41wjfKX35fL._SX295_BO1,204,203,200_Traduit de l’an­glais de l’Afrique du Sud par Bernard Turle.

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Brink, André Brink ! 
Je dois à cet auteur la révé­la­tion de ce qu’a été l’Afrique du Sud : un pays tragique et superbe. Depuis Une saison Blanche et Sèche , j » ai lu avec passion ses romans : Un turbu­lent silence, Au plus noir de la nuit… Il a su, avec un talent incom­pa­rable ‚entraî­ner ses lecteurs dans les méandres des passions humaines. ET … Il vient à Saint-Malo , aux « éton­nants voya­geurs » , avec son auto­bio­gra­phie Mes bifur­ca­tions.

C’est un des meilleurs conteurs que je connaisse, et c’est, encore une fois, ce talent là qui m’a le plus inté­res­sée dans ce très long récit. Il y fait le point sur tous ses parcours. Il a pris tous les chemins des révoltes et là où l’in­jus­tice essaie d’étouffer l’es­prit de liberté ‚André Brink met son talent et sa noto­riété au service de ceux qui luttent. Bien avant d’être un écri­vain célèbre dans le monde entier, il a été un petit Afri­ka­ner élevé par des parents aimants mais tout natu­rel­le­ment racistes et cher­chant à éviter tout contact avec la popu­la­tion noire qui les entourait.

Jeune étudiant, c’est en France, en côtoyant des étudiants noirs, qu’il pren­dra conscience de l’hor­reur de la situa­tion dans son pays. De retour chez lui il ne cessera , alors, de parti­ci­per très acti­ve­ment à la lutte contre l’Apartheid, prenant souvent de très grands risques. Il retourne en 1968 en France et cela m’a amusé de lire ce qu’il a pensé des événe­ments de mai 68 en France.

Le livre mêle ses expé­riences et évolu­tions person­nelles et les conflits du monde que ses posi­tions coura­geuses l’ont conduit à connaître. Il le dit lui-même il est plus écri­vain que poli­tique. Il a été amené à s’ap­puyer sur des idées révo­lu­tion­naires qui ont provo­qué bien des tragé­dies elles-aussi,la partie critique de ces idéo­lo­gies me manque un peu. Il fait, également,la part belle aux femmes rencon­trées et aimées pour certaines d’entre elles, à la passion.

Son livre se termine très tris­te­ment car l’Afrique du Sud est gouver­née par des incom­pé­tents et des corrom­pus. La violence y fait, encore, beau­coup de victimes , la seule diffé­rence , c’est qu’au­jourd’­hui elle est exer­cée par des noirs contre les blancs ou des noirs riches. Entre le chef d’une police dépas­sée ou tota­le­ment corrom­pue, une ministre de la santé qui veut lutter contre le Sida avec de l’ail et des décoc­tions de plantes, on se dit, hélas ! que ce pays est bien mal parti. Dans ce chapitre on peut lire ce qu’il avait déjà écrit dans un article du Monde paru en 2006.

Par soucis d’honnêteté, André Brink cite tous les noms des personnes qu’il appré­cie où qu’il critique , on est parfois un peu submergé par tant de noms incon­nus et de préci­sons sur les circons­tances de ces rencontres . Cela alour­dit son récit et je dois avouer que j’ai parfois sauter des pages. Ses mémoires four­millent de moments très diffé­rents. Comme le dit le titre, André Brink a bifur­qué souvent.. mais sa ligne de conduite a toujours été : un fil rouge tendu entre la liberté et le respect de l’être humain.

Citations

Pour consoler tous ceux et celles qui comme moi se désespèrent de ne pas savoir bricoler

Je ne sais vrai­ment rien faire de mes dix doigts . Et même avec quatre ou trois ou deux.
Cela dit, mon incom­pé­tence n’a jamais altéré ni mon enthou­siasme ni ma déter­mi­na­tion. Au contraire. Je raffole des outils de menui­se­rie. Plus ils sont chers et inutiles, plus ils me plaisent . Des plus sophis­ti­qués, comme des meuleuses d’angle , perceuses, tour­ne­vis élec­triques ou scies à chan­tour­ner , aux plus simples comme les pinces , marteaux et burins de base. Je les respecte , je les révère , je les adore. Le seul problème, c’est que je ne sais pas m en servir . En théo­rie , oui. Mais en pratique. Qu’à cela ne tienne , je n’ai pas peur d’essayer.

La bêtise

Je dois à Naas le plai­sir douteux d’avoir rencon­tré une femme aussi stupide que char­mante, épouse d’un troi­sième secré­taire à Berne, égale­ment aussi stupide que char­mant . Un jour elle se lança à corps perdu dans une discus­sion très intense sur la résur­gence de l’an­ti­sé­mi­tisme. Elle avança sa propre opinion très mûrie : « voyez-vous , j’ai beau­coup réflé­chi à ce problème et je crois que l’an­ti­sé­mi­tisme tient beau­coup à la haine qu’ont les gens pour les juifs. »

Une injure à laquelle je n’avais jamais pensé

Un jour, elle avait remis à sa place un oppo­sant poli­tique parti­cu­liè­re­ment vani­teux en disant que quel­qu’un comme lui aurait dû s’abs­te­nir de s’im­pli­quer dans la vie publique.
« Que voulez vous dire ? » S’en­quit-il avec une grimace méprisante.
« Il est évident, rétor­qua-t-elle (entra autres, elle était sage-femme) qu’à votre nais­sance, ils ont enterré l’en­fant et élevé le placenta. »

L’exil

Mazisi ne connais­sait pas un traître mot de fran­çais mais crut recon­naître le mot zoulou « lapa », qui signi­fie aussi « là-bas ».
Plus tard , il expli­qua qu’il n’avait pas été surpris que le gendarme lui parle en Zoulou : de son point de vue, c’était tout natu­rel. Ce qui l’avait surpris, et qui lui avait fait plai­sir, c’est que le Fran­çais ait immé­dia­te­ment reconnu dans son inter­lo­cu­teur un Zoulou. À comp­ter de ce jour, Mazisi aima les Français.

L’apartheid

Ce n’étaient pas les meurtres,les atro­ci­tés, les muti­la­tions et les tortures que l’on consi­dé­rait, en fin de compte comme le pire mal perpé­tré par l’apar­theid, mais ceci : la violence faite aux esprits, les émotions mises à nu, la souf­france abru­tis­sante infli­gée aux indi­vi­dus et aux générations.

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