Traduit de l’anglais par Céline LEROY

4
Roman auto­bio­gra­phique, Jeanette Winter­son raconte, dans un style percu­tant et souvent drôle, sa vie d’enfant adop­tée, donc aban­don­née et mal aimée par une mère à moitié folle. La famille Winter­son se compose d’un père qui fuit tous les conflits, d’une mère qui est à la recherche d’un Dieu vengeur et qui déteste par-dessus tout le plai­sir, et de cette petite Janette qui réagit par la colère aux souf­frances qu’on lui impose.

Le récit n’est abso­lu­ment pas larmoyant, même quand il décrit les nuits passées dehors, par la petite fille de 8 ans, assise sur les marches de la maison. Elle est sauvée par la colère qui l’habite et ensuite par les livres, ceux qu’elle lira et ceux qu’elle écrira. J ai beau­coup appré­cié la pein­ture des milieux ouvriers de Manches­ter, les dures réali­tés de la pauvreté mais égale­ment les formes d’entraides qui exis­taient et qui n’existent sans doute plus. Janette, préfè­rera les femmes aux hommes et sa folle dingue de mère lui fera subir un exor­cisme pour rame­ner la brebis galeuse dans le droit chemin, le jour où elle surpren­dra sa fille dans les bras d’une amie.

Il y a des moments où j ai beau­coup ri, comme, lorsque adulte elle vient à Noël voir sa famille avec une amie noire , Madame Winter­son en bonne mission­naire chré­tienne s’efforce d’accueillir cette jeune femme à qui elle fait manger des ananas à tous les repas car elle pense que c’est la nour­ri­ture préfé­rée des noirs… La fin du roman décrit la rencontre avec sa famille biolo­gique. Ce n’est pas le happy-end , mais cela fera du bien à l’écrivaine narra­trice d’enfin savoir qui est sa mère . Elle nous décrit une dispute avec sa mère qui critique sa mère adop­tive .

Elle répond ce qui me semble très juste, que Madame Winter­son était là et que si elle était un monstre, c’est son monstre à elle et qu’elle seule a le droit d’en dire du mal. Durant la quête de sa famille biolo­gique elle traver­sera une dépres­sion terrible dont elle ne sortira que grâce à l’écriture.

Beau texte, on a vrai­ment envie de lui dire : « Bravo » Jeanette Winter­son de vous en être si bien sortie ! »

Citations

Portrait de sa mère Madame Winterson

Ma mère elle-même était une dépres­sive trucu­lente ; une femme qui cachait un revol­ver dans le tiroir à chif­fons et les balles dans une boîte de produit nettoyant Pledge. Une femme qui passait ses nuits à faire des gâteaux pour ne pas avoir à dormir dans le même lit que mon père. Une femme qui avait une descente d’organes, une thyroïde défi­ciente, un cœur hyper­tro­phié, une jambe ulcé­reuse jamais guérie, et deux dentiers – un mat pour tous les jours et un perlé pour les « grands jours ».

Scène de son enfance

Chez nous, la lumière est allu­mée. Comme papa travaille la nuit, elle peut aller se coucher, mais elle ne dormira pas. Elle lira la Bible jusqu’au matin et quand papa sera de retour, il me fera entrer, ne dira rien, et elle non plus ne dira rien et nous ferons comme s’il était normal de lais­ser son enfant dehors toute la nuit, normal de ne jamais dormir avec son mari.

Le pouvoir des mots

J’ai eu besoin des mots parce que les familles malheu­reuses sont des conspi­ra­tions du silence. On ne pardonne jamais à celui qui brise l’omerta. Lui ou elle doit apprendre à se pardon­ner.

L enfance malheureuse

Je suis contra­riée qu’il y ait autant d’enfants dont on ne s’occupe jamais et qu’on empêche donc de gran­dir . Ils vieillissent mais ne gran­dissent pas. Pour ça il faut de l’amour. Si vous avez de la chance, l’amour vien­dra plus tard. Si vous avez de la chance, vous ne frap­pe­rez pas l’amour au visage.

L’éducation sexuelle de ses parents

J’ai bien trouvé un livre…. Il s’agissait d’un manuel de sexua­lité des années 50 inti­tulé : « Comment combler votre mari »….

En réflé­chis­sant aux horreurs de l’hétérosexualité, j’ai compris que cela ne servait à rien que je plaigne mes parents ; ma mère n’avait pas lu le livre – peut-être l’avait-elle ouvert une fois et l’avait-elle aussi­tôt écarté en mesu­rant l’ampleur de la tâche . Le livre n’était pas corné en parfait état, intact. Conclu­sion, mon père a dû faire sans, et comme je doute fort qu’ils aient jamais couché ensemble, il n’a donc pas eu besoin de passer ses nuits avec Madame Winter­son, pénis dans une main et manuel dans l’autre, pendant que sa femme suivait les instruc­tions.

J ai souri

Madame Winter­son marchait à l’obsession et trico­tait pour Jésus depuis un an envi­ron. L’arbre de Noël arbo­rait des déco­ra­tions en tricot, et le chien était harna­ché dans un manteau de Noël en laine rouge constellé de flocons blancs. La crèche non plus n’avait pas échappé au tricot et tous les bergers portaient des écharpes parce que Beth­léem était sur le trajet de bus qui allait à Accring­ton.
Quand il a ouvert la porte, mon père portait un nouveau pull et une cravate assor­tie. La maison avait été retri­co­tée de fond en comble.

La Bible revisitée

Je supporte déjà telle­ment de choses, m’a-t-elle répondu en me lançant un regard lourd de sens. Je sais que la Bible nous dit de tendre l’autre joue, mais on n’a que deux joues pour toute une jour­née.

On en parle

chez Aifelle un des blogs que je lis régu­liè­re­ment ainsi que lectu­ris­sime

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Post Navigation