Chez Albin Michel

lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

Je suis partie, grâce au talent d’Antonin Varennes, dans le Paris de 1900, complè­te­ment cham­boulé par l’exposition univer­selle, j’ai suivi la jeune et belle Aileen Bowman corres­pon­dante de presse d’un jour­nal new-yorkais. Elle a imposé à son rédac­teur en chef son séjour à Paris. Elle nous permet de décou­vrir cette ville courue par les artistes, ce qui va du clas­si­cisme absolu tant vanté par Royal Cortis­soz, le critique d’art à qui le gouver­ne­ment améri­cain a confié le choix des tableaux, par exemple celui qui lui plait le plus et dont il dit :

Puis­sante, avait déclaré le critique . Simple et fort. Équi­li­bré. Parlant d’elle-même. Il y a chez cette bête la force tran­quille et la persé­vé­rance des travailleurs améri­cains de la terre.

Aillen a tendance à n’y voir qu’un taureau dans un étable et préfère les nus de Julius Stewart qui lui fera décou­vrir le Paris des artistes (Picasso y faisait ses débuts), l’auteur nous fait vivre dans le détail l’élaboration des tableaux de cet artiste mi-améri­cain mi-fran­çais (comme elle)

Nous suivons aussi la construc­tion de l’exposition univer­selle qui fait de Paris un village de décors et où on invite les popu­la­tions indi­gènes à se donner en spec­tacle. C’est là, la première raison de la venue à Paris d’Ailleen , elle veut retrou­ver son demi-frère Joseph jeune métis mi-indien mi -blanc qui est devenu fou à cause de ce partage en lui de civi­li­sa­tions trop anti­no­miques, il fait partie du spec­tacle que les indiens donnent à Paris mais il n’est que souf­france et apporte le malheur partout où il passe ; encore que… la fin du roman donne peut être un autre éclai­rage à ses actes terribles..

On suit aussi l’énorme enthou­siasme qu’apporte la révo­lu­tion indus­trielle ; le progrès est alors un Dieu qui doit faire le bonheur des hommes, c’est ce que pensent en tout cas aussi Rudolf Diesel qui expose son moteur révo­lu­tion­naire, et Fulgence Bien­venüe, qui construit le métro avec un ingé­nieur Charles Huet marié à une si jolie femme.
Enfin le dernier fil, c’est le combat des femmes pour pouvoir exis­ter en dehors du mariage et de la procréa­tion et en cela Aileen aussi, est une très bonne guide.
On suit tout cela et on savoure les récits foison­nants d’une autre époque, la belle dit-on souvent, certai­ne­ment parce qu’elle était pleine d’espoirs qui se sont fracas­sés sur les tran­chées de la guerre 1418.

Citations

Conseils de son père

Arthur lui donnait des conseils sur la façon d’affronter le monde : savoir se taire, garder sa poudre au sec, être toujours prête. Et peut-être aussi être belle. À la façon dont Arthur Bowman appré­ciait la beauté : quand elle nais­sait d’une harmo­nie entre un objet et son utilité, une personne et la place qu’elle occu­pait dans le monde.

Réflexion sur le passé

La maîtrise du temps, l’instruction, est aux mains des puis­sants. Les peuples, occu­pés à survivre, n’en possèdent pas assez pour le capi­ta­li­ser, le faire jouer en leur faveur. Ils empilent seule­ment les pierres des bâti­ments qui leur survi­vront.

Propos prêtés à Rudolf Diesel vainqueur du grand prix de l’exposition universelle

- Vous ne croyez pas, comme Saint-Simon, que les ingé­nieurs seront les grands hommes de ce nouveau siècle ? Que la tech­no­lo­gie appor­tera la paix et la pros­pé­rité ?
Il lui fallut encore un peu de silence pour trou­ver ces mots, ou le courage de répondre.
- Je suis un paci­fiste, madame Bowman , mais je sais que ce ne sont pas les ouvriers ni la masse des pauvres qui lancent les nations dans des guerres. Il faut avoir le pouvoir des poli­ti­ciens pour le faire. Et poli­ti­ciens ne se lance­raient pas dans des conflits armés s’ils n’avaient pas le soutien des scien­ti­fiques, qui garan­tissent les chances de victoire grâce à leurs décou­vertes et leurs inven­tions. Non je ne partage pas l’optimisme du comte de Saint-Simon.

Réflexion sur la bourgeoisie et la noblesse en 1900

Les bour­geois comme les Cornic et mes parents sont convain­cus que la bonne éduca­tion de leurs enfants est leur meilleure défense contre les préju­gés dont ils sont victimes. Ils se trompent.Les aris­to­crates, dont les privi­lèges sont l’héritage du sang, ne méprisent rien tant que l’éducation.

Édition livre de poche Folio

J’avais noté le nom de cette auteure à propos d’un autre livre « J’irai danser si je veux » chez Cuné d’abord, puis chez Aifelle. Voilà une tenta­tion que je ne regrette abso­lu­ment pas et je vais certai­ne­ment lire les autres romans de Marie-Renée Lavoie. J’ai commencé par son enfance, car ce livre est paru en poche et que les deux amies blogueuses en disaient du bien. Je vous le recom­mande sans aucune réserve. J’ai beau­coup ri et souvent retenu mes larmes. J’étais rare­ment à l’unisson avec Joe-Hélène qui pleure comme une made­leine lorsque son héroïne Oscar du dessin animé qui va enchan­ter toute son enfance, mourra dans un dernier combat pendant la révo­lu­tion fran­çaise. Au contraire quand Joe-Hélène reste digne en nous racon­tant les souf­frances ordi­naires des habi­tants de son quar­tier, je me suis sentie très émue, les portraits de ces vieux sortis de l’asile qui ont tout perdu sont presque tragiques, même s’ils sont « ordi­naires » pour la petite fille qui a toujours vécu parmi eux. « Le vieux » Roger qui veille sur elle à sa façon lui sera d’un précieux secours lors d’une agres­sion où le courage et la beauté de l’enfance ont failli se flétrir défi­ni­ti­ve­ment sur un trot­toir. La gale­rie de portraits des habi­tants du quar­tiers est inou­bliable, cela va de la famille des obèses, à ceux confits en reli­gion, et ce Roger (c’est lui « le vieux ») qui ne dévoi­lera jamais son secret à la petite fille pour qui il a tant de tendresse, et qui jure dès qu’il ouvre la bouche. J’ai encore oublié ce détail, la langue ! Le québé­cois a pour moi des charmes qui me forcent à sourire et les « Ostie » « Jéri­boire » « Face de Bine » « Calvaire » « Crisse»«En Maudit » chantent dans ma tête. J’ai toujours eu des coups de cœur pour les livres qui savent racon­ter l’enfance. Ce n’est pas si facile : il faut, à la fois, retrou­ver la naïveté de cet âge-là et en même temps faire comprendre à l’adulte lecteur la réalité du monde dans lequel vivait cette enfant. Joe-Hélène est une petite fille d’un courage incroyable et si elle se trouve bien banale à côté de son modèle « Oscar » jeune fille dégui­sée en soldat pour servir Marie-Antoi­nette, elle va faire l’admiration de tous ceux qui, enfants, qui n’ont jamais eu à se lever deux heures avant tout le monde pour distri­buer des jour­naux, afin de gagner quelques sous pour aider la famille. Sa famille est tenue de main de maître par une mère courage. Tout aurait pu se passer à peu près norma­le­ment si son père, ensei­gnant, ne trou­vait pas dans l’alcool et le tabac des compen­sa­tions natu­relles à un métier où il souffre de ne pas pouvoir impo­ser son auto­rité. D’ailleurs de l’autorité, il n’en a pas, il est seule­ment gentil et profon­dé­ment humain. Sa femme heureu­se­ment tient la famille et grâce à elle cette bande de cinq petites va sans doute s’en sortir. Oui, ils n’ont n’a eu que des filles ! mais quand on voit le portrait des hommes dans ce roman , on se dit que c’est mieux d’être une fille, elles ont plus de courage et sont moins portées sur l’alcool.

Citations

Portrait des voisins

L’énorme fille unique de nos voisins portait, à seize ans à peine, une petite centaine de kilos, une perma­nente bouclée serrée et une humeur adap­tée à sa condi­tion de victime injus­te­ment trai­tée par des légions de méde­cins incom­pé­tents qui osaient prétendre qu’elle était respon­sable, en grande partie, de son sort. Gargan­tua Simard, son père, cardiaque de profes­sion, toujours vêtu d’un maillot de corps jauni au travers duquel perçaient des mame­lons dont la texture et le mouve­ment imitaient la pâte à gâteau pas cuite, prome­nait sont impo­santes panse sur le balcon en maudis­sant à peu près tout. La pauvre mère, la sainte femme, faisait des ménages en plus d’assumer à elle seule toutes les tâches de la maison. Comme elle se mouvait presque norma­le­ment, quand ses tâches le lui permet­taient, c’est sur elle qu’ils déver­saient leur fiel bien macéré. Plus on s’en prenait à elle, plus elle souriait. Elle opérait comme une photo­syn­thèse de l’humeur qui rendait l’atmosphère à peu près respi­rable. Les deux ventrus – jambus, fessus, double­men­to­nus, têtus- avaient des visages de plâtre plan­tés sur décor de gargouilles obèses, et jamais l’idée de se rendre sympa­thique ne leur était passée par la tête.

Deux expériences à ne pas tenter

Je n’avais pas peur de ma mère, je savais seule­ment qu’il n’était pas possible de tailler, ne serait-ce qu’une toute petite brèche, dans son impre­nable person­nage. Pas la peine de se plaindre, de pleur­ni­cher, d’argumenter, de se monter un plai­doyer. Insis­ter ne pouvait que condam­ner à une abdi­ca­tion des plus humi­liantes. Je le savais pour m’être quel­que­fois frot­tée à son opiniâ­treté. Cher­cher à gagner sur cette femme rele­vait de la même témé­rim­bé­ci­lité que de se coller- avec la même inten­tion de voir ce que ça fait vrai­ment- la langue sur une rampe de fer forgé bien glacé. Mais bon, j’avais mis un certain temps à le comprendre. Dans les deux cas.

La mort et les jeunes

Je compre­nais ça parce que j’étais à l’âge où la mort n’avait encore aucune prise sur moi. Je n’allais jamais mourir , moi , je n’avais même pas dix ans . Et, à cet âge-là, on accepte d’emblée que les vieux doivent mourir, ça semble même dans l’ordre des choses. Après, le temps coule et ça se complique parce que ça se met à nous concer­ner. C’est là qu’on a besoin de concepts philo­so­phiques déran­geants, comme celui de l’absurdité, ou d’abstractions huma­noïdes récon­for­tantes, comme la plupart des Dieux.

L’adolescence

De toute façon, les crises d’adolescence ne sont pas à la portée de tous : ça prend avec les parents qui ont de l’énergie pour tenter de discu­ter, s’énerver, crier et faire des scènes ou encore pour lire des bouquins de psycho­lo­gie de comp­toir et traî­ner les jeunes ingrats chez des spécia­listes. Aucun adoles­cent ne prend la peine de se farcir une crise sérieuse sans avoir la convic­tion de susci­ter la colère d’au moins un petit quelqu’un en bout de ligne. Tous ces petits arro­gants en mal de vivre, qui se faisaient les dents sur le dos des profes­seurs un peu mou, comme mon père, avant de jouer leur grand « Fuck the world » à leurs parents pas payés cette fois pour les endu­rer, usaient mon père préma­tu­ré­ment.

L’obésité et la télécommande

L’emplacement qu’avait choisi mon père était le seul que la télé­com­mande occu­pe­rait jamais : sur le télé­vi­seur. Même si le raison­ne­ment qui justi­fiait cette règle rele­vait d’un syllo­gisme des plus falla­cieux ( Bada­boum utili­sait toujours à distance la télé­com­mande, or Bada­boum est obèse, donc les télé­com­mandes rendent obèse), le carac­tère impo­sant du contre-exemple qu’elle repré­sen­tait suffi­sait à nous convaincre de son bien-fondé. L’énormité de l’argument permet­tait à mon père de faire de petites entorses au sens commun.

Découvertes qui font grandir

Plus jeune, j’avais fait quelques décou­vertes qui m’avaient arra­ché un bout de naïveté, mais jamais rien d’aussi grave. Durant l’année de mes six ans, par exemple, j’avais dans la même semaine décou­vert tous les cadeaux du Père Noël entas­sés au fond du congé­la­teur désaf­fecté et le petit Jésus, pas encore né, dans la boîte à fusibles placée dans l’armoire au-dessus du sèche-linge. Ça faisait tout un tas de croyances qui tombaient d’un coup. Mais la peine alors ressen­tie avait rapi­de­ment laissé place au bonheur de parta­ger tous ces secrets avec mes parents qui tenaient à ce qu’on soit complices pour que mes petite sœur béné­fi­cient du droit sacré de croire à n’importe quoi. Ce n’était au fond qu’une autre forme du même jeu. Seule l’image de mes parents, que je suspec­te­rai désor­mais de tout, c’était trou­ver alté­rée par ce mensonge pieux

Le feuilleton télévisé qui a rythmé sa vie d’enfant

Et puis, je suis morte dans l’épisode suivant celui de la mort d’André. Un vendredi soir, à 16h17, sur Canal Famille. Les morts télé­vi­suels sont toujours précis, comme les nais­sances de la réalité. Ça m’a semblé tout natu­rel, même si j’avais secrè­te­ment souhaité quelques grandes scènes encore pour pouvoir engran­ger dans ma mémoire des hauts faits d’armes de dernière minute. Pour ma posté­rité. Mais voilà, comme tous les destins étaient liés, Oscar ne devait pas survivre long­temps à la mort d’André, de son beau cheval blanc et de la vieille France. L’effet domino.

Les toilettes uniques dans une famille nombreuse

Je me suis réfu­giée dans la salle de bain, le seul endroit où il était possible d’échapper aux pour­suites de la bien­veillance fami­liale. Assis sur le carre­lage gelé,me suis pleuré pendant des heures.
Et comme il n’y avait toujours qu’un seul WC dans l’appartement, il s’est passé peu de temps avant qu’on ne se mette à piéti­ner devant la porte. Les plus grands drames de l’histoire n’ont jamais eu d’emprise sur les plus petits besoins de l’homme. Ça contre­car­rait un peu mes plans, je voulais mourir là, par terre, misé­rable, seul, au moins jusqu’au dîner.

Édition Stock

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

Ce roman raconte une histoire qui touche et boule­verse trois géné­ra­tions de femmes, liées entre elles par des tragé­dies qui ont eu comme cadre un village de province écrasé de soleil, et en parti­cu­lier un ruis­seau dans lequel elles peuvent se baigner(contrairement au ruis­se­let de ma photo). L’héroïne, Billie une jeune femme de trente ans, artiste peintre, doit reve­nir dans cet endroit qu’elle a fui pour enter­rer sa mère, qui vivait dans un EHPAD spécia­lisé pour les personnes atteintes d’Alzheimer. Celle-ci a été retrou­vée noyée dans le ruis­seau qui arrose le village. La violence avec laquelle Billie reçoit cette nouvelle nous fait comprendre à quel point ce passé est très lourd pour elle. Une phrase rythme le roman : « les monstres engendrent-elles des monstres ?» . 

Il faudra trois cents pages du roman pour que tous les fils qui lient cette jeune femme à cette terrible héré­dité de malheurs se dénouent complè­te­ment. Et heureu­se­ment aussi, pour qu’elle parvienne à se pardon­ner et à repous­ser l’homme qui la respec­tait si peu.

L’ambiance oppres­sante dans laquelle se débat Billie rend ce récit capti­vant, on se demande comment elle peut se sortir de tant de malé­dic­tions qui sont toutes plau­sibles. C’est très bien écrit, Caro­line Caugant a ce talent parti­cu­lier de nous entraî­ner dans son univers et de savoir diffu­ser une tension qui ne se relâche qu’à la fin. Ce n’est pas un happy-end mais un renou­veau et sans doute, pour cette jeune femme la possi­bi­lité de se construire en se déta­chant de tous les liens qui voulaient la faire couler au fond de la rivière maudite.

Citations

L’EHPAD

Aux Oliviers le temps était comme arrêté. Il n’y avait que la prise des médi­ca­ments qui compar­ti­men­tait les jour­nées. À heure fixe les infir­mières arpen­taient les couloirs, dispa­rais­saient tour à tour derrière les portes bleues. En dehors de ces légion en blouse blanche, la lenteur régnait. Si on restait trop long­temps dans cet endroit, c’était à ses risques et périls. On pouvait y être avalé , y perdre la notion des heures, s’endormir là pour toujours, comme Louise.

Le temps qui passe

Le temps est censé chan­ger les êtres. Si par hasard on les croi­ser au détour d’une rue, on ne les recon­naît pas immé­dia­te­ment. Il nous faut un moment pour retrou­ver un nom, le lier à une époque, à cause de toutes ces modi­fi­ca­tions minimes sur la chair, dans la voix, qui s’additionnent et en font des étran­gers.
Mais les autres, les rares -ceux que l’on a aimés-, il semble ne jamais vouloir s’éloigner de nous.

Presque la fin …

Demande-t-on pardon aux morts ? En sentant la vague de chaleur qui l’empli au niveau de la poitrine, elle se dit que oui.
Le calme revient à la surface, les oscil­la­tions s’estompent. Seule s’éternise la danse paisible et silen­cieuse des grands mous­tiques d’eau.

Comme vous le voyez, il a obtenu un coup de cœur au club de la média­thèque de Dinard

Je comprends très bien ce coup de cœur, car au-delà de l’humour qui m’a fait sourire, il s’y installe peu à peu une profonde tris­tesse que l’on sent sincère. Ce roman se construit, en de courts chapitres, autour d’événements de cette géné­ra­tion qu’elle appelle « millé­nium », celle de l’auteur qui gran­dit avec la coupe du monde de 1998, et la défaite de Jospin au premier tour des élec­tions de 2002. Mais le fil conduc­teur de ces courts chapitres, c’est aussi son amitié avec Carmen, jeune femme dyna­mique qui n’a peur de rien, jusqu’au 11 août 2003, date à laquelle une erreur de conduite la rendra respon­sable d’un acci­dent mortel. Carmen ne pourra pas surmon­ter sa culpa­bi­lité, ni « refaire sa vie » – expres­sion que la narra­trice trouve parti­cu­liè­re­ment vide de sens . Et tout cela au rythme des chan­sons du groupe ABBA dont l’auteur a la gentillesse de nous traduire les textes. Je ne connais­sais pas, mais je trouve une belle nostal­gie dans ces paroles.

Un roman vite lu, comme les SMS d’aujourd’hui mais qui laisse une trace dans notre mémoire et qui permet de mieux comprendre une géné­ra­tion, dans laquelle les hommes n’ont vrai­ment pas le beau rôle. Il faut dire qu’enfant son prince char­mant était Charles Ingall qu’elle a eu du mal à rencon­trer dans sa vie de pari­sienne de tous les jours .…

Citations

Son père

Quand j’étais petite, je disais à mon père que je voulais deve­nir « docteur des bébés ». Et lui, au lieu de prendre ça en compte, de me dire quelque chose d’encourageant, genre : « C’est bien », il répon­dait. « T’es pas assez intel­li­gente pour ça. Toi, il faudrait que tu travailles dans une boulan­ge­rie. » Il avait des idées louches. Comme si tous les boulan­gers étaient bêtes.

Sa mère

Si j’avais le culot de contes­ter une de ses déci­sions, si j’exprimais un désac­cord, j’avais droit à un inter­mi­nable mono­logue culpa­bi­li­sant qui commen­çait par : « Je te rappelle que j’ai passé vingt huit heures trente sur la table d’accouchement ! Vingt huit heures trente !» Elle finis­sait par : « Je me suis battue pour avoir ta garde et je me sacri­fie pour t’élever ! Il est où ton père, hein ? Il est où là ?» Elle disait ça en regar­dant autour d’elle ou en levant les yeux au ciel. Comme si elle le cherchait.«Hein ? Il est où ?. Tu le vois quelque part toi. » 

(J’en ai rêvé des dizaines de milliers de fois, qu’il sorte de derrière le canapé, ou qu’il rentre par la fenêtre en mode Jean-Paul Belmondo pour lui fermer son clapet. « Abra­ca­da­bra ! Top top bada­boum. Coucou c’est moi !»)

Sa mère sarkozyste

Entre son divorce, son rema­riage avec une chan­teuse et les affaires dans lesquelles il avait trempé, le nouveau président était au centre de toutes les discus­sions. 
« On peut pas chan­ger de sujet maman ? J’en fais une over­dose !
- T’avoueras qu’il a un certain charisme, il est viril.… Je dis pas qu’il est beau, mais il a un truc… 
-T’es sérieuse ?
- Nan, mais attends, c’est tout de même autre chose que le père Chirac et son panta­lon remonté jusqu’aux tétons…»

Art de la formule

C’était étrange, mais elle regar­dait mon menton. Il fait s’y faire, Sylvia, la mère de Carmen, parle aux gens en les regar­dant droit dans le menton.

Humour de Carmen son amie

En ce temps-là, mon père était en couple avec Nadine : une Corse qui travaillait dans un bar PMU et louait le studio meublé juste au-dessus de chez lui. 
Elle faisait des perma­nentes pour se friser les cheveux et les teignait en blond platine. Carmen se moquait tout le temps : » Ça va ton père ?… Et son caniche ça va ?» Des fois elle deman­dait : « Ça te fait pas bizarre que ton père il sorte avec Michel Polna­reff ?»

La séparation

C’était une puni­tion injuste. Je l’avais quitté, mais il m’y avait poussé avec tant d’ardeur. Ce n’était pas faute d’avoir fermé les yeux, d’avoir résisté. Voilà pour­quoi j’ai eu long­temps le senti­ment d’avoir « subi » cette sépa­ra­tion. 

Lui, je ne l’aimais plus. 
Mais j’aimais tant ce rêve d’avoir une famille. J’aimais tant l’idée de donner des frères et des sœur à ma fille. J’avais telle­ment peur qu’une fois de plus on disso­cie aussi Papa ET Maman. 
Je me récon­ci­lie à présent avec l’idée que le divorce n’est pas la fin. Il conclut simple­ment une histoire qui se brise depuis long­temps déjà.

Les musiques de téléphone

L’annonce sur sa messa­ge­rie vocale , je m’en souviens très bien , c’était un extrait de mauvaise qualité de«novembre Rain » des Guns N’Roses. Eddy adorait ce groupe de musi­ciens cras­seux et cheve­lus. Moi, je trou­vais qu’il avait l’air de sentir la pisse.
» De quoi tu parles ? Tu connais rien à la musique !Tu écoutes de la merde ! Abba, sérieux ? Quelle genre de meuf et écoute cette merde ?»
J’ai toujours pensé que les gens qui n’aimaient pas Abba ont le cœur aride, ils n’aiment pas la vie. Les membres du groupe ABBA, eux, au moins, portaient des vête­ments propres et paille­tés, et donnaient l’impression de sentir la lavande. J’ai toujours pensé aussi que mettre un extrait pourri d’une chan­son sur son répon­deur, c’est le summum du ringard. (Tout ce que l’on veut entendre sur une messa­ge­rie c’est le bip, putain, que ce soit bien clair une fois pour toutes.)

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard. 

Un livre qui m’a davan­tage éton­née que plu. Il y a deux livres en un, d’abord le récit de forma­tion de Pol Pot du temps où il s’appelait Saloth Sâr . C’est dans toutes les faiblesses de cet enfant, puis du jeune homme que Nancy Hous­ton traque tout ce qui a pu faire de cet homme qui a tant raté, ses études, ses amours, un tyran parmi les plus sangui­naires. Il ne réus­sit pas à obte­nir ses diplômes, il fera tuer tous les intel­lec­tuels. Il puisera dans les discours révo­lu­tion­naires fran­çais, de 1789 à 1968, le goût des têtes qui doivent tomber ! Les chiffres parlent d’eux mêmes, Pol Pot est respon­sable de 1,7 million de morts, soit plus de 20 % de la popu­la­tion de l’époque. L’article de Wiki­pé­dia, en apprend presque autant que ce livre, mais l’émotion de l’écrivaine rend plus palpable l’horreur de ce moment de l’histoire du Cambodge.

Et puis nous voyons la très jeune narra­trice, qui doit avoir plus d’un point commun avec l’auteure, passer une enfance et adoles­cence très marquée par le mouve­ment hippie pendant son enfance et mai 68 à Paris pendant sa jeunesse. Le but de ces deux histoires, est de montrer les points communs entre cet horrible Pol Pot et la narra­trice. Je pense qu’il n’y a qu’elle qui voit les ressem­blances. En revanche, le passage par Paris et la descrip­tion des intel­lec­tuels , Jean-Paul Sartre en tête qui soutiennent les Khmers Rouges est terrible pour l’intelligentsia fran­çaise. La seule excuse à cet aveu­gle­ment volon­taire, c’est de ne pas vouloir prendre partie pour les améri­cains qui ont envoyé sur le Cambodge plus de bombes que pendant la deuxième guerre mondiale sur toute l’Europe. Et voilà toujours le même dilemme : comment dénon­cer les bombar­de­ments améri­cains sans soute­nir le commu­niste sangui­naire, Pol Pot.

Citations

l’écriture

De toute façon, elle a appris depuis l’enfance à neutra­li­ser par l’écriture tout ce qui la blesse. Les mots réparent tout, cachent tout, tissent un habit à l’événement cru et nu . Dorit ne vit pas les choses en direct mais en différé : d’abord en réflé­chis­sant à la manière dont elle pourra les écrire, ensuite en les écri­vant. Proté­gée quelle est par la maille des mots, une vraie armure, les agres­sions ne l’atteignent pas vrai­ment.

Mai 68

Un jour Gérard vient l’écouter jouer du piano dans l’appartement de la rue L’homond. Au bout d’une sonate et demie de Scar­latti, il pousse un soupir d’ennui :» C’est bien joli, tout ça dit-il, mais je n’y entends pas la lutte des classes. »

Les Khmers rouges

Le 9 janvier 1979, les troupes nord-viet­na­mienne se déploient à Phnom Penh, révé­lant au monde la réalité du Kampu­chéa démo­cra­tique, la capi­tale déser­tée, dévas­tée… Les champs stériles… Les monceaux de sque­lettes et de crânes… De façon directe ou indi­recte, au cours de ces quarante cinq mois au pouvoir, le régime de Pol Pot aura entraîné la mort de plus d’un million de personnes, soit envi­ron un cinquième de la popu­la­tion du pays. Le Cambodge gît inerte, tel un corps vidé de tout son sang .

Traduit de l’anglais par Ch.Romey et A. Rolet revue et préfa­cée par Isabelle Viéville Degeorges

Ainsi donc Keiha a éprouvé un grand plai­sir de lecture avec ce court roman. Je n’avais jamais rien lu d’Anne Brontë ce qui n’est pas éton­nant puisqu’elle n’a pas eu beau­coup de temps d’écrire avant de mourir de la tuber­cu­lose, comme trois de ses sœurs . Son frère a préféré mourir de la drogue et sa mère de cancer quand Anne avait 18 mois. Seule Char­lotte survi­vra mais pas très long­temps. Quelle famille et quelle horreur que la tuber­cu­lose !

Ce roman auto­bio­gra­phie raconte le destin d’une jeune fille pauvre et éduquée. Elle a peu de choix même le mariage est compli­qué car elle n’a pas de dot. Elle peut être insti­tu­trice ou gouver­nante. Anne sera gouver­nante et elle raconte très bien ce que repré­sente cet étrange statut dans une riche famille anglaise du 19 siècle. Obli­gée de se faire respec­ter d’enfants qui méprisent les employés de leurs parents et qui, par jeu ou méchan­ceté, refusent d’apprendre. On sent que c’est une mission impos­sible et que les gouver­nante ont bien peu de marge de manœuvre. Mais en lisant ce texte je me disais sans cesse qu’elle avait aussi bien peu d’idées pour inté­res­ser ses élèves en dehors de les obli­ger à se fier à sa bonté et à son savoir. Elle semble fort regret­ter de ne pas pouvoir les frap­per à sa guise. Du moins dans la première famille. Dans la deuxième, elle partage la vie d’une jeune beauté qui veut se marier mais qui aupa­ra­vant exerce ses talents de séduc­trice sur tous les hommes du village dont le jeune vicaire qui a touché le cœur de la gouver­nante. Je suis déso­lée Keisha mais cette romance sous l’autorité et la béné­dic­tion de l’église est d’un ridi­cule achevé. La collec­tion Arle­quin fait dans le hard à côté de cette histoire d’amour. Sans l’analyse du rôle de la gouver­nante dans la bonne société anglaise ce roman n’a aucun inté­rêt mais, il est vrai, que c’est bien le sujet prin­ci­pal du roman. Pour le style, on savoure l’imparfait du subjonc­tif et les tour­nures vieillottes. J’ai plus d’une fois été agacée par ce procédé de style dont elle abuse du genre :

Pour ne point abuser de la patience de mes lecteurs, je ne m’étendrais pas sûr mon départ. .… 
J’avais envie de lui dire, « et bien si, étends-toi ou alors n’en parle pas !»

Citations

L’éducation britannique

Quelques bonnes tapes sur l’oreille, en de semblables occa­sions, eussent faci­le­ment arrangé les choses ; mais, comme il n’aurait pas manqué d’aller faire quelque histoire à sa mère, qui, avec la foi qu’elle avait dans sa véra­cité (véra­cité dont j’avais déjà pu juger la valeur), n’eût pas manquer d’y croire, je réso­lus de m’abstenir de le frap­per, même dans le cas de légi­time défense. Dans ses plus violents accès de fureur, ma seule ressource était de le jeter sur son dos et de lui tenir les pieds et les mains jusqu’à ce que sa fréné­sie fût calmée. À la diffi­culté de l’empêcher de faire ce qui ne devait pas faire, se joignait celle de le forcer de faire ce qu’il fallait. Il n’y arri­vait souvent de se refu­ser posi­ti­ve­ment à étudier, à répé­ter ses leçons et même à regar­der sur son livre. Là encore, une bonne verge de bouleau eût été d’un bon service ; mais mon pouvoir étant limité, il me fallait faire le meilleur usage possible du peu que j’avais.

Le statut de gouvernante

Je retour­nai pour­tant avec courage à mon œuvre, tâche plus ardue que vous ne pouvez l’imaginer si jamais vous n’avez été chargé de la direc­tion et de l’instruction de ces petits rebelle turbu­lent et malfai­sants, qu’aucun effort ne peut atta­cher à leur devoir, pendant que vous êtes respon­sable de leur conduite envers des parents qui vous refusent toute auto­rité. Je ne connais pas de situa­tion compa­rable à celle de la pauvre gouver­nante qui, dési­reuse de réus­sir, voit tous ces efforts réduit à néant parce qu’ils sont au-dessus d’elle et injus­te­ment censuré par ceux qui sont au-dessus.

Traduit de l’anglais Etats-Unis par Aline AZOULAY

Un article sur le blog de Keisha m’a conduite à m’intéresser à cette auteure. J’attendrai que sa trilo­gie (Un siècle améri­cain) soit traduite entiè­re­ment pour la lire, car je n’ai pas cette cette chance incroyable de pouvoir lire en anglais. (Heureu­se­ment les traduc­teurs, en l’occurrence pour ce roman une traduc­trice, font un excellent travail !). Je suis donc partie dans la vie de Marga­ret Mayfield de 1883 à 1942. Et n’en déplaise à certaines que je ne nomme­rai pas, le roman commence par la fin grâce à un prologue qui devrait plutôt se nommer « post-logue » nous sommes en 1942 pendant quelques pages. Nous sommes dans un lieu où des Japo­nais ont été regrou­pés aux Etats-Unis car ce pays est en guerre contre le Japon. Si leurs condi­tions de vie ont peu de choses à voir avec les camps japo­nais ou nazis, ce sont quand même des condi­tions de vie très rudes où l’humanité a peu de place. Ensuite nous suivons cette Marga­ret et surtout sont très curieux mari le capi­taine Early. Voici un person­nage fort inté­res­sant et peu souvent l’objet de romans. Il s’agit d’un scien­ti­fique raté, les deux termes sont impor­tants, il est vrai­ment scien­ti­fique et fait des recherches incroyables et parfois à la limite du génial, mais raté car ses convic­tions l’emportent sur la raison. Il passera une grande partie de sa vie à dénon­cer les erreurs d’Einstein et essaiera de convaincre la commu­nauté scien­ti­fique de son char­la­ta­nisme. Il se mettra à dos tous ses confrères scien­ti­fiques et fera le malheur autour de lui. Marga­ret sent que son mari ne tourne pas très rond, mais elle a peu de moyen de le contre­dire, une seule personne pour­rait l’aider la mère du colo­nel Early, malheu­reu­se­ment celle-ci dispa­raî­tra dans le séisme de San-Fran­cisco

Après la mort de sa mère Andrew Early m’a plus aucun frein à sa méga­lo­ma­nie. Evidem­ment il trouve sur sa route des disciples pour flat­ter son ego et la tris­tesse de la vie de son épouse est acca­blante, surtout que celle-ci n’a pas pu avoir d’enfant. Je ne suis pas surprise que Jane Smiley ait écrit une trilo­gie de l’histoire améri­caine car dans ce roman déjà , les person­nages sont très ancrés dans l’histoire des Etats-Unis. C’est d’ailleurs un ressort impor­tant de ce roman. La person­na­lité de Marga­ret m’a lais­sée assez froide, je comprends mal sa passi­vité ou son peu d’intérêt pour son mari . Je trouve que cet entre deux est agaçant, elle ne mène pas sa propre vie le titre fran­çais le dit assez bien elle est « à part » .

Citations

Portrait d’un américain le grand père du personnage principal à la fin du 19 siècle prononcé par le prêtre à sa mort.

John Gentry fit son entrée dans l’état du Missouri assis à l’arrière d’un chariot. Enfant du Sud, il prouva son patrio­tisme à une nation élar­gie et gagna le respect des deux parties.
– Certes, mais le fusil à la main, murmura Lavi­nia.
Il prit soin de ses esclaves et, après ça, de ses domes­tiques, de ses ouvriers agri­coles, de ses mules, de ses arpents, de ses chevaux, de ses filles et de ses petites filles. Il conti­nua à entre­te­nir des rapports avec ses amis et ses rela­tions des deux camps, ce que l’on ne saurait dire de beau­coup de Missou­riens. Et ainsi, il prit soin de son âme. Aussi, nous comp­tons bien le retrou­ver là-haut, où il est certain qu’on lui a déjà attri­bué quelques charges.

Coïncidence

Je viens de regar­der un docu­men­taire à propos de Tesla cela corres­pond à l’idée que j’avais de lui .
-Que pensez-vous de Tesla ?
Nikola Tesla ! Enfin du véri­table talent, quoique euro­péen jusqu’à l’os. Vous l’avez rencon­tré ? Oui.
Un homme étrange, reprit Andrew. Bavard. Il vous inter­rompt sans cesse pour déve­lop­per ses idées. Il ne vous écoute pas, en fait, même si vous compre­nez parfai­te­ment ces idées et que vous en avez une meilleure à lui expo­ser.

Le mariage

Personne ne lui avait jamais dit ce qu’elle avait appris au fil des années, que le mariage était usant et terri­fiant.

Le choix d’une épouse et le sort des femmes.

C’était lors de ce prin­temps-là qu’il lui avait fait sa demande, finis­sant par se confor­mer au choix de sa mère d’épouser une vieille fille du coin, inof­fen­sive mais utile, qui pour­rait prendre soin de lui. Marga­ret réflé­chit un instant. Elle était certaine que Lavi­gna avait été au courant, et que les deux mères avaient commu­ni­qué à son insu. Avait-elle perçu que Marga­ret n’était pas dépourvu de cette fierté missou­rienne que possé­dait Andrew ? N’avait-elle alors songé qu’à la préci­pi­ter dans ce piège ? Sans doute. Lavi­nia n’avait jamais envi­sagé que les aspects pratiques du mariage. L’amour est toujours le premier acte d’une tragé­die, disait-elle. Lavi­nia l’avait envoyée porter des châles et des plats à des dames soli­taires et dépen­dantes pour lui montrer ce qu’était la vie d’une vieille fille : jeune, vous deviez rendre service à tout le monde, et une fois vieille, vous atten­diez patiem­ment qu’on vous vienne en aide.

Phrases finales d’une femme qui est passée à côté de sa vie.

Je me rends compte que je m’en souviens à présent que j’ose y penser . Il y a telle­ment de choses que j’aurais dû oser.


Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Je suis ravie que le club de lecture ait renoué avec la tradi­tion de propo­ser une BD à chaque séance et à propos du thème de l’aventure, celles-ci étaient parti­cu­liè­re­ment bien choi­sies. Quelle femme cette Alexan­dra ! Je suis certaine que toutes les parti­ci­pantes du club vont l’adorer, vont-elles accep­ter de surmon­ter leurs réti­cences à propos des B.D ? Celles-ci le méri­te­raient, les auteurs se sont inspi­rés du livre de souve­nirs de sa dernière dame de compa­gnie Marie-Made­leine Peyron­net, pendant les dix dernières années de sa vie, Alexan­dra David-Neel a vécu en recluse dans sa villa nommée « Samten Dzong », à Digne.

Marie-Made­leine lui a servi de femme de chambre, de secré­taire, de dame de compa­gnie et de souffre douleur. Mais peu à peu des liens d’amitié se sont tissés entre les deux femmes, car Alexan­dra avait une person­na­lité hors du commun et géné­reuse à sa façon. Marie-Made­leine compren­dra assez vite que, lorsque sa « patronne » est désa­gréable c’est qu’elle souffre le martyre, son corps la trahit et elle qui aimait tant marcher restera clouée dans son fauteuil pendant dix ans. Seules les visites d’amis souvent de pres­ti­gieux intel­lec­tuels arri­ve­ront à lui redon­ner du tonus. Cette femme qui s’est dégui­sée en Tibé­taine pour aller à Lhassa capi­tale du Tibet inter­dite à tout étran­ger en passant par les montagnes de l’Himalaya , qui parle, lit et écrit un nombre de langues incroyables dont le tibé­tain, qui est consi­dé­rée comme une spécia­liste émérite de la reli­gion boud­histe, est enfer­mée entre quatre murs . Mais elle a accu­mulé tant et tant de souve­nirs que sa vie est encore très riche.

La B.D alterne sa vie au présent en mono­chrome avec Marie-Made­leine et ses souve­nirs très colo­rés lorsque rien ne l’arrêtait pour comprendre cette civi­li­sa­tion qui l’attirait tant : le boud­dhisme tibé­tain. Cette B.D m’a donné envie de relire cette auteure que j’ai lu il y a bien long­temps. Alexan­dra David.Neel donne du courage à toutes celles qui acceptent diffi­ci­le­ment les limites impo­sées par les conve­nances, pour les femmes de son époque le chemin était tout tracé et ne passait pas toujours par l’Himalaya !

Toutes et tous nous pouvons faire de cette phrase notre devise

Marche comme ton cœur te mène et selon le regard de tes yeux

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.


Il s’agit de rhum et chez moi, certains ne plai­santent pas avec cette bois­son, entre ceux qui parfument la pâte à crêpe et ceux qui le dégustent avec un petit carré de choco­lat noir. Il y a même sur cette photo une bouteille de rhum de la même origine que cet auteur franco-véné­zué­lien. Miguel Bonne­foy part dans ce roman à la recherche du trésor d’un pirate des Caraïbes, et ils nous entraînent dans des contrées aussi fasci­nantes que dange­reuses. Il ne s’agit pas d’un récit réaliste mais évoca­teurs des diffi­cul­tés à vivre dans ces pays domi­nés par une nature luxu­riante et des hommes faci­le­ment violents surtout s’ils sont en quête de trésors. C’est un auteur dont on parle sur les ondes radio­pho­niques et j’ai beau­coup entendu que Séréna, la femme et person­nage prin­ci­pal, est du type « Emma Bovary » , et que Miguel Bonne­foy nous livrait là un conte philo­so­phique épicé au merveilleux d’Amérique latine. Le roman flotte entre ses eaux là, et se lit très faci­le­ment.

Si aimer lire et connaître le monde grâce aux romans c’est faire du bova­rysme alors je pense que nous sommes nombreuses à en faire ; si faire mourir sur un tas d’or une femme trop cupide c’est de la philo­so­phie, cela m’étonne un peu ; si décrire un incen­die qui mettra trois ans à s’éteindre c’est faire du merveilleux, pour­quoi pas ? L’aspect que j’ai préféré c’est bien l’évocation de ces régions, la végé­ta­tion luxu­riante, les excès de pluies puis de séche­resse, le soleil trop violent puis la nuit trop sombres. Oui tout est « trop » dans ce pays des caraïbes . Et on ne peut survivre qu’en maîtri­sant ses peurs et ses fièvres. Le rhum doit bien aider un peu, et vous saurez tout sur la façon d’en fabri­quer un de grande qualité. Les person­nages sont peu crédibles mais ce n’était visi­ble­ment pas le propos de cet auteur. Malheu­reu­se­ment, je fais partie des lecteurs qui aiment penser aux person­nages et comprendre un peu leur choix de vie sans cet aspect je sais que je ne garde­rai pas en mémoire très long­temps ce roman. Je me souvien­drai d’une odeur de rhum, d’une nature éton­nante et de la cupi­dité des cher­cheurs d’or.

Citation

Portrait de femme soumise

Elle aimait rece­voir des louanges sur l’entretien de sa vais­selle, sur le choix de ses meubles, sur la santé de son mari. Ses draps étaient toujours parfu­més de fleurs glis­sées entre leurs plis. C’était une femme d’une patience miné­rale et, jusqu’à la fin de sa vie, prépara des soupes créoles, les yeux effa­cés au fond des marmites, dans sa cuisine où pendaient des jambons secs.

Jolie figure de style

L’heure n’avait pas d’ombre, la chaleur était forte, le soleil mordait la nuque, mais les deux hommes ne faiblis­saient pas. 

Le pouvoir des livres

Ces livres ensei­gnèrent à Séréna tout à la fois la servi­tude et la révolte, l’infidélité et le crime, la magie d’une descrip­tion et la perti­nence d’une méta­phore. Ils lui firent décou­vrir les diverses aspects de la viri­lité, donc elle igno­rait presque tout. Elle appris que la tour de Pise penchait, qu’une muraille entou­rait la Chine, que des langues étaient mortes, et que d’autres devaient naître.

Traduit de l’espagnol par Vanessa Capieu. Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.


Votre réveillon 2017 est terminé ? Venez parta­ger celui de la famille d’Amalia à Barce­lone ! Quel bon moment de lecture ! Si vous voulez un dépay­se­ment total, un voyage au delà des Pyré­nées, dans une famille où les non-dits font tenir l’ensemble. Invi­tez-vous à la table d’Amalia pour ce réveillon mémo­rable. Vous ferez la connais­sance de son fils, Fernando, le narra­teur qui doit avoir beau­coup points communs avec l’auteur. De sa fille Sylvia, celle qui essaie de répa­rer toutes les impasses dans lesquelles sa mère fonce tête bais­sée en n’écoutant que son grand cœur. Elle évitera par exemple que le père du clan des roumains dont elle héberge une jeune ne lui vole tous ses biens. Vous connaî­trez Emma qui vit avec Olga. Cette dernière vous fera pouf­fer de rire plus d’une fois, dépour­vue tota­le­ment du moindre sens de l’humour, elle prend tout et raconte tout au premier degré, dans cette famille où le moindre propos cache un océan de secrets enfouis, ses regards ahuris et ses discours simplistes font beau­coup pour le rire à la lecture de ce roman, celui, par exemple, que vous aurez quand Amalia veut aider son frère Eduardo « à sortir du placard ».

Comme Olga vous serez peut-être étonné que les propos commencent par « l’inconfort » des bancs du jardin public en bas de l’immeuble. Enfin, il reste Ingrid, l’amie qui n’est pas là mais qui est si impor­tante pour Amalia. Il faut dire qu’elle a des idées de génie cette Ingrid : rempla­cer la dinde du nouvel an par des feuille­tés aux épinards, aller grâce à une ONG à Cuba (je vous laisse imagi­ner la contre­par­tie de ce voyage très peu cher)… et elle pourra vous faire « un reiki » qui remet­tra vos chakras dans le bon sens.

Le réveillon permet­tra à chacun de dévoi­ler une partie de son âme, la plus secrète, et peut être de repar­tir pour un an. Vous, le temps de la lecture, dans un livre un peu foutraque, à l’image du cerveau d’Amalia vous serez passé du rire à l’émotion proche des larmes. et surtout vous décou­vri­rez « Une mère » ! Malgré son cerveau un peu dérangé, elle sera là pour chacun de ses trois enfants au moment où ils ont besoin d’elle. L’Espagne vous sera plus proche et tout en voyant les diffé­rences vous pour­rez sans aucune diffi­culté vous dire que « l’humaine condi­tion » est assez semblable et ne connaît pas les fron­tières.

Citations

Dialogue au téléphone quand Amalia n’écoute pas(hélas !) sa fille

« Oh,non,non ! Pas elle, je t’en prie !» me suppliait-elle par mimiques, en agitant les mains devant elle comme si je la forçait à affron­ter Belzé­buth lui-même. Puis elle s’est raclé la gorge, a pris deux profondes inspi­ra­tions, s’est plaqué un sourire sur le visage comme si Sylvia avait pu la voir sur l’écran de son portable et a appro­ché précau­tion­neu­se­ment le combiné de son oreille. 

« Oui, ma chérie, j’ai entendu dire de cette voix de mère soumise et atten­tive qui aurait dû me mettre la puce à l’oreille. Oui… Oui, bien sûr… Oui. D’accord… Comme tu voudras… Mais oui, ne t’inquiète pas… Dès demain… Si, j’ai compris… Non, inutile que tu répètes. Oui… Oui. Très bien.

Après une ving­taine de minutes de « Oui, bien sûr, d’accord, tu as raison«avec cet air de vache égarée qu’elle prend quand ce que quelqu’un lui dit entre par une oreille pour sortir par l’autre, elle a enfin raccro­ché. Puis elle m’a passé le télé­phone.

« Qu’est-ce qu’elle t’a dit ?» ai-je demandé.
Elle m’a regardé d’un air somnolent et m’a sorti : 
« J’ai oublié. »

Une scène touchante et le portrait de son père

J’étais à deux doigts de lui hurler que oui, je savais parfai­te­ment comment il était, presque aussi bien que les inspec­teurs de la Sécu et du fisc qui cher­chaient encore à lui mettre le grap­pin dessus. Comme Télé­pho­nica, Onno et Volda­fone, comme Mazda, BMW et BBVA, sans parler de tout les amis qui s’étaient portés garants pour lui à un moment ou à un autre de ses magouilles et intrigues frau­du­leuses, et qu’il avait évidem­ment perdu en route. J’ai eu envie de l’attraper par les épaules pour la secouer, de lui hurler que nous le savions tous, sauf elle, parce que nous avions tous été victimes à un degré ou à un autre de cet homme à la person­na­lité mala­dive qui ne s’intéressait à rien d’autre qu’à lui-même, mais soudain je l’ai vu plan­tée sur le seuil du salon, si fragile et vulné­rable que je me suis appro­ché pour la prendre dans mes bras, et pendant que j’essayais de trou­ver une formule conju­ra­toire capable de calmer la furie qu’allait deve­nir Sylvia, à coup sûr, quand elle appren­drait que maman avait envoyé à papa son contrat de divorce signé, se condam­nant ainsi à une liberté qui allait lui coûter très cher, je lui ai souhaité à l’oreille :
.«Je sais, maman je sais…»
Elle m’a regardé alors avec un soula­ge­ment enfan­tin et a conclu en m’embrassant sur la joue :
« Il faut bien lais­ser une chance aux gens non ?»

L’avantage de vivre avec un homme lors de la première rencontre avec l’amie de sa fille lesbienne le narrateur c’est son fils homosexuel

Tu as bien raison, ma fille. Moi, si c’était à refaire, je te le dis fran­che­ment, je ferai comme vous. Je me cher­che­rais une bonne amie pour aller au cinéma, aller déjeu­ner ensemble et tout parta­ger. Oui, certai­ne­ment. Mais chacune ses culottes, hein ? Parce que tu vois, le seul avan­tage d’un mari, c’est qu’au moins il ne t’emprunte pas tes culottes ou tes soutiens-gorge. Enfin, sauf si tu as la malchance qu’il soit un peu bizarre, bien sûr, parce qu’il y en a des comme ça aussi «, a-elle achevé en se tour­nant vers moi.

Cuba vu par l’oncle Eduardo

» Et bien …oui, oui, les Cubains, ils sont comme ça fit-il de sa voix d’homme du monde. Ils vous donnent tout ce qu’ils ont. Le problème, c’est qu’ils n’ont jamais rien, alors ils inventent. Parce qu’ils aime­raient bien pouvoir donner. En fait, ce n’est pas qu’ils mentent, ils devancent la réalité. C’est de là que vient le cubisme. »

L’humour dans la présentation des personnages : le frère de Peter l’amant norvégien de Sylvia

Son frère Adam, qu’on croyait acti­viste de Green­peace en mer du nord jusqu’à ce que les flics le prenne avec deux kilos de cocaïne cachés dans la cale du bateau avec lequel il pour­sui­vait les balei­niers le jour pour les four­nir en neige arti­fi­cielle la nuit.