
Éditions J’ai lu, 313 pages, décembre 2025
J’ai vraiment hésité à attribué 4 coquillages à ce récit, car j’ai pas mal de réserves, mais pour la description de la lutte des femmes de Douarnenez, ce livre les mérite. Comme le titre l’indique, il y a aussi une histoire qui se passe dans un « lit clos » entre les deux protagonistes de cette grève que j’ai trouvée un peu (pas complètement cependant) réécrite avec des yeux d’une autrice du 21° siècle.
Deux femmes sont au cœur du roman, Rose qui vient du monde rural, très arriéré, monde dans lequel la religion domine tous les aspects du quotidien. Le roman commence par un drame, la mère de Rose meurt lors de l’accouchement d’un quatrième enfant. Rose sera toute sa vie emplie de haine pour celui qu’elle surnomme « l’assassin ». Ce pauvre bébé sera même victime de maltraitance de sa part, sans aller jusqu’à le tuer , elle souhaite ardemment sa mort. Comme le père a besoin d’argent, il l’envoie à l’usine pour mettre les sardines en boîtes. Et la voilà donc « Pen- Sardine » comme on nomme ces ouvrières.
La description du travail des ouvrières dans les usines m’a beaucoup intéressée, je savais cela mais cela fait du bien de le relire. Le travail des enfants de 12 ans alors que c’est interdit, nous sommes en 1924 , les heures qui ne dépendent que de l’arrivée des sardines et qui obligent les ouvrières à rester travailler la nuit sans être payée plus, le travail dans l’odeur de l’huile brûlante et de poisson. La contremaitre qui s’autorise à humilier et même à des coups de torchon lorsqu’elle trouve le travail mal fait.
Louise vient d’un milieu totalement différent, elle a été élevée dans un milieu républicain, a suivi son premier mari à Paris , mais est revenue travailler à l’usine à Douarnenez. Elle aura très vite un rôle important dans la prise de conscience de l’injustice de la condition ouvrière.
La grève est votée pour obtenir un meilleur salaire et la prise en compte des heures supplémentaires, Rose et Louise se retrouvent et la petite campagnarde confite en religion découvre grâce à Louise la liberté. Comme elles dorment dans le même lit clos, elles vont aussi s’aimer.
La deuxième partie voit leur destin se séparer, Louise rejetée par Rose qui veut une vie « normale » avec un mari, part à Paris se remettre de son chagrin d’amour. Cette partie du roman m’a aussi intéressée car l’auteure nous fait découvrir le milieu artistique parisien et la lutte des féministes pour le droit de vote. Louis fera finalement une carrière de chanteuse. Tandis que Rose s’enferme dans sa vie de femme mariée à un pêcheur. J’ai beaucoup de mal à supporter le caractère de Rose, elle rumine son hostilité à sa belle mère chez qui elle vit au début de son mariage, cherche à tout prix à tomber enceinte le sera d’ailleurs d’un autre homme que son mari, et surtout la haine de son petit frère continue à l’animer.
J’ai vraiment eu du mal cette Rose après l’ardeur qu’elle a mise pour la grève des sardinières, je ne comprends pas pourquoi l’auteure a voulu en faire une femme étroite d’esprit et de sentiments. Je sais que pour faire un roman avec des faits historiques, il faut créer des personnages qui vont donner vie à l’histoire, mais je regrette que l’auteure ait donné la grandeur d’âme à la parisienne et l’étroitesse d’esprit, l’aigreur, la méchanceté à la bretonne.
Mais pour la grève et la condition ouvrière, et aussi pour le milieu artistique parisien des années 20, je sui très contente d’avoir lu ce roman
Et voici les chants qui ont été chanté lors de la cérémonie qui a réuni toute la ville de Douarnenez pour le centenaire de la lutte des sardinières.
Extraits.
Début.
Le cri avait déchiré les entrailles de la mère, roulé jusqu’à la gorge avant que sa voix, d’ordinaire haute et claire ne l’expulse comme un crachat long épais douloureux. Cela venait de loin du fond de la terre, d’un écartèlement violent, d’un séisme organique.
L’enfance de Rose 1924.
Elle avait grandi dans le creux de la maison entre une mère aimante qu’elle ne parvenait toujours pas à pleurer un père étrange et deux petits frères turbulents. Elle avait été appliquée chez les sœurs y avait appris surtout les travaux ménagers et la petite couture, mais pas le français, son père ne disait-il pas que le français ne servait à rien d’autre qu’à comprendre les ordres des parisiennes quand il fallait vider leur pots de chambre..
Les conserveries
Depuis que la conserve avait à la fin du siècle précédent, levé un vent de folie industriel sur Douarnenez, la ville attirait à elle tous les miséreux des campagnes alentour. La population avec quintuplé en quelques décennies une vingtaine d’usines y donnait du travail à trois mille ouvrières et cinq cent équipages. On s’entassait dans d’étroites maisons ramassées derrière des portes basses aux linteaux de granit ocre, des maisons emboîtées les unes dans les autres dans les venelles du quartier du Rosemeur. On vivait à cinq ou six dans une pièce unique de vingt mètre carrés. Mais on préférait cette promiscuité dans les quartiers surpeuplés du port, avec ces cafés bruyants et ses fêtes insensées, plutôt que d’avoir à grimper les rues raides de la ville au rythme des marées.
Tenue de plage et politique.
L’ancien maire avait eu l’obligeance de prendre un arrêté interdisant l’accès à la plage à tous ceux qui ne portaient pas le costume de bain. L’aimable édile avait ainsi repoussé sur les bords de mer plus populeux ouvrières et marins qui s’obstinaient à se baigner en blouse et caleçon.Cette mesure de salut public avait été prise par un maire compréhensif quoique radical avant que la ville ne soit ravie par ce Velly , un communiste aux idées révoltées que le préfet fort heureusement avait démis de ses fonctions pour avoir osé baptiser une rue du nom de la communarde, Louise Michel.
Le travail à la conserverie.
Ici, c’est l’esclavage. La loi de 8 heures ? Tu parles. Votée, oui, par ces messieurs de Paris, qui n’ont jamais pris le règlement d’application. L’interdiction du travail de nuit ? Le patron s’assoit dessus, quand la pêche arrive tard, il faut continuer la friture, parfois jusqu’à 1heure ou 2 heures du matin. Et crois-tu qu’on soit mieux payé, rêve ma fille qu’on puisse récupérer nos heures ? pas mieux. C’est parfois trois jours de suite qu’on travaille au-delà de minuit sans aucune compensation. Et tout ça, pour 80 sous de l’heure, ces pieuvres nous sucent la vie. Ah , je te jure, les curés ont pas besoin d’inventer l’enfer pour après la mort. L’enfer, c’est tout de suite qu’on le vit.
Scène tellement plausible.
À la sortie, saisie par le froid, la troupe reprit le chemin du métropolitain et Le Flandez, encouragée par une légère ivresse, enlaça Louise par la taille. Elle se dégagea vivement, mais Le Flandez, y voyant sans doute une minauderie de chatte lui cola une claque virile sur les fesses. À laquelle Louise répondit aussi sec par une claque vibrante sur la figure du maire déchu. Frottant sa joue autant pour la douleur que pour l’humiliation que la gifle lui avait infligée, Le Flandez jeta un regard furieux à Louise en se promettant intérieurement de lui faire payer un jour cet affront.
Les cheveux courts 1925
Je repense à cette histoire de garçon. Femme dépravées ou pas les cheveux courts se sont répandus dans Paris à la vitesse d’une grippe. Si j’y ai même songé pour moi couper mes boucles noires, dégager la nuque, ce serait comme en finir avec l’attente, rompre avec le passé, affirmer mon indépendance. À Douarnenez, je le sais bien, ce serait un scandale inimaginable, mais ici, tout semble possible, je le comprends à présent Paris est mon laissez-passer pour la liberté.
Droit de vote (Marthe Bray)
C’est Marthe Bray, visage rond de lune, bon sourire, carrure solide.– Refusez le droit de vote aux femmes, c’est s’obstiner à marcher de l’avant à reculons ! assène-t-elle.Face à son auditoire, Marthe s’anime pour présenter son projet de création prochaine d’une ligue pour le vote des femmes. Elle plaide pour le pacifisme, milite pour l’enseignement des valeurs citoyennes aux filles, sans renier pour autant leur devoir premier la maternité. Dans la salle on approuve, on opine, on applaudit.











