Édition Albin Michel, 172 pages, mai 2025

Troisième lecture de cet auteur, et troisième déception  : la liste de mes envies, qui est quand même le plus intéressant, moins bien : la femme qui ne vieillissait pas

Dans un genre très différent, l’auteur a écrit plusieurs livres (que je n’ai pas lus) sur sa propre famille très dysfonctionnelle, son père a violé ses deux garçons et sa mère a été une mère humiliée. L’alcool et la violence ont été le lot habituel des soirées familiales, il l’a raconté dans plusieurs livres. Si lui, Grégoire, s’en est bien sorti son frère d’un an plus jeune, Renaud a été complètement détruit. Claire la petite sœur a été protégée par sa mère. L’auteur n’a pas vu son frère depuis trente ans, quand il apprend sa mort. Dans de très courts paragraphes, l’auteur cherche à comprendre ce frère qu’il ne connaît pas, puisqu’il était en pension pendant son enfance, et qu’ensuite il l’a fui, Grégoire était violent et se détruisait avec l’alcool et les médicaments. Bref c’est une pure horreur mais c’est compliqué d’écrire sur une personne qu’on en connaît pas vraiment. J’ai pensé en lisant ce livre à celui de David Thomas Un frère qui a parle aussi d’un frère malade mental, mais de l’intérieur en cherchant à comprendre quelqu’un qu’il a aimé et accompagné le plus qu’il pouvait. Car il est vrai que la maladie mentale isole, mais quand, comme cet auteur, on n’a pas réussi pendant trente ans à trouver un lien avec ce frère et qu’il semble détester toute cette famille, pourquoi, alors, écrire sur lui aujourd’hui ? J’ai été gênée aussi qu’il critique sa sœur et son « beauf », qui ont certainement plus fait que lui pour ce frère, et les détails financiers ne sont pas ragoûtants, qui va toucher l’assurance vie ? qui va toucher l’argent de la vente de la maison de ce pauvre Renaud ?

Bref, j’ai lu tout cela avec une sale impression : l’auteur étale les turpitudes de sa famille, a laissé son frère dans une détresse incroyable, mais cela lui rapportera de l’argent, grâce à ce livre !

Extraits

Début.

#1. Roubaix, quartier nord, juillet 2022.
Les mouches 
 Précisément des Calliphoridae. Elles peuvent parcourir plusieurs kilomètres pour venir pondre dans une viande.
 Cinq cents œufs à peine trois jours, par lots de soixante-quinze à cent cinquante ; plus la température est élevée, plus l’est la production. 
Il faisait 28 °C ce jour là.
Vingt heures après, les asticots sont sortis de leur cocon.
 Le lendemain, la température déplaçait les 32°C.
 Six jours plus tard, après avoir été des nymphes, les mouches se sont envolées de ton corps..

L’horreur .

 Le temps qu’elle et mère furent à la maternité, j’étais devenu un petit garçon dont le papa s’était servi du corps pour son plaisir.

Son horrible famille.

 Tandis que tu folichonnais à la frontière belge, je m’installais avec une jeune fille juive pour laquelle j’avais de sérieux sentiments, et si je précise, sa judéité, c’est parce qu’elle fut, tu le sais, une source vive d' »inquiétude » pour mère et pour le Corbeau. Pour la première parce qu’en cas de mariage, il n’y aurait pas de messe, pas de sacrement qu’en cas d’enfants, pas de baptême, pas d’âme sauvée ni de place au paradis si d’aventure le nourrisson venait à faire une mort subite ou chutait malencontreusement de la table allongée -il s’éterniserait dans les limbes. Ce serait « épouvantable » s’époumonait-elle, et je ne te parle même pas d’un garçon, de la circoncision, qu’exigerait la famille, « ah si ah di  » ! Pour le second parce qu’une étrangère, un œil neuf, serait bien capable de détecter ce qu’il avait dissimulé, nos corps d’enfant sous le tapis par exemple, de deviner la famille de façade, le Margnat Village et surtout son immense, maladive absence d’amour. Il n’y avait que Claire qu’enchantait la présence d’une fille, en plus dans la famille. Ça sera comme une grande sœur enfin, fanfaronnait-elle . Elle elle avait quatorze ans.
Toi plus tard, tu nous en nous présenteras une ancienne strip-teaseuse. Catholique

16 Thoughts on “Polaroïds du frère Grégoire DELACOURT

  1. keisha on 16 mars 2026 at 13:02 said:

    Ce que tu en dis ne m’incite pas à le lire!

  2. Je n’ai jamais lu le premier roman de l’auteur qui ne me tentait pas, de même que le suivant et ce que tu dis de celui-ci.

  3. Pas très sympathique tout ça. Je me suis arrêtée à « la liste de mes envies » que j’ai trouvé quand même facile, je n’ai pas été tentée de récidiver.

  4. Eh bien, tes bémols sont pour moi totalement rédhibitoires.

    • Je ne sais pas pourquoi ton commentaire est parti dans les indésirables… je vais regarder sur Babelio pour voir si d’autres avis me rejoignent ou pas.

  5. Moi je ne peux plus lire cet auteur, ce n’est pas terrible ce qu’il écrit.
    Je suis admirative de ta persévérance à le lire malgré les déceptions. Je sens que ça ne va pas durer lol

  6. Ca semble en effet différent de ce qu’il fait d’habitude… ceci dit, cet auteur ne m’a jamais tentée en général, et ton billet ne me donne pas envie de le découvrir avec ce titre.

  7. Beaucoup d’auteurs s’emparent désormais du sujet de l’inceste, et c’est tant mieux, mais je dois dire que je n’arrive pas à me lancer dans des lectures sur le sujet. J’ai aussi du mal avec tous ces écrivains qui semblent faire leur thérapie par le biais de l’écriture. C’est parfois réussi, mais c’est devenu un véritable phénomène éditorial assez malsain, je trouve.

    • C’est un commentaire que j’aurais pu écrire, ces enfances brisées me touchent beaucoup ce n’est pas suffisant pour en faire de bons romans, mais là ce qui me déplaît c’est la façon dont il a laissé son frère croupir dans la misère pour récupérer sa mort pour en faire un roman.

  8. Je ne veux plus lire cet auteur : pas convaincue par La liste de mes envies, j’ai d’autres auteurs à lire…

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