Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.


Lu en une nuit et sans aucune passion. Ce pauvre Benja­min vit dans une famille suisse très riche qui a les appa­rences d’une famille très heureuse. Malheu­reu­se­ment pour lui, elle n’a que ça, les appa­rences. Sa vie est à jamais boule­ver­sée par la dispa­ri­tion de sa sœur Summer, et vingt cinq ans plus tard, il est anéanti par ce souve­nir qu’il croyait avoir maîtrisé. Il lui faudra un courage incroyable pour remon­ter dans des souve­nirs et comprendre peu à peu ce qui était évident pour son entou­rage.

L’intérêt du roman vient de ce que nous parta­geons les efforts de cet homme dont le cerveau est embrumé par les mensonges de sa famille. Mais je n’ai pas été inté­res­sée par cette lecture, je me rendais compte que j’étais indif­fé­rente à l’histoire et pour­tant Monica Sabolo sait très bien la racon­ter, elle ne tranche jamais entre la mort ou la dispa­ri­tion de Sumer et ceci grâce à son narra­teur, celui qui était là, mais qui est aveu­glé par le poids de sa famille.

Citation

Voici la clé de l’histoire

- Et puis tes parents…
- Quoi, mes parents ? J’avais été surpris par le son d e ma voix, j’avais peut-être crié. Il fixait le mur, comme s’il regar­dait les images qui défi­laient derrière mon dos.
- On finit toujours par retrouve les gens, tu sais. Ils laissent une trace quelque part, ils passent un coup de télé­phone, se font repé­rer dans un super­mar­ché. J’avais envie d e vomir. Il avait des traces sombres de trans­pi­ra­tion sous les bras ; alors évidem­ment, s’il n’y a aucun indice aucun mouve­ment…

L’inspecteur a soupiré, comme si cette idée était trop déplai­sante. Il avait brus­que­ment baissé les yeux sur moi.

- quoi qu’il en soit, les gens ne dispa­raissent pas comme ça. Il y a toujours une expli­ca­tion. Et elle est souvent extrê­me­ment simple. A portée de main.

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marie-Claude Peugeot.

J’ai lu ce roman grâce à la blogo­sphère, je mettrai les liens si, sur un commen­taire, je recon­nais celui où celle qui aime cet auteur. ( J’ai perdu la réfé­rence du blog où j’ai noté ce nom, c’était au début de l’été 2017.)

Le titre améri­cain est « I know this much is true ». Ces deux titres révèlent une vérité du roman mais pas exac­te­ment la même, le titre améri­cain insiste sur la tension qui sous tend tout le roman. On sent que Domi­nick, le narra­teur qui essaie de sauver son frère Thomas, schi­zo­phrène, des griffes d’une insti­tu­tion psychia­trique répres­sive après qu’il s’est tran­ché la main dans les locaux de la biblio­thèque, va dévoi­ler peu à peu une enfance terrible qui cache des drames qui l’empêchent aujourd’hui de reprendre pied dans sa vie. Le titre fran­çais repré­sente le point final du roman, on ne peut construire sa vie qu’en accep­tant les diffé­rents aspects de sa propre person­na­lité. Thomas le fragile, le malade, le protégé de la mère des deux jumeaux est fina­le­ment plus fort que le bouillant et toujours en colère Domi­nick, enfin c’est une façon de parler car Thomas est du côté du malheur et la répres­sion s’abat sans pitié sur lui, la soit-disant force des vain­cus est de savoir recon­naître en chacun de nous cette part de faiblesse, c’est alors que « les vain­cus sont puis­sants » .

Wally Lamb nous plonge dans l’histoire d’une famille « dysfonc­tion­nelle » (j’emprunte ce mot à Pat Conroy élevé à la dure lui aussi par un ancien Marine). La diffé­rence est que Ray n’est pas le géni­teur des enfants, il a épousé la mère et reconnu les jumeaux. Durant toute leur enfance, il n’aura pour but que d’en faire de braves petits soldats et les endur­cir pour affron­ter un monde qu’il sait ne faire aucune place aux faibles. Domi­nick s’en sort à sa façon, il affronte avec bravache cette éduca­tion, mais Thomas réagit par les pleurs. Plus sa mère le protège, plus Ray s’énerve jusqu’à une scène terrible qui arrive après 900 pages. C’est le reproche que je fais à ce roman pour­quoi faut-il à cet auteur 976 pages pour accou­cher de cette souf­france qui dévore toute une vie ? Bien sûr ce roman nous permet de visi­ter les bas-fonds des hôpi­taux psychia­triques améri­cains, de parta­ger les tensions de l’arrivée des immi­grants italiens, de revivre le racisme ordi­naire contre les indiens et les noirs, et de comprendre que la peur d’avoir du sang noir dans les veines a provo­qué bien des secrets, que rien n’est pire que statut de fille mère … Bref nous sommes avec les vain­cus souvent et il est vrai que nous mesu­rons qu’eux aussi on fait la force de ce grand pays. Mais j’aurais aimé un peu plus de conci­sion, même si je comprends que le rythme de cette écri­ture vient du dévoi­le­ment progres­sif que Domi­nick réalise grâce à une théra­pie très doulou­reuse. Au bout de tant d’horreurs, la fin heureuse a mis un peu de baume sur mon cœur telle­ment meur­tri surtout quand je lis pendant des pages et des pages les souf­frances que l’on peut faire subir à des gens sans défense dans les hôpi­taux psychia­triques.

Citations

La dernière phrase

L’amour gran­dit dans le riche terreau du pardon ; les bâtards font de bons chiens ; La preuve de l’existence de Dieu réside dans la pléni­tude des choses.

Le sens du roman avec le titre français

Je suis profes­seur d’histoire américaine(.….)mes élèves tirent, je l’espère, la leçon que j’ai moi même tirée : l’abus de pouvoir nuit à l’oppresseur autant qu’à l’opprimé.

L’amitié entre garçons

« Comment peux-tu fréquen­ter le trou du c… le plus notoires de tout le lycée ? » me deman­dait constam­ment Thomas l’été ou Léo et moi étions ensemble au rattra­page d’algèbre. Certes, Léo était un vrai trou du cul, je le savais. Mais, je le répète, il était aussi tout ce que mon frère et moi n’étions pas : sans complexe, insou­ciant, et hyper drôle. Son toupet phéno­mé­nal nous avait fait accé­der à toutes sortes de plai­sirs inter­dits que mon béni-oui-oui de fran­gin aurait désap­prouvé, et qui m’aurait valu des rossées de mon beau-père : les films clas­sés X du drive-in de la route 165, le champ de courses de Narra­gan­sett, un maga­sin de vins, spiri­tueux sur la route de Pachaug Pond qui accor­dait aux mineurs le béné­fice du doute. Ma première cuite magis­trale, je l’ai prise dans la voiture de la mère de Léo, à la Cascade en fumant des ciga­rettes et en faisant circu­ler une bouteille de Bali Hai. J’avais 15 ans.

Les expérimentations sur les malades mentaux

Les années 70 et 78 avaient été fastes. À cette époque-là, consi­dé­rant qu’en fin de compte Thomas n’était pas maniaco-depres­sif, on avait arrêté le lithium pour le rempla­cer par de la stela­zine. Puis le Dr Brad­bury avait pris sa retraite, et ce connais de Dr Shoo­ner, ce nabot qui suivait désor­mais mon frère, avait décrété que, si ça marchait avec six milli­grammes de stela­zine par jour, ça marche­rait d’autant mieux avec dix-huit. Il me semble encore tenir ce petit char­la­tan par les revers de son veston de tweed comme le jour où j’ai trouvé Thomas assis, para­lysé, l’oeil vitreux, la langue pendante, bavant sur sa chemise.

Les bibliothèques

Autre­fois, le métier de biblio­thé­caire était un métier agréable -après tout elle aimait bien les gens. Mais à présent, les biblio­thèques étaient à la merci des lais­sés-pour-compte et des sans-abris du quar­tier. Des gens qui se fichaient éper­du­ment des livres et de l’information. Qui venaient s’asseoir là comme des légumes ou se préci­pi­taient aux WC toutes les cinq minutes. 

Le destin et l’amour d’un fils pour sa mère

J’étais celui qui en voulait le plus au destin de l’avoir grati­fiée d’abord d’un mari incons­tant, puis d’un fils schi­zo­phrène, avant de reve­nir lui taper sur l’épaule pour lui filer le cancer. Or je prou­vais seule­ment que j’étais celui qui refu­sait le plus obsti­né­ment de se rendre à l’évidence. Si je me donnais tant de mal et si je faisais les frais de lui offrir une cuisine neuve, elle avait inté­rêt à vivre assez long­temps pour en profi­ter.

Je dois cette lecture à Krol qui sait si bien ne pas racon­ter les livres qu’elle appré­cie. L’ennuie c’est qu’elle dit aussi qu’il vous faut fuir les billets qui en disent trop . Alors ? lirez vous le mien jusqu’au bout ? Tant pis, je me lance. Ce roman est en deux parties, dans la première le père humo­riste célé­bris­sime est le narra­teur et le person­nage prin­ci­pal. On le suit dès son enfance, marquée par un père qui ne l’a jamais compris et un acci­dent qui rendra son frère para­plé­gique. Cela ternit à jamais sa possi­bi­lité d’être heureux car il se sent respon­sable. Son succès comme humo­riste lui permet de sortir de sa condi­tion de Fran­çais moyen, mais creuse peu à peu, entre son fils et lui un désert aride où l’incompréhension est la règle. Ce grand comique se vide peu à peu de sa substance et alors que la France entière se tord de rire à ses blagues, son fils est de plus en plus absent de sa vie. L’explication nous est donnée dans la deuxième partie dont le narra­teur devient le fils, celui-ci n’a vécu le succès de son père que comme une trahi­son et une absence de plus en plus lourde d’abord, puis de plus en plus indif­fé­rente. Ces deux êtres trou­ve­ront-ils le moyen de se rencon­trer. Sous le regard critique de Krol, je ne peux évidem­ment en dire plus. Pour­quoi ne suis-je pas plus embal­lée par ce roman ? J’ai adoré la première partie qui décrit très bien ce que le succès peut avoir à la fois d’enivrant et de destruc­teur. La descrip­tion de l’entrée en scène de cet humo­riste devant des milliers de spec­ta­teurs est criante de vérité. mais la deuxième partie m’a beau­coup moins plu. Et en plus, elle est trop évidente. On devine très faci­le­ment les ressorts psycho­lo­giques des deux person­nages et le carac­tère narcis­sique du fils m’a semblé très convenu. J’espère ne pas en avoir trop dit, si l’angoisse de la scène veut dire quelque chose pour vous, lisez ce livre j’ai rare­ment lu une descrip­tion aussi réaliste.

Citations

Comme je comprends

Prendre le train était toujours un moment très anxio­gène pour lui ; il avait systé­ma­ti­que­ment peur d’arriver en retard à la gare, il fallait qu’il regarde plusieurs fois le quai indi­qué sur le panneau d’affichage pour être sûr de ne pas se trom­per. Paris Saint-Lazare : voie 3. Il véri­fiait le numéro du train sur son ticket, puis sur l’écran de télé­vi­sion accro­ché en l’air. Plusieurs fois. S’assurait qu’il se trou­vait bien sur la voie 3. Plusieurs fois. Et, arrivé dans l’Inter-cité, il ne pouvait s’empêcher de deman­der au premier passa­ger croisé : « Est-ce que ce train va bien à Paris ? »

Ne pas faire comme son père

Parce que Édouard a voulu « pous­ser » Arthur, trop fort sans doute. À avoir souf­fert d’un père qui ne croyait pas en lui, il s’est persuadé que c’était tout l’inverse qu’il fallait à son enfant. Il se devait de l’encourager, le forcer à se dépas­ser. Alors quand son gamin a eu l’idée, à cinq ans à peine, de s’amuser à faire parler ses marion­nettes en peluche, Édouard n’a eu de cesse de l’encourager dans cette voie, tu as un don, il ne faut pas le gâcher, entraîne-toi ! 

La fin d’un amour

Tout au fond de son cœur, Édouard sait que cette fois, c’est la fin, la vraie. Celle contre laquelle on ne peut plus lutter, celle qui est déjà arri­vée à pas de loup même si on ne s’en était pas aperçu jusqu’à présent, celle qu’il faut seule­ment accep­ter, le plus digne­ment possible, même si on sait qu’après coup, la douleur semblera insur­mon­table, qu’il faudra la noyer, l’assommer, la muse­ler à tout prix pour qu’elle reste silen­cieuse. – Je parti­rai demain matin, sauf si tu préfères que j’aille à l’hôtel ce soir. – Ne raconte pas n’importe quoi, on ne va pas deve­nir des étran­gers l’un pour l’autre… Tu peux rester, profi­ter d’Arthur quelques jours… – Non, j’ai du boulot de toute façon, tout un tas de trucs à gérer à Paris.

L’artiste

Tu sais, je suis persua­dée que la plupart des artistes ont un besoin de recon­nais­sance et d’affection supé­rieur aux autres, ils ont en eux cette soif viscé­rale d’être appré­ciés, d’être aimés.