations

Cepen­dant la pers­pec­tive d’une récep­tion en mon honneur me rend nerveux, je me prends à envi­sa­ger de mourir avant la date prévue pour que cette récep­tion, quoi­qu’il ne soit pas si facile de mourir, comme j’ai aussi fini par le comprendre.

Il semble­rait que je m’in­té­resse plus aux détails aujourd’­hui, il semble­rait que les idées géné­rales m’aient délaissé.

Où que j’ai vécu, ranger un peu, a toujours été un projet, chaque fois ajourné.

La plupart du temps, au terme d’hy­po­thèses cent fois hasar­dées et d’ob­ser­va­tions cent fois répé­tées, tout ce que nous parve­nions à comprendre c’est comment ça ne marchait pas.

… de petits vieux tenant une boîte de gâteaux, de celles qu’on apporte avec soi pour se faire pardon­ner sa vieillesse.…

Est-ce le moment de lui dire que j’ai oublié jusqu’à la formule de la gravi­ta­tion, et que des décou­vertes, il s’en fait tous les jours, malgré quoi nous demeu­rons dans une igno­rance fondamentale.

Je me souviens d’avoir d’un bond fran­chi des barrières et désor­mais je ralen­tis aux coins des tapis.
En arri­vant, ma soeur va me prendre par les épaules et me congra­tu­ler et trois minutes après elle aura un de ces chif­fons alsa­ciens à la main, une offense pour Mme Ambrunaz.

Les gens les plus propres et l’argent le plus sale, tel est le para­doxe de la Suisse.

On en parle

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Traduit de l’Ita­lien Par Domi­nique Vittoz.

2
Livre étrange, je l’ai lu atten­ti­ve­ment et sans un réel plai­sir, j’attendais toujours qu’il se passe quelque chose d’autre. Dès le début la trame est donnée et tout se déroule sans surprise. Le mission­naire ira au bout de sa folie et construira un sanc­tuaire destiné au culte de la vierge, rien ne peut l’arrêter, il se prend pour un saint et les bigotes du village viennent de plus en plus nombreuses à ses prêches enflam­més. Les sœurs essaient par des trai­te­ments abomi­nables de garder les « chéru­bins » dans la pureté chré­tienne. Et en bas dans la vallée, dans un quar­tier appelé le chan­tier, des malfrats gagnent leur vie en faisant des actions malhon­nêtes, comme mettre le feu à des entre­prises pour éviter les ennuis avec le fisc.

Pour­quoi n’ai-je pas appré­cié davan­tage ce roman qui a reçu le prix Médi­cis étran­ger 2009 ? Sans doute parce que je n’ai pas réussi à comprendre le ton de l’auteur.(J’ai essayé d’en donner un aperçu dans la deuxième cita­tion) On ne sait pas trop si c’est une charge contre les bonnes œuvres de l’église, ou contre la société italienne qui contraint des enfants à deve­nir des bandits. Les deux sans doute, l’auteur reste absent et ne juge personne, et le lecteur doit se faire sa propre opinion. Il m’a manqué la connais­sance de l’Italie des années 60 savoir si ce que je lisais avait un fonde­ment socio­lo­gique ou était une pure inven­tion romanesque.

La seule chose qui m’a complè­te­ment saisi c’est le malheur des enfants aban­don­nés à la rue par des parents complè­te­ment dépas­sés par la misère mais qui est encore plus terrible quand ils sont livrés aux mains des bonnes sœurs sadiques.

Citations

S’il n’avait pas nourri une haine cordiale pour Dieu qui était du côté de ce curé, il serait sûre­ment entré un jour où l’autre dans l’église du Buon Cammino et aurait prié pour que le vieil Omero ne meure jamais.

Ses paroles vibrèrent dans ce grésille­ment – Le pasteur affamé dévora ses propres ouailles -, comme s’il appa­rais­sait en effet dans une vision – mais fut ensuite dévo­rer par ses propres chiens -, secouèrent les plantes, effrayèrent les papillons et se diluèrent à travers la campagne comme des lueurs incom­pré­hen­sibles qui pour­tant éveillent l’amour.

Traduit de l’an­glais par Annick Le Goyat.

4
Sous la forme de sept lettres adres­sées à un diri­geant Chinois, venu visi­ter L’Inde pour comprendre le dyna­misme de ce pays , Balram Halwaï se charge de le lui expli­quer. Pour moi, c’est un livre à offrir à tous ceux qui ont visité l’Inde ou qui veulent le faire. On est loin de l’idée que les pauvres sont heureux dans leur misère et n’envient pas notre faci­lité de vie. Certaines descrip­tions sont à la limite du soute­nable, par exemple l’hôpital public, où le père du person­nage prin­ci­pal mourra sans avoir vu de méde­cin, dans des salles d’une saleté repous­sante. La corrup­tion est partout, les familles domi­nantes ne lâchent pas un iota de leur puis­sance et si, dix pour cent de la popu­la­tion vit bien sur le dos des quatre vingt dix pour cent de malheu­reux qui se tuent gratui­te­ment à la tache, c’est que les familles sont autant d’otages aux mains des puis­sants barons de cette mafia.

Toute la société indienne est passée au crible et rien ni personne ne sortent indemnes du regard atten­tif et accu­sa­teur de Aravind Adiga. Sur la quatrième de couver­ture on lit « Roman écrit au scal­pel et même à la chair du sous-conti­nent… » C’est vrai.

Pour autant le talent de l’écrivain ne rend pas ce livre étouf­fant, mais impla­cable. Je me suis dit que je me servi­rai de ce livre pour expli­quer pour­quoi je n’irai jamais en Inde (Pour être très honnête, j’ai beau­coup de mal à voya­ger…) Le passage sur la descrip­tion du Gange répond à une de mes inter­ro­ga­tions : Comment peut-on prendre un bain dans le Gange qui visi­ble­ment sert à tout dans ce pays ? Réponse il ne faut surtout jamais le faire.

Citations

Je vous décon­seille forte­ment un bain dans le Gange, à moins que vous n’aimiez avoir la bouche remplie d’excréments, de paille, de frag­ments de corps humains détrem­pés, de charognes de buffles, et de toutes sortes d’acides industrielles.

En résumé il y avait autre­fois mille castes et destins en Inde. De nos jours, il ne reste que deux castes : les Gros Ventres et les Ventres Creux.
Et deux destins : manger ou être mangé.

Il existe trois mala­dies majeures dans ce pays, monsieur : la typhoïde, le choléra, et la fièvre électorale.

Les rêves des riches ne coïn­cident jamais avec ceux des pauvres, n’est ce pas ? Toute leur vie, ces derniers rêvent d’avoir assez à manger et de ressem­bler aux riches. Et de quoi rêvent les riches ?
De perdre du poids et de ressem­bler aux pauvres.

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2
Et zut ! J’avais telle­ment appré­cié Les pieds dans l’eau que j’ai même acheté celui-ci sans attendre mon tour de lecture. Mal m’en a pris. J’ai pesté tout le long de cette fable qui se veut drôle et l’est parfois. L’auteur n’évite aucun cliché lu dix fois sur notre époque :

Le foot­ball est sans doute l’un des derniers terrains où s’exprime un relent de nationalisme.

Le ressort du livre est vague­ment drôle : de Gaulle revient au pouvoir pour sauver une dernière fois la France. Un de Gaulle qui aurait évolué sur le plan des mœurs (il accepte l’homosexualité), mais pas des valeurs. Cette distance entre les années 50 et notre société permet de voir que la France a beau­coup changé, pas seule­ment en bien. Benoît Duteurtre a du talent pour saisir les travers de notre époque en parti­cu­lier l’uniformisation de toutes les socié­tés de la planète et la destruc­tion de l’environnement. La descrip­tion des abords des banlieues, les ronds points inter­dits aux piétons et déco­rés par des artistes « surpre­nants » m’a beau­coup plu. Il parle d’un héron aux pattes rouillées, je connais un pêcheur métal­lique et un paysage marin recons­ti­tué qui vaut le détour ! À quand la visite guidée des ronds-points ?

Si j’avais lu le début je ne l’aurais sûre­ment pas acheté : la défense de l’œuf mayon­naise, Beurk ! Pour­tant je suis d’accord avec lui, à force de tout règle­men­ter, les direc­tives euro­péennes semblent exis­ter pour empê­cher les diffé­rences entre les pays. La mayon­naise faite par un patron de bistrot n’aurait plus le droit d’exister. Je suppose que c’est vrai, mais même cet exemple me semble bizarre, car le cafe­tier dit qu’il n’a pas le droit de la garder. Et alors là surprise ! Je ne savais qu’une mayon­naise pouvait se garder plus d’une journée.

J’ai carré­ment trouvé stupide le passage où on montre des jeunes parlant comme leur texto ! C’est à peine amusant. Ce n’est pas parce qu’ils écrivent comme ça sur leur télé­phone portable qu’ils s’expriment de cette façon. Fina­le­ment, j’ai pesté mais je l’ai lu jusqu’au bout et main­te­nant je cherche quelqu’un à qui le donner∞ Quelqu’un qui pense que tout était mieux avant et que la France fout le camp.

Citations

D’un côté ? Paris n’avait jamais été aussi radieux ; de l’autre, cette mise en scène de la beauté, arpen­tée par une foule en casquettes Nike, entre­te­nait des rapports toujours plus loin­tains avec la ville radieuse qui m’avait fait rêver.

Il faut voir ce qu’est aux États-Unis, un morceau de brie congelé agré­menté de cacahuètes.

J’aurais dû me le rappe­ler : nos mala­dies ennuient ceux qui ne souffrent pas.

On en parle

En bien… évidem­ment : link (comme quoi je suis les conseils qu’on me donne !).

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2
C’est livre gentil qui raconte une histoire gentille, mais qui ne m’a pas touchée. L’amour d’un grand-père pour son petit-fils est complè­te­ment convenu, un rêve comme le dit le titre. On ne peut s’accrocher à rien dans cette histoire, les lettres post-mortem ont déjà beau­coup servi dans la litté­ra­ture. Un passage du livre qui, peut-être, vous a fait sourire m’a fait penser à un texte que j’ai mis sur mon blog il y a quelques mois. Je regrette, aujourd’­hui, de ne pas avoir demandé à l’étu­diante d’où venait son inspiration.

L’amour du person­nage prin­ci­pal pour la libraire n’apporte pas grand-chose à l’in­trigue. Bref je me répète, je n’ai pas aimé du tout. Et pour­tant il avait été choisi comme coup de cœur par notre club ! Vrai­ment je ne sais pas pourquoi.

Citation

« Les mots, savez vous, servent parfois à se taire »

On en parle

link.