Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard. Il a reçu un coup de coeur. 

J’ai rare­ment eu un plai­sir aussi fort en lecture. Je suis bien dans la langue de cet auteur et avec ses person­nages. Je pense aussi qu’une partie de mon bien être vient du contre­point qu’il apporte à la période que nous vivons en ce moment où tant de gens venant de ces mêmes régions reprennent le chemin de l’exil. En lisant la prose de Raphaël Constant, j’ai ressenti un immense espoir. Espoir que les hommes quelles que soient leurs origines, leur couleur de peau, leur langue, leur reli­gion, puissent vivre ensemble et façonnent grâce à leurs éner­gies venant du monde entier une région de notre planète. Je ne savais pas que dès 1920 les « levan­tins », c’est à dire les Syriens et les Irakiens chré­tiens ou musul­mans, avaient fui une région touchée par la misère.

Une rue, de Fort de France, porte le surnom de la rue des Syriens, c’est la plus commer­çante et c’est là que le person­nage dont nous suivons le destin, Wadi, va s’installer et faire fortune. Il aura aupa­ra­vant quitté son père et sa mère qui vivent en Syrie à Hala­biyah (lieu qui vient de connaître une nouvelle destruc­tion et sans doute un nouvel exode). Dès son arri­vée il aura la chance de tomber sous la coupe de Fanotte une femme noire qui va lui appor­ter l’amour physique mais aussi les langues de ce pays : le créole et le fran­çais. Grâce à elle et à son incroyable éner­gie, il va réus­sir à s’installer et vivre bien en Marti­nique, sans jamais oublier sa mère à qui il doit ses yeux verts, il la sait malheu­reuse au pays car elle est la première épouse de son père à qui elle n’a pu donner qu’un fils qui est si loin d’elle.

Le livre croise plusieurs destins, ceux des Syriens qui ont habité cette rue. J’ai été très sensible à la vie de Bachar le cousin de Wadi, il s’est fait chré­tien par amour d’une jolie indienne. Le person­nage que j’ai préféré c’est Fanotte, son intel­li­gence et son éner­gie sont les fils conduc­teurs de ce roman. Elle saura accep­ter la légi­time épouse de son Wadi sans rien perdre de sa superbe : quelle femme ! J’ai aimé entendre toutes ses langues, même si bien sûr il faut les traduc­tions pour que je comprenne le créole, à l’image de ce peuple bigarré les langues sont des marqueurs sociaux très forts mais cela ne les empêche pas de vivre ensemble et de réus­sir à faire une commu­nauté. Ce n’est pas non plus une image idyl­lique qui se dégage de ce livre, non c’est une société dure, raciste et impla­cable pour les faibles mais on sent que la vie est toujours prête à repartir .

Citations

La Syrie après l’empire Ottoman

Là encore, mon père se distin­guait parmi les villa­geois de Hala­biyah, qui consi­dé­raient les chré­tiens d’Europe comme des sauveurs parce qu’ils avaient jeté bas l’Empire otto­man. il aimait à se procla­mer, à la grande irri­ta­tion de certains, Arabe d’abord, Syrien ensuite et enfin sujet de la sublime porte. A l’entendre, cette dernière avait toujours respecté les peuples qu’elle avait conquis, y compris en Europe même, dans une région qu’il dési­gna comme étant les Balkans. Chaque région jouis­sait d’une large auto­no­mie et pour peu qu’elle ne rechi­gnât point à payer l’impôt que levait annuel­le­ment Istan­bul, elle pouvait se déve­lop­per en toute tranquillité.

Femme en Martinique

Naître femelle, dans ce pays-là est une sacrée déveine. Non seule­ment on doit se débattre avec la misère qui ne vous lâche pas d’un pas, mais on doit aussi suppor­ter la scélé­ra­tesse des hommes. Qu’ils emmiellent avec du beau fran­çais appris par cœur ou vous séduisent avec du créole grosso-modo, le résul­tat est égal : vous vous retrou­vez à pleu­rer toute l’eau de votre corps sur le pas de votre case déser­tée. Vous avez beau année après année, tenter de vous faire une raison, rien n’y fait ! à chaque fois, vous retom­bez dans le même piège, mais avec un gros ventre qui augmen­tera le nombre de vos marmailles.

Le nom des exilés

Il y eut donc les Habib, les Jaar, les Mans­sour, les Bachar, les Abdul­lah, les Yacoub, les Ben Amar­tya, souvent des prénoms que l’administration fran­çaise, par igno­rance, inscri­vait comme patro­nymes. Trop heureux d’avoir atteint les rives de cette terre promise qu’était l’Amérique, les venus du Levant se gardaient bien de protes­ter. Ils comp­taient bien mener une nouvelle vie et si le prix à payer n’était que cela, ce n’était pas si grave.

Le style, trois exemples

- Entre le Levant et la Marti­nique, le cour­rier prenait ses aises.
- Que son patron se fût laissé aller à lui mignon­ner l’arrière train, encore moins à exiger qu’elle lui ouvrit son devant.
- Depuis qu’elle suivait l’école du soir, son parler était devenu trop inti­mi­dant pour qu’on puisse lui tenir tête, mais d’autres atten­daient leur heure. L’aller lui appar­tient, maugréaient-elles, mais le retour sera nôtre. Patience !

Dicton arabe

Tu es maître des paroles que tu n’as pas pronon­cées ; tu es l’esclave de celles que tu as lais­sées échapper

Que j’aime ce passage…

Décou­vrir que derrière l’étalage de nos rites, l’affirmation têtue de nos croyances, l’entre choc de nos langues et de nos rêves, il n’y avait, dans le fond, qu’une seule et même soif, ne fut pas un mince étonnement.
Soif de tenir tête aux chien­ne­ries de l’existence.
Soif de comprendre le pour­quoi de celle-ci puisque Dieu semble avoir déserté le monde et que de faux prophètes parlent à Sa place.

L’adaptation en Martinique

Wadi n’avait pas fini d’apprendre dans cette Amérique Marti­nique où en quatre-vingt ans il avait vécu cent fois plus de choses extra­or­di­naires qu’en dix-sept ans de vie en Syrie. Là-bas , la vie était régle­men­tée depuis us de mille ans, chaque acte était codi­fiée , chaque parole pesée et soupe­sée grâce au livre sacré et au hadith, ces faits et gestes du Prophète que des géné­ra­tions et des géné­ra­tions avaient pieu­se­ment consi­gnés. Ici à l’inverse, régnaient le préci­pité, l’improvise, le sauve-qui-peut, l’indifférence au Lende­main, la soif de profi­ter de chaque instant, le tout enve­loppé dans une criaille­rie perma­nente. Comme si les Créoles avaient peur du silence.

Le créole si on le dit à voie haute on peut presque le comprendre

Mandé’y non ! : eh ben pose lui la question

et avec l’intonation

La ! La ! La peut bien vouloir dire : Non ! Non ! Non…

Lu grâce au club de lecture de la média­thèque de Dinard.


Fran­çois Garde ne m’en voudra certai­ne­ment pas que l’alto prenne plus de place que son roman sur ma photo. Lui qui a donné vie dans « L’effroi » à un Sébas­tien Armant, altiste à l’opéra de Paris qui « aurait tant aimé ne nous parler que de musique ». Malheu­reu­se­ment, le geste horrible, crimi­nel, d’un chef d’orchestre très en vue fait bascu­ler sa vie. Voici le début d’une d’une vraie tragédie :

L’archet levé, j’attendais le signal ;

Soudain le chef se redressa. Il prit une longue inspi­ra­tion, se figea dans un impec­cable garde-à-vous. Le public ne se rendit compte de rien, et pour nous ce chan­ge­ment de posture ne produi­sit qu’un vague senti­ment d’alerte.

Lente­ment, il leva le bras droit, main tendue vers le rideau de la scène, et, de sa belle voix de bary­ton, s’exclama avec force et solennité :

« Heil Hitler ! »

Sébas­tien Armant, saisi d’effroi, va se lever et sortir, entraî­nant derrière lui tout l’orchestre, la répro­ba­tion du geste du chef est telle que cela devient « le » scan­dale média­tique qu’il faut à tout prix exploi­ter pour des raisons poli­tiques et de pouvoir. Notre altiste va deve­nir un objet aux mains des spécia­listes de la commu­ni­ca­tion et peu à peu perdre pied et ne plus très bien savoir comment diri­ger sa vie. Le récit est bien mené et nous retrou­vons les travers de notre société dans la descrip­tion de la chute program­mée d’un homme simple­ment coura­geux. Le lecteur sait, bien avant lui, que Sébas­tien Armant n’aurait jamais dû fréquen­ter les fameux « plateaux » télé, que c’est un monde prêt à dévo­rer de l’émotion sur le dos de ceux qui peuvent encore en exprimer.

Sa pein­ture du monde poli­tique avec sa cohorte de conseillers en image, en commu­ni­ca­tion, en revue de presse est criant de vérité. Oui, c’est bien dommage que cela se fasse sur le dos de la musique mais, au moins, il peut se rassu­rer, la musique restera toujours cet art exigeant qui demande à ses servi­teurs de travailler tous les jours (ou presque) six heures, pour arri­ver à un résul­tat qui leur donne du plai­sir et nous en donne tant. C’est l’amie proprié­taire de l’alto de cette photo qui m’a fait décou­vrir cette réalité, et aucun conseiller ne pourra jamais faire l’économie de ce travail exigeant pour abou­tir au feu d’artifice que repré­sente un concert réussi. Il peut se compa­rer au travail de l’écrivain qui polit sa langue pour permettre au lecteur de rentrer au plus profond du récit et de parta­ger les doutes et les espoirs de l’écrivain comme le fait si bien Fran­çois Garde.

Citations

le directeur de l’Opéra

Jean-Pierre Chomé­rac, le président du conseil d’administration de l’Opér, me surprit. Chomé­rac avait pris ses fonc­tions six mois plus tôt. Il devait ce poste à une ancienne et indé­fec­tible amitié avec le président de la Répu­blique. (…) Sous sa protec­tion, il avait été nommé succes­si­ve­ment inspec­teur géné­ral de l’agriculture, préfet de l’Yonne, ambas­sa­deur au Portu­gal. Il ne dissi­mu­lait pas la minceur de ses compé­tence, et y suppléait par un sens poli­tique avisé et sa propen­sion à se saisir des sujets à la mode et à faire parler de lui. (…)Nos délé­gués syndi­caux murmu­raient qu’il n’avait pas encore décou­vert que dans un opéra on faisait de la musique.

Vous savez président de l’Opéra n’est qu’un lot de conso­la­tion en atten­dant mieux.

Ceux qui nous gouvernent

Je le remer­ciai en prenant la carte qu’il me tendait. Des assis­tants vinrent à nouveau papillon­ner autour de nous. Le conseiller du ministre en profita pour se glis­ser à côté de moi et murmurer :

- Il distri­bue ses cartes de visite comme s’il était encore député-maire. Bien évidem­ment, c’est nous qui vous contac­te­rons le moment venu.

Les médias

Les médias sont comme un monstre insa­tiable, il faut lui donner à manger de temps en temps, sinon il peut vous dévo­rer tout cru.

Vie et mort des scandales dans les médias

Les chaînes d’information en continu se régalent. Avant-hier les révé­la­tions d’un obscur atta­ché parle­men­taire ; hier les expli­ca­tions contour­nés du ministre du Budget ; ce matin les bons mots assas­sins d’un jeune loup de l’opposition. Dans notre affaire, il ne se passe rien de nouveau, il ne peut rien se passer d’inédit. Les jour­na­listes me solli­citent moins pour vous rencon­trer. Mon cher Sébas­tien, il faut s’y résoudre : le bouquet que nous propo­sons à la vente depuis deux semaines commence à se faner, et les amateurs veulent des fleurs fraîches.

Le musicien d’orchestre

Rien ne peut égaler l’honnêteté du musi­cien, L’honnêteté sans fard et sans tache du travail du musi­cien, seul respon­sable d’avoir bien appri­voisé son instru­ment, bien lu la parti­tion, bien écouté ses collègues, bien suivi les consignes. Lui seul – et chacun dans l’ensemble- doit se glori­fier modes­te­ment de donner vie aux construc­tions invi­sibles élabo­rées par les maîtres du passé. 

Phrase que j’aime

Comme des rochers fendant une mer calme, ou des sommets émer­geant des nuages. Mais les écueils ne disent rien du métier de pêcheur, ni les montagnes ne se réduisent à leurs extrémités.

SONY DSCTraduit de l’anglais (SriLanka) par Esther Ménévis.
Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

2
J’aurais tant voulu appré­cier ce roman qui raconte tout ce qui rend notre actua­lité si diffi­cile à suppor­ter : Ben, jeune méde­cin tamoul, tout juste diplômé est obligé de fuir son pays, il rencontre en Grande Bretagne une femme qui va l’aimer mais leur histoire sera tragique . Le roman donne d’abord le point de vue de Ria, poétesse anglaise vivant isolée dans une maison au bord de la mer. Puis celui d’Anula, la mère de Ben, puis de Lydia l’enfant de Ria et de Ben. Tout est très sombre, car Ria est encom­brée par une histoire fami­liale très lourde, la dispa­ri­tion de son père l’a enfer­mée dans un silence hostile et a complè­te­ment perturbé son frère.

Je n’ai pas vrai­ment accro­ché au roman, car je trouve que l’auteur mélange trop les histoires d’amour impos­sibles avec la réalité tragiques des réfu­giés sans statut. Je ne comprends pas non plus pour­quoi Ria ne coupe pas plus les ponts avec son frère destruc­teur qui appar­tient à des mouve­ments d’extrême droite. C’est vrai­ment confus au début et c’est pénible de voir un person­nage entouré de person­nages unique­ment néga­tifs. Il y a quand même son voisin, Eric, mais qui lui aussi est marqué par la mort , j’ai eu beau­coup de mal à croire à sa rela­tion avec Anula la mère de Ben. Tout en rédi­geant ce billet, je me rends compte qu’en réalité les person­nages m’ont prodi­gieu­se­ment agacée. Faire de l’amour un remède au deuil, me semble bizarre . Mais ce roman a au moins un mérite : remettre en mémoire le sort tragique des popu­la­tions tamoules prises entre deux feux , celui des indé­pen­dan­tistes et celui de la terrible répres­sion de l’armée sri-lankaise . Et au-delà du cas du Sri-Lanka nous faire comprendre ce que ça veut dire, de tout quit­ter pour sauver sa peau.

Citation

l’horreur de l’exil

L’obscurité qui régnait dans le camion avait aboli toute possi­bi­lité de penser à autre chose que respi­rer. Elle avait effacé jusqu’au souve­nir de la peine qu’il avait éprou­vée en aper­ce­vant le visage de sa mère pour la dernière fois ; et c’est ainsi qu’il avait voyagé, à travers des terres sans fin, avec le senti­ment toujours plus fort de son insi­gni­fiance et de sa propre morta­lité. Comme le nageur qu’il était, il s’était éloi­gné de la rive, encore et encore, jusqu’à ce qu’arrive le moment où il avait compris ce que l’on enten­dait par « point de non retour ».

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J’ai beau­coup appré­cié « le cas Einstein  » le précé­dent roman de cet auteur. J’ai reçu celui-ci en cadeau et je l’ai lu avec grand plai­sir. J’ai aimé sa construc­tion, la vie de Léna Kotev, serait incom­pré­hen­sible sans l’évocation de tous les morts de méde­cins juifs qui peuplent son histoire. L’alternance des chapitres assez courts, permet de suppor­ter la lecture des violences anti­sé­mites. Le fait de retrou­ver Léna, dans sa vie de femme chef de service en cancé­ro­lo­gie dans un grand hôpi­tal pari­sien en 2015, me permet­tait de reprendre ma respi­ra­tion. Car du souffle, il en faut pour suppor­ter la descrip­tion des pogroms de Ludi­chev en 1904, puis la folie des Nazis à Berlin en 1934, puis a Nice en 1943, et enfin à Moscou en 1953, la folie anti­sé­mite des commu­nistes staliniens.

J’ai aimé égale­ment que le roman soit ellip­tique et fasse l’impasse sur les détails des connexions de tous les person­nages. On a l’impression de n’avoir que les temps forts de cette histoire dont on peut imagi­ner les passages non écrits. Quand on referme ce roman après la page 296, comme l’histoire se déroule de 1904 à 2015, on a l’impression d’avoir lu des milliers de pages.

Si j’ai mis ce livre dans une biblio­thèque, c’est que le père de Léna, Tobias, est un fou amou­reux des livres, qui ont une grande impor­tance tout le long du roman. Laurent Seksik, méde­cin, écri­vain et histo­rien, parle d’une façon très riche de l’être humain. Celui qui souffre dans son corps, comme celui qui souffre dans son âme. Ses person­nages traversent diffé­rentes périodes de l’histoire, et on vit inten­sé­ment chaque moment car il a su rendre réels les événe­ments dont il parle. Les pogroms de Ludi­chev sont une pure horreur dont je n’avais pas vrai­ment pris conscience. La nuit de Cris­tal, la persé­cu­tion Nazie en France, le procès des méde­cins juifs sous Staline tout cela est plus présent dans la litté­ra­ture comme dans notre mémoire collec­tive. Mais on doit au talent de Laurent Seksik de savoir nous en parler avec un nouvel éclai­rage et sans aucune lour­deur. Chaque person­nage est habité par une foi indes­truc­tible d’abord dans la foi juive dans la vieille russie, puis dans le progrès scien­ti­fique à Berlin et enfin dans l’humanité en 2015. C’est vrai­ment un roman superbe : quelle leçon de vie !

Citations

Réflexion du médecin le soir chez lui, jolie phrase

Son cerveau était un dispen­saire à l’heure où les douleurs languissent.

Description de la vérole

Pavel n’avait pas été alerté par la petite écor­chure sur le pénis que présen­tait son patient. Le chancre avait rapi­de­ment disparu, la mala­die s’était éclip­sée. La vérole était reve­nue de longs mois plus tard, sous d’autres masques, plaques rosées sur la peau, gorge enrouée puis, lente­ment, le mal avait ravagé chaque partie du corps, de la plante des pieds au cuir chevelu, jusqu’à pour­rir les chairs, briser les os, boucher les artères, broyer le visage, rendre taré, débile, estro­pié, tordu ; les tour­ments de la peste et du choléra réunis dans une lenteur program­mée. À la fin, le mal avait mordu le cœur, liqué­fié l’encéphale. La mort seule mettrait un terme au supplice.

Condition juive du temps des pogroms, débats à l’infini sur la théologie

Dans le doute, chacun faisait à sa manière. Trois ou quatre heures ? Cette seule ques­tion résu­mait aux yeux de Pavel toute la condi­tion juive, une inter­ro­ga­tion perma­nente, un ques­tion­ne­ment de tous les instants, un inter­mi­nable, déri­soire et splen­dide voyage dans un infini et vain champ de réflexion.

La vérité est dans les romans

Moi, je me moque de la stricte vérité. Si je veux le vrai, je lis le jour­nal. Si je veux de l’intelligence, je lis la philo­so­phie. Mais la vérité de l’homme – qui n’a rien à voir, j’en conviens, avec la vérité des faits- est dans l’émotion. Je la trouve dans les romans. 

La plainte d’un hypocondriaque

Tu ne prends pas ma souf­france au sérieux. Personne n’a jamais pris ma souf­france au sérieux de toute façon. C’est à déses­pé­rer de souffrir.

Le communisme

Cama­rade Kotev, n’attends rien non plus de notre huma­nité. La compas­sion est au pouvoir commu­niste ce que l’autoritarisme est à la démocratie.

Citation du journal L’humanité de 1953

Un groupe de méde­cins terro­ristes vient d’être décou­vert en Union sovié­tique : ils ont été démas­qués commis des agents des services de rensei­gne­ment améri­cains, certains d’entre eux avaient été recru­tés par l’intermédiaire du Joint, orga­ni­sa­tion sioniste internationale.
Les méde­cins fran­çais estiment qu’un très grand service a été rendu à la causé de la paix par la mise hors d’état de nuire de ce groupe de criminels…

SONY DSCTraduit de l’anglais par Sido­nie van den DRIES.

3
C’est l’article de Cuné qui m’a donné envie de lire ce roman graphique. Je fais de sérieux efforts pour ne pas rester ignare au sujet des BD et autres formes dessi­nées de litté­ra­ture. Je ne cache pas ma décep­tion, je n’ai ressenti aucune émotion à la lecture d’Elmer. Mais si vous lisez ce billet sachez que je suis une grande néophyte en matière de BD, si j’ose écrire un billet c’est que, juste­ment, quand cela me plaît, cela veut dire que le public peut être plus large que d’habitude.

Ici, l’histoire est éton­nante (mais pas tant que ça !) les poulets ont acquis depuis peu le statut d’humain. C’est un arti­fice maintes fois utilisé : et si on renver­sait un peu la domi­na­tion habi­tuelle sur terre ? et si les animaux avaient le droit d’exprimer ce qu’ils ressentent à notre égard ?

On voit alors deux compor­te­ments se mettre en place :

  • L’intolérance abso­lue pour tout ce qui est différence.
  • La façon abjecte dont les hommes traitent les animaux dont ils se nourrissent.

C’est une fable bien racon­tée et on se laisse embar­quer dans l’histoire, je n’ai pas été sensible aux dessins trop fouillis et répé­ti­tifs à mon goût. Mais, comme Cuné, j’ai bien aimé la façon dont Gerry Alan­gui­lan présente son livre dans l’introduction.

Citation

Voici comment il présente sa BD

Merci d’avoir pris cette bande dessi­née. Que vous l’ayez ache­tée ou emprun­tée à quelqu’un, merci de me donner l’opportunité de parta­ger mes histoires . C’est ce que j’ai toujours voulu faire depuis que je suis enfant. Quand j’ai tenu un crayon pour la première fois, cela signi­fiait plus que simple­ment dessi­ner. J’allais pouvoir racon­ter des histoires au monde entier…

J’imagine que je serai très heureux en novembre quand ce livre paraî­tra. ce moment repré­sente en quelque sorte le point culmi­nant de mes rêves d’enfant, quand je voulais parta­ger mes histoires avec le monde entier. A l’époque, c’était un rêve, mais main­te­nant il est sur le point de deve­nir réalité. Mon moi de 42 ans ne peut pas y croire, mais celui de 7 ans aurait simple­ment dit : « Mais bien sûr ! ».

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Nico­las Richard.

5Atten­tion, chef d’œuvre ! Ne soyez pas rebuté par les 760 pages, ni par les réfé­rences aux tech­niques musi­cales, ni par les expli­ca­tions sur la rela­ti­vité. Vous serez emporté par ce roman, vous compren­drez ce que le racisme repré­sente de violence,de souf­france et d’humiliation pour toute une nation. Vous reli­rez l’histoire des Etats-Unis à la lumière des crimes raciaux et des émeutes qui finirent par en découler.

L’histoire de cette famille est boule­ver­sante, j’ai passé de longues heures avec Délia, David, Jonah, Joseph et Ruth Strom, en espé­rant que les idéaux des parents, et la musique puissent triom­pher de la haine ! Seul reproche : j’aurais aimé avoir des notes en bas de page mon incul­ture améri­caine m’a obli­gée à consul­ter très souvent Wiki­pé­dia : je ne connais­sais pas o’fay,Ashan, Movie­tone, Sol Hurok , FRA etc.

Merci Fran­çoise de m’avoir offert ce cadeau qui a enchanté le début du mois de septembre 2009.

Citations

Les trois-quarts de tous les Noirs améri­cains ont du sang blanc – et la plupart d’entre eux ne l’ont pas choisi.

« Votre temps est plus lent que le mien. Le mien est plus lent que le vôtre. La raison en perd la raison.
– Oui ! » L’homme s’esclaffe. « Ça aussi c’est vrai ! Mais seule­ment parce que notre raison a été créée à des vitesses plus lentes. »

Lors de ces pénibles après-midi où Jonah et moi sommes bannis de la maison ……Nous restons allon­gés jusqu’au jour où nos cama­rades recréent la chute de Berlin en nous incen­diant. Après cela, pendant long­temps, nous avons eu le droit de rester à la maison.

Était-il possible qu’il exis­tât des Blancs qui, fina­le­ment, ne la détestent pas d’emblée pour l’impossible pardon qu’ils atten­daient d’elle ?

L’oiseau peut aimer le pois­son unique­ment pour l’étonnement qu’ils éprouvent en filant de concert vers l’inconnu.

La plupart des audi­teurs ignorent combien il est plus diffi­cile d’effleurer un son plutôt que de le marte­ler. Un démar­rage sur les chapeaux de roue fera toujours plus d’effet, sur scène, qu’un légato, plus diffi­cile à tenir.

Elle aime­rait marcher dans la rue avec son mari sans avoir à jouer la domes­tique. Elle aime­rait pouvoir lui prendre le bras en public. Elle aime­rait qu’ils puissent aller au cinéma ensemble, ou aller dîner quelque part, sans se faire expul­ser comme des malo­trus. Elle aime­rait pouvoir asseoir son bébé sur ses épaules, l’emmener faire les courses sans que pour autant tout le maga­sin en soit pétri­fié. Elle aime­rait pouvoir rentrer à la maison sans être couverte de venin. Cela n’arrivera pas de son vivant. Mais il faudra bien que cela se produise du vivant de son fils. La rage l’agrippe chaque fois qu’elle quitte la maison. Il n’y a que l’instinct mater­nel pour conte­nir cette rage.