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C’est un livre sur l’amitié et ce sont mes amis qui m’ont prêté ce roman. La meilleure façon de les remer­cier serait que je vous donne envie, à mon tour, de lire ce livre qui m’a fait rire et qui m » a émue. Ce livre est paru en 1989 , je n’en connais­sais pas l’existence. Pour­tant, l’auteur ne m’est pas inconnu, j’avais bien aimé à l’époque « La puce à l’oreille » et « Je suis comme une truie qui doute ». Mais c’est un peu pour ça que je n’avais pas fait atten­tion à sa produc­tion roma­nesque, j’avais cata­lo­gué Claude Dune­ton « spécia­liste des faits de langue », en parti­cu­lier des expres­sions, et je ne connais­sais pas son talent de roman­cier.

« Rires d’homme entre deux pluies » raconte avec un talent humo­ris­tique certain, l’errance de paumés dans les années 70 . Ils vivent au cœur de Paris, à côté de Notre dame de Lorette, dans un loge­ment vétuste sous les combles d’un immeuble, gardé par une concierge qui perd quelque peu la tête. Tous les person­nages sont impor­tants et Alphon­sine, la concierge jouera son rôle dans l’intrigue.

Le charme du roman vient essen­tiel­le­ment du côté déjanté mais plein d’humanité de tous les person­nages et égale­ment du style de Dune­ton. Comme la relec­ture la plus impor­tante que j’ai faite cette année, c’est « le voyage au bout de la nuit » j’ai souvent pensé à Céline, mais un Céline heureux qui aurait confiance dans l’humanité.

Alors que reste-t-il de Céline ? Ce goût pour les gens de tous les jours, pour les antis héros, les situa­tions banales, la mala­die, la mort et l’évolution lente d’un person­nage vers son accom­plis­se­ment. Et puis, une certaine jouis­sance à écrire avec la langue de tous les jours truf­fée de toutes les expres­sions et cita­tions que nous avons tous plus ou moins dans la tête. Ferdi­nand (comme par hasard) qui finira par s’appeler Jean est traduc­teur, nous suivrons toutes ses diffi­cul­tés de traduc­tion comment par exemple traduire correc­te­ment une expres­sion d’une langue à l’autre. Faut-il traduire « Piss-weak » par « pisse-froid » ou par « couille molle » ? Nous le verrons avec son ami Clément ruser pour se nour­rir les mois où la dèche et la faim sont trop fortes. Nous suivrons son amour pour Caro­lina qui s’appelle en réalité Viviane.

Nous connaî­trons les milieux de l’édition, du cinéma avec tous leurs aspects néga­tifs mais aussi amusants et vivants. Cela pour­rait parfois être une charge contre notre société mais ce n’est pas ça, l’auteur pose un regard lucide et amusé sur les compor­te­ments des gens dans les années 70, un peu à la Bras­sens à qui il m’a fait penser égale­ment. J’ai trouvé parfois que le roman s’égarait un peu, en parti­cu­lier dans les brumes finlan­daises et la fin me laisse dubi­ta­tive.

Le titre le dit bien, si vous voulez rire et pleu­rer avec des êtres ô combien humain préci­pi­tez- vous sur ce livre (si vous le trou­vez), vous passe­rez un très bon moment au milieu d’une foule de person­nages aux desti­nées variées. Vous n’oublierez pas le Tiaf déguisé en femme , Alphon­sine voci­fé­rant contre les juifs, Berbis qui se prend un râteau malgré son énorme érudi­tion , Riton qui ne veut plus vivre accro­ché à son fauteuil roulant, et tant d’autres figures contem­po­raines croquées avec humour et sensi­bi­lité.

Citations 

(j’en ai mis beau­coup j’avais parfois envie de reco­pier des passages entiers)

À Paris ce matin-là, l’air était gris, les chats dans les gorges.

Dans les amours les plus blafardes, les coups du cœur très mal bran­chés, il y a toujours un moment comme ça, un laps parfait où tout bascule, où la vie est belle à crier !

Devant le radia­teur à gaz à l’entrée, il y avait des cale­çons qui séchaient, des boîtes de conserve bâillaient sur ce qui aurait dû être ma table de travail. Et partout des chaus­settes, des bouquins, des godasses, un manche de pioche – je ne sais pour quelle raison- et des jour­naux en pagaille !

La vie aussi était comme ça, provi­soire, avec ses folies, ses hontes, ses orgueils. Ses regrets. Un enchaî­ne­ment d’évidences qui se poussent.

Il avait les yeux très bleus. J’ai dit que tous les mythes avaient des yeux bleus – même Jésus Christ dans ses photos anté­rieures au XIXe siècle.

(Une phrase qui me fait penser à du Céline )

Le mois de janvier avait été pluvieux, pas très froid mais pourri. Nous regar­dions tomber la flotte, jour après jour, à la semaine, dégou­li­ner les toits de paris. A se deman­der !… A cher­cher, dans le ciel mouillé, où est le trou d’où vient la pluie.

Pour les soucis d’argent Clément était d’un récon­fort médiocre. Ses discours sur la société capi­ta­liste, inté­res­sant en eux-mêmes, ne valaient pas le diable dans les moments de pénu­rie. Je trou­vais que ce garçon popu­laire s’acheminait lente­ment, mais sans remède , vers le Secours du même nom.

Nous volions une boîte de thon au natu­rel, de maque­reau au vin blanc – jamais d’alcool ! une bouteille d’huile un jour à cause des vinai­grettes… On ne crai­gnait pas trop l’escalade, car, dans le quar­tier, je ne vois pas trop où nous aurions pu voler un bœuf !

Je me suis dit que les femmes, réel­le­ment, étaient les vraies merveilles du monde.

Je me disais que cet inté­rieur blanc des cuisses des femmes est sans doute le plus bel endroit du monde. Que lorsque je mour­rais, si j’avais le senti­ment des choses lais­sées, mon regret ce serait l’intérieur blanc des cuisses des femmes !

Sa tactique à lui consis­tait à jouer de la culture comme d’une arme secrète … Il m’avait confié qu’il lui arri­vait d’établir des fiches, des cata­logues de cita­tions choi­sies, par matières pour les balan­cer dans une discus­sion au moment stra­té­gique, de l’air de celui qui s’en fout tota­le­ment… Ah oui : très impor­tant ça ! Ne citer que par dessous la jambe, toujours ! Négli­gem­ment, faire croire que c’est telle­ment connu, ce qu’on dit là ! … Un rappel, tout au plus ! En s’excusant de la bana­lité…

Caro­lina disait qu’il ne faut rien savoir des gens ; quand on sait tout, il ne reste plus rien. Ils sont mangés …. Souvent il n’y a palus qu’à les vomir ! Ce qui est une rude entre­prise ? Parfois ça peut durer toute la vie.

Je me suis dit que c’était rigolo, mais les gens d’un certain stan­ding, lorsqu’ils étaient absents de Paris, ils rési­daient rare­ment dans le Nord.

J’ai dit qu’en effet, après avoir glandé tout l’été, je me sentais fort dépourvu. J’aimerais ça trou­ver de quoi subsis­ter jusqu’à la saison prochaine !

Les rires commer­çants en géné­ral, l’aspect « jovialo-servile » !

On en parle

Appel à la blogo­sphère qui a déjà écrit sur ce roman excep­tion­nel ?

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