Lu dans le cadre du Club de Lecture de la média­thèque de Dinard

Sur Michel Hoel­le­beck , on lit telle­ment d’avis et en parti­cu­lier sur ce roman qui semble avoir prévu les atten­tats de Bali de 2002, que je n’ai pas hésité à le choi­sir quand la biblio­thé­caire l’a mis au programme de notre club dans le thème « tourisme » . Il a telle­ment sa place, dans ce thème ! (Pour justi­fier ma photo, oui, il parle de Dinard et même de ma plage – une ou deux phrases, mais elle y est !) Depuis « les Parti­cules Élémen­taires », je conti­nue à le lire régu­liè­re­ment, sans être déçue, même si parfois il me rend très triste. J’avais bien aimé « La carte et le terri­toire » et depuis long­temps, je voulais lire « Plate­forme ». C’est, comme toujours chez lui , une analyse assez froide des compor­te­ments de nos contem­po­rains, il s’agit ici du tourisme, mais pas seule­ment. Aussi de la façon dont notre société adule l’argent pour l’argent. il s’amuse à nous décrire certains excès des instal­la­tions d’art contem­po­rain. Il montre à quel point la violence peut deve­nir incon­trô­lable dans les banlieues. Il se fait une piètre idée de l’Is­lam et n’hé­site pas à l’écrire. Et surtout, il fait une descrip­tion très détaillée du plai­sir sexuel sous toute ses formes. Le héros tombe amou­reux d’une Valé­rie plus jeune que lui lors d’un voyage en Thaï­lande, il travaille au minis­tère de la culture, où il orga­nise des expo­si­tions toutes plus bizarres les unes que les autres, son père meurt, il a donc quelques dispo­si­tions finan­cières. Valé­rie travaille pour le tour-opéra­teur qu’ils avaient choisi et il va l’ai­der à monter des concepts de voyages plus rentables. Le héros et les deux autres person­nages impor­tants Valé­rie et son chef Jean-Yves se rendent compte que lors des voyages orga­ni­sés la seule chose que dési­rent les touristes c’est avoir des rela­tions sexuelles , autant les prévoir par le Tour-Opéra­teur qui se nommera « Aphro­dite ».

Tout le talent de cet écri­vain , c’est d’al­ler juste un peu plus loin, et parfois pas tant que ça de nos compor­te­ments et donc ces occi­den­taux qui viennent « baiser » loin de chez eux trou­ve­ront tout ce qu’ils veulent sauf que .… un terrible atten­tat en 2002 en tuera plus de deux cents d’entre eux. Ne cher­chez pas de condam­na­tions morales ou des juge­ments de valeur, on a l’im­pres­sion que rien ne le choque ; Michel Houel­le­beck décrit ce que tout le monde peut voir ou connaître. Dans un style parti­cu­lier qui peut sembler assez plat, il accroche son lecteur, (en tout cas moi) sans aucun autre effet qu’une histoire très bien racon­tée et un point de vue d’une honnê­teté abso­lue, mais comme toujours assez triste car très désa­busé sur la nature humaine.

Citations

Le bonheur et les voyages

J’ai passé ma dernière jour­née de congé dans diffé­rentes agences de voyages. J’ai­mais les cata­logues de vacances, leur abstrac­tion, leur manière de réduire les lieux du monde à une séquence limi­tée de bonheurs possibles et de tarifs, j’ap­pré­ciais parti­cu­liè­re­ment le système d’étoiles pour indi­quer l’in­ten­sité du bonheur qu’on était en droit d’es­pé­rer. Je n’étais pas heureux, mais j’es­ti­mais le bonheur, et je conti­nuais à y aspi­rer.

Du Houellebeck tout pur

« Je n’ai rien à attendre de ma famille, pour­sui­vit-elle avec une colère rentrée. Non seule­ment ils sont pauvres, mais en plus ils sont cons. Il y a deux ans, mon père a fait le pèle­ri­nage de la Mecque ; depuis, il n’y a plus rien à en tirer. Mes frères, c’est encore pire : ils s’en­tre­tiennent mutuel­le­ment dans leur conne­rie, ils se bourrent la gueule au pastis tout en se préten­dant les dépo­si­taires de la vraie foi, ils se permettent de me trai­ter de salope parce que j’ai envie de travailler plutôt que d’épou­ser un connard dans leur genre. »

Je partage cet avis sauf pour l’alcool et les cigarettes

Prendre l’avion aujourd’­hui, quelle que soit la compa­gnie, quelle que soit la desti­na­tion, équi­vaut à être traité comme une merde pendant toute la durée du vol. Recro­que­villé dans un espace insuf­fi­sant et même ridi­cule, dont il sera impos­sible de se lever sans déran­ger l’en­semble de ses voisins de rangée , on est d’emblée accueilli par une série d’in­ter­dic­tions énon­cées par des hôtesses arbo­rant un sourire faux. Une fois à bord, leur premier geste et de s’emparer de vos affaires person­nelles afin de les enfer­mer dans les coffres à bagages ‑auxquels vous n’au­rez plus jamais accès, sous aucun prétexte, jusqu’à l’at­ter­ris­sage. Pendant toute la durée du voyage, elles s’in­gé­nient ensuite à multi­plier les brimades, tout en vous rendant impos­sible tout dépla­ce­ment, et plus géné­ra­le­ment toute action, hormis celles appar­te­nant à un cata­logue restreint, dégus­ta­tion de soda, vidéos améri­caines, achat de produits duty free. La sensa­tion constante de danger, alimen­tée par des images mentales de crash aérien, l’im­mo­bi­lité forcée dans un espace limité provoquent un stress si violent qu’on a parfois observé des décès de passa­gers par crise cardiaque sur certains vols long-cour­riers. Ce stress, l’équi­page s’in­gé­nie à le porter à son plus haut niveau en vous inter­di­sant de le combattre par les moyens usuels. Privé de ciga­rettes et de lecture, on est égale­ment de plus en plus souvent, privé d’al­cool.

Et vlan pour les profs de français

J’avais appris qu’elle était prof de lettres « dans le civil », comme disait plai­sam­ment René ; ça ne m’avait pas du tout étonné. C’était exac­te­ment le genre de salopes qui m’avaient fait renon­cer à mes études litté­raires, bien des années aupa­ra­vant.

Qui d’autre que Houellebecq à le droit d’écrire cela

Il y avait égale­ment deux Arabes isolés, à la natio­na­lité indé­fi­nis­sable ‑leur crâne était entouré de cette espèce de torchon de cuisine auquel on recon­naît Yasser Arafat dans ses appa­ri­tions télé­vi­sée.

Intéressant

Les seules femmes dont je parve­nais à me souve­nir, c’était quand même celles avec qui j’avais baisé.Ce n’est pas rien, ça non plus ; on consti­tue des souve­nirs pour être moins seul au moment de la mort.

L’évolution de la société

Nous vivions en résumé dans une écono­mie mixte , qui évoluait lente­ment vers un libé­ra­lisme plus prononcé, qui surmon­tait peu les préven­tions contre le prêt à usure – et , plus géné­ra­le­ment , contre l’argent- encore présentes dans les pays d’an­ciennes tradi­tions catho­liques. Certains jeunes diplô­més d’HEC, beau­coup plus jeunes que Jean-Yves, voire encore étudiant, se lançaient dans la spécu­la­tion bour­sière, sans même envi­sa­ger la recherche d’un emploi sala­rié. Ils dispo­saient d » un ordi­na­teur relié à Inter­net, de logi­ciels sophis­ti­qués de suivi des de suivi des marchés. Assez souvent, ils se réunis­saient en club pour pouvoir déci­der de nous de mises de fonds plus impor­tants. Ils vivaient sur leur ordi­na­teur, se relayaient vingt-quatre heures sur vingt-quatre, ne prenaient jamais de vacances. Leur objec­tif à tous était extrê­me­ment simple : deve­nir milliar­daire avant trente ans.

L’art contemporain

Je travaillais alors sur le dossier d’une expo­si­tion itiné­rante dans laquelle il s’agis­sait de lâcher des grenouilles sur des jeux de cartes étalés dans un enclos pavé de mosaïques ‑sur certains des carreaux étaient gravés des noms de grands hommes de l’his­toire tels que Dürer, Einstein,Michel-Ange. Le budget prin­ci­pal était consti­tué par l’achat des jeux de cartes, il fallait les chan­ger assez souvent, il fallait égale­ment de temps en temps, chan­ger les grenouilles. L’ar­tiste souhai­tait, au moins pour l’ex­po­si­tion l’ex­po­si­tion inau­gu­rale à Paris, dispo­ser de jeu de tarots, il était prêt, pour la province, à se conten­ter de jeux de cartes ordi­naires

Édition Stock

Lu dans le cadre du Club de Lecture de la média­thèque de Dinard

Autant je n’avais pas appré­cié la précé­dente lecture de Laurence Tardieu, « Un temps fou » , autant celle là m’a inté­res­sée. Pour­tant ça commen­çait assez mal, car encore l’uni­vers de cette femme et de sa famille que sa fille a fui me semblait bien loin de mes centres d’in­té­rêt. Et puis peu à peu , le roman s’est densi­fié et le récit de cette jour­née pendant laquelle Hannah pense atteindre l’apo­gée de la souf­france et qui verra aussi Lydie sa meilleure amie souf­frir à son tour, a été beau­coup plus riche que je ne m’y atten­dais. Cette belle amitié entre ces deux femmes donne un ton plus opti­miste au roman et en fait un des charmes pour moi. Le drame d’Han­nah , tient en peu de mots : sa fille Lorette a décidé de rompre sans aucune expli­ca­tion avec sa famille. Ce deuil qui n’en est pas un, est d’une violence qui depuis sept ans ronge Hannah, artiste peintre qui n’ar­rive même plus à peindre. En remon­tant dans le temps, on comprend à la fois l’his­toire de sa famille dont les grands parents ont été exécu­tés en 1942 parce qu’ils étaient juifs et de l’actualité du monde de 1989 à aujourd’­hui. Hannah a vécu dans la liesse (comme nous tous) l’ef­fon­dre­ment du mur de Berlin, puis a été terri­fiée par la guerre en Bosnie. Sa fille qu’elle aime d’un amour fusion­nel, perd peu à peu confiance dans cette mère qui est une véri­table écor­chée vive et qui s’in­té­resse trop aux malheurs du monde. Le roman se déroule, donc, sur une jour­née , le matin Hannah croit voire ou voit réel­le­ment Lorette sur le trot­toir d’en face, toute sa jour­née elle revit les moments de crise de sa famille et elle sait qu’elle doit télé­pho­ner à Lydie qui l’a invi­tée à dîner avec des amis, elle se sent inca­pable de retrou­ver son amie. Fina­le­ment, elles se retrou­ve­ront mais pas exac­te­ment comme l’avait prévue Lydie. Hannah va sans doute recom­men­cer à peindre ce qui est la fin la plus opti­miste qu’on puisse imagi­ner. Je ne peux en dire plus sans divul­gâ­cher l’in­trigue. Les deux ressorts du roman sont le mélange de l’ac­tua­lité et de la vie person­nelle, et l’hé­ré­dité du malheur des gens qui ont été touchés par la Shoa, la souf­france de cette mère privée de sa fille sert de cadre à ces deux fils conduc­teurs. Un bon roman, bien meilleur en tout cas que mes premières impres­sions.

Citations

Description si banale des couples qui s’usent.

Tout s’était délité sans qu’il s’en aper­çoive. Il se rappe­lait pour­tant avoir été très amou­reux lors­qu’il l’avait rencon­trée, à trente ans. Elle, socio­logue, jeune femme rousse à la peau pâle, au rire presque silen­cieux, au regard obsé­dant (enchan­te­ment dont il avait fini, après plusieurs mois, par iden­ti­fier l’ori­gine : un très léger stra­bisme, dont on pouvait diffi­ci­le­ment se rendre compte à moins de fixer long­temps les deux yeux, et à l’ins­tant même où il avait compris ce qui depuis des mois le rendait fou, le regard gris-vert avait perdu de sa magie) et que tous ses copains lui envoyaient. Lui, jeune cancé­ro­logue passionné par son métier, promis à un brillante à venir. Oui, la vie avait été belle, et joyeuse, et sexuelle,avec Claire. Que s’était-il passé pour qu’au­jourd’­hui les rares paroles qu’ils échangent concernent des pots de yaourt, le chauf­fa­giste à faire venir, la litière du chat ? Que s’était-il passé, d’atro­ce­ment banal, qu’il n’avait pas vu se former, et contre quoi aujourd’­hui il ne pouvait plus lutter, comme si Claire et lui avaient commencé, il y a bien long­temps, et alors même qu’ils ne le savaient pas encore, à glis­ser le long d’une pente, et qu’il n’y avait aujourd’­hui plus de retour en arrière possible, plus de possi­bi­lité de bonheur ?

Le drame de la famille

Hannah, alors tout jeune adoles­cente, avait soudain vu, effa­rée, le visage de cette tante d’or­di­naire silen­cieuse et discrète se tordre, comme si la peau deve­nait du chif­fon, et les larmes rouler sur ses joues, et elle avait entendu, ils avaient tous entendu, la brève phrase demeu­rée depuis comme un coup de tonnerre dans la nuit, dont Hannah se deman­dait parfois, à force de l’avoir répé­tée menta­le­ment pendant des années, si elle ne l’avait pas inven­tée : « De toute façon, s’ils avaient pu tous nous faire dispa­raître, ils l’au­raient fait. On est restés là David et moi cachés dans notre trou, à les regar­der partir pour la mort comme des chiens, on est restés là, impuis­sants, à les regar­der partir. »

La mort

Tu vois, ce qu’il y a de très violent lorsque meurt quel­qu’un qu’on a beau­coup aimé, c’est qu’au début, on a le senti­ment de perdre cette personne, de la perdre réel­le­ment. On ne peut plus lui parler, on ne peut plus la toucher, on ne peut plus la regar­der, se dire que cette couleur lui va bien, qu’elle a le visage reposé… On ne peut plus l’en­tendre rire… Mais ensuite, avec le temps, si on se souvient d’elle, si on se souvient d’elle vrai­ment, je veux dire si on se concentre pour se rappe­ler le grain exact de sa peau, la façon qu’elle avait de sourire, de parler, l’ex­pres­sion de son visage lors­qu’elle vous écou­tait , la manière qu’elle avait de poser une main sur votre épaule, d’en­fi­ler un manteau, de décou­vrir un cadeau, de piquer un fou rire, alors c’est comme si on parve­nait à faire reve­nir cette personne du royaume des morts, à la faire reve­nir douce­ment parmi nous, mais cette fois : en nous. Elle ne fait plus partie des vivants, elle ne déam­bu­lera plus parmi nous, mais elle occupe désor­mais notre cœur, notre mémoire. Notre âme. C’est un petit miracle, une victoire acquise sur la dispa­ri­tion.

Son père lui parle

Ce qui est arrivé un jour de prin­temps 1942 et qui s’est produit sous mes yeux n’en finit pas de nous faire sombrer, de nous aspi­rer, on croit que c’est arrivé à mes parents un jour de l’an­née 1942 et ça conti­nue à nous arri­ver, ça conti­nue à nous arri­ver à nous tous, Hannah, à moi, à toi, à Lorette, comme si la défla­gra­tion ne s’était jamais arrê­tée … Ce jour-là la nuit est entrée dans toutes les vies de notre famille, les vies présentes et celles à venir. Je crois, Hannah, je crois que nos corps se souviennent de ce qu’ils n’ont pas vécu, de ce qui a assiégé ceux qui nous ont mis au monde, nos corps se souviennent de la peur, ils se souviennent de l’ef­froi..

Édition le Seuil

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

Après « la villa des femmes » et « l’empereur à pied », voici ma troi­sième lecture de ce grand écri­vain liba­nais. Ce texte est très court et les chapitres qui le composent font parfois moins d’une demi-page. Le titre dit beau­coup sur cette biogra­phie : Raphaël Arben­sis aurait pu, en effet mener des vies bien diffé­rentes. L’au­teur sent que sa desti­née tient plus du hasard et de la chance que de sa propre volonté. Ce sont des idées bien banales aujourd’­hui mais qui, au début du XVII° siècle, sentent l’hé­ré­sie pour une élite catho­lique toute puis­sante et peu éclai­rée. Elle vient de condam­ner Gali­lée et donc, regar­der, comme le fait le person­nage, le ciel à travers une lunette gros­sis­sante relève de l’au­dace. L’au­teur ne connaît pas tout de la vie de cet aven­tu­rier du pays des cèdres comme lui, mais malgré ces périodes d’ombre qu’il s’empêche de remplir par trop de roma­nesque, il sait nous rendre vivant ce person­nage . Le plus agréable pour moi, reste son talent d’écri­vain : grâce à son écri­ture, on se promène dans le monde si foison­nant d’un siècle où celui qui voyage prend bien des risques, mais aussi, est telle­ment plus riche que l’homme lettré qui ne sort pas de sa zone de confort. Chaque chapitre fonc­tionne comme une fenêtre que le lecteur ouvri­rait sur la société de l’époque, ses grands person­nages, ses peintres, sa pauvreté, ses paysages. Un livre enchan­teur dont les ques­tion­ne­ments sont encore les nôtres : qu’est ce qui relève de notre déci­sion ou de la chance que nous avons su plus ou moins bien saisir ?

Citations

De courts chapitres comme autant de cartes postales du XVII° siècle

Chapitre 6
Il fréquente aussi les lavan­dières qui lavent le linge dans le Tibre . Il fait rire et les trousse à l’oc­ca­sion. À cette époque , les rives bour­beuses du fleuve sont enva­hies par les bate­liers , et les tein­tu­riers y diluent leurs couleurs. Nous sommes dans les premières années du ponti­fi­cat d’Ur­bain VIII. La colon­nade du Vati­can n’est même pas encore dans les projets du Bernin, Borro­mini n’a pas encore construit la Sapienza, le palais des Barbe­rini s’ap­pelle encore palais Sforza et la mode des villas véni­tienne intra-muros commence à peine. Mais il y a des chan­tiers et l’on creuse des allées et des voies. Des peintres et des sculp­teurs habitent en ville. Le Tras­te­vere et un village séparé de la cité, cette dernière n’a pas la taille de Naples, mais depuis le bord du fleuve on voit les dômes de Saint-Pierre et le palais Saint-Ange. Les grands murs du temps de l’Em­pire sont toujours debout, roses et briques parmi les cyprès et les pins, et sous la terre dorment encore bien des merveilles. Un jour de 1625, sur la place du Panthéon, un larron inter­pelle Raphaël pour lui vendre quelque chose en l’ap­pe­lant Monsi­gnore. Arden­tis s’ar­rête, méfiant, le larron rit en décou­vrant une horrible rangée de dents abîmées et lui indique sa brouette sur laquelle il soulève une petite bâche. Aven­sis se détourne du spec­tacle de l’af­freuse grimace du mendiant pour regar­der ce qu’il lui montre et là, au milieu d’un bric-à-brac fait de clous, de chif­fons, de morceaux de plâtre et de divers outils abîmés, il voit une tête en marbre, une grande tête d’empereur ou de dieu, le front ceint d’un bandeau, les lèvres pulpeuses, le nez grec et le cou coupé, posé sur le côté, comme lors­qu’on dort sur un oreiller.
Chapitre 27 un des plus courts
Dans le ciel, il y a toujours ces grands nuages blancs qui se contor­sionnent tels des monu­ments en apesan­teur, qui prennent des postures fabu­leuses et lente­ment chan­geantes comme les anges et les êtres séra­phiques impro­bables de Véro­nèse.

Á travers une longue vue les personnages regardent Venise et le lecteur croit reconnaître des tableaux

Une autre fois, il voit un homme buvant du vin à une table sur laquelle, en face de lui, une femme nue est accou­dée qui le regarde pensi­ve­ment, le menton dans la main. Il voit un maître de musique près de sa jeune élève devant un clave­cin, il voit une table un globe terrestre dans une biblio­thèque déserte et un jour, dans ce qui semble une chambre à coucher, il voit une femme en bleu, peut-être enceinte, debout et absor­bée dans la lecture d’une lettre.

Le hasard ou le destin

Nos vies, écrit-il, ne sont que la somme, tota­li­sable et dotée de sens après coup, des petits inci­dents, des hasards minus­cules, des acci­dents insi­gni­fiants, des divers tour­nants qui font dévier une trajec­toire vers une autre, qui font aller une vie tout à fait ailleurs que là où elle s’ap­prê­tait à aller, peut-être vers un bonheur plus grand si c’était possible, qui sait ?, mais sans doute souvent plutôt vers quelque chose de moins heureux, tant le bonheur est une proba­bi­lité toujours très faible en compa­rai­son des possi­bi­li­tés du malheur ou simple­ment de l’in­si­gni­fiance finale d’une vie ou de son échec.

lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

Ce livre n’est pas pour moi, et je dois faire un aveu qui me coûte encore plus : je le mets sur Luocine alors que je ne l’ai pas terminé et que je ne le termi­ne­rai jamais. Je me demande si les habi­tuelles amou­reuses de la nature iront jusqu’au bout de ce livre très étrange. Monsieur Henri dont on ne sait rien se réveille un jour ; se réveille de quoi ? de sa nuit ? d’une mala­die ? avec l’en­vie de décou­vrir le monde. Il est aidé par une gouver­nante, un méde­cin et un nouveau voisin, qui ont comme rôle de l’ai­der dans ses entre­prises de décou­vertes. Le roman n’a rien de réaliste, il évoque tout ce que l’on peut faire si on ouvre les yeux et que l’on sait s’émer­veiller d’être en vie. Monsieur Henri ira de plus en plus loin mais sans moi car au bout des deux tiers du livre, j’étais agacée puis je me suis ennuyée à ces évoca­tions sorties de tout contexte. Aucun paysage n’ap­pa­raît vrai­ment tout passe par les sensa­tions de ce Monsieur et les plus beaux paysages vus par le plus petit des détails ne m’ont à aucun moment trans­por­tée mais peut-être comme je l’ai dit en commen­çant ce livre n’est pas pour moi tout simple­ment.

Citations

Les mots

Monsieur Henri s’en­gage sans diffi­cul­tés : il recon­naît un adjec­tif, trouve une famille d’ar­ticles qui lui manquait, évite un inconnu, tombe dans un trou, se perd, fait machine arrière, débrous­saille un tunnel, découvre une pépite (adverbe infun­di­bu­li­for­mé­ment long, achéi­ro­poïè­te­ment impro­non­çable, oryc­to­gnos­ri­que­ment rare) coûte que coûte cherche à pour­suivre.

Un des charmes de ce livre mais qui finit par lasser : les mots rares.

Vers midi le docteur a souhaité déjeu­ner, par contre si je déjeune je ne conduis pas : , les vapeurs post­pran­diales m’en­dorment.
L’es­pace inter­di­dal .…
Ni ne s’en­fon­cera vers l’in­té­rieur des terres à la recherche de l’oro­branche améthyste ou de l’inule fausse criste par exemple.

Le voyage

On n’avait pas avancé, tour­ner en rond pour des raisons de prépa­ra­tion mais tour­ner en rond est une façon d’avan­cer, le docteur regar­dant sur la carte, le nouveau voisin comp­tant pour progres­ser sur les indi­ca­tions du docteur qui ne savait pas lire une carte et finis­sait par avoir mal au cœur à défaut de dormir. Un GPS eût été fort utile même si le docteur on a connu un qui propo­sait systé­ma­ti­que­ment de faire le tour de la terre puis de tour­ner à gauche. C’est un peu ce qu’ils avaient l’im­pres­sion d’en­tre­prendre.

Traduit de l’an­glais (Ètats-Unis) par Brice Matthieussent ; collec­tion 1018

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

J’ai oublié sur quel blog j’avais lu qu’il fallait abso­lu­ment lire ce petit roman de John Fante, mais quand je l’ai vu au club de lecture de notre média­thèque, j’étais très contente. Oui, c’est un excellent moment de lecture tout en humour grin­çant et méchant qui décoiffe, parfois un peu trop pour moi. Le person­nage prin­ci­pal est un écri­vain qui trouve un soir un énorme chien devant chez lui. Un chien de race Akita qui, sur cette photo, semble bien sympa­thique mais qui est un véri­table danger dans une famille qui n’al­lait pas non plus très bien avant son arri­vée

Ce chien mérite très bien son nom, Stupide, il saute sur tout ce qui lui semble un compa­gnon sexuel accep­table et comme il est très puis­sant cela donne des scènes aussi comiques que gênantes. L’écri­vain, narra­teur de ce roman se sent mal de tous les livres qu’il ne réus­sit plus à écrire. Il se sent raté aussi bien socia­le­ment que dans sa vie fami­liale. Même s’il le raconte avec beau­coup d’hu­mour, on sent son déses­poir à l’image de la scène finale qui donne peu d’es­poirs sur la survie de son mariage. Ce roman raconte aussi très bien le choc des familles lors des départs des enfants qui occu­paient une place si impor­tante au quoti­dien dans la maison. J’ai trouvé très origi­nale dans ce roman la pein­ture de chaque person­nage, on peint souvent la famille améri­caine comme une force en soi. Dans les films, les séries, les romans, la famille made-in US semble un lieu d’en­ga­ge­ment et de résis­tance à toute épreuve. Ici, au contraire chaque indi­vi­dua­lité est carac­té­ri­sée par une desti­née propre et leur seul point commun lors de ce roman c’est ce chien, qu’elle le rejette ou l’aime. Un point de vue et un humour très parti­cu­lier qui fait du bien en contre point des images trop lisses que nous renvoie « la culture » améri­caine : John Fante est issu de l’immigration italienne, et a connu la misère, ceci explique cela. Je ne voudrais pas donner une fausse image de ce livre qui est surtout très drôle même si on sent une grande tris­tesse sous cette façon de rire de tout et surtout de lui.

Citations

Beaucoup de pères pourraient écrire cela

Jimmy avait cinq mois, et je l’ai détesté comme jamais parce qu’il avait des coliques et braillait encore plus que Tina. Les hurle­ments d’un enfant ! Faites-moi avaler du verre pilé, arra­chez-moi les ongles, mais ne me soumet­tez pas aux cris d’un nouveau-né, car ils se vrillent au plus profond de mon nombril et me ramènent dans les affres du commen­ce­ment de mon exis­tence.

Un père reste une fille s’en va

Pendant qu’Har­riet sanglo­tait dans le patio, je suis allé dans mon bureau écrire à Tina une lettre que je ne poste­rai jamais, je le savais, quatre ou cinq pages éplo­rées d’un gamin qui avait laissé tomber son cornet de glace par mégarde. Mais je lui disais tout, ma culpa­bi­lité, mon terrible désir de pardon. Quand je l’ai relu, la force et la sincé­rité de ma prose m’ont boule­versé. Je l’ai trouvé par endroits très belle, j’ai même envi­sagé d’en tirer un bref roman, mais je n’avais pas mon pareil pour tomber en extase devant ma prose, je n’ai pas eu trop de mal à déchi­rer ce que j’avais écrit et à le mettre à la poubelle.

Édition Albin Michel

Traduit de l’ita­lien par Fran­çois Brun

lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

Je suis déso­lée pour ma biblio­thé­caire préfé­rée, je n ai pas réussi à aimer ce roman, je l’ai en grande partie parcouru en sautant les passages qui m’ar­ra­chaient des larmes. Non pas qu’il ne soit pas bien mais il est trop dur . Tous ces êtres humains par milliers que des passeurs entassent dans des embar­ca­tions en sachant fort bien que la plupart péri­ront mer c’est abso­lu­ment insup­por­table. Mais pour­quoi pour­quoi des gens se laissent-ils conduire à cette mort plus que probable ? Ce n’est pas le sujet du livre. Le sujet c’est cette île dont le nom à te donner à nos oreilles, pendant de longues années : » Lampe­dusa » .
Comment vivent tous les habi­tants de cette île ? C’est vrai que c’est un point de vue que l’on n’a peu entendu et c’est pour cette raison qu’il a été choisi pour être lu à notre club. Qu’est ce qu’il se passe quand des cadavres viennent s’échouer sur vos plages ? et bien quelles que soient vos opinions poli­tiques, vous ferez tout pour sauver un maxi­mum de personnes.
L’au­teur a choisi de passer trois ans à Lampe­dusa , il y rencontre le maxi­mum d’ha­bi­tants de cette île, tous habi­tés par des récits qui sont aussi horribles que ce que vous pouvez imagi­ner et plus encore. L’au­teur parle aussi de son père méde­cin et de son oncle atteint d’un cancer dont il ne guérira pas. Les histoires de naufrages sont telle­ment atroces que je lisais avec soula­ge­ment la descente vers la mort de son oncle bien aimé. Comme son père le dit un moment, je me suis demandé à quoi sert ce genre de témoi­gnages, puisque visi­ble­ment rien ne peut arrê­ter ceux qui fuient leur pays, et des tortion­naires Libyens avides d’argent faciles seront toujours là pour les pous­ser sur des bateaux de fortune après les avoir tortu­rés, rançon­nés et violés pour les femmes. Je ne mets aucun coquillages à ce livre à vous de juger si vous voulez le lire .

Citations

Le métier de médecin

En tant que méde­cin , je récolte une foule d’in­dices pour les assem­bler et leur trou­ver un sens : des symp­tômes , des signes, des résul­tats d’ana­lyses. Au fond, ce métier, c’est ça : faire la somme des symp­tômes, des signes, des analyses prati­quées et cher­cher l’ex­pli­ca­tion. On pose une hypo­thèse diag­nos­tique, puis on examine ce qui la corro­bore. Pour ça, je dois pouvoir m’orien­ter, savoir quoi cher­cher et quoi regar­der. La méde­cine d’au­jourd’­hui est aveugle, ces examens tous azimuts sont bien la preuve que le méde­cin ne sait plus regar­der.

Utilité des photos

La photo­gra­phie te met face à une réalité : la petite fille nue qui crie et qui pleure, le mili­cien qui meurt, l’en­fant syrien noyé ‑une des photos les plus terribles, on a eu raison de la prendre et de la publier. Et cette réalité est une douleur, immense, lanci­nante. Pour­tant, malgré cette souf­france qui nous est donnée à voir, nous ne compre­nons pas plus. Qu’est-ce qui a changé, au bout du compte ?

L’horreur

Le corps est un jour­nal intime où se lisent les événe­ments des derniers jours de la vie. La raideur de certains muscles dit l’ex­trême priva­tion d’eau. La faible présence de chair dans la cage thora­cique témoigne de l’ab­sence de nour­ri­ture pendant de longues périodes. Les lésions sont les signes visibles d’une grande violence subie, dans les prisons libyenne comme sur le bateau. Pendant la traver­sée, certains sont tués à coups de bâton devant les autres pour que ceux-ci comprennent que protes­ter, où deman­der de l’eau est puni par la mort immé­diate. Géné­ra­le­ment, les corps sont jetés à la mer. Il arrive aussi que ceux qui ose se plaindre des condi­tions du voyage soient lancés vivants dans les vagues.

Édition du seuil

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

Un roman déjanté comme je les aime … presque. Cuné chez qui je l’avais noté a moins de réserves que moi. Il y a, en effet, un aspect que j’ai toujours du mal à accep­ter : la déri­sion des meurtres et ici d’un tueur en série. C’est ce qui lui a fait rater une étoile sur Luocine , mais que les amateurs de cet esprit de déri­sion se préci­pitent car dans le genre c’est très bien raconté. C’est drôle et c’est une très bonne satyre des compor­te­ments des humains d’aujourd’hui. La famille belge qui arrive dans un camping avec la radio à fond qui dérange tout le monde avec la plus grande désin­vol­ture est à mourir de rire. Le person­nage prin­ci­pal à qui nous devons cette histoire est un gigolo Dino Scala, il vit au crochet de Lucienne une femme de vingt ans son aînée immen­sé­ment riche. Seule­ment, malheu­reu­se­ment pour lui, il y a aussi la belle mère Macha qui n’aime pas du tout Dino. Celui-ci doit fuir le Luxem­bourg para­dis des million­naires et de Dino et Lucienne après avoir été quelque peu violent avec un banquier. La descrip­tion du Luxem­bourg fait partie des morceaux de bravoure de ce roman. Il arrive dans un camping de la côte d’Azur et rencontre un écri­vain qui pour des raisons person­nelles veut connaître le peuple d’en bas. Charles Desservy et Dino font un couple impro­bable lié par un secret qui les conduira très loin et au passage vous fera beau­coup sourire avec ce qui pour moi est une limite que l’on peut pour rendre la vie encore plus agréable se sépa­rer en les assas­si­nant des empê­cheurs de tour­ner en rond.

Citations

Les vieux

Les vieux sont sympa­thique , en géné­ral . Même ceux qui , plus jeunes, étaient des crevures. On ne peut d’ailleurs jamais savoir comment ils étaient, avant , car ils finissent tous en mode « friendly » . Étant donné qu’il n’y a pas neuf humains dur dix de bien­veillants, on peut en déduire que nos chers aînés s’as­sa­gissent avec l’âge. D’une certaine façon ce sont des faus­saires, des fourbes, à l’image de tous ces digni­taires qui ont terminé leur vie en Argen­tine et qui s’ap­pe­laient Muller. Après avoir bien pourri leur monde, ils se détendent. La raison en est simple : ils se retrouvent en posi­tion de faiblesse. Fini l’au­to­rité, fini les déci­sions et fini le permis de conduire, tiens, plus rien, tu demandes à ta fille pour aller pisser et t’es bien content qu’on te sorte à Noël. La peau comme du carton mouillé, le ventre gonflé, les pommettes tout en bas, les cheveux violets des femmes et le pue-de-la-bouche des hommes. Un naufrage.
La seule arme qui leur reste pour se défendre, c’est la gentillesse. Ils deviennent adorables pour qu’on les préserve et qu’on ne les pique pas.

Humour

J’étais présen­te­ment assis dans une berline de luxe, atten­dant que la porte du garage achève de se lever, dans le silence capi­ta­liste de Kirch­berg, ce quar­tier si paisible de Luxem­bourg. Ici, les Porsche et autres Mase­rati vieillis­saient comme leurs proprié­taires, jamais à plus de 70 km à l’heure.

Le Luxembourg

J’ai pris les courses dans le coffre et je les ai mises dans le monte-charge. Parce que ici, on ne monte pas ses courses. Ce sont les gens qui montent leurs courses et au Luxem­bourg, On n’est pas des gens, on est des Luxem­bour­geois.

Portraits

J’ima­gi­nais très bien quel genre de fille cela pouvait être. De bonnes inten­tions et de l’al­truisme. Elles trouvent que l’Inde est un pays extra et le Pérou l’ave­nir de l’hu­ma­nité. Plus tard, elle roule­ront dans une voiture hybride à quarante mille euros et elles dormi­ront dans des draps de chanvre. Elles mangent des graines et boivent du jus de pomme arti­sa­nal diar­rhéique , font des Nouvel An tofu-tisane et partent à l’autre bout du monde pour ensei­gner l’an­glais a des animaux malades.

Des regrets de n’avoir pas fait d’études

Et pour­quoi je n’ai pas fait des études, tiens ? Pour deve­nir, je ne sais pas moi, méde­cin ? Tout le monde peut le faire, méde­cin, c’est qu’un boucher avec beau­coup de mémoire, un méde­cin.

Le Luxembourg

Le site le plus visité du Luxem­bourg ce n’est ni le Palais-Royal, ni le Musée d’Art Contem­po­rain, ni rien de ce à quoi on pour­rait s’at­tendre. Le site le plus visité du Luxem­bourg est l’aire d’au­to­route de Berchem. On y trouve ce que ce pays a de mieux à offrir aux fron­ta­liers et aux Euro­péens de passage, de l’es­sence et des clopes moins cher qu’ailleurs. Cette station service Shell, déme­su­rée par sa taille et par le nombre de cartouches de ciga­rettes vendues, qui compte un McDo­nald’s et un café Star­bucks, contient en elle-même toute la quin­tes­sence du Luxem­bourg. Elle est la parfaite méta­phore du Grand-Duché, un pays où on ne fait que passer et où l’on ne vient que pour l’argent. Une banque, quoi, avec le petit plus d’une déco­ra­tion sympa, la famille royale.

La différence de classe

Charles et moi avons genti­ment entre­pris de prépa­rer notre soirée, sur sa terrasse à lui. Dans l’ef­fet, je me suis retrouvé avec le couteau à huître dans les mains et Charles avec une coupe de cham­pagne. Le colon et son bougnoule. Avec lui les bulles, moi les doigts massa­crer. Les huîtres, allez, au boulot.

La famille belge tatouée

La famille avait un point commun : les tatouages. Ils évoluaient en portant sur eux les auto­col­lants de frigo de leurs convic­tions, des messages si obscurs qu’ils devaient certai­ne­ment passer des heures à expli­quer le sens des c’est Post-it qu’ils se trim­ba­laient. Genre leur prénom traduit en dialecte inca. Et comment on dit Kevin en Maya, hein ? Et Cindy, en aztèque ? J’ima­gi­nais qu’ils devaient aussi avoir des slogans quelque part, sur un quel­conque tibia, sur un bout de fesse. Un cri de rallie­ment de la contre-culture d’il y a trente ans. D’où j’étais, je pouvais recon­naître sur l’épaule de la mère, une mésange. Enfin ce qui avait dû être une mésange, à l’époque, ressem­blait main­te­nant davan­tage à un chapon.

Chez Albin Michel

lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

Je suis partie, grâce au talent d’An­to­nin Varennes, dans le Paris de 1900, complè­te­ment cham­boulé par l’ex­po­si­tion univer­selle, j’ai suivi la jeune et belle Aileen Bowman corres­pon­dante de presse d’un jour­nal new-yorkais. Elle a imposé à son rédac­teur en chef son séjour à Paris. Elle nous permet de décou­vrir cette ville courue par les artistes, ce qui va du clas­si­cisme absolu tant vanté par Royal Cortis­soz, le critique d’art à qui le gouver­ne­ment améri­cain a confié le choix des tableaux, par exemple celui qui lui plait le plus et dont il dit :

Puis­sante, avait déclaré le critique . Simple et fort. Équi­li­bré. Parlant d’elle-même. Il y a chez cette bête la force tran­quille et la persé­vé­rance des travailleurs améri­cains de la terre.

Aillen a tendance à n’y voir qu’un taureau dans un étable et préfère les nus de Julius Stewart qui lui fera décou­vrir le Paris des artistes (Picasso y faisait ses débuts), l’au­teur nous fait vivre dans le détail l’éla­bo­ra­tion des tableaux de cet artiste mi-améri­cain mi-fran­çais (comme elle)

Nous suivons aussi la construc­tion de l’ex­po­si­tion univer­selle qui fait de Paris un village de décors et où on invite les popu­la­tions indi­gènes à se donner en spec­tacle. C’est là, la première raison de la venue à Paris d’Ailleen , elle veut retrou­ver son demi-frère Joseph jeune métis mi-indien mi ‑blanc qui est devenu fou à cause de ce partage en lui de civi­li­sa­tions trop anti­no­miques, il fait partie du spec­tacle que les indiens donnent à Paris mais il n’est que souf­france et apporte le malheur partout où il passe ; encore que… la fin du roman donne peut être un autre éclai­rage à ses actes terribles..

On suit aussi l’énorme enthou­siasme qu’ap­porte la révo­lu­tion indus­trielle ; le progrès est alors un Dieu qui doit faire le bonheur des hommes, c’est ce que pensent en tout cas aussi Rudolf Diesel qui expose son moteur révo­lu­tion­naire, et Fulgence Bien­venüe, qui construit le métro avec un ingé­nieur Charles Huet marié à une si jolie femme.
Enfin le dernier fil, c’est le combat des femmes pour pouvoir exis­ter en dehors du mariage et de la procréa­tion et en cela Aileen aussi, est une très bonne guide.
On suit tout cela et on savoure les récits foison­nants d’une autre époque, la belle dit-on souvent, certai­ne­ment parce qu’elle était pleine d’es­poirs qui se sont fracas­sés sur les tran­chées de la guerre 1418.

Citations

Conseils de son père

Arthur lui donnait des conseils sur la façon d’af­fron­ter le monde : savoir se taire, garder sa poudre au sec, être toujours prête. Et peut-être aussi être belle. À la façon dont Arthur Bowman appré­ciait la beauté : quand elle nais­sait d’une harmo­nie entre un objet et son utilité, une personne et la place qu’elle occu­pait dans le monde.

Réflexion sur le passé

La maîtrise du temps, l’ins­truc­tion, est aux mains des puis­sants. Les peuples, occu­pés à survivre, n’en possèdent pas assez pour le capi­ta­li­ser, le faire jouer en leur faveur. Ils empilent seule­ment les pierres des bâti­ments qui leur survi­vront.

Propos prêtés à Rudolf Diesel vainqueur du grand prix de l’exposition universelle

- Vous ne croyez pas, comme Saint-Simon, que les ingé­nieurs seront les grands hommes de ce nouveau siècle ? Que la tech­no­lo­gie appor­tera la paix et la pros­pé­rité ?
Il lui fallut encore un peu de silence pour trou­ver ces mots, ou le courage de répondre.
- Je suis un paci­fiste, madame Bowman , mais je sais que ce ne sont pas les ouvriers ni la masse des pauvres qui lancent les nations dans des guerres. Il faut avoir le pouvoir des poli­ti­ciens pour le faire. Et poli­ti­ciens ne se lance­raient pas dans des conflits armés s’ils n’avaient pas le soutien des scien­ti­fiques, qui garan­tissent les chances de victoire grâce à leurs décou­vertes et leurs inven­tions. Non je ne partage pas l’op­ti­misme du comte de Saint-Simon.

Réflexion sur la bourgeoisie et la noblesse en 1900

Les bour­geois comme les Cornic et mes parents sont convain­cus que la bonne éduca­tion de leurs enfants est leur meilleure défense contre les préju­gés dont ils sont victimes. Ils se trompent.Les aris­to­crates, dont les privi­lèges sont l’hé­ri­tage du sang, ne méprisent rien tant que l’édu­ca­tion.

Édition livre de poche Folio

J’avais noté le nom de cette auteure à propos d’un autre livre « J’irai danser si je veux » chez Cuné d’abord, puis chez Aifelle. Voilà une tenta­tion que je ne regrette abso­lu­ment pas et je vais certai­ne­ment lire les autres romans de Marie-Renée Lavoie. J’ai commencé par son enfance, car ce livre est paru en poche et que les deux amies blogueuses en disaient du bien. Je vous le recom­mande sans aucune réserve. J’ai beau­coup ri et souvent retenu mes larmes. J’étais rare­ment à l’unis­son avec Joe-Hélène qui pleure comme une made­leine lorsque son héroïne Oscar du dessin animé qui va enchan­ter toute son enfance, mourra dans un dernier combat pendant la révo­lu­tion fran­çaise. Au contraire quand Joe-Hélène reste digne en nous racon­tant les souf­frances ordi­naires des habi­tants de son quar­tier, je me suis sentie très émue, les portraits de ces vieux sortis de l’asile qui ont tout perdu sont presque tragiques, même s’ils sont « ordi­naires » pour la petite fille qui a toujours vécu parmi eux. « Le vieux » Roger qui veille sur elle à sa façon lui sera d’un précieux secours lors d’une agres­sion où le courage et la beauté de l’en­fance ont failli se flétrir défi­ni­ti­ve­ment sur un trot­toir. La gale­rie de portraits des habi­tants du quar­tiers est inou­bliable, cela va de la famille des obèses, à ceux confits en reli­gion, et ce Roger (c’est lui « le vieux ») qui ne dévoi­lera jamais son secret à la petite fille pour qui il a tant de tendresse, et qui jure dès qu’il ouvre la bouche. J’ai encore oublié ce détail, la langue ! Le québé­cois a pour moi des charmes qui me forcent à sourire et les « Ostie » « Jéri­boire » « Face de Bine » « Calvaire » « Crisse »« En Maudit » chantent dans ma tête. J’ai toujours eu des coups de cœur pour les livres qui savent racon­ter l’en­fance. Ce n’est pas si facile : il faut, à la fois, retrou­ver la naïveté de cet âge-là et en même temps faire comprendre à l’adulte lecteur la réalité du monde dans lequel vivait cette enfant. Joe-Hélène est une petite fille d’un courage incroyable et si elle se trouve bien banale à côté de son modèle « Oscar » jeune fille dégui­sée en soldat pour servir Marie-Antoi­nette, elle va faire l’admiration de tous ceux qui, enfants, qui n’ont jamais eu à se lever deux heures avant tout le monde pour distri­buer des jour­naux, afin de gagner quelques sous pour aider la famille. Sa famille est tenue de main de maître par une mère courage. Tout aurait pu se passer à peu près norma­le­ment si son père, ensei­gnant, ne trou­vait pas dans l’al­cool et le tabac des compen­sa­tions natu­relles à un métier où il souffre de ne pas pouvoir impo­ser son auto­rité. D’ailleurs de l’au­to­rité, il n’en a pas, il est seule­ment gentil et profon­dé­ment humain. Sa femme heureu­se­ment tient la famille et grâce à elle cette bande de cinq petites va sans doute s’en sortir. Oui, ils n’ont n’a eu que des filles ! mais quand on voit le portrait des hommes dans ce roman , on se dit que c’est mieux d’être une fille, elles ont plus de courage et sont moins portées sur l’al­cool.

Citations

Portrait des voisins

L’énorme fille unique de nos voisins portait, à seize ans à peine, une petite centaine de kilos, une perma­nente bouclée serrée et une humeur adap­tée à sa condi­tion de victime injus­te­ment trai­tée par des légions de méde­cins incom­pé­tents qui osaient prétendre qu’elle était respon­sable, en grande partie, de son sort. Gargan­tua Simard, son père, cardiaque de profes­sion, toujours vêtu d’un maillot de corps jauni au travers duquel perçaient des mame­lons dont la texture et le mouve­ment imitaient la pâte à gâteau pas cuite, prome­nait sont impo­santes panse sur le balcon en maudis­sant à peu près tout. La pauvre mère, la sainte femme, faisait des ménages en plus d’as­su­mer à elle seule toutes les tâches de la maison. Comme elle se mouvait presque norma­le­ment, quand ses tâches le lui permet­taient, c’est sur elle qu’ils déver­saient leur fiel bien macéré. Plus on s’en prenait à elle, plus elle souriait. Elle opérait comme une photo­syn­thèse de l’hu­meur qui rendait l’at­mo­sphère à peu près respi­rable. Les deux ventrus – jambus, fessus, double­men­to­nus, têtus- avaient des visages de plâtre plan­tés sur décor de gargouilles obèses, et jamais l’idée de se rendre sympa­thique ne leur était passée par la tête.

Deux expériences à ne pas tenter

Je n’avais pas peur de ma mère, je savais seule­ment qu’il n’était pas possible de tailler, ne serait-ce qu’une toute petite brèche, dans son impre­nable person­nage. Pas la peine de se plaindre, de pleur­ni­cher, d’ar­gu­men­ter, de se monter un plai­doyer. Insis­ter ne pouvait que condam­ner à une abdi­ca­tion des plus humi­liantes. Je le savais pour m’être quel­que­fois frot­tée à son opiniâ­treté. Cher­cher à gagner sur cette femme rele­vait de la même témé­rim­bé­ci­lité que de se coller- avec la même inten­tion de voir ce que ça fait vrai­ment- la langue sur une rampe de fer forgé bien glacé. Mais bon, j’avais mis un certain temps à le comprendre. Dans les deux cas.

La mort et les jeunes

Je compre­nais ça parce que j’étais à l’âge où la mort n’avait encore aucune prise sur moi. Je n’al­lais jamais mourir , moi , je n’avais même pas dix ans . Et, à cet âge-là, on accepte d’emblée que les vieux doivent mourir, ça semble même dans l’ordre des choses. Après, le temps coule et ça se complique parce que ça se met à nous concer­ner. C’est là qu’on a besoin de concepts philo­so­phiques déran­geants, comme celui de l’ab­sur­dité, ou d’abs­trac­tions huma­noïdes récon­for­tantes, comme la plupart des Dieux.

L’adolescence

De toute façon, les crises d’ado­les­cence ne sont pas à la portée de tous : ça prend avec les parents qui ont de l’éner­gie pour tenter de discu­ter, s’éner­ver, crier et faire des scènes ou encore pour lire des bouquins de psycho­lo­gie de comp­toir et traî­ner les jeunes ingrats chez des spécia­listes. Aucun adoles­cent ne prend la peine de se farcir une crise sérieuse sans avoir la convic­tion de susci­ter la colère d’au moins un petit quel­qu’un en bout de ligne. Tous ces petits arro­gants en mal de vivre, qui se faisaient les dents sur le dos des profes­seurs un peu mou, comme mon père, avant de jouer leur grand « Fuck the world » à leurs parents pas payés cette fois pour les endu­rer, usaient mon père préma­tu­ré­ment.

L’obésité et la télécommande

L’emplacement qu’a­vait choisi mon père était le seul que la télé­com­mande occu­pe­rait jamais : sur le télé­vi­seur. Même si le raison­ne­ment qui justi­fiait cette règle rele­vait d’un syllo­gisme des plus falla­cieux ( Bada­boum utili­sait toujours à distance la télé­com­mande, or Bada­boum est obèse, donc les télé­com­mandes rendent obèse), le carac­tère impo­sant du contre-exemple qu’elle repré­sen­tait suffi­sait à nous convaincre de son bien-fondé. L’énor­mité de l’ar­gu­ment permet­tait à mon père de faire de petites entorses au sens commun.

Découvertes qui font grandir

Plus jeune, j’avais fait quelques décou­vertes qui m’avaient arra­ché un bout de naïveté, mais jamais rien d’aussi grave. Durant l’an­née de mes six ans, par exemple, j’avais dans la même semaine décou­vert tous les cadeaux du Père Noël entas­sés au fond du congé­la­teur désaf­fecté et le petit Jésus, pas encore né, dans la boîte à fusibles placée dans l’ar­moire au-dessus du sèche-linge. Ça faisait tout un tas de croyances qui tombaient d’un coup. Mais la peine alors ressen­tie avait rapi­de­ment laissé place au bonheur de parta­ger tous ces secrets avec mes parents qui tenaient à ce qu’on soit complices pour que mes petite sœur béné­fi­cient du droit sacré de croire à n’im­porte quoi. Ce n’était au fond qu’une autre forme du même jeu. Seule l’image de mes parents, que je suspec­te­rai désor­mais de tout, c’était trou­ver alté­rée par ce mensonge pieux

Le feuilleton télévisé qui a rythmé sa vie d’enfant

Et puis, je suis morte dans l’épi­sode suivant celui de la mort d’An­dré. Un vendredi soir, à 16h17, sur Canal Famille. Les morts télé­vi­suels sont toujours précis, comme les nais­sances de la réalité. Ça m’a semblé tout natu­rel, même si j’avais secrè­te­ment souhaité quelques grandes scènes encore pour pouvoir engran­ger dans ma mémoire des hauts faits d’armes de dernière minute. Pour ma posté­rité. Mais voilà, comme tous les destins étaient liés, Oscar ne devait pas survivre long­temps à la mort d’An­dré, de son beau cheval blanc et de la vieille France. L’ef­fet domino.

Les toilettes uniques dans une famille nombreuse

Je me suis réfu­giée dans la salle de bain, le seul endroit où il était possible d’échap­per aux pour­suites de la bien­veillance fami­liale. Assis sur le carre­lage gelé,me suis pleuré pendant des heures.
Et comme il n’y avait toujours qu’un seul WC dans l’ap­par­te­ment, il s’est passé peu de temps avant qu’on ne se mette à piéti­ner devant la porte. Les plus grands drames de l’his­toire n’ont jamais eu d’emprise sur les plus petits besoins de l’homme. Ça contre­car­rait un peu mes plans, je voulais mourir là, par terre, misé­rable, seul, au moins jusqu’au dîner.

Édition Sona­tine. Traduit de l’an­glais par Julie Sibony 

Tout est faux dans cet excellent roman , même ma clas­si­fi­ca­tion. Non ce n’est pas tout à fait un roman poli­cier, non Saint-Louis dans le Haut Rhin n’est pas la ville de province sinistre que le person­nage Manfred Baumann se plaît à nous décrire, non, la préface que j’ai lue ‑sans rien trop la comprendre au début- ne dit pas la vérité sur l’au­teur sauf sans doute cette cita­tion de Georges Sime­non dont je n’ai pas eu le temps de véri­fier l’au­then­ti­cité

tout est vrai sans que rien ne soit exact.

Je ne peux tout vous dire sur ce roman incroya­ble­ment bien ficelé sauf qu’on y boit beau­coup ‑et pas que de l’eau‑, qu’il décrit avec beau­coup de talent les ambiances des habi­tués dans les bars restau­rants de province et que vous connaî­trez petit à petit Manfred Baumann, cet homme torturé et enfermé dans des habi­tudes qui lui servent de règles de vie. Le coif­feur et d’autres habi­tués fréquentent régu­liè­re­ment le café restau­rant « La cloche » ici tout le monde connaît, Baumann comme direc­teur de l’agence bancaire sans rien savoir de lui.

Le poli­cier l’ins­pec­teur Gorski, a un point commun avec Manfred Bauman, mais comme ce point n’est dévoilé qu’à la fin, je ne peux pas vous en parler sans divul­gâ­cher l’in­trigue. Les deux person­nages n’ont rien de remar­quables sinon qu’ils sont tous les deux issus de cette petite ville et qu’ils ont peu d’illu­sion sur l’hu­ma­nité. Le poli­cier a plus de cartes dans sa manche et surtout une fille Clémence qui lui donne le sourire, pour sa femme, qui appar­tient au milieu chic de Saint-Louis c’est plus compli­qué et ce n’est pas certain que son mariage tienne très long­temps. Manfred, lui aussi, vient des quar­tiers chics mais il a été orphe­lin très jeune et a été élevé par un grand père qui ne l’ai­mait guère. Les femmes sont un gros problème pour lui, et il est heureux dans son café en « relu­quant » le décol­leté d’Adèle Bedeau, celle qui dispa­raît . Il s’en­fonce dans un mensonge qui fera de lui un coupable possible et les bonnes langues du café ne vont pas tarder à se délier. C’est un roman d’am­biance où chaque person­nage est décrit dans toute sa complexité, où la vie de cette petite ville nous devient fami­lière, mais dans ce qu’elle a de sombre et d’en­nuyeux, c’est sans doute ce qu’on peut repro­cher au roman, je suis certaine que l’on peut être joyeux et insou­ciant à Saint Louis dans le Haut Rhin. Pour conclure c’est un livre que je recom­mande chau­de­ment (malgré l’en­nui qu’a ressenti Gamba­dou) à tous les amateurs de romans poli­ciers, et à tous ceux qui n’ap­pré­cient pas ce genre ; je ne suis donc pas éton­née qu’il ait reçu un coup de cœur à notre club de lecture.

Citations

Propos masculin

Petit et Clou­tier, bien que tous deux mariés, parlaient rare­ment de leur épouse et, quand ils le faisaient, c’était toujours dans les mêmes termes péjo­ra­tif. Lemerre, lui, n’avait jamais pris femme. Il décla­rait à qui voulait l’en­tendre qu’il était « contre le fait d’avoir des animaux à la maison ».

Le décor

Bref, les gens de Saint-Louis sont exac­te­ment comme les gens d’ailleurs, que ce soit dans les petites villes tout aussi ternes ou nette­ment plus clin­quantes.
Et comme les habi­tants de n’im­porte quel autre endroit, ceux de Saint-Louis ont une certaine fierté chau­vine de leur commune, tout en étant conscient de sa médio­crité. Certains rêvent d’éva­sion, où vivent avec le regret de n’être pas partis quand ils en avaient l’oc­ca­sion. Mais la majo­rité vaquent à leurs affaires sans prêter grande atten­tion à leur envi­ron­ne­ment.

le Policier

Ce qui l » inté­res­sait n’était pas tant dans le fait que quel­qu’un mente que la façon dont il le faisait . Souvent , les gens allu­maient une ciga­rette ou s’ab­sor­baient un peu brus­que­ment dans une acti­vité sans aucun rapport avec le sujet . Ils n’ar­ri­vaient plus à soute­nir son regard . Des femmes se tripo­taient les cheveux . Les hommes , leur barbe ou leur mous­tache .