Lu dans le cadre du Club de Lecture de la média­thèque de Dinard

Quel livre ! Bravo Alexandre Duyck vous avez su de nouveau m’in­té­res­ser, je devrais dire, me passion­ner pour la guerre 1418. Encore ce sujet, peut-on dire , oui mais ce roman donnera un éclai­rage que je crois indis­pen­sable à une bonne compré­hen­sion de cette guerre. Augus­tin Trébu­chon est déclaré mort le 10 novembre 1918, c’est écrit sur le monu­ment au morts mais c’est un mensonge ! Il est mort en réalité le 11 novembre 1918. L’au­teur retrace le parcours de ce berger de l’Ariège qui a choisi de partir à la guerre alors qu’or­phe­lin, il aurait pu être dispensé en tant que soutien de famille. Nous revi­vons avec lui, l’en­thou­siasme des premiers jours de 1914. L’au­teur remarque que les plus enra­gés à vouloir tuer les boches sont des gens qui ne la feront pas, cette guerre, mais qui se croient obli­gés de dire, plus fort que tout le monde, combien ils auraient aimé la faire ! Puis viennent les combats, l’hor­reur que nous connais­sons si bien, mais aussi l’évo­ca­tion de la dure condi­tion de berger qui n’est pas étran­gère à l’en­ga­ge­ment d’Au­gus­tin . Berger en Ariège, c’est être le plus pauvre des paysans, et le moins consi­déré des hommes. Au point où, Augus­tin n’ose même pas abor­der la fille qu’il aime ; bien sûr, il aime la faire danser au son de l’ac­cor­déon le soir où il y a bal au village, mais ce n’est pas tout à fait suffi­sant. La vie d » Augus­tin est donc remplie par sa connais­sance des animaux, ces moutons et les animaux sauvages de la montagne, ainsi qu’une percep­tion très fine de la nature. Ce savoir, si peu valo­risé dans son village, va se révé­ler un précieux atout pour résis­ter aux quatre longues années de guerre, jusqu’au 11 novembre 1918, où il attend avec toute sa compa­gnie la dernière sonne­rie de clai­ron qui va signi­fier que l’ar­mis­tice est signée, elle l’est d’ailleurs depuis quelques heures. Il rêve à ce qu’il va faire , et surtout à l’Ar­gen­tine où il a prévu de s’exi­ler. Cette attente est bien longue et l’au­teur rend parfai­te­ment l’am­biance de ces derniers instants.

Hélas un gradé , un de ceux que détestent Augus­tin lui demande d’al­ler porter de toute urgence un message de la plus haute impor­tance aux troupes postées à l’avant de leur ligne. Il est 1o heures 45, dans un quart d’heure le clai­ron doit sonner, mais l’ur­gence du message et l » imbé­cil­lité du gradé ne souffrent d’au­cun retard , Augus­tin tombera sous une balle enne­mie avec dans sa poche ce message :

« Rendez-vous à Dom-le-Mesnil pour la soupe à 11h30 »

Citations

Les chefs

Les chefs qui jouent les gentils qui m’ap­pellent « mon petit : alors que j’ai quarante ans, qui demande de mes nouvelles et moi comme un con, je leur réponds mais à peine ai-je commencé à parler, il regarde déjà ailleurs, je me plains de mes pieds, ils répondent : » Parfait, c’est très bien conti­nue comme ça mon petit », ces chefs-là sont tous des faux-culs, des lâches qui n’as­sument pas d’être des chefs mais qui, dans le dos des petits sont pires encore que les autres parce qu’à la fin ils trahissent toujours la confiance.

Les rapports des hommes entre eux

C’est notre côté cul-terreux, disaient les Pari­siens, les pires de tous, les Lyon­nais sont pas mal non plus mais les Pari­siens restaient les pires, si certains de tout savoir, les pires des pires étant les insti­tu­teurs pari­siens deve­nus lieu­te­nant et qui nous parlaient comme à des demeu­rés, à des gosses, à leurs élèves, à croire qu’ils n’ont eu que des dégé­né­rés dans leur école, les instits pari­gots, faudraient les livrer en masse au boches, en cadeau, faites-en ce que vous voulez, montrez leur du pays mais par pitié, ne nous les rendez pas ou alors mort, et encore. Les insti­tu­teurs et la science infuse, comme ils disent, la haine du patois, leur beau Fran­çais dont ils usent comme d’une arme pour mieux t’hu­mi­lier, te démon­trer leur supé­rio­rité, ils emploient des verbes, des temps de conju­gai­son dont tu n’as jamais soup­çonné l’exis­tence ni deviné l’uti­lité mais il en abuse, ils en jouissent, ils te parlent d’écri­vains célèbres dont tu ignores jusqu’au nom, nous des frus­trés qui te refusent le droit de moins bien parler qu’eux, qui te jugent parce que tu en sais mille fois moins qu’eux et qui sont inca­pables de se débrouiller sans une carte

Les humiliations des gradés

Il me répète ce que je sais déjà, dans moins de 30 minutes la guerre va s’ache­ver, nous avons gagné, les boches ont signé l’ac­cord, on va tous pouvoir rentrer chez nous : » Moui dans ma belle maison pour y baiser maman », qu’il dit » Toi dans ton trou à rat de bouseux de Lozé­rien ». Ne pas réagir, ne pas lais­ser appa­raître la moindre émotion, Pons m’a expli­qué comment faire comme si de rien n’était. Comme j’ai peur de le regar­der dans les yeux, j’ap­plique la méthode que m’a expli­qué un copain, fixer des poils entre les deux sour­cils, on fait croire à l’autre qu’on le regarde droit dans les yeux mais en fait on ne fait que comp­ter ses poils entre les sour­cils.
Des gars sont morts de froid dans les tran­chées, des tas de gars, c’est quand même fin de mourir de froid la guerre. Moi je ne m’en suis jamais plaint. Mais je ne suis jamais endormi les fois où j’ai compris qu’il valait mieux ne pas. Un jour j’ai entendu un jeune sous-lieu­te­nant se vanter :« Les poilus ont de la paille, moi un lit ». C’est la première fois depuis le début de la guerre, je crois, où j’ai vrai­ment eu envie de tuer quel­qu’un.

Traduit de l’an­glais (Écosse) par Aline Azou­lay-Pacvõn.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard. 

Ces deux romans écos­sais se suivent et ont des points communs. Tous les deux retracent le parcours d’en­fants martyrs. Ce roman-ci ne le dit pas immé­dia­te­ment, nous suivons d’abord la vie d’Elea­nor et nous pouvons alors penser qu’il s’agit d’un roman que l’on dit « fell good », le genre est bien repré­senté chez nos amis britan­niques. Cette jeune femme, sans être autiste possède cette qualité ou ce défaut de dire la vérité telle qu’elle lui appa­raît et aussi­tôt qu’il lui semble impor­tant de la dire, c’est à dire tout de suite et surtout, elle n’a aucun des codes qui faci­litent la vie en société. Évidem­ment, cela ne lui apporte pas que des amis. elle vit seule et est enfer­mée dans des manies de vieilles filles. Voilà qu’elle tombe amou­reuse d’un jeune et beau chan­teur et pour ses beaux yeux (les yeux ont une impor­tance que l’on découvre plus tard) sa vie va bascu­ler elle se fait épiler, achète des vête­ments à la mode, va chez le coif­feur.… Sa mère avec qui elle s’en­tre­tient régu­liè­re­ment lui donne de bien curieux conseils et surtout rabaisse sa fille à la moindre occa­sion. Dis comme ça, je n’ima­gine pas que vous ayez envie de lire ce roman. Mais ce n’est que l’ap­pa­rence de ce roman. Derrière cette façade qui va se lézar­der bien vite appa­raît une toute autre histoire, triste à sanglo­ter. C’est très bien raconté et hélas crédible. Les indices de l’autre histoire sont distil­lés peu à peu dans le roman et deviennent au trois quart le cœur même du récit. On comprend alors le drame d’Elea­nor, on voudrait tant faire partie de ceux qui peuvent la conso­ler ces gens dans le récit existent, elle va peu à peu les rencon­trer. J’ai beau­coup appré­cié que ces personnes posi­tives ne soient pas trop idéa­li­sées, elles aussi ont leurs problèmes et leurs imper­fec­tions. On espère aussi qu’elle appren­dra à se proté­ger de la perver­sité et de la méchan­ceté et qu’en­fin, elle saura aller vers des personnes qui ne la détrui­ront plus. Son regard naïf impi­toyable sur les compor­te­ments humains sont souvent très drôles et cela permet d’al­ler au bout des révé­la­tions qu’E­lea­nor avait enfouies au plus loin de son incons­cient. Cela fait si mal parfois de se confron­ter à la réalité. J’ai quelques réserves sur ce roman et pour­tant je l’ai lu très vite, à la relec­ture les indices qui four­millent m’ont un peu gênée. J’ai beau­coup hésité en 3 ou 4 coquillages. Fina­le­ment j’en suis restée à 3 car je préfère le précé­dent sur un thème assez semblable. Aifelle est beau­coup plus posi­tive que moi donc à vous de déci­der.

Citations

Méconnaissance des codes sociaux

Au final, mon projet Pizza s’est révé­lée extrê­me­ment déce­vant. L’homme s’est contenté de me coller une grande boîte en carton dans les mains, de prendre mon enve­loppe, et de l’ou­vrir sans égard pour moi. Je l’ai entendu marmon­ner dans sa barbe « putain de merde » en comp­tant son contenu. J’avais amassé des pièces de 50 pence dans un petit plat en céra­mique, c’était l’oc­ca­sion idéale de les utili­ser. J’en avais glissé une de plus pour lui mais n’ai reçu aucun merci. Gros­sier person­nage.

On connait ce genre de rire

Elle a l’art de se faire rire tout seul, mais personne ne s’amuse beau­coup en sa compa­gnie.

C’est bien vrai !

J’ai remar­qué que la plupart des personnes qui portent des tenues de sport dans la vie de tous les jours sont les moins suscep­tibles de prati­quer une acti­vité athlé­tique.

Toute vérité est-elle bonne à dire ?

-Je peux aller vous cher­cher un verre, a hurlé l’homme essayant de couvrir le morceau suivant… 
-Non merci, ai-je dit Je préfère refu­ser, parce que si j’ac­cep­tais, il faudrait que je vous offre un verre en retour, et je crains de ne pas avoir envie de passer en votre compa­gnie le temps néces­saire à vider deux verres.

Le travail de graphisme

J’ai cru comprendre que les clients étaient souvent inca­pables d’ex­pri­mer leurs besoins et que, au bout du compte, les desi­gners devaient élabo­rer leurs créa­tions à partir des vagues indices qu’ils parve­naient à arti­cu­ler. Après de nombreuses heures de travail effec­tuées par toute une équipe de créa­tifs, le résul­tat était soumis à l’ap­pro­ba­tion du client, qui décla­rer alors. « Non. C’est exac­te­ment ce que je ne veux pas. »

Le proces­sus tortueux devait se répé­ter plusieurs fois avant que le client ou la cliente finissent par se décla­rer satis­fait du résul­tat. À tous les coups, disait Bob, la créa­tion vali­dée était plus ou moins iden­tique à la première œuvre propo­sée, reje­tée d’emblée par le client.

J’ai ri !

Sans doute pour libé­rer des places de parking le créma­to­rium et à un endroit très fréquenté. Je n’étais pas sûre d’avoir envie d’être inci­né­rée. Je préfé­rais l’idée de servir de nour­ri­ture aux animaux du zoo, ce serait à la fois proen­vi­ron­ne­men­tale et une belle surprise pour les grands carni­vores. Je ne savais pas si on pouvait faire cette demande. Je me suis promis d’écrire au WWF pour me rensei­gner.

Traduit de l’an­glais écosse par Céline Schwal­ler 

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

Véri­table coup cœur pour moi que je n’ex­plique pas complè­te­ment. Je vais énumé­rer ce qui m’a plu :

  • J’ai retrouvé l’am­biance des films britan­niques que j’ap­pré­cie tout parti­cu­liè­re­ment au festi­val de Dinard.
  • J’ai adoré les senti­ments qui lient les deux héroïnes, deux sœurs diffé­rentes mais qui s’épaulent pour sortir de la mouise.
  • Je suis certaine que, lors­qu’on va mal, la beauté de la nature est une source d’équi­libre.
  • Les person­nages secon­daires ont une véri­table impor­tance et enri­chissent le récit.
  • La mère va vers une rédemp­tion à laquelle on peut croire.
  • La fin n’est pas un Happy-End total mais rend le récit crédible.
  • Le carac­tère de la petite est drôle et allège le récit qui sinon serait trop glauque.

Voilà entre autre, ce qui m’a plu, évidem­ment la survie dans la nature encore sauvage des High­lands est diffi­cile à imagi­ner, pour cela il faut deux ingré­dients qui sont dans le roman. D’abord un besoin absolu de fuir la ville et ses conforts. Sal l’aî­née en fuyant l’hor­reur abso­lue de sa vie d’en­fant a commis un geste qui ne lui permet plus de vivre chez elle. Il faut aussi que les personnes soit formées à la survie en forêt, et Sal depuis un an étudie toutes tes façons de survivre dans la nature. Malgré ces compé­tences, les deux fillettes auront besoin d’aide et c’est là qu’in­ter­vient Ingrid une femme méde­cin qui a fui l’hu­ma­nité elle aussi, mais pour d’autres raisons. Sa vie est passion­nante et c’est une belle rencontre. C’est diffi­cile à croire, peut-être, mais j’ai accepté ce récit qui est autant un hymne à la nature qu’un espoir dans la vie même quand celle-ci a refusé de vous faire le moindre cadeau.

Les High­lands :

Citations

La maltraitance

J’avais envi­sagé de le racon­ter pour Robert et qu’il comp­tait bien­tôt aller dans la chambre de Peppa aussi qu’il battait m’man et qu’il était saoul et défoncé tout le temps. Mais je savais que la première chose qui se passe­rait serait qu’il se ferait arrê­ter et qu’on nous emmè­ne­rait et qu’on serait séparé parce que c’est ce qui se passait toujours. En plus personne ne croi­rait que m’man n’était pas au courant et on l’ac­cu­se­rait peut-être de maltrai­tance ou de négli­gence et elle irait en prison. J’avais lu des histoires là dessus sur des sites d’in­for­ma­tions, où la mère était condam­née et allait en prison et où le beau-père y allait pour plus long­temps parce que c’était lui qui avait fait tous les trucs horribles comme tuer un bébé ou affa­mer une petite fille, mais il disait que la mère avait laissé faire et elle se faisait coffrer aussi. Ils accusent toujours la mère d’un gamin qui se fait maltrai­ter au frap­per, mais c’est toujours l’homme qui le fait.

L’étude de la survie

Tout en atten­dant à côté du feu éteint d’en­tendre quelque chose j’ai essayé de mettre un plan au point. Les chas­seurs essaient de prévoir la réac­tion de leur proie pour savoir où et quand il les trou­ve­ront, ils savent ce qu’elles cherchent comme de l’eau et de la nour­ri­ture et ils adaptent leur propre compor­te­ment en fonc­tion. Les préda­teurs exploitent les besoins des proies pour essayer de les attra­per quand elles sont les plus vulné­rables comme lors­qu’elles font caca ou se nour­rissent.

La nature

C’était la première fois que je voyais des blai­reaux ailleurs que sur un écran et même s’ils étalent plus gros qu’on aurait pu le croire ils se dépla­çaient en souplesse avec leur dos qui ondu­lait. Les deux plus petits ont commencé à foui­ner dans la neige et les feuilles et l’un d’eux n’ar­rê­tait pas de partir et de reve­nir en courant vers les autres comme s’il voulait jouer. Le gros a humé l’air puis il est parti sur une des pistes qui venait presque droit sur nous. Les deux autres l’ont suivi et tous les trois se sont appro­chés de nous en ondu­lant et la m’man m’a saisi la main et me l’a serrée quand je l’ai regar­dée elle avait la bouche ouverte sur un immense sourire et ses yeux étaient tout écar­quillés et brillant comme si elle n’en reve­nait pas. Comme les trois blai­reaux s’ap­pro­chaient de plus en plus de notre arbre on est resté parfai­te­ment immo­bile. Ils ont conti­nué d’avan­cer et on les enten­dait grat­ter dans la neige et on voyait les poils gris et noir de leur pelage bouger et ondoyer à mesure qu’ils marchaient. À envi­ron quatre mètres de nous le gros s’est arrêté puis il a levé la tête et nous a regardé bien en face. Il nous fixait dans les yeux tandis que les deux autres avaient le nez baissé et conti­nuaient de reni­fler et de grat­ter la terre derrière lui. Ils ont levé les yeux à ce moment là et nous ont fixé tous les trois. J’avais envie de rire parce qu’ils avaient l’air carré­ment surpris avec leurs petites oreilles dres­sées. M’man relâ­chait son souffle très douce­ment. On est restées comme ça pendant que les minutes passaient dans le bois silen­cieux, maman et moi sous un arbre en train de fixer trois blai­reaux.

Traduit de l’an­glais par Chris­tine Raguet.

Une plon­gée dans la souf­france d’un homme rongé par l’al­cool, et qui a laissé sur son chemin un bébé qui a dû se débrouiller tout seul pour gran­dir. Non, pas tout seul car le geste le plus beau que son père a accom­pli, a été de le confier au seul être de valeur rencon­tré au cours de sa vie d’homme cabos­sée par une enfance bafouée, puis par la guerre, par le travail manuel trop dur et enfin par l’alc­col : « le vieil homme » saura élevé l’en­fant qui lui a été confié et en faire un homme à la façon des Indiens , c’est à dire dans l’amour et le respect de la nature. Bien sûr, cet enfant a de grands vides dans sa vie : son père qui lui promet­tait tant de choses qu’il ne tenait jamais et sa mère dont il ne prononce le nom qu’aux deux tiers du roman mais que la lectrice que je suis, atten­dait avec impa­tience. Ce roman suit la déam­bu­la­tion lente de la jument sur laquelle le père mourant tient tant bien que mal à travers les montagnes de la Colom­bie-Britan­nique, guidé par son fils qui jamais ne juge son père mais aime­rait tant le comprendre. Après Krol, Jérome Kathel, j’ai été prise par ces deux histoires, la tragé­die d’un homme qui ne supporte sa vie que grâce à l’al­cool. Et celle de son enfant qui a reçu des valeurs fonda­men­tales de celui qu’il appelle le vieil homme. Tout le récit permet aussi de décou­vrir le monde des Indiens, du côté de la destruc­tion chez le père, on vit alors de l’in­té­rieur les ravages mais aussi la néces­sité de l’al­cool. Souvent on parle de l’al­coo­lisme des Indiens, comme s’il s’agis­sait d’une fata­lité, mais au centre de ce compor­te­ment, il existe souvent des secrets trop lourds pour que les mots suffisent à les évacuer. L’en­fant en parle ainsi

C’est un peu comme un mot de cinq cents kilos

L’autre aspect, bien connu aussi du monde des Indiens, c’est l’adap­ta­tion à la nature qui remet l’homme à sa juste place sur cette planète. Et l’au­teur sait nous décrire et nous entraî­ner dans des paysages et des expé­riences que seule la nature sauvage peut nous offrir.

Citations

Être indien

Il était indien. Le vieil homme lui avait dit que c’était sa nature et il l’avait toujours cru. Sa vie c’était d’être seul à cheval, de tailler des cabanes dans des épicéas, de faire des feux dans la nuit, de respi­rer l’air des montagnes, suave et pur comme l’eau de source, et d’emprunter des pistes trop obscures pour y voir, qu’il avait appris à remon­ter jusqu’à des lieux que seuls les couguars, les marmottes et les aigles connais­saient.

L’alcool

Le whisky tient à l’écart des choses que certaines personnes ne veulent pas chez elle. Comme les rêves, les souve­nirs, les désirs, d’autres personnes parfois.

La souffrance et l’alcool

J’ai essayé de me mentir à moi-même pendant un paquet d’an­nées. J’ai essayé d’me racon­ter que ça s’était passé autre­ment. J’ai cru que j’pour­rai noyer ça dans la picole. Ça a jamais marché du tout.

Les couchers de soleil

Lors­qu’ils passèrent la limite des arbres au niveau de la crête, les derniers nuages s’étaient écar­tés et le soleil avait repris posses­sion du ciel à l’ouest. Les nuages été à présent pommelé de nuances mordo­rées et il pensa que c’était bien la seule cathé­drale qu’il lui faudrait jamais.
Photo prise dans un blog que j’aime beau­coup : rura­lité .net
oui, les couchers de soleil sont des cathé­drales !

Traduit de l’an­glais (États-Unis) par Emma­nuelle Ertel.
Livre criti­qué dans le cadre du programme Masse Critique de Babe​lio​.com


Je m’étais bien promis de ne plus répondre aux tentantes solli­ci­ta­tions de Babe­lio, non pas que ce site propose de mauvais titres mais je suis obli­gée de lire en trois semaines, et au moment de Noël mon emploi du temps est si chargé que j’ai failli ne pas tenir les délais. Il faut dire qu’un livre de 813 pages à l’écri­ture assez serrée ne se dévore pas en une soirée, d’au­tant qu’il ne s’agit pas d’un roman qui se lit faci­le­ment.

Nous entrons, en effet, très en profon­deur dans les méandres de la psycho­lo­gie de quatre amis new-yorkais, Jude, le plus mysté­rieux et celui autour duquel tourne le roman, J.B , l’ar­tiste très doué, Malcom un archi­tecte et Willem un acteur qui rencontre le succès. Bien malgré lui, Jude fait le malheur de tous ceux qu’ils croisent et il est inca­pable d’ex­pli­quer pour­quoi il souffre et fait autant souf­frir les autres malgré sa volonté de ne leur vouloir que du bien. Il faudra 700 pages à l’au­teur pour dire toute la souf­france de cet homme dont le lecteur entre­voit la teneur peu à peu. C’est peu dire que le style de cette auteure joue avec la lenteur, elle s’y complaît et cela donne encore un énorme pavé à l’amé­ri­caine. J’avais en tête la réflexion de Jean d’Or­mes­son disant qu’au­cun auteur fran­çais contem­po­rain (ou presque) n’était traduit en anglais et n’était connu aux États-Unis alors que presque tous les auteurs améri­cains sont traduits en fran­çais. Je me demande même si le lecto­rat fran­çais n’est pas visé par les éditeurs outre-atlan­tique. Je me demande aussi quel lecteur ou lectrice fran­çaise accep­te­rait de lire 900 pages sur la réus­site de quatre Pari­siens, dont l’un se scari­fie­rait pour oublier son enfance.

Bref trop lourd pour moi ce roman m’a surtout encom­brée et pour­tant il est certain que cette auteure a tout fait pour faire revivre le tragique d’une desti­née d’un homme bafoué et marty­risé dans son enfance et qui ne peut pas avoir « une vie comme les autres » malgré tous ses efforts et tout l’amour qu’il suscite quand il réus­sit à deve­nir adulte.

Citations

L’argent et les artistes sans problème d’argent

Et non seule­ment Ezra n’au­rait jamais besoin de travailler, mais ses enfants et ses petits-enfants non plus : ils pour­raient créer des œuvres médiocres, inven­dables, parfai­te­ment dénuées de talent, géné­ra­tion après géné­ra­tion, et ils auraient toujours les moyens, quand cela leur chan­te­rait, d’ache­ter des tubes de pein­ture à l’huile de la meilleure qualité ou des lofts dange­reu­se­ment spacieux dans le sud de Manhat­tan qu’ils pour­raient sacca­ger de leurs désas­treuses déci­sions archi­tec­tu­rales ; et, quand ils se fati­gue­raient de leur vie d’ar­tiste ‑et JB était convaincu qu’Ezra en aurait assez à un moment‑, il leur suffi­rait de passer un coup de fil à leur admi­nis­tra­teur fidu­ciaire pour rece­voir un énorme verse­ment, d’un montant tel qu’au­cun des quatre( à part, peut-être, Malcom) ne pouvait même imagi­ner entre­voir en toute une vie.

Les petites jeux des universitaires

Le prof de lettres clas­siques pour lequel il travaillait avait décidé de ne commu­ni­quer avec lui en latin ou grec ancien, y compris pour lui trans­mettre des instruc­tions du type : « j’ai besoin de trom­bones supplé­men­taires », ou « N’ou­bliez pas de leur deman­der de mettre un peu plus de lait de soja dans mon cappuc­cino demain matin ».

Pour les juristes

Le domaine le plus authen­tique, le plus intel­lec­tuel­le­ment stimu­lant, le plus riche domaine du droit, est de loin, et le droit des contrats. Les contrats ne se réduisent pas à des feuilles de papier vous promet­tant un travail, une maison, ou bien un héri­tage, au sens le plus pur, le plus véri­table, le plus large, les contrats régissent tous les domaines du droit. Quand nous choi­sis­sons de vivre en société, nous choi­sis­sons de vivre selon les règles d’un contrat, et de se soumettre aux règles qu’il nous dicte – la Consti­tu­tion elle-même est un contrat, certes malléable, et la ques­tion de savoir à quel point il est malléable consti­tue préci­sé­ment le lieu où droit et poli­tique se croisent‑, et ce sont les règles de ce contrat (qu’elles soient expli­cites ou non), que nous suivons quand nous nous enga­geons à ne pas tuer, à payer nos impôts et à ne pas voler. Mais dans ce cas précis, nous sommes à la fois les concep­teurs de ce contrat et lié par lui :.en tant que citoyen améri­cain, nous partons du prin­cipe que, dès la nais­sance, nous avons une obli­ga­tion de respec­ter et suivre les termes, et nous le faisons quoti­dien­ne­ment.

Le droit

Mais la justice n’est pas le seul, ni même le plus impor­tant, aspect du droit : le droit n’est pas toujours juste. Les contrats ne sont pas justes, pas toujours. Mais parfois elles sont néces­saires, ces injus­tice, parce qu’elles sont néces­saires au bon fonc­tion­ne­ment de la société. Dans ce cours, vous appren­drez la diffé­rence entre ce qui est juste et ce qui est équi­table et, ce qui est tout aussi impor­tant, la diffé­rence entre ce qui est juste et ce qui est néces­saire.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.


Encore un écri­vain qui raconte d’où il vient et, comme par hasard, ce n’est pas très gai. Notre club a discuté avec passion d’un autre livre de souve­nirs d’une écri­vaine : Chan­tal Thomas et « ses souve­nirs de la marée basse » que j’ai peu appré­cié contrai­re­ment à d’autres lectrices qui voulaient lui attri­buer un coup de cœur. Je me dois donc d’ex­pli­quer pour­quoi ce livre me fait plai­sir. Pour son humour d’abord, je me suis déjà resser­vie de la descrip­tion de Guy et sa façon de ralen­tir « au feu vert de peur qu’il ne passe à l’orange ». Dans une soirée où vous êtes avec des conduc­teurs qui racontent leurs points de permis en moins vous êtres sûr de l’éclat de rire géné­ra­lisé. J’ap­pré­cie aussi sa façon de faire revivre une époque, je recon­nais très bien les lieux et les impres­sions de sa jeunesse, la maison de campagne aux tapis­se­rie style Vasa­rély. Et surtout la gale­rie de portraits des gens qui ont peuplé son enfance est abso­lu­ment extra­or­di­naire. Commen­çons par celle qui est un person­nage de roman à elle toute seule : sa mère, qui toute sa vie aura vécu pour rendre malheu­reux les gens qui l’en­tourent sans pour autant en avoir le moindre plai­sir. Son couple avec Guy, le beau père de Hervé Le Tellier est terrible. C’est digne de Mauriac, et Bazin réunis. Le pauvre homme comment a‑t-il pu suppor­ter tout cela, le mystère est entier. Elle semble ne l’avoir jamais aimé, ni lui ni sa famille dont elle jalouse les titres de noblesse. Elle est tout entière dans la rancœur et dans la jalou­sie. le père biolo­gique (dont elle a effacé même le nom !) est tota­le­ment absent et ne cherche pas du tout à connaître son fils.

Pour­tant, cet auteur ne fait pas une pein­ture si sombre de son enfance, il y a des portes de sorties à cet univers aigri et amer, ses grands-parents, une tante plus libre que sa mère. Et surtout comme dit l’au­teur lui même

« Je n’ai pas été un enfant malheu­reux, ni privé, ni battu, ni abusé. Mais très jeune, j’ai compris que quelque chose n’allait pas, très tôt j’ai voulu partir, et d’ailleurs très tôt je suis parti.
Mon père, mon beau-père sont morts, ma mère est folle. Ils ne liront pas ce livre, et je me sens le droit de l’écrire enfin. Cette étrange famille, j’espère la racon­ter sans colère, la décrire sans me plaindre, je voudrais même en faire rire, sans regrets. Les enfants n’ont parfois que le choix de la fuite, et doivent souvent à leur évasion, au risque de la fragi­lité, d’aimer plus encore la vie. »

Enfin ce livre tient surtout par la qualité de son style, cet humour en distance et un peu triste donne beau­coup de charme à ce récit.

Citations

Sa mère et les mensonges

J’ai compris pour­tant vite qu’il était diffi­cile d’ac­cor­der le moindre crédit à ce que ma mère racon­tait. Ce n’était pas qu’elle aimât parti­cu­liè­re­ment mentir, mais accep­ter la vérité exigeait trop belle. Elle accu­mu­lait ainsi les mensonges, et elle les impo­sait à tous.

Ce que cache le dévouement

La mala­die de mon grand-père fut l’oc­ca­sion pour ma mère de se lancer dans une course au dévoue­ment dont, pour plus de sûreté, elle posa les règles. Elle insista pour le conduire à l’hô­pi­tal pour chaque trans­fu­sion. C’était souvent très tôt le matin et Raphaëlle, qui habi­tait plus loin et devait dépo­ser ses enfants à l’école, partait avec handi­cap. Et lors­qu’elle se libé­rait pour l’emmener, la cadette se joignait à eux, ne suppor­tant ni d’être supplan­tée dans l’ab­né­ga­tion ni de lais­ser son père seul avec Raphaëlle. Cette dernière finit par se décou­ra­ger. Ma mère ne cessait jamais de le lui repro­cher, tout en signa­lant l’exem­pla­rité de son propre sacri­fice. Cas remar­quable de désin­té­res­se­ment inté­ressé.

Portrait de Guy

Guy, ainsi, portait la cravate. A priori – ceci posé pour rassu­rer tout lecteur cravaté‑, on n’en saurait rien déduire. D’au­tant que c’était une cravate simple en soie , passe-partout, ni slim, trop décon­tracté, ni en tricot, trop risquée car il n’eût su avec quoi la porter. Elle était presque toujours unie, dans les bleus profonds, mais il arri­vait qu’une très fines rayures l’égayât. Je lui avais offert des cravates d’autres colo­ris, ou aux motifs fantai­sie, en vain. Elles avaient échoué au fond d’un tiroir, au mieux. Les autres, une cinquan­taine, étaient suspen­dues à une longue double tringle métal­lique dans son placard et j’au­rais été bien inca­pable de les distin­guer entre elles.
Il était trop court de buste et pas assez fort de col, et il choi­sis­sait ces cravate trop longues. Il avait beau en coin­cer l’ex­tré­mité dans le panta­lon, elle finis­sait toujours par s’échap­per, pour flot­ter de manière incon­trô­lée sur la boucle de cein­ture.
J’ignore d’où lui venait son goût pour cette bande d’étoffe déco­ra­tive. Ensei­gner l’an­glais dans le secon­daire n’exi­geait guerre qu’il en portât une. J’ima­gine qu’in­cons­ciem­ment il s’agis­sait pour lui d’éta­blir avec ses élèves une ligne Magi­not vesti­men­taire infran­chis­sable. A moins que la tradi­tion anglaise, « Tie », qui signi­fie aussi, « lien », « attache », ne soit une clef d’ana­lyse. Quoi qu’il en soit, une fois rentré chez nous il ne la reti­rait pas, ne desser­rait même pas le col. Long­temps je mis cela sur le compte de la fatigue. Arriva l’âge de la retraite. Il ne l’aban­donna pas. Il nouait son nœud tous les matins, par tous temps, en toutes circons­tances. Il la portait indif­fé­rem­ment sous une veste, sous un pull, un blou­son, un anorak, tout cela conver­geant pour lui confé­rer l’al­lure d’un vigile d’une société de gardien­nage. Au sport d’hi­ver, ses mauvais genoux l’empêchaient de skier mais il y emme­nait parfois mon fils, il portait la cravate jusqu’au bas des pistes de ski, et il pouvait même manger une fondue, cravaté, dans les restau­rants d’al­ti­tude. J’ai la photo. L’ôter pour dormir où se baigner devait être un déchi­re­ment.
Son confor­misme était si extrême qu’il confi­nait à l’ori­gi­na­lité.

Toujours Guy qui devait énerver plus d’une personne sur la route

Nous démar­rions alors, mais seule­ment après que le siège eut été réglé au milli­mètre, et les rétro­vi­seurs repo­si­tion­nés. Sortir en créneau de sa place lui prenait plus de temps qu’il en eut fallu à quiconque pour y entrer. Au premier feu trico­lore, il ralen­tis­sait malgré le vert pour éviter de passer à l’orange. Et lorsque le feu quit­tait le rouge, il n’ar­riva jamais que la voiture qui nous suivait ne klaxon­nât pas au moins une fois.

Quand son humour rejoint celui de Jean Louis Fournier

Une église sur le fron­ton de laquelle était écrit : « Ah qu’il est bon le bon Dieu ! » Ce n’était pas de l’hu­mour, d’au­tant qu’à tout prendre, un « Ah qu’elle est vierge la Vierge Marie ! » eut été plus amusant.

Traduit de l’an­glais (Etats-Unis) par Marie-Claude Peugeot.

J’ai lu ce roman grâce à la blogo­sphère, je mettrai les liens si, sur un commen­taire, je recon­nais celui où celle qui aime cet auteur. ( J’ai perdu la réfé­rence du blog où j’ai noté ce nom, c’était au début de l’été 2017.)

Le titre améri­cain est « I know this much is true ». Ces deux titres révèlent une vérité du roman mais pas exac­te­ment la même, le titre améri­cain insiste sur la tension qui sous tend tout le roman. On sent que Domi­nick, le narra­teur qui essaie de sauver son frère Thomas, schi­zo­phrène, des griffes d’une insti­tu­tion psychia­trique répres­sive après qu’il s’est tran­ché la main dans les locaux de la biblio­thèque, va dévoi­ler peu à peu une enfance terrible qui cache des drames qui l’empêchent aujourd’­hui de reprendre pied dans sa vie. Le titre fran­çais repré­sente le point final du roman, on ne peut construire sa vie qu’en accep­tant les diffé­rents aspects de sa propre person­na­lité. Thomas le fragile, le malade, le protégé de la mère des deux jumeaux est fina­le­ment plus fort que le bouillant et toujours en colère Domi­nick, enfin c’est une façon de parler car Thomas est du côté du malheur et la répres­sion s’abat sans pitié sur lui, la soit-disant force des vain­cus est de savoir recon­naître en chacun de nous cette part de faiblesse, c’est alors que « les vain­cus sont puis­sants » .

Wally Lamb nous plonge dans l’his­toire d’une famille « dysfonc­tion­nelle » (j’emprunte ce mot à Pat Conroy élevé à la dure lui aussi par un ancien Marine). La diffé­rence est que Ray n’est pas le géni­teur des enfants, il a épousé la mère et reconnu les jumeaux. Durant toute leur enfance, il n’aura pour but que d’en faire de braves petits soldats et les endur­cir pour affron­ter un monde qu’il sait ne faire aucune place aux faibles. Domi­nick s’en sort à sa façon, il affronte avec bravache cette éduca­tion, mais Thomas réagit par les pleurs. Plus sa mère le protège, plus Ray s’énerve jusqu’à une scène terrible qui arrive après 900 pages. C’est le reproche que je fais à ce roman pour­quoi faut-il à cet auteur 976 pages pour accou­cher de cette souf­france qui dévore toute une vie ? Bien sûr ce roman nous permet de visi­ter les bas-fonds des hôpi­taux psychia­triques améri­cains, de parta­ger les tensions de l’ar­ri­vée des immi­grants italiens, de revivre le racisme ordi­naire contre les indiens et les noirs, et de comprendre que la peur d’avoir du sang noir dans les veines a provo­qué bien des secrets, que rien n’est pire que statut de fille mère … Bref nous sommes avec les vain­cus souvent et il est vrai que nous mesu­rons qu’eux aussi on fait la force de ce grand pays. Mais j’au­rais aimé un peu plus de conci­sion, même si je comprends que le rythme de cette écri­ture vient du dévoi­le­ment progres­sif que Domi­nick réalise grâce à une théra­pie très doulou­reuse. Au bout de tant d’hor­reurs, la fin heureuse a mis un peu de baume sur mon cœur telle­ment meur­tri surtout quand je lis pendant des pages et des pages les souf­frances que l’on peut faire subir à des gens sans défense dans les hôpi­taux psychia­triques.

Citations

La dernière phrase

L’amour gran­dit dans le riche terreau du pardon ; les bâtards font de bons chiens ; La preuve de l’exis­tence de Dieu réside dans la pléni­tude des choses.

Le sens du roman avec le titre français

Je suis profes­seur d’his­toire américaine(.….)mes élèves tirent, je l’es­père, la leçon que j’ai moi même tirée : l’abus de pouvoir nuit à l’op­pres­seur autant qu’à l’op­primé.

L’amitié entre garçons

« Comment peux-tu fréquen­ter le trou du c… le plus notoires de tout le lycée ? » me deman­dait constam­ment Thomas l’été ou Léo et moi étions ensemble au rattra­page d’al­gèbre. Certes, Léo était un vrai trou du cul, je le savais. Mais, je le répète, il était aussi tout ce que mon frère et moi n’étions pas : sans complexe, insou­ciant, et hyper drôle. Son toupet phéno­mé­nal nous avait fait accé­der à toutes sortes de plai­sirs inter­dits que mon béni-oui-oui de fran­gin aurait désap­prouvé, et qui m’au­rait valu des rossées de mon beau-père : les films clas­sés X du drive-in de la route 165, le champ de courses de Narra­gan­sett, un maga­sin de vins, spiri­tueux sur la route de Pachaug Pond qui accor­dait aux mineurs le béné­fice du doute. Ma première cuite magis­trale, je l’ai prise dans la voiture de la mère de Léo, à la Cascade en fumant des ciga­rettes et en faisant circu­ler une bouteille de Bali Hai. J’avais 15 ans.

Les expérimentations sur les malades mentaux

Les années 70 et 78 avaient été fastes. À cette époque-là, consi­dé­rant qu’en fin de compte Thomas n’était pas maniaco-depres­sif, on avait arrêté le lithium pour le rempla­cer par de la stela­zine. Puis le Dr Brad­bury avait pris sa retraite, et ce connais de Dr Shoo­ner, ce nabot qui suivait désor­mais mon frère, avait décrété que, si ça marchait avec six milli­grammes de stela­zine par jour, ça marche­rait d’au­tant mieux avec dix-huit. Il me semble encore tenir ce petit char­la­tan par les revers de son veston de tweed comme le jour où j’ai trouvé Thomas assis, para­lysé, l’oeil vitreux, la langue pendante, bavant sur sa chemise.

Les bibliothèques

Autre­fois, le métier de biblio­thé­caire était un métier agréable ‑après tout elle aimait bien les gens. Mais à présent, les biblio­thèques étaient à la merci des lais­sés-pour-compte et des sans-abris du quar­tier. Des gens qui se fichaient éper­du­ment des livres et de l’in­for­ma­tion. Qui venaient s’as­seoir là comme des légumes ou se préci­pi­taient aux WC toutes les cinq minutes. 

Le destin et l’amour d’un fils pour sa mère

J’étais celui qui en voulait le plus au destin de l’avoir grati­fiée d’abord d’un mari incons­tant, puis d’un fils schi­zo­phrène, avant de reve­nir lui taper sur l’épaule pour lui filer le cancer. Or je prou­vais seule­ment que j’étais celui qui refu­sait le plus obsti­né­ment de se rendre à l’évi­dence. Si je me donnais tant de mal et si je faisais les frais de lui offrir une cuisine neuve, elle avait inté­rêt à vivre assez long­temps pour en profi­ter.

Plon­gée dans des œuvres très longues et trop sérieuses, j’ai eu besoin de lire un livre qui me fasse sourire. Ce pauvre petit Icare, qui préfère (et de loin) qu’on l’ap­pelle Cour­gette, a réussi à me faire passer une excel­lente soirée. J’ai reco­pié le début du livre pour donner l’idée du ton et de la façon de racon­ter. Derrière ce qui n’est qu’une fable autour de l’en­fance malheu­reuse, appa­raissent aussi tous les récits des enfants qui sont broyés par des parents injustes et violents. J’ai quand même été un peu agacée par le côté « tout finira bien » pour notre petite « Cour­gette » qui voulait voir la vie en couleurs. La vie de cet enfant avait tout pour finir en tragé­die, une mère alcoo­lique et violente, un père tota­le­ment absent. Le roman commence alors que, par malheur, il tue sa mère croyant « tuer » le ciel que sa mère invoque sans cesse pour expli­quer tous ses malheurs. Un gendarme au grand cœur, va être touché par ce petit bonhomme et va faire de son mieux pour l’ai­der à sortir de ce marasme.

Le charme du roman vient du style, l’en­fant ne comprend aucune image ni cliché, si son père est parti avec une poule, c’est pour lui une poule comme celle qui sont dans la cour de ses voisins paysans. Le procédé est assez répé­ti­tif et j’ai du mal à croire qu’un enfant de 9 ans soit aussi peu capable de compré­hen­sion au deuxième degré de sa propre langue. Ensuite, sa naïveté est trop totale et trop pure. J’ai donc des réserves sur ce roman, mais cela ne m’a abso­lu­ment pas empê­ché de le lire avec grand inté­rêt. Comme je l’ai dit, c’est une fable et je souhaite qu’elle vous fasse autant de bien qu’elle m’en a fait et je souhaite aussi que les enfants mal-aimés trouvent tous un homme ou une femme qui les aimera assez fort pour les remettre sur le chemin de l’es­poir et de la vie.

Le début

Depuis tout petit, je veux tuer le ciel à cause de maman qui me dit souvent :

- Le ciel, ma cour­gettes, c’est grand pour nous rappe­ler qu’on est pas grand-chose dessous.
- La vie, ça ressemble en pire à tout ce gris du ciel avec ces salo­pe­ries de nuages qui pissent que du malheur.
-Tous les hommes ont la tête dans les nuages. Qu’ils y restent donc, comme ton abruti de père qui est parti faire le tour du monde avec une poule.
Des fois, maman dit n’im­porte quoi.
J’étais trop petit quand mon papa est parti, mais je vois pas pour­quoi il aurait emmené une poule au voisin pour faire le tour du monde avec. C’est bête une poule : ça boit la bière que je mélange aux graines et après ça titube jusqu’au mur avant de s’écrou­ler par terre.
Et c’est pas sa faute si maman raconte des bêtises pareilles. C’est à cause de toutes ces bières qu’elle boit en regar­dant la télé.
Et elle râle après le ciel et elle me tape dessus alors que j’ai même pas fait de bêtises.
Et je finis par me dire que le ciel et les coups ça va ensemble.
Si je tue le ciel, ça va calmer maman je pour­rais regar­der tran­quille la télé sans me prendre la raclée du ciel.

L’amour

La petite fille s’ap­pelle Camille.
Je pense à elle, même quand elle est là.

Traduit de l’an­glais (États-Unis) par Marie Bisse­riex. Livre lu grâce à Babe­lio et offert par les éditions « le nouveau pont ».


Pat Conroy fait partie des auteurs qui savent me trans­por­ter dans un autre monde et dans un autre genre de vie. J’ai lu tous ses romans et sa mort m’a touchée. Le monde dans lequel il me trans­porte, c’est la Loui­siane ou l’Ala­bama. Il sait me faire aimer les états du Sud, pour­tant souvent peu sympa­thiques. Il faut dire qu’il vient d’une famille pour le moins non-conven­tion­nelle : sa mère qui se veut être une « parfaite dame du Sud », n’est abso­lu­ment pas raciste, car si elle est en vie, c’est grâce à une pauvre famille de fermiers noirs qui l’a nour­rie alors qu’elle et ses frères et sœurs mouraient de faim pendant la grande dépres­sion. Le racisme, l’au­teur le rencon­trera autant à Chicago dans la famille irlan­daise qu’à Atlanta mais sous des formes diffé­rentes. L’autre genre de vie, c’est sa souf­france et sans doute la source de son talent d’écri­vain : une famille « dysfonc­tion­nelle », un père violent et des enfants témoins d’une guerre perfide entre parents dont ils sont toujours les premières victimes.

Ce livre est donc paru (en France ?) après la mort de son auteur et explique à ses lecteurs pour­quoi malgré cette enfance abso­lu­ment abomi­nable il s’est récon­ci­lié avec ses deux parents. Il montre son père « le grand Santini » sous un jour diffé­rent grâce au recul que l’âge leur a donné à tous les deux. Cet homme aimait donc ses enfants autant qu’il les frap­pait. Il était inca­pable du moindre mot de gentillesse car il avait peur de les ramol­lir. Plus que quiconque le « grand Santini » savait que la vie est une lutte terrible, lui qui du haut de son avion a tué des milliers de combat­tants qui mena­çaient les troupes de son pays. Un grand héros pour l’Amé­rique qui a eu comme descen­dance des enfants qui sont tous paci­fistes.

Pat Conroy a fait lui même une univer­sité mili­taire, et il en ressort écœuré par les compor­te­ments de certains supé­rieurs mais aussi avec une certaine fierté de ce qu’il est un … « Améri­cain » . Il décrit bien ces deux aspects de sa person­na­lité, lui qui pendant deux ans est allé ensei­gner dans une école où il n’y avait que des enfants noirs très pauvres. Il dit plusieurs fois que l’Amé­rique déteste ses pauvres et encore plus quand ils sont noirs. Mais il aime son pays et ne renie pas ses origines.

On retrouve dans cette biogra­phie l’écri­ture directe et souvent pleine d’hu­mour et déri­sion de cet écri­vain. Il en fallait pour vivre chez les Conroy et s’en sortir. On recon­naît aussi toutes les souf­frances qu’il a si bien mises en scène dans ses romans. On peut aussi faire la part du roma­nesque et de la vérité, enfin de la vérité telle qu’il a bien voulu nous la racon­ter. Ce livre je pense sera indis­pen­sable pour toutes celles et tous ceux qui ont lu et appré­cie Pat Conroy

Citations

Un des aspect de Pat Conroy son estime pour certains militaires

À la dernière minute de ma vie surmi­li­ta­ri­sée, j’avais rencon­tré un colo­nel que j’au­rais suivi n’im­porte où, dans n’im­porte quel nid de mitrailleuse et avec lequel j’au­rais combattu dans n’im­porte quelle guerre. Ce colo­nel, dont je n’ai jamais su le nom, me permit d’avoir un dernier aperçu du genre de soldat aux charmes desquels je succombe toujours, dévoués, impar­tiaux et justes. C’est lui qui me flan­qua à la porte et qui me renvoya dans le cours de ma vie.

Genre de portrait que j’aime

Sa rela­tion avec la vérité était limi­tée et fuyante ‑mais son talent pour le subter­fuge était inven­tif et insai­sis­sable par nature.

Toute famille a son barjot

Autant que je sache, chaque famille produit un être margi­nal et soli­taire, reflet psycho­tique de tous les fantômes issus des enfers plus ou moins grands de l’en­fance, celui qui renverse le chariot de pommes, l’as de pique, le cheva­lier au cœur noir, le fouteur de merde, le frère à la langue incon­trô­lable, le père brutal par habi­tude, donc qui essaie de tripo­ter ses nièces, la tante trop névro­sée pour jamais quit­ter la maison. Parler moi autant que vous voulez des familles heureuses mais lâchez-moi dans un mariage ou dans un enter­re­ment et je vous retrou­ve­rai le barjot de la famille. Ils sont faciles à repé­rer.

Son père

Les années les plus heureuse de mon enfance étaient celles où Papa partait à la guerre pour tuer les enne­mis de l’Amé­rique. À chaque fois que mon père décol­lait avec un avion, je priais pour que l’avion s’écrase et que son corps se consume par le feu. Pendant trente et un ans, c’est ce que j’ai ressenti pour lui. Puis j’ai moi-même déchiré ma propre famille avec mon roman sur lui, « Le grand Santini ».

Humour que l’on retrouve dans les romans de Pat Conroy

-Ton oncle Joe veut te voir. Il habite dans un bus scolaire avec vingt-six chiens.
-Pour­quoi ?
- Il aime les chiens, je crois. Ou alors les bus scolaires

La sœur poète et psychotique

Ma sœur Carole Ann a vécu une enfance vaillante et sans louange mais surtout une enfance d’une soli­tude presque insup­por­table. Elle aurait été un cadeau pour n’im­porte quelle famille mais passa inaper­çue la plupart du temps. À tout point de vue, c’était une jolie fille qui n’ar­ri­vait pas à la hauteur des attentes des mesures et de sa mère. Malgré elle, Peg Conroy avait le don insensé de faire croire à ses filles qu’elles étaient moches.

Son rapport à l’Irlande

Dans mon enfance, tout ceux qui me frap­paient était irlan­dais, depuis mon père, ses frères et ses sœur, jusqu’aux nonnes et aux prêtres qui avaient été mes ensei­gnants. Je perce­vais donc l’Ir­lande comme une nation qui haïs­sait les enfants et qui était cruelle envers les épouses.

L’éloge funèbre de Pat Conroy à son père

Il ne savait pas ce qu’é­tait la mesure, ni même comment l’ac­qué­rir. Donald Conroy est la seule personne de ma connais­sance dont l’es­time de soi était abso­lu­ment inébran­lable. Il n’y avait rien chez lui qu’il n’ai­mait pas . Il n’y avait rien non plus qu’il aurait changé. Il adorait tout simple­ment l’homme qu’il était et allait au devant de tous avec une parfaite assu­rance. Papa aurait d’ailleurs aimé que tout le monde soit exac­te­ment comme lui.

Son obsti­na­tion été un art en soi. Le grand Santini faisait ce qu’il avait à faire, quand il le voulait et malheur à celui qui se mettait en travers de son chemin.

Je dois cette lecture à Krol qui sait si bien ne pas racon­ter les livres qu’elle appré­cie. L’en­nuie c’est qu’elle dit aussi qu’il vous faut fuir les billets qui en disent trop . Alors ? lirez vous le mien jusqu’au bout ? Tant pis, je me lance. Ce roman est en deux parties, dans la première le père humo­riste célé­bris­sime est le narra­teur et le person­nage prin­ci­pal. On le suit dès son enfance, marquée par un père qui ne l’a jamais compris et un acci­dent qui rendra son frère para­plé­gique. Cela ternit à jamais sa possi­bi­lité d’être heureux car il se sent respon­sable. Son succès comme humo­riste lui permet de sortir de sa condi­tion de Fran­çais moyen, mais creuse peu à peu, entre son fils et lui un désert aride où l’in­com­pré­hen­sion est la règle. Ce grand comique se vide peu à peu de sa substance et alors que la France entière se tord de rire à ses blagues, son fils est de plus en plus absent de sa vie. L’ex­pli­ca­tion nous est donnée dans la deuxième partie dont le narra­teur devient le fils, celui-ci n’a vécu le succès de son père que comme une trahi­son et une absence de plus en plus lourde d’abord, puis de plus en plus indif­fé­rente. Ces deux êtres trou­ve­ront-ils le moyen de se rencon­trer. Sous le regard critique de Krol, je ne peux évidem­ment en dire plus. Pour­quoi ne suis-je pas plus embal­lée par ce roman ? J’ai adoré la première partie qui décrit très bien ce que le succès peut avoir à la fois d’en­ivrant et de destruc­teur. La descrip­tion de l’en­trée en scène de cet humo­riste devant des milliers de spec­ta­teurs est criante de vérité. mais la deuxième partie m’a beau­coup moins plu. Et en plus, elle est trop évidente. On devine très faci­le­ment les ressorts psycho­lo­giques des deux person­nages et le carac­tère narcis­sique du fils m’a semblé très convenu. J’es­père ne pas en avoir trop dit, si l’an­goisse de la scène veut dire quelque chose pour vous, lisez ce livre j’ai rare­ment lu une descrip­tion aussi réaliste.

Citations

Comme je comprends

Prendre le train était toujours un moment très anxio­gène pour lui ; il avait systé­ma­ti­que­ment peur d’arriver en retard à la gare, il fallait qu’il regarde plusieurs fois le quai indi­qué sur le panneau d’affichage pour être sûr de ne pas se trom­per. Paris Saint-Lazare : voie 3. Il véri­fiait le numéro du train sur son ticket, puis sur l’écran de télé­vi­sion accro­ché en l’air. Plusieurs fois. S’assurait qu’il se trou­vait bien sur la voie 3. Plusieurs fois. Et, arrivé dans l’Inter-cité, il ne pouvait s’empêcher de deman­der au premier passa­ger croisé : « Est-ce que ce train va bien à Paris ? »

Ne pas faire comme son père

Parce que Édouard a voulu « pous­ser » Arthur, trop fort sans doute. À avoir souf­fert d’un père qui ne croyait pas en lui, il s’est persuadé que c’était tout l’inverse qu’il fallait à son enfant. Il se devait de l’encourager, le forcer à se dépas­ser. Alors quand son gamin a eu l’idée, à cinq ans à peine, de s’amuser à faire parler ses marion­nettes en peluche, Édouard n’a eu de cesse de l’encourager dans cette voie, tu as un don, il ne faut pas le gâcher, entraîne-toi ! 

La fin d’un amour

Tout au fond de son cœur, Édouard sait que cette fois, c’est la fin, la vraie. Celle contre laquelle on ne peut plus lutter, celle qui est déjà arri­vée à pas de loup même si on ne s’en était pas aperçu jusqu’à présent, celle qu’il faut seule­ment accep­ter, le plus digne­ment possible, même si on sait qu’après coup, la douleur semblera insur­mon­table, qu’il faudra la noyer, l’assommer, la muse­ler à tout prix pour qu’elle reste silen­cieuse. – Je parti­rai demain matin, sauf si tu préfères que j’aille à l’hôtel ce soir. – Ne raconte pas n’importe quoi, on ne va pas deve­nir des étran­gers l’un pour l’autre… Tu peux rester, profi­ter d’Arthur quelques jours… – Non, j’ai du boulot de toute façon, tout un tas de trucs à gérer à Paris.

L’artiste

Tu sais, je suis persua­dée que la plupart des artistes ont un besoin de recon­nais­sance et d’affection supé­rieur aux autres, ils ont en eux cette soif viscé­rale d’être appré­ciés, d’être aimés.