Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard. (thème Holly­wood).


Dans la famille Musso, voici Valen­tin, le frère de Guillaume, en atten­dant Julien à qui se roman est dédié. Il s’agit d’un roman poli­cier très bien ficelé et que les aficio­na­dos du genre se rassurent, je ne vais pas racon­ter la fin (par laquelle j’ai débuté ma lecture …) . David Badina, le person­nage prin­ci­pal et narra­teur de cette histoire, est le fis d’Elizabeth, une jeune actrice qui, en 1959, a disparu lors du tour­nage du film qui devait défi­ni­ti­ve­ment lancer sa carrière, sans que l’on sache ni pour­quoi, ni comment. Son fils avait un an et quarante plus tard, ce passé se rappelle à lui car le célé­bris­sime metteur en scène qui avait choisi sa mère comme actrice pour ce rôle l’appelle pour lui confier un travail.

C’est aujourd’hui un scéna­riste réputé, il a connu un très grand succès succès pour son premier film mais depuis son inspi­ra­tion semble d’être tarie. Ce qu’il croyait être le plus enfoui en lui, la dispa­ri­tion inex­pli­quée de sa mère refait surface avec une telle force que l’on sent bien qu’il devra aller jusqu’au bout de ses recherches pour pouvoir enfin vivre sa vie : le roman poli­cier raconte cela.

Ce qui m’a plu, c’est la pein­ture des années soixante dans le monde du cinéma holly­woo­dien qui est très bien décrite. L’on a des person­nages à la « Harvey Wein­stein », et comme dans les séries TV, les enquêtes du FBI, si le Maccar­thysme est terminé, les habi­tudes et les mœurs de la police améri­caines n’ont pas encore complè­te­ment changé . Alors cette star nais­sante du cinéma, qui voulait la faire dispa­raître ? Et puis est-ce que David appren­dra par la même occa­sion qui est son père ? Il y a du Michael Connely dans cette enquête moins (hélas !) la person­na­lité d’Harry Bosch .

Citations

Le métier de scénariste

Le côté néga­tif de ce métier, c’est que les scéna­ristes ont souvent l’impression d’avoir fait quatre vingt dix pour cent du boulot et d’être tota­le­ment ignoré à la sortie du film. Le côté posi­tif, c’est que, lorsque ledit film ne marche pas, ce sont rare­ment eux qui essuient le tir des balles.

Los Angeles : question que je me pose aussi

Je me suis toujours demandé comment on pouvait être prêt à traver­ser la moitié de la planète rien que pour voir l’étoile de Sharon Stone ou de Tom Hanks dans cette rue sale, bondée de monde et de vendeurs à la sauvette qui ne vous lâchent pas d’un pouce. En fait, je ne connais aucun habi­tants qui prenne plai­sir à se bala­der dans cette attrape-touriste géant. Les endroits clin­quants de L.A.-ils ne manquent pas- m’ont toujours déprimé, on dirait qu’ils ont été inven­tés que pour dissi­mu­ler aux yeux des gens les rêves brisés et les échecs dont se repaît cette ville.

Passage qui s’adapte bien au contexte actuel

Grands fumeurs de cigares qu’il faisait venir de Cuba, gros buveur de whisky, connu pour son sexisme légen­daire, Welles draguait tout ce qui portait jupon à Holly­wood. Plusieurs sources lais­saient entendre qu’il avait fréquem­ment harcelé des actrices dans des suites de luxueux hôtels et qu’il était presque toujours parvenu à ses fins. Il était de ces grands mani­tous capables de faire ou de défaire une carrière à Holly­wood d’un simple claque­ment de doigts. Vu la terreur qu’il inspi­rait, je compre­nais parfai­te­ment que de jeunes actrices en quête de gloire n’aient pas eu le cran de le repous­ser malgré l’aversion qu’elle devait ressen­tir.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.


Si vous voulez passer quelques heures avec une personne ignoble, allez-y, ce Marcello Martini est pour vous ! Je vous le laisse avec grand plai­sir. Yves Ravey, a un talent incroyable pour distil­ler les vile­nies à petit feu. Le pire est toujours là, au chapitre suivant ! Je ne peux pas vous les racon­ter car l’intérêt du livre tient en cela, que l’on ne les découvre que petit à petit. Pour vous donner une idée de l’ambiance du roman, vous avez entendu parler des rapaces qui tournent autour des vieilles dames trop vieilles et trop riches (Liliane Betten­court par exemple) ? En lisant ce roman, vous serez aux premières loges. Heureu­se­ment notre Marcello, quoique très malin, sans scru­pule et inca­pable d’émotion, multi­plie gaffe sur gaffe. En fera-t-il assez pour se faire prendre ?

Tout le long de la lecture, je me deman­dais quel plai­sir avait éprouvé l’écrivain à rester pendant des jours et des jours auprès d’un tel person­nage. Je sais que certaines et certains (surtout certains, il est vrai) aiment bien les histoires sordides et sans émotion. Ils vont être servi ! Quant à moi, j’ai trop besoin de croire dans l’humanité pour appré­cier ce roman qui est, quand même, je le souligne, un petit chef d’oeuvre de suspens litté­raire.

Un passage

Discussion avec Honorable son surveillant d’internat dans « l’école » en Afrique créée par Marcello .

Il reste quelques enfants, a répondu mon surveillant. Ils logent juste pour une nuit encore dans le dortoir, avant de repar­tir pour la fron­tière… Donc, tout le monde se porte bien, c’est ce que tu es en train de me dire, Hono­rable… ? Tout est en ordre, monsieur Marcello, un seul problème, avec la banque, le direc­teur de l’agence de voyage s’est déplacé en personne, il dit qu’il n’arrive pas à obte­nir le paie­ment de votre billet d’avion… Mais enfin ! Hono­rable ! Ce n’est pas diffi­cile de se dépla­cer en personne, le bureau est en face de son agence, suffit de traver­ser la rue, cette histoire de billet d’avion, rien de grave, tu le fais patien­ter.… Mais, dites, patron, j’ai avancé person­nel­le­ment l’argent, par chèque, main­te­nant, je suis à décou­vert sur mon compte, et qui va payer les inté­rêts ? J’ai soupiré, bon Dieu mais ce n’est pas possible ces banquiers, Hono­rable il faut leur répondre, tu leur dis que tu ne paie­ras pas un centime d’agios un point c’est tout ! il ne faut surtout pas se lais­ser faire par ces gens là ! c’est tous les mêmes tu sais.… ! C’est peut-être tous les mêmes, comme vous dites monsieur Marcello, mais c’est eux qui avancent l’argent et qui prennent les inté­rêts et là ils vont pas gêner faites-moi confiance.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Après « Ce sont des choses qui arrivent », j’ai eu un grand plai­sir à retrou­ver cette auteure. Elle a un ton bien à elle pour évoquer les petits travers des « grandes » heures de gloire de la France, et même le tragique prend un air quelque peu ridi­cule. Nous sommes en Mais 1968, le 22 pour être précis. Tout Paris reten­tit de la révolte étudiante et subit les contraintes de la grève géné­rale qui para­lyse l’approvisionnement et les trans­ports. Tout Paris, soit mais qu’en est-il des hôtels de luxe et du person­nel peu formé pour expri­mer des opinions person­nelles et encore moins liber­taires. Que pense donc, le person­nel et les habi­tués du Meurice ? Son décor n’inspire pas la contes­ta­tion :

Il n’empêche ! le Chef de Rang, Roland, a orga­nisé une assem­blée géné­rale du person­nel qui a voté l’autogestion. Seule­ment voilà, ce jour le 22mai 1968, c’est aussi, le jour ou la richis­sime Florence Gould doit remettre « le prix Nimier » à un jeune écri­vain. Le person­nel décide de montrer qu’il est fort capable de se passer du direc­teur et orga­nise une soiré en tout point remar­quable. Pendant ce temps le direc­teur réunit ces confrères du Ritz, du Plazza, du Lute­tia et du Crillon pour savoir que faire devant cette situa­tion quelque peu inédite. Cela permet à l’auteur de donner vie à un autre endroit stra­té­gique de l’hôtel, le bar :

Peu de problèmes résistent à l’alcool et à l’argent. C’est la morale de ce roman. Sans doute vous serez vite curieux de connaître le roman­cier récom­pensé, comme l’ex ministre de la culture Fleur Pelle­rin, les vieux compa­gnons de table de Florence ne l’ont pas lu et seraient bien en peine de parler de son livre. En mai 1968 le prix Roger Nimier a été attri­bué à Patrick Modiano, et ce prix lui a été remis par des écri­vains proches de la colla­bo­ra­tion. Pauline Drey­fus a un vrai talent pour faire revivre ces gens si riches et si oisifs, elle ne les charge pas mais rend bien leurs aspects super­fi­ciels. Et son talent ne s’arrête pas à « croquer » caprices des gens trop riches avec humour,(la scène du repas de l’ocelot de Salva­dor Dali est aussi cruelle que drôle !)

L’auteure sait aussi nous rendre plus proche les obses­sions litté­raires de Patrick Modiano, qui dit de lui même qu’il a hérité du passé de la guerre qui n’était pas le sien. Or, ces mêmes salons furent le siège de la Komman­dan­tur et ce sont les mêmes suites qui furent les loge­ments de fonc­tion des occu­pants et du géné­ral von Chol­titz. Tous les person­nages du fameux dîner ont existé et certains person­nages ont dû s’amuser à se retrou­ver sujet de roman. Un person­nage fictif existe, un homme qui a mis toutes ses écono­mies dans une semaine au Meurice avant que le cancer ne l’emporte. Il est le seul à avoir lu et avoir compris le roman, et c’est lui aura le mot de la fin avec une chute qui m’a peu convain­cue. Le roman n’avait pas besoin de ce hasard là.

Citations

Grève au Meurice

Depuis hier, même les Folies Bergères sont occu­pées par le person­nel. Ce que les filles à plumes peuvent faire, je ne vois pas pour­quoi nous n’en serions pas capable. Sinon nous allons passer pour le dernier des Mohi­cans. Votons une motion !

La grande Histoire et la petite

En appre­nant que le Meurice avait, lui aussi, été conta­miné par la révo­lu­tion qui gangre­nait le pays, le ministre s’était senti person­nel­le­ment insul­ter. Il tenait en grande estime le direc­teur de l’hôtel, qui lui consen­tait des prix infé­rieurs à ceux du marché, au motif que l’Histoire n’est qu’une éter­nelle répé­ti­tion et qu’autrefois, Louis Napo­léon Bona­parte avait élu Le Meurice pour abri­ter ses amours avec Miss Howard. Une actrice, déjà. Un homme poli­tique, encore. L’adultère, toujours.

Florence Gould et son passé pendant et après la guerre ou le pouvoir de l’argent.

Au bout d’une jour­née entière de labo­rieux palabres ponc­tués de protes­ta­tions indi­gnées, Florence avait dû son salut à son carnet de chèques. Le montant qu’elle avait inscrit était si élevé qu’elle avait pu rega­gner son domi­cile le soir même.
Pour tout le monde et surtout pour l’avenir, cet épisode serait à clas­ser dans la caté­go­rie des calom­nies. Même si elle avait été brève, l’expérience lui avait paru humi­liante. Ces déjeu­ners où se presse le Tout-Paris de la litté­ra­ture, c’est sa revanche. Plus personne ne lui repro­chera ses fréquentations.(Hormis , post mortem, ses biographes, mais avec une telle mansué­tude que le péché devient erreur de jeunesse : « Forence, après c’est sévère enquête du gouver­ne­ment fran­çais, améri­cain et moné­gasque, est vite lavée de tout soup­çon même si elle a manqué de discer­ne­ment dans le choix de certains amants » litote déli­cieuse !)

L’homme des renseignements généraux au bar du Meurice

Il est des missions plus agréables que d’autres. Au perrier rondelle a succédé le whisky, puis le Dry Martini. Aussi, à cette minute, son esprit est-il si brumeux qu’il serait inca­pable de faire la diffé­rence entre un situa­tion­niste et un maoïste.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.


Lu en une nuit et sans aucune passion. Ce pauvre Benja­min vit dans une famille suisse très riche qui a les appa­rences d’une famille très heureuse. Malheu­reu­se­ment pour lui, elle n’a que ça, les appa­rences. Sa vie est à jamais boule­ver­sée par la dispa­ri­tion de sa sœur Summer, et vingt cinq ans plus tard, il est anéanti par ce souve­nir qu’il croyait avoir maîtrisé. Il lui faudra un courage incroyable pour remon­ter dans des souve­nirs et comprendre peu à peu ce qui était évident pour son entou­rage.

L’intérêt du roman vient de ce que nous parta­geons les efforts de cet homme dont le cerveau est embrumé par les mensonges de sa famille. Mais je n’ai pas été inté­res­sée par cette lecture, je me rendais compte que j’étais indif­fé­rente à l’histoire et pour­tant Monica Sabolo sait très bien la racon­ter, elle ne tranche jamais entre la mort ou la dispa­ri­tion de Sumer et ceci grâce à son narra­teur, celui qui était là, mais qui est aveu­glé par le poids de sa famille.

Citation

Voici la clé de l’histoire

- Et puis tes parents…
- Quoi, mes parents ? J’avais été surpris par le son d e ma voix, j’avais peut-être crié. Il fixait le mur, comme s’il regar­dait les images qui défi­laient derrière mon dos.
- On finit toujours par retrouve les gens, tu sais. Ils laissent une trace quelque part, ils passent un coup de télé­phone, se font repé­rer dans un super­mar­ché. J’avais envie d e vomir. Il avait des traces sombres de trans­pi­ra­tion sous les bras ; alors évidem­ment, s’il n’y a aucun indice aucun mouve­ment…

L’inspecteur a soupiré, comme si cette idée était trop déplai­sante. Il avait brus­que­ment baissé les yeux sur moi.

- quoi qu’il en soit, les gens ne dispa­raissent pas comme ça. Il y a toujours une expli­ca­tion. Et elle est souvent extrê­me­ment simple. A portée de main.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard. Et vous remar­que­rez son coup de cœur !

Pour­quoi Dinard ? Car c’est la ville d’où vient cet auteur. Pour­quoi ce coup de cœur ? Parce que cet auteur vient de notre ville. Cela ne veut pas dire que ce soit un mauvais roman, mais quand même, mes amies n’étaient peut-être pas entiè­re­ment objec­tives. Ce roman raconte l’adolescence d’un jeune garçon, ses émois sexuels, sa passion pour la musique et son quoti­dien marqué par un père direc­teur d’un grand hôpi­tal psychia­trique. Il passera son enfance parmi des gens de cet hôpi­tal. Son meilleur ami, Fran­cis, celui qui l’appelle « Mon gamin » a été aban­donné par ses parents dans la cour de cet hôpi­tal. Thierry, le person­nage prin­ci­pal a le malheur de perdre sa mère trop tôt et Fran­cis qui vouait un culte à ce méde­cin psychiatre qui avait été simple­ment humaine avec lui, proté­gera toute sa vie cet enfant. Le père de Thierry se rema­rie avec Emelyne une trop jeune et jolie belle mère. Un meurtre est commis et sans être un roman poli­cier on est pris par les suites logiques de cet acte. Mais comme souvent ces faits sont vus à travers les yeux et les raison­ne­ments de malades mentaux, ce n’est pas si simple de démê­ler le vrai du faux.

Ce roman vaut surtout pour l’ambiance de ce petit village qui vit au rythme de l’institution psychia­trique. Comme mes co-lectrices, j’ai moins aimé le dénoue­ment que le reste du roman. Les émois sexuels du jeune adoles­cent sont bien racon­tés, et l’histoire de Fran­cis m’a beau­coup émue. Les rapports humains entre les malades et les « bien-portants » sont fine­ment décrits. Bref il y a de très bons moments dans ce roman qui pour­tant ne m’a pas entiè­re­ment enthou­sias­mée.

Citation

Une seule mais que j’aime beaucoup pour son humour et sa profondeur

Là où les non-initiés poin­taient du doigt un camp de concen­tra­tion pour fous, Marc voyait une sorte de prin­ci­pauté où les malades mentaux étaient exoné­rés d’impôts sur la diffé­rence.



Roman que j’ai trouvé dans la blogo­sphère, je mettrai les liens si je retrouve qui m’a fait décou­vrir cette auteure. (Merci Kathel,  et Brize lui a attri­bué 4 parts de tarte ce qui est très rare). J’ai d’abord dévoré avec passion le début de ce roman puis je me suis lassée du procédé (romans par lettres) mais cela reste quand même un très bon moment de lecture. Anne Percin imagine la corres­pon­dance d’un person­nage fictif : Hugo Boch qui suit Gauguin à Pont-Aven puis au Pouldu. Celui-ci héri­tier de la famille Ville­roy et Boch, pense d’abord avoir des dons pour la pein­ture puis s’oriente vers la photo­gra­phie cela m’a permis, d’ailleurs, de décou­vrir une bien étrange coutume les photos « post-mortem » . Au lieu de faire des portraits sur le lit de mort on remet­tait le défunt debout ou assis pour garder de lui une image plus vraie( ?).

Hugo corres­pond avec sa cousine Hazel person­nage fictif lui aussi. Ces deux person­nages nous permettent de décou­vrir à la fois le monde des arts à Paris et à Bruxelle et surtout cerner peu à peu la person­na­lité de Gauguin et de tous les peintres qui l’ont appro­ché.

A Bruxelles nous suivons l’engagement artis­tique d’Anna Boch, artiste recon­nue à l’époque et qui peut s’enorgueillir d’avoir acheté un tableau de Vincent Van Gogh, le seul qu’il ait vendu de son vivant.

À Paris nous vivons toutes les diffi­cul­tés des artistes pour être expo­sés aux diffé­rents salons qui lancent les peintres dans la renommé ou les réduisent à la misère. Bien sûr pour les femmes c’est dix fois plus diffi­cile de se faire recon­naître et bien sûr aussi les artistes qui avaient à l’époque les faveurs des critiques et du public sont prati­que­ment incon­nus aujourd’hui.
Enfin à Pont-Aven et au Pouldu nous décou­vrons le carac­tère entier et fantasque de Gauguin. Ce n’est pas un person­nage très sympa­thique, mais on le voit entraî­ner derrière lui un nombre impor­tant de peintres qui recon­naissent tous son génie : Emile Bernard, Paul Emile Colin, Paul Séru­sier, Charles Fili­ger .… L’auteure à travers son person­nage raconte de façon vivante et très précise la vie de ces artistes dans un petit village breton qui avait bien du mal à comprendre ces drôles de saltim­banques. Mes seules réserves à propos de ce roman viennent de la forme, les diffé­rentes lettres des uns et des autres ont rendu ma lecture un peu lente et parfois, un peu ennuyeuse. Mais pour tous ceux qui connaissent ou qui voudrait connaître cette période d’intense créa­tion artis­tique, je ne peux que chau­de­ment recom­man­der le roman d’Anne Percin.

Citations

Le « il » ici est un artiste très connu de l’époque Pascal Dagnan-Bouveret (bien oublié aujourd’hui)

Ils ne sont pas drôles, tes Natu­ra­listes… Espé­rons au moins qu’il saura tirer parti de ce qu’il a vu ici ! Mais je crains qu’il n’y soit pas resté assez long­temps pour comprendre ce qui fait la saveur de ce pays. Il est de ces peintres qui, au lieu d’ouvrir des yeux neufs, trim­balent un regard préparé à l’avance comme on prépare une toile, un regard fait à l’atelier.

Trait de caractère de Gauguin

C’est ainsi que j’ai appris que Gauguin n’accepte jamais de cadeau : il préfère faire des dettes, ça lui paraît plus noble. À chacun sa morale.

Pont-Aven et Gauguin

Fili­ger m’a juré qu’à Pont-Aven, sur le seuil d’une maison de pêcheur, il a vu une toile de Gauguin en guise de paillas­son ! Il faut dire que, contrai­re­ment à Vincent, le bonhomme a abusé du système que tu décris, qui consiste à payer ses dettes avec des ébauches. Dans son dos, les gens s’en débar­rassent plus ou moins discrè­te­ment… C’est même devenu une source de plai­san­te­rie. Les Gauguin battent la campagne, colmatent les fissures dans les chambres de bonnes, cachent les passe-plats dans les auberges ou servent d’enseignes à deux sous. De Pont-Aven au Pouldu, il a semé à tous les vents ! Même la petite Mimi est à la tête d’une collec­tion de figu­rine en bois signée PGo…

La création mais aussi une leçon de vie (Propos de Hugo personnage fictif du roman)

Je trouve curieux que la photo­gra­phie m’ait mené là.
J’avais cru pour­tant qu’elle me condui­rait à sans cesse aller vers les autres, mais il n’en est rien. Ce que je sens en moi, c’est un recul, presqu’un refus. Je ne suis pas hostile – je crois que je ne le serai jamais, mais seule­ment indif­fé­rent à tout ce qui arrive aux autres et qui ne m’arrive pas, à moi. Gauguin était de venu comme ça avant qu’il parte. Il disait qu’il fallait se faire à l’idée de n’être pas aimé : c’est une habi­tude à prendre, pour ça, il faut cesser d’aimer aussi. Blin­der son cœur. Se fermer. Il n’y a pas d’autre solu­tion, sinon on devient fou.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.


Encore un écri­vain qui raconte d’où il vient et, comme par hasard, ce n’est pas très gai. Notre club a discuté avec passion d’un autre livre de souve­nirs d’une écri­vaine : Chan­tal Thomas et « ses souve­nirs de la marée basse » que j’ai peu appré­cié contrai­re­ment à d’autres lectrices qui voulaient lui attri­buer un coup de cœur. Je me dois donc d’expliquer pour­quoi ce livre me fait plai­sir. Pour son humour d’abord, je me suis déjà resser­vie de la descrip­tion de Guy et sa façon de ralen­tir « au feu vert de peur qu’il ne passe à l’orange ». Dans une soirée où vous êtes avec des conduc­teurs qui racontent leurs points de permis en moins vous êtres sûr de l’éclat de rire géné­ra­lisé. J’apprécie aussi sa façon de faire revivre une époque, je recon­nais très bien les lieux et les impres­sions de sa jeunesse, la maison de campagne aux tapis­se­rie style Vasa­rély. Et surtout la gale­rie de portraits des gens qui ont peuplé son enfance est abso­lu­ment extra­or­di­naire. Commen­çons par celle qui est un person­nage de roman à elle toute seule : sa mère, qui toute sa vie aura vécu pour rendre malheu­reux les gens qui l’entourent sans pour autant en avoir le moindre plai­sir. Son couple avec Guy, le beau père de Hervé Le Tellier est terrible. C’est digne de Mauriac, et Bazin réunis. Le pauvre homme comment a-t-il pu suppor­ter tout cela, le mystère est entier. Elle semble ne l’avoir jamais aimé, ni lui ni sa famille dont elle jalouse les titres de noblesse. Elle est tout entière dans la rancœur et dans la jalou­sie. le père biolo­gique (dont elle a effacé même le nom !) est tota­le­ment absent et ne cherche pas du tout à connaître son fils.

Pour­tant, cet auteur ne fait pas une pein­ture si sombre de son enfance, il y a des portes de sorties à cet univers aigri et amer, ses grands-parents, une tante plus libre que sa mère. Et surtout comme dit l’auteur lui même

« Je n’ai pas été un enfant malheu­reux, ni privé, ni battu, ni abusé. Mais très jeune, j’ai compris que quelque chose n’allait pas, très tôt j’ai voulu partir, et d’ailleurs très tôt je suis parti.
Mon père, mon beau-père sont morts, ma mère est folle. Ils ne liront pas ce livre, et je me sens le droit de l’écrire enfin. Cette étrange famille, j’espère la racon­ter sans colère, la décrire sans me plaindre, je voudrais même en faire rire, sans regrets. Les enfants n’ont parfois que le choix de la fuite, et doivent souvent à leur évasion, au risque de la fragi­lité, d’aimer plus encore la vie. »

Enfin ce livre tient surtout par la qualité de son style, cet humour en distance et un peu triste donne beau­coup de charme à ce récit.

Citations

Sa mère et les mensonges

J’ai compris pour­tant vite qu’il était diffi­cile d’accorder le moindre crédit à ce que ma mère racon­tait. Ce n’était pas qu’elle aimât parti­cu­liè­re­ment mentir, mais accep­ter la vérité exigeait trop belle. Elle accu­mu­lait ainsi les mensonges, et elle les impo­sait à tous.

Ce que cache le dévouement

La mala­die de mon grand-père fut l’occasion pour ma mère de se lancer dans une course au dévoue­ment dont, pour plus de sûreté, elle posa les règles. Elle insista pour le conduire à l’hôpital pour chaque trans­fu­sion. C’était souvent très tôt le matin et Raphaëlle, qui habi­tait plus loin et devait dépo­ser ses enfants à l’école, partait avec handi­cap. Et lorsqu’elle se libé­rait pour l’emmener, la cadette se joignait à eux, ne suppor­tant ni d’être supplan­tée dans l’abnégation ni de lais­ser son père seul avec Raphaëlle. Cette dernière finit par se décou­ra­ger. Ma mère ne cessait jamais de le lui repro­cher, tout en signa­lant l’exemplarité de son propre sacri­fice. Cas remar­quable de désin­té­res­se­ment inté­ressé.

Portrait de Guy

Guy, ainsi, portait la cravate. A priori – ceci posé pour rassu­rer tout lecteur cravaté-, on n’en saurait rien déduire. D’autant que c’était une cravate simple en soie , passe-partout, ni slim, trop décon­tracté, ni en tricot, trop risquée car il n’eût su avec quoi la porter. Elle était presque toujours unie, dans les bleus profonds, mais il arri­vait qu’une très fines rayures l’égayât. Je lui avais offert des cravates d’autres colo­ris, ou aux motifs fantai­sie, en vain. Elles avaient échoué au fond d’un tiroir, au mieux. Les autres, une cinquan­taine, étaient suspen­dues à une longue double tringle métal­lique dans son placard et j’aurais été bien inca­pable de les distin­guer entre elles.
Il était trop court de buste et pas assez fort de col, et il choi­sis­sait ces cravate trop longues. Il avait beau en coin­cer l’extrémité dans le panta­lon, elle finis­sait toujours par s’échapper, pour flot­ter de manière incon­trô­lée sur la boucle de cein­ture.
J’ignore d’où lui venait son goût pour cette bande d’étoffe déco­ra­tive. Ensei­gner l’anglais dans le secon­daire n’exigeait guerre qu’il en portât une. J’imagine qu’inconsciemment il s’agissait pour lui d’établir avec ses élèves une ligne Magi­not vesti­men­taire infran­chis­sable. A moins que la tradi­tion anglaise, « Tie », qui signi­fie aussi, « lien », « attache », ne soit une clef d’analyse. Quoi qu’il en soit, une fois rentré chez nous il ne la reti­rait pas, ne desser­rait même pas le col. Long­temps je mis cela sur le compte de la fatigue. Arriva l’âge de la retraite. Il ne l’abandonna pas. Il nouait son nœud tous les matins, par tous temps, en toutes circons­tances. Il la portait indif­fé­rem­ment sous une veste, sous un pull, un blou­son, un anorak, tout cela conver­geant pour lui confé­rer l’allure d’un vigile d’une société de gardien­nage. Au sport d’hiver, ses mauvais genoux l’empêchaient de skier mais il y emme­nait parfois mon fils, il portait la cravate jusqu’au bas des pistes de ski, et il pouvait même manger une fondue, cravaté, dans les restau­rants d’altitude. J’ai la photo. L’ôter pour dormir où se baigner devait être un déchi­re­ment.
Son confor­misme était si extrême qu’il confi­nait à l’originalité.

Toujours Guy qui devait énerver plus d’une personne sur la route

Nous démar­rions alors, mais seule­ment après que le siège eut été réglé au milli­mètre, et les rétro­vi­seurs repo­si­tion­nés. Sortir en créneau de sa place lui prenait plus de temps qu’il en eut fallu à quiconque pour y entrer. Au premier feu trico­lore, il ralen­tis­sait malgré le vert pour éviter de passer à l’orange. Et lorsque le feu quit­tait le rouge, il n’arriva jamais que la voiture qui nous suivait ne klaxon­nât pas au moins une fois.

Quand son humour rejoint celui de Jean Louis Fournier

Une église sur le fron­ton de laquelle était écrit : « Ah qu’il est bon le bon Dieu !» Ce n’était pas de l’humour, d’autant qu’à tout prendre, un « Ah qu’elle est vierge la Vierge Marie !» eut été plus amusant.


J’ai rencon­tré ce roman à Combourg, je cher­chais une carte postale avec le portrait de Chateau­briand, cela me semblait le lieu adapté, mais que nenni, le libraire m’a répondu : « on laisse ce genre d’achat au château » (fermé à cette époque de l’année) donc pas de carte de Fran­çois-René mais un homme qui avait envie de me parler des livres qu’il vendait. En parti­cu­lier donc de cette maison d’édition, « l’éveilleur » qui publie des textes oubliés. Il a su « éveiller » ma curio­sité en me disant que ce livre avait à l’époque, été une sorte de best-seller, il a reçu le prix de l’Académie fran­çaise. André Lafon était un ami de Mauriac et était promis à un bel avenir litté­raire. Et puis, 1914, la guerre, il en mourra indi­rec­te­ment : de consti­tu­tion faible il attra­pera la scar­la­tine en 1915, cela lui fut fatal. Je pense que si, notre libraire fait aimer aux gens de Combourg ce livre c’est qu’ils ont adopté la campagne, les bois, le rythme lent des acti­vi­tés rurales et le style de Fran­çois-René de Chateau­briand (et que donc ‚il aurait dû vendre une carte de cet auteur ! non mais !).

Le livre est présenté comme « un frère du grand Meaulnes » et un chef d’oeuvre qui mérite sa place dans notre GRANDE litté­ra­ture. Je dis tout cela parce que mes trois coquillages montrent bien que cela n’a pas vrai­ment marché pour moi. J’ai eu l’impression de revivre mes dictées de primaires et les textes choi­sis de CM2 . Le style est aussi parfait que vieillot, plus personne n’écrit comme cela mais c’est aussi très agréable à lire car c’est un livre très court. Je sauve quand même ce roman à cause de la pudeur avec laquelle il raconte ses souf­frances de jeune garçon. Son père traité de fou par ses cama­rades d’école est un grand dépres­sif qui se suici­dera. L’enfant vit dans les non-dits de sa mère et de sa tante qui essaient de lui faire une vie la plus normale possible. Lui, se réfu­gie dans la contem­pla­tion de la nature qu’il décrit avec une grande minu­tie. J’aimerais bien ne pas être la seule à connaître ce texte et je suis presque certaine que certaines blogueuses vont adorer ce roman.

Je me suis demandé pour­quoi la quatrième de couver­ture évoquait le grand Meaulnes, certes les deux auteurs sont morts à la guerre et n’ont écrit qu’un roman. Certes encore, on voit tout le charme d’une campagne belle et peu atteinte par le monde des villes, certes enfin, les rela­tions entre enfants datent de cette époque. Mais rien d’une superbe histoire d’amour dans « l’élève Gilles », un enfant triste qui se console en s’émerveillant devant les beau­tés de la nature. Et un style récom­pensé par l’Académie fran­çaise en 1913.

Citations

Pudeur d’un rapport douloureux père fils

Mon père ne parut pas au déjeu­ner ; j’appris qu’il se trou­vait las et prenait du repos. J’osai m’en féli­ci­ter, car sa présence m’était une contrainte. Il demeu­rait, à l’ordinaire, absorbé dans ses pensées, et je respec­tais le plus possible son recueille­ment, mais le mot, le geste donc il m’arrivait de trou­bler le silence, provo­quait sa colère ; j’en venais à jouer sans bruit , et à redou­ter et comme la foudre le heurt de quoique ce fût. Cette perpé­tuelle surveillance où j’étais de moi-même me gênait, à table surtout. Il suffi­sait de l’attention que j’apportais à me bien tenir pour m’amener aux pires maladresses, la veille même, à dîner, mon verre renversé s’était brisée en tachant large­ment la nappe. Le sursaut de mon père m’avait fait pâlir, et mon trouble fut plus grand encore à le voir nous lais­ser et reprendre, au salon, La sonate qu’il étudiait depuis le matin.

Un style vraiment désuet, j’ai impression de retrouver les dictées de mon enfance et les rédactions de primaires

Un doux matin se leva chaque jour sur ma vie qu’il beignait de clarté bleu et de saine fraî­cheur.
Je ne savais de la saison triste que le visage ennuyé qu’elle montre à la ville, ses ciels lourds sur les toits et la boue des rues obscures. Je décou­vris la splen­deur de l’hiver. Ma chambre située à l’extrémité de l’aile gauche, ouvrait sur les champs que les vignes dépouillées peuplaient de serpents noirs et de piquets, mais la pureté du ciel pâle s’étendait sur elle, jusqu’au loin loin­tain à peine brumeux ; un coteau se haus­sant portait un village où le clocher poin­tait ; des pas claquaient sur la route aper­çue et des voix, parfois, en venaient.
Le jardin nu m’étonna : le paulow­nia y révé­lait une ossa­ture tour­men­tée, les marron­niers levaient des bras tran­sis, les arbustes semblaient des balais de brande, la haie un treillis épineux. Les groseilliers se mouraient, près de la fontaine qui dége­lait, goutte à goutte, au soleil rose.….

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.


J’ai beau­coup aimé de cette auteure deux de ses romans histo­rique « L’adieu à la reine » que j’ai lu avant Luocine et « Le testa­ment d’Olympe ». Son livre de souve­nirs était proposé à notre club de la rentrée, je l’ai donc commencé avec un a priori favo­rable. De plus les jeux d’enfant sur les plages me sont fami­liers ainsi que les ambiances de ville balnéaires en saison comme hors saison. Mais malgré ma bonne volonté, je n’ai rien reçu en lisant ce livre, qui n’est ni déplai­sant ni plai­sant. Je me disais sans cesse que si cette auteure n’était pas connue, peu de gens liraient ce livre qui est, je le recon­nais, élégant et déli­cat. Chan­tal Thomas,( pour moi c’est une qualité), n’est pas de la veine des femmes qui aiment avec courage mais souvent trop d’impudeur étaler la moindre de leurs souf­frances, elle reste mesu­rée et par touches très fines nous fait vivre une enfance bercée par les embruns et les odeurs d’estran et une mère fantasque. Elle raconte ses châteaux sur le sable, ses pêches mira­cu­leuses dans les rochers, des grands parents qui pallient l’absence d’une mère plus inté­res­sée par son propre bonheur que celui de ses proches. Je sais que j’oublierai ce livre aussi vite que la marée défait les œuvres éphé­mères des enfants sur la plage.

Citations

Parce que je connais des amoureux du tandem

Si aimer ce n’est pas se regar­der l’un l’autre c’est regar­der ensemble dans la même direc­tion, alors le tandem et le véhi­cule par excel­lence de l’amour. L’un derrière l’autre, péda­lant de concert dans la même direc­tion, ils avale­ront des kilo­mètres.

Les châteaux de sable

Le château conti­nue de crou­ler. Vous auriez dû le construire dans le sable sec, là où la marée ne monte pas, ponti­fie un père qui ignore l’attrait des causes perdues et l’empire des ruines. C’est parce que le château s’écroule, c’est dans l’intervalle où, quoique déla­bré, il garde des traces de sa gloire passée, que soudain il s’anime et devient habité. Il est traversé de voix, on entend des appels au secours, des histoires se nouent, et une grande tris­tesse nous abat.

La maladie d’Alzheimer

Ma mère a telle­ment travaillé dans le sens de l’oubli, telle­ment voulu oublier, que main­te­nant que l’oubli lui arrive de l’extérieur, en forme de patho­lo­gie, elle a une supé­rio­rité sur ceux qui ne s’étaient pas entraî­nés, ceux que l’oubli frappent de plein fouet. Elle est étran­ge­ment à l’aise avec le proces­sus mysté­rieux et actif en train d’effacer certaines de ses données exis­ten­tielles. Elle est à l’aise, elle n’est pas complice. Elle sent que quelque chose la dépasse, qui ne s’agit plus d’une amné­sie sous contrôle des noms de personnes et de lieu rayés de son monde comme porteur de mauvaises ondes, d’images désa­gréables et doulou­reuses. Un enfouis­se­ment réussi. Chez-elle les gens, les lieux, les noms, béton­nés sous une couche de silence, n’émergent plus jamais dans un espace vivant de conver­sa­tion, de rires, de larmes, ni même par une allu­sion, une soudaine tris­tesse où se fige l’expression. Le nom de mon père n’a aucune chance de fran­chir la barrière de ses lèvres, pas plus que celui d’Arcachon.

Cet auteur fait partie de ceux que je lis avec grand plai­sir. Brize était enthou­siaste, mais Aifelle avait un peu refroidi mon envie, pas assez tout de même pour que je ne le réserve pas à ma média­thèque. Tous les lecteurs de ce roman constatent que le récit de la catas­trophe de Liévin en 1974 rend parfai­te­ment compte de l’horreur de cette acci­dent qui aurait pu être évité, et raconte très bien la vie des mineurs et les terribles consé­quences de la sili­cose. J’ai relu quelques archives de l’époque, qui permettent de se rendre compte que Sorj Chalan­don n’a pas exagéré. Oui, cette catas­trophe était évitable et oui, ces hommes sont morts au nom du rende­ment du char­bon, alors que les mines avaient déjà perdu leur renta­bi­lité, elles allaient bien­tôt fermer les unes après les autres. Sorj Chalen­don, en ancien jour­na­liste, a sûre­ment véri­fié la véra­cité des détails révol­tants comme le fait que les houillères retiennent sur le salaire du mineur mort au fond de la mine, les deux jours qu’il n’a pas pu faire pour finir son mois, et encore plus sordide le prix de la tenue qu’il n’a pas pu rendre.…

L’autre centre d’intérêt c’est le destin person­nel de Michel, le petit frère survi­vant et tota­le­ment hanté par cette catas­trophe. On ne peut sans divul­gâ­cher l’intrigue, en dire trop sur ce person­nage. Pour Aifelle il n’est pas crédible et cela enlève du poids au roman. Je dois être une véri­table incon­di­tion­nelle de cet auteur, car si comme elle j’ai des doutes sur la vrai­sem­blance du person­nage, j’ai trouvé que grâce à lui, Sorj Chalen­don avait réussi à nous rendre présent l’horreur des acci­dents dans les mines. Et puis cela permet de tenir en haleine le lecteur jusqu’à la dernière page. Lors du procès final, j’ai beau­coup appré­cié le réqui­si­toire et la plai­doi­rie de la défense. Tout est dit dans ces quelques pages. À la fois un pays qui, en 2014, ne comprend plus la vie des mineurs, l’absurdité des destins qui finissent dans des râles de respi­ra­tions étouf­fées par les pous­sières de char­bon, ou dans des acci­dents d’une violence inima­gi­nable, et les gens qui eux sont restés à Lens ou à Liévin et qui se sentent marqués à jamais par les tragé­dies du char­bon.

C’est donc une quatrième fois que Luocine accueille un roman de cet auteur et même si j’ai un peu plus de réserves que pour « Retour à Killy­berg » , « le quatrième mur » prix Goncourt lycéen 2013,et « Profes­sion du père » il m’a quand même beau­coup plu.

Citations

Tous les bricoleurs de mobylettes se reconnaîtront

À vingt sept ans, mon frère avait aussi aban­donné son vieux vélo pour le cyclo­mo­teur.

- La Rolls des gens honnête, disait-il aussi.

Une tragédie évitable

La presse l’avais compris, le juge Pascal l’avait décou­vert. Rien n’avait été dégazé. Le système pour mesu­rer le grisou n’était pas achevé. La machine qui servait à dissi­per les poches de méthane fonc­tion­nait dans un autre quar­tier. Les gaziers n’avaient pas mal travaillé. Pas leur faute, les pauvres gars. Ils n’étaient que deux mineurs à effec­tuer des mesures manuelles .Un seul, pour inspec­ter des kilo­mètres de gale­ries. Par mesure d’économie, les Houillères avaient pris le risque de l’accident.