4
Superbe livre, j’ai, bien sûr, pensé que j’aurais préféré que comment faire l’amour avec un nègre sans se fati­guer soit choisi par la biblio­thé­caire pour nous faire décou­vrir Dany Laferrière.(Je me promets de le lire prochai­ne­ment !)

Haïti semble toujours concen­trer tous les malheurs de la planète. Cet écri­vain n’explique rien, mais raconte si bien et dans une si belle langue qu’on est complè­te­ment envouté par son récit. La gale­rie de portrait des Haïtiennes et Haïtiens est inou­bliable mon préféré est cet homme dont les sbires du régime de « Baby-​doc » ont détruit la biblio­thèque qui ne conte­nait que des livres de poésies :

Et Alcool est le seul livre qui n’a pas été détruit ce jour-​là puisqu’il l’avait, comme toujours avec lui – il ne s’est jamais dégrisé d’Apollinaire.

Durant tout le chapitre, l’auteur prend des accents d’Apollinaire pour nous parler de l’ancien ami de son père.

La démarche indo­lente
d’une vache
à sa prome­nade du soir.
La nuit devient
chagal­lienne.

Citations

la lecture

J’ai toujours pensé
que c’était le livre qui fran­chis­sait
les siècles pour parve­nir jusqu’à nous.
Jusqu’à ce que je comprenne
en voyant cet homme
que c’est le lecteur qui fait le dépla­ce­ment.
Je n’achetais un livre que
si l’envie de le lire était plus forte
que la faim qui me tenaillait.

L’exil

Pour les trois quarts des gens de cette planète
il n’y a qu’une forme de voyage possible
c’est de se retrou­ver sans papiers
dans un pays dont on ignore
la langue et les mœurs.

L’humour

Ce type à côté de moi me dit qu’il a fait déjà deux solides tenta­tives de suicide, mais qu’il ne pour­rait suppor­ter une seule jour­née d’exil. Moi, c’est le contraire, je ne crois pas pouvoir survivre à un suicide.

Haïti

Si on meurt plus vite qu’ailleurs,
la vie est ici plus intense.
Chacun porte en soi la même somme d’énergie à dépen­ser
sauf que la flamme est plus vive quand son temps pour la brûler
est plus bref.

La pauvreté

Nous sommes dans la voiture de son ami Chico. On doit garder ses pieds sous ses jambes, car il n’y a pas de plan­cher. On voit l’asphalte défi­ler et les trous d’eau verte. On dirait une déca­po­table à l’envers.

4
Premier octobre : début du club de lecture de la biblio­thèque Dinard. Mes lectures vont donc, varier au gré des goûts des dinar­daises. Le premier est un livre pour adoles­cents. Je me demande bien pour­quoi pour­quoi Cathe­rine Gilbert, la traduc­trice, a changé le titre anglais The London eye Mystery en L’étonnante dispa­ri­tion de mon cousin Salim. L’enquête pour retrou­ver le cousin qui a disparu dans la grande roue à Londres est bien menée et tout est plau­sible . On découvre l’histoire à travers le regard du person­nage prin­ci­pal, jeune autiste atteint du syndrome d’Asperger , c’est de là que vient l’intérêt du livre.

Ted ne sait pas mentir, se passionne pour la météo marine, prend au pied de la lettre les expres­sions toutes faites, n’a aucun humour et a appris par cœur des listes d’expressions du visage pour comprendre les réac­tions affec­tives des « normaux » puisqu’il ne les ressent jamais.

Citations

Ses lèvres sont fran­che­ment remon­tées, mais ses yeux se sont mouillés. Ce qui signi­fie qu’elle était triste et contente en même temps.

Comme la fois où j’avais demandé pour­quoi les foot­bal­leurs étaient esclaves alors que l’esclavage était aboli, après avoir entendu aux infor­ma­tions qu’une star du club de Manches­ter United avait été acheté vingt millions de livres par un autre club

Salim, si tu es un irré­cu­pé­rable blagueur, ai-​je dit c’est quoi, un blagueur récu­pé­rable ?

Maman prétend que notre jardin a la taille d’un timbre-​poste. En réalité, il mesure trois mètres sur cinq et j’ai calculé qu’on pouvait y faire tenir vingt-​deux mille cinq cents timbres.

3
Comme le titre l’indique l’historienne spécia­liste de la révo­lu­tion fran­çaise, Mona Ozouf raconte son enfance bretonne, sa double appar­te­nance :

  • à la lutte pour la recon­nais­sance à l’identité bretonne à travers le combat de son père.
  • à l’école publique et répu­bli­caine par sa mère et son propre plai­sir d’être une bonne élève.

Ces deux premières parties sont très inté­res­santes et agréables à lire. Ensuite elle explique son enga­ge­ment intel­lec­tuel, ses lectures et sa compré­hen­sion des idées poli­tiques qui ont construit la France. La lecture devient alors beau­coup plus diffi­cile, les idées sont inté­res­santes mais ce n’est plus du tout le même livre, on quitte le récit pour un débat d’idées un peu long et froid.

Citations

Les hommesselon lui (Jules Ferry) , doivent être lais­sés libres d’errer, car la liberté, fût-​elle payée par l’erreur, est plus dési­rable que le bien.

Jamais sans sa coiffe. L’attacher est son premier geste du matin, bien avant l’éveil de la maison­née.

Son souci constant est la dignité .. sa règle morale essen­tielle est de ne jamais se mettre dans une situa­tion telle qu’on puisse en avoir honte. « Gand var vez » , « avec la honte » est l’expression qui, pour elle englobe tout ce qu’il est incon­ve­nant de faire et même de penser.

Trois péle­ri­nages, donc, qui résu­maient assez bien les trois lots de croyances avec lesquelles il me fallait vivre : la foi chré­tienne de nos ancêtres, la foi bretonne de la maison, la foi de l’école dans la raison répu­bli­caine.

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Traduit de l’anglais (Canada) par Michel Lede­rer.

4
Sans être la suite de Le chemin des âmes, Les saisons de la soli­tude explore, de nouveau, le monde des indiens Cree. Will, un des héros, est le fils de Xavier Bird (le person­nage central du premier livre). Et Marius, le dealer… à vous de le décou­vrir. Ce livre est moins prenant que le premier, mais c’est un excellent roman. Deux mondes s’y affrontent :

  • Celui des Indiens tradi­tion­nels. Un monde finis­sant, qui doit sa survie à une lutte sans pitié contre une nature hostile. Ce roman doit ses plus belles page­sau grand froid qui règne sur les bois et les fleuves du Canada. Lorsque les indiens quittent la nature pour le confort des blancs, ils deviennent obèses, ils sont rava­gés par l’alcool, la drogue et les haines entre familles qui ne se règlent que par la violence.
  • Celui de la mode et des Top-​modèles que les deux nièces de Will ont le malheur de connaître. Le point commun : la drogue et l’alcool.

C’est un roman déses­péré, on est encore une fois envouté par l’écriture de Joseph Boyden .

Citations

Le monde de la mode

Au début, c’est comme la dernière fois, puis ça devient plus fort. Une demi-​heure plus tard, j’ai l’impression d’avoir du mal à respi­rer, comme s’il n’y avait pas assez d’air dans tout l’espace du loft. Les filles se lèvent et quittent la pièce. Je reste seule dans mon fauteuil dont j’agrippe les accou­doirs. Je ne veux pas être seule ici. Je veux flot­ter avec elle. Je veux parler. Je regarde dehors, et je crois être capable de comp­ter les lumières qui s’allument à travers la ville.

Je circule parmi les invi­tés, buvant une gorgée par-​ci, par-​là, et tenant l’autre flûte comme si elle était desti­née à quelqu’un de sorte que je n’ai pas à m’arrêter pour parler aux gens. Il y en a partout, qui boivent et qui rient, qui m’observent au passage et qui certains, avancent la main pour me toucher.

Souriante, je déam­bule au milieu d’une forêt de visages, et les corps deviennent un tunnel dans lequel je m’enfonce. Les odeurs de ces corps se mélangent, et leurs dents étin­cellent.

Le monde des Indiens

La vie dans la forêt est simple. Répé­ti­tive. Mon père savait qu’il n’y a que trois choses indis­pen­sables dans les bois. Du feu, un abri, de la nour­ri­ture. On consacre chaque instant à y penser.

La kookum (la femme) se tenait à côté de son râte­lier à pois­son, le regard fixé vers le large. En ce bel après-​midi, le chan­ge­ment de direc­tion du vent annon­çait du mauvais temps. Elle savait que j’étais là, et elle me montrait par son atti­tude déten­due… Sans pronon­cer un mot, je me suis avancé et j’ai déposé le sac à côté de leur râte­lier à fumage, puis je me suis assis dans le sable, comme eux le regard rivé sur le large, frot­tant ma mauvaise jambe et humant le chan­ge­ment de vent… Je voulais qu’il prenne la parole en premier mais ils se taisaient…
J’étais plus jeune qu’eux. C’est moi qui ai fini par briser le silence. « Sale temps » …… et voilà nous étions amis. Le vent d’ouest a forci, froid et dange­reux.

5
La BD, ce n’est pas toujours ma passion, le plai­sir de lecture n’a rien à voir avec celui procuré par un bon texte. Mais j’ai appré­cié les dessins, l’humour et la nostal­gie qui se dégagent de ces 18 nouvelles, mises en images par des dessi­na­teurs talen­tueux. J’aime bien , Le View-​Master de Jordi Sempere, un homme confronté à l’Alzheimer de sa mère. Ma préfé­rée , surtout pour le dessin , Les Brûlures de Simon Hureau. Pour cette nouvelle, la qualité du graphisme ajoute beau­coup à l’histoire de la rencontre dans une piscine d’un poli­cier noir et d’une jolie fille qui cache un secret doulou­reux. Le sous-​titre du livre « autres nouvelles qui font du bien » est tout à fait vrai : c’est une lecture qui fait du bien.

Citations

- Vous avez raison patron. je dois être le seul chauf­feur qui de fasse conduire par son patron.
– Le coup de la voiture avec chauf­feur, ça épate beau­coup les coréens.
– Et vous patron, qu’est ce qui vous épate ?
– Que vous soyez parvenu à vous faire enga­ger comme chauf­feur sans même possé­der votre permis de conduire !

On en parle

Voici le site qui m’a donné envie de lire cette BD : link.

3
Emma­nuel Carrère est un auteur étrange qui se plaît à décrire le malheur absolu des autres. J’avais été très déran­gée par son livre sur Roman, ce faux méde­cin qui a assas­siné toute sa famille pour cacher qu’il n’avait jamais réussi ses examens de troi­sième année de méde­cine. D’autant plus déran­gée, que cet écri­vain est d’un sérieux et d’une objec­ti­vité redou­tables, dans ce roman là aussi, mais c’est beau­coup plus agréable car il met son talent au service d » émotions qui me touchent. « D’autres vie que la mienne » commence par le récit du Tsunami de 2003. Malgré moi, je me suis dit : encore ! Je n’étais pas convain­cue par son récit.

L’autre vie qui n’est pas la sienne mais qui le touche de près, est celle de Juliette la sœur de sa compagne, jeune femme qui meurt d’un cancer. L’évocation de cette femme à travers les regards de ceux qui ont accom­pa­gné sa vie est d’une rare sensi­bi­lité et déli­ca­tesse. Comme elle est juge, l’auteur se trans­forme en jour­na­liste d’investigation pour expli­quer le suren­det­te­ment et son travail pour enle­ver des griffes des nouveaux usuriers (les compa­gnies de crédit à la consom­ma­tion) le justi­ciable trop naïf. Il est aidé par le témoi­gnage du collègue de Juliette : Etienne qui est amputé d’une jambe à la suite d’un cancer des os. C’est un person­nage inté­res­sant et émou­vant qui dira de Juliette « c’est un grand juge ».

Citations

Il n’empêche qu’il est prison­nier de ce que les psychiatres appellent un double bind, une double contrainte qui le fait perdre sur les deux tableaux. Pile tu gagnes, face je perds. Être rejeté parce qu’on a une jambe c’est dur, être désiré pour la même raison c’est pire.

Ça fait toujours plai­sir une visite si ce n’est pas à l’arrivée, c’est au départ. (Paroles de Béatrix Becq)

On en parle

link.

2
Flop ! Je n’ai pas été sensible à cette histoire d’amour. Ce roman fait partie de la longue, très longue liste des romans fran­çais qui raconte un si petit monde et une si petite histoire. Les critiques sont pour la plupart excel­lentes.

Citations

Je marche dans la nuit, je voudrais ne penser à rien, n’être qu’un corps qui marche, un corps en mouve­ment dans la ville endor­mie.

Dehors l’air est tendre. Tu marches à côté de moi, lente­ment. Nos pas s’accordent. Ils se sont toujours accor­dés.

On en parle

link

Traduit de l’anglais (États-​Unis) par Nico­las Richard.

5Atten­tion, chef d’œuvre ! Ne soyez pas rebuté par les 760 pages, ni par les réfé­rences aux tech­niques musi­cales, ni par les expli­ca­tions sur la rela­ti­vité. Vous serez emporté par ce roman, vous compren­drez ce que le racisme repré­sente de violence,de souf­france et d’humiliation pour toute une nation. Vous reli­rez l’histoire des Etats-​Unis à la lumière des crimes raciaux et des émeutes qui finirent par en décou­ler.

L’histoire de cette famille est boule­ver­sante, j’ai passé de longues heures avec Délia, David, Jonah, Joseph et Ruth Strom, en espé­rant que les idéaux des parents, et la musique puissent triom­pher de la haine ! Seul reproche : j’aurais aimé avoir des notes en bas de page mon incul­ture améri­caine m’a obli­gée à consul­ter très souvent Wiki­pé­dia : je ne connais­sais pas o’fay,Ashan, Movie­tone, Sol Hurok , FRA etc.

Merci Fran­çoise de m’avoir offert ce cadeau qui a enchanté le début du mois de septembre 2009.

Citations

Les trois-​quarts de tous les Noirs améri­cains ont du sang blanc – et la plupart d’entre eux ne l’ont pas choisi.

« Votre temps est plus lent que le mien. Le mien est plus lent que le vôtre. La raison en perd la raison.
– Oui ! » L’homme s’esclaffe. « Ça aussi c’est vrai ! Mais seule­ment parce que notre raison a été créée à des vitesses plus lentes. »

Lors de ces pénibles après-​midi où Jonah et moi sommes bannis de la maison ……Nous restons allon­gés jusqu’au jour où nos cama­rades recréent la chute de Berlin en nous incen­diant. Après cela, pendant long­temps, nous avons eu le droit de rester à la maison.

Était-​il possible qu’il exis­tât des Blancs qui, fina­le­ment, ne la détestent pas d’emblée pour l’impossible pardon qu’ils atten­daient d’elle ?

L’oiseau peut aimer le pois­son unique­ment pour l’étonnement qu’ils éprouvent en filant de concert vers l’inconnu.

La plupart des audi­teurs ignorent combien il est plus diffi­cile d’effleurer un son plutôt que de le marte­ler. Un démar­rage sur les chapeaux de roue fera toujours plus d’effet, sur scène, qu’un légato, plus diffi­cile à tenir.

Elle aime­rait marcher dans la rue avec son mari sans avoir à jouer la domes­tique. Elle aime­rait pouvoir lui prendre le bras en public. Elle aime­rait qu’ils puissent aller au cinéma ensemble, ou aller dîner quelque part, sans se faire expul­ser comme des malo­trus. Elle aime­rait pouvoir asseoir son bébé sur ses épaules, l’emmener faire les courses sans que pour autant tout le maga­sin en soit pétri­fié. Elle aime­rait pouvoir rentrer à la maison sans être couverte de venin. Cela n’arrivera pas de son vivant. Mais il faudra bien que cela se produise du vivant de son fils. La rage l’agrippe chaque fois qu’elle quitte la maison. Il n’y a que l’instinct mater­nel pour conte­nir cette rage.

5
J’aime la poésie, avoir quelques vers en mémoire m’aide à suppor­ter le quoti­dien ou à le trou­ver plus beau. Ce recueil m’a touché, et, j’ai pu faire parta­ger cette émotion à tous ceux qui souffrent de la dispa­ri­tion d’êtres chers. Plus que mes phrases maladroites lisez et écou­tez ce poème réson­ner en vous :

Je veux te dire cette sorte de secret
qu’on ne lit qu’en soi loin
derrière les paupières fermées
long­temps après que sur le cercueil
se sont refor­més les liens du jour

tes morts ne sont qu’à toi

toi seule sais leur nom véri­table
celui qu’on n’écrit pas aux registres
parce qu’il n’est signe dans nulle langue humaine
et qu’il n’est pas d’oreilles
pour la voix qui le dit

toi seule les vois tes morts
hors leur visage de cendre
et les vois sans faillir dans l’absence même
toi seule l’ombre plus claire dans l’ombre
où leur regard paraît

et l’exacte main de douceur sur ton front
pareille au flux des herbes dans la brise
toi seule la recon­nais
qui n’est pas la matière des songes
ni comme le souve­nir appa­riée du désert

toi seule sais
la douceur des morts qui t’appartiennent
car tu es né de leur douceur
et tu prolonges dans chacun de tes gestes
la douceur qui fut le pli heureux de leur vie
à tes yeux désor­mais
de voir clair dans la trans­pa­rence
que fait leur dispa­ri­tion
à toi de comprendre dans la vie requise
l’effacement et le soleil unanimes
ta joie volon­taire
et la beauté des choses

comme endor­mis tes morts rêvent à tes côtés

tu ne guéri­ras pas de leur nuit
mais tu accom­pli­ras
comme l’île conti­nuant la terre où elle n’est plus
leur part perdue
car fille des tes morts
tu es ce qu’ils igno­raient d’eux-mêmes

3
Lors de la lecture de ce roman, on ne cesse de penser que l’auteur a vécu très souvent cette situa­tion. Il s’agit d » un dîner parmi les puis­sants du si petit monde des pari­siens friqués et bran­chés, avec une surprise l’invitation à table de la bonne, une beurette qui ne corres­pond pas aux clichés de la bonne société de gauche pari­sienne. Les scènes sont souvent drôles, le roman se lit vite. Le ton est parfois très caus­tique surtout à propos de la bonne société qui se croit ouverte. Le démar­rage est un peu long. (normal : il faut camper les person­nages). « Mada­medu » Sophie du Vivier et monsieur Thibaut du Vivier reçoivent George Banon qui doit signer un gros contrat avec Monsieur. Ils reçoivent :

  • Sybil Costière et Erwan Costière des jeunes qui réus­sissent et qui aiment l’argent ce seront les seuls person­nages qui seront anti­pa­thiques tout au long du roman
  • Stanis­las Stevil­lano homme lettré et homme de goût.
  • Adrien Le Chate­lard avocat et Chris­tina Le Chate­lard ne dit rien (leucé­mique ?) mais attire le regard de tout le monde créera le roman par sa super­sti­tion : jamais 13 à table.
  • Marie Do « minique » dit tout ce qu’elle pense femme de Stanis­las odieuse et sympa­thique à la fois
  • Stanis­las raté du quai d’Orsay
  • José­phine appar­te­nant au monde des médias « toujours prête à aider les puis­sants dans le besoin en authen­tique petite sœur des riches »
  • Dandieu acadé­mie fran­çaise et son épouse biolo­giste
  • Sonia la bonne maro­caine sympa et pas du tout la beurette de service qui ne s’appelle pas Sonia mais Oumeil­kheir.

Le repas va être mouve­menté !

Critique du monde

Pierre Assou­line ne cesse de tour­ner autour de la table, pour nous offrir une savou­reuse et cruelle gale­rie de portraits. Voici Sybil Corbières, person­nage insi­gni­fiant, abon­née à la chirur­gie esthé­tique : « Elle était ainsi faite et refaite que même ses cordes vocales sonnaient comme un piano accordé de la veille. » Voici Dandieu, l’écrivain, membre de l’Académie fran­çaise, qui se garga­rise de phrases creuses : « Il se voulait si répu­bli­cain qu’il se disait laïque et obli­ga­toire tout en regret­tant de ne pouvoir être égale­ment gratuit. » Et Marie-​Do, l’épouse de l’ambassadeur au placard, « celle qui dit tout haut ce que tout le monde n’osait même pas penser plus bas, encore que la bassesse soit égale­ment parta­gée ». Quant à maître Le Chate­lard, spécia­liste des divorces (« Il avait le génie de la sépa­ra­tion »), c’est un bavard impé­ni­tent. À écou­ter les silences de son épouse, « on compre­nait vite qu’elle avait plusieurs fois divorcé de lui sans même qu’il s’en aper­çoive ».

Le cruel Assou­line n’y va pas avec le dos de la cuillère. Par moments, il donne l’impression de forcer inuti­le­ment le trait. Les convives, à deux ou trois excep­tions près, méri­te­raient d’être jetés par la fenêtre, alors que la char­mante – trop char­mante ? – Sonia, alias Oumel­kheir Ben Saïd, nous éblouit par sa finesse. Elle n’est pas spécia­liste du cous­cous, mais termine une thèse de docto­rat à la Sorbonne sur un mouve­ment archi­tec­tu­ral assez complexe qui s’était épanoui en Europe au début du XVIIIe siècle…

Ce monde n’est pas le sien, mais, à force de l’observer, elle en connaît les codes et les usages. Ayant « le goût des autres », elle n’arrive pas à détes­ter cette faune. Quoique née à Marseille, elle restera toujours en France « une invi­tée ». Comme les juifs, fina­le­ment, remarque Pierre Assou­line : ils ont derrière eux un tel passé d’exclusion, de persé­cu­tion et de noma­disme « que ce sont eux, les invi­tés perma­nents, en dépit des appa­rences »… Le titre du roman, qui parais­sait bien banal, prend soudain une autre dimen­sion.