SONY DSCTraduit de l’an­glais par Marie-Hélène SABARD.

4Lu grâce aux conseils d’Elec­tra tombée du ciel, j’au­rais pu reco­pier son article car elle en parle très bien. Je l’ai lu rapi­de­ment en deux soirées et une mati­née de farniente. Je me demande bien pour­quoi ce roman est dans la caté­go­rie « Ados », sinon parce que c’est un adoles­cent qui s’ex­prime, mais même les gens âgés peuvent être sensibles à la voix d’un jeune. Pour le cinéma, il n’y a pas ces diffé­rences, et les adultes vont souvent voir des films dont les héros sont des enfants ou des jeunes. Je rajoute que l’ado que je connais le mieux et qui est un très bon lecteur, préfère les romans de science-fiction à ce genre de livres trop réalistes pour lui. J’ai aimé la voix de Luke encore enfant mais si respon­sable qui essaie de survivre au deuil de sa mère. Tout pour­rait être horrible pour lui, s’il n’avait pas le dessin pour le conso­ler de beau­coup de choses. De tout ? Non, pas de la bêtise et de la cruauté des enfants de son âge.

Luke et Jon doivent affron­ter les violences de la vie. Jon n’a que son amitié pour Luke, Luke lui a un père mais qui, au début du roman, est telle­ment ravagé par la mort de sa femme qu’il est inca­pable d’ai­der son fils. Ensemble, ces trois bles­sés de la vie arri­ve­ront, sans doute, à repous­ser les limites de la douleur et à se faire une vie avec des moments heureux. Aucun person­nage n’est d’une pièce et même Luke s’en veut de certaines de ses conduites , mais c’est très agréable de lire un roman où des êtres faibles s’unissent pour trou­ver des forces. Tout est en mi teinte, et même les employés des services sociaux ne sont pas cari­ca­tu­rés. La mala­die mentale de la maman (elle est bipo­laire), l’alcoolisme déses­péré du père : deux énormes fardeaux qui ne terrassent pas complè­te­ment Luke, il reprend confiance quand il voit son père se remettre à la sculp­ture, sans doute la créa­tion artis­tique réunit le père et le fils. Le style est agréable, simple bien sûr, car c’est un ado qui se confie, la construc­tion du roman est habile car l’au­teur distille peu à peu les dures réalité auxquelles Luke est confronté.

Citations

La peinture

Ça aidait de peindre. Si je regar­dais en arrière je vois que, même du vivant de maman, je peignais plus quand ça allait mal. quand les nuages s’amoncelaient sur elle et qu’elle commen­çait à partir en vrille, je peignais. Pendant l’orage – les longues et sombres jour­nées de silence où elle s’en­fer­mait dans sa chambre‑, je peignais. Je dessi­nais et je peignais aussi quand elle allait mieux, quand tout était stable et calme, mais j’étais moins concen­tré. Ça ne drai­nait pas toute mon éner­gie, ça n’ab­sor­bait pas toutes mes pensées comme d’autres fois. Et, pour tout dire, eh bien, le tableau n’était pas si bon. il manquait de tension, j’ima­gine.

La violence des ados

C’étaient des frappes chirur­gi­cales. Elles se produi­saient dans les coins sombres, les couloirs tran­quilles. Toujours quand il n’y avait personne aux alen­tours. Et toujours elles se concluaient par un crachat dans la figure. Jon disait qu’ils n’employaient jamais le couteau, mais à deux ou trois reprises on le lui avait montré. Juste pour qu’il sache : voilà ce qui t’ar­rive ; et voilà ce qui pour­rait t’ar­ri­ver.

La complicité des adultes

Des gosses criaient : « Bâtard ! » quand ils le croi­saient dans le couloir. Et je voyais des profs sourire, ils étaient au courant de la blague, une petite rigo­lade, pas de bobo ; mais si ça arri­vait quand ils étaient là, à leur avis ils se passait quoi quand ils n’étaient pas là ?

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3L’avan­tage de prendre une année de plus ce n’est pas d’en avoir une de moins à vivre, évidem­ment, mais c’est de rece­voir des livres qui ont plu à vos proches. Je ne connais­sais pas cet auteur, je suis ravie de l’avoir décou­vert. Je l’ai lu dans le train Saint Malo-Paris, et le plus gros reproche que je puisse faire, c’est qu’il ne m’a permis d’al­ler que jusqu’à Vitré.

Problème pour vous présen­ter ce roman sans le « divul­ga­cher » car tout est dans le suspens, j’ima­gine vos cris d’hor­reur si je vous raconte un tant soit peu cette histoire. Le début : un certain William, promet à son meilleur ami qui va mourir de retrou­ver sa fille Mathilde, celle-ci a été en hôpi­tal psychia­trique et a eu un enfant qu’elle n’a plus le droit de voir. J’ai donc pensé à un roman sur la misère sociale et sur le dévoue­ment d’un homme fidèle à ses promesses. J’ai eu tout faux et je suis partie dans l’ima­gi­naire de cet écri­vain grin­çant et irres­pec­tueux en espé­rant que l’his­toire se termine bien.

Voilà, je n’ai rien dévoilé, je vais utili­ser les procé­dés de Krol : lisez-le, puisque je n’ai pas pu l’aban­don­ner, si vous avez deux heures à passer dans les trans­ports, vous oublie­rez tout.

Citations

Un indice donné au début du roman

Le nom du syndi­cat m’est revenu à l’es­prit. J’avais aperçu une affiche dans le bureau du person­nel lors de mon renvoi, pour faute grave et escro­que­rie, des établis­se­ments Verne­rey

Une mère qui a du mal avec le principe de réalité

C’est complè­te­ment idiot de voler une paire de lunettes de soleil. Imagine ! Mathilde ! Tu veux te retrou­ver au poste de police ? En train d’ex­pli­quer ton inten­tion de revoir ton fils contre la déci­sion du juge ! ? Mais Mathilde ne voyait pas le rapport entre ces lunettes et son fils.

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Traduit de l’an­glais (améri­cain) par Isabelle MAILLET.

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J’avais noté ce titre car « Wiscon­sin » est un mot qui résonne en moi : j’ai pendant toute ma carrière ensei­gné le fran­çais aux étudiants de Beloit College, petite univer­sité de cet état lors de leur semestre en immer­sion en France. De plus, Clara Brize et bien d’autres m’avaient fait noter ce titre, que j’ai ensuite oublié.

C’est un roman à plusieurs voix, chaque prota­go­niste du roman a, un moment, la parole. L’axe prin­ci­pal, c’est la violence perverse d’un père de famille John Lucas. Mais pour nous amener à suppor­ter l’hor­reur dévoi­lée à petite dose, Mary Relindes Ellis remonte dans le passé des person­nages et peu à peu le lecteur a l’im­pres­sion de comprendre et d’évo­luer dans une société dont il connaît les règles et les soubas­se­ments.

Tout commence par un père alle­mand, violent et alcoo­lique qui n’a su trans­mettre que des messages de construc­tion d’une person­na­lité mascu­line mépri­sant la femme et cher­chant à tout prix à s’af­fir­mer par la force. Son fils commence sa vie d’homme par un énorme mensonge qui brise à jamais son estime de lui-même, tous ceux qu’il pourra faire souf­frir paie­ront très cher d’avoir croisé sa route. Les deux fils de John préfèrent fuir chez leur voisin, chez qui l’amour et le respect de la vie sont de vraies valeurs. La femme et la mère de ces enfants, Claire Lucas a eu pour son malheur une éduca­tion catho­lique rigou­reuse qui en gros lui disait « supporte ma fille, ton bonheur est dans l’au delà », elle ne saura pas proté­ger ses enfants qu’elle aimait d’un amour sincère. Jimmy l’ainé, partira faire la guerre au Viet­nam et Bill restera dans cette famille, lieu de souf­france abso­lue. Heureu­se­ment pour lui, il y a la nature et sa passion pour les animaux bles­sés qu’il veut sauver et y parvient souvent. Sans « divul­ga­cher » la fin, il est bon de savoir que la famille des voisins, celle d’El­lis et de Rose­mary appor­te­ront l’es­poir dans l’hu­ma­nité.

La force du livre vient de la façon d’écrire de cette auteure, chaque morceau de son récit est comme une petite nouvelle dans un univers qui va mal, elle ne donne pas toutes les clés immé­dia­te­ment mais nous laisse ressen­tir l’at­mo­sphère qui empri­sonne ou qui, au contraire, fait du bien à ses person­nages. Ceux qui savent appré­cier la nature si impor­tante dans cette région du Nord du Wiscon­sin, sont un jour ou l’autre sauvés du déses­poir causé par la cruauté du mâle humain domi­na­teur sans limite quand s’y mêle la perver­sion, y échap­per demande une force que peu d’entre eux sauront trou­ver.

Citations

Une citation qui hantera Ellis toute sa vie

Le prin­temps est la saison des femmes et de la nais­sance. L’au­tomne est la saison des hommes et de la chasse.

Le poids du silence dans les familles

Mieux vaut vivre avec ses bles­sures que mourir étouffé dans sa coquille.

L’image du bonheur dans la famille d’origine allemande qui a forgé le caractère du père violent et sadique

Quand tu seras proprié­taire de ta terre, ce sera toi le patron. Le secret , c’est de la (ta femme ) faire travailler pour toi. Comme ça, t’au­ras plus de liberté. Après, tu pour­ras partir pêcher et chas­ser tout ton saoul ! Tu seras heureux. Tu connaî­tras la Gemüt­li­ch­keit ! avait-il lancé en lui donnant une bonne bour­rade dans le dos.

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John savait que son père ne l’au­rait jamais laissé entrer chez eux s’il n’avait pas été méde­cin, car il était juif.

La perversité

Il a guetté ma réac­tion en se fendant de ce sourire qui ponc­tuait toujours ses tenta­tives pour me faire du mal. Sur un enfant, un tel sourire – mani­fes­tant la joie d’avoir accom­pli un exploit au prix de gros efforts, comme par exemple placer des blocs ronds dans des trous ronds – aurait été touchant ; sur un adulte, il parais­sait sinistre et mena­çant.

La douleur

Moi, j’ai beau­coup pleuré, comme bien des femmes ici. Mais même au plus fort de la douleur, nous gardons toujours espoir. Nous les femmes, nous mani­fes­tons notre chagrin à la manière des loups et des coyotes, hurlant à l’adresse de nos parte­naires et de toute la meute. Quand les hommes pleurent, ils expriment une telle vulné­ra­bi­lité, une telle angoisse, qu’ils semblent presque à l’ago­nie.

La nature

Les feuillages décli­nant toutes les nuances du feu, que les premières tempêtes d’oc­tobre empor­te­rait comme de la fumée. L’éton­nante beauté des branches nues dres­sées vers le ciel, comme si il les avait désha­billé pour les mettre au lit.

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Il aurait fallu si peu de chose pour que ce livre ne soit jamais écrit : que le place­ment de Lyes par l’ASE, qui avait si bien commencé dans une famille aimante prête à l’adop­ter ne quitte la région pari­sienne. Comme il le dit lui même, ces cinq ans de bonheur normal lui ont sans doute forgé des forces pour être debout aujourd’­hui. Ensuite ce sera l’en­fer pour lui d’abord, et lorsque les adultes qui auront à s’oc­cu­per de lui l’au­ront bien écra­bouillé et détruit en lui, toute trace de naïveté de son enfance, ce sera l’en­fer pour tous ceux ou celles qui devront l’ap­pro­cher.

Il veut témoi­gner de ce que sont les foyers où on mélange les enfants de 8 ans avec des jeunes de 17 ans, du peu de surveillance de certaines famille d’ac­cueil, de l’ab­sur­dité des place­ments succes­sifs, l’abus de l’uti­li­sa­tion des médi­ca­ments lors­qu’un enfant est agité et du mal que peut créer le lien avec la mère biolo­gique au détri­ment de l’en­fant. Un argu­ment donné par son réfé­rent de L’ASE pour ne pas le lais­ser dans la famille d’ac­cueil qui voulait abso­lu­ment le garder (et qui a su conser­ver un lien avec lui), c’est que sa mère inter­née en HP ne gardait que ce fil si fragile pour ne pas sombrer dans une démence encore plus grave.

Encore un témoi­gnage impor­tant pour ne pas oublier que dans notre société on est loin de faire tout ce qu’il faut pour des enfants privés de parents respon­sables, c’est dans ce foyer qu’il pren­dra conscience qu’il est « arabe » et j’ai lu son témoi­gnage en pensant aux frères Koua­chi, ils ont connu eux-aussi aussi l’en­fer des foyers, et les éduca­teurs les trou­vaient… « gentils » !

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3
Je dois la lecture de ce livre à Aifelle, qui en parle comme d’une « pépite ». J’ai été touchée, moi aussi, par la sensi­bi­lité de ce « Fifi », petit dernier d’une tribu de paysans chez qui le cœur à l’ou­vrage remplace toutes les vertus dont celle du cœur. Fifi se console avec ses cochons, seuls êtres vivants qui lui donnent un peu de douceur depuis le départ de sa sœur Maryse, celle qui a donc fina­le­ment « passer la rivière ».

Pour­quoi suis-je moins enthou­siaste qu’Ai­felle, je n’aime pas trop les invrai­sem­blances, dans ce récit tota­le­ment intem­po­rel, il est vrai, un jeune adulte est élevé sans aucun lien avec le monde exté­rieur, comment a‑t-il échappé à l’école ? Comment ne sachant pas lire, arrive-t-il à apprendre unique­ment en appre­nant une lettre après l’autre, au bout de 24 séances, il sait donc lire ! ? (Tous les gens qui ont dû faire face à illet­trisme savent que c’est tota­le­ment impos­sible) Comment l’en­quête sur un incen­die alors que celui-ci a trois départs, et cause la mort de trois personnes, ne provoque pas une enquête appro­fon­die ? Une autre invrai­sem­blance est encore plus criante, , mais la dévoi­ler revien­drait à racon­ter la longue et diffi­cile enquête de Fran­çois (Fifi) vers ses origines.

Si on passe au-delà de tout cela, ce court roman est poignant, ce jeune homme sensible est élevé dans un monde de dureté absolu, il veut comprendre qui il est, pour­quoi sa famille se comporte de cette façon, et comment faire pour que ce soit diffé­rent. Il finira bien sûr par passer la rivière lui aussi, comme sa sœur Maryse seule personne à avoir donner un peu d’af­fec­tion au petit gardien des cochons.

Citations

Jolie phrase triste

Je prenais mon balai et mon torchon pour effa­cer le temps qui passe et la pous­sière comme la neige tombée sur tout ce qu’a­vait connu Maryse.

Dureté

Chez nous, on ne pleure pas, ça mouille à l’intérieur, mais au dehors c’est sec.

L’absente

De notre mère pas de photo, juste la taloche quand je posais des ques­tions au père et ses yeux qui regar­daient vers nulle part, le grand silence qui se faisait alors.

La réalité et les livres

Peut-être que les livres ça ment, ça ne cesse de mentir, alors à quoi ça sert de lire pour espé­rer des choses qui n’ar­ri­ve­ront jamais.

Désespoir et lueur d’espoir

S’il y avait une chose impos­sible, c’était bien celle-là. ça je le savais que tu ne sauves personne rapport à Oscar et à Jean-Paul et à tous les autres qu’on aime, qu’on ne peut pas empê­cher de crever comme des mouches qu’on apla­tit avec la main. Je ne savais même pas si on peut se sauver soi-même, mais j’étais prêt à parier que oui.

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Traduit du norvé­gien par Terje SINDING.
Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard
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4
Deux hommes, la cinquan­taine se croisent sur un pont, l’un est au volant d’une très belle voiture et possède tous les signes exté­rieurs de la réus­site sociale, l’autre pêche et semble au bout du rouleau. C’est Tim, et Jim. Ils ont passé leur enfance et leur jeunesse ensemble, à l’époque Jim était destiné à une vie facile et vivait près de sa mère, ces deux là s’ai­maient beau­coup, trop peut-être ? Tim, au contraire, a connu le départ de sa mère et les violences d’un père alcoo­lique qui le frap­pait sans rete­nue, lui et ses sœurs. La rencontre est rapide et rien ne se passe, sauf que tous les deux retrouvent leur passé. Par petites touches, en passant d’un person­nage à un autre, l’au­teur nous présente la vie ordi­naire d’une famille détruite par l’al­cool et la violence pour Tim, et la vie étri­quée chez la mère de Jim écra­sée par le poids de la reli­gion. Il n’y a pas de misé­ra­bi­lisme dans la façon de racon­ter, l’hu­ma­nité norvé­gienne qui est aussi la nôtre et notre époque sont toutes entières dans ce roman. Plutôt du côté de ce qui ne va pas, mais pas seule­ment.

Rien n’est idéa­lisé, ce qui carac­té­rise le carac­tère norvé­gien c’est que la réalité n’est jamais embel­lie, les person­nages préfèrent se noyer dans l’al­cool que s’ou­vrir à autrui. J’ai vrai­ment aimé ce roman, bien qu’il soit déses­pé­rant, j’ai du mal à comprendre égale­ment pour­quoi Jim se laisse ainsi aller vers le néant. Je dois avouer que je me sens très étran­gère à la psycho­lo­gie norvé­gienne, rien n’est complè­te­ment expli­qué, tout est dans le silence. C’est à la fois très fort et telle­ment déran­geant, par exemple, que cher­chait Tya lors­qu’elle a appelé Tim, son fils de 5 ans, pour qu’il sauve le vieux chien de l’eau glacée ? Que l’en­fant se noie ? De tuer le chien ? Et si elle a regretté son geste pour­quoi n’a-t-elle pas sauvé elle-même le vieux chien ? Pour­quoi a‑t-elle appelé son fils qui n’avait pas pied dans cette marre alors qu’elle n’au­rait eu de l’eau que jusqu’à la taille ? Aucune réponse à ces ques­tions et à tant d’autres ? Même la fin est une porte ouverte sur ce qui peut se passer après , Tim sera-t-il heureux ? Jim va-t-il vivre ? Vont- ils se retrou­ver ?

Toutes ces ques­tions sans réponse, ne m’ont gênée qu’une fois le livre refermé, pendant la lecture j’étais bien, même si je me sentais très triste, avec les person­nages. Per Petter­son est grand roman­cier, il laisse une trace très origi­nale dans la litté­ra­ture contem­po­raine.

Citations

Explication du titre

Je n’étais pas d’ac­cord. Pas du tout. Moi, ça ne m’était pas égal.

- Mais tu peux refu­ser , ai-je dit

Il a de nouveau tourné la tête vers moi :

- On ne peut pas refu­ser de mourir, mon ami.

- Bien sûr que tu le peux.

L’absence de lien entre le père maltraitant et son fils

Et il serrait le col de sa veste ; c’était une veste grise, une sorte de blazer ou de vieux veston trop léger, qui semblait prove­nir de l’Ar­mée du salut. Un pardes­sus aurait été plus appro­prié, ou une parka, quelque chose de chaud et de doublé ; il faisait un froid de loup, on était en décembre et il y avait des gelées blanches. Mais je n’ai pas traversé la place de la gare pour rejoindre mon père et lui offrir mon propre pardes­sus. Faire la paix, pas ques­tion. Tendre l’autre joue, non plus.

Retrouver son père alcoolo quarante ans après

- Tu peux pas quit­ter ton père sans prendre un café, ça fait une éter­nité qu’on s’est pas vu.T’as pas changé, pour­tant. Je le savais ; mon Tommy, il est toujours le même, j’ai dit aux flics.

On ne s’est pas vu depuis quarante ans, comment pouvait-il dire une chose aussi absurde ? Toujours le même, et la batte de base-ball ? Je n’étais plus du tout le même, chaque jour je l’étais de moins en moins. Je chan­geais vite et pas en mieux.

On en parle

Chez Jérôme et Krol.

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Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.
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Pour que le club de lecture fonc­tionne correc­te­ment, il faut que les livres soient lus en moins d’une semaine, les romans courts et inci­sifs sont donc large­ment avan­ta­gés par rapport aux romans de cinq cent pages où il faut prendre son temps. Et dans celui-ci, Eric Fotto­rino prend tout son temps pour nous racon­ter au moins quatre vies.

  • Celle de son enfance chez les Arda­nuit à Bordeaux où, jusqu’à l’âge de 10 ans, il sera « le petit » confronté à l’ai­greur d’une grand-mère destruc­trice qui fréquente beau­coup trop les églises, Notre-Dame-des Char­trons entre autre. Tout est morti­fère chez elle, un peu comme dans la chan­son de Brel « ces gens là »

Faut vous dire, Monsieur
Que chez ces gens-là
On ne pense pas, Monsieur
On ne pense pas, on prie

Frida serait Lina sa trop jeune maman du « petit Fran­çois », elle est très belle et voudrait trou­ver un homme qui l’aime elle et son enfant.

  • Sa période heureuse, quand Lina se marie avec Marcel Signo­relli, un ostréi­cul­teur de la région de La Rochelle, les Signo­relli, c’est le midi, le soleil qui chasse tous les miasmes de la bigo­te­rie borde­laise.
  • La fin de sa vie, quand rongé par la mala­die de Korsa­kov ‚il s’ap­pro­prie, au point de croire que c’est la sienne, la vie de Fosco Signo­relli qui a dû partir de Tunis au moment de l’in­dé­pen­dance alors qu’il avait fait tota­le­ment sien ce fier et si beau pays du désert et de ses habi­tants.
  • Et par dessus tout cela, celle d’un certain MAMAN dont il est le fils natu­rel mais qui n’a pas pu ou pas voulu être son père.

Kora­sa­kov est une mala­die étrange qui est le plus souvent le signe d’un alcoo­lisme sévère, elle ronge la mémoire à le manière d’un Alzhei­mer, mais en plus fait adop­ter au sujet qui en est atteint, une des person­na­li­tés qu’il a rencon­trée. On peut se deman­der si tous les écri­vains qui s’ap­pro­prient la vie de leurs person­nages ne sont pas, plus ou moins, passa­gè­re­ment atteints de ce syndrome. En tout cas cela sert bien le roman d’Eric Fotto­rino. Il peut lui l’en­fant sans père, s’ap­pro­prier la vie de ce grand père d’adoption et nous la faire revivre.

Tout le long du roman, cet enfant qui n’a su dire le mot « papa » qu’à 10 ans découvre que son père biolo­gique s’ap­pelle « Maman » qu’il faut pronon­cer Mamane. On ne s’éton­nera pas que cet enfant soit si atta­ché aux mots qu’il comprend parfois de travers, on se demande aussi si sa mala­die ne vient pas du fait qu’il a dû assu­mer trois iden­ti­tés. J’ai lu récem­ment « Chevro­tine » du même auteur et assez curieu­se­ment on retrouve le même thème dans une partie du roman. L’os­tréi­cul­teur au grand cœur, et surtout Carla la seconde femme du narra­teur qui ne saura pas aimer Marco le fils pianiste, né du premier mariage, et comme dans « Chevro­tine » le père un peu lâche lais­sera son fils s’éloi­gner de lui.

C’est donc un roman très dense où les vies se mêlent, j’avoue m’y être ennuyée car il veut bras­ser trop d’as­pects qui n’ont rien à voir ensemble : la vie étri­quée de Bordeaux dans un milieu aigri catho­lique, la vie d’un homme sorti de prison qui se pend , son oncle homo­sexuel qui se suicide , puis la mafia à Palerme, puis la Tuni­sie et les combats au moment de l’in­dé­pen­dance. Malgré les 500 pages on a l’im­pres­sion de survo­ler et de n’en­trer vrai­ment dans aucune histoire. Mais comme je l’ai dit en commen­çant , c’est peut-être un roman qu’il faut lire avec du temps mais alors, bon courage ! car le lecteur est souvent entrainé dans les sables mouvants d’une tris­tesse tein­tée de culpa­bi­lité. Évidem­ment, on pense à « Chevro­tine » .

Citations

La bigoterie

- Il paraît que le père Caste­lain a le cancer, murmure la vieille je prie pour lui.
– Je priera aussi, renché­rit Odette.

D’autres mots fusent à mi-voix. Ménin­gite. Zona. Bile verte.

L’énumération des souffrance ragaillardit les deux vieilles.

Les Arda­nuit oublient qu’ils ont passé leur vie à faillir. Failli réus­sir, failli s’en sortir, failli gagner à la lote­rie natio­nale, failli tout rache­ter, le Château-Gaillard, les terres de Sologne et les étangs à nénu­phars, tout. Failli rele­ver le nom et le blason, failli sauver l’hon­neur et les authen­tiques couverts en argent. Faili être heureux. Ils se tiennent chaud avec des presque et des peut-être, des demain si Dieu le veut. Dieu ne veut jamais.

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L’horreur d’être élevée par une mère suicidaire :

Souvent, elle raconte à Char­lotte qu’au ciel tout est plus beau.
Et ajoute:quand j’y serai, je t’en­ver­rai une lettre pour te racon­ter.
L’au – delà devient une obses­sion.
Tu ne veux pas que maman devienne un ange ?

Ce serait prodi­gieux, n’est ce pas ?
Char­lotte se tait.

La grand-mère neurasthénique

Évidem­ment, sa grand mère l’aime profon­dé­ment.
Mais il y a comme une force noire dans son amour.
Comment cette femme peut-elle s’oc­cu­per d’une enfant ?
Elle, dont les deux filles se sont suici­dées.

Le grand amour de Charlotte le professeur de chant et ses intéressantes théories

Il a déve­loppé des théo­ries nouvelles sur les méthodes de chant.
Il faut aller cher­cher la voix au plus profond de soi.
Comment est-il possible que les bébés puissent crier si long­temps ?
Et sans même abîmer leurs codes vocales.

On en parle

Allez sur Babe­lio vous verrez que ce roman a touché tant de lecteurs et de lectrices.

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Traduit de l’an­glais par Cathe­rine Berthet.
Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

3
C’est tout le charme d’un club de lecture, sortir de mes apriori, je n’ap­pré­cie que très peu la litté­ra­ture à suspens. Et, ici, le suspens est fort : une femme Hannah paléon­to­logue dans un musée de Bris­tol , voit son amie Ellen qui est morte et enter­rée depuis vingt ans​.Ne vous inquié­tez pas je ne vais pas vous racon­ter la fin du roman ! Je vous explique quand même comment il est construit : deux romans en un , on suit les souve­nirs de la très forte amitié qui a unit Ellen et Hannah dans leur enfance et la diffi­culté de la Hannah d’au­jourd’­hui qui doit faire face à ses souve­nirs et à cette appa­ri­tion. Le roman est bien mené se lit vite et la solu­tion est crédible. Au nœud du drame une tragé­die qui explique bien des choses. Avec encore un mani­pu­la­teur pervers , déci­dé­ment très à la mode dans les romans que je lis en ce moment. Et résul­tat, j’ai passée une soirée et une partie de la nuit avec ces person­nages pour connaître le fin mot de l’his­toire. Un autre plai­sir de lecture, un peu à La « Daph­née Du Maurier » , genre de lecture que j’ai adoré dans ma jeunesse. Voilà , ce roman m’a plon­gée dans ce plai­sir régres­sif et il est bien ficelé. C’est cela aussi un roman, une évasion pour une jour­née de pluie vers les côtes de Cornouailles juste en face de mon Dinard.

Citation

Phrases qui m’agacent fortement

Il me paraît que j’eus un sombre pres­sen­ti­ment. Je savais qu’une chose terrible allait se passer dans cette demeure .Je le savais déjà à ce moment.

On en parle

Romans sur cana­pés

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C’est un livre qu’on ne quitte plus quand on l’a commencé. Cette voix d’enfant à laquelle s’adresse l’auteur en lui disant « tu » touche le lecteur. Marion (Funny) doit affron­ter deux drames inti­me­ment liés la mala­die mentale de sa mère maniaco-dépres­sive et la honte d’être une enfant d’un soldat alle­mand. L’enfant aime, a peur, a honte de sa mère. Une solu­tion existe : ses grands parents des gens « comme il faut » mais qui ne savent pas comprendre l’attachement de la petite à cette mère qui aime sa fille malgré sa mala­die.
Ce n’est pas un excellent roman mais c’est un beau témoi­gnage de ce que peuvent suppor­ter des enfants lorsque les parents sont déséqui­li­brés.

Citations

Une mala­die à éclipses. Une mala­die à répé­ti­tions. Une mala­die à surprises. Une mala­die sur le nom de laquelle à l’époque, on hési­tait. Une mala­die qui faisait honte. Une mala­die qui faisait peur.

Tu aimes votre appar­te­ment,…. C’est là … que tu as commencé à aimer Fanny 

Tant de choses comme cela que tu ignores. Que tu devines vague­ment. Des choses qui sont là. Qui te frôlent, cachées dans l’ombre, mais si denses que tu en éprouves la secrète présence, comme une menace.

Elle n’est pas comme les autres. Elle détonne parmi les fidèles, ces gens tran­quilles, sans éclat, ces gens qu’on ne remarque pas, qu’on ne voit pas….. Elle crie au milieu des muets. Elle danse parmi les gisants.

Et celle-là, tu la hais, de toutes tes forces.
La bête mauvaise, c’était elle. Depuis le premier jour.

On en parle

La femme de l’Allemand – Marie SIZUN link