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Lors de notre dernière réunion du club de lecture, j’ai senti un enthou­siasme très fort pour cet auteur, et j’ai donc lu le roman auquel les lectrices avaient accordé un grand coup de cœur la dernière fois. Je comprends bien le plai­sir de lire un roman facile à lire qui surfe sur les sombres réali­tés de la guerre 1418 et la vie intel­lec­tuelle de cette époque, mais je reste plus réser­vée sur les quali­tés de ce roman.

Il est vrai que « Retour parmi les hommes » ne manquent pas d’attraits : Philippe Besson décrit très bien la beauté du senti­ment amou­reux, et la finesse des rapports entre homo­sexuels. C’est très fine­ment et préci­sé­ment évoqué, on se laisse porter et on ressent bien ses joies et ses tris­tesses et comme la Mort est présente à toutes les pages, le tragique nous touche.

Pour tout le reste du roman, c’est comme une succes­sion d’images rapides sur l’ensemble d’une société et du monde, un condensé du « Voyage au bout de la nuit » sans le talent de Céline. On suit un périple en Afrique en Amérique et on revient en France. Tout est rapi­de­ment évoqué, le colo­nia­lisme au Liban, l’arrivée des émigrants à Ellis Island, la réus­site améri­caine, l’étroitesse d’esprit des gens d’une famille « coin­çoss » du XVI° arron­dis­se­ment, la condam­na­tion de l’homosexualité, Radi­guet, Cocteau…

Le talent de cet auteur, c’est de tout évoquer sans s’appesantir sur rien, et donc faire appel à nos souve­nirs litté­raires pour combler ce qu’il ne nous raconte pas. Ça marche assez bien, il est vrai que les romans fleuves des grands familles Bour­geoises, des Bous­sar­del au Thibault (je les ais à peu près tous suppri­més de ma biblio­thèque : c’est illi­sible aujourd’hui) racontent bien les étroi­tesses d’esprit de cette époque, Philippe Besson n’y consacre que quelques lignes. Les avoir lus me permet de comprendre immé­dia­te­ment ce genre de formules « Ma mère, confite dans le souve­nir, n’a touché à rien », immé­dia­te­ment je plante le décor de cet appar­te­ment aux tentures trop lourdes, aux meubles signés renfer­mant des secrets de famille qui ont tant fait souf­frir les enfants.

J’espère ne choquer personne (en parti­cu­lier pas mes amies qui ont parlé de chef d’œuvre à propos de ce livre) en disant qu’on retrouve dans ce roman la marque du zapping de notre époque, un style allu­sif et complice mais où souvent le cliché sert de réflexion. Tout est en séduc­tion mais, il manque un réel travail à la fois sur le fond et très certai­ne­ment sur le style. Je rejoins le commen­taire que j’ai mis en lien.

Moi aussi j’oublierai ce livre assez vite avec lequel j’ai passé un bon moment.

Citations

Je veux bien admettre que la mer peut rendre fou. Que cette éten­due dont tout à coup on n’envisage plus la fin peut faire perdre la raison ? Cette immen­sité a quelque chose d’effrayant car, para­doxa­le­ment, elle procure la sensa­tion d’enfermement.

(Ma mère) Elle dit : « quand je serai morte, ceci te revien­dra. ». Je regarde autour et je ne vois qu’un tombeau, une pous­sière déli­cate sur les meubles, une nostal­gie qui pue et je rêve de tout raser. Elle ajoute : « J’ai tout gardé pour toi. J’ai tenu notre rang. » Et cet entê­te­ment à conser­ver des privi­lèges, à ne rien parta­ger pour ne pas être entamé, à entre­te­nir l’illusion de la gran­deur me paraît abjecte.

Renouer avec mes obli­ga­tions d e fils, mon oisi­veté d’héritier, ma dégoû­tante aisance de riche. Enta­mer des conver­sa­tions avec ma mère à propos du temps qu’il fait, de la médio­crité des domes­tiques, des rumeurs du faubourg.

On en parle

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