http://img.over-blog.com/289x289/1/69/67/46/couvertures2/pluieavant.jpg

Traduit de l’anglais par Jamila Ouah­mane Chau­vin et Serge Chau­vin

4
Desti­nées de femmes malheu­reuses dans l’Angleterre de l’après-guerre. Rosa­mund, 76 ans, se sentant mourir explique les liens qui la relient à Imogen une petite cousine aveugle. Pour cela, elle s’enregistre et raconte sa vie à partir de vingt photos corres­pon­dant à des moments parti­cu­liè­re­ment forts d’une desti­née malheu­reuse. L’auteur analyse tout en finesse les rapports entre les êtres humains. La vie de ces femmes aurait pu être plus heureuse ou plus tragique encore. Le destin ne tient à pas grand-chose mais a une place impor­tante dans le roman, il lui arrive même de se rappe­ler aux person­nages du livre sous une forme inat­ten­due. (Comme cet oiseau qui vient se tuer sur le pare-brise de Gill, un « certain » soir sur une « certaine » route.)

Béatrix n’a pas été aimée par sa mère, elle a fait subir un destin plus tragique encore à Théa sa fille, qui dans un geste de violence rendra sa propre fille Imogen aveugle. Rosa­mund n’a pas pu, malgré tout son amour pour Théa, briser ce cercle infer­nal. Beau­coup de tris­tesse dans ces portraits de femmes qui se battent mais pas toujours avec les bonnes armes pour connaître le bonheur. On espère jusqu’à la dernière page que les chaînes du malheur s’arrêteront à la troi­sième géné­ra­tion.

Les époques qui se succèdent à travers les vingt photos font une grande partie du charme de ce roman. (La guerre, l’immédiate après-guerre, l’époque « baba-cool », l’Angleterre d’aujourd’hui…). J’ai beau­coup hésité à mettre quatre coquillages ou seule­ment trois, car je n’ai pas du tout retrouvé l’humour du « testa­ment à l’anglaise ».

Citations

Non ça ne me dérange pas la pluie en été. En fait, j’aime bien ça. C’est ma pluie préfé­rée. – Ta pluie préfé­rée ? ? ? » Je revois Théa fron­çant les sour­cils en médi­tant ces paroles, et puis elle a proclamé : « Eh bien moi, j’aime la pluie avant qu’elle tombe ».


Tout ce qui a abouti à toi était injuste. Donc tu n’aurais pas dû naître.
Mais tout chez toi est abso­lu­ment juste : Il fallait que tu naisses.
Tu étais inévi­table.

Oui, c’est vrai, rien de tout ça n’aurait dû arri­ver, ce n’est qu’une longue suite d’erreurs terribles, terribles, et pour­tant regarde à quoi ça a abouti. Ça a abouti à toi Imogen.

On en parle

link.

http://www.ecoledesloisirs.fr/php-edl/images/couvertures/34205.gif
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Raphaël Fejtö.
4
Livre pour adoles­cents ou plutôt adoles­centes. Une jeune fille de la petite noblesse anglaise, en l’an 1290, tient son jour­nal. Ce qui le rend plai­sant à lire c’est qu’elle est parti­cu­liè­re­ment délu­rée, elle n’a pas la langue dans sa poche. Son regard sur ses proches est sans pitié. On peut faci­le­ment comprendre ses révoltes si l’on admet qu’elle n’a aucune envie de répondre aux attentes des mœurs de cette époque : une femme noble doit apprendre à coudre, broder, tisser, et surtout attendre avec patience le mari que son père lui choisira.Ce qui est plus diffi­cile à comprendre c’est la raison pour laquelle cette jeune fille n’accepte pas cette éduca­tion qui était la règle pour les femmes de sa condi­tion dans ce temps-là. L’auteur lui donne une person­na­lité et un langage du 21e siècle. C’est un roman, pour­quoi pas après tout, c’est ce qui rend la lecture amusante​.La façon dont les Anglais vivaient à l’aube du 13e siècle est bien rendue. Je ne sais pas si ce livre a connu un grand succès auprès des jeunes. Je me pose souvent cette ques­tion quand je lis des livres pour adoles­cents. Celui-ci ne cherche pas à plaire aux adultes, et j’ai un peu peur qu’il ennuie les adoles­cents d’aujourd’hui. Cathe­rine commence l’éciture quoti­dienne de son jour­nal en citant le saint du jour et en racon­tant les raisons pour lesquelles il est devenu saint. J’ai beau­coup ri d’apprendre que :
  • Colman est saint « parce qu’il a appris à une souris à le main­te­nir éveillé pendant la messe »
  • Brigitte d’Irlande fut sainte pour avoir trans­formé « l’eau de son bain en bière pour les reli­gieux de passage »
  • Tatwin fut saint parce qu’« il était arche­vêque de Canter­burry et faiseur de devi­nettes »
http://s3.static69.com/m/image-offre/6/9/4/7/6947565171469867c3852993f4954b9e-300x300.gif
4
L’humanité s’est-elle arrê­tée à Ausch­witz ? Voilà la ques­tion que pose ce livre tout en essayant de faire revivre Jan Karski, héros de la résis­tance polo­naise qui a tout fait pour préve­nir les alliés de l’extermination des juifs dont il avait été le témoin. Pour lui, comme pour l’auteur Yannick Haenel, les alliés ont reçu l’information . Pour des raisons peu avouables, ils ont préféré lais­ser faire.L’auteur pense même, que le procès de Nurem­berg, a permis aux alliés de se donner bonne conscience face à leur propre inac­tion.
Le livre est construit de façon un peu surpre­nante. Les deux premières parties sont une biogra­phie dans la troi­sième, l’auteur prend la liberté de roman­cer la vie de Jan Karski. Je ne vois pas ce que cela ajoute à la force du propos. En recher­chant un blog qui parle­rait autre­ment de ce livre (voir le lien en bas de cet article), j’ai surtout trouvé des témoi­gnages de la polé­mique entre l’auteur et Claude Lanz­mann, réali­sa­teur de Shoah.

Citations

Propos du responsable du Bund en aout 1942

Les Alliés gagne­ront la guerre dans un an, dans deux peut-être, mais cela n’apportera rien aux Juifs parce qu’ils n’existeront plus.

Vision de Jan Karski dans le ghetto de Varsovie

Au milieu de la rue, deux adoles­cents en uniforme des jeunesses hitlé­riennes. Leurs cheveux blonds brillent au soleil, note Karski. Visages ronds, joues roses, ils bavardent joyeu­se­ment. D’un coup, le plus jeune sort un revol­ver de sa poche. Ses yeux cherchent une cible. Il a, dit Jan Karski, la « concen­tra­tion amusée d’un gamin à la foire ». Les yeux du garçon s’arrêtent sur un point qui échappe à Jan Karski. Il lève le bras, vise, on entend la déto­na­tion, suivie d’un verre brisé, et du cri d’un homme. Joie du garçon, l’autre le congra­tule. Puis ils conti­nuent leur chemin.

Propos que Yannick Haenel prête à Jan Karski

Le jour où j’ai entendu la phrase de Sartre ; « Tout anti­com­mu­niste est un chien » j’ai eu envie de vomir. Je me suis demandé si, pour Sartre, et pour la bonne conscience occi­den­tale, les insur­gés de Varso­vie étaient des chiens ; si mes cama­rades exécu­tés dans le forêt de Katyn étaient eux aussi des chiens…

On en parle

link.

http://storage.canalblog.com/48/03/444228/42121341_p.jpg 4
Ce n’est pas la couver­ture qui a guidé mon choix ! Il ne restait que ce livre à lire dans la sélec­tion du mois de janvier au club de lecture, mais je ne l’ai pas regretté. C’est écrit par une auteure qui connaît bien cette période (le Ve siècle) et les légendes arthu­riennes. L’histoire est pleine de rebon­dis­se­ments comme les adoles­cents doivent les aimer et les person­nages ont une certaine consis­tance, on s’attache à eux et ont veut savoir ce qui va leur adve­nir. De plus, c’est une période qui m’a toujours intri­guée : comment la civi­li­sa­tion gallo-romaine a-t-elle disparu ?
L’héroïne, Azilis, est une jeune fille d’une grande villa et vit comme une romaine mais le domaine de son père est menacé par les Francs qui dévastent tout et s’installent peu à peu dans la contrée. Fuyant un mariage qui lui répugne, elle accom­pagne son cousin dont elle amou­reuse en Bretagne pour aider le roi des Bretons dans sa guerre contre les Saxons. Elle est proté­gée par son esclave, homme coura­geux et épris de sa maîtresse. Si on se laisse prendre à cette trame, somme toute ordi­naire pour un roman d’aventures, c’est que le fond histo­rique est bien docu­menté, les person­nages sont complexes et peu à peu, on voit se dessi­ner les mythes de la légende du roi Arthur.Comment faire alors avec la magie des légendes celtes ? Je trouve que l’auteure s’en sort très bien . Sans nier le surna­tu­rel, ni trop ration­na­li­ser les enchan­teurs et les fées elle permet au lecteur d’aujourd’hui de comprendre comment de tels person­nage sont pu prendre toute leur place dans une société qui avait si peu de réponses face aux violences de l’époque.

Citation

La jeune fille la fixait d’un air implo­rant. Azilis comprit pour­quoi elle l’avait suivie On la prenait pour un être aux pouvoirs extra­or­di­naires parce qu’elle avait apporté Kaled­vour à Artu­rus. Deve­nait magie la moindre déduc­tion logique de sa part. Car qui igno­rait que les jeunes gens se mariaient à l’automne, après la saison des combats et des mois­sons ?

On en parle

Link

Traduit de l’anglais par Jean Bour­dier.

4
Chau­de­ment recom­mandé par notre biblio­thé­caire, ce roman béné­fi­ciait pour moi d’un préjugé favo­rable. Le début m’a tout de suite enthou­siasmé, le ton est abso­lu­ment excep­tion­nel. Et puis je me suis un peu perdue dans les histoires fami­liales. Pour me retrou­ver j’ai fait un arbre généa­lo­gique, je conseille à celles et ceux qui veulent lire ce roman de faire de même. Avec un ton grin­çant, et très humo­ris­tique, Kate Atkin­son raconte très bien les réali­tés et les tragé­dies fami­liales , surtout lorsqu’elles sont vues à travers les yeux de Ruby encore petite fille.
La construc­tion roma­nesque est un peu complexe, on va et on vient entre le présent et le passé, on s’y perd parfois mais quand on ferme le livre on a l’impression d’avoir gagné une famille complète. Même si, à l’image du 20e siècle la vie de la famille de Bunty et George est tragique, je crois que ce sont les moments de rire que l’on garde le plus en mémoire. La noce, le jour de la coupe du monde de foot­ball, en 1966 pendant le match Angle­terre-Alle­magne est un moment inou­bliable.

Citations

Le début

Ça y est j’existe ! …. Ma fabri­ca­tion commence au premier coup de minuit et s’achève au dernier, au moment où mon père se retire de ma mère, roule de côté et se retrouve subi­te­ment plongé dans un sommeil sans rêve grâce aux cinq pintes de bière John Smith qu’il a bues au Bol-de-Punch, avec ses amis Walter et Bernard Belling. Lorsque j’ai été arra­chée au néant, ma mère faisait semblent de dormir – comme elle le fait souvent en ces circons­tances. Mais mon père a la santé et il ne se laisse pas décou­ra­ger pour autant.

L’amour maternel

- Je n’aime pas le porridge, se hasarde à dire Patri­cia.
- Pardon demande Bunty
Ce simple mot tombe comme un glaçon sur le lino­léum de la cuisine. (Notre mère n’est vrai­ment pas du matin).
Du Tac au tac, Bunty siffle :
- Et bien moi je n’aime pas les les enfants ! Pas de veine, hein ?

Le mariage pendant la coupe du monde de football

– Cette saleté de Coupe du Monde ! dit-elle en se tour­nant vers Ted, l’écume aux lèvres. Tu n’as pas honte ? Est-ce que ton mariage n’est pas plus impor­tant que la coupe du Monde.
Ted ne peut s’en empê­cher. Il a jusqu’ici passé l’essentiel de sa vie à mentir comme un arra­cheur de dents, mais, en cette occa­sion publique et capi­tale, nous le voyons avec horreur plon­ger, comme un para­chu­tiste sans para­chute, vers le roc dur et tran­chant de la vérité.
– Pour sûr que non, dit-il. C’est la finale
Avec un bruit terrible la main de Sandra s’abat sur sa joue.

On en parle

link

4
Je n’avais pas le choix, il ne restait que celui-là dans la liste des 15 livres de février. Je pensais le parcou­rir rapi­de­ment et non … C’est très inté­res­sant, de plus Fran­çois Clémen­ceau écrit dans une langue simple et précise. Chaque chapitre est l’occasion de trai­ter un des aspects de la civi­li­sa­tion améri­caine : la ville de Washing­ton, l’obésité, la civi­li­sa­tion de la grosse voiture, la pollu­tion, la peine de mort, l’immigration, les Indiens, l’ouragan Katrina, la femme, la reli­gion, la guerre et Obama. Sa réflexion s’appuie sur des repor­tages et de multiples rencontres de person­na­li­tés d’opinions diffé­rentes. J’ai beau­coup appré­cié la place qu’il donne aux gens qu’il inter­viewe. Ce n’est pas lui le sujet du livre mais ce sont les Américains.Sa réflexion s’appuie sur son expé­rience et un travail d’enquêteur qui semble très sérieux.Il ne s’est pas contenté des images de la télé : ses pages sur l’ouragan Katrina sont très émou­vantes. Il est allé dans une petite ville Biloxi, il fait alors, remar­quer qu’on n’a parlé que de la Nouvelle-Orléans et oublié l’ensemble de la côte qui a pour­tant été tota­le­ment dévas­tée.
Il est allé voir, égale­ment, la pièce où l’on met à mort les condam­nés, il a inter­rogé des parti­sans de la peine capi­tale et des oppo​sants​.Il décrit très bien les para­doxes de la pudeur exces­sive à nos yeux des améri­cains qui inter­disent aux petites filles les maillots de bain sans soutien-gorge sur les plages et en même temps la nudité entre gens du même sexe dans les vestiaires spor­tifs « ainsi, dans le vestiaire des hommes de ma salle de sport, des garçon­nets ouvrent de grands yeux sur la viri­lité triom­phante ou déso­lante des quin­qua­gé­naires qui ne se donnent pas la peine de porter une serviette autour des hanches pour se raser ou se bros­ser les dents ». Sans parler des bars de strip-tease ni des Hooters que je vous laisse découvrir.La lutte contre l’obésité a commencé, mais elle semble bien diffi­cile à mener car les firmes et les mauvaises habi­tudes alimen­taires concernent surtout les enfants : « la tendance est à l’amélioration : davan­tage de légumes verts, moins de pomme de terre, des portions moins abon­dantes, des ingré­dients plus digestes. Mais cela ne concerne que les menus adultes ; les enfants conti­nuent à se voir offrir un chee­se­bur­ger de plus de 300 calo­ries ; leurs pizzas étaient servies avec des frites. À cela s’ajoutait le tradi­tion­nel cheese-cake ou la glace et le soda servi en gobe­let de 50 centi­litres servi à volonté à la carafe. Bref, un seul repas appro­chait la quan­tité de calo­ries recom­man­dée par les pédiatres pour trois jours. »On espère que la victoire d’Obama pourra faire mentir ces chiffres « si l’on naît Noir aux Etats-Unis, on a une chance sur d’eux d’aller jusqu’au bac et une sur neuf de se retrou­ver en prison avant l’âge de trente ans ». Je pense que tous ceux qui ont vécu aux Etats-Unis ou qui s’y inté­resse appré­cie­ront ce livre : l’auteur semble sincère et honnête.

Le blog de l’auteur

link.

4
Cette auteure a une place à part dans ma biblio­thèque, dans une période diffi­cile pour moi j’ai lu L’encre du poulpe, je m’y suis complè­te­ment retrou­vée et ce livre m’a aidée à ressor­tir du noir absolu. Depuis, je lis tout ce qu’elle écrit, à chaque fois j’ai des bons moments sans être convain­cue par l’ensemble du livre.Dans Chan­son des Mal-Aimants, j’aime bien certains moments de vie de Laudes-Marie mais pas le roman sans que je sache bien expli­quer pour­quoi. On suit la vie de cette enfant aban­don­née et albi­nos, ses drames et aussi ses moments de bonheur.

Citations

Le début est superbe

Ma soli­tude est un théâtre à ciel ouvert. La pièce a commencé voilà plus de soixante ans, en pleine nuit au coin d’une rue. Non seule­ment j’ignorais tout du texte, mais je suis entrée seule en scène, tous feux éteints, dans une indif­fé­rence univer­selle. Pas même un arbre ni un oiseau pour enjo­li­ver le décor.

Sitôt née, j’ai été confié au hasard. Certes, ce n’est pas la plus fiable des nour­rices, le hasard, mais ce n’est pas la pire. Père et mère, d’un commun désac­cord en temps décalé, n’ont pas voulu de moi.

Très beau passage

J’aimais les mots comme des confi­se­ries raffi­nées enve­lop­pées dans du papier glacé aux couleurs chatoyantes ou du papier cris­tal trans­lu­cide qui bruit sous les doigts quand on les déplie. Je les lais­sais fondre dans ma bouche, y répandre leur saveur. Mes préfé­rés étaient les mots qu’il fallait croquer ainsi que des nouga­tines ou des noix grillées et cara­mé­li­sées, et ceux qui déga­geaient un arrière-goût amer ou acidulé. Certains mots me ravis­saient, pour la trou­blante douceur de leur suffixe qui intro­dui­sait de l’inachevé et un sourd élan du désir dans leur sens : « flaves­cence, efflo­res­cence, opales­cence, rubes­cente, arbo­res­cence, lumi­nes­cence, déhis­cence … » Ils dési­gnaient un proces­sus en train de s’accomplir, très inti­me­ment, secrè­te­ment… et j’avais forgé un mot sur ce modèle : « amou­res­cence ». Dans l’espoir que par magie de ce vocable neuf un peu d’amour naîtrait dans le cœur évanoui de ma mère, et dans le mien, tout encroûté de larmes et de colère.

http://media.paperblog.fr/i/223/2231738/enfant-44-tom-rob-smith-selection-prix-litter-L-2.jpeg

Traduit de l’anglais par France Camus-Pichon

4
Voici mon premier thril­ler, je n’ai réussi à le finir que, parce que j’ai lu le dernier chapitre avant la fin : le suspens étant presqu’intolérable pour moi.

L’idée du roman­cier est géniale : imagi­ner un « Sérial killer » commet­tant ses crimes en Russie sovié­tique en 1953. La date est impor­tante, pour ce roman là aussi, la mort du « petit père des peuples », permet une fin plus heureuse que celle à laquelle le person­nage prin­ci­pal s’attendait. Par un curieux hasard, j’avais lu très peu de temps aupa­ra­vant, un livre témoi­gnage : les enfants de Staline se passant à la même période, j’ai eu une impres­sion étrange : comme si j’avais gardé en mémoire le cadre, l’arrière plan dans lequel l’imaginaire morbide de celui-ci pouvait se déployer.

Si ce roman reste une pure fiction, il n’empêche que la pein­ture de l’Union Sovié­tique sous Staline, de la famine en Ukraine en 1933, des méthodes de la police secrète, des inter­ro­ga­toires des suspects si vite coupables, des orphe­li­nats… en fait tout l’intérêt. L’enquête elle-même est passion­nante, la réalité du pays y est inti­me­ment liée. Comme dans toute enquête, le héros devra lutter contre tout le monde ou presque pour que la vérité appa­raisse dans un pays où le meurtre n’existe plus, contrai­re­ment aux pays capi­ta­listes.

On ne peut pas conseiller Enfant 44 aux âmes sensibles car le meur­trier y est parti­cu­liè­re­ment abomi­nable, mais tous les amateurs de thril­ler doivent (vont) adorer. Si ce livre n’est pas dans mes Préfé­rence, c’est unique­ment à cause de la violence des crimes. J’ai mis quelques temps à m’en remettre !

Citations

Ces rumeurs de meurtre proli­fè­re­raient comme du chien­dent au sein de la commu­nauté désta­bi­li­se­raient ses membres, les inci­te­raient à douter d’un des prin­cipes fonda­men­taux sur lesquels repo­sait leur nouvelle société : La délin­quance n’existe plus.

On en parle

link.

4
Encore « un cadeau » de mon club de lecture de Dinard. Je ne connais­sais pas cet auteur et ce roman d’amour est un petit joyau. J’ai ri, toute seule en le lisant hier soir , il n’a pas comblé une insom­nie, il m’a empê­chée de dormir, il était hors de ques­tion que je ne le termine pas avant de dormir. Il est vrai qu’il se lit très vite, c’est comme une bouf­fée de plai­sir. Le style est origi­nal, les person­nages sont vivants et sympa­thiques, et l’histoire très touchante. Les notes en bas de page sont très drôles. Ce qui m’a complè­te­ment charmé, ce sont les petits tableaux de la vie quoti­dienne, moi qui ne sais jamais quoi boire dans un café, j’ai beau­coup ri, lorsque Fran­çois réflé­chit à ce que Natha­lie va choi­sir à leur première rencontre.
J’ai quand même une sérieuse réserve sur la promo de son livre, on dirait un clip pour un chan­teur : link.

Citations

Exemple de notes en bas de page

Les sièges sont si étroits au théâtre. Markus était fran­che­ment mal à l’aise. Il regret­tait d’avoir de grandes jambes, et c’était là un regret abso­lu­ment stérile

La loca­tion de petites jambes n’existent pas.

Les idées de François, lors de la première rencontre au café

Un thé ce n’est guère mieux. À peine rencon­trés et déjà s’installe une sorte de cocon un peu mou. On sent qu’on va passer des dimanches après midi à regar­der la télé­vi­sion. Ou pire : chez les beaux-parents. Oui ; le thé c’est incon­tes­ta­ble­ment une ambiance belle-famille.

Des phrases que j’aime

Il y a peut-être une dicta­ture du concret qui contra­rie en perma­nence les voca­tions.

Markus sortit du bureau aussi stupé­fait que le soleil pendant une éclipse.

Des formules que je retiendrai

Oui il était marié. Il nageait dans ce qu’il appe­lait la vie conju­calme.

L’auteur nous parle

4
« Le dernier des justes » est certai­ne­ment un des livres qui m’a le plus marqué. Je ne l’ai pas relu depuis long­temps, mais je ne l’ai pas non plus oublié. On retrouve dans ce livre post­hume toute les douleurs des juifs polo­nais. Mais on y lit aussi celle du survi­vant qui « porte le deuil de tout un peuple ». J’apprécie beau­coup le style d’André Schwarz-Bart. Et même si ce livre n’est pas complè­te­ment abouti on y retrouve la saveur des villes juives-polo­naises d’avant, le poids de la reli­gion et des contes et l’horreur abso­lue quand l’Allemagne nazie s’abat sur la Pologne. On sent que les mots ne lui suffisent plus.

En lisant ce livre on sent l’émotion de l’écrivain, il sait nous la faire parta­ger :

« Est-ce que ça sert à quelque chose de racon­ter l’horreur abso­lue ?».

Citations

Elle savait aussi que la vie est un éter­nel­le­ment recom­men­ce­ment, ce pour­quoi tous les nouveau-nés portaient un pli à la lèvre infé­rieure : ce pli léger était la trace du doigt que l’Ange posait sur la bouche de tous les enfants du monde, afin d’effacer le souve­nir de leur vie anté­rieure.

Il pensa aux montagnes de chair partie en fumée et il crut que sa respi­ra­tion s’arrêtait. Il se planta devant le miroir et dit ; « Que fais-tu là, ta place n’est pas ici, tu sais bien où est ta place. Elle est avec les tiens ; tu es un juif mort. »

La seule simpli­cité de l’Holocauste était celle-ci ; les juifs étaient morts pour rien, stric­te­ment pour rien, une bouf­fée déli­rante dans le cerveau d’un homme quel­conque, Adolf Hitler… C’était l’impression fonda­men­tale qu’il conser­vait de cette époque ; les gens mouraient sans comprendre terras­sés par l’absurde.