Édition Albin Michel. Traduit de l’ita­lien par Domi­nique Vittoz.
A obtenu un coup de cœur au club de lecture de la média­thèque de Dinard

Le point de départ de ce roman écrit par une jeune auteure italienne est un fait véri­dique Margot Wölk a bien été recru­tée parmi dix autres femmes pour goûter les plats d’Hit­ler , quand celui-ci était dans ce qu’on appe­lait alors « la tanière du loup » et qui est aujourd’­hui en Pologne. À partir de ce récit que vous pouvez entendre si vous cliquez sur ce lien, vous saurez ce qui a déclen­ché l’en­vie pour l’au­teure de racon­ter cette histoire et d’en faire un roman. Les lectrices du club étaient très élogieuses, je le suis un peu moins. C’est compli­qué pour une femme jeune et étran­gère de rendre avec préci­sion l’am­biance entre des femmes sous le régime nazi. Elle a imaginé des rapports plus proches de la cama­ra­de­rie de lycéennes et puis comme elle est italienne elle y a mêlé une histoire d’amour. Pour faire plus véri­dique et plus tragique, il y a, aussi, une jeune fille juive parmi les goûteuses. Tout ce que l’au­teure a imaginé est plau­sible mais cela en dit davan­tage sur la façon dont les Italiens se racontent le nazisme . Quand on écoute Margot Wölk on sent que ses souve­nirs sont surtout marqués par les viols des soldats russes, plus que par son rôle de goûteuse des plats d’Hit­ler. Tout ce qui concerne ce crimi­nel psycho­pathe inté­resse les gens, et ce roman doit son succès à cela mais il n’est pas pour autant raco­leur. Disons qu’il n’est pas indis­pen­sable à la connais­sance de ce qui s’est passé en Alle­magne et surtout, j’ai plus tendance à croire les auteurs germa­niques qui, eux ou leurs ancêtres, ont vécu cette période.

Citation

Son mari lui écrit cette lettre du front russe

« Ils sont deux à ne pas avoir compris qu’il fait froid en Russie, m’avait-il écrit. L’un est Napo­léon. » Il n’avait pas mentionné l’autre par prudence.

Édition Albin Michel

Traduit de l’ita­lien par Fran­çois Brun

lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

Je suis déso­lée pour ma biblio­thé­caire préfé­rée, je n ai pas réussi à aimer ce roman, je l’ai en grande partie parcouru en sautant les passages qui m’ar­ra­chaient des larmes. Non pas qu’il ne soit pas bien mais il est trop dur . Tous ces êtres humains par milliers que des passeurs entassent dans des embar­ca­tions en sachant fort bien que la plupart péri­ront mer c’est abso­lu­ment insup­por­table. Mais pour­quoi pour­quoi des gens se laissent-ils conduire à cette mort plus que probable ? Ce n’est pas le sujet du livre. Le sujet c’est cette île dont le nom à te donner à nos oreilles, pendant de longues années : » Lampe­dusa » .
Comment vivent tous les habi­tants de cette île ? C’est vrai que c’est un point de vue que l’on n’a peu entendu et c’est pour cette raison qu’il a été choisi pour être lu à notre club. Qu’est ce qu’il se passe quand des cadavres viennent s’échouer sur vos plages ? et bien quelles que soient vos opinions poli­tiques, vous ferez tout pour sauver un maxi­mum de personnes.
L’au­teur a choisi de passer trois ans à Lampe­dusa , il y rencontre le maxi­mum d’ha­bi­tants de cette île, tous habi­tés par des récits qui sont aussi horribles que ce que vous pouvez imagi­ner et plus encore. L’au­teur parle aussi de son père méde­cin et de son oncle atteint d’un cancer dont il ne guérira pas. Les histoires de naufrages sont telle­ment atroces que je lisais avec soula­ge­ment la descente vers la mort de son oncle bien aimé. Comme son père le dit un moment, je me suis demandé à quoi sert ce genre de témoi­gnages, puisque visi­ble­ment rien ne peut arrê­ter ceux qui fuient leur pays, et des tortion­naires Libyens avides d’argent faciles seront toujours là pour les pous­ser sur des bateaux de fortune après les avoir tortu­rés, rançon­nés et violés pour les femmes. Je ne mets aucun coquillages à ce livre à vous de juger si vous voulez le lire .

Citations

Le métier de médecin

En tant que méde­cin , je récolte une foule d’in­dices pour les assem­bler et leur trou­ver un sens : des symp­tômes , des signes, des résul­tats d’ana­lyses. Au fond, ce métier, c’est ça : faire la somme des symp­tômes, des signes, des analyses prati­quées et cher­cher l’ex­pli­ca­tion. On pose une hypo­thèse diag­nos­tique, puis on examine ce qui la corro­bore. Pour ça, je dois pouvoir m’orien­ter, savoir quoi cher­cher et quoi regar­der. La méde­cine d’au­jourd’­hui est aveugle, ces examens tous azimuts sont bien la preuve que le méde­cin ne sait plus regar­der.

Utilité des photos

La photo­gra­phie te met face à une réalité : la petite fille nue qui crie et qui pleure, le mili­cien qui meurt, l’en­fant syrien noyé ‑une des photos les plus terribles, on a eu raison de la prendre et de la publier. Et cette réalité est une douleur, immense, lanci­nante. Pour­tant, malgré cette souf­france qui nous est donnée à voir, nous ne compre­nons pas plus. Qu’est-ce qui a changé, au bout du compte ?

L’horreur

Le corps est un jour­nal intime où se lisent les événe­ments des derniers jours de la vie. La raideur de certains muscles dit l’ex­trême priva­tion d’eau. La faible présence de chair dans la cage thora­cique témoigne de l’ab­sence de nour­ri­ture pendant de longues périodes. Les lésions sont les signes visibles d’une grande violence subie, dans les prisons libyenne comme sur le bateau. Pendant la traver­sée, certains sont tués à coups de bâton devant les autres pour que ceux-ci comprennent que protes­ter, où deman­der de l’eau est puni par la mort immé­diate. Géné­ra­le­ment, les corps sont jetés à la mer. Il arrive aussi que ceux qui ose se plaindre des condi­tions du voyage soient lancés vivants dans les vagues.

Traduit de l’ita­lien par Daniele Valin

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

Après « Le jour avant le bonheur » et « Le Tort du Soldat » voici ma troi­sième lecture de cet auteur et un vrai coup de cœur . C’est un roman très court, parfai­te­ment écrit qui embarque le lecteur dans le monde de la montagne, des chamois et des bracon­niers. Plus exac­te­ment d’un bracon­nier qui a consa­cré sa vie à la chasse, et d’un superbe chamois qui a passé la sienne à l’évi­ter. Les évoca­tions de la nature sont pleines de charmes et de poésie et sont parfois belles à couper le souffle. Le temps de la lecture on respire un air diffé­rent et de cette lutte impla­cable personne ne sortira vain­queur. J’ai aimé l’écri­ture économe autant que somp­tueuse (bravo à la traduc­trice !) , ce roman a sa place dans toutes les biblio­thèques des amou­reux de la nature et les protec­teurs du monde animal mais dépasse large­ment ce cadre. Voilà bien l’illus­tra­tion du pouvoir de la litté­ra­ture car ce sont deux sujets qui sont souvent loin de mes préoc­cu­pa­tions et pour­tant, j’ai tout aimé dans ce roman.

Citation

Une bien jolie évocation

Les sabots des chamois sont les quatre doigts d’un violo­niste. Ils vont à l’aveu­glette sans se trom­per d’un milli­mètre. Ils giclent sur des à‑pics, jongleurs en montée , acro­bates en descente, ce sont des artiste de cirque pour le public des montagnes. Les sabots des chamois s’agrippent à l’air. Le cal en forme de cous­si­net sert de silen­cieux quand il veut, sinon l’ongle divisé en deux est une casta­gnette de flamenco. Les sabots des Chamois sont quatre as dans la poche d’un tricheur. Avec eux, la pesan­teur est une variante du thème, pas une loi.

L homme et le chamois

Le chas­seur avait suivi des cerfs, des chevreuils, des bouque­tins, mais plus de chamois, ces bêtes qui courent à la perfec­tion au-dessus des préci­pices. Il recon­nais­sait une pointe d’en­vie dans cette préfé­rence. Il avan­çait sur les parois à quatre pattes sans une once de leur grâce, sans l’in­sou­ciance du chamois qui laisse aller ses pieds, la tête haute. L’homme pouvait aussi faire des ascen­sions bien plus diffi­ciles, monter tout droit là où eux devaient faire le tour, mais il était inca­pable de leur compli­cité avec la hauteur. Eux vivaient dans son inti­mité, lui n’était qu’un voleur de passage.

Traduit de l’italien par Elise GRUAU. Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Roman qui se lit agréa­ble­ment mais je pense que je l’ou­blie­rai assez vite. Il raconte cepen­dant un point de vue inté­res­sant, une jeune femme, fille d’un artiste reconnu et célèbre, part avec celui qui n’a pas su être un père dans un voyage à travers l’Italie alpine . On sent tout de suite que c’est leur dernière chance de se comprendre : tant de choses les ont sépa­rés. Elle est la fille d’un couple qui n’a pas su s’aimer et d’un père célèbre trop souvent absent. Elle est la femme d’un mari qui ne la fait plus rêver et la mère d’une petite fille qu’elle aime de toutes ses forces. Il faudra du temps pour que ce père mutique et fuyant arrive à lui faire comprendre qui il est : au-delà de l’artiste célèbre et consa­cré se cache un enfant blessé et un homme meur­tri. Accep­tera-t-elle de quit­ter sa posi­tion de victime (qu’elle est) pour lui tendre la main ? Ce qui est certain c’est qu’elle ne sortira pas indemne de ce voyage vers une Italie des origines où se mêlent aux drames d’une enfance tragique des forces mysté­rieuses et magiques.

Pour que cette histoire soit plau­sible, c’est à dire pour comprendre pour­quoi le père et la fille se connaissent si peu, il faut que les secrets qui les séparent soient à la fois énormes et crédibles. Sinon ils se résument en une phrase trop banale et quelque peu sordide. Son père a épousé sa mère par inté­rêt mais était amou­reux d’une autre femme. Je ne trahis en rien le roman car tout le travail de l’écrivain c’est d’habiller cette triste réalité par des senti­ments très forts, des pouvoirs magiques venant de femmes puis­santes, des mystères de la créa­tion artis­tique. Malgré cela, je ne peux pas dire que j’ai été très convain­cue par ce roman qui m’a semblé telle­ment » italien », dans la descrip­tion du senti­ment amou­reux.

Citations

Personnalité masculine

-Et puis que veux-tu que je te dises Viola ? Que je suis un ingrat ?
Il avait tout à coup pris ce visage que je détes­tais, celui qui disait : « Saute moi dessus si tu penses que cela peut te faire du bien, ou pardonne-moi. Mais ensuite, oublie et mets un point final. Tu n’ar­ri­ve­ras pas à me faire chan­ger, de même que personne n’a jamais réussi à le faire. »

L’artiste et les femmes

-Oliviero place dans toutes ses sculp­tures quelque chose qui m’ap­par­tient et qu’il me dérobe en perma­nence, conti­nua-t-elle, en s’ef­for­çant de masquer ces mots avec la stupeur d’une flat­te­rie. Il finira par m’avoir tout prix, ajouta-t-elle en souriant.
Ma mère ne perdit pas de temps, et à la première occa­sion elle raconta à mon père ce qui lui avait été confié. Et si Oliviero pouvait suppor­ter la jalou­sie de Pauline, il était en revanche trop jaloux de son art pour accep­ter qu’elle s’en serve pour se vanter face à une incon­nue.
- Comment as-tu pu dire à cette femme une chose pareille, telle­ment à nous ?
- Tu as fait bien pire : pour elle, tu détruis la seule chose qui soit vrai­ment à nous. L’amour.

20160730_151921Traduit de l’ita­lien par Elsa DAMIEN

4
J’ai commencé la lecture soute­nue par vos commen­taires à propos de « L’Amie Prodi­gieuse » . Quand on a beau­coup aimé un roman, on aborde le second tome avec plus de réti­cences, mais très vite, j’ai été happée par le style d’Elena Ferrante. Voici une auteure qui rend l’Ita­lie du sud telle­ment vivante ; elle nous fait comprendre de l’in­té­rieur ce que cela veut dire d’être femme dans une société machiste donc violente et de plus domi­née par un clan qui ressemble fort à la mafia. Nous retrou­vons les mêmes person­nages que dans le premier tome, ils ont vieilli et ne sont plus confron­tés aux mêmes diffi­cul­tés. Lila se bat dans son quar­tier contre un mari qu’elle n’aime pas et contre tous ceux qui veulent la domi­ner. Elle essaie de vivre comme une femme libre dans un pays où cela n’a aucun sens. Elle est rouée de coups mais ne plie jamais. Elena sort tant bien que mal de sa misère initiale en réus­sis­sant brillam­ment ses études.

Ses amours ne la rendent pas toujours heureuse mais lui permettent de se rendre compte qu’elle a beau se donner beau­coup de mal pour se culti­ver, le fossé entre elle et ceux qui sont bien nés est infran­chis­sable. Les liens très forts qui unissent les deux jeunes femmes n’ont pas résisté aux passions amou­reuses qui se sont entre­croi­sées le temps d’un été. Même si Lila lui vole sous son nez son amou­reux et malgré sa peine, Elena restera lucide et ne lui enlè­vera pas tota­le­ment son amitié. Grâce à un jeu d’écri­ture, (les cahiers de Lila lui ont été confiés) , l’écri­vaine peut décrire la vie de cette femme farouche si peu faite pour vivre sous la domi­na­tion des hommes napo­li­tains.

Racon­ter les intrigues risque de faire perdre tout le sel de ce roman qui vaut surtout par le talent de cette auteure. Elena Ferrante décrit dans le moindre recoin de l’âme les ressorts de l’ami­tié, de l’amour et des conduites humaines et donc, comme les grands écri­vains, elle nous entraîne d’abord dans une compré­hen­sion de l’Ita­lie du sud et puis au delà des fron­tières terrestres dans ce qui consti­tue l’hu­ma­nité dans toutes ses forces et ses faiblesses.

Citations

Portraits des femmes de Naples

Ce jour-là, en revanche, je vis très clai­re­ment les mères de famille du vieux quar­tier. Elles étaient nerveuses et rési­gnées. Elles se taisaient, lèvres serrées et dos courbé, ou bien hurlaient de terribles insultes à leurs enfants qui les tour­men­taient. Très maigres, joues creuses et yeux cernés, ou au contraire dotées de larges fessiers de chevilles enflées et de lourdes poitrines, elles traî­naient sacs de commis­sions et enfants en bas âge, qui s’ac­cro­chaient à leurs jupes et voulaient être portés.

Le mur infranchissable de l’origine sociale

Je n’avais pas véri­ta­ble­ment réussi à m’in­té­grer. Je faisais partie de ceux qui bûchaient jour et nuit, obte­naient d’ex­cel­lents résul­tats, étaient même trai­tés avec sympa­thie et estime, mais qui ne porte­raient jamais inscrits sur eux toute la valeur, tout le pres­tige de nos études. J’au­rais toujours peur : peur de dire ce qu’il ne fallait pas, d’employer un ton exagéré, d’être habillé de manière inadé­quate, de révé­ler des senti­ments mesquins et de ne pas avoir d’idées inté­res­santes.

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Traduit de l’ita­lien par Renaud Tempe­rini

Livre critiqué dans le cadre du programme Masse Critique de Babelio.com

4Je ne réponds plus souvent aux solli­ci­ta­tions de Babe­lio mais j’ai visi­ble­ment tort car ce roman m’a abso­lu­ment ravie. J’avais accepté car je croyais me replon­ger dans l’at­mo­sphère de Naples si bien décrite par Elena Ferrante, et cette fois, du point de vue des hommes. J’au­rais pu être déçue car ce n’est pas du tout cela que j’ai trouvé. J’ai accom­pa­gné un homme un peu bourru dans sa vieillesse et dans sa diffi­culté de commu­ni­quer avec ses voisins, ses amis et sa famille. Comme beau­coup de personnes âgées, il repense à son passé et en parti­cu­lier à ses amours de jeunesse avec nostal­gie et souvent une grande préci­sion. C’est un livre drôle et triste à la fois. Tragique même, puisque Cesare ne pourra pas empê­cher le dérou­le­ment d’un drame si prévi­sible pour­tant. Le trio des vieux amis, la dame au chat, Marino qui ne s’est pas remis de la mort acci­den­tel de son fils, et lui-même, ronchonnent et râlent un peu sur le monde moderne auquel ils ont du mal à s’adap­ter, c’est ce qui les rend drôles et très atta­chants. Ils ne sont que des hommes sans super pouvoir. Lorenzo Marone a dépeint un Cesare au plus près de la réalité de ce que peut être un homme vieillis­sant. Il sait très bien jouer des rôles de person­nages auto­ri­taires pour sortir des situa­tions les plus rocam­bo­lesques (il est aussi bon comme l’ami du ministre de la justice, que l’ins­pec­teur du fisc à la retraite, ou comme l’an­cien commis­saire de police de Naples), il ne pourra, cepen­dant pas faire grand chose pour aider Emma à se sortir des griffes d’un mari violent. En revanche, il trou­vera le chemin de la compré­hen­sion et de l’af­fec­tion de son fils. Ce livre commence par un tout petit texte qui m’a fait penser que j’al­lais aimer cette lecture, alors, je vous le reco­pie en espé­rant qu’il aura le même effet sur vous :

Citations

Une préci­sion

MON FILS EST HOMOSEXUEL.

Il le sait. Je le sais. pour­tant, il ne me l’a jamais avoué. Je n’y vois rien de mal, beau­coup de gens attendent la mort de leurs parents pour lais­ser leur sexua­lité s’épa­nouir en toute liberté. Mais avec moi, cela ne marchera pas, j’ai l’in­ten­tion de vivre encore long­temps, au moins une dizaine d’an­nées. Par consé­quent, si Dante veut s’éman­ci­per, il va falloir qu’il se fiche de l’opi­nion du sous­si­gné. Je n’ai pas la moindre envie de mourir à cause de ses préfé­rences sexuelles.

Un moment d’humour tellement vrai !

Je fixe des yeux un livre posé sur ma table de chevet. J’ai souvent observé sa couver­ture, mais j’y remarque des détails qui m’avaient échappé. Une sensa­tion de stupeur m’en­va­hit, puis je comprends de quoi il s’agit : j’ar­rive à lire de près. A mon âge, personne au monde n’en est capable. Malgré les pas de géants de la tech­no­lo­gie au cours du dernier siècle, la pres­by­tie est restée un des mystères inac­ces­sibles à la science. Je porte les mains à mon visage et saisis la raison de cette soudaine guéri­son mira­cu­leuse : j’ai mis mes lunettes, d’un geste désor­mais instinc­tif, sans réflé­chir.

Le caractère de Cesare

On dit souvent que le temps adou­cit le carac­tère, surtout celui des hommes. Beau­coup de pères auto­ri­taires se méta­mor­phosent en grands-pères affec­tueux. moi, il m’est arrivé l’exact contraire, je suis né doux et je mour­rai bourru.

La vieillesse

On ne s’ha­bi­tue à rien, on renonce à chan­ger les choses ce n’est pas pareil.

20160612_111710Traduit de l’ita­lien par Bernard Comment.

4
J’ai ce livre depuis un certain temps, il est de tous mes dépla­ce­ments avec toujours cette envie de le lire que je dois à un blog dont j’ai oublié de noter le nom. Pour une fois la quatrième de couver­ture dit assez bien ce que raconte ce roman : « une prise de conscience d’un homme confronté à la dicta­ture ». Le Docteur Pereira, jour­na­liste, vit à Lisbonne en 1938, il est chargé de la page cultu­relle du « Lisboa », hebdo­ma­daire qui préfère, et de loin, racon­ter l’ar­ri­vée des yachts de luxe et des réunion mondaines, qu’in­for­mer ses lecteurs sur les assas­si­nats en pleine rue de pauvres gens comme ce vendeur de pastèques. Docteur Pereira est un peu trop gras, un peu diabé­tique et surtout très malheu­reux depuis la mort de sa femme. Il se confie au portrait de celle qui a, sans doute, été le seul vrai rayon de soleil dans une vie plutôt triste. Cet homme sans espoir, et sans illu­sion voudrait pouvoir manger ses omelettes au fromage et boire ses citron­nades tran­quille­ment.

Mais voilà, autour de lui rien n’est exac­te­ment à sa place. Lisbonne n’est plus la même ville : le boucher juif voit sa devan­ture brisée sans qu’il puisse se plaindre à une police très certai­ne­ment complice, sa concierge l’es­pionne pour le compte de la milice, et une nouvelle d’Ana­tole France qu’il traduit pour la page cultu­relle de son jour­nal lui voudra de très vives remon­trances de son direc­teur. La lente montée chez cet homme du malaise qui peu à peu s’empare de lui alors qu’il met toutes ses force à fuir la réalité est très bien racon­tée. Un presque rien, la rencontre avec un jeune couple de résis­tants à l’oppression, va être le petit grain de sable qui va enrayer sa belle construc­tion inté­rieure, ses protec­tions vont peu à peu se fissu­rer et un jour il ne pourra plus fuir. Je ne peux évidem­ment pas vous dévoi­ler cette fin mais c’est superbe.

Ce roman que j’ai commencé plusieurs fois est fina­le­ment un texte qui me restera en mémoire, je crois à ce person­nage et il m’a émue à cause ou plutôt grâce à ses faiblesses si humaines. Le style est un peu agaçant puisque le livre est présenté comme un témoi­gnage, toutes les phrases où Pereira prend la parole commence par ces mots repris dans le titre « Pereira prétend… ». C’est voulu bien sûr, et cela donne encore plus l’idée d’un person­nage peu sûr de lui, il a fallu pour­tant que je me force pour accep­ter cet effet.

PS grâce aux commen­taires je sais que je dois ce livre à Éva 

Citations

La résurrection (portrait du personnage principal)

Et Pereira était catho­lique, ou du moins se sentait-il catho­lique à ce moment-là, un bon catho­lique, quoi­qu’il eût une chose à laquelle il ne pouvait pas croire : à la résur­rec­tion de la chair. À l’âme oui, certai­ne­ment, car il était sûr d’avoir une âme ; mais la chair, toute cette viande qui entou­rait son âme, ah non, ça n’al­lait pas ressus­ci­ter, et pour­quoi aurait-il fallu que cela ressus­cite ? se deman­dait Pereira . Toute cette graisse qui l’ac­com­pa­gnait quoti­dien­ne­ment, et la sueur, et l’es­souf­fle­ment à monter l’es­ca­lier , pour­quoi tout cela devrait-il ressus­ci­ter ?

L’envie de fuir

Il fallait se rensei­gner dans les cafés pour être informé, écou­ter les bavar­dages , c’était l’unique moyen d’être au courant … mais Perreira n’avait pas envie de deman­der quoi que ce soit à personne, il voulait simple­ment s’en aller aux thermes, jouir de quelques jours de tran­quillité, parler à son ami le profes­seur Silva et ne pas penser au mal dans le monde.

20160520_160055Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard. Il a obtenu un coup de cœur. Traduit de l’italien par Elsa Damien.

4
Le cœur de ce roman bat au rythme d’une ville italienne emblé­ma­tique : Naples. Elena Ferrante nous plonge dans un quar­tier popu­laire et nous vivons l’ami­tié de deux petites filles : Elena et Lila. Évidem­ment (nous sommes en Italie du Sud), tout le monde est plus ou moins sous la domi­na­tion des malfrats. Ils sont une des compo­santes du récit et de la vie des Napo­li­tains, ils font partie des person­na­li­tés du quar­tier au même titre que tous les arti­sans néces­saires à la vie quoti­dienne. Une famille de cordon­niers : celle de Lila, un menui­sier, un épicier, un employé de la mairie : la famille de la narra­trice : Elena.

Loin du regard folk­lo­rique ou tragique de la misère de l’Ita­lie d’après guerre, nous sommes avec ceux qui s’ar­rangent pour vivre et se débrouillent pour s’en sortir. Le roman se situe dans les années 50 et on sent que l’éco­no­mie redé­marre, on voit l’ar­ri­vée des voitures de la télé­vi­sion, des loisirs à travers des moments passés à la plage. L’ai­sance ne supprime en rien l’or­ga­ni­sa­tion tradi­tion­nelle de la société de l’Ita­lie du Sud et le poids des tradi­tions, en parti­cu­lier pour les mœurs entre filles et garçons. L’au­teure explique très bien la façon très compli­quée dont les jeunes, dans ses années là, ont essayé de sortir des codes paren­taux tout en s’y confor­mant, car cela peut être si grave de ne pas le faire.

Les deux petites filles sont soudées par une amitié faite d’ad­mi­ra­tion et de domi­na­tion. Lila est la révol­tée « la méchante » dit Elena qui sait, elle, se faire aimer de son entou­rage. Mais Lila est d’une intel­li­gence redou­table. C’est le second aspect passion­nant : l’ana­lyse d’une amitié : Elena sent tout ce qu’elle doit à son amie. C’est Elena qui fait des études et se diri­gera plus tard vers l’écri­ture, mais son déve­lop­pe­ment intel­lec­tuel doit tout ou presque à l’in­tel­li­gence et la perti­nence de Lila, alors que celle-ci refuse d’al­ler au lycée, pour se marier à 16 ans. Elle va délais­ser l’ins­truc­tion et la culture et cela met le doute dans la tête d’Elena qui sait que son amie est capable de réus­sir, bien mieux qu’elle même. Cet aspect de leur rela­tion est très trou­blant, on se demande, alors, si Lila n’est pas davan­tage dans le vrai que son amie. Puisque réus­sir par la voie scolaire signi­fie se couper défi­ni­ti­ve­ment de tous les liens sociaux dans lesquels les jeunes filles ont vécu jusqu’à présent.

Mais fina­le­ment on arrive au dernier aspect de ce roman, celui qui est si bien traité par Annie Ernaux : les études amènent Elena à sortir de cette société et de son propre monde, c’est évidem­ment très doulou­reux. En plus, pour elle, il s’agit d’un aban­don de sa langue mater­nelle car le dialecte italien de Naples n’a rien à voir avec l’ita­lien du lycée. C’est un voyage sans retour et cela ressemble à un exil qu’elle hési­tera à faire. Lila qui a décidé de faire chan­ger les rapports dans son quar­tier est-elle dans le vrai ? Une histoire de chaus­sures nous prou­vera que sa tâche est loin d’être gagnée d’avance.

La construc­tion du roman ne dit presque rien de la vie d’adulte de ses deux petites filles deve­nues femmes et j’avoue que cela m’a manqué. Je comprends bien le choix de l’écri­vaine, qui laisse une porte ouverte mais j’aime bien qu’on m’en dise un peu plus.

Citations

Dureté de la vie des enfants à Naples dans les années 50

Je ne suis pas nostal­gique de notre enfance : elle était pleine de violence. Il nous arri­vait toutes sortes d’his­toires, chez nous et à l’ex­té­rieur, jour après jour : mais je ne crois pas avoir jamais pensé que la vie qui nous était échue fût parti­cu­liè­re­ment mauvaise. C’était la vie, un point c’est tout : et nous gran­dis­sions avec l’obli­ga­tion de la rendre diffi­cile aux autres avant que les autres ne nous la rendent diffi­cile.

Trait de caractère de sa mère

Ma mère voyait toujours le mal, où, à mon grand agace­ment, on décou­vrait tôt ou tard que le mal, en effet, se trou­vait, et son regard tordu semblait fait tout exprès pour devi­ner les mouve­ments secrets du quar­tier.

La relation entre Elena et Lila et les succès scolaires

– C’est quoi, pour toi, « une ville sans amour » ?
– Une popu­la­tion qui ne connaît pas le bonheur.
– Donne-moi un exemple.

Je songeai aux discus­sions que j’avais eues avec Lila et Pasquale pendant tout le mois de septembre et senti tout à coup que cela avait été une véri­table école, plus vraie que celle où j’al­lais tous les jours.

– L’Ita­lie pendant le fascisme, l’Al­le­magne pendant le nazisme, nous tous, les êtres humains, dans le monde d’au­jourd’­hui.

Se croire au-dessus des conventions

Ainsi Stefano avait conti­nué à travailler sans défendre l’hon­neur de sa future épouse, Lila avait conti­nué sa vie de fian­cée sans avoir recours ni au tran­chet ni à rien d’autre, et les Solara avaient conti­nué à faire courir les rumeurs obscènes… Ils déployaient gentillesse et poli­tesse avec tout le monde, comme s’ils étaient John et Jacque­line Kennedy dans un quar­tier de pouilleux… Lila voulait quit­ter le quar­tier tout en restant dans le quar­tier ? Elle voulait nous faire sortir de nous-mêmes, arra­cher notre vieille peau et nous en impo­ser une nouvelle, adap­tée à celle qu’elle était en train d’in­ven­ter elle-même ?

SONY DSCTraduit de l’Ita­lien par Fran­çoise Brun. Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard thème roman épis­to­laire.

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La seule moti­va­tion qui m’a aidée à termi­ner ce roman, c’est l’en­vie que j’avais d’écrire sur Luocine pour me défou­ler un peu de l’en­nui que j’ai ressenti à cette lecture et d’ex­pri­mer tous mes agace­ments. L’idée de départ avait tout pour me plaire, une femme hérite d’une pape­te­rie et en fait une librai­rie-salon de thé et vend essen­tiel­le­ment des romans d’amour. Elle rencontre son amour de jeunesse Frede­rico et commence une rela­tion épis­to­laire avec lui. Non, je n’ai rien divul­gâ­ché, ce sont les premières pages du roman. Une longue, très longue série de lettres (400 pages qui m’ont semblé 800) pour faire éclore « l’AAAAAAA­mour qui ne connaît pas de lois » entre ces deux êtres alors que lui est marié et vit à New-York et elle à Milan. Lui, c’est un rasoir fini qui ne sait parler que d’ar­chi­tec­ture et la pauvre Emma, prénom trop célèbre en France pour les amours ratés, va devoir lire avec force détails la réno­va­tion de l’im­meuble Morgan à New-York. Malheu­reu­se­ment pour nous, elle reco­pie soigneu­se­ment ses lettres et nous en inflige la lecture. Un conseil si vous lisez quand même ce roman, vous pouvez sauter toutes les lettres signées Frede­rico, elles n’ont aucun inté­rêt. On a juste envie de lire un traité d’ar­chi­tec­ture sur le sujet.

Pour­quoi les cartes de Belle-Isle sur ma photo ? Parce que c’est là que nous deux amants vivront leur amour clan­des­tin. Et même l’évo­ca­tion de ce lieu que j’aime est raté. Les légendes sont ridi­cules, tout semble de paco­tille même les paysages de la côte sauvage. En lisant ce roman et en remar­quant sur la quatrième de couver­ture,  » Ce roman s’est placé dès sa paru­tion en Italie en tête des meilleures ventes » , je me suis souve­nue que Cino Del Duca était italien et avait inventé le concept de la presse du cœur. Ma seule conso­la­tion d’avoir lu ce roman jusqu’au bout, (en diago­nale à la fin il faut que je l’avoue), c’est que » la » Emma, elle va bien s’en­nuyer avec son amant si rasoir et si pleutre qu’il n’avait même pas été capable de lever l’in­ter­dit mater­nel quand il avait vingt ans, je peux le lui dire, il est seule­ment plus vieux mais il est tout aussi timoré.

Citations

Les livres en grande surface

J’ai visité plus de centres commer­ciaux en une semaine que dans toute ma vie, et plus je voyais de livres entas­sés les uns sur les autres entre des montagnes de couches-culottes et de tomates en conserve, plus j’étais convain­cue que les gens avaient besoin d’un endroit où pouvoir se rencon­trer et feuille­ter des livres sans ses sentir obli­gés d’ache­ter.

Une rupture efficace

Le mois dernier, Laura, sa psycho­thé­ra­pie analy­tique termi­née, est rentrée à la maison, a préparé le dîner et informé Camillo que leur mariage « finis­sait là ». Une mini­ma­liste.

C’est ce que je vais faire avec son roman même si je ne suis pas libraire, mais je ne le relirai sûrement pas

Un des privi­lèges de la librai­rie, c’est qu’elle m’a libé­rée d’un complexe de culpa­bi­lité : celui de ne pas me souve­nir de tous les livres que j’ai lus ? J’ai oublié le début, la fin, l’his­toire entière de tas de livres, ce qui me permet d’en relire certains comme si c’était la première fois.

20151010_105342Traduit, de façon si agréable que l’on pense que ce roman est écrit en fran­çais, par Laurent LOMBARD.

Après l’hor­reur du 13 novembre à Paris, nous devons, nous, les blogueurs et blogueuses amou­reux des livres, surveiller qu’au­cune petite lumière char­gée de culture, d’es­poir et d’hu­ma­nité ne s’éteigne à jamais.

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C’est un article d’Aifelle, suivi de tous vos commen­taires, qui m’ont diri­gée vers cette lecture. Quel petit bijou ! Tota­le­ment inclas­sable, mais dans une langue si belle que l’on pour­rait oublier la narra­tion. Je comprends bien pour­quoi toutes les blogueuses qui aiment l’évo­ca­tion de la nature ont été subju­guées, moi j’y suis moins sensible et pour­tant la langue poétique Anto­nio Moresco a su complè­te­ment me séduire. J’ai lu et relu les descrip­tions des arbres, des plantes, des vols d’hi­ron­delles. Tout est d’une majesté mais aussi d’une préci­sion à couper le souffle. Autant l’his­toire ne se décide pas entre le réel et le surna­tu­rel, autant les évoca­tions de tous les éléments sont prati­que­ment l’œuvre d’un scien­ti­fique spécia­liste de la nature. De l’in­fini petit jusqu’à de l’in­fini de l’uni­vers. C’est grâce à cela que j’ai accepté de ne pas exac­te­ment comprendre si l’en­fant et la petite lumière sont de notre monde ou pas, si le narra­teur les rejoint dans l’in­fini de l’uni­vers ou dans la mort. Un jour la nature sera là pour englou­tir toutes les créa­tions humaines à l’image de ce village de montagne aban­donné par les hommes et régu­liè­re­ment secoué par des trem­ble­ments de terre.

Citations

La beauté d’une description qui sonne juste

Quand il y a la lune, on voit distinc­te­ment, éclairé comme en plein jour par sa lumière spec­trale, le talus de la petite route envahi par la végé­ta­tion, les préci­pices d’où monte un bruit d’eau creu­sant son lit dans les antres sonores des montagnes impré­gnées de pluie, les hautes silhouettes des arbres qui se découpent sur le ciel. Il n’y a que la nuit, dans la lumière lunaire, que l’on comprend ce que sont les arbres, ces colonnes de bois et d’écume qui s’élancent vers l’es­pace vide du ciel.

Un châtaigner et la question du livre

En face, plus bas, sur l’à-pic recou­vert de forêts, se dresse un châtai­gner moitié vivant et moitié mort. Sa haute cime s’élève, nue et blanche, sur le vert des arbres, pétri­fiée, tandis que le reste est un déchaî­ne­ment luxu­riant de feuilles. Il y en a beau­coup d’autres comme ça, des châtai­gniers surtout, je crois. Certains sont presque complè­te­ment morts, et se découpent sur la forêt dans leur évidence spec­trale. Mais, de quelque point de ces troncs fossiles, quand c’est la saison, partent deux ou trois branches char­gées de bogues à se briser.
Parfois je m’ar­rête devant un de ces arbres et je le regarde.
– Mais comment on peut vivre comme ça ? je lui demande. C’est impos­sible pour les hommes : ou ils sont vivants ou ils sont morts. Enfin, c’est ce qu’on croit…

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