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J’avais telle­ment appré­cié « Cœur cousu » que je redou­tais un peu de me lancer dans ce roman dont j’entendais tant de bien autour de moi. C’est un peu para­doxal, mais cette auteur arrive à m’entrainer dans un domaine qui souvent m’est complè­te­ment étran­ger : le mysti­cisme et les croyances aux forces de l’au-delà.

Et bien, j’avais tort, j’ai adoré « Du domaines des Murmures » et comme toutes les blogueuses avant moi, je ne peux que recom­man­der chau­de­ment la lecture. Cette femme emmu­rée qui devien­dra fina­le­ment l’écho des hommes de son siècle, alors qu’elle dési­rait se donner à Dieu et à Lui seul, est vivante, sensible superbe dans la force de sa jeunesse. Le roman fait revivre le temps des croi­sades et les erre­ments de la reli­gion et d’une société fondée sur le seul pouvoir de la force mascu­line. Et surtout il offre une tribune à la parole des femmes de cette époque. Que savons-nous d’elles ?

J’ai eu la chance d’entendre Carole Marti­nez lors d’un café litté­raire à Fonte­nay sous bois. Elle nous a dit, entre autre, qu’après la lecture de Georges Duby, elle avait pris conscience que les femmes du XIIe Siècle n’avaient prati­que­ment laissé aucun témoi­gnage. Ce grand spécia­liste du Moyen-âge parlait d’elles comme des « ombres ».

Loin de n’être qu’un roman histo­rique, cette auteure nous entraîne à travers le person­nage d’Esclarmonde , dans une réflexion sur la place de la femme dans les socié­tés patriar­cales reli­gieuses. C’est aussi une réflexion sur l’engagement absolu de la jeunesse : il y a du Anti­gone dans cette recluse. L’intrigue est bien menée et passion­nante jusqu’au bout le style est très agréable : C’est celui d’une conteuse qui séduit ses lecteurs car il crée une atmo­sphère.

Carole Marti­nez a beau­coup de talent et encore bien des histoires à racon­ter, le soir du café litté­raire on la sentait habi­tée par ses person­nages et prête à les faire revivre devant un audi­toire complè­te­ment médusé.

Citations

Tandis que nous avan­cions, j’attendais que la pluie vînt balayer ma peur, mais l’orage restait sec et seuls les éclairs veinaient mon hori­zon d’ardoise.

L’enfantement n’est pas seule­ment une torture physique, mais une peur atta­chée comme une pierre à une joie intense. Les mères savaient la mort à l’œuvre dès le premier souffle de leur enfant, comme accro­chée à leur chair déli­cate. 

Les croi­sades sont des saignées qui rééqui­librent les humeurs du pays. Qu’elles emportent au loin les jeunes cava­liers, les cadets sans terres et sans femmes, dont les tour­nois ne parviennent pas à calmer les ardeurs, qu’elles éloignent tous ceux qui sèment le trouble dans le comté et n’y respectent pas la Paix de Dieu ! Qu’elles le vident de ce sang jeune et impé­tueux qui n’y trouve pas sa place, du pus que sont les fous du Christ inca­pables de dégor­ger leur violence de la morve des désœu­vrés et non des seigneurs vieillis­sants qui main­tiennent l’ordre en leurs fiefs ou leur alleu et sont garants de quié­tude 

Marie étant restée vierge après la nais­sance du Christ, corps intact, sans fissure, « vulve et utérus fermés ». Ces hommes, si éloi­gnés des secrets de l’accouchement, se passion­naient pour les entrailles de la mère de Dieu.

Nous étions au début du prin­temps, en cette période de l’année où une heure de jour valait une heure de nuit. Les heures en mon siècle étaient des divi­sions aux durées élas­tiques. Les jours comme les nuits en comp­taient toujours douze en décembre comme en juin. La durée d’une heure de jour était donc trois fois plus longue au début de juillet qu’aux alen­tours de Noël.
Comment pouvait-on-me muti­ler ainsi ? J’avais choisi de me clôtu­rer, non de me taire. Cette fois, la recluse volon­taire se chan­geait bel et bien en prison­nière et je n’étais plus seule­ment la captive de quinze ans qui, n’imaginant son bonheur qu’en Dieu , avait fait ériger cette chapelle , de cette naïve damoi­selle des Murmures persua­dée de gagner la béati­tude et la liberté en s’emmurant vivante , d’une inno­cente qui ne savait rien encore du monde et igno­rait à quel point un être peut chan­ger

Pour­tant, mon esprit ne pouvait se résoudre à renier Dieu, nous vivions en un temps où Il animait chaque créa­ture ou Il vibrait dans la moindre brin­dille , nous agis­sions sous Son œil. Je ne pouvais douter que des hommes, de ma foi et de moi-même, pas de Son exis­tence.

On en parle

Moi Clara et les mots

Écoutez Carole Marti­nez

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