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En 1959 Fran­çois Maspero , pour débu­ter sa maison d’édi­tion, a publié son premier ouvrage à propos de la guerre d’Es­pagne. Comme il le dit lui même dans le post-scrip­tum de ce livre,en France à cette époque, il y avait peu de livres consa­crés à ce conflit (depuis il y en eu beau­coup). Il se sent comme une dette vis a vis de Capa dont cette photo si célèbre a décoré sa librai­rie pendant quelques mois.

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Il part, dans ce roman, à la recherche d’une autre photo­graphe Gerda Taro qui fut la compagne de Robert Capa. L’his­toire de leur amour est mêlée à l’en­ga­ge­ment poli­tique pendant la guerre civile en Espagne. On vient de décou­vrir qu’une partie des photos attri­buées à Capa était de Gerda Taro morte en 1937 lors des combats de cette terrible guerre. Capa l’ai­mait et a tout fait pour qu’on connaisse ses photos mais comme lui même est mort en 1953 en Indo­chine et que la famille de Gerda ( Poho­rylle de son véri­table nom)a été victime de l’ho­lo­causte en tant que juifs, il est diffi­cile aujourd’­hui de sépa­rer leurs œuvres.

Ce livre part à la recherche de la person­na­lité de Gerda , était-elle commu­niste ou pas tant que ça ? J’avoue que ce débat m’a agacée , je pense qu’en 1959 , le même auteur aurait tout fait pour nous prou­ver son enga­ge­ment auprès de commu­nistes plutôt tendance Trots­kiste, mais aujourd’hui, ce n’est plus vrai­ment « porteur » ! ! ! Alors elle aurait été anar­chiste ! Ce qui est certain , c’est qu’elle est morte en lais­sant des photos qui semblent très inté­res­santes (si j’en juge par celles qui sont montrées dans ce livre et .…l’homme qu’elle aimait est devenu très célèbre.

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Le meilleur du livre, c’est la fin la réflexion sur ce qu’est une photo. Pour le reste, j’ai été déçue, mais il est vrai qu’aujourd’hui la réflexion sur la guerre d’Espagne ne manque pas d’ou­vrages riches et très bien docu­men­tés.

Citation

Réflexion sur la photo

Les effets chocs s’an­nulent, le regard du lecteur , à chaque instant solli­cité, est saturé. Et si tout s’an­nule, c’est donc que tout se vaut. Il ne s’agit plus dès lors de convaincre le lecteur , passé du statut de sujet pensant à celui de consom­ma­teur , de la justesse d’une cause , de l’in­ci­ter à « détes­ter ou à aimer quel­qu’un », à « prendre posi­tion ». Il s’agit de triom­pher dans une concur­rence féroce, celle de la course au toujours plus spec­ta­cu­laire. La loi de la jungle.

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Traduit de l’es­pa­gnol par Fran­çois Maspero.

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Livre prêté par une amie, Gene­viève, Photo­graphe, parce qu’elle y avait trouvé une réflexion inté­res­sante sur l’acte de photo­gra­phier. Loin de son travail, ce roman est une analyse, ô combien précise, du métier de repor­ter-photo­graphe de guerre, au cours du roman la réflexion s’élargit à la photo­gra­phie et à l’art en géné­ral.

Ce que ne m’avait pas assez dit Gene­viève, c’est l’horreur du sujet, la violence des guerres dont a été témoin ce repor­ter. Ce livre lu entre Paris et Saint-Malo, m’a plombé complè­te­ment le moral. Par la violence des descrip­tions – le sujet est d’ailleurs très proche- il m’a fait penser au film « Incen­dies  ». Mais contrai­re­ment à Gene­viève, les mots ont pour moi une réalité bien plus forte que les images.

Le livre pose un problème qui m’a toujours plus ou moins hanté, au lieu de photo­gra­phier des bébés mourant de faim pour­quoi les photo­graphes des maga­zines occi­den­taux ne les nour­rissent pas. Pour les photo­gra­phies de guerre, je dois dire que je ne les regarde jamais, j’en ai quand même dans mon réser­voir à images, celle de Capa qui est commenté dans ce roman, et la femme en pleurs après un atten­tat en Algé­rie.

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Ce roman est très prenant, mais m’a mise très mal à l’aise : comment quelqu’un d’aussi douée pour la vie que Gene­viève peut me conseiller de lire de tels passages.

« Ce n’était pas possible de photo­gra­phier le danger ou la faute. Le bruit d’une balle qui fait explo­ser un crâne. Le rire d’un homme qui vient de gagner sept ciga­rettes en pariant sur le sexe du fœtus de la femme qu’il a éven­trée avec sa baïon­nette »

Ensuite, le problème que j’ai dû résoudre c’est pour­quoi je suis allée jusqu’au bout de ce roman, Gene­viève avait le prétexte de la réflexion sur la photo, moi, celui qu’elle me l’avait prêté. Quel rôle joue le lecteur de telles horreurs ? Ne suis-je pas alors voyeur d’un exhi­bi­tion­niste de talent de la souf­france humaine ? Car si le photo­graphe prend un cliché avant de penser à sauver celui qui va être tué, il n’existerait pas si sa photo ne se vendait pas et n’était pas regar­dée.

La trame roma­nesque est assez bien tendue : le rapport entre l’ancien soldat Croate dont le repor­ter photo­graphe a détruit la vie à cause d’une bonne photo, et l’histoire d’amour, un peu trop roma­nesque cepen­dant. Tout n’est raconté que pour faire réflé­chir à ce que repré­sente une image. Le photo­graphe repor­ter ne s’appelle pas pour rien un « chas­seur d’images ». Est-ce qu’avoir conscience que la guerre, amène obli­ga­toi­re­ment ce genre de souf­frances permet­tra de chan­ger le compor­te­ment des hommes ? Il faut l’espérer.

Pour conclure un livre à ne pas mettre entre des mains sensibles à cause d’une descrip­tion, hélas trop vraie, des guerres qui ont traversé ces dernières années. Un livre enfin, qui pose le problème du témoi­gnage de l’horreur dans toute sa complexité.

Citations

Photo­gra­phier un incen­die n’implique pas de se sentir pompier.

(Seule note d’humour)

J’ai le plai­sir de t’annoncer que tu es très beau Faulques. Et je me trouve au point exact où une Fran­çaise te tutoie­rait, une Suis­sesse tâche­rait de décou­vrir combien de cartes de crédit tu as dans ton porte­feuille et une Améri­caine te deman­de­rait si tu as un préser­va­tif.

La photo­gra­phie consi­dé­rée comme un art est un terrain dange­reux : notre époque préfère l’image à la chose, la copie à l’original, l’apparence à l’être ;

Il savait qu’aucune photo­gra­phie n’était inerte ou passive. Elles exer­çaient toutes une action sur ce qui les entou­rait, sur les gens qui y figu­raient.

On en parle

canoe​.ca diver­tis­se­ment.

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Traduit de l’espagnol par Fran­çois Maspero.

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Le mois de septembre, c’est le mois de mon anni­ver­saire donc le mois où je reçois des livres souvent merveilleux. L’an dernier, ma sœur m’a offert « l’ombre du vent ». Étant donné ce que j’en avais lu sur les blogs, je me suis préci­pi­tée mais voilà, parfois je lis mal et trop vite et je me suis perdue dans les méandres de cette histoire. Cette année, j’avais plus de temps et j’ai abso­lu­ment été capti­vée du début jusqu’à la dernière page. J’aurais voulu que le plai­sir dure encore… Je me deman­dais pour­quoi il ne m’avait pas séduit tout de suite. C’est simple on ne peut pas le lire trop vite. L’intrigue est complexe les histoires très imbri­quées les unes dans les autres. En prenant mon temps tout s’est éclairé, en plus c’est un tel hymne à la lecture au plai­sir des livres que tous les lecteurs se retrouvent à un moment ou à un autre dans les person­nages. Ma sœur avait raison ce livre ne pouvait que me plaire.

En toile de fond, les violences de la guerre civile espa­gnole avec toutes ses horreurs ! Si le livre est souvent sombre et tragique, il est aussi plein d’humour, le person­nage de Firmin et de son immense amour pour toutes les femmes est à la fois tendre et drôle. Les histoires d’amour sont très belles et passion­nées (nous sommes en Espagne !) La tendresse des pères pour leur enfant est émou­vante.

Bref un très beau roman qui suit les méandres complexes de la litté­ra­ture, on y retrouve beau­coup de clins d’œil litté­raires, ce qui ne rend pas le roman pédant pour autant.

Citations

L’un des pièges de l’enfance est qu’il n’est pas néces­saire de comprendre quelque chose pour le sentir. Et quand la raison devient inca­pable de saisir ce qui se passe autour d’elle, les bles­sures du cœur sont déjà trop profondes.

Ces gens qui voient le péché partout ont l’âme malade, et si tu veux vrai­ment savoir, les intes­tins aussi. La condi­tion de base du bigot ibérique est la consti­pa­tion chro­nique.

Elle a même appris à broder et on m’a dit qu’elle ne s’habille plus en Simone de Beau­voir

Le problème, c’est que l’homme, pour en reve­nir à Freud et utili­ser une méta­phore, fonc­tionne comme une ampoule élec­trique : il s’allume d’un coup et refroi­dit aussi vite. La femme, elle, s’est scien­ti­fi­que­ment prouvé, s’échauffe comme une casse­role. Peu à peu, à feu lent, comme la bonne fricas­sée. Mais quand elle est chaude, personne ne peut plus l’arrêter.

La femme, c’est Babel et Laby­rinthe. Si vous la lissez réflé­chir, vous êtes perdu. Souve­nez-vous-en : cœur chaud, tête froide. L’a b c du séduc­teur.

La vie dans la rue est brève. Les gens vous regardent avec dégoût, même ceux qui vous font l’aumône, mais ce n’est rien comparé à la répu­gnance qu’on s’inspire à soi-même. C’est comme vivre atta­ché à un cadavre qui marche, qui a faim, qui pue et qui refuse de mourir.

On en parle

link.