Traduit du finnois par Anne Colin du Terrail .Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Je n’avais lu que « la douce empoi­son­neuse » de cet auteur, que j’avais complè­te­ment oublié car ce roman ne m’avait pas plu et je pensais m’arrêter là , dans la décou­verte de cet auteur finlan­dais et bien j’avais bien tort ! J’aurais dû faire davan­tage confiance à la blogo­sphère et il a fallu mon club pour que je le « re«mette à mon programme. S’il reçoit 5 coquillages, c’est qu’il m’a fait écla­ter de rire plusieurs fois et j’espère que vous aussi, si vous lisez mes cita­tions. J’ai classé ce roman dans les nouvelles car chaque trou­vaille de notre amateur d’antiquité est comme une petite histoire. On suit la vie de Volo­mari Volti­nen et de son épouse Laura, mais leurs vies ne sont que les fils conduc­teurs de diffé­rentes anec­dotes, Volo­mari en est souvent l’acteur prin­ci­pal car sa passion pour les objets anciens l’entraîne dans des histoires où il aura besoin de tout son talent juri­dique pour s’en sortir.

J’ai retrouvé avec un plai­sir certains les reliques du Moyen-âge, ici ce qui en fait la valeur c’est l’ancienneté dans la croyance et non pas qu’elles soient vraies ou fausses. Vous pouvez donc vous offrir un orteil de Saint-Pierre ou une clavi­cule du Christ. Mais c’est très cher à moins que vous ne le voliez… Oh ! quel scan­dale , voler la clavi­cule du Christ, la morale chré­tienne y retrou­vera-t-elle son compte si on l’échange avec le sque­lette d’un soldait de l’armée rouge ? J’ai adoré aussi les négo­cia­tions autour du dentier de Manne­rheim et savoir que quelqu’un au Vati­can a un avis sur la ques­tion me ravit. Bref tout se déguste dans ce récit et plus d’une fois j’ai pensé aux « Racon­tars » de Jon Riel. Au delà de la drôle­rie de ces histoires on en apprend aussi beau­coup sur le destin de Finlande, marqué par le nazisme et l’occupation sovié­tique. On y boit beau­coup, mais vrai­ment beau­coup dans ce pays du grand nord, c’est pour­quoi j’ai cher­ché toutes les bouteilles de Whisky que j’ai pu trou­ver pour ma photo !

Citations

Les origines de Volomari

C’est une chance de naître dans la famille d’un tôlier-ferblan­tier aimant les enfants et collec­tion­nant les anti­qui­tés. Il y a là de toute évidence une forme d’équilibre : un nouveau-né et des objets anciens se complètent à merveille, le passé et l’avenir cheminent main dans la main.

Humour finlandais

De retour sur le front, il repre­nait son modeste rang de capo­ral. Il rangeait en toute discré­tion sa vareuse de sergent dans son sac, mais à l’arrière il était toujours au moins sous-offi­cier, et parfois même, dans ses moments les plus ambi­tieux, capi­taine de cava­le­rie. Il avait volé les pattes de collet corres­pon­dantes sur l’uniforme d’un offi­cier de carrière tombé au champ d’honneur, en se disant qu’il en ferait meilleur usage que lui.

Portait

Volo­mari finan­çait ses études en travaillant comme placier en assu­rance, menait une vie rela­ti­ve­ment rangée, ne s’adonnait que rare­ment à la bois­son et ne passait pas de nuits blanches. Il réus­sit malgré tout à perdre sa virgi­nité, avec l’aide dévouée d’une dénom­mée Riita.

Les langues sur un tandem

Ils parlaient alle­mand entre eux, sauf dans les montées les plus dures, qui les faisaient plus natu­rel­le­ment pester en finnois.

Tarzan

Au faîte de sa gloire, Johnny Weiss­mul­ler avait litté­ra­le­ment but la vie à pleines gorgées, et étant ainsi devenu, avec l’âge, un sacré poivrot. On savait, dans le milieu du cinéma, que Tarzan buvait comme un éléphant, souvent du matin au soir, et qu’il ne devait qu’à son excep­tion­nel physique d’athlète de ne pas rouler sous la table dès le réveil.

Le métier d’assureur

Ryto­korpi tentait de faire avan­cer l’enquête, mais en dehors des traces d’effraction, il n’avait pas grand-chose à se mettre sous la dent. La liste des objets dispa­rus était en géné­ral longue, les victimes ayant jugé bon d’inscrire des biens qu’elle n’avait même pas eu le temps d’acquérir.

Les juristes et les écrivains

Quoi qu’il en soit, il risquait une forte amende ou une peine avec sursis, et mieux valait se débar­ras­ser au plus vite des obus. Il avait malgré tout l’intention de conser­ver le mortier. Il pour­rait toujours expli­quer n’être qu’un inno­cent collec­tion­neur et l’avoir acheté dans les surplus de l’armée. Des juristes sont habiles à inven­ter de toutes pièces des histoires. Dans ce domaine ils battent à plat de couture la plupart des écri­vains.

Pourquoi les hommes tirent mieux au mortier que les femmes

l’obus explose a à peu près dans la bonne direc­tion, mais pas exac­te­ment à l’endroit visé. Malgré les efforts de Laura, le poin­tage n’était pas assez précis. Les femmes n’ont en effet pas natu­rel­le­ment le sens des trajec­toires en forme de cloche, contrai­re­ment aux hommes qui ont tous les jours l’occasion de les étudier en vidant leur vessie. Ces exer­cices répé­tés leur permettent d’affiner la préci­sion de leur visée , de déve­lop­per leurs capa­ci­tés d’évaluation et de raffer­mir leur main, pour un résul­tat souvent gran­diose.

Utilité des attachés-cases

Le chef de police suppléant était convaincu que les atta­chés-cases étaient spécia­le­ment conçus aux mesures de la bouteille de Ballantine’s. Il soup­çon­nait les maro­qui­niers qui les fabri­quaient à travers le monde d’être action­naires de la fameuse distil­le­rie, où celle-ci, à l’inverse, de manu­fac­tu­rer en toute discré­tion des millions d’attachés-cases afin de popu­la­ri­ser son whisky. Quoi qu’il en soit, d’adéquation était parfaite. Lorsqu’ils firent étape à Tampere, Volo­mari Volo­ti­nen s’empressa d’acheter un atta­ché-case et deux bouteilles de Ballantine’s pour le garnir, consa­crant ainsi son entrée dans la caste des hommes d’affaires.

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Fanchita Gonzales Batlle.


J’ai trans­porté pendant quelques séances de lecture, des personnes âgées, dans la cité de « la pous­sière rouge » à Shan­gaï. Et ceci grâce à Jérôme qui m’a fait connaître ce recueil. Les nouvelles commencent en 1949 et se terminent en 2005. Elles suivent toutes le même schéma narra­tif, on lit d’abord la presse qui pendant plus d’un demi siècle vante avec un style qui lui est propre tous les succès de la Chine sous la direc­tion du « Parti Commu­niste Chinois » qui est au moins aussi infaillible que le pape, même si, il lui arrive de se contre­dire quand les réali­tés écono­miques dominent les réali­tés idéo­lo­giques. Après le préam­bule de la presse offi­cielle, Qiu Xiolong, raconte les événe­ments vus et vécus par les habi­tants de son quar­tier. Pour bien comprendre ce qu’est cette cité, il ne faut surtout pas sauter l’introduction et la façon dont se présente celui qui va vous racon­ter toutes ces histoires

En cette fin de l’année 1949, je vis dans cette cité depuis vingt ans, et je me propose d’être votre futur proprié­taire, ou plutôt loca­taire prin­ci­pal, « ni fang­dong », dont vous serez le colo­ca­taire »

Avec lui nous visi­tons cette cité, qui est une sorte de micro-quar­tier, construit sur une rue prin­ci­pale où tout le monde se retrouve, en parti­cu­lier pour faire la cuisine et commen­ter avec une grande éner­gie tous les faits et gestes des habi­tants, et le long de laquelle les maisons se sont divi­sées en unité de plus en plus petites. Heureuses les familles qui pouvaient dispo­ser de deux pièces ! Elles vivent, le plus souvent entas­sées dans une seule pièce. Étant donné le temps sur lequel s’étend les nouvelles, c’est amusant et souvent très triste de voir l’évolution de la Chine. Qui se souvient des errances idéo­lo­giques de la « grande révo­lu­tion cultu­relle » , il s’agit de faire la preuve que les intel­lec­tuels font tous partie de l’horrible classe domi­nante, tous les lettrés sont visés par les direc­tives du parti, et c’est une époque où l’on stig­ma­tise les plus savants d’entre eux avec un tableau noir autour du cou pour les humi­lier avant de les renvoyer dans des communes agri­coles se faire réédu­quer par des paysans. Mais c’est aussi l’époque où l’on recherche des talents litté­raires chez les ouvriers. C’est ce que nous raconte la nouvelle « Bao le poète ouvrier » qui dans un trait de génie écrit un poème qui pendant des années sera consi­déré comme un pur chef d’oeuvre de l’art popu­laire

Telle fève de soja produit tel tofu.
Telle eau donne telle couleur.
Tel savoir-faire fabrique tel produit.
Telle classe parle telle langue.

Toute « la dialec­tique de la lutte des classes » trans­pa­raît dans ce poème et Bao va deve­nir une star incon­tes­tée parmi les intel­lec­tuels de Shan­ghaï , heureu­se­ment pour lui quand on le retrouve en 1996, il est aussi un très bon fabri­quant de tofu. Car sa poésie est passée aux oubliettes. Une des nouvelles qui m’a le plus amusée, et qui d’une certaine façon m’a fait penser au « sous préfet aux Champs », se passe en 1972, le président Nixon vient visi­ter la Chine popu­laire, il s’agit de nettoyer les rues de Shan­gaï de tous éléments pertur­ba­teurs, et neuf petits enfants se retrouvent enfer­més dans une pièce de 15 mètres carré, sous la surveillance d’une grand-mère de l’un d’entre eux, seul le commis­saire poli­tique peut leur donner l’autorisation de sortir, seule­ment voilà le commis­saire Liu était entre temps tombé fou amou­reux d’une jeune serveuse à qui Nixon avait dit qu’elle était « Déli­cieuse »

Le bras­sard rouge en boule dans sa poche, le commis­saire Liu nous avait oublié.

Il est parfois diffi­cile de faire comprendre à des enfants comment les enne­mis d’hier , vili­pen­dés à longueur de colonne deviennent des hôtes que l’on doit accueillir :

L’année 1972 a commencé par des événe­ments diffi­ciles à comprendre à la Pous­sière Rouge, notam­ment pour des élèves de l’école élémen­taire tels que nous. À commen­cer par le devoir poli­tique d’accueillir le président améri­cain Richard Nixon. Dans notre manuel scolaire, nous n’avons rien trouvé de posi­tif sur les Améri­cains impé­ria­listes dont on nous appre­nait qu’ils étaient l’ennemi numéro un de la Chine. Comment les choses avaient-elles pu chan­ger du jour au lende­main ?

Dans une des nouvelles « Père et fils » on voit un vieux commu­niste resté malgré toutes les années de camp et les horreurs qu’on lui a fait subir fidèle à son idéal, il n’arrive pas à suppor­ter son fils qui a troqué l’idéal commu­niste contre la volonté de s’enrichir. La seule façon de contour­ner les carcans de l’ancienne société commu­niste, c’est de réduire à la misère les ouvriers qui y travaillent encore. Le cœur du vieux Kang commu­niste ne résis­tera pas aux initia­tives de Kang gros-sous son fils. Cette nouvelle raconte comment en une géné­ra­tion on est passé de la propriété privé à la propriété d’état. Le vieux Kang avait été ce cadre commu­niste qui va parti­ci­per à la natio­na­li­sa­tion de l’usine, il aura ensuite été persé­cuté comme « droi­tier » revenu affai­bli des camps il verra son fils Kang Gros-sous, son fils priva­ti­ser de nouveau la même usine :

Ce soir là, nous avons fait trans­por­ter d’urgence le camarde Kang à l’hôpital et nous avons prié pour son réta­blis­se­ment. Mais nous étions inquiets de la réacion qu’il aurait au réveil quand il appren­drait tous les détails et le rôle de Kang Gros-sous ;

Petit Hua, le nouveau résident à la Pous­sière rouge s’est montré moins pessi­miste. « Pour­quoi tant d’histoires ? L’usine du père est main­te­nant au fils »

Chaque nouvelle est un petit drame avec comme dans chaque drame des moments de rire qui cachent tant de larmes. J’ai retrouvé à travers cette lecture le plai­sir des contes de Maupas­sant, qui grâce à la créa­tion litté­raire nous permet de toucher du doigt toutes les cruau­tés des hommes. Mais comme chez Maupas­sant on peut en refer­mant avec regret ce recueil se dire :

La vie, voyez-vous, ça n’est jamais si bon ni si mauvais, qu’on croit.


Je suis toujours à la recherche de nouvelles pour pouvoir les lire à haute voix à un public de vieilles dames. J’aime beau­coup l’écriture de Benoît Duteutre, et ce livre est encore une fois parfai­te­ment écrit. Ces nouvelles ont été rédi­gées au moment où sa mère mourait dans une maison adap­tée à la grande vieillesse dépen­dante d’autrui pour survivre. Et toutes ces nouvelles sont marquées par cette tris­tesse et même si c’est bien vu, c’est trop triste pour moi (et pour mon public qui a surtout besoin d’optimisme pour vaincre le poids des soucis de santé). Dans un des textes, il met en scène les retrou­vailles des familles sur la plage d’Étretat (cela pour­rait être Dinard) qui s’émerveillent devant le dernier né de la famille et toutes les petites têtes blondes qui jouent sur la plage. Face à ce que peuvent deve­nir chaque humain au choix (selon lui) : délin­quant, abruti, cancé­reux, sectaire ou drogué, il a du mal à être au diapa­son de cette joie qu’il trouve factice. Consta­tant de plus que l’homme est, quelque soit son destin, le plus grand préda­teur de la planète, il se réjouit que lui et son compa­gnon n’aient pas d’enfants.

Dans une autre nouvelle, son person­nage prin­ci­pal s’agace du musi­cien de rue qui joue toujours le même morceau. Son agace­ment tour­nera à l’obsession, et il perdra son goût pour l’écriture, son loge­ment et son amie qui tombera amou­reuse du musi­cien en ques­tion. Toutes les nouvelles ont cette couleur là, et, ce n’est évidem­ment pas la descrip­tion de la vie de la maison dans laquelle sa mère va mourir qui peut nous réjouir. Il passe aussi ses vacances dans les Vosges, la descrip­tion de la fin du monde rural est d’une tris­tesse infi­nie. Bref si vous avez un moral d’acier et que vous voulez une petite note de tris­tesse ce livres est pour vous, sinon fuyez, vous allez deve­nir neuras­thé­nique !

Citations

« La vie » à la campagne :

Il vivait avec ses deux sœurs, l’une neuras­thé­nique et l’autre aveugle, si je me souviens.Le peuple de la campagne accep­tait ses imper­fec­tions comme un des carac­tères de l’humanité : on y rencon­trait des sourds-muets, des boiteux, des idiots, mais aussi quan­tité de vieux céli­ba­taires dans cette vallée progres­si­ve­ment dépeu­plée.

L’enterrement

La mort de Mme Maré­chal, en 1976, est l’une des premières dont je me souvienne. Je me rappelle surtout que ma grand-tante, excel­lente musi­cienne, joua de l’harmonium pour l’inhumation et que pour la remer­cier, M. Maré­chal vint chez nous quelques jours plus tard, en costume noir, coiffé d’une casquette. De sa voix de sour­dine, il voulait savoir comment il pour­rait dédom­ma­ger ma grand-tante pour les obsèques de sa femme. Timide, hési­tant, il finit par lui deman­der si elle aime­rait quelques brouettes de fumier. Ainsi s’achevaient les vies d’autrefois, quand toutes les pensées retour­naient vers la terre.

Le charme de la campagne

Un jour, enfin, à ce qu’on m’a dit, il est sorti de chez lui au petit matin, puis s’est rendu au ruis­seau où il a plongé sa tête dans l’eau froide et l’y a main­te­nue volon­tai­re­ment jusqu’à l’asphyxie. Son nom est venu s’ajouter à la lita­nie des suicides paysans, à ces fins obscures dans les fermes perdues, à ces pendus des greniers à foi. Et à tous ces campa­gnards mélan­co­liques hantés par le destin.

Dernière phrase de ce livre trop triste

Le mois de septembre approche et, déjà, je songe au fagot de petit bois que je vais bien­tôt aller ramas­ser, dans mon coin des Vosges, dans le nord-est de la France, près du cime­tière qui m’attend, qui nous attend… Mais, pour l’heure, j’écoute la voix de la mère et je me sens bien.

20161202_102350Lu grâce au club de lecture de la média­thèque de Dinard. et il a obtenu un coup de cœur.

Marcher droit tourner en rond

5Je suis si contente de commen­cer l’années par un cinq coquillages ! Et, Keisha va être contente son petit chou­chou est récom­pensé d’un coup de cœur à l’unanimité de celles qui l’avaient lu dans mon club (je peux lui dire que c’est rare !). Comme je me régale égale­ment avec son précis de méde­cine imagi­naire, j’ai mis les deux livres d’Emmanuel Venet dans le même billet.
Commen­çons par « Marcher droit tour­ner en rond » vous compren­drez la photo car il s’agit en effet de dévoi­ler la vérité qui se cache derrière toutes les photos de famille.

Margue­rite a cent ans et son petit fils est à son enter­re­ment. Tout le monde fait un portait élogieux de cette cente­naire. Oh là ! non non non, il lui manque une semaine pour être cente­naire et j’en connais un que ça agace ce manque de préci­sion : son petit fils qui vit avec un syndrome Asper­ger. Cela lui donne trois compé­tences pous­sées à l’extrême : le scrabble, le petit bac et la connais­sance des catas­trophe aériennes. En plus, évidem­ment une inca­pa­cité totale à se satis­faire des mensonges qui dissi­mulent toutes les conduites de façades en société. L’enterrement est donc pour lui l’occasion de racon­ter toutes les méchan­ce­tés des uns et des autres, c’est drôle, on a vrai­ment l’impression de voir l’envers du décor. C’est l’occasion aussi de revivre son amour pour Sophie peu récom­pensé malgré une belle constance de sa part.

Je pense que l’auteur, psychiatre, a mis beau­coup de sa propre connais­sance de l’âme humaine pour écrire ce texte. Je vous cite la cita­tion de Sigmund Freud qu’il a mise en exergue au début du roman car j’ai souri :

La grande ques­tion à laquelle je n’ai jamais trouvé de réponse, malgré trente ans passés à étudier l’âme fémi­nine, est : » Que veut une femme ?»

Citations

Logique ?

Elle aimait à répé­ter que la vieillesse est la pire des cala­mi­tés, mais chaque hiver, elle se faisait vacci­ner contre la grippe, et, à la moindre bron­chite elle extor­quait au docteur Comte des anti­bio­tiques. Pour ma part, si j’en arri­vais à trou­ver ma vie trop longue, je cesse­rais de me soigner et me lais­se­rais mourir une bonne fois pour toutes.

Compétence inutile

J’entretiens égale­ment une compé­tence hors du commun pour le jeu du petit bac, mais j’ai rare­ment l’occasion de m’en servir.

La vie de couple

Au bout de deux ans de vie commune, elle avait donc établi une fois pour toutes la répar­ti­tion des rôles dans leur couple : il reve­nait à Imre de payer des cadeaux et à elle-même de les rece­voir, et il était convenu que ce contrat moral donnait pleine satis­fac­tion aux deux parties.

Une logique un peu rude

J’ai perçu trop tard que j’avais péché par excès de confiance en lui suggé­rant il y a trois ans, de deman­der l’euthanasie de son fils : lors du procès, j’ai senti que cette idée l’avait frois­sée.

Incompris

Je frisonne encore au simple souve­nir des expres­sions « harcè­le­ment » et « violence morale », leit­mo­tiv de ces vingt minutes de procès bâclé : est-ce vrai­ment harce­ler que d’envoyer une dizaine de message par jour à une femme à qui vous pensez jusqu’au plus profond de votre être.

Le petit précis de médecine imaginaire

Ce sont de courts textes à dégus­ter pour se guérir de la moro­sité. J’avais d’bord mis 4 coquillages, car certains textes (surtout la partie sur les ondes) me plai­saient moins que d’autres. Mais j’ai suivi le conseil de Keisha  : relire ces petits textes au hasard et non pas à la suite. Tous sont alors de petits bijoux . elle en a reco­pié sur son blog qui m’a pous­sée à ache­ter ce livre , à mon tour je vous en offre un et si je réus­sis à vous séduire tout le livre d’Emmanuel venet se retrou­vera sur nos blogs !

Malaises

Une fois à la retraite, mon grand père Joseph a fait trois chutes. Il avait l’habitude quand le temps le permet­tait, de péré­gri­ner des jour­nées entières pour faire des courses ou pour surveiller, en compa­gnie d’autres badauds, la bonne marche des chan­tiers des envi­rons ; Trois fois, donc ;, il rentra les genoux couron­nés, boitillant, endo­lori mais anor­ma­le­ment soucieux. L’affaire se soldait par du mercu­ro­chrome et des bandages, mais on la prenait telle­ment au sérieux qu’un des enjeux, à coup sûr, m’échappait. Rétros­pec­ti­ve­ment, j’ai compris que Joseph avait peur qu’on parle de malaise, et que ce soit fini de la vie paisible.

Le malaise, concept central de toute expé­rience exis­ten­tielle, est affreu­se­ment mal traité par la méde­cine savante, qui le consi­dère au mieux comme une approxi­ma­tion à décons­truire. Il n’existe même pas, dans la litté­ra­ture spécia­li­sée, d’ouvrage consa­cré à ce sujet inépui­sable. Osons le dire tout net, il manque à notre science un bon et solide«Traité du malaise », avec étymo­lo­gie, histo­rique, étude clinique et tout le bata­clan. Moyen­nant quoi le patri­cien conscien­cieux parve­nant mal à distin­guer entre effet de langage et ennui de santé, craint systé­ma­ti­que­ment de passer à côté d’une mala­die grave et épuise son malade en examens inutiles qui, bien souvent débouchent sur un diag­nos­tic. De sorte que le patient pour­suit sa vie beau­coup moins serei­ne­ment que s’il n’avait pas consulté.
Joseph, lucide sur le risque, s’en remet­tait donc aux anti­sep­tiques et aux bandages. Vu qu’il tenait debout et gardait la vigueur de s’opposer à toute consul­ta­tion intem­pes­tive, on n’a jamais bien su les circons­tances de ses chutes.

Et une citation car j’ai éclaté de rire

sous la rubrique paranoïaque

Cette évoca­tion réveille quelques figures admi­rables : la crapule désœu­vrée qui trouve dans un mur mitoyen une mine de « casus belli » ; l’hémorroïdaire acharné à se faire rembour­ser son papier hygié­nique par la sécu­rité sociale .…

20160913_111208-1

4Merci Krol, je suis à la recherche de textes courts pour mes lectures à haute voix au Foyer Loge­ment de Dinard. Je ne lisais pas beau­coup de nouvelles, je m’y inté­resse de plus en plus et grâce aux blogs je fais de très bonnes rencontres. Ces quatre nouvelles sont, à l’image de leur auteur, Patrice Fran­ces­chi, très fortes ancrées dans les drames et les choix les plus cruels que la vie peut nous conduire à faire. J’ai une très nette préfé­rence pour la première nouvelle, mon goût pour la mer et récem­ment pour la navi­ga­tion, me permet de vivre avec angoisse et fasci­na­tion les récits de tempête. Et celle que doit affron­ter Flaherty, en décembre 1884, est un pur moment d’horreur et d’effroi.

Lire ces pages bien calée dans un fauteuil arrive quand même à donner un senti­ment d’insécurité tant les mots sonnent justes et que les images sont fortes. Ensuite, il y a le thème qui est le même dans les quatre récits : des circons­tances excep­tion­nelles amènent à faire des choix que rien n’y personne ne peut faire à votre place et qui vous marque­ront à jamais. Après le capi­taine de « la Provi­dence », on retrouve un sous-lieu­te­nant qui ne veut pas s’avouer vaincu et qui seul résis­tera à l’avancée alle­mande en mai 1940, puis un autre marin, Wells, qui ne veut pas voir des réfu­giés sur un bateau de fortune mourir en pleine mer sous les yeux d’un équi­page indif­fé­rent et enfin, Pierre-Joseph qui rencontre Made­leine en 1943, sur un quai d’une gare pari­sienne avant de monter dans un train avec leurs enfants pour être dépor­tés vers la mort déci­dée par des Nazis qui jouent de façon sadique une dernière fois avec leurs victimes.

Oui, tous ces choix sont terribles et inter­pellent le lecteur. Ils vont bien à la carrure d’aventurier De Patrice Fran­ce­shi qui les raconte très bien. Mais, il se passe quelque chose dans les nouvelles, c’est que, malgré soi, on compare les récits : je me suis tota­le­ment embar­quée avec Flaherty, et beau­coup moins dans les deux dernières nouvelles qui sont pour­tant parfai­te­ment racon­tées. Une seule expli­ca­tion : je m’attendais à leur contenu. Et j’ai déjà lu ces récits dans d’autres romans, ce n’est pas une critique suffi­sante, les exilés qui meurent sur les mers dans l’indifférence la plus totale, comme la cruauté des Nazis peuvent être mille fois trai­tés. Mais le raccourci de la nouvelle fait que le lecteur est plus exigeant, il exige quelque chose en plus que le récit des bassesses humaines qu’il a si souvent lues. Je l’ai trouvé dans « le fanal arrière qui s’éteint » et aussi dans « carre­four 54 » qui d’ailleurs traite d’un moment moins connu de notre histoire : comment ont réagi sur le terrain les soldats fran­çais en 1940 qui ne voulaient pas accep­ter la déroute de l’armée mais moins dans les deux autres.

Citations

L’entente du second et du capitaine

L’estime réci­proque que se portaient Mack­ney et Flaherty était l’une des légendes de la « Provi­dence ». Les deux hommes avaient affronté ensemble d’innombrables coups durs sur tous les océans et ne s’en étaient sortis que par leurs savoirs mutuels ; cepen­dant, ils n’auraient su donner un nom aux liens que ces épreuves avaient tissés entre eux et on ne se souve­nait pas que Flaherty ait jamais adressé le moindre compli­ment à Mack­ney, ni que celui-ci ait féli­cité un jour son capi­taine pour quoi que ce sot. En vérité, cela ne se faisait pas entre gens de cette sorte ; de toute façon, comme le disait Klavensko, ces deux là n’avaient pas besoin de mots pour se dire ce qu’ils pensaient.

Le début de l’angoisse

Ils se sentirent enva­his soudain par une inquié­tude sourde et entê­tante qu’ils n’avaient encore jamais connue ; c’était comme une bête malsaine qui venait de prendre nais­sance quelque part dans leurs corps et enflait mainte­nant tout douce­ment, se nour­ris­sant de ce qu’il y avait de meilleur en eux.

Le poids des responsabilités

Flaherty recon­nut dans ses yeux cette drôle d’espérance qui persiste dans l’adversité tant qu’il existe un ultime recours. Et voilà, songea-t-il avec une morne pensée ; en vérité, les capi­taines ne servent à rien en temps ordi­naires … Mais quand plus rien ne va… Alors, bien sûr… Tout sur leurs épaules… Et pour eux, pas de recours… Personne au-dessus… Ah, je suis peut-être trop préten­tieux.

L’ouragan

Dix heures ne s’étaient pas écou­lées que, le 24 décembre au petit matin – dans l’aube infi­ni­ment triste qui se levait sur l’océan déchaîné – , le vent, tout en restant plein sud se mit à forcir comme on ne pensait pas que ce fût possible. Il hurlait avec une telle hargne qu’il devint presque impos­sible de s’entendre à moins de deux mètres ; l’aiguille de l’anémomètre se bloqua au-delà de 11 Beau­fort. Cette fois, l’ouragan était-là -et il écrasa litté­ra­le­ment la houle et les vagues (…) Le vent était si assour­dis­sant qu’il n’entendait rien que son siffle­ment aigu – et tous les autres sons étaient anni­hilé : il y avait de quoi terro­ri­ser les plus témé­raires. Il eut la prémo­ni­tion que la mer venait de s’emparer de toute sa personne, avec tout le mal qu’elle conte­nait et tout ce que cette « faiseuse de veuves » pouvait appor­ter de malheur- et il eut peur pour la première fois de sa vie.

20151109_162509Traduit de l’anglais israé­lien par Jean-Pierre Carasso et Jacque­line Huet.

Présentation de son éditeur

Si une roquette peut nous tomber dessus à tout moment, à quoi bon faire la vais­selle ?

Mais je citerais volontiers également Jérôme qui m’a fait découvrir cet auteur

C’est simple, si je devais un jour deve­nir écri­vain (ce qui n’arrivera jamais, je vous rassure), j’aimerais pouvoir écrire comme Etgar Keret !

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Comme je le comprends, depuis son article, datant du 4 septembre 2015, ce petit recueil m’accompagne partout, il est sur ma liseuse ce qui est très pratique, je peux même lire au golf en atten­dant que mes amis terminent leur partie. Il m’accompagne égale­ment dans ma réflexion après le 13 novembre 2015. Les Israé­liens savent mieux que quiconque ce que cela veut dire de vivre avec des bombes qui explosent, et d’être entou­rés de pays qui sont prêts à vous rayer de la carte à la moindre faiblesse. Ils ont, donc, parmi eux des écri­vains comme Etgar Keret qui avec un humour à la Woddy Allen sait se moquer des travers juifs et surtout de lui-même sans pour autant renier qui il est et d’où il vient.

Je sais que nous sommes nombreuses à préfé­rer les romans aux nouvelles, mais ici on n’a pas l’effet habi­tuel de ce genre litté­raire, en géné­ral ce que l’on redoute c’est un passage d’une histoire diffé­rente à une autre qui empêche de se sentir bien dans ce que l’on vient de lire car cela change trop vite. Ici, on accom­pagne la vie d’Etgar Keret , celle de son fils Lev et de son épouse, à la fois dans leurs souve­nirs et leurs diffi­cul­tés quoti­diennes . Le lecteur va du sourire, à l’éclat de rire , le tout teinté d’une très grande émotion. Pour savoir écrire de cette façon, à la fois déta­chée mais très sensible, sur tous les petits aspects de la vie avec un enfant, les tragé­dies de la vie et du monde , il faut un talent qui force mon admi­ra­tion. se dessine, alors, une person­na­lité d’écrivain qui n’a rien d’un super héros, mais qu’on a envie d’aimer très fort car il donne un sens à la vie.

Citations

Vue sur mer en Sicile

Parce que, enfin, je la connais très bien cette mer : c’est la même Médi­ter­ra­née qui est à deux pas de chez moi à Tel-Aviv, mais la paix et la tran­quillité que respirent les gens du coin sont des choses que je n’avais jamais rencon­trées. La même mer mais débar­ras­sée du lourd nuage exis­ten­tiel, noir de peur que j’ai l’habitude de voir peser sur elle.

Son père

« En réalité, la situa­tion est idéale, me dit-il très sérieu­se­ment tout en me cares­sant la main. J’adore prendre les déci­sions quand les choses sont au plus bas. la situa­tion est une telle drek(merde) pour l’instant que ça ne peut que s’arranger : avec la chimio, je meurs très vite ; avec les rayons je me tape une gangrène de la mâchoire ; quant à l’opération, tout le monde est sûr que je ne survi­vrai pas parce que j’ai quatre-vingt-quatre ans. Tu sais combien de terrains j’ai acheté comme ça ? Quand le proprié­taire ne veut pas vendre et que je n’ai pas un sou en poche ?»

Moment d’émotion

- Mais pour­quoi ? insista Lev. Pour­quoi un père doit proté­ger son fils ?

Je réflé­chis un instant avant de répondre « Écoute, dis-je en lui cares­sant la joue, le monde dans lequel nous vivons est parfois très dur. Alors la moindre des choses c’est que tous ceux qui naissent dans ce monde aient au moins une personne pour les proté­ger.

- Alors et toi ? demanda Lev. Qui te proté­gera, main­te­nant que ton père est mort ?»

Je n’ai pas fondu en larmes devant lui mais plus tard ce soir-là, dans l’avion de Los Angeles, j’ai pleuré.

Difficulté d’être chauffeur de taxi

Le taxi est un mode de trans­port dans lequel toit est fait pour la seule satis­fac­tion du client. Les malheu­reux chauf­feurs conduisent toute la jour­née et n’ont pas de toilettes à bord, où aurait-elle voulu qu’il se soulage dans le coffre ?

Sa femme qui a « un mauvais fond »

« je vais sûre­ment pas aller au mariage d’un type qui sent le bouc que tu as connu dans une salle de gym où tu as mis les pieds même pas deux semaines, a déclaré ma femme avec beau­coup de déter­mi­na­tion.

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Le second titre de ce recueil, est : « Portraits céve­nols », il s’agit bien d’une gale­rie de portraits, tous plus inou­bliables les uns que les autres. Mais surtout, il s’agit de la langue de Gilbert Léau­tier entre poésie et l’oralité d’un conteur. Un conteur poète et fin obser­va­teur des gens qui l’entourent.Ces textes ont été écrits pour être lus à haute voix. C’est un plai­sir ressenti à la moindre phrase. Merci à cet ami qui, sachant que je recherche des textes à lire pour des personnes très âgées, m’a conseillé ce recueil. J’espère savoir leur lire et aimer ces portraits. Le monde qui est mis en scène, est celui des campagnes déser­tées par les habi­tants qui ne pouvaient que diffi­ci­le­ment vivre sur une terre aussi ingrate. Le climat rude de l’hiver, la soli­tude, la diffi­culté de vivre, ont forgé des person­na­li­tés sans tendresse souvent, mais avec un sens de le vie qui se ressent même dans la façon de détes­ter son voisin.

J’ai telle­ment envie de vous faire appré­cier ce recueil que je passais mon temps à vouloir noter des passages, les phrases sonnent juste et les person­na­lité s’éloignent du roman­tisme habi­tuel du sage rural, face à la super­fi­cia­lité du cita­din pour aller à l’essentiel de l’être humain. L’auteur connaît bien cette région, il s’est pris de passion pour un château au cœur des Cévennes : le Château d’Aujac, il a rencon­tré et vécu auprès de Céve­nols dont il parle. On peut imagi­ner « l’attirance-répulsion » de ces ruraux pour cet homme de théâtre, cita­din lyon­nais qui a entre­pris de remon­ter les ruines du château de leur village mais à la vue des photos, on comprend son choix, tout en regret­tant qu’il ait cessé d’écrire.

Au carrefour de trois départements: Gard, Lozère, Ardèche. Surplombant la Vallée de la Cèze. Dominant les Hautes Cévennes. Le site castral du Cheylard d'Aujac. Copyright chateau-aujac.org

Citations

L’Émile

C’était son penchant pour le vin qui pesti­fé­rait ce parent pauvre !
On trou­vait plus faci­le­ment l’Émile à l’ombre de la cave qu’à l’ombre du pommier.
Il avait le tonneau tendre et le verre agile

L’Éloi

C’était le fils qui avait le langage.
C’est le fils qui a su dire :
- Il faut être de son temps. 
C’est lui qui avait expli­qué :
- Une bête, ça mange tous les jours, alors qu’un trac­teur ne consomme que ce qu’il travaille. 
Ça, c’était un argu­ment !
Cette science du petit rendait fier le père. 
Mais l’ennui des argu­ments de poids, c’est toujours la fragi­lité de leur réalité.

L’Yvonne

Tu veux que je te dise ?
Une femme comme ça, ça ne se laisse pas marier.
Ça te donne la permis­sion de l’épouser. 
Tu veux que je te dise ?
L’Yvonne, elle ne se met devant rien mais elle est derrière tout.

Les gens d’ici

Assu­ré­ment, ils ne sont pas causants, les gens d’ici. 
Bailler, pour eux, c’est déjà un long discours.
Au maxi­mum de la joie, ils crachent par terre.
Au comble du chagrin, ils hochent la tête. 

Pas de romantisme sur le monde rural

À côté de chez moi, il y a un bloc de granit pelé qu’on appelle « Rocher des quatre sous ».
C’est parce qu’il a fallu quatre procès pour savoir à qui appar­te­nait cette misère de pierre !
L’harmonie campa­gnarde est une mytho­lo­gie des villes.

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Traduit (et très bien traduit) de l’américain par Pierre FURLAN.
Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

5
Je n’aime pas les nouvelles, voilà qui est dit ! Alors pour­quoi ces cinq coquillages ? Parce que cet auteur que je ne connais­sais pas, est tout simple­ment extra­or­di­naire, les moins de 40 ans diraient « génial ». Je déteste passer d’une histoire à une autre, surtout quand j’étais bien dans un univers, j’ai besoin de reprendre ma respi­ra­tion. Je ne lis pas deux romans à la suite, j’ai besoin au moins d’une nuit pour chan­ger d’univers, pour les nouvelles c’est pareil. Aban­don­ner deux amies, l’une mariée à un Frank qui ne fait pas le poids face aux charmes qu’offre la liberté d’un récent veuvage de l’autre , pour aller vers un barmaid qui est le cham­pion des cock­tails, c’est pénible. Malgré toutes les quali­tés de l’écrivain cela reste un problème pour moi, mais j’ai adoré ses nouvelles . Un peu comme Carver ou comme Hooper, Russel Banks peint un pays dans toute sa variété quoti­dienne, les gens qui s’ennuient en couple ou seuls, ceux qui auraient aimé trom­per leur femmes, et ceux qui le font. Les récits n’ont pas forcé­ment de chute, parfois rien de grave ne s’y passe, parfois si.

Les portraits sont criants de vérité, cet écri­vain sait capter l’attention du lecteur en quelques phrases, c’est très impor­tant pour des nouvelles surtout au début, car sinon on reste dans l’atmosphère du récit précé­dent un peu trop long­temps. On vit au rythme des retrai­tés qui préfèrent le soleil de Miami aux froi­dures du nord. On appelle ces gens « les oiseaux des neiges », et une des nouvelles porte ce titre, c’est une de mes préfé­rées. La scène de l’urne funé­raire est très réus­sie. Je note d’ailleurs que les urnes funé­raires sont de bons sujets litté­raires. J’ai été très émue par cet ancien marine, qui est resté digne toute sa vie, mais qui ruiné, a trouvé une mauvaise solu­tion pour que ses enfants n’en sache rien, et par cette femme noire qui essaie de réali­ser le rêve de sa vie : ache­ter une voiture d’occasion et se retrouve coin­cée derrière les grilles du garage gardé un chien féroce. Toutes ces nouvelles pour­raient être le script d’un film, tant les person­nages sont vivants.

On n’est pas dans l’Amérique des perdants,même si une nouvelle parle de la drogue, la violence affleure sans être omni­pré­sente, mais ce n’est pas non plus l’image des gens qui réus­sissent , ou alors c’est juste le moment d’avant ou d’après. Les gens ne sont souvent pas exac­te­ment ce qu’ils semblaient être. Une des nouvelles, la plus courte, montre combien on se raconte parfois des histoires sur une personne rencon­trée par hasard. A partir d’une simple liste de courses, l’homme croit comprendre la détresse d’une femme qui fina­le­ment le taxera de vingt dollars pour se payer sa dose de drogue. J’ai beau­coup aimé cette nouvelle où il se passe si peu de choses.

Si je ne suis pas récon­ci­liée avec le genre litté­raire (les nouvelles) je sais, en revanche, que je viens de décou­vrir un écri­vain de grand talent.

Citations

Les maisons de retraite

On en parle

Chez Clara.

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Traduit du chinois par Fran­çois Sastourné.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.
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Un grand talent d’écrivain ce Mo Yan, d’ailleurs consa­cré par le prix Nobel de litté­ra­ture en 2012, il arrive à nous faire revivre le monde rural chinois en racon­tant, de façon simple et appa­rem­ment naïve, la vie d’un village. Mo Yan part d’un acte fréquent à la campagne : la castra­tion d’un petit veau, mais hélas celui-ci se passe mal, pour nous montrer toutes les forces qui sont en jeu dans le village où la survie alimen­taire est à peine assu­rée. Lorsque la faim tenaille les gens, un plat de « couilles de veau » sautées à la cibou­lette devient un plat de roi, pour lequel bien des passions vont se déchaî­ner. C’est drôle et tragique à la fois.

La deuxième nouvelle : le coureur de fond a ma préfé­rence, le village appa­raît dans toute sa variété. Comme le village est un lieu de réédu­ca­tion des « droi­tiers » cela permet aux paysans d’être confron­tés et parfois d’utiliser des compé­tences dont ils n’avaient aucune idée. C’est un monde absurde, où personne n’est à l’abri de l’arbitraire, un monde violent où la force physique a souvent le dernier mot. Souvent seule­ment, car au-dessus de tous les liens bons ou mauvais que les habi­tants peuvent tisser entre eux et parfois avec les « droi­tiers », il y a la police qui peut enfer­mer qui bon lui semble sur une simple dénon­cia­tion. Quel pays ! et en même temps quelle éner­gie pour vivre quand même de toutes les façons possibles. Ces récits m’ont fait penser aux images naïves dont la révo­lu­tion cultu­relle relayée par les amitiés franco-chinoises ont inondé la France à une certaine époque.

Citations

la fin de la nouvelle « Le veau », c’est à prendre au deuxième degré

Traduit de l’anglais (Canada)par Jacque­line Huet et Jean-Pierre Carasso

PS. : Je suis un peu éton­née par certaines formu­la­tions un peu relâ­chées, sont elles voulues par l’auteur ou un effet de traduc­tion ?

4Je ne suis visi­ble­ment pas la seule à n’avoir pas entendu parler d’Alice Munro avant l’attribution de son prix Nobel. Mais quelle écri­vaine, comment puis-je lire très régu­liè­re­ment et passer à côté d’une telle auteure. Je ne suis pas une adepte des nouvelles mais je ne peux que vous recom­man­der : « Fugi­tives » , ces huit femmes ne sont pas prêtes de vous quit­ter. Je suis mal à l’aise avec les nouvelles car je n’aime pas passer de l’une à l’autre. Je reste impré­gnée par l’atmosphère de la précé­dente quand je lis la suivante et dans ce recueil ‚il ne le faut pas. Chaque destin est diffé­rent, ils n’ont en commun que d’être celui de femmes qui fuient, ou, parfois, n’ont qu’envie de fuir un destin qui n’est pas tout à fait le leur.

Tout est dit avec beau­coup de pudeur, sans drames inutiles, à la manière de la vie ordi­naire. Ça fait mal, parfois, mais ça passe , tout passe n’est ce pas ? Même la sépa­ra­tion brutale avec un enfant adulte ; comme cette Péné­lope qui a rompu complè­te­ment avec une mère folle de douleur et d’incompréhension et qui en vieillis­sant « conti­nue à espé­rer un mot de Péné­lope, mais sans aucun achar­ne­ment. Elle espère comme les gens espèrent sans se faire d’illusion des aubaines immé­ri­tées, des rémis­sions spon­ta­nées , des choses comme ça. ».

J’ai lu et relu « Passion » le person­nage de Grace m’a complè­te­ment boule­ver­sée. Cette jeune femme aurait pu deve­nir une réplique de la jeune améri­caine clas­sique , un homme passe, dange­reux et alcoo­lique , mais elle fran­chit grâce à lui le pas néces­saire pour sortir de la voie toute tracée du destin , on peut penser qu’ensuite elle vivra pour elle et non pas pour l’image qu’elle veut donner d’elle.

J’ai évidem­ment été très émue par le destin de Robin qui a raté de si peu sa véri­table histoire d’amour.
Tout cela est impor­tant mais dit si peu du talent de cette auteure qui sait mettre en scène des ambiances, des person­na­li­tés , aucun person­nage n’est bâclé, tous retiennent notre atten­tion et nous rappellent des gens que nous rencon­trons dans la vie.

La dernière nouvelle « Pouvoir » m’a légè­re­ment déçue. Mais juste­ment ‚c’est cela qui m’agace si fort dans les nouvelles : on a du mal à ne pas les compa­rer les unes aux autres .

Citations

Vision de la femme, vision de l’homme :

Mme Travers avait fait un premier mariage avec un homme qui était mort. Elle avait gagné sa vie et entre­tenu son enfant , en ensei­gnant l’anglais commer­cial dans une école de secré­ta­riat . M Travers quand il évoquait cette période de la vie de sa femme avant leur rencontre en parlait comme d’une épreuve presque compa­rable au bagne, que pour­rait à peine compen­ser une vie entière d’un confort qu’il était heureux de procu­rer. Mme Travers elle-même n’en parlait pas du tout de cette façon.

Réac­tion de Grace après avoir vu Eliza­beth Taylor dans « Le père de la mariée » :

Grace ne pouvait expli­quer ni tout à fait comprendre que ce n’était pas de la jalou­sie qu’elle éprou­vait , en défi­ni­tive, c’était de la rage. Et pas parce qu’il lui était impos­sible de courir les maga­sins ou de s’habiller comme ça. C’était parce que les filles étaient censées ressem­bler à ça. C’était ainsi que les hommes -les gens , tout le monde- pensaient qu’elles devaient être. Belles, adorables, gâtées, égoïstes , avec un pois chiche à la place du cerveau. C’était ainsi qu’une fille devait être pour qu’on en tombe amou­reux . Ensuite elle devien­drait une mère et se consa­cre­rait tout entière à ses enfants avec une affec­tion baveuse. Elle cesse­rait d’être égoïste mais garde­rait son pois chiche à la place du cerveau. À tout jamais.

Fragi­lité mascu­line :

Les femmes ont toujours quelque chose à quoi se raccro­cher pour conti­nuer. Quelque chose que les hommes n’ont pas.

Toujours vrai :

« Petite » Ginny est au moins aussi grande que lui et l’envie m’a déman­gée de le lui dire. Mais c’est extrê­me­ment rosse de parler de taille avec un homme tant soit peu défi­cient dans ce domaine et je suis donc restée coite.

On en parle

« Les fanas de livres  » blog que je lis régu­liè­re­ment.