Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard.

Un petit livre très agréable à lire et que toutes celles et tous ceux qui apprécient, ou, ont envie de découvrir Érik Satie, aimeront. Stephanie Kalfon ne vous expliquera pas pourquoi Satie avait chez lui, le jour de sa mort quatorze parapluies, tous noirs, mais vous racontera comment ce grand musicien a fini par mourir de faim et d’épuisement. Il marchait tous les jours d’Arcueil à Paris. Dans ce qui était une banlieue ouvrière pauvre, Érik Satie a trouvé une petite chambre où ses deux pianos ne laissaient la place qu’à un lit. C’est là qu’il a vécu et qu’il est mort après avoir quitté Montmartre.

Le style, et le rythme de la phrase épousent la musique de Satie et c’est très agréable à lire. Nous n’avons pas d’explication ni à sa misère ni à sa folie. Evidemment l’alcool y est pour beaucoup, l’absence de reconnaissance aussi. Pourtant, ses amis reconnaissaient son talent, mais rien ne pouvait visiblement effacer les paroles si dures et si terribles des professeurs du conservatoire. D’autres compositeurs sont passés par là sans pour autant douter de leur capacité à composer. Pour Satie tout était musique et imposer des règles pour en rendre compte, c’est freiner le génie musical. Il était sans doute trop sensible, trop orgueilleux, trop .. trop tout et aucun sens des contraintes. Il a vécu dans le dénuement le plus total alors que sans doute le succès était à sa porte. Il nous laisse sa musique qui a son image est peu structurée mais si belle par moments. Un génie certes mais insaisissable et si peu conventionnel.

Citations

Un mal de vivre

Où en sommes-nous chacun, de ce qui fait une vie ? Qu’a-t-on appris de tous les bruyants bavardages dont nous recouvrons nos malaise d’être là, vide et visible, mon Dieu tout se vide… À qui la donner pour ne plus l’affronter, cette perplexité d’être soi, être soi d’accord mais qui ? Il est impossible de se ressembler. Un matin, quelque chose se stabilise et une rue plus loin, on a changé de caractère ou de colère. Il n’y a pas de mots pour dire ces variations silencieuses. On s’éloigne, c’est tout. On ne se reconnaît plus, « simply like that ». Autour, tu es resté identique pourtant, sauf soi-même. On est perdu. Dépassé. Alors on attend, avec le visage intérieur de quelqu’un d’autre. Celui des mauvais jours et des incertitudes, souffle agressif, sans raison non sans raison, si ce n’est que vivre n’est plus tenable. Soudain, se tenir là dans le monde, c’est au-dessus de nos forces.

Le portrait de son ami qui lui ressemble en pire !

Contamine triste mine, ne parvenait plus à aller au bout des choses. En amitié comme en littérature, il collectionnait les débuts de phrases et les débuts de relations. Il n’osait jamais prendre le risque de travailler, se tromper où se soumettre au jugement d’un autre. C’était un peureux. En fait, derrière une apparente paresse, il avait un ego grand comme les Buttes-Chaumont. Il était fantaisiste, bourré d’idées, une vraie fourmilière son crâne. Mais rien ne se développait : une meilleure idée en chassait une bonne et puis voilà, end of the story. En parallèle de sa vie littéraires, il faisait des traductions exécrables d’auteurs qu’il execrait mais qui, eux, avaient publié. Contamine avait la naïveté de croire que le plus difficile et le plus noble se situait au commencement des choses : aborder quelqu’un, rebondir avec une idée nouvelle, lancer un nouveau parti politique, proposer un premier baiser. Il croyait réellement que le courage, c’était de se jeter à l’eau. Il découvrit qu’en vérité, le courage, c’est quand il faut tenir bon. Quand il faut continuer de nager. Il n’était ni coriace ni patient. Il était comme Éric, il lui fallait les honneurs et l’admiration immédiate, totale, l’effet quoi, le reste… C’était pour les dactylo.

Explication du titre : on a trouvé quatorze parapluie après la mort de Satie

Dès qu’il a un sou en poche, c’est pour acheter un parapluie :
un de Secours ( de couleur noire)
un « Just in case » (de couleur noire)
un Malheureux (de couleur noire)
 un plus Solide ( de couleur noire)
un qui s’Envole (de couleur noire)
 un Jetable (de couleur noire)
un très Digne (de couleur noire)
 un imperméable (de couleur noire)
un que l’on peut Casser (de couleur noire)
un qui nous Attend (de couleur noire)
 un très Intimidant (de couleur noire)
Un Alambiqué (de couleur noire)
un très Sportif qui défend bien ( de couleur noire)
et le dernier, gentil juste pour les Dimanches (de couleur noire).
Tous peuvent se porter été comme hiver. Ils sont pratiqués, indémodables, discrets et très patients. Absolument noir. Ils sont au nombre de quatorze, mais ils n’empêchent pas de se sentir seul. Ils permettent de se sentir abrités . Surtout quand il ne pleut pas.

Et ce qui est le plus important sa musique :


Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard.

Je suis ravie que le club de lecture ait renoué avec la tradition de proposer une BD à chaque séance et à propos du thème de l’aventure, celles-ci étaient particulièrement bien choisies. Quelle femme cette Alexandra ! Je suis certaine que toutes les participantes du club vont l’adorer, vont-elles accepter de surmonter leurs réticences à propos des B.D ? Celles-ci le mériteraient, les auteurs se sont inspirés du livre de souvenirs de sa dernière dame de compagnie Marie-Madeleine Peyronnet, pendant les dix dernières années de sa vie, Alexandra David-Neel a vécu en recluse dans sa villa nommée « Samten Dzong », à Digne.

Marie-Madeleine lui a servi de femme de chambre, de secrétaire, de dame de compagnie et de souffre douleur. Mais peu à peu des liens d’amitié se sont tissés entre les deux femmes, car Alexandra avait une personnalité hors du commun et généreuse à sa façon. Marie-Madeleine comprendra assez vite que, lorsque sa « patronne » est désagréable c’est qu’elle souffre le martyre, son corps la trahit et elle qui aimait tant marcher restera clouée dans son fauteuil pendant dix ans. Seules les visites d’amis souvent de prestigieux intellectuels arriveront à lui redonner du tonus. Cette femme qui s’est déguisée en Tibétaine pour aller à Lhassa capitale du Tibet interdite à tout étranger en passant par les montagnes de l’Himalaya , qui parle, lit et écrit un nombre de langues incroyables dont le tibétain, qui est considérée comme une spécialiste émérite de la religion boudhiste, est enfermée entre quatre murs . Mais elle a accumulé tant et tant de souvenirs que sa vie est encore très riche.

La B.D alterne sa vie au présent en monochrome avec Marie-Madeleine et ses souvenirs très colorés lorsque rien ne l’arrêtait pour comprendre cette civilisation qui l’attirait tant : le bouddhisme tibétain. Cette B.D m’a donné envie de relire cette auteure que j’ai lu il y a bien longtemps. Alexandra David.Neel donne du courage à toutes celles qui acceptent difficilement les limites imposées par les convenances, pour les femmes de son époque le chemin était tout tracé et ne passait pas toujours par l’Himalaya !

Toutes et tous nous pouvons faire de cette phrase notre devise

Marche comme ton cœur te mène et selon le regard de tes yeux



Roman que j’ai trouvé dans la blogosphère, je mettrai les liens si je retrouve qui m’a fait découvrir cette auteure. (Merci Kathel,  et Brize lui a attribué 4 parts de tarte ce qui est très rare). J’ai d’abord dévoré avec passion le début de ce roman puis je me suis lassée du procédé (romans par lettres) mais cela reste quand même un très bon moment de lecture. Anne Percin imagine la correspondance d’un personnage fictif : Hugo Boch qui suit Gauguin à Pont-Aven puis au Pouldu. Celui-ci héritier de la famille Villeroy et Boch, pense d’abord avoir des dons pour la peinture puis s’oriente vers la photographie cela m’a permis, d’ailleurs, de découvrir une bien étrange coutume les photos « post-mortem » . Au lieu de faire des portraits sur le lit de mort on remettait le défunt debout ou assis pour garder de lui une image plus vraie( ?).

Hugo correspond avec sa cousine Hazel personnage fictif lui aussi. Ces deux personnages nous permettent de découvrir à la fois le monde des arts à Paris et à Bruxelle et surtout cerner peu à peu la personnalité de Gauguin et de tous les peintres qui l’ont approché.

A Bruxelles nous suivons l’engagement artistique d’Anna Boch, artiste reconnue à l’époque et qui peut s’enorgueillir d’avoir acheté un tableau de Vincent Van Gogh, le seul qu’il ait vendu de son vivant.

À Paris nous vivons toutes les difficultés des artistes pour être exposés aux différents salons qui lancent les peintres dans la renommé ou les réduisent à la misère. Bien sûr pour les femmes c’est dix fois plus difficile de se faire reconnaître et bien sûr aussi les artistes qui avaient à l’époque les faveurs des critiques et du public sont pratiquement inconnus aujourd’hui.
Enfin à Pont-Aven et au Pouldu nous découvrons le caractère entier et fantasque de Gauguin. Ce n’est pas un personnage très sympathique, mais on le voit entraîner derrière lui un nombre important de peintres qui reconnaissent tous son génie : Emile Bernard, Paul Emile Colin, Paul Sérusier, Charles Filiger …. L’auteure à travers son personnage raconte de façon vivante et très précise la vie de ces artistes dans un petit village breton qui avait bien du mal à comprendre ces drôles de saltimbanques. Mes seules réserves à propos de ce roman viennent de la forme, les différentes lettres des uns et des autres ont rendu ma lecture un peu lente et parfois, un peu ennuyeuse. Mais pour tous ceux qui connaissent ou qui voudrait connaître cette période d’intense création artistique, je ne peux que chaudement recommander le roman d’Anne Percin.

Citations

Le « il » ici est un artiste très connu de l’époque Pascal Dagnan-Bouveret (bien oublié aujourd’hui)

Ils ne sont pas drôles, tes Naturalistes… Espérons au moins qu’il saura tirer parti de ce qu’il a vu ici ! Mais je crains qu’il n’y soit pas resté assez longtemps pour comprendre ce qui fait la saveur de ce pays. Il est de ces peintres qui, au lieu d’ouvrir des yeux neufs, trimbalent un regard préparé à l’avance comme on prépare une toile, un regard fait à l’atelier.

Trait de caractère de Gauguin

C’est ainsi que j’ai appris que Gauguin n’accepte jamais de cadeau : il préfère faire des dettes, ça lui paraît plus noble. À chacun sa morale.

Pont-Aven et Gauguin

Filiger m’a juré qu’à Pont-Aven, sur le seuil d’une maison de pêcheur, il a vu une toile de Gauguin en guise de paillasson ! Il faut dire que, contrairement à Vincent, le bonhomme a abusé du système que tu décris, qui consiste à payer ses dettes avec des ébauches. Dans son dos, les gens s’en débarrassent plus ou moins discrètement… C’est même devenu une source de plaisanterie. Les Gauguin battent la campagne, colmatent les fissures dans les chambres de bonnes, cachent les passe-plats dans les auberges ou servent d’enseignes à deux sous. De Pont-Aven au Pouldu, il a semé à tous les vents ! Même la petite Mimi est à la tête d’une collection de figurine en bois signée PGo…

La création mais aussi une leçon de vie (Propos de Hugo personnage fictif du roman)

Je trouve curieux que la photographie m’ait mené là.
J’avais cru pourtant qu’elle me conduirait à sans cesse aller vers les autres, mais il n’en est rien. Ce que je sens en moi, c’est un recul, presqu’un refus. Je ne suis pas hostile – je crois que je ne le serai jamais, mais seulement indifférent à tout ce qui arrive aux autres et qui ne m’arrive pas, à moi. Gauguin était de venu comme ça avant qu’il parte. Il disait qu’il fallait se faire à l’idée de n’être pas aimé : c’est une habitude à prendre, pour ça, il faut cesser d’aimer aussi. Blinder son cœur. Se fermer. Il n’y a pas d’autre solution, sinon on devient fou.

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard.

Prix Renaudot 2017 . Félicitations !


Quel livre ! La bibliothécaire nous avait prévenu, ce roman est intéressant à plus d’un titre, ce n’est pas seulement un livre de plus sur l’horreur d’Auschwitz. Olivier Guez commence son récit lorsque Josef Mengele débarque en Argentine sous le nom d’Helmut Gregor, après avoir passé trois ans à se cacher dans une ferme en Bavière non loin de Günzburg sa ville natale où son père occupe des fonctions très importantes à la fois, industriel prospère, et maire de sa ville. Toute sa vie de fuyard, Mengele sera soutenu financièrement par sa famille. Deux périodes très distinctes partagent sa vie d’après Auschwitz, d’abord une vie d’exilé très confortable en Argentine. Sous le régime des Peron, les anciens dignitaires Nazis sont les bienvenus et il devient un industriel reconnu et vend aussi les machines agricoles « Mengele » que sa famille produit à Günzburg.

Tout le monde tire profit de la situation, l’industrie allemande prend pied en Amérique latine et Josef s’enrichit. Son père lui fait épouser la veuve de son frère pour que l’argent ne sorte pas de la famille. Et la petite famille vit une période très heureuse dans un domaine agréable, ils participent à la vie des Argentins et se sentent à l’abri de quelconques représailles.

Tout s’effondre en 1960, quand le Mossad s’empare d’Eichmann et le juge à Jérusalem. Mengele ne connaîtra plus alors de repos, toujours en fuite, de plus en plus seul et traqué par les justices du monde entier. Mais jusqu’en février 1979, date de sa mort, sa famille allemande lui a envoyé de l’argent. On aurait donc pu le retrouver, pour information l’entreprise familiale Mengele n’a disparu qu’en 1991 et le nom de la marque en 2011.

La personnalité de ce médecin tortionnaire tel que Olivier Guez l’imagine, est assez crédible, jusqu’à la fin de sa vie, il se considérera comme un grand savant incompris et il deviendra au fil des années d’exil un homme insupportable rejeté de tous ceux qui se faisaient grassement payer pour le cacher. La plongée dans cette personnalité est supportable car Mengele n’a plus aucun pouvoir et même si on aurait aimé qu’il soit jugé on peut se réjouir qu’il ait fini seul et sans aucun réconfort. Ce qui n’est pas le cas de beaucoup d’industriels allemands qui ont établi leur fortune sous le régime Nazi. L’aspect le plus étonnant de ce roman, c’est la complaisance de l’Argentine de l’Uruguay vis à vis des Nazis. Cette communauté de fuyards Nazis a d’abord eu pignon sur rue et a contribué au développement économique de ces pays, puis ces hommes ont peu peu à peu perdu de leur superbe et se sont avérés de bien piètres entrepreneurs.

Citations

L’Allemagne nazie

Tout le monde a profité du système, jusqu’aux destructions des dernières années de guerre. Personne ne protestait quand les Juifs agenouillés nettoyaient m les trottoirs et personne n’a rien dit quand ils ont disparu du jour au lendemain. Si la planète ne s’était pas liguée contre l’Allemagne, le nazisme serait toujours au pouvoir.

L’Allemagne d’après guerre

À la nostalgie nazi les Allemands préfèrent les vacances en Italie. Le même opportunisme qui les a incités à servir le Reich les pousse à embrasser la démocratie, les Allemands ont l’échine souple et aux élections de 1953, le Parti impérial est balayé.

Les industriels allemands

À Auschwitz, les cartels allemand s’en sont mis plein les poches en exploitant la main d’oeuvre servile à leur disposition jusqu’à l’épuisement. Auschwitz, une entreprise fructueuse : avant son arrivée au camp, les déportés produisait déjà du caoutchouc synthétique pour IG Farben et les armes pour Krupp. L’usine de feutre Alex Zink achetait des cheveux de femmes par sacs entiers à la Kommandantur et en faisait des chaussettes pour les équipages de sous-marins ou des tuyaux pour les chemins de fer. Les laboratoire Scherring rémunéraient un de ses confrères pour qu’il procède à des expérimentations sur la fécondation in vitro et Bayer testait de nouveaux médicaments contre le typhus sur les détenus du camp. Vingt ans plus tard, bougonne Mengele, les dirigeants de ces entreprises ont retourné leur veste. Ils fument le cigare entourés de leur famille en sirotant de bon vin dans leur villa de Munich ou de Francfort pendant que lui patauge dans la bouse de vache ! Traites ! Planqués ! Pourritures ! En travaillant main dans la main à Auschwitz, industries, banques et organismes gouvernementaux en ont tiré des profits exorbitant, lui qui ne s’est pas enrichis d’un pfennig doit payer seul l’addition.

Description de Mengele à Auschwit par son adjoint

Mengele est infatigable dans l’exercice de ses fonctions. Il passe des heures entières plongé dans le travail, debout une demi-journée devant la rampe juive ou arrive déjà quatre ou cinq trains par jour chargés de déportés de Hongrie. Son bras s’élance invariablement dans la même direction, à gauche. Des trains entiers sont envoyés au chambre à gaz et au bûcher. Il considère l’expédition de centaines de milliers de Juifs à la chambre à gaz comme un devoir patriotique. Dans la baraque d’expérimentation du camp tsigane on effectue sur les nains et les jumeaux tous les examens médicaux que le corps humain est capable de supporter. Des prises de sang, des ponctions lombaires, des échanges de sang entre jumeaux d’innombrables examens fatigants déprimants, in-vivo. Pour l’étude comparative des organes, les jumeaux doivent mourir en même temps. Aussi meurent-ils dans des baraques du camp d’Auschwitz dans le quartier B, par la main du docteur Mengele.

 

Une idée de lecture que je dois à Dominique. Je conseille ce livre à tous les amoureux et amoureuses de Paris et de Modiano. J’ai déambulé dans le XVI° en lisant ce court essai et j’ai cru mettre mes pas dans ceux de Béatrice Commengé et de Modiano. Ce n’est pas un guide touristique même si cela permet de visiter Paris d’une façon originale, cette auteure sait surtout nous faire comprendre la vie de Modiano et son impérieux besoin d’écrire. Rien n’était très net dans la vie de ce jeune fils d’un juif au passé trouble et d’une actrice qui laissait souvent son fils en garde dans des lieux insolites. Quand ses parents se sont rencontrés, ils habitaient en face de cet endroit rue Sheffer dans le XVI° :

 

Ils ont connu un semblant de vie familiale au 15 quai Conti, et aussi les rigueurs de pensionnats dans lesquels il n’était pas heureux. Il a eu le malheur de perdre un frère qui semblait plus fait pour le bonheur que lui. Sinon on peut dire que son oeuvre est le reflet d’une ville dont il a connu les beaux quartiers mais aussi les quartiers populaires puisque à l’époque, il en existait encore : sa véritable demeure c’est Paris .

 

Un Paris citadin mais avec des lignes de fuites qui ont complètement disparu vers une zone entre campagne et banlieue. Enserré dans son corset périphérique Paris a perdu ce charme-là et surtout une réelle possibilité de s’agrandir. Il nous reste les livres de Modiano, cet auteur qui s’est approprié ses souvenirs et ceux de ses parents au point où il le dit lui-même

Il n’y a jamais eu pour moi ni présent, ni passé. Tout se confond.

Citations

Le Paris occupé les parents de Modiano

J’avance jusqu’à l’autre bout de la rue sans passer devant la moindre vitrine -je suis donc forcément passer, me dis-je, devant ce restaurant ou un jeune juif de trente ans (fils d’un toscan émigrés à Paris après avoir transité par Salonique, Alexandrie et le Venezuela) et une jeune actrice blonde venu d’Anvers, de six ans sa cadette, apprenaient à faire connaissance dans un Paris occupé par les Allemands, un Paris favorable aux amour précaires, un Paris insolite, où la vie semblait continuer « comme avant », avec les mêmes rengaines à la radio et du monde dans les cinémas.

 

Traduit de l’espagnol par Myriam Chirousse , d’ailleurs j’ai une petite remarque à propos de la traduction, que penser de cette phrase : »John Berger accompagne John Sassal, un médecin de campagne un ami à lui » ? 

 

Je savais pour avoir lu les critiques sur de nombreux blogs, que je lirai ce roman, La souris jaune, Keisha, Dominique, Krol, Aifelle (et sans doute, bien d’autres encore) en ont parlé avec enthousiasme . Je partage avec Aifelle l’agacement à propos des #hashtag malgré la justification que j’ai lue. Je ne trouve pas du tout que cela crée un réseau souterrain au roman, mais ce qui est sûr c’est que ça freine désagréablement la lecture. Ce roman est un travail de deuil pour l’auteure qui vient de perdre un compagnon, Pablo, tendrement aimé et qui raconte celui que Marie Curie a été amenée à faire lors de la mort accidentelle de Pierre. Les deux souffrances se mêlent pour nous donner ce roman dont j’ai eu envie de recopier des passages entiers pour vous faire partager mon plaisir et aussi retenir ce que Rosa Montero nous dit de façon si simple et si humaine. J’ai beaucoup lu à propos de Marie Curie, en particulier, il y a bien longtemps, le livre d’Ève Curie, et je me souviens très bien de la souffrance de Marie, la scène où elle brûle les effets tâchés du sang de Pierre sont gravés dans ma mémoire. J’aime cette femme de tout mon être , elle correspond à un idéal qui a marqué la génération de mes parents. Mais c’est aussi un idéal impossible à atteindre, comme tous les génies elle est hors de portée des autres femmes. Mais cela fait tant de bien qu’elle ait existé. Je connaissais aussi l’épisode où la presse s’est évertuée à la détruire car elle a été la maîtresse de Paul Langevin . De tout temps la presse a été capable de s’amuser à détruire la réputation d’une personne surtout si elle est célèbre. Mais l’accent que met Rosa Montero sur la personnalité de Paul Langevin montre les petitesses de ce personnage. Il a trompé sa femme et il l’a fait jusqu’au bout de sa vie mais il n’est victime d’aucun jugement de la part de la presse ni de l’opinion publique. Bien sûr il ne défendra pas Marie qu’il laissera tomber, mais finalement il se rappellera à son bon souvenir en lui demandant une place dans de chercheuse dans son laboratoire pour une fille qu’il a eu avec une de ses étudiantes . Quel galant homme !

Ce roman nous entraîne donc dans une réflexion sur le deuil et la condition de la femme dans le couple. Cette superbe énergie que l’on connaît chez Marie Curie, on sait qu’elle habite Rosa Montero qui roman après roman nous livre le plus profond de son imagination. Rien ne peut l’arrêter d’écrire, comme rien n’a pu arrêter Marie d’aller vérifier ses expériences dans son laboratoire. Seulement ce sont aussi des femmes de chaires et de sang et elles peuvent flancher. Marie après la mort de Pierre s’est enfermée dans un silence mortifère et après la cabale de la presse à propos de son amour avec Paul Langevin, elle est restée un an loin du monde et de ses chères recherches. Est-ce la façon de cette auteure de nous dire que sa souffrance a failli, elle aussi, la faire trébucher vers la non vie ?

Citations

l’écriture

Je me sens comme le berger de cette vieille blague qui sculpté distraitement un morceau de bois avec son couteau, et qui, quand un passant lui demande : « Mais vous faites la figure de qui ? » répond : « Eh bien, s’il a de la barbe saint Antoine, sinon la Sainte Vierge. « 

 Autobiographie ou roman ?

Même si, dans mes romans, je fuis l’autobiographie avec une véhémence particulière, symboliquement je suis toujours en train de lécher mes blessures les plus profondes. À l’origine de la créativité se trouve la souffrance, la sienne et celle des autres.

La féminité dans les années 70

J’appartiens à la contre-culture des années 70 : nous avions banni les soutiens-gorge et les talons aiguilles, et nous ne nous épilions plus sous les bras. J’ai recommencé à m’épiler par la suite, mais quelque part j’ai continué de lutter contre le stéréotype féminin traditionnel. Jamais je n’ai porté de talons (je ne sais pas marcher avec). Jamais je ne me suis mis du vernis à ongle. Jamais je ne me suis maquillée les lèvres.

Réflexions sur le couple

« Le problème avec le mariage, c’est que les Femme se marient en pensant qu’ils vont changer, et les hommes se marient en pensant qu’elles ne vont pas changer. »Terriblement lucide et tellement bien vu ! L’immense majorité d’entre nous s’obstine à changer l’être aimé afin qu’il s’adapte à nos rêves grandioses. Nous croyons que, si nous le soignons de ses soi-disantes blessures, notre parfait bien-aimé émergera dans toute sa splendeur. Les contes de fées, si sages le disent clairement : nous passons notre vie à embrasser des crapauds , convaincues de pouvoir en faire des princes charmants. ….. quand Arthur dit que les hommes croient que nous n’allons pas changer, il ne veut pas parler du fait que nous prenions un gros cul et de la cellulite, mais que notre regard se remplit d’amertume, que nous ne les bichonner plus et ne nous occupons plus d’eux comme si c’étaient des dieux, que nous pourrissions notre vie commune par des reproches acerbes.
Tant de fois, nous menton aux hommes. À tant d’occasions, nous faisons semblant d’en savoir moins que nous n’en savons, pour donner l’impression qu’ils en savent plus. Ou nous leur disons que nous avons besoin d’eux pour quelque chose alors que ça n’est pas vrai. Juste pour qu’ils se sentent bien. Ou nous les adulons effrontément pour célébrer la moindre petite réussite. Et nous allons jusqu’à trouver attendrissant de constater que, si exagérée soit la flatterie, ils ne s’aperçoivent jamais que nous sommes en train de leur passer de la pommade, parce qu’ils ont véritablement besoin d’entendre ces compliments, comme des adolescents auxquels il faut un soutien extérieur afin qu’ils puissent croire en eux

Le cadeau de Pierre à son amoureuse

Avec Marie il avait trouvé son âme sœur. En fait, au début de leur relation, au lieu de lui envoyer un bouquet de fleurs ou des bonbons, Pierre lui avait envoyé une copie de son travail, intitulé  » Sur la symétrie des phénomènes physiques. Symétrie d’un champ électrique et d’un champ magnétique » : on convient que ce n’est pas un sujet qui fascine toutes les jeunes filles.

J’ai souri

On se mit tout de suite à utiliser les rayons x pour diagnostiquer les fractures des os, comme maintenant, mais aussi à des fins absurdes comme par exemple pour combattre la chute des cheveux : on dirait que chaque nouveauté inventée par l’être humain est testé contre la calvitie, cette obsession terrible attisée par le fait que ceux qui perdent leurs cheveux, ce sont des hommes.

La mort

Je suis sûre que nous parlons tous avec nos morts  : moi bien évidemment je le fais, et pourtant je ne crois pas du tout à la vie après la mort. Et j’ai même senti Pablo à mes côtés de temps à autre ……. Marie s’adresse à Pierre parce-qu’elle n’a pas su lui dire au revoir, parce-qu’elle n’a pas pu pu lui dire tout ce qu’elle aurait dû lui dire, parce qu’elle n’a pas pu achever la narration de leur vie commune.

Paul Langevin le grand homme !

Quelques années plus tard Paul Langevin eut une enfant illégitime avec une de ses anciennes étudiantes ( un vrai cliché) et il demanda à Madame Curie de donner à cette fille un travail dans son laboratoire. Et vous savez quoi ? Marie le lui donna.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thè­que de Dinard

 Je suis souvent d’accord avec Krol mais pour ce roman nos avis divergent, il vous faut,donc lire ce qu’elle écrit pour vous faire votre idée sur ce roman. C’est le troisième roman de Laurent Seksik que je lis, j’ai découvert cet auteur grâce au club de lecture et j’ai beaucoup apprécié « l’exercice de la médecine » et  » le cas Eduard Einstein » . Pour ce roman, il faut lire, avant ou après, peu importe « La promesse de l’aube » . Le portrait que Romain Gary fait de sa mère est inoubliable et tellement vivant. Laurent Seksik s’appuie sur ce portrait pour nous présenter Nina, la maman de Roman, femme lutteuse et malheureuse, abandonnée par le père de son fils un certain Arieh Kacew qui restera avec toute sa nouvelle famille dans le ghetto de Wilno où comme 99 % des juifs qui y restèrent, ils furent assassinés par les nazis. L’auteur centre son roman sur les quelques jours de 1925, où accablée de dettes et de désespoir Nina avec son fils décident de partir pour la France. Plus Laurent Seksik sait rendre proche de nous la vie dans ce qui est déjà un ghetto, sous domination polonaise, plus nous avons le cœur serré à l’idée que rien n’y personne ne reste de ce morceau d’humanité. La fin en 1943 est celle qui est décrite dans tous les livres d’histoire : il ne restera rien de la famille naturelle de Romain Gary, est-ce pour cela qu’il se plaisait à s’inventer un père différent et plus romanesque : Ivan Mosjoukine.

Un père qui ne serait pas dans une fosse commune aux frontières de la Russie ou disparu dans les fours crématoires d’Auschwitz. Ou est-ce plutôt car il ne peut pardonner à son père d’avoir abandonné sa mère qu’il aimait tant. C’est le sujet du livre et c’est très finement analysé. Si je n’ai pas mis 5 coquillages, c’est que je préfère le portait que Romain Gary fait de sa mère, au début de ma lecture, j’en voulais un peu à l’auteur d’avoir affadi le caractère de Nina. Mais ce livre m’a saisie peu à peu, comme pour tous les écrits sur l’holocauste, je me suis retrouvée devant ce sentiment d’impuissance comme dans un cauchemar : je veux hurler à tous ces personnages : « mais fuyez, fuyez » . C’est pourquoi je l’ai mis dans mes préférences, Laurent Seksik parvient à nous fabriquer un souvenir d’un lieu où 40 000 êtres humains furent assassinés en laissant si peu de traces.

Citations

J’adore ce genre d’amour qui pousse à écrire ce genre de dédicace

À ma mère chérie.
À toi papa,
Tu étais mon premier lecteur.
Au moment où je t’ai fermé les yeux, j’étais en train de terminer ce roman, le premier que tu ne liras pas, mais dont tu aurais aimé le sujet parce qu’il nous ramenait tous les deux trente ans en arrière, au temps où j’étais étudiant en médecine. Du balcon de notre appartement à Nice, au 1 rue Roger-Martin-du-Gard, nous contemplions, toi et moi, l’église russe et le lycée du Parc impérial associé au souvenir de Romain Gary. Tu m’encourageais en me promettant une carrière de professeur de médecine, tandis qu’en secret je rêvais d’embrasser celle de romancier. Comme les autres ce roman t’est dédié.

Désespoir d’une mère un peu « trop »

Quand l’obscurité avait enveloppé la ville tout entière, son esprit était plongé dans le nord absolu. La tentation était alors de s’abandonner au désespoir, de s’envelopper de peine comme par grand froid d’un châle de laine. Elle éprouvait toujours un ravissement coupable à sombrer corps et âmes dans ces abîmes de désolation et de détresse.

Que cette conversation me touche entre un père et un fils juifs

-Nous sommes en 1912, au XX ° siècle !
– Ce siècle ne vaudra pas mieux que les précédents.
-Il sera le siècle du progrès, le siècle de la science, celui de la paix.
-Amen
– Il verra la fin des pogroms, la fin de l’antisémitisme.
– La fin du monde…
– une nouvelle ère s’annonce, papa, et tu la verras de tes yeux.

Où on retrouve un peu la mère de Romain Gary

Nina détestait tous les Kacew. En un sens, elle avait l’esprit de famille. Elle les détestait avec l’excès qu’elle appliquait à toute chose, les détestait sans nuances, avec une violence irraisonnée, une férocité jamais feinte. Elle excellait dans l’art de la détestation, haïssait avec un talent fou.

La vie à Wilno en 1925

La vie s’exprimait ici dans toute sa joyeuse fureur, son exaltation débordante, on était au cœur battant du ghetto, c’était le cœur vivant du monde. La clameur du jour balayait le souvenir des jours noirs. On se laissait griser par une ivresse infinie, la vie n’avait plus rien d’éphémère, le présent était l’éternité. Ces pieux vieillards à la barbe grise, ces femmes à la beauté sage, ces enfants aux yeux pétillants, ce merveilleux peuple de gueux marchait ici un siècle auparavant et arpenterait ces rues dans cent ans ce peuple là est immortel

Un homme de foi comme on les aime

Je ne peux rien te montrer qu’un monde de contraintes, de prières obligatoires, de règles à respecter, d’interdits et de lois -ne fais pas ceci, le Éternel à dit que … Mais sache que la religion, ça n’est pas que cela. C’est une affaire d’homme. L’Éternel existe avant tout en toi, dans le souffle de ton âme plus que dans l’air que tu respires. C’est simplement une sorte d’espérance, rien de plus, une simple espérance que rien ne peut atteindre, qui est immémoriale et qui se transmet, simplement de génération en génération, au-delà de la religion, de la foi, de la pratique. Une espérance indestructible, heureuse, qui fait battre le cœur même aux pires moments de haine.

Lu grâce au club de lecture de la média­thèque de Dinard.


Pas vraiment convaincue par cette lecture. Je me demande ce que les écrivains d’aujourd’hui vont rechercher à travers la biographie des artistes d’hier. La vie ratée de l’écrivain August Strindberg est pire qu’un mauvais roman. La lecture d’articles qui lui sont consacrés sur le net, en disent autant que ce petit livre, moins le style de l’auteure. Trois fois, cet homme tourmenté, drogué alcoolique, violent a essayé grâce à trois mariages différents de se sortir de la misère. Il a sans doute eu des sentiments pour ces trois femmes, mais aimer pour lui voulait dire les injurier et les mépriser. Je ne connais pas l’oeuvre de Strindberg et ce n’est pas ce livre qui me donnera envie de lire ces livres ni d’aller voir ses pièces.

Il reste donc le style de Régine Detambel. Pour se mettre à la place du cerveau souffrant de cet auteur, elle saccade ses phrases, supprime au maximum les verbes. Ce n’est pas agréable à lire, c’est très certainement pour rendre compte de la vie aux côté de ce grand malade de Strindberg. Les deux dernières pages, celles où elle raconte l’enterrement de cet écrivain sulfureux prennent un peu plus de hauteur. Bref, un pensum de lecture qui n’a duré qu’une soirée.

Citations

Exemple de scène et du style de l’auteure

Tu n’es qu’un coureur de dot !

Ne me touche pas

On se hait, on se bat jusqu’à tomber, au petit matin, sur notre lit, sans même ôter nos souliers, étourdis par le bruit incessant des insultes ; (…)

Souillure que de devoir l’argent à une femme, et en plus aristocrate.
Sorcière

Strindberg anarchiste

Désormais August est mûr pour crever les rois et les princes, ainsi que les barons de Suède. Tous les soirs il est au café à exciter les étudiants. Des détectives le filent. Des informateurs notent sur un carnet tout ce qu’il dit. Le roi déteste les gendelettres politiques . Un gendelettre qui veut faire la révolution, c’est ce qu’il y a de pire.

Ressenti d’une de ses ex

On ne peut se remettre des insultes de Strindberg. Personne ne le pourrait.(…) je croyais ne pas pouvoir survivre aux crachats d’August

Le Misogyne

A en croire le dramaturge, le mariage repose sur une absurdité. Où il y a une femme, ça tourne de toute manière à l’absurde.

Des propos qui ne donnent pas envie de lire Strindberg

La femme a même réussi à faire considérer la maternité comme quelque chose de sacré, et l’homme le croit, mais c’est faux d’imaginer que les femmes souffrent en accouchant, c’est un mensonge disons le franchement, en vérité elles jouissent à ce moment là d’un plaisir mille fois plus fort que celui qu’elles trouvent avec un pénis… Mon Dieu, que les hommes sont cons…

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard, il a obtenu un coup de cœur.

Je savais, grâce au billet d‘Aifelle , que je lirai ce livre, depuis j’ai lu « Anna ou une histoire française » et je ne peux encore une fois que me féliciter de ce conseil de lecture. Même si, ce n’est pas une lecture très facile, surtout la partie sur l’angoisse d’Abraham, j’ai été très touchée par ce récit. Comme Aifelle je vous conseille d’écouter son interview car elle raconte si bien tout ce qui l’habite. Alors pourquoi Abraham est-il angoissé, je n’ai pas trouvé la réponse, mais en revanche Rosie Pinhas-Delpuech a raison, si on ne connaît pas la cause on connaît bien l’heure à laquelle l’angoisse nous saisit : c’est l’heure où le soleil, même s’il illumine une dernière fois de mille feux le ciel, va se coucher et où la lumière va faire place à l’obscurité.

C’est l’heure où les enfants pleurent sans pouvoir être facilement consolés, c’est l’heure où le malade a peur de la nuit qui s’installe, c’est l’heure où le marin voudrait être au port.

Cette auteure nous entraîne dans un voyage, celui de son exil et celui de l’exil de sa langue. Ses passages sur le français des étrangers sont d’une justesse incroyable . Elle nous fait connaître aussi Israël autrement et c’est si rare aujourd’hui entendre parler positivement et simplement de ces gens qui habitent sur cette terre tellement convoitée. Elle nous raconte aussi la France des années 70 et les quelques pages sur Nanterre sont intéressantes, elle y mêle la toute nouvelle université : quelques bâtiments très laids sortis d’une friche assez triste, contrastant avec l’exigence intellectuelle des professeurs et les débats sans fin avec son amie, le murs qui cache un bidonville où des émigrés moins chanceux qu’elle s’entassent. Elle n’oublie jamais que sa condition d’étrangère peut se rappeler à elle brutalement. Et qu’elle peut se retrouver sur l’île de la Cité à faire la queue parmi les désespérés du monde pour renouveler ses titres de séjour. Finalement sa vraie patrie sera ses langues et surtout la traduction, c’est à dire encore un voyage celui qui lui permet de passer de l’hébreu au français et du français à l’hébreu. Elle n’en n’oublie pas pour autant le turc qui reste sa langue maternelle.

 

Citations

L’exil

Ils(les Russes blancs) ravivaient auprès de ces derniers, et surtout des Juifs, la mémoire des guerres, des horreurs qui les accompagnent, du déclassement qu’entraîne tout déplacement forcé, de l’exil d’un peuple qui avait la nostalgie de sa terre, de sa langue et d’une chose tout à fait indéfinissable que Dostoïevski- qui écrit « L’idiot » au cours d’un long exil à l’étranger- « le besoin d’une vie qui les transcende, le besoin d’un rivage solide,d’une patrie en laquelle ils ont cessé de croire parce qu’ils ne l’ont jamais connue ».

L’aéroport de Lod

Mon souvenir de l’aéroport de Lydda-Lod en 1966 recoupe certaines photos des « Récits d’Ellis Island » de Georges Perec et Robert Bober. Les mêmes bagages bourrés et, ficelés, inélégants, les mêmes visages un peu figés par l’attente , l’angoisse, l’excès d’émotion. En 1966, l’aéroport de Lod est un lieu unique au monde où des retrouvailles sont encore possibles entre morceaux de puzzles dispersés sur la surface de la terre ou manquants.

 

les Juifs, la terre et la nation

Détaché de la terre par des siècles d’errance, interdit d’en posséder, de la travailler, le Juif est historiquement une créature urbaine. Parmi les notions élémentaires qui me faisaient défaut par tradition et culture profonde, la terre, la patrie, le drapeau, n’étaient pas les moindres. Toujours hôtes d’un pays étranger, d’abord de l’Espagne puis de l’empire ottoman, la terre était pour nous une notion abstraite, hostile, excluante. Nous étions des locataires avec des biens mobiliers, transportables : ceux qui se logeaient dans le cerveau et éventuellement dans quelques valises. La terre appartenait aux autochtones, ils avaient construit une nation, puis planté un drapeau, et nous étions les hôtes, désirables ou indésirables selon les jours.

Le style que j’aime, cette image me parle

C’est exactement ainsi que m’est apparu Hirshka, (…) comme s’il draguait dans un filet de pêche une histoire qu’il avait traînée à son insu jusqu’aux rives de la Méditerranée.

La langue des » étrangers »

Quand on est en pays étranger, même si on en comprend la langue, on ne se comprend pas . Parfois, on n’entend pas les paroles qui sont dites. L’entendement est obstrué. On est frappé de surdité auditive et mentale. La peur qu’éprouve l’étranger et, le rejet qu’il subit, le rendent déficient. Il se fait répéter les choses, de crainte de ne pas comprendre.

Entre le jargon dissertation de la philosophie , le caquètement des commères de la rue, l’argot de l’ouvrier, celui de l’étudiant, il ne restait pas le moindre interstice pour le parler respectueux de ceux qui, depuis deux siècles, avaient élu domicile dans le français de l’étranger.

Comme Aifelle je vous conseille d’écouter cette femme

 

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thè­que de Dinard. Traduit de l’anglais par Claire Desserrey

 Les écrivains ont, à chaque époque, leur façon de se raconter. Au XVIIe siècle, on n’avait peu l’habitude de se répandre en confidences sur sa vie privée, surtout pour un philosophe. Même Montaigne au XVIe n’a écrit sur lui-même que pour nous faire comprendre qu’il « portait en lui l’humaine condition » et donc nous ne connaissons rien, ou presque, de ses amours ancillaires ou autres ! On sait peu de choses sur une petite Francine, enfant d’une servante en place à Amsterdam chez le libraire qui accueillera Descartes, elle est née en juillet 1635 et morte en 1640. La servante, sa mère, savait écrire et Descartes écrivit lors de la mort de l’enfant qu’il avait connu « le plus grand regret qu’il eût jamais senti de sa vie ». Voilà les source sûres qui donnent corps à ce roman « historique ».

L’auteure du XXIe Siècle, cherche à donner vie à cette Héléna que Descartes aurait séduite et avec qui il a eu une enfant.C’est particulièrement compliqué pour l’auteure, Genevre Glasfurd, car elle a bien du mal à imaginer les sentiments et les réflexions d’une femme de cette époque. Le fait que cette servante sache lire et écrire suffit-il pour l’imaginer indépendante et libérée des carcans de son époque ? Ce ne sont là que des hypothèses qui ne sont guère convaincantes, d’ailleurs on sent que l’écrivaine, par soucis de vérité sans doute, ne sait pas trop quel parti prendre : Héléna est à la fois très religieuse et éprise de liberté.

Cette histoire d’amour entre une servante protestante et un grand écrivain français catholique dont on sait historiquement que peu de chose, prend trop de place dans le roman. La description des difficultés pour écrire librement un livre de philosophie dans des pays dominés par un pouvoir religieux obscurantiste est beaucoup plus intéressante. Et puis, comme dans tout roman historique, le fait d’amener le lecteur à vivre dans une société du temps passé, nous fait découvrir une autre époque et d’autres lieux mais j’étais mal à l’aise parce que je sentais bien que l’auteure voulait donner une forte personnalité à une jeune femme dont on sait si peu de choses, même si le fait de savoir lire et écrire était peu banal, cela n’en fait pour autant la « femen » du XVIIe.

Lisez l’avis de Dasola qui a aimé cette lecture et qui souligne la qualité d’écriture de cette écrivaine à laquelle je n’ai pas vraiment été sensible. Même si ce roman se lit facilement.

Citations

L’importance des écrits pour Descartes

Qu’est ce qu’un livre ? Les élucubrations de mon cerveau. Des mots, écrits à la plume avant d’être imprimés. Des pages, assemblées et reliées, diffusées. Lorsqu’il paraît, un livre est une chose incroyable, il a de la la force, des conséquences. Il peut remettre en cause d’anciens dogmes, désarçonner les prêtres les plus convaincus, mettre à bas des systèmes de pensée.

Ambiance de l’époque en Hollande

Nous passons devant le marché aux poissons et l’église Pieterskerk ; un homme a été mis au pilori, pieds nus et sans manteau, avec à côté de lui un écriteau où l’on peut lire : FORNICATEUR.