20161130_175730Traduit de l’allemand par Leïla PELISSIER. Lu grâce au club de lecture de la média­thèque de Dinard.

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Ce roman est « gentillet » pour les lectrices de notre club de lecture. Nous nous atten­dions à mieux et surtout à comprendre pour­quoi plus personne ne vient dans cette librai­rie. Nous voulions aussi savoir si la jeune femme qui en hérite réus­sit à renta­bi­li­ser cette affaire. Car Valé­rie hérite d’une librai­rie qu’une vieille tante Char­lotte origi­nale lui a confié le temps de son absence, on ne sait pas si elle est morte ou tout simple­ment partie se distraire ailleurs.

Aucun person­nage n’est crédible, et rien ne permet de comprendre le pour­quoi de la désaf­fec­tion pour ce lieu, si ce n’est que les livres se vendent moins. Elle va se lier d’affection avec une rate ce qui ne rajoute vrai­ment rien à l’histoire et va rencon­trer un beau jeune homme dont on ne saura pas grand chose. Quant à l’importance des livres, c’est dit dans le roman sans convaincre, certes Valé­rie a plus de temps pour lire puisque peu de gens passent dans sa boutique mais cela ne donne pas l’explication ni la solu­tion à la désaf­fec­tion des lieux qui autre­fois enchan­taient les grands lecteurs. Bref un livre que je vais très vite oublier comme tous les membres de notre club

Citations

Un magasin vieillot

Ce maga­sin était comme un vête­ment que la vieille dame aurait confec­tionné autour de sa vie. Certai­ne­ment confor­table pour elle, il était informe et peu pratique pour la jeune femme

Humour

Elle était juste introu­vable. Si aucun indice ne permet­tait de penser qu’elle était partie de son plein gré, rien n’indiquait non plus qu’elle était quelque part contre son gré, fut-​ce dans l’au-delà.

Le pouvoir de la littérature

La litté­ra­ture peut en effet fasci­ner un être et capter toute son atten­tion. Elle peut le sous­traire aux petites misères du quoti­dien et les trans­por­ter vers d’autres mondes au point de s’y aban­don­ner corps et âmes

Je fais souvent ça dans une librairie

Elle prit toute une pile de livres pour son petit fils (en veillant à se faire conseiller en détail, pour faire ensuite des choix person­nels forts diffé­rents).

20160429_091450Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard. Traduit de l’allemand par Corrinna Gepner.

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J’ai déci­dé­ment du mal avec l’humour alle­mand même si c’est un peu simpliste de ma part de caté­go­ri­ser comme ça un roman. Disons que je n’ai pas aimé et pire, je n’ai abso­lu­ment pas compris la néces­sité dans laquelle s’est trouvé l’auteur d’écrire un tel roman. Ma lecture a cepen­dant bien commencé et puis est deve­nue un véri­table pensum ! J’ai appré­cié au début que l’auteur s’amuse avec les déci­sions les plus absurdes du régime nazi concer­nant les juifs. Je ne sais pas si c’est vrai (je n’en avais jamais entendu parler aupa­ra­vant), mais les juifs auraient été obli­gés de chan­ger leurs prénoms pour faire « plus » juifs, peu importe que ce soit vrai ou pas, on est dans la cari­ca­ture et cela permet de saisir l’absurdité de l’antisémitisme nazi.

Puis nous partons à Holly­wood, où le chien de la famille devien­dra une vedette célèbre. Et là, ma puni­tion a commencé. Je n’ai rien trouvé de drôle, j’avais beau penser à la quatrième de couver­ture qui me promet­tait d’être entraî­née dans « un texte irré­sis­ti­ble­ment pica­resque », m’assurant que Jona­than Crown me ferait « revi­si­ter l’histoire avec humour et sensi­bi­lité », je restais sur la touche, tour­nant la pages avec un ennui profond. Ce chien magique qui joue l’agent secret auprès d’Hitler a su conqué­rir l’esprit de certains lecteurs si j’en juge sur les critiques dans Babe­lio, je n’arrive pas bien à comprendre pour­quoi. Sauf à me répé­ter cette phrase un peu absurde : « les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas ». Juste­ment, si, j’aimerais en discu­ter.

Citation

Remarque qui m’a fait sourire (c’était au début du roman)

Lilien­cron s’intéresse à ce qui est micro­sco­pique. Dans son insti­tut il étudie les rela­tions entre les planc­tons arctique et antarc­tique.

« Tout ce qui fait plus de quatre millième de milli­mètre m’ennuie », aime-​t-​il à dire.

C’est ainsi qu’il justi­fie son désin­té­rêt pour Adolf Hitler. ou pour la poli­tique. Ou pour l’avenir. « Trop grand, tout ça », décrète-​t-​il.

Traduit de l’allemand par Pierre MALHERBET

Une bonne pioche chez Domi­nique.

4Je pense que c’est l’aspect docu­men­taire qui a forcé ma réti­cence à lire des romans poli­ciers. J’ai souvent du mal avec le suspens, j’avoue que je commence souvent les romans par la fin, pour ne pas attendre un dénoue­ment et me consa­crer unique­ment à l’écriture. Ici, ce n’est pas la peine puisque la scène de meurtre commence le roman. Il reste le mobile et les raisons pour lesquelles le meur­trier ou l’assassin ‚nuance juri­dique impor­tante pour le coupable , a tué de façon aussi brutale Hans Meyer , respec­table indus­triel.

C’est l’intérêt du roman et de façon très précise et très bien docu­menté , le lecteur comprend à la fois le système judi­ciaire alle­mand et sa diffi­culté à juger son passé nazi. Sans aucun pathos , on est saisi d’effroi par les malheurs de Fabri­zio Collini. Il était bien évident qu’il ne pouvait s’agir d’un crime gratuit mais on prend conscience qu’un appa­reil judi­ciaire injuste peut pous­ser un homme à la vengeance.

J’ai été très sensible égale­ment aux deux vies de la victime : le comman­dant SS Hans Meyer et le gentil grand père qui faisait le bonheur de ses petits enfants. Je me souviens de l’interrogation des membres de ma famille qui avait connu la guerre, face aux touristes alle­mands du même âge qu’eux : comment faisaient-​ils pour reve­nir en France ?

Et jamais, je n’ai reconnu dans la gentillesse alle­mande des touristes comme des familles de nos corres­pon­dants l’image des nazis massa­crant des gens sans défense. Un livre écrit au plus près de la vérité, sans se perdre dans des consi­dé­ra­tions psycho­lo­giques et incroya­ble­ment effi­cace.

Citations

L’humain

J’ai main­te­nant soixante quatre ans et, de toute ma vie , je n’ai rencon­tré que deux honnêtes hommes. L’un est mort depuis dix ans,l’autre est moine dans un monas­tère fran­çais. Croyez-​moi, Leinen, les gens ne sont pas noirs ou blancs… ils sont gris.

Vocation

Il avait toujours voulu être avocat. Il avait été stagiaire dans l’un des plus gros cabi­nets d’affaires. Dans la semaine qui suivit ses examens, il fut convo­qué à quatre entretiens;tous,il les déclina. Leinen ne voulait pas travailler dans ces cabi­nets de huit cents colla­bo­ra­teurs. Les jeunes diplô­més y avaient l’air de banquiers, ils avaient réussi leurs examens haut la main, ache­taient des voitures au-​dessus de leurs moyens, et on tenait pour le meilleur d’entre eux celui qui avait facturé le plus d’heures à ses clients au cours de la semaine écou­lée. Les asso­ciés de telles socié­tés en étaient tous à leur second mariage, ils portaient des pull-​overs en cache­mire jaune et des panta­lons à carreaux le week-​end. Leur univers était consti­tué de chiffres,de postes à des conseils d’administration, d’un contrat de conseils auprès du gouver­ne­ment fédé­ral et d’une suite infi­nie de salles de confé­rence, de lounges d’aéroport, de récep­tions d’hôtel. Pour tous ces gens ‚la plus grande catas­trophe était qu’une affaire atter­rît devant un tribu­nal ; les juges repré­sen­taient un risque. Mais c’était préci­sé­ment ce que voulait Caspar Leinen : passer sa robe et défendre ses mandants. Son heure était enfin venue.

Traduit de l’allemand par Olivier MANNONI

1
Une énorme décep­tion, j’ai fini par lire complè­te­ment en diago­nal les derniers chapitres. Pour­quoi suis-​je allée vers ce roman, parce que « Small World » du même auteur,est pour moi un excellent roman. Il y avait tout dans ce roman, l’intensité d’un polar, une réflexion sur la société et les diffi­cul­tés d’un être en prise avec un Alzhei­mer débu­tant. Et j’avais égale­ment beau­coup aimé « le cuisi­nier  ». Et là rien, sauf une lenteur et une préten­tion à propos des réflexions sur le temps ! Le scéna­rio à peine digne d’un mauvais atelier d’écriture, un vieil homme obsédé par la mort de sa femme veut remon­ter le temps.

Comme le temps n’a pas de réalité, que seuls le vieillis­se­ment et les trans­for­ma­tions sont tangibles, il va embar­quer le narra­teur qui a, égale­ment, perdu sa femme (assas­si­née devant chez lui) dans une recons­ti­tu­tion à l’identique de la jour­née d’avant la déci­sion qui a entraîné la mort de sa femme.

Et voilà , le roman, il faut retrou­ver dans les moindres détails la jour­née où le vieil homme va accep­ter d’aller au Tibet avec son épouse et non pas en Afrique où celle-​ci attra­pera une mala­ria mortelle. Et là vrai­ment c’est d’un ennuie mortel : il leur faut mesu­rer chaque plante, chaque portion du paysage de leur rue… En même temps notre narra­teur recherche l’assassin de sa femme, et surprise, ce n’est pas la mauvaise piste sur laquelle nous étions au début, et puis surprise finale.

Non , je ne vous en dit pas plus lisez le, si vous voulez, et sachez que cet écri­vain mérite beau­coup mieux que ce roman.

On en parle

Sur Babe­lio avec plein de critiques posi­tives.

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Traduit de l’Allemand par Lise­lotte BODO et Jacque­line CHAMBON

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Encore une fois, un cadeau de la « souris jaune ». Un livre qu’on n’oublie pas tant il est origi­nal. Écrit dans les années 60, ce roman raconte à sa façon la peur de la destruc­tion de la vie sur terre à cause de la folie guer­rière des hommes.Le plus clas­sique dans le genre, c’est la recons­truc­tion d’une civi­li­sa­tion à partir de ce qui reste comme huma­nité. J’avais bien aimé à l’époque « Male­vil » de Robert Merle , et plus récem­ment « La route » de Cormac McCar­thy. Ce genre de romans ont des points communs : que reste -t-​il après un désastre total et comment l’humanité se reconstruira-​t-​elle ?

Le point de vue de Marlen Haushof­fer est complè­te­ment diffé­rent. Une femme est sépa­rée du reste du monde, qui semble complè­te­ment détruit, par un mur trans­pa­rent. Nous allons pendant deux ans suivre son quoti­dien et sa survie. Les ques­tions de l’humanité se posent dans le roman : l’échec, la futi­lité du monde moderne et le rapport de l’homme à la nature sont les deux idées forces qui cheminent peu à peu en elle. Elle survit non pas à la manière d’un Robin­son, en inven­tant des solu­tions extra­or­di­naires, mais en s’attelant petit à petit aux soins que réclament les animaux qui dépendent d’elle.

Elle est parfois tenter de se lais­ser aller à l’inaction et donc à la mort, mais l’instinct de vie et aussi son chien qui ne peut vivre sans elle , la ramènent dans son petit monde . C’est un livre prenant alors qu’il ne s’y passe pas grand chose. C’est un hymne à la beauté de la nature et à la force de la femme.

Mais , il y a un aspect du récit qui m’a gênée, pour­quoi ne cherche-​t-​elle jamais à fran­chir le mur. En creu­sant.. en essayant par dessus , en essayant de le casser.. Au moins essayer , ou nous dire pour­quoi elle n’essaie pas. On peut suppo­ser qu’elle a fait fina­le­ment un tunnel, comme elle le suggère à la fin (pour que ses animaux puissent survivre sans elle !) puisque son texte est arrivé jusqu’à nous.

Tout en étant d’un courage extrême pour accom­plir les besognes quoti­diennes, elle est tota­le­ment rési­gnée à son sort et évidem­ment je n’ai pas trop aimé cet aspect là du roman.

Citations

La distribution du travail homme femme

En tout cas il était physi­que­ment plus fort que moi, et je serai tombée sous sa dépen­dance . Qui sait, il serait peut-​être aujourd’hui pares­seu­se­ment allongé dans la cabane après m’avoir envoyée travailler. La possi­bi­lité de se déchar­ger du travail doit être la grande tenta­tion de tous les hommes.

La futilité du monde moderne

Parfois me revient à l’esprit l’importance jadis de ne pas arri­ver cinq minutes en retard . La plupart des gens que je connais­sais faisaient de leur montre une sorte de divi­nité et même moi je trou­vais cela tout à fait raison­nable.

Sens du roman

Je ne cher­chais plus un sens capable de me rendre la vie plus suppor­table. Une telle exigence me parais­sait déme­su­rée . Les hommes avaient joué leurs propres jeux qui s’étaient presque toujours mal termi­nés. De quoi aurais-​je pu me plaindre ; j’étais l’une des leurs , je les compre­nais trop bien . Mieux valait ne plus penser aux hommes . Le grand jeu du soleil, de la lune et des étoiles, lui, semblait avoir réussi ; il est vrai qu’il n’avait pas été inventé par les hommes. Cepen­dant il n’avait pas fini d « être joué et pouvait bien porté en lui le germe de son échec.

On en parle

« la souris jaune »  bien sûr !

histoire-allemand

Traduit de l’allemand par Brigitte Hébert

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Il y a deux ans, je décou­vrais ce témoi­gnage grâce à une amie alle­mande. Je ne lui dirai jamais assez merci. Je l’ai relu pour le mettre, avec ses cinq coquillages telle­ment méri­tés, dans mon blog. J’avais acheté ce livre car Ursula m’avait expli­qué que la jeunesse alle­mande l’avait plébis­cité : Sebas­tian Haff­ner permet­tait de comprendre le bascu­le­ment de toute la nation vers le nazisme. La lecture est tout aussi inté­res­sante pour les Fran­çais.

Le destin de ce livre est éton­nant, il est écrit à chaud en 1938 par un homme qui a refusé le nazisme et qui s’est réfu­gié en Angle­terre. Il ne sera pas publié. En 1999, à la mort de Sebas­tian Haff­ner, devenu jour­na­liste et écri­vain de renom , ses enfants trouvent ce manus­crit et le publient. La puis­sance du livre vient de là : il est écrit à chaud au plus près des événe­ments, parfois au jour le jour, à travers les yeux d’un enfant puis d’un adoles­cent et enfin d’un jeune adulte. On comprend qu’il s’en est fallu de peu pour que lui-​même accepte sans jamais l’apprécier, la tyran­nie nazie.On suit avec dégoût toutes les veule­ries des partis poli­tiques tradi­tion­nels. On est horri­fié par la façon dont les gens se tuent pour des causes plus ou moins claires. Puis l’horreur s’installe et là c’est trop tard plus personne ne pourra se défendre.

Mais peut-​on en vouloir au peuple alle­mand alors qu’aucune puis­sance étran­gère ne saura résis­ter aux premières provo­ca­tions d’Hitler quand cela était encore possible ? L’analyse est très pous­sée, et brasse l’ensemble de la société alle­mande, comme Haff­ner fait partie de l’élite intel­lec­tuelle, c’est surtout les élites que l’on voit à l’œuvre. Elles ont long­temps méprisé Hitler qu’elle prenait pour un fou sans impor­tance, « un complo­teur de bras­se­rie », mais elles n’ont compris le danger que lorsqu’il était trop tard.

La cause prin­ci­pale du nazisme est à recher­cher dans la guerre 14/​18, comme on l’a déjà souvent lu, ce qui est origi­nal ici, c’est la façon dont cet auteur le raconte. Sebas­tian Haff­ner a sept ans quand la guerre éclate, pendant quatre longues années, il vivra en lisant tous les jours les commu­ni­qués de victoire de l’armée alle­mande, pour lui c’est cette géné­ra­tion là qui sera le fonde­ment du Nazisme.

Enfant j’étais vrai­ment un fan de guerre…. Mes cama­rades et moi avons joué à ce jeu tout au long de la guerre, quatre années durant, impu­né­ment, en toute tranquillité- et c’est ce jeu-​là, non pas l’inoffensive « petite guerre » à laquelle il nous arri­vait de jouer à l’occasion dans la rue ou au square, qui nous a tous marqués de son empreinte redou­table.

Son récit séduira bien au-​delà du cercle habi­tuel des histo­riens, car il est vivant, concret émou­vant parfois. Il permet, soit de revivre une période étudiée en lui donnant le visage de la réalité, soit de comprendre le nazisme à travers la vie d’un alle­mand embar­qué bien malgré lui dans la tour­mente de son pays.

Citations

… l’étrange talent de mon peuple à provo­quer des psychoses de masse (Talent qui est peut-​être le pendant de son peu d’aptitude au bonheur indi­vi­duel)

L’âme collec­tive et l’âme indi­vi­duelle réagissent de façon fort semblable. Les idées avec lesquelles on nour­rit et ébranle les masses sont puériles à ne pas croire.

La guerre est un grand jeu exci­tant, passion­nant, dans lequel les nations s’affrontent ; elle procure des distrac­tions plus substan­tielles et des émotions plus délec­tables que tout ce que peut offrir la paix : voilà ce qu’éprouvèrent quoti­dien­ne­ment, de 1914 à 1918, dix géné­ra­tions d’écolier alle­mands.

la géné­ra­tion des tran­chées dans son ensemble a fourni peu de véri­tables nazis ; aujourd’hui encore, elle four­nit plutôt des mécon­tents et les râleurs,. Cela est facile à comprendre, car quiconque a éprouvé la réalité de la guerre porte sur elle un juge­ment diffé­rent.

… les mili­taires alle­mands manquent de courage civique.
Le courage civique- c’est-à-dire le courage de déci­der soi-​même en toute responsabilité- est d’ailleurs rare en Alle­magne… Cette vertu fait tota­le­ment défaut à l’Allemand dès lors qu’il endosse un uniforme.

Rathe­nau et Hitler sont les deux phéno­mènes qui ont le plus excité l’imagination des masses alle­mandes le premier par son immense culture le second par son immense vulga­rité.

Et pour­tant la personne de Hitler son passé, sa façon d’être et de parler pouvaient être d’abord un handi­cap… le rédemp­teur bava­rois d e1923, l’homme au putsch grotesque perpé­tré dans une bras­se­rie… Son aura person­nelle était parfai­te­ment révul­sante pour l’allemand normal, et pas seule­ment pour les gens « sensés » : sa coif­fure de soute­neur, son élégance tapa­geuse, son accent sorti des faubourgs de Vienne, ses discours trop nombreux et trop longs qu’il accom­pa­gnait de gestes désor­don­nés d’épileptiques, l’écume aux lèvres, le regard tour à tour fixe et vacillant.

C’était étrange d’observer cette suren­chère réci­proque. L’impudence déchaî­née qui trans­for­mait progres­si­ve­ment en démon un petit harce­leur déplai­sant, la lenteur d’esprit de ses domp­teurs, qui compre­naient toujours un instant ce qu’il venait de dire ou faire- c’est-à-dire quand il l’avait fait oublier par des paroles encore plus insen­sées ou par un acte encore plus monstrueux-, et l’état d’hypnose où il plon­geait son public qui succom­bait de plus en plus passi­ve­ment à la magie de l’abjection et à l’ivresse du mal.

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Je suis rarement aussi sévère dans mes jugements. Vous pourrez trouver un lien vers deux sites où ce roman a été apprécié. C’est simple, je déteste tout. Et surtout ce qui fait, sans doute, le charme de ce livre pour ceux et celles qui aiment, la présence de l’écrivain qui explique aux lectrices ou aux lecteurs la création de ses personnages. C’est insupportable, comme cette manie d’annoncer que l’histoire continue et que le pire vous attend au chapitre suivant. Et tout ça pour quoi ? Une histoire d’amour où un homme  trompe une femme et lui fait croire qu’il veut un enfant. Alors qu’il est marié et  que sa femme attend un enfant. C’est sordide, mais tellement peu intéressant qu’il faut toutes les contorsions de l’écrivaine pour un faire un roman. J’ai lu les critiques de Cuneipage et Cathulu mais je ne suis toujours pas convaincue.

Citation

Mais l’histoire me pousse en avant, elle voudrait se précipiter et ne plus entendre parler de mes gloses et de mes digressions ; elle, ce qu’elle aimerait, c’est prendre toute la place, s’étendre  de tous les côtés, elle voit bien que je suis inquiète à l’idée de ce qui reste à raconter mais elle s’en balance, elle s’en fout des mauvais romans comme des bons, elle est comme le temps lui-même , comme l’année qui commence et qui ne dispose que d’un nombre finis de jours, tu vas y aller. Raconte !

On en parle

link et link.

Traduit de l’allemand par Cathe­rine Barret.
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J’ai commencé ce livre en étant persuadé que j’allais m’amuser, l’histoire des réin­car­na­tions succes­sives ça me plai­sait bien : pas de chance je me suis un peu ennuyée, pas au point d’arrêter le livre mais je l’ai lu sans passion. Je pense que si ce livre a eu autant de succès en Alle­magne, c’est qu’il doit avoir des effets de langue qui dispa­raissent à la traduc­tion. Sinon qu’un Alle­mand construise tout un livre sur le regret qu’une femme peut éprou­ver à ne pas avoir été assez présente pour son enfant, ne me surprend pas, mais ne me passionne pas. Je pense que ce genre de livre ne doit pas contri­buer à réduire ce para­doxe : l’Allemagne est le pays où on est le plus persuadé que rien ne remplace la présence de la mère auprès d’un enfant jusqu’à 4 ou 5 ans et en même temps celui où le taux de fécon­dité est le plus bas.
Pour ce qui est des mœurs de l’audiovisuel, on n’apprend vrai­ment pas grand-​chose !