Éditions Casterman, 196 pages, septembre 2025

Je lis peu de BD, mais j’ai vu celle-ci passer sur la blogosphère, un grand merci Gambadou. C’est un travail absolument superbe, en si peu de mots, l’artiste sait nous faire comprendre toute la souffrance des femmes iraniennes. J’aime ce genre de BD : quand les dessins sont au service de l’histoire, que le récit n’existerait pas avec la même force sans les images, et que celles-ci prennent tout leur poids par un texte sans un mot de trop.

C’est le cas ici, élevée par un père ordinairement tyrannique iranien, Mansoureh Kamari a eu peur toute sa vie, et essaie de se réapproprier son corps alors qu’elle vit en France. Elle cherche dans le dessin de son corps nu ce qui peut être la raison de la fureur des hommes dont la raison est dévorée par l’islam, elle cherche aussi à fuir ses traumatismes mais on sent que c’est encore tellement douloureux pour elle ! Je n’oublierai ni les pleurs de sa mère, ni tous les gestes qu’elle doit subir de la part des hommes qu’elle rencontre (par exemple, le professeur d’université qui joue avec son sexe devant elle alors qu’elle lui montre son travail !) . Lorsqu’une journaliste veut la filmer en train de dessiner, elle retrouve le sentiment de viol de son intimité et elle ne peut le supporter.

On peut offrir cette BD à toutes les jeunes filles qui se voilent en France.
C’est un livre très fort qui m’a beaucoup émue. Je vous ai photographié un passage particulièrement émouvant et ainsi vous verrez la qualité de ses dessins :

 


mais moi je rajoute des mots, vous avez bien lu ? les gardiens de la révolution violent les jeunes filles en prison condamnées à mort car si on les tue vierge elles vont au paradis, et on fait payer le prix de la balle à leurs parents ! ! !

Extrait :

Marcher dans la rue sans tchador.

J’ai 18 ans, je progresse dans l’avenue Vali ASR (…)

la plus longue avenue de Téhéran, qui va du Nord au Sud de la ville. Des maisons des riches du Nord aux cabanes des plus démunis du Sud. J’aime marcher seule dans cette rue et me perdre dans mes pensées.

Mais dans cette rue, la solitude est de courte durée pour une jeune fille.

Je suis déshabillée par les regards appuyés qui m’entourent et m’écœurent

Les bouches nauséabondes murmurent …

Elles s’approchent si près de moi …

Que je peux sentir la chaleur de leur souffle indécent ..

Sale pute ! Beau cul ! Salope ! J’ai envie de toi ! Ma bite dans ta bouche ! Suce là ! Petite chatte tu suces ! Tu vas me faire jouir !

Des paroles impures qui rongent mon âme et font perler la sueur froide sur mon front.

 

 


Éditions la brune au Rouergue, 183 pages, avril 2024

J’ai trouvé ce roman dans les rayons de ma médiathèque, et, oh surprise ! la bibliothécaire m’a dit l’avoir mis au club de lecture et qu’il n’avait pas reçu de coup de cœur, mes pauvres coquillages n’effaceront pas ce scandale. Il mérite un coup de cœur, autant pour la qualité d’écriture que par le sujet. Le seul reproche que je pourrais lui faire, vient de mon inculture, je n’ai pas lu Dante et je n’ai donc pas été sensible à la construction inspirée de la Divine comédie. Mais cela ne m’a pas empêchée de beaucoup apprécier cette lecture. Et de confirmer pour moi le talent de cette écrivaine que j’avais déjà ressenti à la lecture de « Ce qui se joue »

Vous souvenez vous de cette pure horreur décidée par Alexandre Loukachenko : en 2021 son régime décide de donner un visa à des milliers de personnes fuyant la Syrie, la Libye, l’Irak, l’Afghanistan arrivés en Biélorussie, l’armée a poussé ces pauvres gens vers la frontière polonaise où ils ont été refoulés sans ménagement. Derrière ces simples phrases, se cachent des souffrances humaines qui ont touché Caroline Hinault, elle sait nous faire partager ses émotions, et nous aide à ne pas oublier. Beaucoup de ses réfugiés ont été contraints de revenir vers leurs pays, d’autres ont essayé de traverser à tout prix cette frontière en passant par la forêt la plus inhospitalière qu’il soit : la forêt de Bialowieza. C’est la seule forêt primaire en Europe, et elle va devenir un personnage important de ce récit.

Trois femmes donc : Alma, qui avec son cousin est animée par une certitude : ne jamais retourner en Syrie depuis que sa sœur a été assassinée par un régime qui a aussi bombardé son immeuble. Elle ère avec son cousin, Bessem, dans une forêt qui ne la protège pas des hommes qui la renvoient en Biélorussie dès qu’elle réussit par miracle à passer les barbelés. Dans cette forêt habite aussi Nina, une jolie jeune femme polonaise, qui a cru un moment que son physique lui ouvrirait le métier de mannequin à Varsovie. Elle est mal dans sa peau, elle a un petit garçon avec Adam qui s’est séparé d’elle et de son insatisfaction perpétuelle. Elle habite chez ses parents au milieu de la forêt et proche de la frontière.

Enfin il y a Véra, une militante Biélorusse qui a le statut de réfugiée politique et qui vit dans la forêt pour essayer à travers une solitude volontaire de trouver la force d’écrire. Elle rencontre un militant écologiste, Sikorski, qui va l’aider à comprendre la forêt et lui ouvrir les yeux sur le drame des réfugiés qui sont condamnés à mourir de faim si personne ne les accueille . Je n’ose vous dire le prénom de Sikorski pour ne pas vous divulgâcher le roman.

Le dernier personnage c’est donc cette forêt traversée aujourd’hui par un mur pour empêcher l’immigration mais qui s’étend autant en Biélorussie qu’en Pologne. C’est un trésor pour tous ceux et celles qui s’intéressent à la richesse de la diversité de la faune et de la flore. La marche y est pénible puisqu’aucun chemin ne la traverse : aucun homme ne l’a façonnée c’est une force brutale, sauvage et cruelle pour les réfugiés et, est un trésor pour ceux qui protègent la nature et dans ce roman ce sont les mêmes qui aident le mieux qui le peuvent, les immigrés qui s’y sont perdus.

Un très beau roman et une très belle langue.

 

 

Extraits.

Début.

Almanach
Octobre
 L’espace est muré. Partout autour d’eux, des arbres tordus, démultipliés, plantés dans les gencives noires de l’humus. Bessem ne dit rien. Alma non plus. Ils sont à l’arrêt. Pétrifiés devant la gorgone végétale. Étouffés par la pelote de peur qui étire son lierre en eux. 
Alma fixe le barbelé de branches. Aspire le sang d’une coupure à la main.
Crache.
Des oiseaux croassent. Le vent leur souffle au visage, son haleine de compost. L’air est encore assombri, le ciel est mort depuis longtemps.

 

Le départ.

Leur passeport est en règle pour la Biélorussie. Leur nom est sur la liste des gens autorisés. « Ils sont autorisés ». Le vol est interminable. Des bus attendent à l’arrivée. « Ils sont attendus ». On les  dépose devant de grandes barres d’hôtels. Le ciel est gris, étranger. D’autres bus viennent le lendemain. Il y a des militaires. Il faut prendre toutes les affaires. D’abord passer au centre commercial, s’équiper pour le froid. Faire des achats. Bessem et Alma obéissent. Gourde. Chaussette. Manteau gris pour lui, doudoune rouge pour elle. Les bus repartent. Prennent de grands axes routiers. Puis de petites routes. C’est la campagne. L’inconnu. La forêt. 
Le bus s’arrête.
 Tout le monde descend.
Il y a des arbres.
Le vent froid.
La Pologne c’est tout droit. 
Les gens paniquent. Refusent. Des enfants pleurent.
Les militaires avancent.
La frontière, c’est tout droit en vous dit. 
Le flot humain se met en marche. Tout droit.
Et le silence se dresse.
Devant eux, un mur de barbelés.
 De l’autre côté : une frise d’hommes armés, plantés dans le sol à intervalles réguliers.
 Ce qui a suivi Alma ne veut même plus y penser. Bassement et elle comprennent qu’ils ne passeront pas la frontière. Pas par là. Ils observent longtemps les gens installés au pied des barbelés. Enfants, femmes, hommes, qui attendent le visage creusé d’une faille, qu’une décision qu’une parole quelque chose, d’humain vienne entailler le métal et dissiper la brume. Il fait froid. Il va bientôt faire nuit.
Rien ne vient.
 Alors comme d’autres, Bessem et Alma s’enfoncent dans la forêt, en quête d’un passage posible, possible. Et comme d’autres, ils se perdent.

Nina.

 De retour au village, elle avait pris ce travail au supermarché, « en attendant », travail qu’elle détestait d’autant plus qu’il l’obligeait à exhiber quotidiennement ses mains, la cause même de son déclassement. Elle avait retrouvé par défaut la bande de ceux qui étaient restés, dont Adam, l’un des plus beaux garçons du lycée. Bien dans ses bottes de jeunes scieur, reconnu pour la qualité de son travail, sa force physique, le visage ouvert et pétillant, de ceux qui avancent sans difficulté dans les broussailles de l’existence. Il la trouvait belle, il était solide. D’ici. Elle s’était laissée séduire, amoureuse de l’image qu’ils renvoyaient. 
Leur union avait vécu l’illusion du bonheur pendant quelques années avant de battre de l’aile, car Nina exprimait une insatisfaction permanente dont elle ne savait pas exactement isoler la source. Dans les moments de conflit, quand Adam finissait par exploser pour lui demander ce qui n’allait pas, ce qu’elle désirait vraiment, elle répondait piteuse, sincère : « je ne sais pas », pensant confusément qu’elle ratait sa vie comme on rate une marche, avec à peine le temps de se rendre compte que déjà tout un champ des possibles s’est dérobé sous les pieds.

Le regard d’un homme qui aime cette forêt.

 Ton guide pointe les feuilles à naître ou s’opère l’alchimie silencieuse la combinaison moléculaire qui leur permet de synthétiser à partir d’éléments extérieurs leurs propres constituants organiques.
 Près d’une souche renversée, il s’arrête, s’accroupit, absorbé par la contemplation d’énormes racines tendues vers le ciel. Sous vos pieds, se trouve un outre-monde nourricier, tout un peuple de décomposeurs qui mène son existence souterraine et se mêle à l’histoire humaine, guerres et révolutions, sans jamais cesser d’œuvrer à son destin végétal.

Véra.

 Ta routine forestière s’installe néanmoins. Le matin, après avoir mangé un peu, tu vas remplir deux bidons à la rivière en contrebas, parfois faire un peu de lessive. Kolia se marrerait de te voir frotter tes culottes à genoux sur une berge, toi qui as passé ta vie à courir en ville et en tribu pour enquêter sur la corruption politique, les scandales environnementaux et les réseaux mafieux.

 

Éditions la brune au Rouergue, 412 pages, août 2026.

 

« Qui craint de souffrir souffre déjà de ce qu’il craint » (Montaigne)

Sur ma photo deux livres qui m’ont fait du bien cet été, l’un fait 412 pages, l’autre 115, j’ai lu d’une traite le premier, le second beaucoup plus lentement. Tous les deux décrivent la force de la poésie : l’humain ne serait être entier sans la littérature et tout le monde peut se retrouver dans un texte poétique. Pour cette lecture d’Yvan sur Sin City, merci à lui. Mais je l’ai vu depuis chez Cath.L. Et chez Athalie.

Le roman de Caroline Hinault est drôle enlevé et fait un bien fou au moral. J’espère que les professeurs le liront car il décrit des aspects essentiels de leur métier : le plaisir d’enseigner et la joie de jouer avec la langue chez les professeurs de littérature.

Quand le récit commence, le corps enseignant est attaqué par un virus mystérieux « le fatum ». Cela se déroule toujours de la même façon, ils entendent de façon répétitive la marche funèbre de Chopin. Cela résonne dans leur tête de plus en plus fort et devient insupportable (au sens fort de ce mot), puis cela s’arrête et ils ne peuvent plus prononcer un mot sauf « Poï » . Face à cette catastrophe sanitaire, le gouvernement est impuissant et pour comprendre, on envoie un jeune attaché ministériel en Normandie, dans le lycée Blaise Cendrars, là où, le patient zéro a été pour le première fois atteint par le « fatum ». Il va suivre les cours de Madame Boukary, dans une seconde F. Le lycée est au milieu d’une cité où résident des gens pauvres et quelques pavillons dont presque tous les habitants fuient ce lycée jugé à problème par des gens très à l’aise financièrement.

Les moments de vie qui se passent dans la classe de Madame Boukary sont tous savoureux, et moi qui, aujourd’hui à Dinard ne connaît que des retraités « bien élevés », je me suis régalée du langage des jeunes et de leur à propos. Ce roman va à l’encontre de tout ce qu’on entend sur l’enseignement aujourd’hui : oui, les profs peuvent être heureux dans leurs classes, non, les adolescents ne sont pas que des abrutis , mais la façon de les intéresser a changé. Mais est-ce si différent des cours de ma génération ? j’ai eu des profs pour qui, ressortir le Lagarde et Michard permettait d’avoir de bonnes notes, et d’autres qui savaient nous faire entrer dans les textes  : tous les professeurs de français utilisaient les mêmes manuels mais le résultat en classe n’avait rien à voir. Madame Boukary met toute son énergie à ce que les jeunes lisent et entrent dans les textes pour se les approprier. Ses méthodes sont étonnantes et son énergie incroyable. Pendant ce temps là l’épidémie continue et Monsieur Reverdy continue ses observations. Il retrouve tous les Week End sa femme, parisienne pur jus qui travaille dans le luxe et un fossé commence à s’installer entre eux

Chaque chapitre commence par un petit texte pris dans la bagage culturel de Monia Boukary et nous sommes le plus souvent dans le lycée, dans la classe de seconde F ou dans la salle de prof. Jusqu’à la fin, l’auteur réussira à me faire rire, dans la dernière page on apprend que le fatum a évolué il s’attaque maintenant aux personnes les plus riches de la planète mais eux ce n’est pas la marche funèbre qu’ils entendent mais Cloclo dans « le lundi au soleil  » !

Je passe sous silence la partie à laquelle j’ai moins adhéré : le parti « Sens Unique » et la chaîne de télévision caricature de CNews . Cette charge manque trop de nuance. Je vous laisse découvrir aussi comment l’écrivaine se sort de son idée d’épidémie, bravo à son imagination !.

et je vous laisse avant de lire mes extraits avec Chopin .

 

 

Extraits .

Début.

1 (roman)
 « La première fois qu’Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide.
Louis Aragon, « Aurélien
 La meuf est une tornade, on l’a prévenue. Il l’attend dans la salle des profs un gobelet fumant entre les doigts. Pour l’instant, personne à l’horizon. Le voyant de la machine à café clignote. Une muraille de casier lui fait face. Quinze septembre. 9 h 48. Le calme avant la tempête de 10 heures, (la récré est à 10h05 mais cette complexité a saisir le temps réel est si facilement escamotable par le langage que ce serait dommage de s’en priver.)

Jugement d’élèves sur un prof.

Il avait 54 ans, une petite bedaine et le service public chevillé au corps. Prof de math au lycée Aimé Césaire de l’académie de Normandie depuis vingt ans, Patrick Débord était globalement apprécié de ses élèves, ces derniers synthétisant ainsi le suc de son enseignement  : » En vrai , ça va, il explique bien et rend vite les copies. » Certains ajoutaient néanmoins que ses chemises, par contre, c’était pas possible. »

Ça fait tellement de bien de lire des romans qui font sourire, deux appartements différents.

 Il ouvre la fenêtre de la cuisine, qui donne sur le balcon, totalement beige la cuisine, « crème » plutôt (tropisme normand ?) : des placards crèmes, un plan de travail crème, une table, crème .
Il imagine Bérénice dans le appartement du 11e arrondissement ( 72 m² entièrement rénovés, parquet, moulures, canapé taupe « Cinna », meubles vintage. Cinquième étage sans ascenseur, mais proche du square de la Roquette. Gros potentiel. Possibilités de reconfigurer pour une chambre d’enfant, si jamais. Un prêt sur vingt ans, malgré les apports considérables. Le soulagement d’avoir enfin signé avait été presque aussi intense que de ne plus avoir à faire à l’agent immobilier, avec ses formules creuses et ses chaussures pointues.)

Un débat : solution au « fatum ».

 Il est certain qu’il va falloir accélérer la création de logiciels pédagogiques qui permettent de faire vraiment cours, poursuit Michel, imperturbable. Je pense qu’il faut être optimiste, ce n’est qu’une question de mois. Vous savez, ajoute l’éditorialiste avec un petit sourire provocant, peut-être qu’il y aura du bon à sortir de tout ça et qu’on se rendre à compte qu’on a tout simplement plus besoin de profs.

Propos de prof impliquée .

 Je ne plaisante pas, monsieur Reverdy, réaffirme-t-elle avec gravité, je les aime vraiment, je tiens à eux, ce qui leur arrive « m’affecte ». Même et peut-être, surtout les pires relous. J’ai une passion pour l’âge adolescent, c’est comme ça, ils sont insupportables et émouvants. Gauches et superbes. Et cette colère … Oui, il faut beaucoup aimer les élèves pour pasticher Duras, il faut beaucoup les aimer, pour faire ce métier.

Paris friqué opposé au lycée normand.

 Bérénice aussi est crevée, qui croûle sous le boulot, pire et meilleure période de l’année, les riches n’en finissent plus de claquer des fortunes pour sortir dans les rues, tirés en laisse par de rectangulaires sacs siglés. Elle aura sans doute une super prime, cela dit. Dans sa parfaite robe en tissu peau de pêche asymétrique, elle l’a supplié, il y aura des « peoples » Zoé me l’a dit un réalisateur, je crois, et un écrivain en vogue, je ne sais plus leur nom. Un écrivain. Bon. La phrase échangée l’autre jour au détour d’un couloir avec Boukary rejaillit ; ils parlaient de la hauteur à laquelle elle plaçait la littérature, « tout en haut, là », et puis elle avait lancé très sérieuse : ce qui ne me m’empêche pas d’avoir plus de considérations pour mon boulanger que pour beaucoup d’écrivains.

Portrait de Monia Boukary.

« Celle-là qui n’a trouvé que la littérature pour vivre »
 Celle qui ne s’insurge plus quand quelqu’un lui dit les phrases-puzzles anti-prof : alors encore en vacances/ bientôt les vacances,/c’est quand les vacances/ bah quand même les profs vous avez les vacances, parce que, dit-elle, c’est trop compliqué à expliquer ce sentiment de responsabilité, de tenir entre tes mains quelque chose d’essentiel et de tellement fragile, quelque chose qui vit, se tisse et s’élabore en permanence, ce grand défi humain, chaque jour recommencé d’entrer dans une salle pleine de jeunes êtres humains, bourrés de soif et de peur de grandir, de ne pas savoir comment faire avec ce corps ces idées, ce bordel que ça a l’air d’être un adulte, ce truc mystérieux, tellement jeunes qu’ils croient encore qu’il y a une initiation secrète, qu’un moment on se réveille, paf, « responsable » justement transformé, qu’on sait faire, les impôts, les gosses, les partis politiques, fixer une étagère, organiser les vacances, une machine de linge, vivre heureux, alors non, elle ne dit plus rien, que chacun se complaise dans sa bêtise si ça lui chante.

 


Éditions Collins NOIR, 330 pages, décembre 2025

Je vais pouvoir supprimer ce roman qui est dans ma liste depuis presque un an. C’est sur le blog « je lis je blogue  » que je l’avais trouvé. C’est un thriller très dur car il mélange plusieurs horreurs, d’abord la vengeance d’un tueur en série qui veut tuer son ancien avocat. Mais avant d’en arriver là, il faut lire la défense de Vincent qui est accusé de six viols atroces qu’Alano Garcia, avocat de Bordeau défend de toutes ses forces. Au départ, il le fait car il veut se faire un nom et devenir suffisamment célèbre pour être riche. Mais il se prend au jeu et croit son client innocent. Alors qu’il est acquitté, il se rend compte qu’il est coupable et arrive à le faire condamner pour un autre fait.

Il sait qu’il viendra se venger dès qu’il sera libéré .

Le roman se passe aussi en Espagne où l’avocat vit aujourd’hui, il s’y cache avec sa femme et sa fille. Là, ils découvrent avec horreur la chasse aux lièvres avec des chiens, les lévriers. Ces chiens sont tués de façon atroce quand ils n’ont pas ramené la proie. Alano et sa femme seront en butte à l’hostilité de ses chasseurs car ils sont choqués par leur cruauté ;

Les deux horreurs vont se réunir : le tueur et les chasseurs vont se retrouver dans des scènes à peine supportables.

C’est certainement un excellent thriller, mais c’est aussi le genre de récit que je n’aime pas. Le récit n’est construit que sur le suspens et la peur que distille la romancière page après page. Parfois je me demande pourquoi autant de plaisir à décrire l’horreur de tant de tortures. Et si je suis vraiment choquée que l’on traite les chiens de cette façon, cela me gêne aussi que le récit semble comparer les viols avec torture de l’assassin avec le sort des chiens des chasseurs espagnols.

 

Extraits

Prologue.

 Mon professeur de droit pénal nous disait toujours que la meilleure façon de défendre un accusé consiste à déterrer la victime qu’il fût. À utiliser la machine à voyager dans le temps pourri des brimades, des branlés et des parents défaillants. Parce que la violence ne s’apprend pas dans les jeux vidéo, pas plus que dans les films de gangster. Des tas d’études ont essayé d’établir un lien. Des tas, elles ont toutes lamentablement échoué.

Début du roman.

Malamerua, Andalousie -dimanche.
– C’est l’histoire d’un avocat qui défend un accusé de meurtre que toutes les preuves accablent. Mais sa plaidoirie est si éloquente qu’elle sème le doute chez le jury. Finalement, l’accusé est acquitté. L’avocat se tourne vers son client et lui murmure à l’oreille  »  » Alors, l’avez tué ou pas ? » Le client lui répond : » Après votre plaidoirie, je n’en suis plus certain ! »

Évolution.

 Où était passé le jeune homme désargenté qui l’avait séduite un soir de juin, avec rien d’autre que son bagou, et un kebab acheté rue du Palais- Gallienne et picoré face au fleuve ?
 Être pauvre est un art qui s’oublie si facilement.

Les chasseurs espagnols

 Ce genre de gars, vous n’avez aucune envie de les foutre en rogne, croyez-moi. Ma théorie, c’est que lorsqu’on est capable de jeter ses propres chiens dans un puits et de les y laisser crever, il y a peu de chance qu’on soit du genre à régler ces querelles de voisinage par le dialogue.

Martyre des chiens.

 Si un galgo ne revient pas avec le lièvre dans sa gueule, m’a-t-il expliqué, son maître considère qu’il est coupable de l’avoir humiliée. Le chien doit alors payer pour se faire plusieurs méthodes toutes plus délicieuses les unes que les autres.
Le puits, donc.
 Mais aussi la pendaison mis à mort propre et classique, avec tout de même une subtilité, les pâtes du chien frôlent le sol, permettant une agonie plus longue.
L’écorchage plus original : l’animal est attaché derrière un quatre quatre et traîné jusqu’à ce que morts s’ensuive.
 L’absorption d’acide ou de javel.
 Et si l’on est tout à fait lâche, on leur brise les pattes et on les abandonne dans la nature.

 

Éditions Folio histoire, 208 pages, juillet septembre 1940, juillet 2026

 

Les Allemands croyaient à l’action et à l’imprévu. Nous avions donné notre foi à l’immobilité et au déjà fait.

Notre commandement était un commandement de vieillards.

 

Ce texte a été écrit en 1940 et a été réédité de nombreuses fois. Cette édition est enrichie de différents écrits de Marc Bloch mais je ne vais, ici, parler que de « l’Étrange défaite ». Pour tous ceux et celles qui ont beaucoup lu sur cette époque, je le dis tout de suite ce texte est absolument indispensable.

Après avoir expliqué qui il était, dans un court chapitre qu’il intitule « Présentation du témoin », dans une première partie, qu’il nomme « la déposition d’un vaincu », il analyse les défaillances de l’état major qui ont conduit à la déroute française. Il a voulu écrire très rapidement ses souvenirs pour que son témoignage soit au plus près de ce qu’il a vécu. Dans la deuxième partie , « Examen de conscience d’un français », il élargit son point de vue pour trouver les responsabilités au delà de l’armée, dans la réalité française en particulier politique.

C’est donc un procès que l’on va lire dont il ne s’exonère absolument pas, pourtant, on sait que Marc Bloch a été un vaillant combattant de la guerre 14/18 et aurait pu ne pas faire celle de 39/45 puisqu’il était âgé et père de 5 enfants. Il s’est engagé car il voulait que la France gagne cette guerre. Il a compris tout de suite que l’armée de 1940 était incapable de battre l’armée allemande, les cadres voulaient absolument stabiliser le front alors que les Allemands étaient toujours en mouvement. C’est un peu comme si, de la guerre 14/18 l’état major français avaient conclu que pour gagner une guerre, il fallait construire des super tranchées imprenables, (d’où la ligne Maginot) et les Allemands au contraire qu’il ne fallait jamais rester en place. Ce qui est incroyable, c’est que la France a eu plusieurs mois pour se préparer, et a vu l’armée allemande en action en Pologne , mais rien n’y a fait, immobile on voulait être et les attendre de pied ferme, immobile, l’armée l’est restée jusqu’à la percée en Belgique.

Marc Bloch analyse aussi les rapports avec les Britanniques, qui n’ont guère eu confiance dans le commandement français. Lors du recul de l’armée, la volonté de créer un front était toujours retardée par des lenteurs dues à l’énorme appareil bureaucratique, rien ne pouvait être rapide, et tout était beaucoup trop lent. On sent que pour lui il aurait fallu faire un recul, significatif tout de suite et très loin pour pouvoir dans un deuxième temps repartir au combat. Mais pour cela il aurait fallu une énergie combattante qui n’existait pas vraiment surtout au niveau des états majors. Les différents portraits des officiers français sont parfois cruels mais hélas, je le crois aussi, authentiques. Les qualité qu’il faut à l’homme d’action, peuvent être duplicables pour d’autres responsables en dehors de l’armée. Cette partie est passionnante, je me suis demandé qui aura le courage de faire un film sur cette incroyable défaite qui ressemble plus à une débacle. Si quelqu’un en a, un jour, le courage, il pourrait s’inspirer de ce témoignage.

Dans la deuxième partie, il commence par dire que si l’armée en était là c’est qu’elle reflète l’était d’esprit du pays. Et il a des mots très durs sur le parlementarisme de la III° République, qui n’a pas su armer le France, qui est gangrénée par des idées pacifistes. Il conduit une analyse très intéressante du pacifisme, et du communisme, qui était en France contre la guerre car Staline avait signé un pacte avec Hitler. Cette partie est moins longue, j’y ai appris moins de choses.

Ensuite, mon édition propose différents écrits de Marc Bloch et un témoignage de George Altman qui rappelle son rôle dans la résistance, son arrestation, sa mort après avoir torturé, le 16 juin 1944 , on retrouvera son corps et celui de 27 résistants dans un fossé à Saint-Didier-Sur-Formans.

J’espère lire vos commentaires si vous l’avez déjà lu, sinon j’espère vous donner envie de le lire.

Extraits

Début

 Présentation du témoin.
 Ces pages seront-elles jamais publiées, je ne sais. Il est probable, en tout cas, que, de longtemps, elles ne pourront être connues, sinon sous le manteau, en dehors de mon entourage immédiat. Je me suis cependant décidé à les écrire, l’effort sera rude : combien il me semblerait plus commode de céder aux conseils de la fatigue et du découragement. Mais un témoignage ne vaut que fixé dans sa première fraîcheur, et je ne puis me persuader que celui-ci doit être tout à fait inutile. Un jour viendra tôt, ou tard, j’en ai la ferme espérance où la France verra de nouveau s’épanouir sur son vieux sol béni déjà de temps de moissons, la liberté de penser et de jugement.

Portraits d’officiers.

 Le capitaine B… du 3e bureau, levant haut vers le ciel sa tête vide, semblait offrir éternellement à la vénération des foules, comme un saint-sacrement, la science livresque, jadis reçu en dépôt au cours de tactique. Le capitaine X…- de chez nous celui-ci – fort en gueule , plutôt que grand dans l’action, avait réussi en quelques mois à s’attirer la haine de tout le personnel des secrétaires, qu’il se croyait par la grâce d’une vocation native au commandement, chargé de « mettre au pas » : quand il s’en allait coucher à la cave, quels ricanements derrière son dos.

L’homme d’action.

 Un des privilèges du véritable homme d’action est sans doute que dans l’action, ses travers s’effacent, tandis que les vertus, jusque-là en sommeil paraissent alors chez lui avec un éclat inattendu. Telle fut la métamorphose dont notre camarade donna un remarquable exemple, consciencieux et sincère, il l’avait toujours été ; il cessa de s’attacher aux petites choses et son goût de la contradiction disparut. Toujours prêt à donner un renseignement ou une directive, il fut le chef qui sait laisser aux exécutants la liberté nécessaire tout en prenant la responsabilité de tout. Il fut patient, calme aux pires heures, prodigue de sa propre fatigue autant que ménager celle des autres. Et si bon garçon avec cela ! J’avais fait la découverte d’un homme.

L’erreur principale.

 Beaucoup d’erreurs diverses, dont les effets s’accumulèrent, ont mené nos armées au désastre. Une grande carence, cependant, les domine toutes. Nos chefs ou ceux qui agissaient en leur nom n’ont pas su penser cette guerre. En d’autres termes, le triomphe des allemands fut essentiellement une une victoire intellectuelle. Et c’est peut-être là ce qu’il y a eu en lui de plus grave.

Une armée en déroute.

 Tout le long de la campagne, les allemands conservèrent la fâcheuse habitude d’apparaître là où ils n’auraient pas dû être. Ils ne jouaient pas le jeu. Nous avions entrepris, à Landrecies, vers les débuts du printemps, l’établissement d’un dépôt d’essence « semi-fixe » : grande pensée du CQG, conçue à l’échelle d’un type de guerre qui ne se réalisa jamais que sur le papier. Un beau jour du mois de mai, l’officier, qui avait la charge de l’installation, rencontra dans la rue un détachement de chars. Il les jugea d’une couleur singulière. Mais quoi ! connaissait-il tous les modèles en usage dans l’armée française ? Surtout, la colonne lui parut bizarrement engagée : elle filait vers Cambrai, alors que la direction du front était de toute évidence à l’opposé. Dans une petite ville, aux voies un peu tournantes n’arrive-t-il pas que les guides s’orientent de travers ? Notre homme s’apprêtait à courir après le chef du convoi pour le remettre dans le droit chemin quand un quidam, mieux avisé le héla  » Attention ! ce sont des Allemands ».

Alliance avec les Anglais lors de la percée allemande.

 Après que l’action commune projetée sur Arras, eut avorté, il semble que des deux parts, sous l’empire d’une sorte de désillusion mutuelle, les états-majors aient presque totalement renoncés à collaborer. Que de ponts, les britanniques n’ont-ils pas alors fait sauter pour couvrir leur retraite, sans se préoccuper de savoir s’ils ne coupaient pas la nôtre ! On les vit de même malgré les protestations de l’ingénieur, détruire prématurément le central téléphonique interurbain de Lille retirant ainsi à la 1re armée à peu près tous les moyens de transmission. Nous les jugeons sans gêne, et je crois bien, en effet que leur déception sans doute légitime, devant les insuffisances de notre commandement porta certains d’entre eux à oublier parfois les égards dus aux exécutants dans la bravoure n’était pas en cause.
(…)
 Les circonstances étaient plus que jamais défavorables à l’établissement d’une confiance qui eût pu résister aux évènements seulement si elle avait eu pour elle un long enracinement. Une alliance véritable est une création continue ; elle ne s’écrit pas sur le papier ; elle ne subsiste que par une multiplicité de petits rapports humains, dont le total fait un lien solide. Nous l’avions à la 1re armée, beaucoup trop oublié. Nous souffrîmes durement de notre négligence.

Son honnêteté intellectuelle.

 Je crains un peu en avoir toute ma pensée de verser dans le péché de la calomnie. Je me suis cependant plus d’une fois demandé qu’elle était dans cette incohérence la part de la maladresse et celle de l’astuce ? Tout chef de 2e bureau vit dans la terreur qu’au jour du « coup dur », les faits viennent démentir les prétendues certitudes dont il a armé le commandement. Offrir à celui-ci un grand choix d’indications contradictoires, n’est-ce pas se réserver le moyen de dire triomphalement, quoi qu’il arrive :  » Si vous m’aviez cru. ? »

Un passage si révélateur.

 Vint pour nous commander, un général animé certainement des meilleures intentions, parfaitement sincères dans sa foi militaire, dur à lui-même comme aux autres, mais chez qui, le sens psychologique ne s’élevait pas à la hauteur des autres qualités. Il jugea que l’ambiance n’était pas tout à fait celle d’une caserne bien tenue et voulut y remédier. Les rondes d’officiers se multiplièrent et les observations sur les vareuses incorrectes plurent de toutes parts. Échappés, a ce que les journaux appelaient déjà, pompeusement, mais non sans quelque justesse, l’enfer des Flandres, beaucoup d’entre nous avaient cru pouvoir faire venir leur femme, dans les villages où nous logions : les simples soldats au moins aussi souvent que les officiers, de sorte que l’égalité n’était nullement blessée. Le général, sévit. Un guerrier peut, s’il lui plaît, aller au bordel ; les embrassements conjugaux, par contre, sont pour lui pêché d’amollissement. Comme notre nouveau chef était à sa façon, un juste, il commença d’ailleurs par infliger quinze jours d’arrêts de rigueur au vieux général du cadre de réserve qui nous avait gouverné avant lui ; ne l’avait-il pas rencontré, un soir bras dessus, bras dessous avec sa vénérable épouse ? On rit. L’homme durant n’en fut point consolé. En quelques jours la température morale avait changé. Symptôme significatif : le salut aux officiers jusque-là offert avec un cordial empressement, ne le fut plus que d’une main parcimonieuse et, visiblement par contrainte. Un pseudo dressage avait ruiné avec une merveilleuse promptitude, la bonne et saine humeur d’une troupe venue du feu et destinée, croyait-on, à y retourner.

Quel aveu !

 Je me rendis compte, mieux qu’auparavant, qu’il n’y avait pas, au vrai, une Armée française, mais, dans l’armée plusieurs chasses gardées.

Quel humour !

 Quand les Allemands eurent refusé de jouer leur jeu, selon les règles de l’École de Guerre, on se trouva aussi désemparé que le mauvais orateur devant l’interpellation à laquelle son rôle ne lui fournit pas de réplique. On crut tout perdu et, par suite, on laissa tout perdre, parce que pour guider l’action, trop tenue en lisière jusque-là par le dogme ou le verbe, il n’eût plus été de ressources que dans un esprit de réalisme, de décision et d’improvisations auquel un enseignement trop formaliste n’avait pas dressé les cerveaux..

Le pacifisme en 1939.

Comme la parole qu’il prêchait était un évangile d’apparente commodité, leur sermon trouvait un facile écho dans les instincts paresseusement égoïstes qui, à côté de virtualités plus nobles, dorment au fond de tout cœur humain. Ces enthousiastes dont beaucoup n’étaient pas personnellement sans courage, travaillaient inconsciemment à faire des lâches.
(…)
 Ainsi, bien que les besoins généraux de la défense nationale se confondissent plus que jamais avec les intérêts propres des salariés, ces exigences les plus évidentes trouvèrent, devant elles, une opinion ouvrière tristement incertaine de sa voix. À ce désarroi, les invraisemblables contradictions du communisme français ajoutèrent encore un nouveau ferment de trouble.

Passage intéressant .

 Les hommes d’extrême-gauche, comme contre les états-majors – car il arrive que dans une nation, les pires adversaires respirent sans s’en douter la même atmosphère mentale – c’était il faut l’avouer, Hitler qui avait raison. Non pas le Hitler des grandes harangues aux foules. Celui des confidences, qui disait un jour à Rauschning, à propos, précisément, du marxisme : « Nous savons nous, qu’il n’y a pas d’état définitif qu’il y a une évolution perpétuelle. L’avenir est le fleuve inépuisable des possibilités infinies d’une création toujours nouvelle. »

Ne pas succomber à la tentation de comparer les époques mais …

Jugement très sévère.

 Le parlementarisme ait trop souvent favorisé l’intrigue au dépend de l’intelligence ou du dévouement. Il me suffit, pour en être persuadé, de regarder autour de moi. Les hommes qui nous gouvernent aujourd’hui sont pour la plupart, issus de ces marécages. S’ils renient maintenant les mœurs qui les ont faits ce qu’ils sont, ce n’est que ruse de vieux renard. L’infidèle employé, qui s’est ouvert un coffre-fort, ne laisse pas traîner ses fausses clés : il aurait bien trop peur qu’un plus malin que lui ne les ramasser, pour le dépouiller, à son tour, du butin.

Une république de vieux.

 Les révolutions nous paraissent tantôt souhaitables, tantôt odieuses, selon que leurs principes sont ou non les nôtres. Elles ont cependant toute une vertu, inhérente à leur élan : elles poussent en avant les vrais jeunes. J’abhorre le nazisme. Mais comme la révolution française, à laquelle on rougit de la comparer, la révolution nazie a mis aux commandes, que ce soit à la tête des troupes ou à la tête de l’État des hommes qui, parce qu’ils avaient un cerveau frais et n’avaient pas été formés aux routines scolaires, étaient capables de comprendre le surprenant et le nouveau. Nous ne leur opposions guère que des monsieurs chenus ou de jeunes vieillards.

 

 

 


Éditions Perrin, 243 pages, octobre 2008

Toujours dans la série « Romans qui ne sont jamais sortis des rayons de la médiathèque » voici un auteur que je ne m’attendais pas à trouver dans cette triste catégorie. Depuis « effroyable jardin » qui avait connu un succès important, j’ai chroniqué sur Luocine : « Apaise le temps« , « En dépit des étoiles » et « L’espoir d’aimer en chemin« . C’est un auteur qui sait très bien raconter les histoires en particulier, quand la grande Histoire se mêle à la vie des gens. Il a pris ici un risque qui visiblement n’a pas rencontré un public (seul 100 lecteurs sur Babelio, 4292 pour « Effroyable jardin ») . Il le dit dans son introduction : il a fait des deux dernières années la vie de Jean Moulin, un roman. Il y raconte, au plus près de la réalité, sa lutte pour unifier la résistance derrière le Général de Gaulle. Pour rendre ce récit romanesque, il crée une jeune fille lilloise rescapée de l’exode qui tombe amoureuse d’un jeune résistant. Celui-ci fils de pharmaciens de Lyon, sera dénoncé par ses parents et se suicidera dans la prison de Montluc.

Le roman commence et se termine par une scène d’épuration, le village où les parents de son amoureux avait un propriété vont organiser le lynchage des parents collabo . Le roman suit donc les deux destinées , et deux narrateurs vont utiliser le « je », Max et Agathe, qui habitent dans le même immeuble et Max trouve qu’elle ressemble à Berthe Morisot donc l’appelle ainsi.

Avec Max nous suivons toutes les difficultés que Jean Moulin a rencontré pour unifier les différents composantes de la résistance. J’ai retrouvé tout ce que j’avais découvert grâce à Daniel Cordier dans son livre « Alias Caracalla« . On sent que chaque personnalité à la tête d’un réseau pense surtout à l’après et veut absolument apparaître comme le sauveur et n’a nul envie de laisser la place à de Gaulle. L’hostilité de Henri Fresnay ne s’éteindra pas facilement ; même après la guerre, car pour lui Jean Moulin était à la solde des communistes, et on lui doit la qualification de « crypto-communiste ». Quant à savoir si Max a été trahi par Hardy, (défendu par Fresnay dans ses deux procès) , l’auteur ne prend pas partie, il décrit surtout une montée en puissance de la Gestapo et de la Milice qui connaissaient de mieux en mieux l’organigramme de la résistance. Il est certain que si Hardy n’a pas trahi, Bénouville qui est venu avec lui à la réunion de Caluire, a fait une énorme erreur , car il n’était pas très compliqué de le savoir suivi par la police allemande qui venait de le relâcher.

L’histoire d’amour, permet à l’auteur de nous faire vivre au plus près le travail de fourmis des petites mains de la résistance. Les boîtes aux lettres et le transport des messages qui permettent d’organiser les différentes actions et de prévenir des dangers.

Quand je lis ce genre de romans, je me demande toujours comment font mes amies anti-divulgâcheuses, pour lire ce genre de roman : car oui, Max va être arrêté et, oui il mourra sous la torture sans avoir parlé. Savoir cette fin, n’enlève rien au suspens insoutenable de la réunion de Caluire, car Michel Quint sait si bien faire monter la tension que j’ai eu du mal à lire la fin. Il sait aussi parfaitement décrire la pesante atmosphère de délation et de suspicion qui a régné pendant l’occupation nazie. Savoir se taire et ne faire confiance à personne étaient indispensables pour survivre quand on n’était pas vichyste, encore plus si on était résistant.
C’est un bon roman qui mériterait de sortir des rayons de notre médiathèque.

Extraits.

Avertissement (j’espère alors, lui pardonner, ce que j’ai fait finalement.)

 Qu’on me pardonne de faire de Jean Moulin un héros de roman. Que sa famille, les historiens, les gardiens de mémoire et les survivants de la Résistance excusent mes libertés avec l’histoire : j’ai souvent simplifié la réalité des êtres et de leurs actes, de leurs motivations, réalité sur laquelle les spécialistes et même les acteurs de l’Histoire dans leurs écrits ne s’accordent pas encore. J’ai voulu que cette fiction, pour tenter d’être vraie ne prenne pas partie dans leur polémique aussi fondée soient-elles. 

Début du roman.

 Je suis entrée aux enfers par une rue en pente. Elle coupait net le premier pâté de maisons du village comme la lame étroite, brûlante de soleil, d’un petit couteau oublié à la fin d’une partie de campagne au cœur d’une pomme trop mûre. Au bout, là où elle s’étrécissait en pointe, on entamait à droite une grimpée qui s’enroulait jusqu’au centre avec ses commerces tassés autour du noyau, d’une place ovale, gros fruit grumeleux de gravier, blond. Au-delà, passé l’église aux épaules d’hercule forain, on dévalait un vieux cimetière par des venelles où les habitations boîtaient bas. Je le savais pour être venu une seule fois à Noël 42, dans une demeure campagnarde, et y avoir laissé entre les draps parfumés de lavande, sous la suspension de la cuisine, au détour de chaque couloir contre les portes de chaque pièce, de la chambre, au jardin amidonniers d’hiver, oui, y avoir laissé tout ce que j’avais aux lèvres de baisers frais, et d’amour.

Scène de la libération.

 Je les connais, ces deux là qu’on massacre en kermesse, je n’ai entrepris ce voyage que pour les rencontrer, me montrer vivante à eux. Ce que je ressens alors, même aujourd’hui je ne sais plus, sûrement que je me suis effacée à l’intérieur, je n’ai plus été présente consciemment et puis c’est revenu, la douloureuse sensation d’être témoin de l’inhumain et de ne rien pouvoir que ces villageois avaient la certitude de n’être pas coupable puisqu’ils punissaient le mal incarné, et aussi d’être parmi eux, semblables à eux. La nausée m’est montée dans une suée glacée, je me suis retournée pour vomir.

Difficultés d’organiser la résistance unie dialogue entre Alain (Daniel Cordier) et Max (Jean Moulin).

Charvet (Fresnay), Bernard (D’Astier de La Vigerie) et Gilles (Lévy) ont toutes les prétentions aujourd’hui…Sans abandonner de Gaulle qu’ils pensent contrôler, ils ne veulent plus passer par vous, le terrain est favorable pour Brumaire ..
– Alors je demanderai son rappel d’urgence à Londres. Même chose pour son acolyte Passy (Dewavrin)… Ensuite il faut s’allier les syndicalistes et les socialistes… Notons-le. Voir aussi si on peut pas faire désavouer Charvet par le comité directeur de Combat, diviser un peu pour régner… En revanche, tâcher de retarder son départ possible à Londres. Idem pour Bernard et Gilles … Qu’il n’aille pas me débiner à une période cruciale. Si je résume, j’ai à calmer la fronde des chefs de mouvements, dont il faut aussi augmenter le financement leur faire accepter Vidal (Delestraint) aux commandements de l’AS, améliorer le sort et l’utilisation des réfractaires au STO et des maquis et mettre sur pied le conseil de la résistance…
– Et à ne pas vous faire prendre, Max.
– Je ne suis pas y remplaçable.
– Pour encore longtemps, si.
 À moi donc d’atteindre vite mes objectifs.

Ce discours résonne aujourd’hui encore.

 Je fais l’exposé liminaire, j’espère que ma voix tiendra, faire la guerre, rendre la parole au peuple de France rétablir les libertés républicaines travailler avec les Alliés collaboration internationale où la France ait sa place, surtout aller vers une forme de bipartisme élargi, à la libération, qui fasse stable rase de la foule de formation politique troisième république, incapable d’alliance profonde…. Ensuite, deux trois questions pour la bonne forme s’il est représentant des vieux partis renaudent, on lit le message de Gaulle demandant un effort proprement français, unifié lors de la libération, qui soit alors un appui pour le comité national de Londres, à faire valoir les droits et intérêts de la France dans le nouveau concert mondial…. Ce sera au suffrage citoyen de s’exprimer sur les aspirations de ceux qui ont participé à la lutte.

Cover Image

Éditions Notab/Lia, 180 pages, mai 2026

C’est encore un roman dont j’ai conseillé l’achat à ma médiathèque suite à vos avis très favorables d’Yvan par exemple. J’ai récemment vu que Violette en a fait un coup de cœur. Mais je sais que j’ai lu auparavant d’autres avis positifs. Le charme de ce livre tient pour moi dans l’évocation des îles Féroé , l’auteur sait vraiment nous faire ressentir au plus près de ses propres sensations ces îles au climat rude toujours fouettées par le vent. Le chagrin de Jonas le père de la petite Anna née d’une mère si alcoolique qu’elle accouche d’un bébé qui ne pourra pas vivre très longtemps est touchant et dans un premier temps j’étais persuadée, moi aussi, de faire de ce roman un coup de cœur, mais on tourne en rond dans cette histoire , car tous les personnages , Olga la mère, Elin la tante, Ana et Jonas racontent chacun à leur tour le drame de ce pauvre bébé, le seuil en bois de la maison prend aussi la parole, le bonnet en laine tricoté pour le bébé aussi, ainsi que le village … J’avoue que je suis restée extérieure à ce procédé quant aux sept poèmes qui décrivent le vent de cette région, leurs souffles n’ont pas réussi à me ravir. En revanche, j’ai bien aimé la façon dont l’auteur se raconte comme visiteur de cette région qu’il aime mais où il sera toujours « l’ Étranger », ces quelques remarques sur la prononciation des noms de lieux m’ont fait sourire.

Malgré mes réticences je dois dire que ce roman m’a fait voyager dans une région que l’auteur sait très bien décrire.

Lisez aussi si vous voulez compléter votre opinion le billet d’Ingannmic 

Extraits

Gjóv

 Quelle qu’en soit la raison, s’il vous prend un jour l’envie de savoir à quoi ressemble les paysages de l’archipel des Féroé, faites comme tout le monde : ouvrez un moteur de recherche, rubrique « Images ». Parmi les photos qui s’afficheront alors, vous tomberez immanquablement sur moi. Savoir en quelle position j’apparaîtrai, ça, en revanche, c’est une autre histoire… Il faut dire que la concurrence est rude..

 

Les toits d’herbe.

 Son toit est recouvert d’herbes folles, comme tous les autres toits de l’archipel, en vertu d’une tradition millénaire. Vu de dehors, c’est très photogénique l’être humain en harmonie avec la nature, se fondant en elle en toute discrétion, un écohabitat qui s’ignore, à la mode avant l’heure. Une fois à l’intérieur, c’est autre chose. Pendant plusieurs jours, le temps de s’y habituer (et encore seulement un peu), on a vraiment la sensation d’être enterré vivant. Même l’échappatoire de la fenêtre ne suffit pas à réprimer l’angoisse qui monte dans la gorge et fait palpiter les jugulaires. Le pire, c’est la nuit. On reste immobile dans son lit à regarder le plafond, en respirant lentement, comme s’il fallait vraiment économiser chaque bouffée d’air. C’est idiot, mais irrépressible.

L’étranger.

 J’avais beau et multiplier les séjours Gjógv et les Féroé ne m’appartiendront jamais. Je serai toujours l’Étranger. Une curiosité pour les habitants, surpris de me voir revenir si souvent, certains se demandant – et moi, c’est cela qui me surprend – ce que je peux bien trouver à leur île au climat si rude. La première fois, un mois de juillet, je n’étais pour eux qu’un touriste au milieu des autres, noyé, confondu parmi ceux qui n’étaient là que pour le cliché instagrammable, deux trois respirations iodées et un  » C’est vraiment encore plus beau qu’en photo ! ». Ceux qui viennent pour voir et non pour regarder.


Éditions Charleston, 266 pages, février 2026

 

J’ai conseillé l’achat de ce roman à la médiathèque de Dinard, car je pensais que les enseignants en activité ou retraités en aimeraient la lecture. Mon avis est beaucoup plus mitigé que celui que j’ai lu sur un blog. Cette autrice raconte son expérience de professeure des écoles, pour son premier poste, elle remplace une enseignante qui a fait une tentative de suicide avant la rentrée. Elle se donne à fond pour faire son métier le mieux qu’elle peut, elle fait classe à des CE2 et CM1 et décrit gentiment les enfants. Elle vit une inspection comme un jugement à un tribunal sans pitié . Peu à peu, elle abandonne ses envies de perfection et devient une professeure agréable pour ses élèves. Pour donner un peu de piquant à ce récit (bien plat) elle met en scène sa mère et sa manie d’infantiliser sa fille et une histoire d’amour .

Le seul moment de vérité se passe avant un séjour à la mer qu’elle a préparé avec sa classe, et ce jour là, le rectorat l’appelle pour lui dire qu’elle doit changer d’école immédiatement. Cela sent le vécu : l’enseignante suicidaire est finalement démissionnaire, donc elle doit bien être remplacée mais pas par le même type de remplaçant. Elle, Lisbeth, pouvait remplacer une enseignante malade mais pas occuper un poste vacant, c’est une autre type de remplaçant qui doit avoir se poste.. Vous y comprenez quelque chose ? et les élèves qui sont à la moitié de leur année ? Les parents se mobiliseront et elle pourra finir son année !

J’espère que ce lire trouvera des lecteurs à ma médiathèque mais je regrette de l’avoir conseillé. Son seul mérite : il se lit très, très facilement.

Extraits.

Début du prologue.

 Jeudi 03 septembre 2009.
– Lily ? Tu es réveillée ?
– Oui, maman, je suis prête.
 Je jette un dernier coup d’œil à mon reflet dans le miroir, hésite encore une fois à échanger mon jean contre une jupe, renonce. C’est la rentrée des classes aujourd’hui, pas le concours pour intégrer la chorale de l’église.

Début

Podcast
2025
 « Bienvenue dans « Trouver sa voie », , le podcast, où l’on explore les instants qui transforment une carrière… et parfois une vie. Je suis Némora, et j’invite les personnes inspirantes à revenir sur une année clé, seul ou à tout prix un autre sens. 
Mon objectif ? Vous aider à comprendre qu’il n’y a pas de bon ou de mauvais choix seulement vos choix à un moment donné de votre existence… »

Elle et sa mère .

 Bien évidemment, je n’aurais pas pu refuser d’héberger ma mère. Mais quand même … elle dort dans la pièce qui me sert de bureau, squatte mon minuscule salon avec ses pelotes de laine, et alors qu’elle est arrivée il y a peine deux semaines, j’ai plus l’impression de séjourner chez elle que de l’accueillir. C’est une personne de bonne compagnie, toujours d’humeur joviale, et j’adore lorsqu’on se retrouve quelques heures. Mais de là à vivre en colocation… Nos repères ont été biaisés. Résultats, elle s’ennuie, et moi, je perds un temps fou à chercher des objets que j’avais pourtant rangés à leur place. Et puis j’ai passé là d’être infantilisé, réveillée le matin et surveillée depuis la fenêtre.

L’école, tout le monde y est passé.

 Jamais, je ne pourrai juger un astrophysicien, parce que je ne connais tout bonnement pas ce métier. Or, tout le monde a une idée sur l’école pour y aller en tant qu’élève. Ensuite, on laisse ses enfants devant le portail et nos propres souvenirs se mélangent à ce qu’on devine. Sauf que, comme pour beaucoup d’endroits, on ne connaît jamais réellement les coulisses avant d’y être intégré.

Le vocabulaire de l’éducation nationale.

En 2009, j’étais T3, parce que c’était ma troisième année de PE, pour professeur des écoles. J’avais obtenu le CRPE, autrement dit le concours, et appris à l’IUFM, anciennement école normale et depuis devenue l’INSPE. 
-Tu veux dire que le jargon crée une dissonance ? – Je le pense. Des mots barbares désignent des concepts simples. Les acronymes doivent être la passion cachée de notre ministère, qui, en invente régulièrement de nouveau, histoire d’entraîner notre cerveau certainement. Le Dasen, l’IEN, les AP, le PPMS,, tous ces termes sont autant de pelles qui creusent le gouffre entre les enseignants et le reste du monde.


Éditions Gallimard, 172 pages, juillet 2020

Comme beaucoup à l’époque, j’avais adoré « Balzac et la petite tailleuse chinoise », depuis je lis régulièrement cet auteur , j’avais beaucoup aimé, « L’évangile selon Yong Sheng« , et un peu moins « trois vies chinoises« . Ici, encore, mon avis est en mi teinte. Pour mieux comprendre la folie destructrice des « Gardes rouges » pendant la révolution culturelle contre la civilisation tibétaine, ce roman mérite d’être lu. Bien sûr, on le sait vaguement et le régime actuel reconnaît du bout des lèvres les « excès » de cette période, mais ne dit rien sur la volonté de supprimer totalement une civilisation et son expression culturelle. Dans le palais Polota, l’ancien peintre du dernier Dalaï-Lama est retenu par des gardes rouges qui veulent lui faire avouer des turpitudes des moines, et vont pour cela le torturer à mort. Lui se réfugie dans son passé, période durant laquelle il a peint des « tankas » les plus extraordinaires et ainsi l’auteur fait revivre la civilisation tibétaine. Un garde rouge, le chef est particulièrement cruel et excite ses troupes à détruire au maximum tout ce qui relève de la religion bouddhiste. On apprend à l afin qu’il était le fils de l’homme chargé de s’occuper des restes des cadavres et que ce sont des gens méprisés par les bouddhistes. De là sa fureur ?

L’auteur entraîne son lecteur dans les valeurs de cette religion et dans son expression artistique, et j’ai été beaucoup moins intéressée par cet aspect qui représente quand même la plus grande partie du roman. Un reproche de mise en page : on ne peut pas comprendre ce livre sans lire les 112 notes qui expliquent un vocabulaire totalement inconnu pour moi, et au lieu de les mettre en bas de page ce qui permet de ne pas interrompre la lecture, elles sont à la fin du roman. Mais surtout cette civilisation que je respecte beaucoup ne me passionne pas. Si l’auteur décrit bien le monde des moines, on a moins d’informations sur le peuple tibétain lui-même. Un petit peu au début, l’enfance du peintre Bstan Pan, avec ses parents nomades, mais dès sa plus jeune enfance il est confié à des moines qui remarquent très vite son talent de peintre. On ne sent pas la vie de cet enfant ni de cet homme qui semble juste quelqu’un en adéquation totale avec cette religion.

La destruction des œuvres de cette culture est une horreur absolue et les meutres perpétrés par les Gardes Rouges aussi, cela rend ce petit livre très pesant, mais la beauté de cette culture, je n’ai pas réussi à la comprendre, je suis sans doute trop occidentale pour cela. Voici une image de Tanka trouvé sur l’article Wikipédia

 

Extraits .

Début.

 Il avait plu toute la nuit et, en ce matin de mars1968, il bruinait encore. L’air était frais. Dans l’arrière-cour, déserte du Potala, où les anciennes écuries du Dalaï- Lama étaient transformées en prison par les gardes rouges, qui occupaient le Palais, le silence fut soudain troublé par le grincement des essieux d’une charrette et le crissement de ses roues sur le gravillon. Hachée par la rotation des rayons, la silhouette courbée d’un vieil homme se dessinait en ombre chinoise entre les brancards de la voiture chargée de seaux en bois. De sa bouche s’échappait une faible haleine. 
Il était prisonnier et, cependant, il n’avait pas été arrêté par la police ou condamné par un tribunal, l’une et l’autre de ses administrations étant paralysées en cette période troublée de la révolution culturelle.

Les volontés de destruction d’une culture ancienne.

 Des centaines de silhouettes sombres, un brassard rouge autour du bras – des gardes rouges venus d’autres villes du tibet-, formaient une chaîne humaine entre la bibliothèque du premier étage et le rez-de-chaussée, se passant des centaines de précieux sutras, parmi lesquels, Bsan Pa reconnut une magnifique et très ancienne et édition du Kanjur, calligraphies à l’encre d’or, dont le plat supérieur de la reliure était en bois de santal, incrusté d’ivoire. Les derniers de la scène les entassaient au centre de l’esplanade, et quand les piles de livre furent si hautes, qu’elles s’écoulèrent sous leur propre poids, ils y mirent le feu en entonnant des chants révolutionnaires.

Les horreurs chinoises ne datent pas du communisme.

 Cette époque, au Tibet, personne ne savait vraiment ce qui se passait en Chine, et nul n’avait eu vent de la lutte féroce et sans merci que l’impératrice douairière avait livré à son neveu, désormais placé en résidence surveillée comme un vulgaire prisonnier. Depuis dix ans, elle ne l’autorisait plus à recevoir de visites, pas même celle de son épouse ou de ses concubines. (Sa favorite, surnommé la Perle, fut contrainte de se suicider en se jetant dans un puits du palais, sur ordre de Cixi, qui lui refusa l’indulgence de pouvoir se pendre.)

Les personnages tibétains (bizarres, pour moi).

 À leur grande stupéfaction, les deux hommes avaient découvert que le cadavre d’un jeune enfant faisait office de selle sur le dos de la mule. La femme avait fini par l’enfourcher pour s’éloigner lentement, le corps oscillant dans la lumière du contre-jour. D’une main, elle tenait un crâne humain rempli de sang, de l’autre, une vipère à tête plate qui servait de bride à la monture. La mule, à laquelle les yeux naïfs et les longues oreilles toujours en branle donnaient un air bon enfant, s’était mise en marche, soulevant du bout de ses sabots, de petits nuages de vase au bord de l’eau. Elle avait aussi un troisième œil, non pas au milieu du front, mais sur sa croupe gauche, large et pleine. Le deuxième dalaï-lama et son conseiller avaient tout autant été fascinés qu’effrayés par cette créature, et, sur le chemin du retour, le souverain avait mandé un peintre pour en faire le portrait.


Éditions Grasset, 184 pages, décembre 2025

Maudite célébrité, masque cruel. Imposteur légendaire.

C’est un livre important, il faut le lire, mais quel dommage qu’il ait été écrit après la mort de l’auteur, je me demandais si cela l’aurait aidé d’être confronté à la réalité. En effet dans ce livre Émilie Lanez, rétablit une tranche de la vie de cet auteur qui a été un escroc et fait de la prison pour cela, il a cambriolé sa propre famille, et a volé des mandats postaux quand il travaillait aux PTT . Sa mère, sans doute, n’a pas su l’aimer mais elle ne ressemble en rien au portrait de Folcoche, de « Vipère au poing » .
Tout cela n’est pas très grave, car Hervé Bazin est un écrivain qui a su décrire le désespoir d’un enfant mal aimé, simplement il n’a pas rédigé une autobiographie (contrairement à ce qu’il a toujours prétendu) mais une vengeance pour se faire de l’argent (beaucoup d’argent !) sur le dos de sa mère. Il a poussé loin la mystification, puisqu’il s’est fait passer pour résistant alors qu’il faisait de la prison pour escroquerie, cela ne l’empêchera pas de recevoir la Légion d’Honneur.

En réalité dans cette famille tout est question d’héritage, ils seront sordides tous (l’auteur y compris) pour gagner de l’argent. Ils sont bourgeois jusqu’au bout de leur vie : l’argent, l’argent toujours l’argent.

Cela ne rend pas sympathique l’auteur mais Émilie Lanez a le mérite de rétablir une vérité, je vais essayer de relire « Vipère au poing » en repensant à son travail.
Si je le mets dans la catégorie des 4 coquillages c’est pour vous inciter à le lire et en discuter avec vous.

Extraits.

Début.

 Les archives de la préfecture de police de Paris sont libres d’accès, il suffit d’en faire la demande par un courrier électronique, puis à la date convenue de venir les consulter dans une rue calme du pré-saint-Germain.

Le résultat des recherches de l’auteure.

 « Vipère au poing » n’est pas un roman autobiographique, il est une vengeance construite, mûrie et efficace puisqu’elle condamne depuis soixante dix ans une famille au silence. Le plus célèbre matricide littéraire, qui, depuis sa parution, berne toutes les générations de lecteurs. Le livre n’a rien du cri libérateur d’un adolescent, ni du texte émancipateur d’un bourgeois osant dénoncer les mœurs d’une classe sociale étriquée, il n’est pas le chef-d’œuvre d’un libre penseur pilonnant les contraintes mièvres de la piété catholique. « Vipère au point » est la construction perverse d’un manipulateur, l’œuvre maléfique d’un mystificateur mal aimé et amputé de sentiments.

Les petites remarques qui font sourire.

 Marie Bazin a épousé Ferdinand Hervé en 1870, ils unissent leur patronyme en accolant leur nom en 1923. Le couple a huit enfants. Jacques, le sixième, est leur premier fils. Ils habitent Angers, ou Ferdinand enseigne, gracieusement le droit à la nouvelle université catholique. Il n’est pas riche, mais il considère que recevoir un salaire ne sied pas à sa condition.