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J’ai lu et je lirai tous les livres de cette auteure, depuis « la Place ». Ils sont tous dans ma biblio­thèque, je les relis et surtout j’y pense souvent. Je n’ai jamais trouvé quelqu’un qui sache aussi bien expli­quer le chan­ge­ment de condi­tion sociale qui accom­pagne la réus­site scolaire. Le jour où la petite fille n’a plus lu les revues style « nous deux » que lisaient les femmes appar­te­nant au même milieu que sa mère, le fossé n’a cessé de se creu­ser.

Elle revient dans ce très court texte sur cette sœur morte avant sa nais­sance et dont ses parents ne lui ont jamais parlé. Comme toujours avec Annie Ernaux, il n’y a pas un mot de trop , cela souligne la justesse de ses senti­ments. Je crois que je n’ai jamais aussi bien compris l’intérêt de son style qui m’avait tant séduit quand j’ai décou­vert cette auteure. Si elle est brève et parfois même un peu sèche, c’est qu’elle est vient de ce milieu là, de gens qui n’avaient pas le don de la parole.

Il me semble qu’elle ne peut ni ne veut les trahir. Elle écrit donc une lettre à cette sœur qu’elle a, dit-elle, rempla­cée auprès de ses parents. Avec trois ou quatre photos, le silence parfois doulou­reux de son père et une phrase au combien maladroite de sa mère( l’autre était la gentille, la morte !), elle fait vivre le poids du deuil dans cette famille.

L’évocation des années 50 dans la province cauchoise à travers les mala­dies enfan­tines et le senti­ment reli­gieux est réus­sie, en tout cas pour moi. Vite lu, ce livre ne sera pas pour autant, vite oublié.

Citations

Comme me le confir­mera aussi un jour la direc­trice du pension­nat en me traver­sant de ses yeux étin­ce­lants « on peut avoir vingt partout en classe et ne pas être agréable à Dieu ».

Je n’écris pas parce que tu es morte. Tu es morte pour que j’écrive, ça fait une sacré diffé­rence.

Aujourd’hui seule­ment je me pose la ques­tion pour­tant si simple, qui ne m’est jamais venue : pour­quoi ne les ai-je jamais inter­ro­gés sur toi, à aucun moment, pas même adulte et mère à mon tour ? Pour­quoi ne pas leur avoir dit que je savais.

Tu n’as d’existence qu’au travers de ton empreinte sur la mienne. T’écrire, ce n’est rien d’autre que faire le tour de ton absence. D écrire l’héritage d’absence. Tu es une forme vide impos­sible à remplir d’écriture.

Je suis venue au monde parce que tu es morte et je t’ai rempla­cée.

On en parle

Moi Clara et les mots.

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