
Éditions Gallmeister, 321 pages, janvier 2023
Traduit de l’anglais (Canada) par Juliane Nivelt.
Il est plus dur de perdre ceux qui ne vous ont jamais donné assez que ceux qui vous ont tout offert.
Merci Cathy de m’avoir prêté ce roman, j’ai tout simplement adoré. Ce roman va peu à peu dévoiler la vie et la personnalité d’Astra, une enfant qui est née dans une communauté écologique : la ferme Célestial. Son père, Raymond, n’a jamais voulu avoir d’enfant, Gloria, sa mère meurt en couche. Raymond va laisser grandir Astra au milieu de la communauté en peine nature. Pauvre petite gamine, sauvageonne qui a failli mourir dans la gueule d’un puma. Raymond avait conçu cette ferme utopique avec Doris, qui lui demande plusieurs fois de lui confier Astra afin de lui donner une éducation à peu près normale à Vancouver. De personnage en personnage qui ont côtoyé Astra, on la voit grandir, se tromper dans ses amours, ses amitiés, et puis un jour elle a un bébé et elle devient mère à l’opposé de l’abandon qu’elle a connu.
Un objet va la suivre tout au long de sa vie : un dé métallique décaédrique qu’elle utilise souvent pour prendre une décision. Le roman est séparé en chapitres, suivant les personnages, son père Raymond qui ne veut pas de ce bébé , Kimmy,la fille de la voisine qui a une vie tellement normale (Astra est alors enfant et essaie de kidnapper la petite sœur de Kimmy), Clodagh qui habitait dans la ferme et a deux enfants, elle connaît des galères sans fin, mais ce sent concernée par Astra et lui apportera un peu de stabilité pendant son adolescence, Brendon une des erreurs d’Astra lorsqu’elle travaille dans un centre commercial, Sativa la fille de Clodagh qui est jalouse d’Astra et lui vole son fameux dé, Doris la planche de salut d’Astra qui les hébergera elle et son fils Hugo, Lauren qui va essayer d’aider Astra et son fils mais deviendra visite jalouse d’elle et la chassera, Nick le mari d’Astra qui veut la sauver de son enfance et qui l’amènera à consulter une psychologue, Dom (enfin Freedom) le fils de Clodagh et le père de Hugo, enfin Hugo puis Astra qui est revenu dans la ferme et s’occupe de son père.
J’ai noté tout cela me souvenir moi-même des différentes facettes qui éclairent la personnalité d’Astra. Ce que je trouve incroyable, c’est la fin : Astra revient vers son père et l’accompagne dans sa fin de vie. Pour moi, ce Raymond est une véritable ordure, il ne voulait pas d’enfant et cela je peux le comprendre, mais sa femme meurt en couche, et pour moi il aurait dû alors trouver une solution pour que cette petite fille soit aimée, et il avait des solutions, Doris le lui propose plusieurs fois. Ses théories fumeuses comme quoi la nature peut subvenir à tout, et qu’il a réussi à rendre Astra libre de toute attache, tout cela c’est de la foutaise ! enfin pour moi. Ensuite, toutes les rencontres d’Astra la blesseront plus souvent qu’elles ne la construiront. Elle a été une mère abusive qui ne pouvait pas laisser son fils la moindre liberté , mais cela vaut mieux que d’être abandonné. En tout cas, son fils construit une famille aimante et Astra a la joie d’avoir une petite fille.
Le roman se termine, on dirait qu’à la troisième génération les blessures de l’enfance peuvent guérir, mais que de souffrances ! L’auteure ne juge jamais, elle s’efface devant les différents protagonistes qui ont détruit ou construit Astra. Une construction très intéressante qui permet de comprendre au mieux une personnalité.
Lorsque j’ai lu la dernière ligne de ce roman, je me suis surprise à penser : bonne chance Astra, que ton fils et ta petite fille connaissent tout ton courage pour survivre finalement et donne leur le goût de la vie et de la tolérance.
Extraits.
Début.
Raymond Brine ne veut pas penser au bébé à venir. Il ne veut pas y penser, ni à Gloria, ni à son rôle dans tout cela. Il ne veut pas penser à une créature si faible et geignarde. Ni à son cordon ombilical, ni à son premier cri ni à sa peau délicate de nouveau-né. Il ne veut pas penser au lien du sang, ni à la filiation, ni à la tendance irrépressible de l’humanité à surpeupler cette planète exsangue. Raymond veut travailler.
La mère de Kimmy.
Comme si Kimmy risquait d’oublier, ses sept frères et sœurs mort-nés. Des pleurs de sa mère, chaque fois qu’elle en perdait un. La manière qu’elle avait de rester dans la pénombre. Le tremblement de ses mains. Les heures qu’elle passait sur le canapé tandis que la vaisselle s’empilait dans l’évier, sa manière d’expliquer, les yeux humides, qu’elle était « juste un peu triste », alors qu’à l’évidence, elle était beaucoup plus que « juste un peu triste ».Après la naissance de Kimmy, sept années se sont écoulées avant l’arrivée de la petite Stacy, en bonne santé et parfaitement formé. C’est à cette époque que les règles se sont multipliées, sanglant Kimmy comme une ceinture trop serrée. . Désormais au lieu d’être heureuse, sa mère a peur de tout. Elle a peur que Stacy se casse un os, face une crise d’urticaire, ou s’étouffe pendant son sommeil. Si elle n’est pas occupée à réduire en purée les petits pois ou les abricots dans la cuisine, elle frotte toutes les surfaces de la maison avec du détergent et refuse de sortir au cas où un inconnu, bourré de microbes, essaierait de toucher les joues de Stacy avec ses mains crasseuse Elle semblait croire que son unique mission consiste à maintenir Stacy en vie, quitte à en oublier le reste. Quitte à en oublier Kimmy.
Triste bilan.
Astra avait vingt cinq ans, et sa situation ne valait pas mieux que celle de sa mère si celle-ci avait survécu. Tout comme Gloria, Astra n’était pas prête à devenir mère. Tout comme Gloria, Astra était loin de sa famille et ne bénéficiait d’aucun vrai soutien. Auquel cas, n’avaient-ils pas échoué ? Célestial ? Le féminisme. ? C’était presque la fin du siècle, pourtant les femmes continuaient de souffrir, à la merci des hommes.
Des enfants sacrifiés.
Là-bas, Freefom évoqua les coups de sang de Dale, les innombrables déménagements, les lieux atroces ou sa mère et lui avaient vécu. Il raconta qu’un de ses premiers souvenirs figurait Clodagh en train de sangler les meubles sur le toit du van. Ce qui le surprenait plus encore que sa capacité à se confier à elle, c’était le fait qu’Astra le comprenne.– On est pareils parce qu’on vient du même endroit.– Quel endroit ?– Il n’est pas réel, c’est juste une idée. Un pays peuplé de rêveurs irresponsables et d’orphelins comme nous.














