Traduit de l’an­glais (États-Unis) par Anne Rabinovitch.

5
Ce livre est un petit chef d’œuvre roma­nesque. Il mêle une enquête passion­nante autour du sauve­tage d’un livre précieux : un livre de prière juive,une Hagga­dah. Le point de départ est vrai la Hagga­dah de Sara­jevo existe et ce sont des lettrés musul­mans qui ont sauvé ce livre juif des incen­dies dus à la guerre. Expli­quant comment des scien­ti­fiques arrivent à remon­ter dans le temps grâce à d’infimes traces lais­sées dans les parche­mins, la roman­cière imagine des histoires plau­sibles autour de ce livre. Chaque moment où elle s’arrête sont autant de moments d » into­lé­rance et de violence abso­lus, les gens et les livres se retrou­vaient sur des bûchers.

En même temps on suit l’histoire person­nelle d’Hanna la jeune Austra­lienne, person­nage touchant et telle­ment vivante. J’ai relu ce livre, car il est en compé­ti­tion pour notre « coup cœur des coups de cœur de 2008 » dans notre club de lecture. Je sais que la construc­tion du roman : l’intrigue coupée par des retours dans l’histoire, n’a pas plu à tout le monde. Moi, ça m’enchante litté­ra­le­ment. Je trouve que Géral­dine Brooks à écrit un hymne à l’esprit de tolé­rance et donne foi en l’homme. Même quand l’humanité est au bord de se détruire, des « justes » en géné­ral des lettrés arrivent à ne pas se conduire en barbares.

Citations

Tu es restée dans ton joli appar­te­ment pendant toute notre guerre et tu nous as regar­dés crever sur ton écran de télé. Et tu t’es dit « Quelle horreur ! » et ensuite tu es allée te prépa­rer une autre tasse de café.

- Mais comment le roi et la reine ont-ils pu faire une chose pareille ? C’est l’argent des Juifs, ou du moins l’argent collecté par les Juifs, qui leur assuré la victoire sur les Maures !
– Nous avons été dépouillés mon frère. Et main­te­nant, comme une vache qui ne donne plus de lait, on nous envoie à l’abattoir.

En Angle­terre, le monde de l’art est un aimant absolu pour les fils cadets de lords appau­vris, ou pour les femmes du nom d’Annabelle Quelque-Chose-tiret-Quelque-Chose qui s’habillent en cale­çons noirs et cache­mires orange foncé et sentent vague­ment le labra­dor mouillé.

On en parle

link.

Traduit de l’an­glais (États-Unis) par Josée Kamoun.

5
Livre éton­nant, boule­ver­sant qui ne vous lâche pas une fois que vous êtes entré dedans. Les person­nages vous hante­ront long­temps après avoir refermé le livre, un peu comme ceux de : Le temps où nous chan­tions de Richard Powers. On y retrouve le problème du métis­sage aux USA. Ici le person­nage prin­ci­pal a décidé de se faire passer pour blanc et réussi une carrière univer­si­taire presque parfaite. Un jour, il prononce un mot malheu­reux « zombie » pour parler d’étudiants qui se révèlent être noirs et le « poli­ti­que­ment correct » va l’obliger à démissionner.

Philip Roth n’épargne dans ce roman, ni le manque de courage de ses collègues univer­si­taires, ni la culture fran­çaise, mise à mal à travers une norma­lienne frus­trée qui sera à l’origine de sa perte, ni la pudi­bon­de­rie améri­caine sous la prési­dence de Clin­ton. J’ai pour­tant failli passer à côté de ce roman, à cause du style, les accu­mu­la­tions de mots, le four­mille­ment des idées me fati­guaient, et j’ai commencé à tour­ner trop vite les pages. J’en ai repris la lecture de façon atten­tive et en ralen­tis­sant mon rythme de lecture. Plus l’auteur allait vite, plus je lisais lente­ment et le charme a joué : j’ai passé huit jours complè­te­ment ailleurs dans les trans­ports pari­siens, grâce à ce livre.

Citations

Cet été là, chacun ne pensait plus qu’au sexe du président : la vie, dans toute son impu­reté impu­dente, confon­dait encore une fois l’Amérique.

Mais en Amérique en géné­ral ce fut l’été du mara­thon de la tartuf­fe­rie : le spectre du terro­risme qui avait remplacé celui du commu­nisme comme menace majeure pour la sécu­rité du pays, lais­sait place au spectre de la turlute.

Seule­ment le danger avec la haine, c’est que quand on commence il en monte cent fois plus qu’on en aurait voulu. Je ne connais rien de plus diffi­cile à brider que la haine. Il est plus facile de renon­cer à la bouteille que de jugu­ler la haine, et ça n’est pas peu dire.

La boutique d’an­ti­quité mori­bonde, le restau­rant infâme, l’épi­ce­rie de survie, le débit de bois­son cambrou­sard, le coif­feur péque­not, la maga­sin de vête­ments pour homme d’un autre âge, la librai­rie au fond étique, la phar­ma­cie mal éclai­rée, le salon de thé cucul, la taverne dépri­mante, le marchand de jour­naux sans jour­naux, la boutique de magie énig­ma­tique et vide – tous avaient cédé la place à des établis­se­ments où l’on pouvait manger conve­na­ble­ment, boire un bon café, ache­ter des médi­ca­ments sur ordon­nance, trou­ver une bonne bouteille, un livre trai­tant d’autre chose que des Berk­shires, et faire des achats vesti­men­taires qui ne se limitent pas à des cale­çons bien logs bien chauds pour l’hiver.

On en parle

link.

97820707639625
Je ne pouvais pas imagi­ner mon blog sans les livres de Bena­quista, je n’avais pas la patience qu’il en écrive un nouveau pour le mettre sur mon blog, alors j’ai relu celui-là pour dire à quel point j’aime bien cet auteur. Lors d’un pari fou, deux hommes se donne rendez-vous trois plus tard au même endroit. Leur but : deve­nir quelqu’un d’autre. Le roman suit donc la trajec­toire de Thierry Blin et de Nico­las Gred­zinski dans leur nouvelle vie. Comme à la première lecture, j’ai beau­coup plus de sympa­thie pour Nico­las Gred­zinski que pour Thierry Blin, d’abord parce qu’il va vivre une belle histoire d’amour et qu’il est plein de tendresse pour le humains.

Ce que j’apprécie le plus dans ce livre, c’est la façon dont Bena­quista sait racon­ter des petits moments de vie de notre époque. Les conver­sa­tions à la café­té­ria sonnent telle­ment vraie. Son humour est déca­pant tonique, Bref un livre dont l’histoire est bien fice­lée, et qui fait sourire : ça fait du bien.

Citations

Une de ses premières clientes avait été cette petite dame et de ses « douze Klimt » à encadrer.
– Douze Klimt ! Gustave Klimt ? Vous êtes sûre ?
– Oui, douze dessins.

– Des originaux ?
– Je ne sais pas.

– Ils sont signés ? Ce sont des oeuvres sur papier ?
– Non, sur un calendrier.

Les arro­gants seront serviles un jour. En d’autre termes, plus on marche sur la tête des faibles, plus on est enclin à lécher les bottes des forts.

5
La BD, ce n’est pas toujours ma passion, le plai­sir de lecture n’a rien à voir avec celui procuré par un bon texte. Mais j’ai appré­cié les dessins, l’humour et la nostal­gie qui se dégagent de ces 18 nouvelles, mises en images par des dessi­na­teurs talen­tueux. J’aime bien , Le View-Master de Jordi Sempere, un homme confronté à l’Alzheimer de sa mère. Ma préfé­rée , surtout pour le dessin , Les Brûlures de Simon Hureau. Pour cette nouvelle, la qualité du graphisme ajoute beau­coup à l’histoire de la rencontre dans une piscine d’un poli­cier noir et d’une jolie fille qui cache un secret doulou­reux. Le sous-titre du livre « autres nouvelles qui font du bien » est tout à fait vrai : c’est une lecture qui fait du bien.

Citations

- Vous avez raison patron. je dois être le seul chauf­feur qui de fasse conduire par son patron.
– Le coup de la voiture avec chauf­feur, ça épate beau­coup les coréens.
– Et vous patron, qu’est ce qui vous épate ?
– Que vous soyez parvenu à vous faire enga­ger comme chauf­feur sans même possé­der votre permis de conduire !

On en parle

Voici le site qui m’a donné envie de lire cette BD : link.

Traduit de l’an­glais (États-Unis) par Nico­las Richard.

5Atten­tion, chef d’œuvre ! Ne soyez pas rebuté par les 760 pages, ni par les réfé­rences aux tech­niques musi­cales, ni par les expli­ca­tions sur la rela­ti­vité. Vous serez emporté par ce roman, vous compren­drez ce que le racisme repré­sente de violence,de souf­france et d’humiliation pour toute une nation. Vous reli­rez l’histoire des Etats-Unis à la lumière des crimes raciaux et des émeutes qui finirent par en découler.

L’histoire de cette famille est boule­ver­sante, j’ai passé de longues heures avec Délia, David, Jonah, Joseph et Ruth Strom, en espé­rant que les idéaux des parents, et la musique puissent triom­pher de la haine ! Seul reproche : j’aurais aimé avoir des notes en bas de page mon incul­ture améri­caine m’a obli­gée à consul­ter très souvent Wiki­pé­dia : je ne connais­sais pas o’fay,Ashan, Movie­tone, Sol Hurok , FRA etc.

Merci Fran­çoise de m’avoir offert ce cadeau qui a enchanté le début du mois de septembre 2009.

Citations

Les trois-quarts de tous les Noirs améri­cains ont du sang blanc – et la plupart d’entre eux ne l’ont pas choisi.

« Votre temps est plus lent que le mien. Le mien est plus lent que le vôtre. La raison en perd la raison.
– Oui ! » L’homme s’esclaffe. « Ça aussi c’est vrai ! Mais seule­ment parce que notre raison a été créée à des vitesses plus lentes. »

Lors de ces pénibles après-midi où Jonah et moi sommes bannis de la maison ……Nous restons allon­gés jusqu’au jour où nos cama­rades recréent la chute de Berlin en nous incen­diant. Après cela, pendant long­temps, nous avons eu le droit de rester à la maison.

Était-il possible qu’il exis­tât des Blancs qui, fina­le­ment, ne la détestent pas d’emblée pour l’impossible pardon qu’ils atten­daient d’elle ?

L’oiseau peut aimer le pois­son unique­ment pour l’étonnement qu’ils éprouvent en filant de concert vers l’inconnu.

La plupart des audi­teurs ignorent combien il est plus diffi­cile d’effleurer un son plutôt que de le marte­ler. Un démar­rage sur les chapeaux de roue fera toujours plus d’effet, sur scène, qu’un légato, plus diffi­cile à tenir.

Elle aime­rait marcher dans la rue avec son mari sans avoir à jouer la domes­tique. Elle aime­rait pouvoir lui prendre le bras en public. Elle aime­rait qu’ils puissent aller au cinéma ensemble, ou aller dîner quelque part, sans se faire expul­ser comme des malo­trus. Elle aime­rait pouvoir asseoir son bébé sur ses épaules, l’emmener faire les courses sans que pour autant tout le maga­sin en soit pétri­fié. Elle aime­rait pouvoir rentrer à la maison sans être couverte de venin. Cela n’arrivera pas de son vivant. Mais il faudra bien que cela se produise du vivant de son fils. La rage l’agrippe chaque fois qu’elle quitte la maison. Il n’y a que l’instinct mater­nel pour conte­nir cette rage.

5
J’aime la poésie, avoir quelques vers en mémoire m’aide à suppor­ter le quoti­dien ou à le trou­ver plus beau. Ce recueil m’a touché, et, j’ai pu faire parta­ger cette émotion à tous ceux qui souffrent de la dispa­ri­tion d’êtres chers. Plus que mes phrases maladroites lisez et écou­tez ce poème réson­ner en vous :

Je veux te dire cette sorte de secret
qu’on ne lit qu’en soi loin
derrière les paupières fermées
long­temps après que sur le cercueil
se sont refor­més les liens du jour

tes morts ne sont qu’à toi

toi seule sais leur nom véritable
celui qu’on n’écrit pas aux registres
parce qu’il n’est signe dans nulle langue humaine
et qu’il n’est pas d’oreilles
pour la voix qui le dit

toi seule les vois tes morts
hors leur visage de cendre
et les vois sans faillir dans l’absence même
toi seule l’ombre plus claire dans l’ombre
où leur regard paraît

et l’exacte main de douceur sur ton front
pareille au flux des herbes dans la brise
toi seule la reconnais
qui n’est pas la matière des songes
ni comme le souve­nir appa­riée du désert

toi seule sais
la douceur des morts qui t’appartiennent
car tu es né de leur douceur
et tu prolonges dans chacun de tes gestes
la douceur qui fut le pli heureux de leur vie
à tes yeux désormais
de voir clair dans la transparence
que fait leur disparition
à toi de comprendre dans la vie requise
l’effacement et le soleil unanimes
ta joie volontaire
et la beauté des choses

comme endor­mis tes morts rêvent à tes côtés

tu ne guéri­ras pas de leur nuit
mais tu accompliras
comme l’île conti­nuant la terre où elle n’est plus
leur part perdue
car fille des tes morts
tu es ce qu’ils igno­raient d’eux-mêmes

5
L’écriture est extra­or­di­naire, j’ai été envou­tée par ce livre, on retrouve l’Espagne du début du 20e siècle, ses violences, l’obscurantisme, les croyances reli­gieuses et la condi­tion des femmes. On pour­rait avoir un livre aux accents complè­te­ment déses­pé­rés les histoires sont toutes plus tragiques les unes que les autres (par exemple « l’ogre » qui viole et tue des enfants) mais grâce au style de Carole Marti­nez, on peut tout lire, ce qui ne veut pas dire tout accep­ter. C’est vrai­ment un beau livre que j’ai décou­vert grâce à mon club de lecture et qui depuis a gagné neuf prix littéraires.

Citations

Un dimanche, la mère surprit ces œillades et, de retour chez elle, la jeune fille fut giflée.
- Tes yeux ne doivent voir que le padre ! Hurla Francisa.
- Pour­quoi ? lui demanda la future fiancée.
- Parce qu’il porte des jupes, conti­nua sa mère en larmes. Si quel­qu’un surprend ton manège, on te pren­dra pour une fille perdue, on ira racon­ter que tu te donnes, que tu écartes les jambes quand on te paye et alors plus personne ne voudra de toi. Pense à la grand Lucia qu’on couche dans tous les buis­sons, qu’elle le veuille ou non, tout ça parce qu’on l’a vue se retour­ner pendant la messe vers celui auquel on l’avait promise.

La Maria privi­lé­giait l’hy­giène, la Blanca, la magie. L’une repré­sen­tait l’avenir, la science ; l’autre le passé et ses forces obscures bien­tôt oubliées. Situées chacune à un bout du temps, en regard de part et d’autres du moment présent, ces deux femmes ne se parlaient jamais direc­te­ment. Seule l’une des deux était présente lors d’un accou­che­ment. Pour­tant, quand la chose se présen­tait mal, elle faisait appe­ler l’autre. Alors, sans s’adres­ser un mot, les deux femmes agis­saient de concert et il était bien rare qu’elles ne sauvent pas la mère, car toutes les deux contrai­re­ment à un bon nombre de celles qui les avaient précé­dées, faisaient passer la vie de la femme avant celle de son enfant et c’était sans doute sur cet accord silen­cieux que se fondait leur entente.

Cette fois, elle ferma les volets, couvrit le miroir, ce piège à âmes, arrêta l’horloge … Elle venait faire un mort.

En cousant les linceuls, on regretta le curé et l’église. Les maigres discours des anar­chistes loque­teux ne valaient pas la pourpre des rituels catho­liques, ils ne pouvaient promettre à ces hommes tombés pour la cause le moindre au-delà ! Les adieux prenaient un carac­tère défi­ni­tif et dérisoire.

Depuis le premier soir et le premier matin, depuis la Genèse et le début des livres, le mascu­lin couche avec l’Histoire. Mais il est d’autres récits. Des récits souter­rains trans­mis dans le secret des femmes, des contes enfouis dans l’oreille des filles…….Ce qui n’a jamais été écrit est féminin.

5
J’ai ri et en rit encore, c’est plus qu’un coup de cœur c’est le coup de cœur des coups de cœurs et toutes mes amies de notre club de lecture étaient bien d’ac­cord avec moi. Tout est parfait dans ce livre l’écriture la struc­ture roma­nesque et la gale­rie des portraits. Un noir du Congo raconte sa vie et sa sépa­ra­tion avec la mère de sa petite fille dans le Paris d’aujourd’hui. Le style de Maban­ckou est vrai­ment savou­reux, j’au­rais pu tout reco­pier , il faut lire de toute urgence ce livre, et comme moi je suppose que vous n’ou­blie­rez pas le « fesso­logue » de sitôt !

Citations

… Ce groupe fait la pluie dilu­vienne et le beau temps là-bas… C’est pour ça qu’à la diffé­rence de notre Arabe du coin, moi je respecte les Chinois et les Pakis­ta­nais. Ce sont de braves types à qui on colle injus­te­ment la mauvaise répu­ta­tion qu’ils se démènent ou restent cois alors qu’ils ne font de mal à personne…

Le jour on inven­tera des tams-tams sans bruit, beau­coup de vieux nègres perdront leur raison de vivre…

Traduit du japo­nais par Ange­lin Preljocaj.

5
Je suis souvent réti­cente à lire la litté­ra­ture japo­naise, je m’y ennuie ferme à chaque fois ou presque. J’ai lu ce livre car un ami archi­tecte me l’avait conseillé. Pour une fois, je dois dire que ce livre m’a passion­née car j’ai tout compris et je mesu­rais pendant ma lecture à quel point cette grande civi­li­sa­tion est à l’opposé de la nôtre.

Quel auteur fran­çais commen­ce­rait à décrire les lieux d’aisance pour faire comprendre le charme des maisons de son pays ? Et pour­tant ! N’est-ce pas là que nous dévoi­lons beau­coup de nos habi­tudes ? Tani­ka­zaki le pense et il m’a convain­cue. De la même façon sa descrip­tion de la femme japo­naise, m’a fait parfai­te­ment comprendre que je suis défi­ni­ti­ve­ment une femme française.

Citations

Aussi n’est-il pas impos­sible de prétendre que c’est dans la construc­tion des lieux d’aisance que l’architecture japo­naise atteint aux sommets du raffi­ne­ment. Nos ancêtres qui poéti­saient toute chose, avaient réussi para­doxa­le­ment à trans­muer en un lieu d’ultime bon goût l’endroit qui, de toute la demeure, devait par desti­na­tion être le plus sordide, et par une étroite asso­cia­tion avec la nature, à l estom­per dans un réseau de déli­cates asso­cia­tions d’images. Compa­rée à l’attitude des Occi­den­taux qui, de propos déli­béré, déci­dèrent que le lieu était malpropre et qu’il fallait se garder même d’y faire en public la moindre allu­sion, infi­ni­ment plus sage est la nôtre, car nous avons péné­tré là, en vérité, jusqu’à la moelle du raffinement.

D’une façon géné­rale, la vue d’un objet étin­ce­lant nous procure un certain malaise.

En fait, on peut dire que l’obscurité est la condi­tion indis­pen­sable pour appré­cier la beauté d’un laque.

La cuisine japo­naise, a‑t-on pu dire, n’est pas chose qui se mange, mais chose qui se regarde ; dans un cas comme celui-là, je serai tenté de dire : qui se regarde, et mieux qui se médite !

Le maquillage compre­nait, entre autres, le noir­cis­se­ment des dents ;

De même qu’une pierre phos­pho­res­cente qui, placée dans l’obscurité, émet un rayon­ne­ment, perd, expo­sée au plein jour, toute sa fasci­na­tion de joyau précieux, de même le beau perd son exis­tence si l’on supprime les effets d’ombre.

On en parle

http://​embruns​.net/​c​a​r​n​e​t​/​l​e​c​t​u​r​e​s​/​t​a​n​i​z​a​k​i​-​j​u​n​i​c​h​i​r​o​-​e​l​o​g​e​-​o​m​b​r​e​.​h​tml

Traduit de l’an­glais (Canada) par Hugues Leroy.

5
Extra­or­di­naire récit à propos des indiens et de l’engagement du Canada dans la Première guerre mondiale, c’est un livre d’une beauté et d’une densité rare. Coup de cœur du club de lecture de Dinard. J’ai rare­ment lu une analyse aussi appro­fon­die de la guerre et des consé­quences sur un être humain d’avoir le droit de tuer. Le lecteur est saisi par ce livre, la descrip­tion de la guerre, les violences faites aux indiens au Canada, l’amour et la force d’une femme indienne, dont on suit jour après jour le long périple sur la rivière pour rame­ner à la vie l’ami de son neveu.

Citation

Un obus est tombé trop près. Il m’a lancé dans les airs et, soudain, j’étais oiseau. Quand je suis redes­cendu, je n’avais plus ma jambe gauche. J’ai toujours su que les hommes ne sont pas fait pour voler.