Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque

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Encore une fois, j’ai oublié sur quel blog j’avais acquis la certi­tude que je lirai ce livre. 
Mais lorsque la biblio­thé­caire, respon­sable de mon club de lecture (qui a enfin repris ses acti­vi­tés après un an d’absence),a proposé ce livre, je me suis préci­pi­tée. Pour moi, il s’agit plus d’un roman que d’une biogra­phie du fils schi­zo­phrène d’Albert Einstein, Eduard.

Laurent Seksik a consulté toutes les sources dispo­nibles pour essayer de cerner au plus près les rela­tions dans la famille Einstein. Il est méde­cin et il a mis son savoir médi­cal au service de la compré­hen­sion de la schi­zo­phré­nie d’Eduard. Mais la rela­tion entre le père et le fils demeure du domaine de l’intime , et aucun biographe ne pourra jamais la faire comprendre complè­te­ment. Je crai­gnais avant la lecture que la phrase en quatrième de couver­ture : « Le fils d’Einstein finira ses jours parmi les fous, délais­sés de tous, dans le plus total dénue­ment. » soit le fil conduc­teur du roman et qu’on assiste à un débou­lon­nage en règle de la célé­brité d’Einstein.

Ce n’est abso­lu­ment pas le cas. Eduard est le fils de la première femme d’Einstein, et l’éloignement de son père est, aussi, le résul­tat d’un divorce très doulou­reux et des violences de la guerre. Einstein a dû fuir l’Allemagne nazie en lais­sant tous ses biens derrière lui, il est arrivé en Amérique mais ses posi­tions anti­ra­cistes lui ont valu la répro­ba­tion d’une grande partie des classes diri­geantes de ce pays.

L’auteur ne justi­fie rien, il expose des vies déchi­rées par l’horreur du temps et en parti­cu­lier du nazisme, par le divorce et la mala­die mentale. Bien avant d’être célèbre, le couple Einstein a connu l’horreur de perdre une petite fille qu’ils avaient mis en nour­rice, évidem­ment son épouse s’en voudra beau­coup et lui, a caché et sans doute nié, ce fait toute sa vie. Liserl aurait-elle vécu si elle était restée près d’eux ? Comment soignait-on la scar­la­tine à cette époque ? J’avoue avoir été plus choquée par la mort du fils de leur fils aîné , Hans-Albert qui refu­sera au petit Klaus les soins pour une diph­té­rie au nom de sa foi dans l’église scien­tiste !

Ce livre pose cette ques­tion à tous ceux qui connaissent la mala­die mentale : comment aider un schi­zo­phrène qui s’enferme dans un rejet violent de toute forme de compas­sion . La famille est souvent la plus mal placée pour aider le malade . Eduard semble haïr son père , alors que sans doute il aurait voulu que celui-ci s’occupe de lui. Je pense que seule une insti­tu­tion faisant preuve d’humanité peut réel­le­ment aider le malade qu’il soit fils d’Einstein ou du plus parfait inconnu.

Loin de tout voyeu­risme ce livre m’a boule­ver­sée , et je le trouve d’une honnê­teté admi­rable !

Citations

Être le fils d’Einstein

Peut-être que de nombreuses personnes se présentent en ce lieu en affir­mant être le fils d’Einstein. Je ne leur jette­rai pas la pierre. Porter un illustre patro­nyme peut être consi­déré comme une chance. On croit que la gloire rejaillira sur soi. On se trompe lour­de­ment. Le nom d’Einstein est une charge pour le commun des mortels. Une seule personne possède les épaules assez solides pour suppor­ter un tel fardeau : mon père. Ni mon frère ni moi n’avons la stature. Voilà la cause de mes tracas si c’est ce que vous cher­chez.

Le lourd secret

Liserl était le secret le mieux préservé de la légende Einstein, mieux gardé que celui des Templiers. Aucun registre n’attestera jamais de sa nais­sance. Nul ne se doute encore aujourd’hui, en 1930, trente ans après les faits qu’Albert et elle avaient eu et aban­donné un enfant, que cette enfant était décé­dée. Liserl Einstein était effa­cée des mémoires.

Note d’humour (il y en a peu !)

La produc­tion a utilisé une doublure pour la fin. Fina­le­ment il n’y a pas que moi qui me dédouble. Mais moi, ce n’est jamais du cinéma.

La neutralité Suisse

Nos coffres sont pleins et nous n’avons pas connu la guerre. Préfé­re­rais-tu l’inverse ? La Suisse n’a jamais été en guerre. Elle n’a souhaité la défaite de personne , la victoire de personne. Qui préten­dra le contraire est un menteur. Soit il te ment main­te­nant à toi et à tes Alliers vain­queurs, soit il a menti aux Boches pendant six ans.

Le courage d’Einstein et la faiblesse d’un père

Il a eu tous les courages. Braver la Gestapo,soutenir, un des premiers, la cause des Noirs, aider à la créa­tion d’un état juif , braver le FBI, ne pas bais­ser l’échine, ne jamais renon­cer, écrire à Roose­velt pour construire la bombe contre l’Allemagne et écrire à Roose­velt pour arrê­ter la bombe desti­née au Japon. Soute­nir les juifs oppri­més par le Reich. Péti­tion­ner. Être en première ligne. Mais aller voir son fils est au-dessus de ses forces. Il a trouvé ses limites. Seul l’univers ne connaît pas de limites.

Le rapport père fils

Il est le père d’Eduard. Qu’est ce que cela signi­fie ?

Les pères engendrent les fils. Mais ce sont les fils qui rendent père leur géni­teur, qui font d’eux des hommes.

On en parle

Dans Babe­lio

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