Je suis toujours à la recherche de nouvelles pour pouvoir les lire à haute voix à un public de vieilles dames. J’aime beau­coup l’écriture de Benoît Duteutre, et ce livre est encore une fois parfai­te­ment écrit. Ces nouvelles ont été rédi­gées au moment où sa mère mourait dans une maison adap­tée à la grande vieillesse dépen­dante d’autrui pour survivre. Et toutes ces nouvelles sont marquées par cette tris­tesse et même si c’est bien vu, c’est trop triste pour moi (et pour mon public qui a surtout besoin d’optimisme pour vaincre le poids des soucis de santé). Dans un des textes, il met en scène les retrou­vailles des familles sur la plage d’Étretat (cela pour­rait être Dinard) qui s’émerveillent devant le dernier né de la famille et toutes les petites têtes blondes qui jouent sur la plage. Face à ce que peuvent deve­nir chaque humain au choix (selon lui) : délin­quant, abruti, cancé­reux, sectaire ou drogué, il a du mal à être au diapa­son de cette joie qu’il trouve factice. Consta­tant de plus que l’homme est, quelque soit son destin, le plus grand préda­teur de la planète, il se réjouit que lui et son compa­gnon n’aient pas d’enfants.

Dans une autre nouvelle, son person­nage prin­ci­pal s’agace du musi­cien de rue qui joue toujours le même morceau. Son agace­ment tour­nera à l’obsession, et il perdra son goût pour l’écriture, son loge­ment et son amie qui tombera amou­reuse du musi­cien en ques­tion. Toutes les nouvelles ont cette couleur là, et, ce n’est évidem­ment pas la descrip­tion de la vie de la maison dans laquelle sa mère va mourir qui peut nous réjouir. Il passe aussi ses vacances dans les Vosges, la descrip­tion de la fin du monde rural est d’une tris­tesse infi­nie. Bref si vous avez un moral d’acier et que vous voulez une petite note de tris­tesse ce livres est pour vous, sinon fuyez, vous allez deve­nir neurasthénique !

Citations

« La vie » à la campagne :

Il vivait avec ses deux sœurs, l’une neuras­thé­nique et l’autre aveugle, si je me souviens.Le peuple de la campagne accep­tait ses imper­fec­tions comme un des carac­tères de l’humanité : on y rencon­trait des sourds-muets, des boiteux, des idiots, mais aussi quan­tité de vieux céli­ba­taires dans cette vallée progres­si­ve­ment dépeuplée.

L’enterrement

La mort de Mme Maré­chal, en 1976, est l’une des premières dont je me souvienne. Je me rappelle surtout que ma grand-tante, excel­lente musi­cienne, joua de l’harmonium pour l’inhumation et que pour la remer­cier, M. Maré­chal vint chez nous quelques jours plus tard, en costume noir, coiffé d’une casquette. De sa voix de sour­dine, il voulait savoir comment il pour­rait dédom­ma­ger ma grand-tante pour les obsèques de sa femme. Timide, hési­tant, il finit par lui deman­der si elle aime­rait quelques brouettes de fumier. Ainsi s’achevaient les vies d’autrefois, quand toutes les pensées retour­naient vers la terre.

Le charme de la campagne

Un jour, enfin, à ce qu’on m’a dit, il est sorti de chez lui au petit matin, puis s’est rendu au ruis­seau où il a plongé sa tête dans l’eau froide et l’y a main­te­nue volon­tai­re­ment jusqu’à l’asphyxie. Son nom est venu s’ajouter à la lita­nie des suicides paysans, à ces fins obscures dans les fermes perdues, à ces pendus des greniers à foi. Et à tous ces campa­gnards mélan­co­liques hantés par le destin.

Dernière phrase de ce livre trop triste

Le mois de septembre approche et, déjà, je songe au fagot de petit bois que je vais bien­tôt aller ramas­ser, dans mon coin des Vosges, dans le nord-est de la France, près du cime­tière qui m’attend, qui nous attend… Mais, pour l’heure, j’écoute la voix de la mère et je me sens bien.

20161202_102350Lu grâce au club de lecture de la média­thèque de Dinard. et il a obtenu un coup de cœur.

Marcher droit tourner en rond

5Je suis si contente de commen­cer l’années par un cinq coquillages ! Et, Keisha va être contente son petit chou­chou est récom­pensé d’un coup de cœur à l’unanimité de celles qui l’avaient lu dans mon club (je peux lui dire que c’est rare !). Comme je me régale égale­ment avec son précis de méde­cine imagi­naire, j’ai mis les deux livres d’Emmanuel Venet dans le même billet.
Commen­çons par « Marcher droit tour­ner en rond » vous compren­drez la photo car il s’agit en effet de dévoi­ler la vérité qui se cache derrière toutes les photos de famille.

Margue­rite a cent ans et son petit fils est à son enter­re­ment. Tout le monde fait un portait élogieux de cette cente­naire. Oh là ! non non non, il lui manque une semaine pour être cente­naire et j’en connais un que ça agace ce manque de préci­sion : son petit fils qui vit avec un syndrome Asper­ger. Cela lui donne trois compé­tences pous­sées à l’extrême : le scrabble, le petit bac et la connais­sance des catas­trophe aériennes. En plus, évidem­ment une inca­pa­cité totale à se satis­faire des mensonges qui dissi­mulent toutes les conduites de façades en société. L’enterrement est donc pour lui l’occasion de racon­ter toutes les méchan­ce­tés des uns et des autres, c’est drôle, on a vrai­ment l’impression de voir l’envers du décor. C’est l’occasion aussi de revivre son amour pour Sophie peu récom­pensé malgré une belle constance de sa part.

Je pense que l’auteur, psychiatre, a mis beau­coup de sa propre connais­sance de l’âme humaine pour écrire ce texte. Je vous cite la cita­tion de Sigmund Freud qu’il a mise en exergue au début du roman car j’ai souri :

La grande ques­tion à laquelle je n’ai jamais trouvé de réponse, malgré trente ans passés à étudier l’âme fémi­nine, est : » Que veut une femme ? »

Citations

Logique ?

Elle aimait à répé­ter que la vieillesse est la pire des cala­mi­tés, mais chaque hiver, elle se faisait vacci­ner contre la grippe, et, à la moindre bron­chite elle extor­quait au docteur Comte des anti­bio­tiques. Pour ma part, si j’en arri­vais à trou­ver ma vie trop longue, je cesse­rais de me soigner et me lais­se­rais mourir une bonne fois pour toutes.

Compétence inutile

J’entretiens égale­ment une compé­tence hors du commun pour le jeu du petit bac, mais j’ai rare­ment l’occasion de m’en servir.

La vie de couple

Au bout de deux ans de vie commune, elle avait donc établi une fois pour toutes la répar­ti­tion des rôles dans leur couple : il reve­nait à Imre de payer des cadeaux et à elle-même de les rece­voir, et il était convenu que ce contrat moral donnait pleine satis­fac­tion aux deux parties.

Une logique un peu rude

J’ai perçu trop tard que j’avais péché par excès de confiance en lui suggé­rant il y a trois ans, de deman­der l’euthanasie de son fils : lors du procès, j’ai senti que cette idée l’avait froissée.

Incompris

Je frisonne encore au simple souve­nir des expres­sions « harcè­le­ment » et « violence morale », leit­mo­tiv de ces vingt minutes de procès bâclé : est-ce vrai­ment harce­ler que d’envoyer une dizaine de message par jour à une femme à qui vous pensez jusqu’au plus profond de votre être.

Le petit précis de médecine imaginaire

Ce sont de courts textes à dégus­ter pour se guérir de la moro­sité. J’avais d’bord mis 4 coquillages, car certains textes (surtout la partie sur les ondes) me plai­saient moins que d’autres. Mais j’ai suivi le conseil de Keisha  : relire ces petits textes au hasard et non pas à la suite. Tous sont alors de petits bijoux . elle en a reco­pié sur son blog qui m’a pous­sée à ache­ter ce livre , à mon tour je vous en offre un et si je réus­sis à vous séduire tout le livre d’Emmanuel venet se retrou­vera sur nos blogs !

Malaises

Une fois à la retraite, mon grand père Joseph a fait trois chutes. Il avait l’habitude quand le temps le permet­tait, de péré­gri­ner des jour­nées entières pour faire des courses ou pour surveiller, en compa­gnie d’autres badauds, la bonne marche des chan­tiers des envi­rons ; Trois fois, donc ;, il rentra les genoux couron­nés, boitillant, endo­lori mais anor­ma­le­ment soucieux. L’affaire se soldait par du mercu­ro­chrome et des bandages, mais on la prenait telle­ment au sérieux qu’un des enjeux, à coup sûr, m’échappait. Rétros­pec­ti­ve­ment, j’ai compris que Joseph avait peur qu’on parle de malaise, et que ce soit fini de la vie paisible.

Le malaise, concept central de toute expé­rience exis­ten­tielle, est affreu­se­ment mal traité par la méde­cine savante, qui le consi­dère au mieux comme une approxi­ma­tion à décons­truire. Il n’existe même pas, dans la litté­ra­ture spécia­li­sée, d’ouvrage consa­cré à ce sujet inépui­sable. Osons le dire tout net, il manque à notre science un bon et solide« Traité du malaise », avec étymo­lo­gie, histo­rique, étude clinique et tout le bata­clan. Moyen­nant quoi le patri­cien conscien­cieux parve­nant mal à distin­guer entre effet de langage et ennui de santé, craint systé­ma­ti­que­ment de passer à côté d’une mala­die grave et épuise son malade en examens inutiles qui, bien souvent débouchent sur un diag­nos­tic. De sorte que le patient pour­suit sa vie beau­coup moins serei­ne­ment que s’il n’avait pas consulté.
Joseph, lucide sur le risque, s’en remet­tait donc aux anti­sep­tiques et aux bandages. Vu qu’il tenait debout et gardait la vigueur de s’opposer à toute consul­ta­tion intem­pes­tive, on n’a jamais bien su les circons­tances de ses chutes.

Et une citation car j’ai éclaté de rire

sous la rubrique paranoïaque

Cette évoca­tion réveille quelques figures admi­rables : la crapule désœu­vrée qui trouve dans un mur mitoyen une mine de « casus belli » ; l’hémorroïdaire acharné à se faire rembour­ser son papier hygié­nique par la sécu­rité sociale .…

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4Merci Krol, je suis à la recherche de textes courts pour mes lectures à haute voix au Foyer Loge­ment de Dinard. Je ne lisais pas beau­coup de nouvelles, je m’y inté­resse de plus en plus et grâce aux blogs je fais de très bonnes rencontres. Ces quatre nouvelles sont, à l’image de leur auteur, Patrice Fran­ces­chi, très fortes ancrées dans les drames et les choix les plus cruels que la vie peut nous conduire à faire. J’ai une très nette préfé­rence pour la première nouvelle, mon goût pour la mer et récem­ment pour la navi­ga­tion, me permet de vivre avec angoisse et fasci­na­tion les récits de tempête. Et celle que doit affron­ter Flaherty, en décembre 1884, est un pur moment d’horreur et d’effroi.

Lire ces pages bien calée dans un fauteuil arrive quand même à donner un senti­ment d’insécurité tant les mots sonnent justes et que les images sont fortes. Ensuite, il y a le thème qui est le même dans les quatre récits : des circons­tances excep­tion­nelles amènent à faire des choix que rien n’y personne ne peut faire à votre place et qui vous marque­ront à jamais. Après le capi­taine de « la Provi­dence », on retrouve un sous-lieu­te­nant qui ne veut pas s’avouer vaincu et qui seul résis­tera à l’avancée alle­mande en mai 1940, puis un autre marin, Wells, qui ne veut pas voir des réfu­giés sur un bateau de fortune mourir en pleine mer sous les yeux d’un équi­page indif­fé­rent et enfin, Pierre-Joseph qui rencontre Made­leine en 1943, sur un quai d’une gare pari­sienne avant de monter dans un train avec leurs enfants pour être dépor­tés vers la mort déci­dée par des Nazis qui jouent de façon sadique une dernière fois avec leurs victimes.

Oui, tous ces choix sont terribles et inter­pellent le lecteur. Ils vont bien à la carrure d’aventurier De Patrice Fran­ce­shi qui les raconte très bien. Mais, il se passe quelque chose dans les nouvelles, c’est que, malgré soi, on compare les récits : je me suis tota­le­ment embar­quée avec Flaherty, et beau­coup moins dans les deux dernières nouvelles qui sont pour­tant parfai­te­ment racon­tées. Une seule expli­ca­tion : je m’attendais à leur contenu. Et j’ai déjà lu ces récits dans d’autres romans, ce n’est pas une critique suffi­sante, les exilés qui meurent sur les mers dans l’indifférence la plus totale, comme la cruauté des Nazis peuvent être mille fois trai­tés. Mais le raccourci de la nouvelle fait que le lecteur est plus exigeant, il exige quelque chose en plus que le récit des bassesses humaines qu’il a si souvent lues. Je l’ai trouvé dans « le fanal arrière qui s’éteint » et aussi dans « carre­four 54 » qui d’ailleurs traite d’un moment moins connu de notre histoire : comment ont réagi sur le terrain les soldats fran­çais en 1940 qui ne voulaient pas accep­ter la déroute de l’armée mais moins dans les deux autres.

Citations

L’entente du second et du capitaine

L’estime réci­proque que se portaient Mack­ney et Flaherty était l’une des légendes de la « Provi­dence ». Les deux hommes avaient affronté ensemble d’innombrables coups durs sur tous les océans et ne s’en étaient sortis que par leurs savoirs mutuels ; cepen­dant, ils n’auraient su donner un nom aux liens que ces épreuves avaient tissés entre eux et on ne se souve­nait pas que Flaherty ait jamais adressé le moindre compli­ment à Mack­ney, ni que celui-ci ait féli­cité un jour son capi­taine pour quoi que ce sot. En vérité, cela ne se faisait pas entre gens de cette sorte ; de toute façon, comme le disait Klavensko, ces deux là n’avaient pas besoin de mots pour se dire ce qu’ils pensaient.

Le début de l’angoisse

Ils se sentirent enva­his soudain par une inquié­tude sourde et entê­tante qu’ils n’avaient encore jamais connue ; c’était comme une bête malsaine qui venait de prendre nais­sance quelque part dans leurs corps et enflait mainte­nant tout douce­ment, se nour­ris­sant de ce qu’il y avait de meilleur en eux.

Le poids des responsabilités

Flaherty recon­nut dans ses yeux cette drôle d’espérance qui persiste dans l’adversité tant qu’il existe un ultime recours. Et voilà, songea-t-il avec une morne pensée ; en vérité, les capi­taines ne servent à rien en temps ordi­naires … Mais quand plus rien ne va… Alors, bien sûr… Tout sur leurs épaules… Et pour eux, pas de recours… Personne au-dessus… Ah, je suis peut-être trop prétentieux.

L’ouragan

Dix heures ne s’étaient pas écou­lées que, le 24 décembre au petit matin – dans l’aube infi­ni­ment triste qui se levait sur l’océan déchaîné – , le vent, tout en restant plein sud se mit à forcir comme on ne pensait pas que ce fût possible. Il hurlait avec une telle hargne qu’il devint presque impos­sible de s’entendre à moins de deux mètres ; l’aiguille de l’anémomètre se bloqua au-delà de 11 Beau­fort. Cette fois, l’ouragan était-là -et il écrasa litté­ra­le­ment la houle et les vagues (…) Le vent était si assour­dis­sant qu’il n’entendait rien que son siffle­ment aigu – et tous les autres sons étaient anni­hilé : il y avait de quoi terro­ri­ser les plus témé­raires. Il eut la prémo­ni­tion que la mer venait de s’emparer de toute sa personne, avec tout le mal qu’elle conte­nait et tout ce que cette « faiseuse de veuves » pouvait appor­ter de malheur- et il eut peur pour la première fois de sa vie.

20151109_162509Traduit de l’anglais israé­lien par Jean-Pierre Carasso et Jacque­line Huet.

Présentation de son éditeur

Si une roquette peut nous tomber dessus à tout moment, à quoi bon faire la vaisselle ? 

Mais je citerais volontiers également Jérôme qui m’a fait découvrir cet auteur

C’est simple, si je devais un jour deve­nir écri­vain (ce qui n’arrivera jamais, je vous rassure), j’aimerais pouvoir écrire comme Etgar Keret !

5
Comme je le comprends, depuis son article, datant du 4 septembre 2015, ce petit recueil m’accompagne partout, il est sur ma liseuse ce qui est très pratique, je peux même lire au golf en atten­dant que mes amis terminent leur partie. Il m’accompagne égale­ment dans ma réflexion après le 13 novembre 2015. Les Israé­liens savent mieux que quiconque ce que cela veut dire de vivre avec des bombes qui explosent, et d’être entou­rés de pays qui sont prêts à vous rayer de la carte à la moindre faiblesse. Ils ont, donc, parmi eux des écri­vains comme Etgar Keret qui avec un humour à la Woddy Allen sait se moquer des travers juifs et surtout de lui-même sans pour autant renier qui il est et d’où il vient.

Je sais que nous sommes nombreuses à préfé­rer les romans aux nouvelles, mais ici on n’a pas l’effet habi­tuel de ce genre litté­raire, en géné­ral ce que l’on redoute c’est un passage d’une histoire diffé­rente à une autre qui empêche de se sentir bien dans ce que l’on vient de lire car cela change trop vite. Ici, on accom­pagne la vie d’Etgar Keret , celle de son fils Lev et de son épouse, à la fois dans leurs souve­nirs et leurs diffi­cul­tés quoti­diennes . Le lecteur va du sourire, à l’éclat de rire , le tout teinté d’une très grande émotion. Pour savoir écrire de cette façon, à la fois déta­chée mais très sensible, sur tous les petits aspects de la vie avec un enfant, les tragé­dies de la vie et du monde , il faut un talent qui force mon admi­ra­tion. se dessine, alors, une person­na­lité d’écrivain qui n’a rien d’un super héros, mais qu’on a envie d’aimer très fort car il donne un sens à la vie.

Citations

Vue sur mer en Sicile

Parce que, enfin, je la connais très bien cette mer : c’est la même Médi­ter­ra­née qui est à deux pas de chez moi à Tel-Aviv, mais la paix et la tran­quillité que respirent les gens du coin sont des choses que je n’avais jamais rencon­trées. La même mer mais débar­ras­sée du lourd nuage exis­ten­tiel, noir de peur que j’ai l’habitude de voir peser sur elle.

Son père

« En réalité, la situa­tion est idéale, me dit-il très sérieu­se­ment tout en me cares­sant la main. J’adore prendre les déci­sions quand les choses sont au plus bas. la situa­tion est une telle drek(merde) pour l’instant que ça ne peut que s’arranger : avec la chimio, je meurs très vite ; avec les rayons je me tape une gangrène de la mâchoire ; quant à l’opération, tout le monde est sûr que je ne survi­vrai pas parce que j’ai quatre-vingt-quatre ans. Tu sais combien de terrains j’ai acheté comme ça ? Quand le proprié­taire ne veut pas vendre et que je n’ai pas un sou en poche ? »

Moment d’émotion

- Mais pour­quoi ? insista Lev. Pour­quoi un père doit proté­ger son fils ?

Je réflé­chis un instant avant de répondre « Écoute, dis-je en lui cares­sant la joue, le monde dans lequel nous vivons est parfois très dur. Alors la moindre des choses c’est que tous ceux qui naissent dans ce monde aient au moins une personne pour les protéger.

- Alors et toi ? demanda Lev. Qui te proté­gera, main­te­nant que ton père est mort ? »

Je n’ai pas fondu en larmes devant lui mais plus tard ce soir-là, dans l’avion de Los Angeles, j’ai pleuré.

Difficulté d’être chauffeur de taxi

Le taxi est un mode de trans­port dans lequel toit est fait pour la seule satis­fac­tion du client. Les malheu­reux chauf­feurs conduisent toute la jour­née et n’ont pas de toilettes à bord, où aurait-elle voulu qu’il se soulage dans le coffre ?

Sa femme qui a « un mauvais fond »

« je vais sûre­ment pas aller au mariage d’un type qui sent le bouc que tu as connu dans une salle de gym où tu as mis les pieds même pas deux semaines, a déclaré ma femme avec beau­coup de détermination.

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Le second titre de ce recueil, est : « Portraits céve­nols », il s’agit bien d’une gale­rie de portraits, tous plus inou­bliables les uns que les autres. Mais surtout, il s’agit de la langue de Gilbert Léau­tier entre poésie et l’oralité d’un conteur. Un conteur poète et fin obser­va­teur des gens qui l’entourent.Ces textes ont été écrits pour être lus à haute voix. C’est un plai­sir ressenti à la moindre phrase. Merci à cet ami qui, sachant que je recherche des textes à lire pour des personnes très âgées, m’a conseillé ce recueil. J’espère savoir leur lire et aimer ces portraits. Le monde qui est mis en scène, est celui des campagnes déser­tées par les habi­tants qui ne pouvaient que diffi­ci­le­ment vivre sur une terre aussi ingrate. Le climat rude de l’hiver, la soli­tude, la diffi­culté de vivre, ont forgé des person­na­li­tés sans tendresse souvent, mais avec un sens de le vie qui se ressent même dans la façon de détes­ter son voisin.

J’ai telle­ment envie de vous faire appré­cier ce recueil que je passais mon temps à vouloir noter des passages, les phrases sonnent juste et les person­na­lité s’éloignent du roman­tisme habi­tuel du sage rural, face à la super­fi­cia­lité du cita­din pour aller à l’essentiel de l’être humain. L’auteur connaît bien cette région, il s’est pris de passion pour un château au cœur des Cévennes : le Château d’Aujac, il a rencon­tré et vécu auprès de Céve­nols dont il parle. On peut imagi­ner « l’attirance-répulsion » de ces ruraux pour cet homme de théâtre, cita­din lyon­nais qui a entre­pris de remon­ter les ruines du château de leur village mais à la vue des photos, on comprend son choix, tout en regret­tant qu’il ait cessé d’écrire.

Au carrefour de trois départements: Gard, Lozère, Ardèche. Surplombant la Vallée de la Cèze. Dominant les Hautes Cévennes. Le site castral du Cheylard d'Aujac. Copyright chateau-aujac.org

Citations

L’Émile

C’était son penchant pour le vin qui pesti­fé­rait ce parent pauvre !
On trou­vait plus faci­le­ment l’Émile à l’ombre de la cave qu’à l’ombre du pommier.
Il avait le tonneau tendre et le verre agile

L’Éloi

C’était le fils qui avait le langage.
C’est le fils qui a su dire :
- Il faut être de son temps. 
C’est lui qui avait expliqué :
- Une bête, ça mange tous les jours, alors qu’un trac­teur ne consomme que ce qu’il travaille. 
Ça, c’était un argument !
Cette science du petit rendait fier le père. 
Mais l’ennui des argu­ments de poids, c’est toujours la fragi­lité de leur réalité.

L’Yvonne

Tu veux que je te dise ?
Une femme comme ça, ça ne se laisse pas marier.
Ça te donne la permis­sion de l’épouser. 
Tu veux que je te dise ?
L’Yvonne, elle ne se met devant rien mais elle est derrière tout.

Les gens d’ici

Assu­ré­ment, ils ne sont pas causants, les gens d’ici. 
Bailler, pour eux, c’est déjà un long discours.
Au maxi­mum de la joie, ils crachent par terre.
Au comble du chagrin, ils hochent la tête. 

Pas de romantisme sur le monde rural

À côté de chez moi, il y a un bloc de granit pelé qu’on appelle « Rocher des quatre sous ».
C’est parce qu’il a fallu quatre procès pour savoir à qui appar­te­nait cette misère de pierre !
L’harmonie campa­gnarde est une mytho­lo­gie des villes.

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Traduit (et très bien traduit) de l’américain par Pierre FURLAN.
Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

5
Je n’aime pas les nouvelles, voilà qui est dit ! Alors pour­quoi ces cinq coquillages ? Parce que cet auteur que je ne connais­sais pas, est tout simple­ment extra­or­di­naire, les moins de 40 ans diraient « génial ». Je déteste passer d’une histoire à une autre, surtout quand j’étais bien dans un univers, j’ai besoin de reprendre ma respi­ra­tion. Je ne lis pas deux romans à la suite, j’ai besoin au moins d’une nuit pour chan­ger d’univers, pour les nouvelles c’est pareil. Aban­don­ner deux amies, l’une mariée à un Frank qui ne fait pas le poids face aux charmes qu’offre la liberté d’un récent veuvage de l’autre , pour aller vers un barmaid qui est le cham­pion des cock­tails, c’est pénible. Malgré toutes les quali­tés de l’écrivain cela reste un problème pour moi, mais j’ai adoré ses nouvelles . Un peu comme Carver ou comme Hooper, Russel Banks peint un pays dans toute sa variété quoti­dienne, les gens qui s’ennuient en couple ou seuls, ceux qui auraient aimé trom­per leur femmes, et ceux qui le font. Les récits n’ont pas forcé­ment de chute, parfois rien de grave ne s’y passe, parfois si.

Les portraits sont criants de vérité, cet écri­vain sait capter l’attention du lecteur en quelques phrases, c’est très impor­tant pour des nouvelles surtout au début, car sinon on reste dans l’atmosphère du récit précé­dent un peu trop long­temps. On vit au rythme des retrai­tés qui préfèrent le soleil de Miami aux froi­dures du nord. On appelle ces gens « les oiseaux des neiges », et une des nouvelles porte ce titre, c’est une de mes préfé­rées. La scène de l’urne funé­raire est très réus­sie. Je note d’ailleurs que les urnes funé­raires sont de bons sujets litté­raires. J’ai été très émue par cet ancien marine, qui est resté digne toute sa vie, mais qui ruiné, a trouvé une mauvaise solu­tion pour que ses enfants n’en sache rien, et par cette femme noire qui essaie de réali­ser le rêve de sa vie : ache­ter une voiture d’occasion et se retrouve coin­cée derrière les grilles du garage gardé un chien féroce. Toutes ces nouvelles pour­raient être le script d’un film, tant les person­nages sont vivants.

On n’est pas dans l’Amérique des perdants,même si une nouvelle parle de la drogue, la violence affleure sans être omni­pré­sente, mais ce n’est pas non plus l’image des gens qui réus­sissent , ou alors c’est juste le moment d’avant ou d’après. Les gens ne sont souvent pas exac­te­ment ce qu’ils semblaient être. Une des nouvelles, la plus courte, montre combien on se raconte parfois des histoires sur une personne rencon­trée par hasard. A partir d’une simple liste de courses, l’homme croit comprendre la détresse d’une femme qui fina­le­ment le taxera de vingt dollars pour se payer sa dose de drogue. J’ai beau­coup aimé cette nouvelle où il se passe si peu de choses.

Si je ne suis pas récon­ci­liée avec le genre litté­raire (les nouvelles) je sais, en revanche, que je viens de décou­vrir un écri­vain de grand talent.

Citations

Les maisons de retraite

On en parle

Chez Clara.

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Traduit du chinois par Fran­çois Sastourné. 

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.
4
Un grand talent d’écrivain ce Mo Yan, d’ailleurs consa­cré par le prix Nobel de litté­ra­ture en 2012, il arrive à nous faire revivre le monde rural chinois en racon­tant, de façon simple et appa­rem­ment naïve, la vie d’un village. Mo Yan part d’un acte fréquent à la campagne : la castra­tion d’un petit veau, mais hélas celui-ci se passe mal, pour nous montrer toutes les forces qui sont en jeu dans le village où la survie alimen­taire est à peine assu­rée. Lorsque la faim tenaille les gens, un plat de « couilles de veau » sautées à la cibou­lette devient un plat de roi, pour lequel bien des passions vont se déchaî­ner. C’est drôle et tragique à la fois.

La deuxième nouvelle : le coureur de fond a ma préfé­rence, le village appa­raît dans toute sa variété. Comme le village est un lieu de réédu­ca­tion des « droi­tiers » cela permet aux paysans d’être confron­tés et parfois d’utiliser des compé­tences dont ils n’avaient aucune idée. C’est un monde absurde, où personne n’est à l’abri de l’arbitraire, un monde violent où la force physique a souvent le dernier mot. Souvent seule­ment, car au-dessus de tous les liens bons ou mauvais que les habi­tants peuvent tisser entre eux et parfois avec les « droi­tiers », il y a la police qui peut enfer­mer qui bon lui semble sur une simple dénon­cia­tion. Quel pays ! et en même temps quelle éner­gie pour vivre quand même de toutes les façons possibles. Ces récits m’ont fait penser aux images naïves dont la révo­lu­tion cultu­relle relayée par les amitiés franco-chinoises ont inondé la France à une certaine époque.

Citations

la fin de la nouvelle « Le veau », c’est à prendre au deuxième degré

Traduit de l’anglais (Canada)par Jacque­line Huet et Jean-Pierre Carasso

PS. : Je suis un peu éton­née par certaines formu­la­tions un peu relâ­chées, sont elles voulues par l’auteur ou un effet de traduction ?

4Je ne suis visi­ble­ment pas la seule à n’avoir pas entendu parler d’Alice Munro avant l’attribution de son prix Nobel. Mais quelle écri­vaine, comment puis-je lire très régu­liè­re­ment et passer à côté d’une telle auteure. Je ne suis pas une adepte des nouvelles mais je ne peux que vous recom­man­der : « Fugi­tives » , ces huit femmes ne sont pas prêtes de vous quit­ter. Je suis mal à l’aise avec les nouvelles car je n’aime pas passer de l’une à l’autre. Je reste impré­gnée par l’atmosphère de la précé­dente quand je lis la suivante et dans ce recueil ‚il ne le faut pas. Chaque destin est diffé­rent, ils n’ont en commun que d’être celui de femmes qui fuient, ou, parfois, n’ont qu’envie de fuir un destin qui n’est pas tout à fait le leur.

Tout est dit avec beau­coup de pudeur, sans drames inutiles, à la manière de la vie ordi­naire. Ça fait mal, parfois, mais ça passe , tout passe n’est ce pas ? Même la sépa­ra­tion brutale avec un enfant adulte ; comme cette Péné­lope qui a rompu complè­te­ment avec une mère folle de douleur et d’incompréhension et qui en vieillis­sant « conti­nue à espé­rer un mot de Péné­lope, mais sans aucun achar­ne­ment. Elle espère comme les gens espèrent sans se faire d’illusion des aubaines immé­ri­tées, des rémis­sions spon­ta­nées , des choses comme ça. ».

J’ai lu et relu « Passion » le person­nage de Grace m’a complè­te­ment boule­ver­sée. Cette jeune femme aurait pu deve­nir une réplique de la jeune améri­caine clas­sique , un homme passe, dange­reux et alcoo­lique , mais elle fran­chit grâce à lui le pas néces­saire pour sortir de la voie toute tracée du destin , on peut penser qu’ensuite elle vivra pour elle et non pas pour l’image qu’elle veut donner d’elle.

J’ai évidem­ment été très émue par le destin de Robin qui a raté de si peu sa véri­table histoire d’amour.
Tout cela est impor­tant mais dit si peu du talent de cette auteure qui sait mettre en scène des ambiances, des person­na­li­tés , aucun person­nage n’est bâclé, tous retiennent notre atten­tion et nous rappellent des gens que nous rencon­trons dans la vie.

La dernière nouvelle « Pouvoir » m’a légè­re­ment déçue. Mais juste­ment ‚c’est cela qui m’agace si fort dans les nouvelles : on a du mal à ne pas les compa­rer les unes aux autres .

Citations

Vision de la femme, vision de l’homme :

Mme Travers avait fait un premier mariage avec un homme qui était mort. Elle avait gagné sa vie et entre­tenu son enfant , en ensei­gnant l’anglais commer­cial dans une école de secré­ta­riat . M Travers quand il évoquait cette période de la vie de sa femme avant leur rencontre en parlait comme d’une épreuve presque compa­rable au bagne, que pour­rait à peine compen­ser une vie entière d’un confort qu’il était heureux de procu­rer. Mme Travers elle-même n’en parlait pas du tout de cette façon.

Réac­tion de Grace après avoir vu Eliza­beth Taylor dans « Le père de la mariée » :

Grace ne pouvait expli­quer ni tout à fait comprendre que ce n’était pas de la jalou­sie qu’elle éprou­vait , en défi­ni­tive, c’était de la rage. Et pas parce qu’il lui était impos­sible de courir les maga­sins ou de s’habiller comme ça. C’était parce que les filles étaient censées ressem­bler à ça. C’était ainsi que les hommes -les gens , tout le monde- pensaient qu’elles devaient être. Belles, adorables, gâtées, égoïstes , avec un pois chiche à la place du cerveau. C’était ainsi qu’une fille devait être pour qu’on en tombe amou­reux . Ensuite elle devien­drait une mère et se consa­cre­rait tout entière à ses enfants avec une affec­tion baveuse. Elle cesse­rait d’être égoïste mais garde­rait son pois chiche à la place du cerveau. À tout jamais.

Fragi­lité masculine :

Les femmes ont toujours quelque chose à quoi se raccro­cher pour conti­nuer. Quelque chose que les hommes n’ont pas.

Toujours vrai :

« Petite » Ginny est au moins aussi grande que lui et l’envie m’a déman­gée de le lui dire. Mais c’est extrê­me­ment rosse de parler de taille avec un homme tant soit peu défi­cient dans ce domaine et je suis donc restée coite.

On en parle

« Les fanas de livres  » blog que je lis régulièrement.

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Merci, merci à Hèlène ce livre était dans son Tag – au passage j’aimerais que quelqu’un m’explique tous les sens de ce mot encore mysté­rieux pour moi– elle parlait de ce livre comme d’un petit bijou. Je suis entiè­re­ment d’accord, depuis il ne me quitte plus.

Je le lis et relis. Pour­tant, d’habitude, je ne suis pas fan des nouvelles, mais ce recueil consti­tue un tout. On a l’impression de passer du coq à l’âne mais non, ce sont bien toutes les facettes des compor­te­ments humains qui sont réunis sans pour autant les mettre dans le lien d « un roman.

On rit, sourit ‚on est ému. On est dans le trivial, puis dans le poétique, je me suis tout de suite sentie bien. J’ai un petit faible pour le texte qu’il a appelé « dix huit ans ». Il explique à son fils comment il a aimé sa femme, je trouve que c’est compli­qué d’écrire aujourd’hui des senti­ments profonds sans faire cucul :David Thomas y parvient.

J’ai aimé l’alternance homme femme et les chan­ge­ments de ton. Je suppose que j’arrive après tout le monde et que vous l’avez déjà lu , si ce n’est pas le cas, préci­pi­tez vous et racon­tez moi. J’ai beau­coup hésité à mettre des cita­tions. J’ai eu envie de reco­pier une nouvelle mais c’est trahir ce recueil tant chaque texte est diffé­rent du suivant.

Citations

La colere du mec délaissé

« Conne »
Je ne vois pas ce qu’il y a de plus dépri­mant que de se dire qu’on a aimé une conne. Pas une idiote, hein, une conne . Une qui a une petite âme. Une qui s’la pête qui prend son joli minois pour la Joconde. Une qui prend de haut, telle­ment elle se sent basse d’avoir merdouillé et de s’être pris les tapis pour expli­quer qu’elle ne t’aime plus et qu’elle a besoin de chan­ger d’air.

Leçon d’amour à son fils

« dix huit ans »
Prends ton temps petit bonhomme, ne te préci­pite pas sur le bonheur, laisse-lui du champ, donne-lui le temps de t’approcher,contiens-toi, sois juste là. Offre à cette fille le temps de te rejoindre.

Une leçon de vie

Ne me retire pas l’idée, aussi incer­taine soit-elle, que s’aventurer est toujours plus vivi­fiant que se conte­nir, que ce qui s’élance a plus de grâce que ce qui se ramasse. Un jour qui se lève, aussi merdique soit-il, même en novembre, même par temps de pluie, est toujours plus promet­teur qu’un soir de juin qui a tout dit.

On en parle

Biblio­blog.

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Traduit de l’anglais (États-Unis) par Chris­tiane et David ELLIS

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Quel bonheur ! Il fait partie des livres qui m’ont fait écla­ter de rire et aussi rager de ne pas lire l’anglais. Quand je vois le titre en fran­çais, j’ai des doutes sur la qualité de la traduc­tion. (Mais les traduc­teurs n « y sont peut-être pour rien !). Allez peu importe, je ne boude pas mon plai­sir et je recom­mande chaleu­reu­se­ment les chro­niques de Bill Bryson à tous ceux et celles qui ont besoin de se détendre et de s’amuser.

Je pense que si son humour fonc­tionne si bien, c’est que Bill (quand vous aurez lu ses chro­niques, vous saurez pour­quoi je l’appelle Bill !) n’est jamais méchant et se moque aussi de lui même. Le ton se fait grave parfois sur les travers de ce grand pays qui craint beau­coup plus le tabac passif que les armes à feu, surtout quand les liber­tés sont grave­ment mena­cées par un soucis d’efficacité. La plupart des chro­niques sont légères et amusantes même si nos cousins d’Amérique sont deve­nus un peu fous, ils restent des gens avec qui on aime bien vivre. Je cite quelques passages mais j’aurais bien, parfois, reco­pié la chro­nique entière.

Quel talent, je me préci­pite sur les autres livres de cet auteur !

Citations

Pour tous ceux et toutes celles qui ont tendance à confondre les prénoms

Depuis long­temps les Améri­cains se sont rendu compte qu’on pouvait mieux rete­nir un numéro en se fiant aux lettres plutôt qu’aux chiffres . Dans ma ville natale de Des Moines, par exemple, si vous voulez connaître l’heure – ou appe­ler l’horloge parlante comme vous le dites si joli­ment- le numéro offi­ciel est 246 56 46, un numéro dont personne ne peut se souve­nir, natu­rel­le­ment. Mais si vous compo­sez BIG JOHN, vous obte­nez le même résul­tat et tout le monde peut le mémo­ri­ser sauf, curieu­se­ment, ma mère, qui a toujours eu une mémoire assez approxi­ma­tive en ce qui concerne les prénoms et qui se retrouve géné­ra­le­ment en train de deman­der l’heure à de parfaits incon­nus réveillés en sursaut à des heures indues.

Les spots publicitaires

Dans une autre pub, on voit un gars au bowling-les hommes sont presque toujours au bowling dans les spots- se mettre à grima­cer après avoir raté son coup et murmu­rer à son partenaire :
- encore ces sacrées hémorroïdes !
Comme par miracle , son copain a un tube de crème dans sa poche. Pas dans son sac de sport ni dans sa boite à gants de sa voiture, mais sur lui, dans sa poche de chemise, d’où il peut le sortir en moins de deux pour offrir sa tour­née. Extraordinaire !

Les présidents américains

Désor­mais le but est de rendre hommage d’un seul coup à tous les prési­dents des États-Unis , qu’ils aient été bons ou mauvais . Je trouve plutôt sympa de tirer de l’oubli les prési­dents les plus obscurs , en parti­cu­lier des gens comme Grover Cleve­land, qui, dit-on , avait l’habitude inté­res­sante de se soula­ger par la fenêtre de son bureau ou Zachary Taylor, qui n’a jamais voté de sa vie, pas même pour lui.

L « absurde

Dans le même genre, j’ai lu que les fabri­cants d’ordinateurs envi­sa­geaient de réécrire certains messages tels que « frap­per la touche de votre choix » parce que de nombreux utili­sa­teurs les appellent pour signa­ler qu’il n’existe pas de touche « de votre choix » sur leur clavier.

Les devises des états sont souvent inscrites sur les plaques d’immatriculation

Le New Hamp­shire possède la devise la plus dingue , quelque chose de très étrange et martial : » vivre libre ou mourir » . Vous direz sans doute que je prends les choses trop à la lettre mais, fran­che­ment , je n’aime pas rouler en affir­mant noir sur blanc souhai­ter trépas­ser si on ne me laisse pas faire ce que je veux . Je préfé­re­rais quelque chose de plus vague et de moins défi­ni­tif , du style » vivre libre ou bouder », ou même « Vivre libre si ça ne vous dérange pas merci beaucoup »

Les Américains et la marche à pied

L’autre jour. Une de nos amies s’est plainte de la diffi­culté à trou­ver une place de parking devant notre gymnase local. Elle s’y rend plusieurs fois par semaine pour utili­ser leur step­peur . La salle de sports est à 6 minutes à pied de chez elle. Je lui ai demandé pour­quoi elle n’y allait pas à pied juste­ment , rédui­sant ainsi de six minutes son exer­cice sur le step­peur . Elle m’a regardé comme si j’étais un débile mental avant de m expli­quer : « mais j’ai un programme infor­ma­tisé . Mon step­peur enre­gistre la distance et la vitesse : ça me permet de modi­fier le niveau de difficulté. »
Effec­ti­ve­ment , je dois admettre que la nature comporte de graves lacunes à cet égard.

La police américaine

Meilleure encore, à mon avis est l’histoire de ces shérifs adjoints de Milwau­kee envoyés à l’aéroport de pour entraî­ner des chiens à la chasse aux explo­sifs. Les poli­ciers ont caché un paquet de deux kilos et demi de vrais explo­sifs quelque part dans l’aéroport. Et puis – j’adore ce détail- ils ont oublié où. Inutile de vous dire que les chiens n’ont rien trouvé. Cela s’est passé il y a quatre mois et ils cherchent toujours. C’est la deuxième fois que les services du shérif de Milwau­kee réus­sissent à perdre des explo­sifs dans un aéroport.

L’humour sur le risque

Un jour il y a quelques années de cela, mon frère s’est arrêté pour ache­ter un billet de lote­rie (chance de gagner : 1 sur 12 millions) et a repris le volant sans atta­cher sa cein­ture (chance d’avoir un acci­dent grave dans l’année : 1 sur 40). Quand je lui ai fait remar­quer l’absurdité de son compor­te­ment, il m’a regardé avant de me lancer
- Et quelles sont les chances , à ton avis, pour que je te dépose à huit kilo­mètres de chez toi ?
Depuis , je garde mes commen­taires pour moi. C’est moins risqué.

La sécurité en avion

Dans toute l’histoire de la navi­ga­tion aérienne , pas une seule vie humaine n’a été sauvée par une distri­bu­tion de gilets de sauve­tage. Ce qui me fascine tout parti­cu­liè­re­ment, c’est le petit sifflet qui équipe chaque gilet. Je me vois tout à fait en train de plon­ger vers l’océan à 2000 kilo­mètres à l’heure en me disant : heureu­se­ment, Dieu soit loué, j’ai mon petit sifflet !

Fait divers

Au Texas , un voleur poten­tiel s’est masqué pour pouvoir braquer une épice­rie. Mais il a oublié d’ôter le badge de sa poche de chemise, ce qui a permis à douze personnes de rele­ver son nom, son prénom et l’identité de son employeur.

Son père, un peu radin

Mon père a été la dernière personne du Middle West à instal­ler un clima­ti­seur. » C’est contre nature » disait-il. De toute façon , tout ce qui coûtait plus de tente dollars lui semblait toujours » contre nature ».

Les ordinateurs

Et puis j’ai fini par comprendre qu’un ordi­na­teur était une machine stupide capable de faire des choses incroya­ble­ment intel­li­gentes tandis qu’un infor­ma­ti­cien était un être incroya­ble­ment intel­li­gent capable de choses incroya­ble­ment stupides , et que la rencontre des deux formait un couple parfait mais poten­tiel­le­ment dangereux.

On en parle

Dasola à qui je dois ce livre et que je remer­cie du fond du cœur et Keisha comme Domi­nique me l’a suggéré.