Éditions POL, 183 pages, janvier 2026.

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard.

J’ai vraiment hésité à choisir ce roman, dans le choix proposé pour le club de lecture : Quoi une femme, thanatopractrice, qui s’occupe du corps de son père alcoolique, pour le rendre présentable le jour de sa mort, quelle horreur !

Et bien non cette lecture n’a pas été horrible du tout. Bien sûr elle m’a obligée à penser au traitement que l’on réserve aux corps morts dans notre société, mais cela m’a permis de réfléchir avec elle, à la façon dont on escamote les cadavres, pour passer au plus vite loin de la mort dans notre monde. Son enfance avec ce père déséquilibré, elle, elle dit fou, car elle n’a pas peur des mots , et surtout alcoolique est poignante. Elle raconte si bien, le drame de l’enfant qu’elle a été , elle a adoré ce père hors du commun qui était son « roi » et qui a entraîné sa famille dans des délires les plus amusants, jusqu’au jour elle n’a plus ri du tout. Alors elle l’a haï aussi fort q’lle l’avait adoré. Elle raconte bien aussi la déchéance physique, morale, psychologique du grand alcoolique. Et tout cela en lui accordant les derniers gestes d’amour et de respect, qu’une thanatopractrice fait aux corps pour le moment final des obsèques. Il sera présentable aux regards des autres, dans sa mort, lui qui ne l’était plus dans la vie.

C’est vraiment un très beau roman et j’espère que l’auteure qui a eu un père alcoolique a pu grâce à ce récit s’éloigner de tous les malheurs de sa vie. Elle a eu besoin pour cela d’utiliser une langue précise qui fait mal, mais qui vise juste aussi. Peut-être que vous penserez : encore un livre pour se guérir, c’est vrai et c’est aussi ma réserve mais elle le fait bien et c’est aussi un beau texte sur la mort.

Extraits

Début.

 La salle de thanatopraxie, ma table de travail en métal, une housse mortuaire sur un brancard, un corps. Je me demande ce que je fous là, alors que j’ai bataillé pendant des mois pour convaincre ma famille et mes collègues, que c’était à moi d’embaumer mon père. Il fait plus froid que d’habitude. 
Tu es mort cette nuit., tu n’es pas décédé. Je tiens au mot et à leur sens. Le goût de la nuance est une chose tant oubliée et avec elle s’en va l’effort pour toucher du doigt une intouchable sensation. Alors, je prends soin des mots comme je prends soin des morts. J’y trouve un lien, les mots n’étant que des lettres mortes qu’on aligne pour en faire une langue vivante, destinée à ressusciter une émotion, une pensée qui s’affole, un éclair de vérité absolue, mais que nous ne pourrons jamais saisir. Mort ou décédé ne veulent pas dire la même chose. Mort vient de « mor », mourir, décédé de « decedere » sortir de la vie. Tu es mort, mais tu n’es pas sorti de la vie. Tu es encore dans la mienne et dans celle de tous ceux qui pensent et penseront à toi, ou qui n’y penseront jamais, mais auront reçu quelques cadeaux ou fardeaux en héritage. Tu passes de la vie à la mort comme on passe un flambeau au prochain.

Soins pour son père alcoolique.

 Je vais te déshabiller entièrement pour te désinfecter et accéder au parti de ton buste que j’inciserai plus tard. Depuis quand n’ai-je pas vu ton corps nu ? Six ans environ, quand, à l’hôpital, tu m’avais hurlé dessus après un malaise pour que je te tienne le sexe afin de pisser dans une bassine.

Les paroles qui tuent.

 Seuls les mots se sont permis d’être meurtriers et j’ai dégainé un « Si tu veux crever, alors fous-toi par la fenêtre, qu’on en finisse. Tu soulageras tout le monde ». Tu m’as renvoyée à la honte de mes paroles et j’ai eu honte, profondément honte. Pas d’avoir voulu te finir, mais de l’avoir exprimé pour la première fois à voix haute, alors que tu étais mourant et que nous le savions tous les deux.

Mort et morbide .

 Je suis encore vivante et l’on peut travailler avec des morts sans être morbide. Un autre mot que les gens utilisent à mon encontre, sans en connaître le sens. Leur ignorance m’attriste et m’inquiète. Être morbide, c’est dîner devant le JT de TF1 avec ses enfants en regardant les enfants des autres, dénutris et déchiquetés à Gaza. Nous avons déréalisé la mort comme nous déréalisons tout le reste. Mon métier est, je crois, un acte de résistance à l’heure où les choses disparaissent. On vous annonce un décès, c’est un fait. Il est irréfutable. Il suscite l’inquiétude, la surprise, de l’angoisse, mais ce n’est ni tenable, ni tangible. Se recueillir, toucher le mort est un espace de repos, la possibilité d’acter, de se souvenir, et de réaliser l’impensable.

Un père destructeur d’une adolescente.

J’ai tout accepté depuis longtemps sauf une chose. Ton incapacité à voir que tu étais le danger. À t’entendre, je ne savais pas choisir mes amis et je finirai pute. Pour me garder sous ta coupe, tu m’as appris à avoir peur des autres et me sentir humiliée de mon désir pour eux. Tu avais peur de quoi ? Que je parle ? Je ne crois même pas, car pour cela, il aurait fallu que tu voies et admettes qu’il y avait un problème. Pour toi, tout allait bien et nous n’étions que des chieuses. Peut-être que ta crainte était simplement que je ne sois plus la tienne, de pute. Pas celle que tu aurais baisée, mais celle que tu considérais comme un objet qui t’appartient. Entre nous, si tu m’as payé de la bouffe et un toit, je crois avoir payé plus cher que toi. La pute, ça aurait dû être toi. Tu aurais gagné au change. Car, à la place du mépris, je t’aurais admiré comme ces femmes qui offrent peut-être leur cul, mais surtout une tendresse que la plupart des hommes n’auront jamais pour personne.

L’alcool et la personnalité.

 Longtemps, j’ai cru que seul l’alcool avait pris ta gentillesse, ta conscience, ta logique. Maintenant, je doute qu’il t’ait tout volé. Tu as été violent et tu n’as pas été violent parce que tu buvais. Tu as été aussi violent parce que je ne jouais plus. Tu as été sadique et tu n’as pas été sadique, parce que ton état de santé se dégradait. Tu as été aussi sadique, parce qu’à tes yeux, je l’étais tout autant de te mettre face à tes dénis. Tu n’avais pas la capacité de remettre ton point de vue en question, mais quand une meute commence à vous faire douter, il y a deux chemins. Le soin ou la radicalité. Et tu as pris les armes, les armes pour te protéger de l’assaut familiale.

Toujours ce père destructeur.

 On ne décide pas d’arrêter d’aimer. C’est la vraie cruauté du sentiment amoureux, de l’attachement de l’enfant à son parent. On peut faire appel à la raison et s’éloigner, se protéger, mais le langage du cœur ne se fait pas berner. Tu me maltraitais, tu m’humiliais, tu me dégoûtais, tu foutais en l’air une immense partie de ma vie et pourtant je t’aimais. Je continuais à t’aimer sincèrement. Je me suis détestée . D’être faible, à ta merci, de te considérer comme si important que je n’ai rien pu faire d’autre que de te ramener dans ma vie. J’étais consternée d’aimer un homme aussi laid, aussi grossier, aussi égoïste, aussi méchant. Je cherchais sans cesse une explication à mon comportement. Soit j’étais conne, soit j’étais perverse, soit j’étais folle. Dans tous les cas, je méritais tout le malheur qui m’accablait. Je devenais comme toi 

 

 

 


Éditions Points, 184 pages, février 2020

On peut tuer celui qui dit la vérité, mais pas la vérité elle-même..

Un énorme merci à Patrice d’avoir chroniqué ce roman. C’est vraiment un livre à lire et à faire lire. Je l’ai lu avant de l’offrir à ma fille scientifique et qui se bat pour que les élèves féminines ne renoncent pas aux études qui demandent un bon niveau de math. Pendant cette lecture, je pensais : quelle belle pièce de théâtre cela ferait, et dans les commentaires sur le blog où j’ai trouvé cette idée de lecture, je vois que Sacha parle de la pièce qui a été tirée de ce huis clos incroyable.

Ce roman est tiré d’une histoire vraie, Lise Meitner et Otto Hahn, ont travaillé sans relâche pendant trente ans pour comprendre la fusion nucléaire. Mais alors qu’ils sont sur le point de résoudre ce bon en avant prodigieux, Lise Meitner est obligée de fuir l’Allemagne nazie, car elle est juive et nous sommes en 1938. Elle se réfugie en Suède . En 1946 le prix Nobel est attribué à Otto Hahn pour cette incroyable découverte. Dans son journal, il a noté , avant l’attribution du prix :  » conversation désagréable aves Lise ».
Depuis on sait que, cette découverte à la quelle il doit son prix Nobel aurait dû être attribuée à Lise Meitner.
L’auteur imagine donc cette conversation « désagréable » et c’est tout simplement génial. C’est passionnant sur le plan historique, scientifique et humain.

Tout était là pour faire de cette conversation un drame parfait, mais il faut le talent d’un écrivain dramaturge pour savoir doser les effets et les révélations au fur et à mesure que les deux protagonistes s’affrontent. J’ai adoré ce petit livre et je ne l’oublierai pas, j’en suis certaine.

Extraits

 

Début.

 » Nul ne sait ce que nous réserve le passé. »
 Cette phrase, Hahn l’a en tête depuis qu’il est éveillé. Il ne saurait dire pourquoi. Elle est venue, d’un coup, alors qu’il ouvrait les yeux. Les mots ont semblé danser un instant face à lui, puis on envahit son cerveau. Impossible de se rendormir. Depuis, Hahn est à la fenêtre – qu’il a ouverte.

L’harmonie dans la recherche comme en musique.

 Ensemble, ils faisaient des merveilles, comme au sein de leur laboratoire. Hahn répétait ses expériences cent fois, mille fois, notait tout, scrupuleusement, infatigablement. Il ne laissait rien au hasard, puis répétait et répétait encore. Voila comment la fission a été découverte. La fusion de l’uranium 235. Personne d’autre que lui n’aurait pu l’observer. Llise, indéniablement, était l’intellectuelle, la créative. Elle amenait cette obstination nécessaire à toute expérience. . S’il n’y avait pas d’explication, elle en trouvait une. Et Hahn recommençait jusqu’à ce que tout fonctionne. 

Juive dans l’Allemagne Nazie.

 C’est surtout sa voix qu’il a gardé en mémoire. Cette voix, légèrement grave et posée. En trente années, Hahn n’a jamais vu Lise s’énerver. Ou une fois, peut-être, lorsque Kurt Hess, un chimiste de second plan au KWI, l’a dénoncée ouvertement au conseil d’administration. « La juive menace notre institut ». Lise ne pouvait pas comprendre. En quoi sa religion faisait d’elle subitement une mauvaise physicienne ?

Parcours d’une femme scientifique au 20•siècle.

 Pendant trente ans, à Berlin -je me suis battue, à tes côtés, il est vrai – pour exister en tant que femme et physicienne. Moi, qui n’étais rien, qui n’avait même pas le droit d’entrer par la porte principale, qui devais aller aux toilettes dans un restaurant à plus de cinq cents mètres, je suis devenu assistante, puis professeur, pour finalement diriger le département de physique du KWI. Et en une nuit, le 12 juillet 1938, j’ai tout perdu. J’ai fui. J’ai sauvé ma vie. Je suis repartie de zéro. Ici, à Stockholm, il a fallu à nouveau que je me batte – seule cette fois – pour exister. Pour que la physique nucléaire existe. Et je te laisse imaginer combien le suédois est une langue difficile à apprendre. Horriblement difficile. Je me suis souvent dit que toute la confiance que j’avais emmagasinée avec toi, je l’avais laissé à Berlin.

 

Éditions Charleston, 330 pages, mars 2024

C’est Géraldine qui m’a tentée, je n’avais pas encore entendu parler de cette autrice qui connaît pourtant un grand succès en particulier sur Babelio. J’ai très bien compris pourquoi à travers ce titre. Elle a choisi dans ce roman de cerner au plus près les violences conjugales. Gabriel et Abigaëlle ont été élevé par un père violent qui frappe régulièrement sa femme dès qu’il est envahi par des colères qu’il ne peut pas contrôler. La petite Abigaëlle se confie à ses cahiers et parle avec un psy, mais hélas pour cette pauvre famille, elle respecte la loi du silence que son père a imposé à toute la famille, alors grâce à son esprit d’enfant elle invente de belles histoires puisées dans ses lectures.

Aujourd’hui Gabriel est adulte, Abigaëlle recluse dans un couvent. Quand Gabriel rencontre Zoé, on se demande s’il saura construire un amour solide pour sa propre famille. Et puis il y a Aline la sœur de Zoé, dont la famille semble trop parfaite.

Le roman est construit de telle façon que je ne peux pas aller plus loin dans la présentation des personnages sans prendre le risque de supprimer les effets de surprises qui font aussi le charme de ce récit.

Je pense que ce roman est tout à fait accessible pour les adolescents et cela leur permettra peut être d’éviter les pièges dans lesquels les femmes s’enferment trop souvent en pensant que leur compagnon qui les frappent est surtout un homme malheureux et qu’elles peuvent l’aider, alors qu’ils sont avant tout, et surtout, des hommes violents et très dangereux, et que leur vie et celle de leurs enfants est en jeu.

Je recommande ce roman facile à lire dont le sujet est si important et dont l’ écriture est agréable .

Extraits

 

Début .

 GABRIEL N’EST PAS CELUI QUE VOUS CROYEZ. Je suis bien placée pour le savoir, je suis sa petite-sœur et le lien de sang qui nous unissait enfants ne s’est malheureusement jamais distendu. Ce n’est pas faute, pourtant, d’avoir tout fait pour l’éloigner de moi. Aujourd’hui encore, et bien qu’il ait quarante ans passés, il ne peut s’empêcher de me rendre visite au couvent deux samedis par mois. Il me raconte sa vie dans les moindres détails, sans jamais s’enquérir de la mienne. Je suis la seule à qui il montre son vrai visage.

La réussite.

 Aline notait dans son journal intime « Hello Kitty » qu’elle se marirait au plus tard à vingt huit ans, qu’elle épouserait un professeur d’université ou un avocat, qu’elle aurait quatre enfants qu’elle habillerait chez Cyrillus et aurait, une carrière brillante et une maison avec une véranda, dans la banlieue lyonnaise. Elle rêvait d’avoir une véranda quand elle serait grande comme d’autres rêvent de devenir Beyoncé ou Barack Obama.
Je tiens à préciser qu.elle n’était pas bêtement matérialiste. Il se trouve que sa meilleure amie à l’école primaire vivait dans un studio, seule avec sa mère, aide-soignante à mi-temps en Ehpad. Aline avait pu constater très jeune que si l’argent ne faisait pas le bonheur, la pauvreté n’aidait pas vraiment non plus.

La langue de l’enfant.

Profession de mes parents : Maman est une fée. Même papa le dit. C’est la fée néante. Avant elle était aide-soignante, mais elle a arrêté pour devenir fée après ma naissance. Parce que de toute façon elle gagnait pas un rond et papa pouvait pas prendre risque qu’elle en profite pour faire la pute, avec les médecins de garde. On la lui fait pas, à papa. Maintenant, Maman a beaucoup de chance parce qu’elle a plus besoin de travailler. Elle se repose tout le temps et s’occupe de nous et de la maison. Elle fait le ménage et la cuisine en écoutant toujours la même chanson. 

Son père.

En tout cas, Papa, il a un vrai travail, lui. Il se repose pas toute la journée comme maman à faire le ménage, la cuisine et le linge. Sur l’affiche de début d’année, pour son travail, il m’a dit d’écrire « cadre ». Comme pour un tableau au musée. Ça m’a fait rire toute seule devant ma table et mes amis m’ont insultée de bizarroïde. Je ne sais pas exactement ce que ça veut dire « cadre » et je m’en fiche un peu. Papa a aussi un collègue qui s’appelle ce connard de Lemarchand, dans son bureau. J’aime pas ce connard de Lemarchand, parce qu’il fait toujours sa tafiole et alors ça m’est Papa de mauvaise humeur. Moi, je peux deviner si Papa est de bonne ou de mauvaise humeur quand il claque la portière de la voiture. Parce que j’aime pas quand Papa est une mauvaise humeur. Maman non plus., elle devient toute blanche.

La violence intra familiale.

Et pendant longtemps, moi aussi, j’ai aimé mon père, j’ai cru que c’était une personne bien. Parce que j’étais petite, parce que c’était le seul père que j’avais, parce que j’avais besoin de croire que cette personne avec qui je partageais tant de gènes et de moments de bonheur n’était pas un monstre qui détruisait notre famille. Aujourd’hui, je sais que maman se trompait quand elle pensait qu’elle restait pour nous protéger, pour nous préserver des conséquences d’une séparation. Même le pire des divorces ne nous aurait pas détruit comme l’enfance à laquelle Gabriel et moi avons eu droit. On ne sort jamais indemne de la violence. Il n’y a qu’à voir ce que mon frère et moi sommes devenus pour le comprendre..


Éditions Flammarion, 403 pages, octobre 2021

J’ai trouvé un auteur qui, pour moi, peut remplacer Fabrice Caro en cas de baisse de moral. Oui, je sais, ce n’est peut être pas de la grande littérature, mais l’humour et la bienveillance de cet auteur me font du bien. C’est le troisième sur Luocine et comme il m’a fait bien sourire je lui donne 4 coquillages sans hésiter. (Demain j’arrête , et plus récemment Complètement Cramé).

Ce roman suit les aventures d’Elynn une infirmière qui comprend qu’elle ne devrait pas s’enfermer dans des relations qui ne lui apportent pas le bonheur. L’auteur reprend un thème souvent abordé dans des livres qui cherchent à vous rendre heureux : suivez ce qui vous fait vraiment du bien, et ne vous enlisez pas dans des relations qui vous enferment dans une vie grise et morose.

Dis comme ça , vous comprenez facilement pourquoi je ne peux pas mettre 5 coquillages, et même vous vous demandez, peut-être, pourquoi j’ai eu autant de plaisir à le lire. C’est d’abord grâce à l’humour, l’auteur m’a fait rire plusieurs fois et cela devient difficile avec l’actualité qui m’angoisse de plus en plus, et deuxième point plusieurs personnages sont vraiment bien croqués. Il a le don de faire vivre des personnalités que l’on connaît trop bien, comme le médecin supérieur d’Elynn qui cherche à la rabaisser tout le temps : lui le médecin, elle la simple infirmière. Dans ce roman il y a aussi une femme d’un milieu très aisé et si elle permet à l’intrigue d’avancer j’ai moins été sensible à sa personnalité.

Elynn cherche donc l’amour, et décide de quitter Enzo le fou de jeux vidéo avec qui elle s’ennuie. Elle va retrouver Baptiste son amour d’enfance, on croit l’affaire bouclée, mais hélas pour elle un sérieux obstacle va s’opposer à leur amour, ne vous inquiétez pas c’est un roman positif il reste une dernière carte.

L’auteur dit à la fin du roman qu’il a fréquenté le milieu de l’hôpital pour écrire son roman et cela se sent : l’ambiance des urgences est vraiment bien rendue. Cela aussi explique mon plaisir de lecture. Bref si vous voulez un bol de bonne humeur n’hésitez pas dans la série des Gilles Legardinier celui-ci peut remplir cette fonction (malgré la couverture que je ne comprends pas).

Extraits

 

Début.

Il fait nuit, de plus en plus froid. Combien de temps vais-je encore tenir ? Je lutte de toutes mes forces, mais je suis proche de la rupture, à un cheveu de lâcher l’affaire. Désormais, j’envisage le renoncement comme une délivrance, et j’en imagine déjà tout le bénéfice : baisser les paupières en dépit de ce que je risque, sentir la paix intérieure m’envahir, enfin, alors que la vitesse augmente et que je perds le contrôle..

Le vélo et les feux de circulation.

 Les illuminations de Noël ne sont pas les seules à agrémenter les rues. Plus on s’aventure au cœur de la ville, plus les feux tricolores sont nombreux. Dans la fameuse base secrète, il doit exister un type spécialement chargé des feux qui passent au rouge, pile quand tu arrives dessus. Le mec est doué. Il m’aime beaucoup également, celui-là. Il fait si bien son boulot que le grand patron envisage de lui confier le service des baies vitrées qui ne se voient pas et contre lesquelles tu t’écrases sans aucune dignité. 
De croisement croisement, on progresse par étapes successives. On avance d’un rouge à l’autre, pour s’immobiliser à nouveau. Étant donné ce qui me passe par la tête durant ces miniposes forcées, je me Je me demande s’il est feux sont réellement là pour réguler le trafic ou pour remplir un autre insu, une mission bien plus importante. Nous obliger à réfléchir à nos vies par exemple. Des feux tricolores introspectifs, en quelque sorte. 

Sa relation avec Enzo.

 Je me suis bien sûr demandé pourquoi je restais avec lui. Notamment une fois, l’année dernière, un samedi soir, pendant une coupure de pub. Ça m’a vraiment perturbés. Puis la série a repris, et je me suis reconcentré sur Jennifer qui voulait se venger de Doug parce qu’il avait tué Forester et caché le corps sous l’abreuvoir. Les chevaux ont tout vu, mais ils ne parleront jamais. Souvent, ça nous arrange bien de penser à autre chose. 
Vous devez estimer que j’aurais dû rompre depuis longtemps. Ce soir, j’ai tendance à être d’accord avec vous. Forcément, quand ce n’est pas votre histoire, tout paraît plus limpide. On arrive à raisonner, à analyser cliniquement, à tirer des conclusions. Mais, lorsque vous êtes personnellement impliquée, ce n’est pas aussi simple.

L’hôpital .

 Ici, pour que vous alliez mieux, on est prêt à vous charcuter, vous bombardez au rayon X, vous faire boire des trucs infâmes, vous déguisez en pompe à essence, en vous plantant des tuyaux partout. Chez nous, un stylo-bille ne sert pas uniquement à écrire : en cas d’urgence absolue, on peut le planter dans la gorge en guise de trachéotomie. Je connais des chirurgiens qui, pour vous rendre service, sont capables de vous meuler une rotule ou de vous éviscérer. Pour votre bien, nous n’hésiterons pas à coller la peau de vos fesses sur votre tête, à vous visser des plaques, ou à recasser l’os qui serait soudée de travers. S’il le faut, nous nous ferons un plaisir de vous ouvrir, de retirer des morceaux de vous-mêmes, éventuellement de les remplacer, de bricoler un peu avant de vous recoudre, le tout en vous souhaitant longue vie et beaucoup de bonheur. Avouez que c’est spécial.

Rapports homme femme.

 Un malheur pour la gent féminine, les plus naïves d’entre nous évaluent les garçons en se fondant sur le prix qu’eux-mêmes se donnent. Autant dire qu’on est souvent dans la surévaluation voire dans l’escroquerie pur et simple. Elles sont prêtes à tomber amoureuses du porte-avions à propulsion nucléaire que leur vante la petite annonce, alors qu’elle risque fort de récupérer une trottinette à piles qui coulera à la première flaque.

Portrait très drôle.

 Une indéniable bonté naturelle, mais il ne faut surtout pas lui demander de réparer une centrale nucléaire. Si tu veux lui faire plaisir, garde-lui tes bouchons de bouteilles en plastique., elle les collectionne, certaine que si elle en accumule dix mille et qu’elles les envoient à la Maison Blanche, ils offriront une voiture à un handicapé.

Il me fait rire.

 La musique qui passe en fonds est idéal. J’ai d’abord cru qu’il s’agissait d’une playlist, avant de découvrir le petit orchestre, installé dans une des alcôves du grand salon. Les Maublaincourt sont donc prêts à n’importe quoi pour faire des économies sur les piles.

Leçon d’économie de sa tante Florence :

 » C’est peut-être moins élégant sur une carte de visite, mais tu as plus de chance de faire fortune en vendant du papier toilette que du caviar. Peu de gens mangent des œufs de poisson, alors que tout le monde a un trou de balle. »

OK c’est facile, mais ça me fait rire.

Je n’avais jamais remarqué que l’acronyme de Complexe Urbain de Loisirs se résume à « CUL » . Venir au CUL pour se bouger les fesses me semblent assez cohérent. 

 

 

 

 

Éditions Fleuve Noir, 386 pages, octobre 2012

 

Ce n’est pas l’intelligence qui fait la valeur d’un homme, c’est la façon dont il l’emploie.

 

J’ai parfois besoin de penser à des choses agréables et oublier les soucis du monde, et malheureusement dans les romans policiers les meurtres m’angoissent et je ne suis pas fan du suspens. J’avais tellement ri à « Demain j’arrête » que j’ai pris ce roman à la médiathèque, je suis à peu près sure de l’avoir déjà lu. J’ai beaucoup moins ri, mais c’est très sympa et surtout les gentils gagnent (comme dans la vie, non ?). Un entrepreneur britannique est dépressif, car sa femme est morte et il ne voit plus sa fille. Son meilleur ami, pour lui remonter le moral lui trouve une place de majordome dans une belle propriété en France. Il nomme comme directeur à sa place la secrétaire dont il a compris sa valeur alors que les jeunes loups qui sortent des écoles sont à son avis juste bons à délocaliser et licencier.

Dans le domaine , peu à peu, Andrew Black sous le truchement d’un majordome, va retrouver le goût de vie en aidant tous les gens qui vivent dans cette propriété. La cuisinière qui sous un caractère brutale cache un grand talent de chef et un grand cœur. L’homme à tout faire qui vit dans le parc et qui va se révéler un allié pour Andrew et il va s’ouvrir à l’amour. La petite femme de ménage qui après un grand chagrin d’amour surmontera ses difficultés. Et le grand projet d’Andrew : c’est de redonner le sens de la vie à Nathalie la propriétaire du domaine. Andrew va réparer toutes ces âmes brisées et la sienne aussi. Car Nathalie se faisait avoir par des escrocs et est en train de perdre toute sa fortune.

L’humour vient de l’opposition de la culture britannique et française .

C’est un bon roman et cela se lit facilement, une bonne distraction et ce que je lui ai demandé de me faire oublier que dans le vrai monde ce sont plutôt les méchants qui gagnent !

Extraits

Début.

 Il faisait nuit un peu froid. Au cœur de Londres, devant l’hôtel Savoy, sous la verrière, un homme d’un certain âge vêtu d’un smoking faisait les cent pas en consultant fébrilement son téléphone portable. L’organisateur de la soirée qui se déroulait dans le grand salon, sortit du hall et s’approcha, laissant échapper par la porte tambour le son des cuivres de l’orchestre qui jouait du Cole Porter.

Ça n’a pas dû bien fonctionner.

 « Venant du type qui a essayé de se déguiser en sa propre mère pour aller excuser son fils chez le proviseur, je m’attends au pire…. »

Des dialogues plein d’humour.

(Andrew doit apprendre les math à enfant rebelle à l’école )
– Je vais avoir plus de mal avec les maths…Je ne me vois pas remplacer « deux » par Pikachu et « multiplié » par Iron Man.
– Dommage, ce serait plus amusant. T’imagines ? Grominet divisé par Scoubidou et multiplié par la petite souris !
– En parlant de petites souris, ne mentionne même pas l’animal devant Odile, c’est la crise cardiaque assurée et tu te retrouveras banni comme aux pires heures.
– Juste pour un mot ? Mais comment faisait-elle quand elle perdait une dent ?
– Je ne vois pas le rapport.
– Quand tu etais jeunot, et que tu perdais une dent de lait chez toi, on ne la mettait pas sous l’oreiller pour que la petite souris la prenne et te laisse une pièce à la place ?
– Chez nous, c’est la fée des dents qui s’occupe de ça.
– C’est pourri.
– Pourquoi une fée ferait-elle moins bien qu’un rongeur ? Nous, on ne tient pas à ce que des vecteurs de maladies infectieuses rampent sous l’oreiller de nos enfants pendant qu’ils dorment.
– Parce que vous y croyez sérieusement, vous, à la petite fée qui volette comme une gourde la nuit pour ramasser les chicots ? Vous en avez déjà vu beaucoup, avec leurs petites ailes et leur sourire niais ? N’oubliez pas de lui laisser la fenêtre de la chambre ouverte, à votre fait des dentiers, sinon vous allez la retrouver éclatée sur le carreau.
– En attendant, ta petite souris a dû laisser des crottes, la peste ou le choléra sous l’oreiller d’Odile, parce qu’elle est en état de choc dès qu’elle envoie une.
Magnier prenait la discussion très au sérieux et Black ne pouvait pas s’empêcher d’en jouer. Le régisseur n’avait plus aucun recul sur ces propos.
– Parce que bien sûr, vos fées ne font jamais caca.
– Pas sous l’oreiller des enfants, ou alors de ceux qui sont très méchants.

 

 


Éditions Albin Michel, 199 pages, décembre 2025

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard

 

Cette autrice écrit vraiment très bien, son style est parfait, mais j’ai rarement ressenti un tel sentiment de « ras le bol ». Pourquoi choisir un personnage aussi peu intéressant qui n’a pas réussi sa carrière d’écrivain sur lequel la vie a glissé sans laissé de traces en dehors de ses personnages de romans ? Et puis, j’apprécie vraiment assez peu les romans où on parle des difficultés d’écriture. Pourtant Sylvie Germain le fait très bien et elle sait montrer combien l’écriture relie l’écrivain au monde et en même temps le coupe de ce même monde. Mais ce personnage n’a pas, comme elle, la chance de vendre ses livres, c’est donc l’abime dans lequel elle n’est pas tombée mais où elle fait sombrer Samuel, allias Tarn son nom d’écrivain qu’elle met en scène.

Si ce roman nous permet de bien comprendre les aléas de l’écriture, la vie lui échappe totalement, elle n’est présente que comme une suite de possibilités qui peuvent être autant de situations romanesques qui vont revenir en un cauchemar halluciné à la mort du personnage.

Pourquoi ai-je commencé par mon « ras le bol » ? Lorsque les auteurs créent des romans en mettant au centre des personnages sans ancrage dans la vie réelle et qui font de leur propre écriture le sujet même du récit, je trouve qu’ils « crachent dans la soupe ». Je suis certainement excessive et (un peu exprès) vulgaire pour une écrivaine dont le style est, à juste titre loué par tous les intellectuels, mais voilà, je ne serais pas aller jusqu’au bout de ma lecture si je ne devais pas en discuter au club de lecture.

Un livre de cette auteure sur Luocine que j’avais aimé « chanson des Mal-aimants » et un qui a été important pour moi que je n’ai pas chronique « l’encre du poulpe »

Extraits.

Début.

 Les signes de ponctuation de haute taille passent là-bas dans la brume, ils glissent en file indienne, ils ondulent dans le vent, parfois tremblent un peu. Certains par instants trébuchent ou s’immobilisent désorganisant la colonne qui vite se recompose autrement, la virgule se fait doubler par le point d’exclamation, et celui d’interrogation recule en fin de ligne. Ou bien ils changent d’aspect, l’un, qui était courbe se redresse, un autre qui était droit se penche en oblique avant. Il arrive que quelques-uns se mettent à courir.

La description du personnage.

 Il n’a plus aucune certitude sur les autres et sur lui-même, sur la vie et encore moins sur la mort, tout ce qui existe perd son poids d’évidence et de familiarité, et ce qui n’existe pas ou qui relève de l’inconnu, de l’improbable, se leste d’une possibilité d’être ; ainsi « l’hypothèse Dieu » rivalise avec « l’hypothèse néant » et leur opposition se résout parfois en une troisième hypothèse, celle d’un Vide radieux.

Finalité de l’écriture.

Les guerres, les catastrophes, les crises en tout genre…, c’est un flux continu, mais ce chaos a fini par prendre un relief plus rude, une sonorité aigre. Transcrire cela dans un roman t’a paru au-delà de tes capacités. Car ce n’est pas tant la désaffection du milieu de l’édition et du public à ton égard qui t’a découragé de continuer à écrire, ce n’est pas non plus la seule fatigue due à ton avancée en âge, qui peut en effet être éreintante. Non, même si cela a joué ce fut secondaire. C’est le chagrin qui t’a mis à l’arrêt. Un chagrin nu, stérile, devant le gâchis du monde. Le chagrin t’a rendu impuissant. Tu n’as pas trouvé d’histoire qui fasse le poids de fictions qui « dise » cela.

 

 

 


Éditions Stock, 283 pages, janvier 2026

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard.

 

Il paraît que nous mourrons deux fois : la première à l’instant où notre cœur s’arrête ; la seconde, et celle-ci de façon moins violente, mais définitive lorsque plus personne ne se souvient de nous.

J’avais beaucoup aimé « La Cache » de cet écrivain, il explorait son appartement parisien pour comprendre la vie de la famille de son père, marquée par le sort des juifs pendant la guerre 39/45. Je faisais remarquer qu’il y avait une absente dans ce récit sa mère. Dans ce roman , il fouille le passé de la famille de sa mère, et on comprend pourquoi elle était absente du premier livre, comme son père elle devait être dépressive et ses parents ont divorcé. Mais aujourd’hui l’auteur passe des vacances dans la maison de douanier de son grand père. Ernest est un personnage complètement falot qui en dehors d’une photo est totalement absent sinon par des procès de réclamations incessante car pendant la guerre sa maison a souffert des bombardements. Et lui aussi, est certainement neurasthénique.

Le reste de la famille est plus intéressante, en particulier deux sœurs institutrices, mais hélas la tuberculose a bien sévi et l’auteur le raconte avec beaucoup de précision. Et le titre du roman, c’est qu’à Barfleur la mer attaque sans cesse la côte et que la maison sera peut être menacée un jour. Il trouve dans cette maison des poèmes, il aurait aimé les attribuer à une de ses tantes, Madeleine qui a tant lutté contre la tuberculose. Cette quête l’entraîne à travers les écoles normales, les sanatoriums, les écoles primaires, le couple Freinet, la résistance …

Il y a vraiment quelques belles pages sur la mer et les paysages battus par le vent, mais je n’ai pas réussi à m’intéresser à ce roman. Mais, je le redis, cet auteur a vraiment un très beau style.

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Extraits

Début.

 Ils sont cinq, et ils me regardent. Ils flottent au milieu de la photo, dans un paysage nébuleux, évoquant une tonnelle ou une charmille. Une lumière venue dont ne sait où forment autour d’eux un halo trouble. Ils planent dans un au-delà luminescent. Je les ai toujours vus là, accrochés dans la première pièce en entrant au-dessus du secrétaire en acajou. Enfermés dans leur guérite rectangulaire, ils gardent les lieux. Je les retrouve à chaque séjour étonnamment présents, à la fois vifs et hiératiques, dégageant un envoûtant magnétisme, paraissant même rajeunir à mesure que je vieillis.

Comment en effet ? Et surtout, pourquoi ?

 Comment écrire la biographie de quelqu’un présent dans la mémoire de personne ? D’un employé subalterne dépourvu et, plus encore, privé d’histoire. D’un douanier qui n’a rien à déclarer ? D’un homme, pas seulement muré dans le silence, d’un homme sans mot, atteint d’une forme, d’aphasie ?

Passage sur la tuberculose.

 La tuberculose a déclaré la guerre à la population du Val de Saie. Une guerre qui rappelle la peste des siècles passés, une guerre totale, une guerre invisible dont personne n’ose dire le nom.
 Le mot fait trop peur. Il équivaut à un arrêt de mort. Il passe pour une tare héréditaire. Le médecin lui-même évite de le prononcer, il élude souvent avec l’accord tacite des familles. Il n’a pas de véritable remède à leur offrir autant, alors autant ménager leur réputation. Il se contente de leur donner des recettes de grand-mères, du repos, du calme, des fécules, quelques ventouses qui laissent de grandes taches violacées sur la peau, et de la carnine une mixture élaborée à partir de sang bovin, vendue sous la marque, Le Franc.
 On considère la phtisie comme une dégénérescence. La rançon du vice, la paresse, une plaie sociale à l’égale à l’égal de l’ivrognerie et de la civilisation sortie tout droit des taudis et des caniveaux. Ceux qui s’en vont des poumons sont marqués de la croix indélébile des lépreux. Un signe d’infamie frappe leur maison pendant des générations. Dans les écoles où les mairies, des affiches illustrées par un dessin de Caran d’Ache, appellent à combattre un péril national, des milliards de bacilles, aussi menaçants qu’une armée ennemie, éructés, vomis, portillons, éternués, mêlés à la poussière et à la crasse. Dans un bourg où tout le monde se connaît, et où tout finit par se savoir, mieux vaut diagnostiquer une bronchite ou une pneumonie..


Éditions J’ai lu, 313 pages, décembre 2025

J’ai vraiment hésité à attribué 4 coquillages à ce récit, car j’ai pas mal de réserves, mais pour la description de la lutte des femmes de Douarnenez, ce livre les mérite. Comme le titre l’indique, il y a aussi une histoire qui se passe dans un « lit clos » entre les deux protagonistes de cette grève que j’ai trouvée un peu (pas complètement cependant) réécrite avec des yeux d’une autrice du 21° siècle.

Deux femmes sont au cœur du roman, Rose qui vient du monde rural, très arriéré, monde dans lequel la religion domine tous les aspects du quotidien. Le roman commence par un drame, la mère de Rose meurt lors de l’accouchement d’un quatrième enfant. Rose sera toute sa vie emplie de haine pour celui qu’elle surnomme « l’assassin ». Ce pauvre bébé sera même victime de maltraitance de sa part, sans aller jusqu’à le tuer , elle souhaite ardemment sa mort. Comme le père a besoin d’argent, il l’envoie à l’usine pour mettre les sardines en boîtes. Et la voilà donc « Pen- Sardine » comme on nomme ces ouvrières.

La description du travail des ouvrières dans les usines m’a beaucoup intéressée, je savais cela mais cela fait du bien de le relire. Le travail des enfants de 12 ans alors que c’est interdit, nous sommes en 1924 , les heures qui ne dépendent que de l’arrivée des sardines et qui obligent les ouvrières à rester travailler la nuit sans être payées plus, le travail dans l’odeur de l’huile brûlante et de poisson. La contremaitre qui s’autorise à humilier et même à des coups de torchon lorsqu’elle trouve le travail mal fait.

Louise vient d’un milieu totalement différent, elle a été élevée dans un milieu républicain, a suivi son premier mari à Paris , mais est revenue travailler à l’usine à Douarnenez. Elle aura très vite un rôle important dans la prise de conscience de l’injustice de la condition ouvrière.

La grève est votée pour obtenir un meilleur salaire et la prise en compte des heures supplémentaires, Rose et Louise se retrouvent et la petite campagnarde confite en religion découvre grâce à Louise la liberté. Comme elles dorment dans le même lit clos, elles vont aussi s’aimer.

La deuxième partie voit leur destin se séparer, Louise rejetée par Rose qui veut une vie « normale » avec un mari, part à Paris se remettre de son chagrin d’amour. Cette partie du roman m’a aussi intéressée car l’auteure nous fait découvrir le milieu artistique parisien et la lutte des féministes pour le droit de vote. Louise fera finalement une carrière de chanteuse. Tandis que Rose s’enferme dans sa vie de femme mariée à un pêcheur. J’ai eu beaucoup de mal à supporter le caractère de Rose, elle rumine son hostilité contre sa belle mère chez qui elle vit au début de son mariage, cherche à tout prix à tomber enceinte le sera d’ailleurs d’un autre homme que son mari, et surtout la haine de son petit frère qui continue à l’animer est vraiment insupportable.

Comment comprendre Rose après l’ardeur qu’elle a mise pour la grève des sardinières, je ne comprends pas pourquoi l’auteure a voulu en faire une femme étroite d’esprit et de sentiments. Je sais que pour faire un roman avec des faits historiques, il faut créer des personnages qui vont donner vie à l’histoire, mais je regrette que l’auteure ait donné la grandeur d’âme à la parisienne et l’étroitesse d’esprit, l’aigreur, la méchanceté à la bretonne.

Pour la grève et la condition ouvrière, et aussi pour le milieu artistique parisien des années 20, je suis très contente d’avoir lu ce roman. En 2016 j’avais lu un autre roman de cette auteure, et je terminais en disant qu’il ne s’oubliait pas : erreur je l’avais complètement oublié : « le cercle des femmes »

Et voici les chants qui ont été chantés lors de la cérémonie qui a réuni toute la ville de Douarnenez pour le centenaire de la lutte des sardinières.

 

Extraits.

 

Début.

 Le cri avait déchiré les entrailles de la mère, roulé jusqu’à la gorge avant que sa voix, d’ordinaire haute et claire ne l’expulse comme un crachat long épais douloureux. Cela venait de loin du fond de la terre, d’un écartèlement violent, d’un séisme organique.

L’enfance de Rose 1924.

 Elle avait grandi dans le creux de la maison entre une mère aimante qu’elle ne parvenait toujours pas à pleurer un père étrange et deux petits frères turbulents. Elle avait été appliquée chez les sœurs y avait appris surtout les travaux ménagers et la petite couture, mais pas le français, son père ne disait-il pas que le français ne servait à rien d’autre qu’à comprendre les ordres des parisiennes quand il fallait vider leur pots de chambre..

Les conserveries

 Depuis que la conserve avait à la fin du siècle précédent, levé un vent de folie industriel sur Douarnenez, la ville attirait à elle tous les miséreux des campagnes alentour. La population avec quintuplé en quelques décennies une vingtaine d’usines y donnait du travail à trois mille ouvrières et cinq cent équipages. On s’entassait dans d’étroites maisons ramassées derrière des portes basses aux linteaux de granit ocre, des maisons emboîtées les unes dans les autres dans les venelles du quartier du Rosemeur. On vivait à cinq ou six dans une pièce unique de vingt mètre carrés. Mais on préférait cette promiscuité dans les quartiers surpeuplés du port, avec ces cafés bruyants et ses fêtes insensées, plutôt que d’avoir à grimper les rues raides de la ville au rythme des marées.

Tenue de plage et politique.

 L’ancien maire avait eu l’obligeance de prendre un arrêté interdisant l’accès à la plage à tous ceux qui ne portaient pas le costume de bain. L’aimable édile avait ainsi repoussé sur les bords de mer plus populeux ouvrières et marins qui s’obstinaient à se baigner en blouse et caleçon. 
Cette mesure de salut public avait été prise par un maire compréhensif quoique radical avant que la ville ne soit ravie par ce Velly , un communiste aux idées révoltées que le préfet fort heureusement avait démis de ses fonctions pour avoir osé baptiser une rue du nom de la communarde, Louise Michel.

Le travail à la conserverie.

  Ici, c’est l’esclavage. La loi de 8 heures ? Tu parles. Votée, oui, par ces messieurs de Paris, qui n’ont jamais pris le règlement d’application. L’interdiction du travail de nuit ? Le patron s’assoit dessus, quand la pêche arrive tard, il faut continuer la friture, parfois jusqu’à 1heure ou 2 heures du matin. Et crois-tu qu’on soit mieux payé, rêve ma fille qu’on puisse récupérer nos heures ? pas mieux. C’est parfois trois jours de suite qu’on travaille au-delà de minuit sans aucune compensation. Et tout ça, pour 80 sous de l’heure, ces pieuvres nous sucent la vie. Ah , je te jure, les curés ont pas besoin d’inventer l’enfer pour après la mort. L’enfer, c’est tout de suite qu’on le vit.

Scène tellement plausible.

(Le Flandez est la maire)
 À la sortie, saisie par le froid, la troupe reprit le chemin du métropolitain et Le Flandez, encouragée par une légère ivresse, enlaça Louise par la taille. Elle se dégagea vivement, mais Le Flandez, y voyant sans doute une minauderie de chatte lui cola une claque virile sur les fesses. À laquelle Louise répondit aussi sec par une claque vibrante sur la figure du maire déchu. Frottant sa joue autant pour la douleur que pour l’humiliation que la gifle lui avait infligée, Le Flandez jeta un regard furieux à Louise en se promettant intérieurement de lui faire payer un jour cet affront.

Les cheveux courts 1925

 Je repense à cette histoire de garçon. Femme dépravées ou pas les cheveux courts se sont répandus dans Paris à la vitesse d’une grippe. Si j’y ai même songé pour moi couper mes boucles noires, dégager la nuque, ce serait comme en finir avec l’attente, rompre avec le passé, affirmer mon indépendance. À Douarnenez, je le sais bien, ce serait un scandale inimaginable, mais ici, tout semble possible, je le comprends à présent Paris est mon laissez-passer pour la liberté.

Droit de vote (Marthe Bray)

 C’est Marthe Bray, visage rond de lune, bon sourire, carrure solide.
– Refusez le droit de vote aux femmes, c’est s’obstiner à marcher de l’avant à reculons ! assène-t-elle.
Face à son auditoire, Marthe s’anime pour présenter son projet de création prochaine d’une ligue pour le vote des femmes. Elle plaide pour le pacifisme, milite pour l’enseignement des valeurs citoyennes aux filles, sans renier pour autant leur devoir premier la maternité. Dans la salle on approuve, on opine, on applaudit.

 


Éditions Gallimard nrf, 77 pages, décembre 2025.

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard.

77 pages pour une vie entière, c’est très court, et c’est beaucoup quand on a si peu de temps (à peine une nuit) pour la raconter et l’écrire. Une jeune fille, Claire, attend, pendant la guerre 39/45, son chef de réseau qui vient la rejoindre pour lui faire taper des textes. Ce qu’il ne sait pas, c’est qu’elle est éperdument amoureuse de lui. Alors au lieu de partir sans l’attendre, car telle est la consigne en cas de retard, elle l’attend et en l’attendant elle écrit le roman de sa vie avec lui.

Ce très court roman, permet de comprendre le drame que représente les vies trop courtes qui n’ont pas eu le temps de se réaliser, et le courage qu’il faut aux jeunes pour se sacrifier pour que d’autres vivent leur vie tranquillement. Les drames de la guerre sont rapidement évoqués et on sent bien les tragédies sous-tendues par des instants à peine évoqués.

Ce roman se lit très facilement et sans doute ne s’oublie pas aussi vite, mais c’est quand même trop court pour un grand plaisir de lecture et pourtant j’ai été très sensible aux moments plein de charmes d’une vie possible évoquée par la jeune fille. Cet auteur qui écrit de si long romans pour la jeunesse (excellents par ailleurs), s’adresse aux adultes dans un format très réduit (minimum) , je me suis demandé pourquoi, sans trouver de réponse.

Extraits

Début.

 Nos draps suspendus aux fenêtres les matins d’été. L’air chaud ne bouge presque pas. Je me suis éloignée dans l’herbe en chemise de nuit. Je regarde la maison depuis les arbres. Je le cherche autour de moi. Je crie son nom pour le plaisir. Il est peut-être allé se baigner.

Elle attend.

Je veux être vieille. Ralentir devant les miroirs. 

Le danger de la clandestinité.

 Il va apparaître avec sa colère. La colère froide du patron. Je répondrai que je sais bien la règle. Ni avance ni retard. Ne jamais attendre plus de trente minutes. Disparaître sans laisser de trace. Mais ce coup sur la porte, la joie pour moi de sa colère. Il dit : Vous serez notre perte. Je demanderai pardon. Mais vous êtes là, vous voyez que vous êtes venu. Écoutez-moi, j’avais quelque chose a vous dire. 
Alors, je murmurerai ma honte. L’amour. C’est la première fois que je dirais ce mot dans ma vie. Et je me reprends. Je lui jure aussi que je suis patriote.


Éditions Gallimard, 153 pages, avril 2023

L’auteur a lu et relu le livre de Nicolas Bouvier « L’usage du monde » et voulait en suivant son itiniraire refaire la partie du voyage de ce célèbre auteur suisse à travers l’Iran. Nous sommes en 2022 , au plus fort des manifestations « Femme, Vie, liberté » et c’est peu dire que tout le monde lui déconseille de faire ce voyage. Il reçoit même un appel du ministère des affaire étrangères, mais il était déjà dans l’avion. Il visite donc, Théhéran, Qom, Kachan, Ispahan, Chiraz … il y reste en tout quarante jours, et finalement il est arrêté par les gardiens de la révolution, mais il évitera la prison et reviendra sain et sauf. Il décrit un pays « usé » par un système politique que (dit-il) 87 % des Iraniens ne supportent plus.

J’avoue que j’ai lu ce récit en réfrénant mon agacement, voire ma colère, il s’en est fallu de si peu qu’il finisse comme otage de ce régime, et que le gouvernement français soit obligé de dépenser une énergie incroyable pour le tirer d’affaire (et beaucoup d’argent). Si bien que ses différentes annotations touristiques, m’ont laissée de marbre, le seul intérêt ce sont les rencontres qu’il peut faire et l’impression qu’il a que ce régime est à bout de souffle. Mais six ans plus tard le régime est toujours là et vient d’assassiner 30 000 personnes qui eux non plus n’en pouvaient plus de ce régime. Les différents voyageurs sont intéressants sans plus, j’ai bien aimé celui qui collectionne dans toutes les langues « le petit prince ».

Je crois que je ne peux que vous conseiller le livre de Nicolas Bouvier, et laisser passer ce récit, écrit dans une langue souvent relâchée.

Extraits.

Début

 Monsieur Désérable ?

 Je n’ai pas pour habitude de filtrer les appels des numéros inconnus. Il y a dans l’inconnu une part de mystère qui demande à être élucidée. Même si le plus souvent le mystère est un démarcheur téléphonique ou un emmerdeur dans le genre, quand sur l’écran de mon téléphone s’affiche un numéro inconnu, je décroche.

Guérir d’un chagrin d’amour.

 À mesure que Marek pédalait son chagrin s’estompait : on a moins mal au cœur quand on a mal aux jambes.

La peur.

 Depuis quarante-trois ans et même bien davantage, la peur était pour le peuple iranien, une compagne de chaque instant, la moitié fidèle d’une vie. Les Iraniens vivaient avec dans la bouche le goût sablonneux de la peur. Seulement, depuis la mort de Masha Amini, la peur était mise en sourdine, elle s’effaçait au profit du courage. Courage de faire la guerre un régime qu’ils vomissaient.

Humour.

Je passais une partie de la nuit à lire dans la salle commune de l’auberge, où deux Polonais se lamentaient auprès du réceptionniste : ils avaient pour habitude de petit-déjeuner d’une omelette, or toutes les épiceries dans un rayon de cinq kilomètres étaient closes. On ne dira jamais assez les victimes collatérales que font les révolutions.

Accommodement avec la morale religieuse.

 Il ne buvait pas, ne fumait pas, mais il baisait. Qu’est-ce qu’il baisait. E t il n’était pas mécontent de vous en faire la confidence.
– Attends une minute, lui dis-je, c’est pas contraire au principe de l’islam ?
 Pas du tout, ce récria Aluk. Je fais toujours un « sigheh ». 
Le « .sigheh » : un mariage temporaire avec une date de péremption, une heure, doyze heures, dix ans. L’idée, c’est d’encadrer les relations sexuelles en dehors du mariage traditionnel. L’avantage c’est qu’au regard de la loi vous pouvez baiser tout en restant dans les clous. L’ennui, c’est qu’il faut pour contracter un « sigheh », solliciter un rendez-vous avec un mollah. Ce qui veut dire se chausser, se rendre à la mosquée, se déchausser, demander l’autorisation d’un barbu à turban, se rechausser… Moi, j’en connais à qui l’envie passe rien qu’en ouvrant l’emballage d’une capote. Alors là. Du reste cette formalité contraignante, Aluk s’affranchissait volontiers. À quoi bon obtenir la sentiment d’un molka puisque lui-même en était un. Chaque fois qu’il était pris d’une envie de baiser, il se donnait solennellement l’autorisation de le faire. Merveilleuse souplesse de la morale chiite.

Vérité et Cliché.

 Son sauveur lui tend une gourde et Roman revoit du tout au tout la définition qu’il se faisait du luxe. Il y a des gens pour qui déguster un champagne millésimé blanc de blanc dans une coupe en cristal sous la tonnelle du jardin à l’anglaise d’un grand hôtel est le paroxysme du luxe. Pourquoi pas. Mais au milieu du désert, la gourde qu’on lui tend lui semblait un trésor plus inestimable que tout le pognon planqué dans les banques de Genève.