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J’avoue avoir du mal à mettre des coquillages à ce chef d’œuvre de la litté­ra­ture, il faudrait que je crée une nouvelle caté­go­rie ! Voici la raison de mon rela­tif silence litté­raire sur mon blog : j’ai entre­pris de relire très atten­ti­ve­ment « le Voyage » comme il faut dire, pour faire bien dans les salons bran­chés !

J’ai mis du temps à décou­vrir Céline, je n’arrivais pas à passer au-delà de son anti­sé­mi­tisme viru­lent ni de ses posi­tions pro-nazi Quand j’ai , il y a bien vingt ans, lu « le Voyage » (à mon avis le seul livre de Céline qui vaille vrai­ment la peine) , j’avais ressenti une très forte émotion. Un profond déses­poir d’abord devant tant de misère et de peti­tesses humaines, j’ai cru y lire la pente natu­relle pour la détes­ta­tion de toute l’humanité. Et en même temps une admi­ra­tion sans limite pour son style.

J’ai retrouvé intactes ces deux senti­ments, mais, comme ma lecture a été plus atten­tive, je me suis réga­lée de petits moments qui semblent comme des croquis pris sur le vif des compor­te­ments humains. Si vous voulez sourire, reli­sez la discus­sion sur la consti­pa­tion, c’est gratiné ! Mais il y a aussi de grands moments, par exemple, l’absurdité de la guerre 14 /​18, cela n’a jamais été aussi bien racon­tée.

La dénon­cia­tion du colo­nia­lisme est extra­or­di­naire, nous sommes en 1931, je pense que personne n’était aussi clair­voyant que lui à cette époque ». C’est d’autant plus éton­nant que Céline n’est pas dans une posi­tion huma­niste « pro-noirs », il décrit simple­ment la turpi­tude des uns et des autres. Mais on comprend que c’était impos­sible qu’une telle exploi­ta­tion et un tel mépris des popu­la­tions afri­caines puissent conti­nuer éter­nel­le­ment.

La misère des pauvres gens du Rancy est terrible égale­ment, j’avoue que je trouve un peu long la fin du roman et je suppri­me­rais bien le passage dans la clinique psychia­trique. Au milieu des pein­tures de gens aigris, mauvais, calcu­la­teurs, inté­res­sés, cruels vis des faibles, sentant mauvais, pervers … et j’en passe, deux beaux portraits d’être sensibles : Aris­tide qui laisse sa santé en Afrique pour offrir à une petite nièce une éduca­tion conve­nable et Molly la pros­ti­tuée intel­li­gente et sensible que Ferdi­nand n’a pas eu le courage d’aimer.

Bref un roman qu’il faut lire et relire, et je ne comprends toujours pas pour­quoi cet homme si génial est devenu anti­sé­mite, raciste et pro-nazi.

Alors voilà, on peut détes­ter un homme et qu’il soit un très grand écri­vain, même si, pour moi, il n’est l’écrivain que d’un livre. Je vais mettre beau­coup de cita­tions certaines sont dans ma tête pour toute la vie, d’autres me font sourire où me rendent triste c’est selon. Dans tous les cas, il a un art de dire les choses qui , souvent, fait mouche. Ma préfé­rée à cette relec­ture : » Les femmes des riches, bien nour­ries, bien menties, bien repo­sées, elles deviennent jolies. Ça c’est vrai. Après tout ça suffit peut-être. On ne sait pas. Ça serait au moins une raison pour exis­ter. »

(Je comprends bien le plai­sir de Fabrice Lucchini à dire du Céline )

Citations

C’est peut-être ça qu’on cherche à travers la vie, rien que cela, le plus grand chagrin possible pour deve­nir soi-même avant de mourir.

L’amour c’est l’infini mis à la portée des caniches

Moi d’abord la campagne, faut que je le dise tout de suite, j’ai jamais pu la sentir, je l’ai toujours trou­vée triste, avec ses bour­biers qui n’en finissent pas, ses maisons où les gens n’y sont jamais et ses chemins qui mènent nulle part. Mais quand on y ajoute la guerre, c’est à ne pas y tenir.

Dans ce métier d’être tué, faut pas être diffi­cile, faut faire comme-si la vie conti­nuait, c’est ça le plus dur, ce mensonge.

En transe de bêtise inquiète qu’elle était. Ça dure long­temps ces états là.

Un cerveau c’est un tyran comme y a pas.

Ce n’est pas qu’elle fût laide Madame Puta, non, elle aurait même pu être assez jolie, comme tant d’autres, seule­ment elle était si prudente, si méfiante, qu’elle s’arrêtait au bord de la beauté, comme au bord de la vie, avec ses cheveux un peu trop peignés , un sourire un peu trop facile et soudain, des gestes un peu trop rapides ou un peu trop furtifs


Il y a un moment où on est tout seul quand on est arrivé au bout de tout ce qui peut vous arri­ver. C’est le bout du monde. Le chagrin lui-même, le vôtre, ne vous répond plus rien et il faut reve­nir en arrière alors parmi les hommes, n’importe lesquels. On n’est pas diffi­cile dans ces moments là car même pour pleu­rer il faut retour­ner là où tout recom­mence, il faut reve­nir avec eux.

On n’est jamais mécon­tent qu’un adulte s’en aille, ça fait toujours une vache de moins sur terre, qu’on se dit, tandis que pour un enfant, c’est tout de même moins sûr. Il y a l’avenir.

Ne croyez jamais d’emblée au malheur des hommes. Deman­dez-leur seule­ment s’ils peuvent dormir encore…si oui, tout va bien. Ça suffit.

Je ne connais­sais que des pauvres, c’est-à-dire des gens dont la mort n’intéresse personne.

Nous voguions vers l’Afrique, la vraie, la grande ; celle des inson­dables forêts, des miasmes délé­tères, des soli­tudes invio­lées, vers les grands tyrans nègres vautrés aux croi­se­ments des fleuves qui n’en finissent plus.

Par exemple à présent c’est facile de nous racon­ter des choses à propos de Jésus-Christ. Est-ce Qu’il allait aux cabi­nets devant tout le monde Jésus-Christ. J’ai l’idée que ça n’aurait pas duré long­temps son truc s’il avait fait caca en public. Très peu de présence tout est là, surtout pour l’amour.

Pour les ravi­go­ter, on les remonte les riches, à chaque dix ans, d’un cran dans la légion d’Honneur, comme un vieux nichon et les voilà occu­pés pour dix ans encore.

Le voyage c’est la recherche de ce rien du tout, de ce petit vertige pour couillons.

La vie c’est un petit bout de lumière qui finit dans la nuit.

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