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Roman très court, un peu plus long qu’une nouvelle. Très facile à lire, on survole la vie de l’auteur petite fille d’une famille juive touchée par la Shoa. Le livre reste super­fi­ciel, même si un certain nombre des remar­ques me semble très juste.

Les quel­ques pages sur Korc­zak, éduca­teur juif polo­nais qui est mort avec les orphe­lins dont il avait la charge sont bouver­san­tes .

Cita­tions

J’ai inventé un adage selon lequel des amou­reux se quit­tent, la plupart du temps, pour les mêmes motifs que ceux qui avaient présidé à leur union… Le poison est dans l’élixir.

Les nazis nous trai­tent de cancre­lats, ils nous voient comme des montres infes­tés de vermine, des sous-​hommes, nous compa­rent aux fruits gâtés qu’il convient de détruire afin qu’ils ne conta­mi­nent pas les récol­tes saines, et nous chan­tons, et nous disons des vers, nous réci­tons la Divine Comé­die , des fables et des comp­ti­nes. Cela ne sert à rien, on meurt quand même. L’art ne sert à rien, car on meurt toujours. Mais l’image reste. L’image d’un convoi d’enfants qui chan­tent en allant vers la mort et disent « en nous exter­mi­nant, c’est vous-​mêmes que vous tuez »

Site où on en parle

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J’ai lu plusieurs fois ce roman et je viens de le relire pour le mettre dans mon blog , avec toujours le même plai­sir. J’avais dans la tête la phrase de ma sœur : « à travers les livres j’élargis ma connais­sance du monde et des gens ». Farrago corres­pond exac­te­ment à cette attente. On y croise une foule de person­na­ges pris dans des turbu­len­ces tragi­ques et comi­ques à la fois. On sent que l’écrivain a aimé tous ses person­na­ges et qu’il a la tête pleine d’histoires de notre époque. Si on ne s’y perd pas, c’est grâce à Homer Idle­wilde, vaga­bond à la recher­che de son destin. Le tout se passe dans une Améri­que profonde, avec des margi­naux haut en couleur que l’on n’est pas près d’oublier.

Citations

Je pars moi-​même à la recher­che du shérif, ce qui d’une simpli­cité enfan­tine, le shérif étant de loin, dans toute la commu­nauté, l’individu le plus facile à pister.

Duke, dont les ancê­tres escla­ves se sont tués au travail dans les champs de coton avant d’être libé­rés et de venir se tuer au travail dans l’arrière-pays cali­for­nien et dans les mines de Tuske­gee Heights

La misère, j’ai pensé, c’est que les gens n’arrivent pas à racon­ter l’histoire de leurs misè­res.

Je souhaite avoir un destin, j’ai murmuré. Je souhaite vivre une histoire qui fasse de ma vie un destin.

Sur toutes les plages du monde, il y a un galet que tu choi­si­ras de ramas­ser parmi tous les autres, et sur tous les quais de gare du monde il y a un voya­geur que tu choi­si­ras de voir dans la foule des visa­ges.

De même les gens sont inca­pa­bles de racon­ter une histoire s’ils ne dispo­sent pas d’une chute heureuse ou malheu­reuse …

Traduit de l'anglais par Valérie Le Plouhinec (elle a dû bien s'amuser).
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J’ai beaucoup, beaucoup ri et en même temps ce livre est tragique. Je ne suis pas complètement certaine que ce livre s’adresse à des adolescents. Il s’adresse aussi bien à des adultes qu’aux ados. On comprend le désespoir absolu des indiens vivant dans les réserves, et en même temps on rit. C’est aussi la première fois que je lis des choses aussi crues sur le sexe sans que ce soit vulgaire. Le héros est un jeune indien qui est trop intelligent pour rester dans l'école de la réserve indienne , mais qui en même temps va perdre toutes ses racines.  La description des réserves indiennes est sans doute plus proche de la réalité que les images que l'on se fait à travers les films américains (hélas !).

Citations

Ouais absolument, j’avoue que je me masturbe.
J’en suis fier.
Je suis doué.
Je suis ambidextre.
S’il existait une Ligue des Masturbateurs Professionnels, je serai proclamé n°1 et je gagnerai des millions de Dollars.
Et vous vous dites peut-être : « Écoute, vraiment, tu ne devrais pas parler de masturbation en public. »
Et bien tant pis pour vous, je vais en parler parce que TOUT le MONDE le fait TOUT le MONDE aime ça.
Et si Dieu n’avait pas voulu qu’on se masturbe, Dieu ne nous aurait pas donné de pouces. Donc je rends grâce à Dieu pour mes pouces.
 
C'est nul d'être pauvre, et c'est nul d'avoir l'impression que d'une certaine manière, on mérite de l'être. On se met à croire que si on est pauvre, c'est parcequ'on est bête et moche. Ensuite, on se met à croire que si on est bête et moche, c'est parce qu'on est indien. Et parce qu'on est indien, on se met à croire qu'on est destiné à être pauvre. C'est un cercle vicieux et il n'y arien à y faire.

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Henry Bauchau est à mon avis un écrivain majeur de notre  époque et j’apprécie toute son œuvre , ce roman  me touche particulièrement. Ce livre m’a permis de mieux comprendre l’enfant psychotique, le travail du thérapeute et la création artistique. Les trois thèmes se mêlent dans un laborieux mais superbe aboutissement d’une œuvre poétique et romanesque
La création du langage est vraiment étonnante.

Citations

On était un enfant retardé par une maladie du cœur jusqu’à quatre ans. À l’hôpital Broussais on a été opéré et on a connu la terreur. Heureusement il y a un enfant bleu de sept ans qui a protégé… Parfois la vie devient plus clair, on est moins petit devant ceux qui font les mauvais coups mais souvent le démon est comme un ovni dans le ciel. Les gens se sorciérisent et les autobus hurlent dans les rues qui deviennent noires.

Vocabulaire du peuple du désastre

Bagarrement baïonnetter Bazardifier
Bazarder
bazardement
Bazarbouillis
bazarbouiller Bombardifier
bombardiser
bouilloniser brigandorangé bouillantonner Le catastrophié charabiacés
chauffagiser clocharder débilancolique Débilisé
Débiléfou
débilodélirant
désauvagé Détracté
Détractement
détractouiller déstructifié embalbutié emmerdoubler
ennuiable escarbarbouiller fabricole Gouille-gare Malheurifier
Le malheurifié
malheurisant
maragouiller médiouse orager pachacroute parlerie
rayonniser renversifier résucrrectifier révolvériser Sauvagé
sorciérisé
scandalifiant
 
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Livre intéressant : un Sénégalais, Omar Ba, essaie de convaincre ses compatriotes qu'ils ont plus     d'avenir au Sénégal qu'en France. Il étudie de façon objective , tous les drames de l'exil. C'est un point de vue rare et précieux et on sent qu'il n'hésite pas à aller à contre-courant des pensées consensuelles dictées par la bonne, ou mauvaise, conscience. Malheureusement son point de vue est affaibli parce qu'il vit en France ; il annonce qu'il retournera vivre au Sénégal. Je l'espère sinon son livre perdra beaucoup de force.

Citations

 Je dédie ce livre à tous ceux qui ne pensent pas comme moi.

Le qu'en dira-t-on, dont on fait son pain quotidien en Afrique, crée un véritable handicap lorsqu'il s'agit de prendre des décisions  personnelles.

Il est urgent d'attaquer le problème de l'immigration illégale sous l'angle du trafic d'êtres humains. Trop souvent on vacille entre l'extrémisme de la droite et l'angélisme de la gauche pendant que se poursuit la ruée macabre vers l'Europe.

L'ordre de prendre une pirogue ne vient d'aucun Etat du Nord, quand bien même ils sont en partie responsables.

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J’ai beaucoup apprécié ce livre en particulier, toutes les remarques sur le vocabulaire et les contresens que nous faisons parfois en donnant au mot le sens d’aujourd’hui. Molière, " valet du roi"  est très éclairant à ce propos. Chaque rituel permet de comprendre la fonction royale mais permet aussi de réfléchir à propos de notre société

Citation

Je me sentis comme élever l’esprit et le courage, je me trouvai tout autre, je découvris en moi ce que je ne connaissais pas, et me reprochai avec joie de l’avoir trop longtemps ignoré. Cette première timidité qu’un peu de jugement donne toujours, et qui d’abord me faisait peine, surtout quand il fallait parler quelque temps en public, se dissipa en moins de rien. Il me sembla seulement alors que j’étais roi et né pour l’être.


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J’ai commencé ce roman avec amusement, persuadée que je n’y trouverai qu’un intérêt modéré. (Ma grand-mère me parlait toujours avec émotion de Madame Coty, c’était son idéal de femme, elle lui attribuait des pensées de compassion pour les pauvres gens – sans doute  à cause de la photo où elle sert de la soupe à son président de mari- et surtout Madame Coty était une bonne catholique). J'ai  beaucoup aimé le livre du petit fils de René Coty, il permet au lecteur de traverser  le siècle par petites touches et analyses assez fines de notre société. L’auteur s’y met en scène avec une honnêteté surprenante.Je pense que mon intérêt vient aussi de la description d’Etretat ou plus d’un dinardais retrouvera des remarques qu’il se fait parfois sur notre « si » petit monde. Je sais que j’offrirai ce livre à des amis de Saint-Lunaire, Saint Briac  ou de Dinard. Son dernier chapitre sur le bain dans l’eau de la Manche m’a vraiment ravie.

Citations

Mais le rêve d’amour avait fait place au harcèlement mutuel qui occupe souvent les vieux couples.
 

Chaque dimanche, après déjeuner, les paysans cauchois s’engouffrent dans leur voiture pour aller regarder la mer …tout le reste a changé : les cultivateurs habitent des maisons modernes, reconstruites à l’intérieur des anciennes cours plantées ; leurs bêtes engraissent dans des hangars en parpaings et leur fourrage est protégé par des bâches en plastique sous des piles de pneus.

 

Abrégeons les préliminaires qui constituent, pour cette activité, le moment le plus pénible. Aucune douceur, aucune excitation, aucun frisson d’extase à espérer quand la première vague glacée vient lécher vos orteils. Elle semble plutôt là pour vous faire renoncer, en vous rappelant que, même par beau temps, la mer reste toujours aussi fraîche, très inférieure à la température du corps…… Certains courent aveuglément sur les galets, ils descendent la pente en poussant des cris et entrent dans l’eau comme des soldats de 14 se jetant sous la mitraille ; d’autres hésitent longuement et progressent, pas à pas, dans une relation masochiste avec l’élément.

Traduit de l’allemand par Cathe­rine Barret.
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J’ai commencé ce livre en étant persuadé que j’allais m’amuser, l’histoire des réin­car­na­tions succes­si­ves ça me plai­sait bien : pas de chance je me suis un peu ennuyée, pas au point d’arrêter le livre mais je l’ai lu sans passion. Je pense que si ce livre a eu autant de succès en Alle­ma­gne, c’est qu’il doit avoir des effets de langue qui dispa­rais­sent à la traduc­tion. Sinon qu’un Alle­mand construise tout un livre sur le regret qu’une femme peut éprou­ver à ne pas avoir été assez présente pour son enfant, ne me surprend pas, mais ne me passionne pas. Je pense que ce genre de livre ne doit pas contri­buer à réduire ce para­doxe : l’Allemagne est le pays où on est le plus persuadé que rien ne remplace la présence de la mère auprès d’un enfant jusqu’à 4 ou 5 ans et en même temps celui où le taux de fécon­dité est le plus bas.
Pour ce qui est des mœurs de l’audiovisuel, on n’apprend vrai­ment pas grand-​chose !

Traduit du néer­lan­dais par Bertrand Abra­ham (quel travail !)

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Livre passion­nant que je lis, relis, prête, offre avec le même succès depuis 2 ans. Le prin­cipe du livre est simple, l’écrivain jour­na­liste part en 1999 retrou­ver les traces du siècle. Chaque mois de son voyage, il traite un moment de l’Europe, par exem­ple : janvier 1999 il va cher­cher les traces de 1900 à 1914 à Paris l’affaire Drey­fus, puis en Gran­de­Bre­ta­gne l’enterrement de la reine Victo­ria…

C’est passion­nant car il s’oblige ainsi, à déca­ler son point de vue suivant le pays où il est pour des évène­ments qui concer­ne­ront l’ensemble de l’Europe. Comme j’ai une forma­tion de fran­çaise et que lui est hollan­dais son regard m’a semblé très nova­teur, j’ai eu l’impression de revi­si­ter toute l’histoire et de mieux la compren­dre. Leli­vre est long mais comme il s’arrête de mois en mois on peut le lais­se­ret le repren­dre sans être perdu.

Citations

Freud obtint l’autorisation de quit­ter la ville dans laquelle il avait vécu depuis sa prime jeunesse. Il partit à Londres, où il allait mourir un peu plus d’un an après. Avant son départ, les nazis exigè­rent du patri­cien mondia­le­ment connu une décla­ra­tion écrite certi­fiant qu’il avait été parfai­te­ment bien traité. Freud signa sans sour­ciller et n’ajouta qu’une phrase :« Je peux cordia­le­ment recom­man­der la Gestapo à tous ».

Nulle part ailleurs (qu’à la télé­vi­sion suédoise) je n’ai eu l’occasion de voir cinq acteurs rester si long­temps muets et immo­bi­les à l’écran. Ils devaient être en train de se bouf­fer le nez je pense.

Sabino de Arena fonda­teur du mouve­ment indé­pen­dan­tiste basque (avait évoqué dans sa dernière pièce « libe » le destin d’une femme préfé­rant mourir plutôt que d’épouser un espa­gnol) prit pour épouse une jeune paysanne, unique­ment à cause de la « pureté » de son sang. Après sa mort, elle eut tôt fait de se trou­ver un mari … un agent de police espa­gnol.

En 1954, les Fran­çais ont torpillé le plan de Commu­nauté euro­péenne qu’ils avaient eux-​mêmes conçus.

Jusqu’en 1968, la majo­rité des garçons étaient encore en vestes et portaient les cheveux courts, la prédo­mi­nance des pulls, des barbes ou des mous­ta­ches, et des longues cheve­lu­res ne cessa ensuite de se renfor­cer. Le caftan de berger afghan, doublé de four­rure, était très appré­cié, été comme hiver.

Traduit de l'anglais (États Unis) par Jeannine Hérisson.
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J'ai tout simplement adoré ce livre, pourtant je ne suis pas une passionnée de la nature, et l’auteur y raconte avec minutie ses observations sur les plantes, les insectes et les animaux. Elle raconte très bien et au-delà de on sent tout les efforts qu’elle a dû faire pour vivre seule. Je la comprends trop bien : il a fallu qu’elle prenne racine. Au milieu des observations animales on trouve des petites notes sur les humains et les humaines qui m’ont beaucoup touchée. En particulier sur la solitude des femmes « d’un certain âge ».

Citations

Pendant ces douze années, j’ai appris qu’un arbre a besoin d’espace pour pousser, que les coyotes chantent près du ruisseau en janvier, que je peux enfoncer un clou dans du chêne seulement quand le bois est vert, que les abeilles en savent plus long que moi sur la fabrication du miel, que l’amour peut devenir souffrance, et qu’il y a davantage de questions que de réponses.

On en parle

http://www.ratsdebiblio.net/hubbellsue.html