Je dois cette lecture à Krol qui sait si bien ne pas racon­ter les livres qu’elle appré­cie. L’ennuie c’est qu’elle dit aussi qu’il vous faut fuir les billets qui en disent trop . Alors ? lirez vous le mien jusqu’au bout ? Tant pis, je me lance. Ce roman est en deux parties, dans la première le père humo­riste célé­bris­sime est le narra­teur et le person­nage prin­ci­pal. On le suit dès son enfance, marquée par un père qui ne l’a jamais compris et un acci­dent qui rendra son frère para­plé­gique. Cela ternit à jamais sa possi­bi­lité d’être heureux car il se sent respon­sable. Son succès comme humo­riste lui permet de sortir de sa condi­tion de Fran­çais moyen, mais creuse peu à peu, entre son fils et lui un désert aride où l’incompréhension est la règle. Ce grand comique se vide peu à peu de sa substance et alors que la France entière se tord de rire à ses blagues, son fils est de plus en plus absent de sa vie. L’explication nous est donnée dans la deuxième partie dont le narra­teur devient le fils, celui-​ci n’a vécu le succès de son père que comme une trahi­son et une absence de plus en plus lourde d’abord, puis de plus en plus indif­fé­rente. Ces deux êtres trouveront-​ils le moyen de se rencon­trer. Sous le regard critique de Krol, je ne peux évidem­ment en dire plus. Pour­quoi ne suis-​je pas plus embal­lée par ce roman ? J’ai adoré la première partie qui décrit très bien ce que le succès peut avoir à la fois d’enivrant et de destruc­teur. La descrip­tion de l’entrée en scène de cet humo­riste devant des milliers de spec­ta­teurs est criante de vérité. mais la deuxième partie m’a beau­coup moins plu. Et en plus, elle est trop évidente. On devine très faci­le­ment les ressorts psycho­lo­giques des deux person­nages et le carac­tère narcis­sique du fils m’a semblé très convenu. J’espère ne pas en avoir trop dit, si l’angoisse de la scène veut dire quelque chose pour vous, lisez ce livre j’ai rare­ment lu une descrip­tion aussi réaliste.

Citations

Comme je comprends

Prendre le train était toujours un moment très anxio­gène pour lui ; il avait systé­ma­ti­que­ment peur d’arriver en retard à la gare, il fallait qu’il regarde plusieurs fois le quai indi­qué sur le panneau d’affichage pour être sûr de ne pas se trom­per. Paris Saint-​Lazare : voie 3. Il véri­fiait le numéro du train sur son ticket, puis sur l’écran de télé­vi­sion accro­ché en l’air. Plusieurs fois. S’assurait qu’il se trou­vait bien sur la voie 3. Plusieurs fois. Et, arrivé dans l’Inter-cité, il ne pouvait s’empêcher de deman­der au premier passa­ger croisé : « Est-​ce que ce train va bien à Paris ? »

Ne pas faire comme son père

Parce que Édouard a voulu « pous­ser » Arthur, trop fort sans doute. À avoir souf­fert d’un père qui ne croyait pas en lui, il s’est persuadé que c’était tout l’inverse qu’il fallait à son enfant. Il se devait de l’encourager, le forcer à se dépas­ser. Alors quand son gamin a eu l’idée, à cinq ans à peine, de s’amuser à faire parler ses marion­nettes en peluche, Édouard n’a eu de cesse de l’encourager dans cette voie, tu as un don, il ne faut pas le gâcher, entraîne-​toi ! 

La fin d’un amour

Tout au fond de son cœur, Édouard sait que cette fois, c’est la fin, la vraie. Celle contre laquelle on ne peut plus lutter, celle qui est déjà arri­vée à pas de loup même si on ne s’en était pas aperçu jusqu’à présent, celle qu’il faut seule­ment accep­ter, le plus digne­ment possible, même si on sait qu’après coup, la douleur semblera insur­mon­table, qu’il faudra la noyer, l’assommer, la muse­ler à tout prix pour qu’elle reste silen­cieuse. – Je parti­rai demain matin, sauf si tu préfères que j’aille à l’hôtel ce soir. – Ne raconte pas n’importe quoi, on ne va pas deve­nir des étran­gers l’un pour l’autre… Tu peux rester, profi­ter d’Arthur quelques jours… – Non, j’ai du boulot de toute façon, tout un tas de trucs à gérer à Paris.

L’artiste

Tu sais, je suis persua­dée que la plupart des artistes ont un besoin de recon­nais­sance et d’affection supé­rieur aux autres, ils ont en eux cette soif viscé­rale d’être appré­ciés, d’être aimés.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thè­que de Dinard

Je suis souvent d’accord avec Krol mais pour ce roman nos avis divergent, il vous faut,donc lire ce qu’elle écrit pour. C’est le troi­sième roman de Laurent Seksik que je lis, j’ai décou­vert cet auteur grâce au club de lecture et j’ai beau­coup appré­cié « l’exercice de la méde­cine  » et » le cas Eduard Einstein  » . Pour ce roman, il faut lire, avant ou après, peu importe « La promesse de l’aube  » . Le portrait que Romain Gary fait de sa mère est inou­bliable et telle­ment vivant. Laurent Seksik s’appuie sur ce portrait pour nous présen­ter Nina, la maman de Roman, femme lutteuse et malheu­reuse, aban­don­née par le père de son fils un certain Arieh Kacew qui restera avec toute sa nouvelle famille dans le ghetto de Wilno où comme 99 % des juifs qui y restèrent, ils furent assas­si­nés par les nazis. L’auteur centre son roman sur les quelques jours de 1925, où acca­blée de dettes et de déses­poir Nina avec son fils décident de partir pour la France. Plus Laurent Seksik sait rendre proche de nous la vie dans ce qui est déjà un ghetto, sous domi­na­tion polo­naise, plus nous avons le cœur serré à l’idée que rien n’y personne ne reste de ce morceau d’humanité. La fin en 1943 est celle qui est décrite dans tous les livres d’histoire : il ne restera rien de la famille natu­relle de Romain Gary, est-​ce pour cela qu’il se plai­sait à s’inventer un père diffé­rent et plus roma­nesque : Ivan Mosjou­kine.

Un père qui ne serait pas dans une fosse commune aux fron­tières de la Russie ou disparu dans les fours créma­toires d’Auschwitz. Ou est-​ce plutôt car il ne peut pardon­ner à son père d’avoir aban­donné sa mère qu’il aimait tant. C’est le sujet du livre et c’est très fine­ment analysé. Si je n’ai pas mis 5 coquillages, c’est que je préfère le portait que Romain Gary fait de sa mère, au début de ma lecture, j’en voulais un peu à l’auteur d’avoir affadi le carac­tère de Nina. Mais ce livre m’a saisie peu à peu, comme pour tous les écrits sur l’holocauste, je me suis retrou­vée devant ce senti­ment d’impuissance comme dans un cauche­mar : je veux hurler à tous ces person­nages : « mais fuyez, fuyez » . C’est pour­quoi je l’ai mis dans mes préfé­rences, Laurent Seksik parvient à nous fabri­quer un souve­nir d’un lieu où 40 000 êtres humains furent assas­si­nés en lais­sant si peu de traces.

Citations

J’adore ce genre d’amour qui pousse à écrire ce genre de dédicace

À ma mère chérie.
À toi papa,
Tu étais mon premier lecteur.
Au moment où je t’ai fermé les yeux, j’étais en train de termi­ner ce roman, le premier que tu ne liras pas, mais dont tu aurais aimé le sujet parce qu’il nous rame­nait tous les deux trente ans en arrière, au temps où j’étais étudiant en méde­cine. Du balcon de notre appar­te­ment à Nice, au 1 rue Roger-​Martin-​du-​Gard, nous contem­plions, toi et moi, l’église russe et le lycée du Parc impé­rial asso­cié au souve­nir de Romain Gary. Tu m’encourageais en me promet­tant une carrière de profes­seur de méde­cine, tandis qu’en secret je rêvais d’embrasser celle de roman­cier. Comme les autres ce roman t’est dédié.

Désespoir d’une mère un peu « trop »

Quand l’obscurité avait enve­loppé la ville tout entière, son esprit était plongé dans le nord absolu. La tenta­tion était alors de s’abandonner au déses­poir, de s’envelopper de peine comme par grand froid d’un châle de laine. Elle éprou­vait toujours un ravis­se­ment coupable à sombrer corps et âmes dans ces abîmes de déso­la­tion et de détresse.

Que cette conversation me touche entre un père et un fils juifs

-Nous sommes en 1912, au XX ° siècle !
- Ce siècle ne vaudra pas mieux que les précé­dents.
-Il sera le siècle du progrès, le siècle de la science, celui de la paix.
-Amen
- Il verra la fin des pogroms, la fin de l’antisémitisme.
- La fin du monde…
- une nouvelle ère s’annonce, papa, et tu la verras de tes yeux.

Où on retrouve un peu la mère de Romain Gary

Nina détes­tait tous les Kacew. En un sens, elle avait l’esprit de famille. Elle les détes­tait avec l’excès qu’elle appli­quait à toute chose, les détes­tait sans nuances, avec une violence irrai­son­née, une féro­cité jamais feinte. Elle excel­lait dans l’art de la détes­ta­tion, haïs­sait avec un talent fou.

La vie à Wilno en 1925

La vie s’exprimait ici dans toute sa joyeuse fureur, son exal­ta­tion débor­dante, on était au cœur battant du ghetto, c’était le cœur vivant du monde. La clameur du jour balayait le souve­nir des jours noirs. On se lais­sait griser par une ivresse infi­nie, la vie n’avait plus rien d’éphémère, le présent était l’éternité. Ces pieux vieillards à la barbe grise, ces femmes à la beauté sage, ces enfants aux yeux pétillants, ce merveilleux peuple de gueux marchait ici un siècle aupa­ra­vant et arpen­te­rait ces rues dans cent ans ce peuple là est immor­tel

Un homme de foi comme on les aime

Je ne peux rien te montrer qu’un monde de contraintes, de prières obli­ga­toires, de règles à respec­ter, d’interdits et de lois -ne fais pas ceci, le Éter­nel à dit que … Mais sache que la reli­gion, ça n’est pas que cela. C’est une affaire d’homme. L’Éternel existe avant tout en toi, dans le souffle de ton âme plus que dans l’air que tu respires. C’est simple­ment une sorte d’espérance, rien de plus, une simple espé­rance que rien ne peut atteindre, qui est immé­mo­riale et qui se trans­met, simple­ment de géné­ra­tion en géné­ra­tion, au-​delà de la reli­gion, de la foi, de la pratique. Une espé­rance indes­truc­tible, heureuse, qui fait battre le cœur même aux pires moments de haine.

Présenté et traduit de l’arabe par Tahar Ben Jelloun. Lu grâce au club de lecture de la média­thèque de Dinard (Thème le Maroc)

Cette plon­gée dans la misère totale ne peut lais­ser personne indif­fé­rent. Ce livre, écrit par Mohha­med Chou­kri, raconte sa propre enfance dans un Maroc qui, en 1940 à la veille de son indé­pen­dance, connaît une séche­resse terrible dans le Rif. Moham­med n’a pour lui qu’une mère qui essaie vaine­ment de proté­ger ses enfants des coups de ce père ivrogne, drogué, fainéant et d’une violence totale. Devant les yeux du petit Moham­med, il tort le cou du grand frère malade. De cet acte horrible, l’enfant ne se remet­tra jamais, mais qui peut se remettre d’une telle vision ? Il va errer de mauvais lieux en mauvais lieux, fumant, buvant de l’alcool très fort. Il va subir toutes les violences possibles et rendre tous les mauvais coups que ses forces lui permettent de donner.

Et au milieu de tous les immon­dices de la société humaine, il découvre sa sexua­lité dans les bordels. Ce sont les seuls moments de calme et, parfois de douceurs, le corps des pros­ti­tuées qui s’offrent à lui pour assou­vir des désirs sexuels toujours présents. Ce livre est une plon­gée dans la lie de la terre. Le seul moment de beauté est écrit dans la préface de Tahar Ben Jelloun, qui nous apprend que ce livre n’a pas pu être édité dans une maison d’édition arabe car on aime pas beau­coup en pays de l’islam montrer la pros­ti­tu­tion, l’alcoolisme et les méfaits de la drogue.

Heureu­se­ment pour l’auteur, ce livre est aussi un acte fonda­teur d’un grand écri­vain, car, comme il le raconte dans les dernières pages, à 21 ans, il trou­vera la force d’apprendre à lire et écrire. Il a laissé à la posté­rité un oeuvre plus apai­sée. J’avoue que j’aurais préféré lire ces autres romans, celui-​là m’a plon­gée dans une tris­tesse infi­nie à l’image du malheur de ce petit garçon.

Citations

La violence d’un père

J’avais déjà vu son mari la battre, elle et ses enfants, comme mon père le faisait, mais avec plus de violence, avec nous. Je l’avais vu aussi embras­ser ses gosses et parler avec douceur et tendresse avec sa femme. Mon père, lui, criait et frap­pait.

le meurtre de son frère par son père

Abdel­ka­der pleure de douleur et de faim. Je pleure avec lui. Je vois le monstre s’approcher de lui, les yeux plein de fureur, les bras lourds de haine. Je m’accroche à mon ombre et crie au secours : « Un monstre nous menace, un fou furieux est lâché, arrêtez-​le ! « . Il se préci­pite sur mon frère et lui tord le cou comme on essore un linge. Du sang sort de la bouche.

La construction dans la délinquance

Donc mon père nous exploi­tait. Le patron du café lui aussi m’exploitait, car j’ai su qu’il y avait d’autres garçons mieux payés que moi. J’avais décidé de voler toute personne qui m’exploiterait, même si c’était mon père ou ma mère. Je consi­dé­rais ainsi le vol comme légi­time dans la tribu des salauds.

La sexualité et le style de l’auteur

Cette femme me faisait peur : elle me propo­sait de la péné­trer, d’entrer dans sa chair comme un couteau pénètre une plaie. Elle s’est mise sur le lit et a ouvert les jambes. Il n’y avait pas de poil sur son « truc ». Elle prit ma verge dres­sée entre ses doigts. Je pensai soudain : et si la « plaie » avait des dents ! Je glis­sai entre ses cuisses avec crainte. Elle m’enveloppa de ses jambes et me serra très fort, appuyant sur mes petits fesses avec ses talons. Elle se donnait de la peine. Éner­vée, elle me dit :

- Tu ne sais pas encore péné­trer une femme.

Je ne savais quoi répondre. Je pensais aux chiens qui baisent et qui ne peuvent plus se détache. Sa « plaie » était sèche, elle me repoussa, mouilla ses doigts avec de la salive et les porta à sa « bouche » infé­rieure.

les deux dernières lignes

Mon frère était un ange. Et moi ? Devien­drait je un Diable ? C’est sûr, pas de doute. Les enfants, quand ils meurent, se trans­forment en anges, et les adultes en diables. Mais il est trop tard pour moi pour espé­rer être un ange.

traduit de l’anglais améri­cain par Laura Dera­jinski. Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

J’ai beau­coup hésité entre 3 ou 4 coquillages, car j’ai beau­coup aimé le début de ce roman et beau­coup moins ensuite. J’ai aimé cette petite Cait­lin qui s’abîme dans la contem­pla­tion des pois­sons à l’aquarium de Seat­tle en atten­dant sa mère qu’elle adore. Un vieil homme s’approche d’elle et un lien amical et rassu­rant se crée entre eux. Toute cette partie est écrite avec un style recher­ché et très pudique. On sent bien la soli­tude de cette enfant de 12 ans dont la maman travaille trop dans une Amérique qui ne fait pas beau­coup de place aux faibles. J’ai aimé aussi les dessins en noir et blanc des pois­sons ; Bref, j’étais bien dans ce roman. Puis catas­trophe ! commence la partie que j’apprécie beau­coup moins, ce vieil homme s’avère être le grand père de Cait­lin, il a aban­donné sa mère alors que sa femme était atteinte d’un cancer en phase termi­nale. Commence alors un récit d’une violence incroyable et comme toujours dans ces cas là, j’ai besoin que le récit soit plau­sible. Je sais que les services sociaux améri­cains sont défaillants mais quand même que personne ne vienne en aide à une jeune de 14 ans qui doit pendant une année entière soigner sa mère me semble plus qu’étonnant. Ensuite je n’étais plus d’accord pour accep­ter la fin, après tant de violence, j’ai eu du mal à accep­ter le happy end. On dit que c’est un livre sur le pardon, (je suis déso­lée d’en dire autant sur ce roman, j’espère ne pas trop vous le divul­gâ­cher) , mais c’est juste­ment ce que le roman ne décrit pas : comment pardon­ner. Bref une décep­tion qui ne s’annonçait pas comme telle au début.

Citations

Sourire

Il s’appelle comment ?

Steve. Il joue de l’harmonica.
C’est son boulot ?
Ma mère éclata de rire. Tu imagines toujours le monde meilleur qu’il n’est, ma puce.

Le monde de l’enfance déformé par les parents

Tout est possible avec un parent. Les parents sont des dieux. Ils nous font et nous détruisent. Ils déforment le monde, le recréent à leur manière, et c’est ce monde-​là qu’on connaît ensuite, pour toujours. C’est le seul monde. On est inca­pable de voir à quoi d’autre il pour­rait ressem­bler.

J’ai lu ce livre lors d’un séjour à Oues­sant et malgré les beau­tés de la nature offertes par le vent et la mer, je ne pouvais m’empêcher d’être saisie d’effroi par tant de souf­frances impo­sées à un enfant qui ne pouvait pas se défendre contre la folie de son père. Je me suis souve­nue de la discus­sion de notre club, le livre a reçu un coup de cœur, mais plusieurs lectrices étaient choquées par l’attitude de la femme. En effet, celle-​ci va passer sa vie à faire « comme si » : comme si tout allait bien, comme si tout était normal, et avec la phrase que le petit Émile a entendu toute sa vie « Tu connais ton père », elle croit effa­cer toutes les violences et tous les coups reçus.

Oui son père est fou et grave­ment atteint, il entraîne son fils dans sa folie, en faisant de ce petit bonhomme de 12 ans asth­ma­tique et fragile un vaillant soldat de l’OAS, mais oui aussi, je suis entiè­re­ment d’accord avec mes « co »-lectrices sa mère est large­ment complice du trai­te­ment imposé par ce fou furieux à sa famille. Lorsque son père sera enfin interné et que le fils adulte révèle aux psychiatres ce qu’il a subi enfant, sa mère quitte son fils sur cette ques­tion incroyable :

Et c’est quoi cette histoire ? Tu étais malheu­reux quand tu étais enfant ?

L’autre ques­tion que pose ce roman, c’est la part de la fiction et de la réalité. C’est évident que l’auteur raconte une partie de son enfance, et nous fait grâce à cela revivre ce qu’a repré­senté la guerre d’Algérie pour une partie de la popu­la­tion. À cause de ce livre, j’ai relu la décla­ra­tion de Salan lors de son procès, il exprime à quel point lui, le géné­ral le plus décoré de l’empire colo­nial fran­çais a souf­fert de voir ses conquêtes dispa­raître peu à peu dans le déshon­neur des promesses non-​tenues aux popu­la­tions qui soutiennent ses idée. La gran­deur de la France et de son drapeau c’était, pour lui, de tenir face aux barbares, c’est à dire ceux qui ne veulent pas être fran­çais. Le père d’Émile use et abuse de ce genre de discours et dans cette tête de malade cela lui donne tous les droits. Comme tout para­noïaque, il a raison contre tout le monde et invente une histoire menson­gère et folle de plus quand il risque d’être mis devant ses contra­dic­tions.

Bien sûr, il y a toujours une forme d’impudeur à faire de sa souf­france un roman lu par un large public, et je suis souvent critique face au genre « auto-​fiction », mais lorsque l’écrivain sait donner une portée plus large à ses souve­nirs au point de nous faire comprendre les méca­nismes de ce qui rend une enfance insup­por­table, je ne ressens plus l’impudeur mais au contraire une sorte de cadeau fait à tous ceux qui tendent la main aux enfants malheu­reux car on peut donc s’en sortir sans répé­ter les mêmes erreurs. Et puis il y a le style, j’apprécie beau­coup celui de Sorj Chalan­don, tout en retenu même quand on est aux limites du suppor­table.

Citations

Style de Sorj Chalandon

Il y avait un mort avant le nôtre, des dizaines de voiture, un deuil en grand. Nous étions le chagrin suivant. Notre proces­sion à nous tenait à l’arrière d’un taxi.

la vie de famille

Il l’a regar­dée les sour­cils fron­cés. Ma mère et ses légumes. Il était mécon­tent . Il annon­çait la guerre, et nous n’avions qu’une pauvre soupe à dire.

Après des actes de violence de son père un mensonge de paranoïaque

J’étais boule­versé. Je n’avais plus mal. Mon père était un compa­gnon de la Chan­son. Sans lui, jamais le groupe n’aurait pu naître. Et c’est pour­tant sans lui qu’il a vécu. Ils lui avaient volé sa part de lumière. Son nom n’a jamais été sur les affiches, ni sa photo dans les jour­naux . Il en souf­frait . Ceux qui ne le savaient pas étaient condam­nés à dormir sur le palier.

C’était il y a trois ans. Depuis, maman n’a plus allumé la radio. Et plus jamais chanté.

Rôle de la mère

Ce jour-​là, en allant voter contre l’autodétermination, il avait écrit « Non » sur les murs. Le soir, il avait perdu. Il a hurlé par la fenêtre que la France avait trahi l’Algérie. Et aussi lui, André Chou­lans. Il est ressorti à la nuit tombée . Il est rentré plus tard, avec du sang sur son imper­méable kaki et les mains abîmées.
Le regard épou­vanté de ma mère, visage caché entre ses doigts. Elle a gémi
- Mon Dieu, ta gabar­dine !
- T’inquiète pas la vieille, c’est du sang de bicot.
Elle a secoué la tête.
- Le sang c’est comme le vin, c’est dur à ravoir, a-​t-​elle dit simple­ment.

20160417_121555(1)Je dois cette lecture à Gamba­dou « le blog des fanas de livres  ».

5
Je lui mets ces cinq coquillages sans aucune hési­ta­tion, cela fait long­temps qu’un roman pour la jeunesse ne m’a pas autant tenu en haleine. La première partie est abso­lu­ment remar­quable. Un ado, « Mo », dimi­nu­tif de Morgan, passe sa vie à jouer aux jeux d’ordinateur. Dans la vie virtuelle, il est très fort et ne s’intéresse vrai­ment qu’à ça. Et puis, cet ado mal parti pour être heureux va vivre une expé­rience abso­lu­ment extra­or­di­naire, et peu à peu, il se trans­for­mera et se pren­dra d’amour pour la nature. Une créa­ture qui aurait pu avoir sa place dans un jeu de rôle lui appren­dra à survivre dans des condi­tions extrêmes.

J’ai bien conscience du flou de mes propos mais ce serait vrai­ment dommage de dévoi­ler ce qui fait un des charmes de ce récit : la nature même des person­nages prin­ci­paux. C’est très beau et en dehors de bien des sentiers battus. Ce qui m’a le plus éton­née, c’est la lente conver­sion de l’adolescent vers un autre monde, réel celui-​là mais qui lui demande de savoir utili­ser toutes ses compé­tences acquises dans le monde de l’imaginaire. Le suspens est intense et la fin est peu prévi­sible. Les person­nages secon­daires sont loin d’être des cari­ca­tures et enri­chissent le récit . L’oncle chas­seur de blai­reaux que l’on aime­rait bien détes­ter n’est pas qu’une sombre brute. La mère un peu dépas­sée par l’éducation de cet adoles­cent si peu scolaire saura lui montrer qu’elle l’aime et lui fera confiance fina­le­ment. Même le poli­cier qui détruit le rêve de Mo est un être beau­coup plus sensible qu’il n’y paraît.

Aucun des adultes n’est tout à fait capable de comprendre les diffi­cul­tés auxquelles doit faire face Mo, mais aucun ne voudrait vrai­ment lui faire du mal. Il doit cepen­dant réus­sir à trou­ver ses solu­tions en lui-​même pour gran­dir défi­ni­ti­ve­ment.

Citations

La nature la nuit

C’est une nuit très vibrante, tous les bruits voyagent à des kilo­mètres à la ronde, on dirait qu’on est sur une corde tendue, que chaque brin­dille qui craque de l’autre côté du monde trouve son écho près de nous.

C’est une nuit blanche et bleue. blanche parce que la pleine lune nous écla­bousse de sa lumière. Et bleue comme l’obscurité profonde qui nous enve­loppe, si douce qu’on dirait du velours.

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Traduit de l’anglais (États-​Unis) par Eric Chédaille.

4Je dois à Keisha un certain nombre de nuits et de petits déjeu­ner très éloi­gnés des côte de la Manche, avec ce roman de 987 pages qui fait rouler l’imagination dans les grands espaces de l’ouest améri­cain. J’aimerais comprendre pour­quoi les fran­çais aiment à ce point chan­ger les titres. En anglais l’auteur a appelé son roman « The Big Rock Candy Moun­tain », en 2002 le livre est publié aux éditions Phébus, sous le titre traduit exac­te­ment de l’anglais « La bonne Grosse Montagne en sucre ». Et main­te­nant, il revient avec ce titre raccourci, pour­quoi ? Dans l’ancien titre, on croit entendre la voix de Bo, le person­nage prin­ci­pal, qui fait démé­na­ger sa famille tous les 6 mois pour les convaincre d’aller recher­cher la fortune sur une « bonne grosse montagne en sucre » . Bref, je m’interroge !

Je suis restée trois semaines avec Bo, Elsa, Chet et Bruce. J’ai trouvé quelques longueurs à cet énorme roman, mais n’est-ce pas de ma part un phéno­mène de mode ? Je préfère, et de loin, quand les écri­vains savent concen­trer ce qu’ils ont à nous dire. Je recon­nais, cepen­dant, que, pour comprendre toutes les facettes de cet « anti-​héros » Bo Wilson, mari d’une extra­or­di­naire et fidèle Elsa et père de Chet et de Bruce, il fallait que l’auteur prenne son temps pour que le lecteur puisse croire que Bo soit à la fois « un indi­vidu montré en exemple par la nation toute entière » et un malfrat violent recher­ché par toute les polices sans pour autant « être un indi­vidu diffé­rent »  : ce sont là les dernières phrases de son fils, Bruce qui ressemble forte­ment au narra­teur (et peut-​être à l’auteur), il a craint, admiré, détesté son père sans jamais tota­le­ment rompre le lien qui l’unit à lui.

Cet homme d’une éner­gie incroyable, est toujours prêt pour l’aventure, il espère à chaque nouvelle idée rencon­trer la fortune et offrir une vie de rêve à sa femme. Il y arrive parfois mais le plus souvent son entre­prise fait naufrage et se prépare alors un démé­na­ge­ment pour fuir la police ou des malfrats. Elsa, n’a aucune envie d’une vie dorée, elle aurait espéré, simple­ment, pouvoir s’enserrer dans un village, un quar­tier un immeuble, entou­rée d’amis qu’elle aurait eu plai­sir à fréquen­ter. C’est un person­nage éton­nant, car elle comprend son mari et sait que d’une certaine façon, elle l’empêche d’être heureux en étant trop raison­nable. Son amour pour ses enfants est très fort et ils le lui rendent bien. Cette plon­gée dans l’Amérique du début du XXe siècle est passion­nante et l’analyse des person­nages est fine et complexe. C’est toute une époque que Wallace Stei­gner évoque, celle qui a pour modèle des héros qui ont fait l’Amérique mais qui s’est donné des règles et des lois qui ne permettent plus à des aven­tu­riers de l’espèce de Bo de vrai­ment vivre leurs rêves. Jamais dans un roman, je n’avais, à ce point, pris conscience que la fron­tière entre la vie de l’aventurier et du bandit de grand chemin était aussi mince.

Citations

Justification du titre

Il y avait quelque part, pour peu qu’on sût les trou­ver, un endroit où l’argent se gagnait comme on puise de l’eau au puits, une bonne grosse montagne en sucre où la la vie était facile, libre, pleine d’aventure et d’action, où l’on pouvait tout avoir pour rien.

Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas

Henry était pondéré, inof­fen­sif, réti­cent même à annon­cer sans ambages qu’il venait pour la voir elle et non son père, au point qu’il s’était montré capable de passer une demi-​douzaine de soirées au salon à conver­ser avec Nels Norgaard sans adres­ser plus de dix mots à Elsa. Il était posé, inca­pable d’un mot dur envers quiconque, gentil, si digne de confiance mais si dépourvu de charme. Comme il était dommage, songea-​t-​elle une fois en soupi­rant, que Bo, avec son aisance inso­lente, son intel­li­gence, son physique puis­sant et délié, ne possé­dât pas un peu du calme rassu­rant d’Henry. Mais à peine commençait-​elle à se lais­ser aller à cette idée qu’elle se repre­nait : non, se disait-​elle avec une pointe de fierté, jamais Bo ne pour­rait ressem­bler à Henry. Il n’avait rien d’un animal de compa­gnie, il n’était pas appri­voisé, il ne suppor­tait pas les entraves, en dépit de ses efforts aussi intenses que fréquents.

la famille déménageait tous les ans parfois quatre fois par an

Long­temps après, Bruce consi­dé­rait cette absence de racines avec un éton­ne­ment vague­ment amusé. les gens qui vivaient toute leur vie au même endroit, qui taillaient leur haie de lilas et repi­quaient des berbé­ris, qui chan­geaient de carrée en ronde la forme de leur bassin de nénu­phars, qui déter­raient les vieux bulbes pour en mettre de nouveaux, qui voyaient pous­ser et un jour ombra­ger leur façade les arbres qu’ils avaient plan­tés, ces gens-​là lui semblaient par contraste suivre un chemi­ne­ment incer­tain entre ennui et conten­te­ment.

L’amour

L’amour est quelque chose qui fonc­tionne dans les deux sens, dit Elsa d’une voix douce. Pour être aimé, il faut aimer. 

20160307_145754Traduit de l’américain par Fran­çoise Cartano.

Quand j’ai appris la nouvelle de la mort de Pat Conroy, je me suis sentie triste, et ne pouvant pas parti­ci­per ni de près ni de loin au deuil qui doit toucher profon­dé­ment ses proches, j’ai décidé de relire « le prince des Marées » ; roman qui m’avait profon­dé­ment marquée en 2002.

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Ma relec­ture atten­tive de ce gros roman (600 pages) m’a remis en mémoire tout ce que j’aime chez cet auteur. Tout d’abord, son formi­dable humour et j’ai encore bien ri à la lecture de la scène où sa grand mère entraîne ses petits enfants dans le choix de son cercueil, au milieu de tant de souf­frances d’une enfance rava­gée par la violence d’un père et de l’insatisfaction de sa mère, ce petit passage où Tholita (la grand-​mère) finira par faire pipi de rire sur les azalées du centre ville est un excellent déri­va­tif aux tensions créées par les drames dans lesquels la famille Wigo est plon­gée.

J’ai de nouveau appré­cié la construc­tion roma­nesque : nous connaî­trons peu à peu les drames succes­sifs de la famille à travers l’effort que doit faire le person­nage prin­ci­pal, Tom, pour aider la psychiatre de sa sœur jumelle, Savan­nah, à s’y retrou­ver dans le délire psycho­tique de celle qui est aussi une poétesse admi­rée du tout New-​York des lettres. Ce procédé permet de rompre la chro­no­lo­gie et de croi­ser plusieurs histoires. « Le prince des marées » est un roman foison­nant et géné­reux le drame est toujours mélangé à une éner­gie vitale qui permet de suppor­ter les pires vile­nies des humains. C’est peut être le reproche qu’on peut faire à ce livre , cette famille est vrai­ment touchée par une série de drames trop horribles. Parfois on se dit : c’est trop ! mais peu importe, c’est si extra­or­di­naire de décou­vrir le Sud des États Unis sous plusieurs facettes : le racisme ordi­naire, la reli­gion, le côté bonne éduca­tion, la force des éléments.

Enfin ce livre est un hymne à la nature et les descrip­tions vous emportent bien loin de votre quoti­dien. C’est le genre de roman que l’on quitte avec regret chaque soir et que l’on voit se termi­ner avec tris­tesse. Bravo Monsieur Part Conroy d’avoir su écrire sur l’enfance marty­ri­sée en gardant la tête haute et votre merveilleux sens de l’humour ; et merci, vos livres ont fait voya­ger tant de gens vers un pays dont vous parlez si bien.

Citations

Sa rage contre les parent destructeurs

Les parents ont été mis sur terre dans le seul but de rendre leurs enfants malheu­reux.

Un des portrait de sa mère

Ma mère se bala­dait toujours comme si elle était atten­due dans les appar­te­ments privés d’une reine. Elle avait la distinc­tion d’un yacht – pureté de ligne, effi­ca­cité, gros budget. Elle avait toujours été beau­coup trop jolie pour être ma mère et il fut un temps où l’on me prenait pour son mari. Je ne saurais vous dire à quel point ma mère adora cette période… Maman donne des dîners prévus plusieurs mois à l’avance et n’a pas le loisir de se lais­ser distraire par les tenta­tives de suicide de ses enfants.

Folie de sa sœur

Depuis sa plus tendre enfance, Savan­nah avait été dési­gnée pour porter le poids de la psychose accu­mu­lée dans la famille. Sa lumi­neuse sensi­bi­lité la livrait à la violence et au ressen­ti­ment de toute la maison et nous faisions d’elle le réser­voir où s’accumulait l’amertume d’une chro­nique acide . Je le voyais, à présent : par un proces­sus de sélec­tion arti­fi­ciel mais fatal, un membrure de la famille est élu pour être le cinglé et toute la névrose, toute la fureur, toute la souf­france dépla­cées s’incrustent comme de la pous­sière sur les parties saillante de ce psychisme trop tendre et trop vulné­rable.

Portrait d’une méchante femme de sa ville natale

Ruby Blan­ken­ship péné­tra dans la pièce, royale et inqui­si­to­riale, ses cheveux gris bros­sés sévè­re­ment en arrière, et les les yeux fichés comme des raisins secs dans la pâte molle de sa chaire. C’était une femme immense, gigan­tesque, qui faisait naître une terreur immé­diate dans le cœur des enfants. À Colle­ton, elle était perçue comme « une présence », et elle se tenait sur le pas de sa porte d’où elle nous obser­vait avec cette inten­sité singu­liè­re­ment rava­geuse que les personnes âgées qui détestent les enfants ont su élever au rang des beaux-​arts. Une partie de sa noto­riété locale était due à l’insatiable curio­sité que lui inspi­rait la sante de ses conci­toyens. Elle était l’hôte omni­pré­sente de l’hôpital autant que du funé­ra­rium.

Dialogue avec sa mère

- Je n’aurais pas dû avoir d’enfants, dit ma mère. On fait tout pour eux, on sacri­fie sa vie entière à leur bonheur, et ensuite ils se retournent contre vous. J’aurais dû me faire liga­tu­rer les trompes à l’âge de douze ans. C’est le conseil que je donne­rais à n’importe quelle fille que je rencon­tre­rais.
- Chaque fois que tu me vois, Maman, tu me regardes comme si tu voulais qu’un docteur pratique sur toi un avor­te­ment rétro­ac­tif.

Humour

Les ensei­gnants améri­cains ont tous des réflexes de pauvres, nous avons un faible pour les congrès et foire du livre tous frais payés, avec héber­ge­ment gratuit et festin de poulet caou­tchou­teux, vinai­grette douceâtre et petits pois innom­mables.

SONY DSCLu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

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Au programme du club, j’ai lu rapi­de­ment ce roman, avec plai­sir pendant la première moitié, et puis, peu à peu, plus labo­rieu­se­ment. Mais je n’ai peut-​être pas pris tout le temps qu’il fallait pour l’apprécier parce que je voulais le rappor­ter à la média­thèque afin de savoir si d’autres lectrices auront plus de plai­sir que moi. Agnes Desarthe créé un person­nage, Rose, qui semble subir sa vie plus qu’elle ne la vit vrai­ment. Elle est l’enfant de Kris­tina, très belle femme au carac­tère étrange et d’un père offi­cier de l’armée fran­çaise qui a la fâcheuse habi­tude de prendre toujours les mauvaises déci­sions. Philo­sophe à ses heures, et passionné par Spinoza, il hésite avant chaque action, et étant sûr de se trom­per à chaque fois, il va dans le sens inverse de ce qu’il pensait juste. Compli­qué et peu effi­cace. Rose se retrouve donc à Paris en 1920 sans argent mais avec beau­coup de courage. Elle est d’une naïveté peu crédible mais cela permet à l’auteur de nous décrire les bas-​fonds pari­siens avec un plai­sir certain. Rose risque de perdre sa vie mais rencon­trera des person­nages variés dont un admi­ra­teur d’Apollinaire (d’où le titre du roman) qui la sauve­ront.

Pour en apprendre un peu plus sur cette auteure, je me suis prome­née sur le Net, et j’ai eu la surprise de voir qu’elle était la fille du pédiatre Aldo Nahouri qui a été criti­qué par les médias pour avoir tenu des propos très proches de ceux que le méde­cin qui essaye de soigner Kris­tina donnent à son mari. Famille surpre­nante où la créa­tion artis­tique prend une grande place ainsi que le souve­nir très doulou­reux de la dépor­ta­tion des juifs. Tout cela est présent dans l’écriture d’Agnès Desarthe, avec, dans ce roman, la diffi­culté d’arriver à une exis­tence propre , d’avoir un destin. Rose est domi­née par son époque et j’ai eu plus d’une fois envie de la confron­ter à la réalité de la vie. Je ne peux imagi­ner qu’une jeune fille de 19 ans vienne vivre à Paris avec pour seul bagage sa connais­sance d’Alexandre Dumas.

PS : à notre club, une seule lectrice a défendu ce roman, elle a été touchée par la misère du Paris de l’époque, les autres ont été plus sévères que moi, elles ont surtout souli­gné les ficelles de la construc­tion roma­nesque, sorte de pastiche de tous les romans de l’époque.

Citations

Description de la personnalité de Kristina

Le reste du temps, elle gardait une distance qu’elle aurait voulu ironique (car elle ne manquait pas de goût), mais qui était vide (car elle manquait de cœur).

Conseil du médecin

Il faut la forcer si elle refuse mon ami. Pudeur, caprice, enfan­tillage. Ne restez pas planté devant la porte, comman­dant. Enfon­cez les lignes enne­mies. Il faut lui remuer les entrailles à cette chère si chère Kris­tina.

SONY DSCTraduit de l’anglais (États-​Unis) par Martine Béquié et Anne-​Marie Augus­ty­niak.
Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard , thème « rela­tion mère fille »

4Cela fait long­temps que je n’ai pas ressenti un tel plai­sir de lecture, je voulais abso­lu­ment ne plus quit­ter, Taylor le person­nage prin­ci­pal qui n’a pas sa langue dans sa poche, Lou-​Ann qui n’est que gentillesse, Mattie qui aide les malheu­reux candes­tins, Este­van qui parle si bien l’anglais.… Je trouve que dans le thème « mère fille » ce roman est parfai­te­ment choisi par notre biblio­thé­caire préfé­rée. Pour plusieurs raisons, car c’est d’abord le récit de la nais­sance du senti­ment mater­nel. Marietta-​Missy-​Taylor est une jeune fille qui a décidé de sortir de son Kentu­cky natal pour vivre une vie indé­pen­dante, or dès les premiers jours , une vieille indienne lui met dans les bras une toute petite fille qui visi­ble­ment a vécu un très lourd trau­ma­tisme. Taylor va apprendre à aimer Turtle-​Avril et deve­nir sa mère. Il faut dire que sa propre mère, femme de ménage a eu cette qualité incroyable, d’aimer sa fille et de trou­ver tout ce qu’elle fait abso­lu­ment formi­dable.

C’est la deuxième raison pour laquelle je trouve ce livre bien choisi, l’amour admi­ra­tif d’une mère est un cadeau précieux qui donne des forces pour toute la vie. Je dois dire que je ne résiste pas aux romans qui mettent en scène des « cabos­sés de la vie » qui au lieu de conti­nuer à se détruire, joignent leurs forces pour fran­chir les obstacles et aller vers le bonheur. J’ai à propos de ce roman , relu ce qui s’est passé au Guate­mala, encore une tragé­die main­te­nant oubliée, elle est ici évoquée à travers le coupe d’Estevan et Espe­ranza à qui on a arra­ché leur petite fille.

Le roman situe tous les person­nages au moment de leur survie, pour leur adap­ta­tion à la vie quoti­dienne c’est une autre histoire, on espère qu’ayant vécu le pire, ils vont y arri­ver. Ce roman est servi par des effets de langue, qui doivent être encore plus déli­cieux en améri­cain, l’arrivée dans le langage de la petite Turtle sont drôles et inat­ten­dus, et l’adoption par Taylor dans sa langue rugueuse de jeune fille peu éduquée de l’anglais raffiné d’Estevan, profes­seur d’anglais au Guate­mala sont savou­reux mais sonnent un peu plats en fran­çais. Grâce à Keisha (je me doutais bien qu’elle avait lu cette auteure !). J’ai vu qu’il y avait une suite que je vais m’empresser de lire, j’aime bien son expres­sion que je me permets de citer : c’est un livre « doudou ».

Citations

Le caractère de Taylor Greer

J’avais décidé depuis long­temps que, si j’avais pas les moyens de m’habiller chic, je m’habillerais mémo­rable.

La description de Lou-​Ann

Elle était du genre à aller cher­cher les ennuis juste pour montrer qu’on n’avait pas besoin d’être une « pompon girl » pour se faire sauter . Le problème c’est que ça ne vous rapporte rien. C’est comme un gosse qui fait des tours de vélo en se lâchant des pieds et des mains et s » épou­mone pour atti­rer l’attention de sa mère. Eh bien, la mère en ques­tion ne lèvera pas les yeux tant qu’il ne se sera pas fracassé la tête contre un arbre.

Avoir un enfant

Elle ne cachait pas que son désir le plus cher était d’être grand-​mère. Dès que la grosse Irène prenait le bébé, ce qui n’était pas fréquent, Mrs Hoge décla­rait : « Irène, ça te va à ravir ». Comme si vous deviez faire un enfant parce que ça vous va bien.

L’Oklahoma

Ces éten­dues déses­pé­ré­ment plates de l’Oklahoma avaient fini par me donner mal aux yeux croyez moi . J’avais l’impression qu’il fallait toujours regar­der trop loin pour distin­guer l’horizon.