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J’adore Inter­net ! Pendant que je vous écris, j’entends la voix d’Anca Visdéi sur l’émission post­casté de France Culture les mercre­dis du théâtre du 15 octobre. Et je découvre avec un grand plai­sir l’accent d’Anca Visdei, les « r » adou­cis qui donne tant de charme à sa voix. Auteure de Théâtre, Anca Visdei a connu Jean Anouilh et a été recon­nue par lui.

On sent à travers cette biogra­phie tout le respect et l’estime de la jeune tragé­dienne pour un père spirituel.C’est le livre d’une amie et d’une passion­née de théâtre. C’est aussi l’occasion de revi­si­ter le théâtre d’Anouilh. Je dois avouer que je ne connais vrai­ment que Anti­gone et Le Voya­geur sans bagage. Cette biogra­phie est réus­sie car elle donne envie de relire Anouilh, seule­ment, lire du théâtre est un exer­cice diffi­cile. Si on n’a pas eu la chance d’avoir vu jouer les pièces lues, il manque l’essentiel.

La person­na­lité de cet auteur est impres­sion­nante, fidèle en amitié, respec­tueux des jeunes auteurs, dignité dans ses prises de posi­tion. Jean Anouilh est en dehors du monde contem­po­rain : il fuit les média, le monde pari­sien, les honneurs… Le monde aura bien du mal à l’accepter. En réalité, si on croit sa biographe, c’était simple­ment et tota­le­ment un homme de théâtre, il ne vivait que pour cela. Il était persuadé que le théâtre ne devait jamais être subven­tionné pour pouvoir respec­ter la règle d’or :

La prin­ci­pale règle est de plaire et de toucher. Toutes les autres ne sont faites que pour parve­nir à cette première. (Jean Racine)

Si Jean Anouilh est démodé, comme le dise certains, c’est sans doute à cause de son honnê­teté intel­lec­tuelle et son absence de compro­mis­sion. Ce n’est sans doute pas par hasard qu’il a su faire revivre pour long­temps encore l’intransigeante Anti­gone.

Citations

Anouilh s’est battu souvent, avec courage et un total désin­té­res­se­ment, pour faire connaître l’œuvre d’autres auteurs. Rare géné­ro­sité dans un monde d’egos surdi­men­sion­nés comme l’est, fata­le­ment, celui des auteurs drama­tiques.

Voici ce que Jean Anouilh répon­dit à ceux qui lui deman­dait de faire partie de l’Académie Fran­çaise :

D’accord, mais il faut me donner aussi un siège de député, une place d’administrateur à la Caisse des dépôts et Consi­gna­tions, le secré­ta­riat de la délé­ga­tion minis­té­rielle pour l’armement, le service de la promo­tion de la SNCF, et l’animation du Racing Club de France, section camping. (Jean Anouilh)

Quand on fera les comptes (…) on s’apercevra que seuls ceux qui ont amusé les hommes leur auront rendu un véri­table service sur cette terre. Je ne donne pas cher des réfor­ma­teurs, ni des prophètes mais il y aura quelques hommes futiles qu’on révéra à jamais. Eux seuls auront fait oublier la mort. (Jean Anouilh)

Mourir n’est rien. Commence donc par vivre. C’est moins drôle et c’est plus long. (Jean Anouilh)

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J’avais mis ce livre, une première fois, sur mon blog, lors de sa créa­tion. Je l’ai mis, aussi, dans ma biblio­thèque de Babe­lio et je n’arrive pas à comprendre pour­quoi je suis toujours la seule lectrice, c’est un petit chef d’œuvre (n’ayons pas peur des mots !). Il concourt pour « le coup de cœur des coups de cœur » en juin 2010 de notre club de lectrices de la biblio­thèque de Dinard. Pour une fois, nous avions été unanimes dans nos éloges ; c’est si rare !

Je l’ai offert souvent et à chaque fois, on m’a fait savoir qu’on le trou­vait très bien. Il faut dire que ce roman a tout pour plaire. Il traite avec subti­lité et humour, d’une réalité doulou­reuse : l’exil. Alexan­dra, jeune auteure drama­tique, qui a plus d’un point commun avec Anca Visdei, fuit son pays, la Rouma­nie à l’occasion d’un colloque litté­raire.

Elle écrit à sa sœur pour qui elle éprouve une grande affec­tion, la façon dont toutes les deux se jouent des dangers du régime tota­li­taire est drôle mais tragique à la fois. Leurs lettres sont très surveillées, elles s’en amusent : « Ta lettre a mis quatorze jour. D’habitude ça ne prend qu’une semaine…Tu dois utili­ser de mauvaises enve­loppes, là-bas ils les fabriquent moins bien qu’ici, car ton pli s’est décollé pendant le voyage et une secou­rable postière de chez nous a été obli­gée de le recol­ler, très discrè­te­ment d’ailleurs. Il n’y aurait pas eu la petite marque que tu sais, c’était un travail comme neuf ! Quel sens esthé­tique pour une simple postière ! »

Le pays d’accueil, la Suisse n’est pas épar­gnée par l’humour d’Alexandra, j’ai souri à l’évocation des intel­lec­tuels de son colloque :

Tout le monde a été adorable avec moi. Le colloque a duré trois jours, l’admiration un peu moins…..Ils m’ont répondu …. Nous connais­sons et aimons votre pays. Nous avons passé une semaine à un congrès d’écrivains héros du peuple au bord de la mer noire.

On sent en Alexan­dra une vita­lité et une envie de s’imposer comme une écri­vaine de langue fran­çaise qui force l’admiration le parcourt sera long et diffi­cile mais avec tant d’esprit et d’énergie comment ne pas y parve­nir. À sa sœur qui lui dit qu’elle est belle comme une odalisque elle répond « Une odalisque est une crétine enfer­mée dans un harem, qui partage un gros mari violent avec une dizaine d’autres débiles de son espèce et qui passe son temps au bain à montrer des vertèbres super­fé­ta­toires à Monsieur Ingres. ».

La trame roma­nesque est riche des deux mouve­ments : la dureté et la désin­té­gra­tion du régime de Ceau­sescu et l’intégration dans ce qu’on appe­lait à l’époque « le monde libre », cela passe par le lien des deux sœurs qui est riche d’une compli­cité puis d’une tension qui rend le roman passion­nant et triste parfois. J’ai lu et relu plusieurs fois ce livre, avec toujours le même plai­sir.

J’espère trou­ver dans le monde des blogs d’autres lectrices passion­nées.

On en parle

link. Blog d’Anca Visdei : link.

Grand événe­ment ce soir au restau­rant La Bodega le club des lectrices de Dinard se réunit pour attri­buer le coup de cœur des coups de cœurs de l’année 2009/​2010. Huit livres restent en compé­ti­tion qui s’annonce achar­née :

  • L’exil d’Alexandra d’Anca Visdéi
  • Black Bazar de Alain Maban­ckou
  • Les pieds dans l’eau de Vincent Duteurtre
  • Le livre d’Hannah de Géral­dine Brooks

’imagine que pour tous mes lectrices et lecteurs le suspens est insup­por­table, tant pis pour vous …vous atten­drez demain pour connaître le nom du lauréat et j’espère bien ne pas avoir d’ennuie pour avoir publié cet article , une heure avant que nous enfer­mions dans un bon petit restau­rant de Dinard.

les autres titres

  • La reine des lectrice d’Alan Benett
  • Le cas Sonde­berg d’Elie Wiesel
  • Magic retouche de Fran­çoise Dorner

Et le/​la gagnant/​e est

C’est dans des moments comme-ça qu’on aime­rait avoir volé un peu de talent à tous les auteurs qu’on a lus….Hélas ! Je voudrais savoir vous racon­ter les onze tours de scru­tin autour d’un dîner déli­cieux préparé par le cuisi­nier de la Bodega …

  • Le moment que nous atten­dions toutes lors des tours de table : celui où M… a réussi onze fois à nous faire croire qu’elle aban­don­ne­rait Hannah, pour … y reve­nir dans un éclat de rire toujours plus mali­cieux
  • Vous racon­ter aussi mon émotion, quand la discus­sion est partie autour du Retour du Géné­ral de Benoît Duteurtre, avais-je oublié de lire un des livres ? (ça ne me ressemble guère, mais on ne sait jamais) Et non, il n’était pas dans la sélec­tion ! ! !
  • Je pense que le commis­saire Brunetti, s’est senti quelque peu aban­donné. Il a bien été évoqué, mais moins d’un quart d’heure, j’en suis certaine. Vous pour­riez me faire remar­quer que Donna Leon, n’était pas non plus sélec­tion­née. Mais alors-là vous auriez tout faux, il faut que vous sachiez que rien n’empêche les aficio­na­dos de ce fameux commis­saire de lui consa­crer un certain temps lors de toutes nos rencontres.

Bref, les discus­sions furent intenses, drôles parfois profondes. Nous étions toutes bien tristes d’abandonner des livres moins consen­suels mais qui avaient résonné en nous, comme le cas Sonder­berg. Assez vite, on a compris que tout se joue­rait entre Hannah et Alexan­dra. Anca, vous avez gagné, et autant de temps passé avec vous, mérite bien que je vous appelle par votre prénom.

Notre coup de cœur des coups de cœurs 2009/​2010 est donc

L’exil d’Alexandra d’Anca Visdei. Pour le plus grand plai­sir de toutes. À l’année prochaine.