Traduit du uédois par Lena GRUMBACH et Marc Gouvenain.

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Je cher­chais un roman pour me diver­tir après ma lecture très sérieuse sur la guerre 1418. Et puis ma station de radio préfé­rée, France Culture, donne tous les soirs sous forme de feuille­ton la trilo­gie Millé­nium. Comme quoi elle n’est pas une station si intello que ça ! Je ne lis que très rare­ment des romans poli­ciers mais j’avais gardé un très bon souve­nir de ces trois romans. Vous vous souve­nez sans doute de l’été où à chaque fois que l’on voyait quel­qu’un plongé dans un énorme bouquin, il s’agis­sait d’un des tomes de Millénium ?

J’ai retrouvé avec grand plai­sir Mikael Blomk­vist, et Lisbeth Salan­der, j’ai bien aimé la façon dont les diffé­rents scan­dales sont dénon­cés dans ces romans : les femmes qu’on fait venir de diffé­rents pays pauvres pour satis­faire les besoins de la pros­ti­tu­tion, les écono­mistes qui s’amusent à faire de l’argent sans aucune morale, les violences faites aux femmes et aux enfants sous tutelle, l’ex­ploi­ta­tion des enfants ou des prison­niers dans des pays très pauvres. Tout cela en Suède qui est un pays où on essaie de respec­ter les droits de chacun et où la liberté des mœurs semble de mise pour le plus grand bonheur de l’en­semble de la popu­la­tion. Mais hélas cela n’empêche pas les pervers d’exister.

Un des charmes de ce livre c’est la descrip­tion de l’intelligence redou­table d’une poignée d’in­ter­nautes qu’au­cune barrière infor­ma­tique ne peut empê­cher de venir espion­ner les ordi­na­teurs des puis­sants de ce monde. Je ne connais pas la part de vérité mais ça fait un peu froid dans le dos. La qualité d’un roman poli­cier c’est la façon dont le suspens nous oblige à nous plon­ger dans l’his­toire sans pouvoir lâcher le livre. La relec­ture, à de nouveau bien marché et j’ai retrouvé, intact, le plai­sir du dénoue­ment quand tous les méchants sont enfin démasqués.

Je trouve le deuxième tome un peu moins passion­nant car on sent qu’il n’est écrit que pour amener le dénoue­ment du 3° tome. Vrai­ment si vous ne le savez pas lus et que vous voulez partir dans des romans très prenants, je vous en recom­mande la lecture, si vous faites parties des rares personnes à avoir échappé au phéno­mène Millénium.

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Sur la couver­ture, c’est écrit « Thril­ler », on peut donc s’attendre à de l’horreur, du sang de la peur de l’angoisse. C’est plus subtil que ça, on y retrouve toutes les failles de notre monde avec une petite pointe d’exagération, ce qui rend alors le tout abso­lu­ment insup­por­table. Ce roman est déran­geant, égale­ment, car c’est une attaque en règle contre la géné­ra­tion des « baby-boomers » telle­ment égoïste, et c’est ma géné­ra­tion ! Je donne un exemple des procé­dés utili­sés. Dans ma région, les paysans produisent les ¾ des choux-fleurs pour toucher la prime euro­péenne à la destruc­tion des légumes non vendus.

On peut se deman­der pour­quoi ils conti­nuent à produire des choux-fleurs que personne ne mange, mais bon c’est comme ça ! Dans le roman c’est la produc­tion animale qui subit le sort des choux-fleurs bretons. Les trains trans­por­tant des carcasses avariées dégagent des odeurs peu ragou­tantes, avant d’arriver à desti­na­tion où elles seront trans­for­mées en ciment. Tiens, tiens on a déjà vécu ça non ?

Inquié­tant ! C’est la même compa­gnie qui s’occupe du train des « baby-boomers ». Plus le train avance, plus se dévoilent les turpi­tudes des uns et des autres, des pans entiers de l’économie de la société de profit du culte de la jeunesse sont passés au crible de la critique du roman­cier, évidem­ment, on doute de plus en plus du para­dis promis à l’arrivée des voya­geurs de l’eternity-express.

Peut-on avoir de la compas­sion pour ces soixan­te­naires du train, eux qui n’ont connu qu’une vie facile, et qui n’ont recher­ché que le plai­sir à tout prix ? Pour l’auteur certai­ne­ment pas, ils ont eu tout faux, ils lais­se­ront après eux une planète dévas­tée. Ce n’est fran­che­ment pas un roman qui remonte le moral, quand je pense que l’an dernier j’étais dans « le cercle litté­raire des mangeurs d’éplu­chures de patates  » ou « La tombe du mec d’à côté  », les étés se suivent et ne se ressemblent guère. Sauf pour la pluie fidèle au rendez-vous !

Citations

Comme toujours pour mobi­li­ser les masses, il avait suffi d’une grande peur et d’un grand mensonge. Pour lancer l’Eternity rush, on avait fait donner la mer des peurs – celle de la mort- et le plus antique des mensonges- celui de la jeunesse éternelle.

Du fait de leur aban­don, ces mori­bonds étaient de véri­tables mines d’or et les mois qui leur restaient à vivre se trans­for­maient en calvaire médical.

Comme tous tes distin­gués confrères. Vous vous rêvez docteurs en vie éter­nelle, vous fini­rez ingé­nieurs en mort douce.

Traduit de l’anglais (États-Unis)par FRance Camus Pichon

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J’avais été telle­ment surprise par Enfant 44 que lorsque j’ai vu Kolyma sur le rayon nouveau­tés de ma biblio­thèque préfé­rée, je n’ai pas pu m’empêcher, je l’ai pris et aussi­tôt lu. Je pense que, main­te­nant, l’auteur tient son héros pour plusieurs romans. Pour appré­cier complè­te­ment ce genre de livres, il faut aimer les séries. Autant à la télé­vi­sion, je trouve ça sympa (je connais tout sur le docteur House…) autant en livres je n’accroche pas. Léo est pour­tant un person­nage complexe et atta­chant, ancien du KGB il vit dans le remord perma­nent de ses crimes. Si tous ceux qu’il a tués veulent se venger on est vrai­ment qu’au début d’une longue, très longue série.Les ressorts du thril­ler-poli­cier sont comme souvent dans ce genre de litté­ra­ture haute­ment impro­bables : Léo échappe aux gangs de Moscou, au KGB, à une tempête en mer sur un bateau qui le condui­sait à la Kolyma , à une révolte du goulag et pour finir en beauté à l’insurrection de Buda­pest ; tout cela avec des genoux cassés et pour sauver sa fille adop­tive qui le déteste car il a tué son père… Résumé ainsi cela ne donne peut-être pas envie de lire Kolyma, pour­tant, je suis certaine que les amateurs du genre vont appré­cier, et peu à peu deve­nir des aficio­na­dos de Léo et Raïssa.La Russie post­sta­li­nienne se prête bien à l’horreur et si Léo est encore vivant pendant la guerre de Tchét­ché­nie cela promet quelques belles pages d’horreur.

Citations

Je n’ai pas eu le choix.
Des milliers d’innocents étaient morts à cause de cette phrase, pas sous les balles, mais au nom d’une logique perverse et de savant calculs.

On en parle

Link.

Traduit du danois par Monique Christiansen.

http://www.babelio.com/images/ico_critique.jpg

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Deuxième parti­ci­pa­tion à Masse critique de Babe­lio. J’avais choisi ce livre à cause du titre, Pour qui sonne le glas et Le vieil homme et la mer ont marqué mon adoles­cence. J’ai donc pensé que ce roman me ferait décou­vrir un peu plus Heming­way. Ce roman d’aventure poli­cière a pour cadre Cuba aujourd’hui : la fin de la dicta­ture castriste n’est guère réjouissante.

En lisant je pensais à tous les touristes célèbres où non, qui aiment aller à Cuba, peuvent-ils igno­rer l’autre côté du miroir qu’on tend aux étran­gers pour qu’ils ne voient rien des diffi­cul­tés de ce pays ? Leif David­sen nous fait décou­vrir la réalité cubaine à travers les yeux d’un profes­seur d’espagnol danois. Celui-ci a rencon­tré en Floride un exilé cubain qui lui demande de remettre une lettre à sa fille qui a choisi, par amour, de vivre Cuba.

De là une aven­ture où se mêlent l’amour, la mort, la trahi­son, la CIA et … Heming­way. Je ne peux pas dire que ce roman m’a passion­née, je ne serai peut-être pas allée jusqu’au bout si je ne l’avais pas reçu grâce à Masse critique. Il y a pour­tant tous les ingré­dients qu’on attend dans ce genre de roman. Le héros mal dans sa peau, la descrip­tion du climat et de la végé­ta­tion, le choc des civi­li­sa­tions latines et nordiques, le problème de l’immigration clan­des­tine et notre bonne conscience, l’horreur des tyran­nies finis­santes, les scènes d’amour avec des belles femmes cubaines, et des manus­crits d’Hemingway.

Mais, je n’ai à aucun moment été prise par un effet de suspens, il faut dire que je ne lis pas souvent de romans poli­ciers, je ne suis donc pas la meilleure juge. J’ai été gênée par ce person­nage à qui il arrive des aven­tures extra­or­di­naires et qui semble tout accep­ter. Je n’ai pas trouvé ses réac­tions crédibles face à la mort ni en amour. À l’opposé, les pages consa­crées à la fuite en mer sont très prenantes et on a l’impression que l’auteur sait mener un bateau même par mauvais temps

Citations

Sentiments cubains

Comment peut-on avoir des senti­ments aussi violents ? Pour être en vie, il faut pouvoir éprou­ver la douleur comme la joie. Tout ne doit donc pas ressem­bler rien qu’à un jour où le temps est gris.

Bonne conscience

Je suis reparti, l’esprit étran­ge­ment élevé par cet évène­ment, par le fait que la réalité améri­caine ressem­blait à ce que l’on voit à la télé, et j’ai pensé bana­le­ment que le monde était étrange. C’est le fait d’être né en un lieu du globe qui décide si l’on devra résoudre des problèmes exis­ten­tiels au sens le plus pur du terme, ou ne faire face qu’à des défis normaux, que tout indi­vidu raison­nable peut résoudre dans une société moderne tour­née vers le bien-être, comme l’aurait dit mon père…

Absence de volonté du personnage principal

Je ne me sentais pas spécia­le­ment parfait comme espion … pas spécia­le­ment à mon aise, en fait mais la route était tracée, et j’avais résolu de la suivre.

Cuba

La Havane était l’endroit le plus pauvre que j’ai vue de ma vie, et l’un des plus éhon­tés, où même les gardiens du musée natio­nal des perfec­tions de la révo­lu­tion mendient de la petite monnaie … les jeunes filles de couleur, nombreuses et ravis­santes, qui semblaient s’offrir à tous les hommes, quel que soit leur âge ou leur physique. Circu­ler seul à La Havane, c’était comme aller et venir dans le plus grand bordel en plein air du monde.

Le Danemark

En surface tout avait paru normal, parce que c’était obli­ga­toire dans la province danoise, mais nous étions une famille qui fonc­tion­nait assez mal. C’est sans doute plus répandu qu’on ne le croit si l’on ne se borne pas à regar­der un vernis flatteur.

On en parle

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Traduit de l’an­glais par France Camus-Pichon

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Voici mon premier thril­ler, je n’ai réussi à le finir que, parce que j’ai lu le dernier chapitre avant la fin : le suspens étant presqu’intolérable pour moi.

L’idée du roman­cier est géniale : imagi­ner un « Sérial killer » commet­tant ses crimes en Russie sovié­tique en 1953. La date est impor­tante, pour ce roman là aussi, la mort du « petit père des peuples », permet une fin plus heureuse que celle à laquelle le person­nage prin­ci­pal s’attendait. Par un curieux hasard, j’avais lu très peu de temps aupa­ra­vant, un livre témoi­gnage : les enfants de Staline se passant à la même période, j’ai eu une impres­sion étrange : comme si j’avais gardé en mémoire le cadre, l’arrière plan dans lequel l’imaginaire morbide de celui-ci pouvait se déployer.

Si ce roman reste une pure fiction, il n’empêche que la pein­ture de l’Union Sovié­tique sous Staline, de la famine en Ukraine en 1933, des méthodes de la police secrète, des inter­ro­ga­toires des suspects si vite coupables, des orphe­li­nats… en fait tout l’intérêt. L’enquête elle-même est passion­nante, la réalité du pays y est inti­me­ment liée. Comme dans toute enquête, le héros devra lutter contre tout le monde ou presque pour que la vérité appa­raisse dans un pays où le meurtre n’existe plus, contrai­re­ment aux pays capitalistes.

On ne peut pas conseiller Enfant 44 aux âmes sensibles car le meur­trier y est parti­cu­liè­re­ment abomi­nable, mais tous les amateurs de thril­ler doivent (vont) adorer. Si ce livre n’est pas dans mes Préfé­rence, c’est unique­ment à cause de la violence des crimes. J’ai mis quelques temps à m’en remettre !

Citations

Ces rumeurs de meurtre proli­fè­re­raient comme du chien­dent au sein de la commu­nauté désta­bi­li­se­raient ses membres, les inci­te­raient à douter d’un des prin­cipes fonda­men­taux sur lesquels repo­sait leur nouvelle société : La délin­quance n’existe plus.

On en parle

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