20150705_215034Traduit du slovène par Andrée Lück Gaye.

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Voilà un an, je rece­vais ce roman en cadeau, j’ai donc mis beau­coup de temps à le lire. Je ne connais­sais pas ce livre pour­tant très célèbre, je dois avouer que je ne suis pas atti­rée par les romans histo­riques, et puis, à chaque fois que je le commen­çais, j’étais rebu­tée par les noms étran­gers et pour suivre cette histoire, il faut rete­nir et se fami­lia­ri­ser avec « Hassan Ibn Sabbâh, Abd al Malik, Abdu Saroka , Ibn Tahir… ». Et puis, lors d’une navi­ga­tion très calme où le soleil brillait plus que le vent ne souf­flait, j’ai enfin lu d’une traite ce roman. Je me suis plon­gée dans le monde musul­man du XIe siècle, dans ce château d’Alamut en Iran, et comme tous les les amateurs de romans histo­riques, j’ai été fasci­née par cette histoire très bien racon­tée.

Un homme : Hassan Ibn Sabbâh, se prétend prophète et lié direc­te­ment à Dieu, il forme des fedayins prêts à tout pour leur chef au nom de la foi Ismaé­lienne (variante du chiisme). Il prétend avoir les clés du para­dis où il peut envoyer les plus valeu­reux de ses fidèles. Cette secte connue aussi sous le nom « secte des assas­sins » a été évoquée par Marco Polo, mais la vérité et le mythe sont très diffi­ciles à démê­ler, on ne sait donc que peu de choses histo­riques sur ce person­nage et sa secte, en revanche, son histoire a envahi bien des imagi­naires toujours liés à la violence de ceux qui prône le fana­tisme. Le roman est le récit d’une mani­pu­la­tion d’un leader pour obte­nir un pouvoir absolu grâce à des hommes qui lui sont entiè­re­ment dévoués.

Mais si Vladi­mir Bartol s’est emparé de cette histoire, pour en faire ce roman publié en 1938, c’est pour mettre en scène le fana­tisme et ses terribles consé­quences. Il s’agit donc d’une réflexion très poin­tue et encore très perti­nente sur ce qui permet de fana­ti­ser des personnes jeunes et idéa­listes. Pour tous les commen­ta­teurs, Valdi­mir Bartol s’empare de cette histoire de l’Islam du XIe siècle, pour aider ses contem­po­rains à ouvrir les yeux sur l’engagement commu­niste ou nazi. Il est vrai que l’on retrouve dans les deux cas, un embri­ga­de­ment de la jeunesse au nom d’un idéal et la demande du chef d’une fidé­lité jusqu’au sacri­fice suprême, mais il y a dans « Alamut » une histoire bien parti­cu­lière de créa­tion d’un « faux » para­dis et je ne vois pas très bien à quoi ça corres­pond dans l’Allemagne nazie, pour le commu­nisme on peut penser aux » lende­mains qui chantent », mais dans les deux cas la jeunesse s’enflamme pour un chef pour qui ils sont prêts à donner leur vie.

Et hélas ! Ce roman permet de très bien comprendre le fana­tisme isla­mique d’aujourd’hui. Le prin­cipe du leader mani­pu­la­teur est très simple, après avoir constaté que les peuples en règle géné­ral ne veulent pas du savoir mais adorent croire aux histoires merveilleuses, il comprend que pour les mani­pu­ler, il suffit d’attiser leurs croyances, celui qui sera leur maître doit simple­ment avoir une avance sur eux et ne croire en rien de ce qu’il fait croire aux autres. Ce roman m’a fait beau­coup réflé­chir et je comprends son succès mondial, je crois qu’aujourd’hui , où des fous tuent au nom d’une reli­gion, il a sa place dans nos biblio­thèques. Je viens, en effet, de lire une cita­tion tirée du jour­nal Dar AL-Islam appe­lant à la guerre sainte contre la France qui aurait pu être pronon­cée par Hassan Ibn Salâa dans le roman de Vladi­mir Bartol :

« Nous n’avons pas d’avions pour vous bombar­der comme vous nous bombar­dez. nous avons des hommes qui aiment la mort comme vous aimez la vie ».

Citations

Mise en condition

Notre corps enclin à la paresse et au confort facile, redoute les diffi­cul­tés que la réus­site de grands projets attend de lui. Ses viles passions para­lysent notre volonté et nos nobles réso­lu­tions. Vaincre ces passions et libé­rer l’esprit de leurs entraves, voilà le but de nos exer­cices. Confor­ter la volonté et l’orienter de façon appro­priée vers un but donné, c’est notre seule obli­ga­tion pour que nous soyons capables de grands exploits et d’actions sacri­fi­cielles. Donc ne pas rester comme ces milliers d’hommes, esclaves de leur corps et de leur faiblesse mais au contraire nous appro­cher du niveau de l’élite qui est maîtresse de son corps et de ses faiblesses, voilà notre ambi­tion. Ainsi seront – nous capables de servir Notre Seigneur et d exécu­ter ses ordres.

Prosélytisme

Allez d’homme en homme et essayer de convaincre chacun. Ne soyez pas doctri­naires, adap­tez votre façon d’agir à chaque cas.

La force du fanatisme

La force de cette orga­ni­sa­tion se construira sur des gens d’un genre tout à fait nouveau. Leur parti­cu­la­rité sera un désir fou de mourir et un dévoue­ment aveugle au chef suprême. Nous attein­drons les deux quand ils croi­ront, que dis-je, quand ils sauront que la jouis­sance éter­nelle les attend au para­dis après leur mort.

14 Thoughts on “Alamut – Vladimir BARTOL

  1. Des réso­nances dans le monde d’aujourd’hui… Merci pour les cita­tions !

    • À lire surtout si on aime les romans histo­riques. Ne pas oublier qu’il a été publié en 1938 et qu’il nous fait réflé­chir sur notre époque.

  2. Je ne suis pas très romans histo­riques, c’est ce qui m’a retenu jusqu’à présent de le lire.

  3. Je le note, c’est un livre pour moi ! Le sujet me passionne ! Je n’en avais jamais entendu parler.

  4. J’ai lu ce roman il y a bien long­temps mais j’en garde un bon souve­nir…

    • Je ne suis pas éton­née par son succès , ce qui est plus surpre­nant c’est son actua­lité , mais l’homme se répète beau­coup en ce qui concerne l’horreur des guerres.

  5. J’ai déjà entendu parler de ce livre, mais son sujet grave me rebute car j’ai enchainé les lectures « un peu tristes » et j’ai besoin de légè­reté (mes vacances approchent) mais je le note (il est sûre­ment dispo à ma bibli)

  6. Un deuxième roman histo­rique ! Je note encore ! Il a l’air aussi passion­nant que le premier !

  7. Je n’avais jamais entendu parler de ce titre. Mais je suis ne pas vrai­ment fan de romans histo­riques alors je vais peut-être passer mon tour.

    • c’est vrai­ment un roman histo­rique et je comprends qu’on ne se laisse pas tenter. Si on ne me l’avait pas offert je ne l’aurais pas lu

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