Edition Alma Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard.

Un livre sur un sujet à propos duquel j’ai beaucoup lu. Mais je pense qu’on ne lit jamais assez pour comprendre tous les aspects de la Shoah. J’ai été très intéressée par le point de vue de cette écrivaine tchèque qui vit en France et écrit en français.
Le roman commence par deux scènes fortes : à Prague, en 1953 Vladimir Vochoc fait face à un tribunal populaire, puis à l’époque contemporaine, toujours à Prague, lors d’une inondation une femme âgée ne veut pas quitter son appartement et impose d’autre part à sa fille que son enfant apprenne le français. Ces deux volontés apparaissent comme des ordres auxquels il est impossible de ne pas de soumettre. Puis nous repartons dans le passé à Strasbourg en 1938, deux femmes juives réfugiées accouchent, l’une perd son bébé, l’autre meurt en couches d’une petite fille bien vivante. La femme qui a perdu son bébé, s’empare de cette petite fille qui deviendra Josépha. Le père de cette enfant confie une poupée qui avait été préparée par son épouse pour l’enfant à naître.

L’originalité du récit vient de cette poupée de chiffon aux yeux de nacre qui suit toute l’histoire de Josépha à travers les fuites successives de la famille qui échappe de si peu à la mort. Mais le récit prend aussi une tournure plus historique grâce à un personnage qui a existé le consul à Marseille de la Tchécoslovaquie Valdimir Vochoc.

 

Celui-ci grâce à l’aide du journaliste américain Varian Fry a sauvé plusieurs milliers de juifs et de réfugiés allemands opposants au nazisme.

J’ai lu et découvert les fondements de la république tchécoslovaque qui voulait faire la place à toutes les minorités et toutes les langues qui se croisaient sur ce nouveau territoire. Si les démocraties avaient défendu cet état, le yiddish n’aurait donc pas disparu de l’Europe. Que d’occasions ratées ! Est ce que cela aurait permis à ne pas avoir à rechercher pourquoi il a fallu sacrifier environ 6 millions de juifs pour qu’enfin chacun se pose les bonnes questions face à l’antisémitisme. Le parcours de la poupée de Josépha raconte à la fois combien le filet qui se resserre un peu plus à chaque fuite est totalement angoissant pour ces pauvres juifs chassés de toute part, et combien seulement un tout petit nombre d’entre eux n’ont dû leur survie qu’à la chance et aux quelques « justes » croisés sur leur chemin. On connait cette fuite et ces angoisses, c’est bien raconté et tout est plausible mais pour moi le plus novateur dans ce récit est la rencontre avec cet ambassadeur Tchécoslovaque et son amour pour son pays.

 

Citations

Les juifs chassés de partout

Pour lui, il n’y avait pas d’endroit où aller. « Aller », c’était tout ce qui comptait. Ces différents lieux provisoires, tous ces « ici », n’étaient que des haltes de passage, plus ou moins longues, le temps de quelques générations, parfois de quelques années, le temps d’apprendre les lois du pays qui régissaient leur vie, le temps apprendre la langue, parfois le temps d’absorber et de restituer dans sa propre langue les mots et expressions d' »ici », le temps de se bercer de l’illusion d’une durée possible. Puis il fallait déjà repartir, parfois sans avoir le temps de refaire ses valises. « Avec les siècles, se disait Gustav, on a appris à flairer le roussi. Bien avant les autres. »

Conséquences de ces exils successifs

On devait être souple. Une souplesse inscrite jusque dans l’expression populaire : « prenez votre crincrin et tirez-vous. » Voilà pourquoi tous les Juifs de l’Est qui se respectent jouent du violon. C’est facile à transporter. On n’a jamais vu quelqu’un avec son piano sur le dos.

 

 

 

 

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard.

Édition STOCK

Après « le roi disait que j’étais le diable » voici donc la suite de la vie mouvementée d’Aliénor d’Aquitaine. Elle n’est plus la Reine de France , ni l’épouse du trop sage et trop pieux Louis VII, mais elle est Reine d’Angleterre et l’épouse du fougueux et cruel Henri Plantagenêt. « La révolte » dont il est question ici, est celle qu’elle a fomentée avec ses trois fils pour reprendre à Henri le trône de l’Angleterre. Cela lui vaudra d’être emprisonnée pendant quinze ans dans des donjons britanniques très « inhospitaliers » (En période de confinement, elle aurait peut-être eu des conseils à nous donner !). Mais elle en sortira et soutiendra ses fils qui ne cesseront, eux, de se faire la guerre. C’est une période incroyablement violente, trop pour moi c’est sûr et je n’arrive pas à voir dans Aliénor d’Aquitaine une féministe lettrée que l’auteure veut nous présenter. C’est une femme de pouvoir cruelle et calculatrice et rien ne l’arrête quand elle veut étendre son influence. En revanche, je suis prête à croire au portrait de Henri Plantagenêt, un homme d’action violent et déterminé. Le roman se présente comme un long monologue de leur fils Richard (Cœur de Lion) qu’il adresse à sa mère. Si cette période m’intéressait, je crois que je préférerais lire l’oeuvre d’un historien, je sens trop dans ce récit l’envie de l’auteure de présenter Aliénor comme une femme moderne « féministe ». Cela n’enlève rien au style très alerte de cette auteure mon peu de goût pour ce roman en dit beaucoup sur mon dégoût des scènes de batailles successive où on embroche, on viole, on assassine allègrement.

 

Citations

Tout oppose le roi de France, Louis VII à Aliénor

Blois s’apprêtait à fêter les Rameaux. Ma mère se réjouit. Durant ces années de mariage, au côté d’un Louis si pieux, son sang d’Aquitaine a failli s’assécher. Il réclamait la foule, la musique, les façades décorées. Il était malade de calme. Mais demain, ma mère se glissera au milieu des rondes et boira du vin.

Une belle tempête

 Les marins implorent le ciel, les yeux mouillés de pluie. La mer joue avec le vaisseau comme une balle. Les vagues se dressent, s’abattent et balaient le pont telle une langue blanche surgit des tréfonds . On tombe, s’agrippe, on disparaît. Un marin hurle. Il se balance le long de la coque, son pied coincé dans un cordage la tête en bas. Des lames d’eau frappe sa silhouette, il agite les bras puis devient pantin mou, renversé, qui fait de grands allers-retours au bout de sa corde, et ce mouvement répond à la danse des tonneaux sur le pont qui roulent d’avant en arrière. Autour, dans la vapeur grise, on ne voit rien, mais tout est bruit. On jurerait que le vent ricane, le ciel rugit de joie. Le bois grince tant qu’il semble crier, la coque résonne des hennissements affolés des chevaux. La cale du bateau inondée, recrache les outils des charpentiers. Il faut éviter l’avancée fulgurante des scies, invisible dans les remous, ainsi que celles des clous. À la proue, les bannières tordues de vent rappellent la trace dérisoire d’un prestige. Soudain les nuages s’écartent et découvrent une lune pareille à un œil blanc et fixe. Chacun se tait, figé dans cette clarté sinistre. Puis les brumes se referment comme une bouche, l’obscurité tombe et la tempête reprend.

Genre de scènes « sympathique »

Nous contourneront l’abbaye de Fontevraud que certains voudraient piller, j’entends les mercenaires comparer cette abbaye à une orgie car elle est mixte, hommes et femmes y vivent ensemble, « de quoi se régaler l’heure des messes », ricanent les hommes. Mercadier essaie discrètement de les faire taire. Trop tard. Je remonte les rangs. Le plaisantin est facile à repérer. Il transpire. Je prends le temps de l’observer, puis de sortir mon épée. Elle glisse lentement le long de sa tante ruisselants. D’un seul coup, elle coupe son oreille. Le mercenaire hurle et se plie sur son cheval. Je tourne bride en veillant à ce que les sabots marchent sur l’organe sanglant. Je reprends ma place devant les troupes. Piller Fontevraud ! Ces guerriers ignorent donc que ma mère veut y être enterrée ? Il est hors de question d’y toucher.
 Je lance le départ. Ille chevaux s’ébranlent derrière moi. Ce grondement est une sève, rage et joie mêlées. Mercadier exulte. Un chant monte en puissance.
J’aime quand les coureurs
 Font fuir gens et troupeaux
Et j’aime quand je vois après eux
Venir les venir les gens d’armes…
 Mon épée cogne ma cuisse à chaque foulée, battements d’acier qui rythme ma vie, Au son d’un air gaillard repris par des ogres.

Les souvenirs d’une reine enfermée pendant quinze ans

 Mais je ne dois pas me laisser distraire. La mémoire est un soldat aux jambes maigres et infatigable. Elle attaque la nuit. Inutile de la fuir. Elle grimpe vos murs et rampe sous vos portes. Elle agit sans haine, avec la lenteur sereine de celle qui connaît ses droits. Qu’importe que son scintillement ressemble au robe des fées. Le dormeur, lui, ne peut plus bouger, et se sent gagné par le froid.

 

Édition Héloïse d’Ormesson , Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard.

Petit livre rapidement lu mais tellement édifiant à propos de l’intolérance religieuse ! Nous sommes en Hollande et nous suivons un peintre surnommé Torrentius de son vrai nom Johannes Symonsz Jan Van der Beeck, il n’est connu que pour une seule oeuvre :

 

On sait aussi qu’il faisait partie des « Roses Croix » et qu’il a été jugé pour hérésie à Amsterdam et que toute son oeuvre a été brûlée sauf ce tableau. Le roi d’Angleterre qui admirait son oeuvre le fait venir dans son pays après son procès. Mais ce peintre brisé par la torture n’a plus rien produit. Il n’en suffisait pas plus à Colin Thibert pour nous faire revivre, dans un livre très court, ce qu’a pu être la destinée d’un peintre qui aimait trop la vie sous toute ses formes face à l’intolérance protestante qui n’aimait rien tant que la rigueur et la sécheresse de cœur. Vraiment les intolérances religieuses sont détestables et me révoltent au plus profond de moi. Ce petit roman le raconte très bien et fait donc revivre en quelques pages un grand artiste dont aujourd’hui la Hollande serait si fière si elle avait su museler au XVII° siècle les crétins qui ne voulaient pas reconnaître le génie si celui-ci ne respectait pas leurs codes complètement dépassés maintenant.

 

Citations

La Hollande

Dans ce curieux pays qui parvient à se gouverner sans le secours des Princes, il suffit de se rendre au marché, on peut s’y procurer de la peinture aussi aisément un quartier de bœuf ou un turbo pêché du jour, souvent moins cher. Brigby, en revanche, a dû débourser une somme plus conséquente pour une huile sur panneau dudit Rembrandt qui, en dépit de son jeune âge, s’entend à faire grimper sa cote ; mais son interprétation du sacrifice d’Isaac, par sa vigueur et son foudroiement de lumière dorée, éclipse le travail de tous ses concurrents. Si se Rembrandt survit aux excès de table, de boissons et de luxure qui sont le lot des Flamands, on peut gager qu’il laissera derrière lui une œuvre considérable.

Un bon repas chez les Flamands

Repus et satisfaits, il s’en faut de peu qu’ils ne lui tapent sur le ventre ou sur les cuisses. Les trognes luisent, les dents brillent entre les lèvres grasses, on allume les pipes, on claque les fesses de la servante venue débarrasser.

Torrentius et son persécuteur

Torrentius n’a jamais rencontré Velsaert et Velsaert ne le connaît que de réputation. L’antipathie entre les deux hommes est immédiate et rédhibitoire. C’est la rencontre du sanguin et du bilieux, de l’expansif et du constipé, du lion et du rat d’égout…

Déclaration après son procès

J’écris , monsieur sur l’art et la manière dont ces mêmes hommes s’acharnent à détruire, à étouffer ou à museler ce qui dépasse les étroites limites de leur compréhension. Ceux qui m’ont condamné, messieurs, ne craignent rien tant que la vie, ses débordements, ses jaillissements et ses couleurs. Aussi vont-ils la tête basse et le teint bilieux, tristement habillé de noir, rongé par l’envie et la frustration. Savez-vous pourquoi ils me détestent ? Parce que j’ai tout ce qu’ils n’auront jamais, du panache, du talent et toutes les femmes que je puis désirer !

 

 

 

Édition Gallimard

 

Je me souviens encore du plaisir que j’ai eu à lire « Balzac et la petite tailleuse chinoise » , et lorsque j’ai vu ce roman à la médiathèque, je me suis souvenue avoir lu un billet sur le blog « Journal d’une lectrice », je n’ai pas hésité, je suis donc partie avec cet auteur qui raconte si bien son pays dans la ville côtière de Putian. Yong Shen est le fils du charpentier du village, il sera marqué à tout jamais par un sermon d’un pasteur américain qui parle lui aussi d’un fils de charpentier. Il devient chrétien et fabricant de sifflets pour des colombes.

Il passe un certain temps auprès de ce pasteur et de sa fille Mary. Puis, il fait des études de théologie mais auparavant, il sera marié pour respecter d’obscures superstitions. Il revient chez lui, et il apprend que sa femme a donné naissance à une enfant aux yeux clairs, Helai, cette enfant fera son bonheur et son malheur à la fois. S’il n’en est pas le père biologique, il l’a élevée avec amour mais en périodes de folies révolutionnaires être fille de pasteur, être brillante intellectuellement, et avoir des yeux bleus , s’avèrent très dangereux . Alors, après la période de bonheur ou Yong Shen a été pasteur à l’abri de son arbre chéri, né en même temps que lui : l’aguilaire qui est -si j’ai bien compris- l’arbre qui donne de l’encens, viennent les différentes épisodes de la révolution communiste. Le « grand bon en avant », sera suivi par la révolution culturelle et si Yong Shen n’y laisse pas sa vie, il y laisse son âme et sa foi.

 

Comme souvent dans un bon roman qui s’appuie sur la tragédie historique et sur la folie des hommes, il y a des moments de détentes et même de rire. L’émeute provoquée par l’opération du petit garçon chinois d’une ectopie testiculaire est à la fois, bien racontée et très drôle, tout le village est persuadé que le médecin blanc s’en prend à la virilité de l’enfant chinois. Comme on traverse plus de la moitié d’un siècle -et quel siècle !-, ce roman est très dense et fourmille d’histoires et de personnages très divers. Même les personnages secondaires sont intéressants et lorsque le rouleau compresseur s’abat sur le peuple, il n’y a pas beaucoup de recoins pour se cacher et échapper à la terrible remise au pas de tout un peuple.

Les souffrances du pasteur reconnu comme traître à la cause du peuple et dénoncé par sa propre fille qui veut sauver sa vie et celle de son enfant sont à peu près insoutenables s’il n’y avait pas le talent de ce grand écrivain qui embarque son lecteur dans des descriptions poétiques et un monde fait de beauté et de rêve. La tragédie et la mort sont présentes jusqu’à la dernière ligne mais elle est accompagnée par le « Concerto en ré majeur de Beethoven » et cela donne une impression qui s’élève au-delà de la réalité de la souffrance humaine .

 

Citations

Traditions

C’était le ruban de satin rouge que la famille Yong espérait depuis huit ans, car, selon la coutume, à Putian, on accrochait un ruban rouge à un arbre de sa maison, pour annoncer au monde que l’épouse était enceinte.

Yong Sheng est torturé par les communistes en 1949. Il est alors directeur de l’orphelinat

Un petit de sept ou huit ans s’approcha du révolutionnaire. 
« Vous pouvez faire redescendre notre directeur ? 
-Tu ne dois plus l’appeler directeur, mais ordures impérialiste. 
-Vous pouvez faire redescendre notre impérialiste s’il vous plaît ? 
-Bon point pour toi, je vais le faire redescendre, et procéder à la deuxième partie de son interrogatoire. »

Les réunions publiques sous la révolution culturelle

Les paysans présents depuis le matin étaient rentrés déjeuner chez eux, mais sitôt leur repas pris, ils revinrent avec leurs enfants, et des tabourets bas pour s’asseoir. Assister à une séance de critique n’était pas un acte gratuit. Selon le barème en vigueur, une demi-journée de présence rapporter cinq points à un homme, quatre à une femme, trois au vieillard, ou malade et aux handicapés. Quant aux cadres non rémunérés par l’État, ils touchaient une prime, en plus de leur salaire régulier.

Le manchot, en tant qu’ancien droitier réhabilité, jouissait théoriquement de ses droits civiques, mais en pratique, il n’était jamais autorisé à assister à une réunion politique de la commune. Non pas qu’on lui refusât la petite compensation financière ou la journée de repos qu’impliquait une participation à de tels rassemblements, pour les paysans et les ouvriers c’était moins dur que de journée de travail, mais son statut de consigner le mettait à part. Chaque mois, en tant que boucher en attente d’emploi, il était rémunérée par le district, qui ne l’autorisait pas assister aux meetings et l’obligeait à travailler. 

Torturé pendant la révolution culturelle

La plaque de ciment de dix kilos y exerçait une pression telle que l’acier pénétrait profondément dans sa chair. La large tuméfaction qui s’était formée autour ne cessait de gonfler. Ses vertèbres cervicales semblaient sur le point de se briser.(…)
Il songea que les concepteurs de la plaque de ciment étaient d’une intelligence redoutable. Il avait vraiment été inspirés. Avec leurs inventions, il avait écrit, au vingtième siècle, un nouveau chapitre des lois de la gravité, plus le fil de fer sur lequel reposait le poids de la plaque était fin, plus la gravité en démultipliait la pesanteur. 
Il leva la tête, et, à travers la sueur épaisse qui brouillait et ses yeux, il aperçut devant lui le visage de Mao, comme une apparition confuse, entourée d’un halo trouble. C’était un portrait du président que ses accusateurs avaient installé devant lui, pour la réunion de critique .
 » Président Mao, je suis vraiment incurable. Mon infection idéologique est trop grave. Vous me donnez l’occasion d’être critiqué par les masses, mais, alors que je suis à genoux devant vous, mon cerveau malade se préoccupe encore des notions physique que j’ai étudié à la faculté de théologie, et la seule chose à laquelle je suis capable de penser, c’est la loi de la gravité découverte par un occidentale. Grâce à votre Révolution culturelle, j’espère pouvoir enfin rompre a jamais rien qui m’attache encore à la pensée des impérialiste. »

 

Édition Sonatine. Traduit de l’anglais par Marc Barbé.Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard.

Deux romans policiers dans la même journée ! Je dois ce tour de force à mon club de lecture. Et toujours, pour moi, aussi peu d’intérêt . Pourtant celui-ci fait partie de la sélection pour notre « coup de cœur des coups de cœur » de juin 2020. Cela veut dire qu’il a beaucoup plu à nos amies fidèles au genre « polars » mais son intérêt a dû s’étendre aux amatrices du genre romans historiques (désolée, Messieurs, seules les femmes font partie de ce club pourtant ouvert à tous et toutes !). Ce roman se situe en 1931, au milieu de la crise financière mondiale. Le ressort amoureux de cette histoire est si faible que j’ai dû de toutes mes forces m’accrocher au fait que seules celles qui lisent l’ensemble des romans peuvent participer à notre délibération du mois de juin pour le finir. Ce qui est original, c’est que le personnage principal est un escroc, donc le narrateur ne représente pas le bien face aux puissances du mal. Il est un « mauvais » ordinaire et les autres sont des méchants extraordinaires qui manipulent le monde bien au delà des politiques qui ne sont que des marionnettes dans leurs mains qui peuvent s’ouvrir pour faire couler de telles sommes d’argent que personne ne peut résister. D’ailleurs résister, veut dire que l’on retrouvera un cadavre de plus dans les rues de Londres ou ailleurs. Et tout cela pourquoi ? Pour satisfaire des gens de la finance qui d’après ce roman sont à l’origine de la guerre 14/18. C’est la partie la plus intéressante du roman mais ce ne sont là que les trente dernières pages et qui ne sauvent pas ce roman pour moi, j’ai trop attendu pour y arriver sans que cela enrichisse le propos.
Mais je le répète, il a beaucoup plu aux lectrices de mon club, alors si vous aimez les polars, faites vous votre propre idée

Citations

(Pour une fois glanée chez Babelio car je m’ennuyais trop pour annoter ce roman)

La duperie est cumulative : un mensonge en engendre une douzaine d’autres, qui à leur tour en engendrent chacun une douzaine.

 

L’argent est moins éphémère que la vérité et la beauté. Il fructifie, tandis qu’elles s’étiolent.

 

Dans un monde qui se croyait si sage et se comportait pourtant si bêtement , il semblait parfois que seuls les fous voyaient les choses telles qu’elles étaient vraiment, que seuls les gens comme mon frère étaient prêts à admettre ce qu’ils apercevaient du coin de l’œil. 

Édition Albin Michel. Traduit de l’italien par Dominique Vittoz.
A obtenu un coup de cœur au club de lecture de la médiathèque de Dinard

Le point de départ de ce roman écrit par une jeune auteure italienne est un fait véridique Margot Wölk a bien été recrutée parmi dix autres femmes pour goûter les plats d’Hitler , quand celui-ci était dans ce qu’on appelait alors « la tanière du loup » et qui est aujourd’hui en Pologne. À partir de ce récit que vous pouvez entendre si vous cliquez sur ce lien, vous saurez ce qui a déclenché l’envie pour l’auteure de raconter cette histoire et d’en faire un roman. Les lectrices du club étaient très élogieuses, je le suis un peu moins. C’est compliqué pour une femme jeune et étrangère de rendre avec précision l’ambiance entre des femmes sous le régime nazi. Elle a imaginé des rapports plus proches de la camaraderie de lycéennes et puis comme elle est italienne elle y a mêlé une histoire d’amour. Pour faire plus véridique et plus tragique, il y a, aussi, une jeune fille juive parmi les goûteuses. Tout ce que l’auteure a imaginé est plausible mais cela en dit davantage sur la façon dont les Italiens se racontent le nazisme . Quand on écoute Margot Wölk on sent que ses souvenirs sont surtout marqués par les viols des soldats russes, plus que par son rôle de goûteuse des plats d’Hitler. Tout ce qui concerne ce criminel psychopathe intéresse les gens, et ce roman doit son succès à cela mais il n’est pas pour autant racoleur. Disons qu’il n’est pas indispensable à la connaissance de ce qui s’est passé en Allemagne et surtout, j’ai plus tendance à croire les auteurs germaniques qui, eux ou leurs ancêtres, ont vécu cette période.

Citation

Son mari lui écrit cette lettre du front russe

« Ils sont deux à ne pas avoir compris qu’il fait froid en Russie, m’avait-il écrit. L’un est Napoléon. » Il n’avait pas mentionné l’autre par prudence.

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard.

Édition Albin Michel

Encore la guerre 14/18 ? Non, pas tout à fait ! Il s’agit ici de la fin de cette guerre et le fait qu’elle a engendré celle qui a suivie, et que, d’après l’auteur, rien n’a été fait pour l’éviter. Antoine Rault mêle à son roman des pages très précises d’analyses historiques, et le lecteur revit avec précision la signature du traité de Versailles.

 

Il sera ressenti comme un « Diktat » humiliant pour tous les allemands. Peu d’entre eux verront dans les années qui suivent l’occasion de fuir la guerre et on connaît la suite l’esprit de vengeance et la folie du National-Socialisme.
Côté romanesque : le personne de Charles-Albert, un soldat amnésique, il sera utilisé par les services de renseignement français pour espionner l’Allemagne, il est à la fois crédible, tragique et attachant. On suit, donc, son parcours, d’abord dans les centres de soins français qui n’ont qu’un seul but dépister les simulateurs. Puis à travers son engagement dans ce qui reste de l’armée allemande, la montée inexorable vers un nationalisme qui va bientôt détruire ce qui reste de la nation allemande. L’état de l’Allemagne après cette guerre que l’armée n’a pas eu la sensation de perdre est parfaitement raconté et même si j’ai trouvé parfois que l’auteur est trop didactique, ses arguments sont imparables et ses démonstrations très convaincantes. Les horreurs de la guerre sont insoutenables et j’avoue avoir découvert ce qui s’est passé, grâce à ce livre, en Lettonie ? Dans les temps actuels, où beaucoup de gens doutent de l’Europe, ce roman permet d’ouvrir les yeux sur les dangers des guerres guidées par le nationalisme c’est donc une lecture que je ne peux que recommander même si la nature humaine apparaît comme bien cruelle qu’il s’agisse des puissants de ce monde qui se jouent de la vie des populations, que des simples soldats qui deviennent des tortionnaires et des bouchers à la première occasion lorsque le droit de tuer leur est donné.

Citations

Les soins aux traumatisés de la guerre

Les poilus appelaient « le torpillage » pour exprimer qu’après s’être fait mitrailler et pilonner dans les champs de bataille, le soldat traumatisé avait droit, en plus, de se faire torpiller à coups de décharges électriques – mais les médecins, eux, parlaient De réalisation ou de galvanisation, suivant le courant utilisé, ça vous avait tout de suite un petit air régénérant, et, bien sûr, ils prenaient soin de préciser que c’était « pour ainsi dire indolore ».
Derrière toute cette approche, une grande idée en ces temps de patriotisme exacerbé et de chasse aux « lâches » , aux embusqués, aux déserteurs : consciemment ou inconsciemment, les traumatisés simulent pour fuir les combats. Le but n’est donc pas de les soigner mais de les renvoyer là-bas. Petite précision intéressante : en France, les traumatismes psychiques dus à la guerre ne sont reconnus comme des blessures ouvrant droit à une invalidité que depuis 1992.

Les banques

Et puis, de toute façon, une banque ne peut pas être un profiteur de guerre puisque la vocation même d’une banque, c’est de savoir profiter en toute circonstance… Une banque fonctionne de la même manière en temps de paix qu’en temps de guerre. On lui confie des valeurs et elle accorde des crédits et contribuent ainsi à soutenir l’économie. C’est très noble, au fond, très noble, en temps de paix comme en temps de guerre. Parfois, Alfred se représentait en Dieu multiplicateur et redistributeur. Il y avait un côté magique, démiurgique, dans son métier, qui le mettait en joie. La banque était le métier le plus… aérien… oui, c’est ça… le plus sublimement éthéré du monde. Bien plus qu’un peintre qui emploie de vraies couleurs ou qu’un écrivain qui utilise des mots pour raconter une histoire, le banquier, lui, n’a recourt qu’à l’abstraction et au sentiment. Pour créer, il compte sur la confiance, sur la crédulité humaine. Un Dieu, donc, un illusionniste, un grand manipulateur.

Cruautés de la guerre pays balte 1919

Avant d’abandonner Riga, les généraux russes ordonnèrent à leurs troupes de mettre à mort des centaines de Lettons qui avaient été jetés en prison parce qu’il était suspecté d’être hostiles aux Soviets. Les soldats refusèrent de se livrer à cette boucherie mais les femmes bolcheviques fanatisées l’accomplir avec une sauvagerie inouïe. Naturellement, « à titre de représailles », comme ils se justifièrent eux-mêmes, les Allemands ne furent pas en reste. Ils fusillèrent non seulement ces femmes criminelles mais près de mille prisonniers. Sans compter bien sûr les tortures, les viols et des pillages. Alors, en représailles de ces représailles, les nationalistes Lettons se livrèrent à leur tour à des atrocités à l’encontre des soldats qu’ils parvenaient à capturer. C’est la vieille loi de la cruauté humaine. La barbarie des uns nourrit et libère la barbarie des autres.

Cliché sur les femmes

Les Parisiennes ont du charme, c’est certain, mais elles rouspètent tout le temps, elles réclament, elles ont des tas d’exigences. Ça doit être ruineux, une française. Et puis, elles sont adorables, coquettes, amusantes, mais elles n’ont pas la beauté racée des Slaves.

Édition Plon

Un roman historique absolument superbe , je l’avais déjà repéré chez « Aleslire » et Keisha sans pour autant me motiver, et puis, j’ai reçu ce livre en cadeau (et … il fait partie de la sélection de mon club de lecture). Pour moi aussi, c’est un coup de cœur absolu. Tout vient du talent de cet écrivain, Camille Pascal et je me laisserai tenter par ses autres livres tellement celui-ci m’a séduite et embarquée dans une autre époque. Je ne suis pas du tout spécialiste de cette période et si, comme moi les livres d’histoire ont tendance à vous ennuyer, ne soyez pas effrayé par les 646 pages décrivant cet instant où le roi Charle X a dû renoncer à la couronne par pur aveuglement, il faut dire que le prince de Polignac, son ministre l’a bien aidé à tenir fermer des yeux qui ne voulaient pas voir que la monarchie absolue n’était pas possible à restaurer. Pourquoi quatre rois ? Car en quelques jours, la France a vu Charles X abdiquer au profit de son petit fils Le Duc de Bordeaux, mais avant cela, quelques heures seulement son fils, le duc d’Angoulème, aura été le Roi de France le temps de signer son abdication . Et puis, finalement, soutenu par la chambre que Charles X voulait dissoudre, Louis-Philippe deviendra le « roi des français » et acceptera le drapeau tricolore.

Voilà le cadre, mais à l’intérieur de ce décor, on suit pas à pas, les hésitations de Charles X et son départ pour Cherbourg où l’attend le bateau qui l’emmènera en Angleterre. Cet homme est hanté par la mort de son frère Louis XVI. Il est persuadé que ce sont les faiblesses de ce roi qui ont causé sa perte. Hanté par l’image de l’échafaud, il se raidit dans des attitudes qui ne peuvent que l’entraîner vers sa perte. En contre point, à cette cour que rien ne peut éclairer, on voit les très riches bourgeois parisiens manœuvrer pour garder le pouvoir parlementaire même si pour cela il faut libérer les instincts révolutionnaires d’une population miséreuse. À la fin de cet été 1830, Louis Philippe est donc sur le trône de France, grâce à la grande bourgeoisie d’affaires qui effectivement est bien partie pour se développer mais qu’en est-il du peuple ? L’histoire montrera qu’il est plus facile de se débarrasser d’un roi que de la bourgeoisie d’affaires et que des révoltes peuvent être mater plus violemment par les forces de la république que par une armée royale surtout quand celle-ci est composée de mercenaires. Ces journées sont superbement évoquées et il fallait bien 646 pages pour en comprendre toute la portée et sentir l’avenir de la France.

 

Citations

Les odeurs …

 Le roi profita de l’instant pour demander à l’huissier du Conseil d’ouvrir l’une des fenêtres. Aussitôt, l’odeur des orangers vint éteindre celles des parfums de cours, trop musqués.

Motivation de Charles X

L’esprit de la Révolution n’a jamais abandonné une partie de la population. C’est à la monarchie qu’on en veut. Si je cédais, ils me traiteraient comme ils ont traité mon malheureux frère. Sa première reculade a été le signal de sa perte… Ils lui faisaient aussi des protestations d’amour et de fidélité ; ils lui demandaient seulement le renvoi de ses ministres. Il céda, et tout fut perdu … Si je cédais cette fois à leur exigence. Il finirait par nous traiter comme ils ont traité mon frère.

Jolie formule et portrait intéressant

Lui-même n’avait pas été insensible à cette intelligence et à cette vivacité de conversation qui voilait maintenant d’esprit l’affaissement de ses charmes. Cette femme du monde savait être d’excellents conseils et une source inépuisable de renseignements obtenus de première main, qu’elle avait experte. En partageant de temps à autre le lit du duc de Fitz-James, elle tenait la rampe du côté des ultras et des soutiens du ministère Polignac, mais son amitié ancienne avec la duchesse d’Orléans lui ouvrait aussi les portes du Palais-Royal où l’on respire est un air plus libéral. Enfin, sa tendre complicité avec le conseiller Pasquier la plaçait au cœur du juste milieu. Ainsi cette femme de 50 ans, en se tenant à cheval sur les deux Faubourgs, était-elle devenue l’une des plus recherchées et des mieux informées de Paris.

Autre temps autres mœurs

Comment rester un patron digne et respecté aux yeux de ses employés sans droit de vote qui leur permettait de consentir l’impôt et de participer à la vie de la nation ? C’était une honte, un défi au bon sens, un retour à l’ancien régime et à la société d’ordres.

Le luxe en 1830

Casimir Périer salua très aimablement Thiers et Rémuzat qu’il connaissait un peu et fut avec les quatre électeurs d’une amabilité d’homme d’affaires ; il dissimula avec talent le déplaisir qu’il avait à recevoir chez lui des fauteurs de trouble et leur parla comme un livre d’escompte. Ces manières de patricien, le luxe assourdi dont il s’entourait, la coupe parfaite de son habit, l’éclat d’une chemise qui n’avait pu être blanchie qu’à Londres, des souliers glacés au champagne, tout cela émerveillait Thiers et ses amis.

La misère

Jamais le grand référendaire n’avait vu la misère d’aussi près, et elle lui parut bien effrayante. Toute une population d’ouvriers, de gagne deniers, de crève-la-faim, de femmes dépoitraillées , d’enfants morveux, de vieillards édentés toute une gueusaille l’entourait, l’apostrophait, l’agrippait, touchait son beau manteau de velours pourtant taché par la pommade de sa perruque qui n’avait pas résisté à la chaleur et perlait de sa queue de rat sur son col brodé.

Bien dit

À l’hôtel de ville, le marquis de La Fayette s’enivrait de cette popularité qui est à la politique ce que l’encens est au culte des dieux.

Édition le Seuil

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard

 

Après « la villa des femmes » et « l’empereur à pied« , voici ma troisième lecture de ce grand écrivain libanais. Ce texte est très court et les chapitres qui le composent font parfois moins d’une demi-page. Le titre dit beaucoup sur cette biographie : Raphaël Arbensis aurait pu, en effet mener des vies bien différentes. L’auteur sent que sa destinée tient plus du hasard et de la chance que de sa propre volonté. Ce sont des idées bien banales aujourd’hui mais qui, au début du XVII° siècle, sentent l’hérésie pour une élite catholique toute puissante et peu éclairée. Elle vient de condamner Galilée et donc, regarder, comme le fait le personnage, le ciel à travers une lunette grossissante relève de l’audace. L’auteur ne connaît pas tout de la vie de cet aventurier du pays des cèdres comme lui, mais malgré ces périodes d’ombre qu’il s’empêche de remplir par trop de romanesque, il sait nous rendre vivant ce personnage . Le plus agréable pour moi, reste son talent d’écrivain : grâce à son écriture, on se promène dans le monde si foisonnant d’un siècle où celui qui voyage prend bien des risques, mais aussi, est tellement plus riche que l’homme lettré qui ne sort pas de sa zone de confort. Chaque chapitre fonctionne comme une fenêtre que le lecteur ouvrirait sur la société de l’époque, ses grands personnages, ses peintres, sa pauvreté, ses paysages. Un livre enchanteur dont les questionnements sont encore les nôtres : qu’est ce qui relève de notre décision ou de la chance que nous avons su plus ou moins bien saisir ?

 

Citations

De courts chapitres comme autant de cartes postales du XVII° siècle

Chapitre 6
Il fréquente aussi les lavandières qui lavent le linge dans le Tibre . Il fait rire et les trousse à l’occasion. À cette époque , les rives bourbeuses du fleuve sont envahies par les bateliers , et les teinturiers y diluent leurs couleurs. Nous sommes dans les premières années du pontificat d’Urbain VIII. La colonnade du Vatican n’est même pas encore dans les projets du Bernin, Borromini n’a pas encore construit la Sapienza, le palais des Barberini s’appelle encore palais Sforza et la mode des villas vénitienne intra-muros commence à peine. Mais il y a des chantiers et l’on creuse des allées et des voies. Des peintres et des sculpteurs habitent en ville. Le Trastevere et un village séparé de la cité, cette dernière n’a pas la taille de Naples, mais depuis le bord du fleuve on voit les dômes de Saint-Pierre et le palais Saint-Ange. Les grands murs du temps de l’Empire sont toujours debout, roses et briques parmi les cyprès et les pins, et sous la terre dorment encore bien des merveilles. Un jour de 1625, sur la place du Panthéon, un larron interpelle Raphaël pour lui vendre quelque chose en l’appelant Monsignore. Ardentis s’arrête, méfiant, le larron rit en découvrant une horrible rangée de dents abîmées et lui indique sa brouette sur laquelle il soulève une petite bâche. Avensis se détourne du spectacle de l’affreuse grimace du mendiant pour regarder ce qu’il lui montre et là, au milieu d’un bric-à-brac fait de clous, de chiffons, de morceaux de plâtre et de divers outils abîmés, il voit une tête en marbre, une grande tête d’empereur ou de dieu, le front ceint d’un bandeau, les lèvres pulpeuses, le nez grec et le cou coupé, posé sur le côté, comme lorsqu’on dort sur un oreiller.
Chapitre 27 un des plus courts
Dans le ciel, il y a toujours ces grands nuages blancs qui se contorsionnent tels des monuments en apesanteur, qui prennent des postures fabuleuses et lentement changeantes comme les anges et les êtres séraphiques improbables de Véronèse.

Á travers une longue vue les personnages regardent Venise et le lecteur croit reconnaître des tableaux

Une autre fois, il voit un homme buvant du vin à une table sur laquelle, en face de lui, une femme nue est accoudée qui le regarde pensivement, le menton dans la main. Il voit un maître de musique près de sa jeune élève devant un clavecin, il voit une table un globe terrestre dans une bibliothèque déserte et un jour, dans ce qui semble une chambre à coucher, il voit une femme en bleu, peut-être enceinte, debout et absorbée dans la lecture d’une lettre.

Le hasard ou le destin

Nos vies, écrit-il, ne sont que la somme, totalisable et dotée de sens après coup, des petits incidents, des hasards minuscules, des accidents insignifiants, des divers tournants qui font dévier une trajectoire vers une autre, qui font aller une vie tout à fait ailleurs que là où elle s’apprêtait à aller, peut-être vers un bonheur plus grand si c’était possible, qui sait ?, mais sans doute souvent plutôt vers quelque chose de moins heureux, tant le bonheur est une probabilité toujours très faible en comparaison des possibilités du malheur ou simplement de l’insignifiance finale d’une vie ou de son échec.

 

 

 

 

Édition LA TABLE RONDE

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard

 

Qui aurait pu imaginer que je lise avec autant de passion une biographie de Jeanne d’Arc ? Sandrine et Dominique peut être, et d’autres sans doute, qui avaient mis des commentaires élogieux sur leur blog et qui semblaient prêts à se lancer dans cette lecture… Cet auteur a un don, chaque livre est un cadeau car ils nous transportent dans un univers qui n’est pas le nôtre et que pourtant nous connaissons. Quelles connaissances avais-je de Jeanne : Bergère à Domrémy … entend des voix … Pucelle… délivre Orléans… fait couronner le roi Charles VII à Reims… brûlée sur la place publique à Rouen. C’est peu ! mais si on réfléchit, c’est déjà beaucoup. J’en sais beaucoup moins sur Charles VII qui pourtant a été roi de France. J’ai détesté les statues la représentant que je voyais dans les églises du temps de mon enfance et encore plus sa récupération par un parti qui n’a guère ma sympathie.

Malgré toutes ces remarques, je savais que je lirai cette biographie puisqu’elle avait été écrite Par Michel Bernard dont j’ai tant aimé « Les forêts de Ravel » et  » Deux remords de Claude Monet« . Aucune réserve sur ce roman qui a été couronné du prix du roman historique en 2018. Il nous plonge au XV°siècle dans une époque terrible pour la France, les Bourguignons sont alliés avec l’Angleterre et ces deux puissances réduisent le royaume de France à un très petit territoire. C’est dans ce contexte, très bien rendu par l’auteur que s’inscrit l’épisode de Jeanne d’Arc, qui par sa bravoure et son assurance a rendu le courage aux troupes du roi. C’est raconté avec une économie de moyens étonnante, ce qui fait la preuve qu’un bon roman historique n’a pas forcément besoin de milliers de pages pour faire comprendre beaucoup de choses même si la situation est complexe. Le plus frappant chez Jeanne, c’est sa détermination, et le fait que grâce à cela elle s’impose à tous ceux qui l’ont connue de près même les horribles soudards chefs de guerre. Les autres traits de son caractère même s’ils nous étonnent aujourd’hui sont plus ordinaires pour son temps : son immense piété qui s’accorde bien avec celle de son roi, son courage et sa bravoure au combat, à cette époque, on se tue et on se fait tuer avec plus ou moins de panache. Mais là, il s’agit d’une femme enfin d’une Pucelle, c’est à dire un peu plus qu’une enfant et un peu moins qu’une femme. Une femme héroïne de guerre et dominant les hommes, il y a peu d’exemples dans l’histoire de l’humanité et en plus elle a permis à la France de retrouver son énergie pour bouter les anglais hors des frontières de son pays. Elle a mal fini, certes, mais quand même un court moment on a pu croire que la domination (nom féminin) pouvait changer et devenir l’apanage des femmes.

 

Citations

Première rencontre avec Baudricourt

Des folles, des illuminées, il en avait vu des dizaines depuis quinze ans qu’il commandait la place au nom du roi, mais comme celle-là, qui non seulement lui demandait une lettre de recommandation et une escorte pour la conduire sur la Loire, auprès de son souverain, mais prétendait qu’il lui donnerait, à elle , cette gamine, l’armée à conduire, ça jamais il n’avait connu. Les extravagants couraient les rues et la campagne en ces temps calamiteux. La guerre, la famine et les épidémie les faisaient sortir de nulle part, pulluler et brailler sur les places les carrefours et jusqu’aux porches des églises, chaque fois en se réclamant de Dieu, de la Vierge et de tous les saints.

Le portrait de Jean d Orléans

Jean d’Orléans l’avait vue à Chinon et il avait encouragé le roi à l’écouter et tenter le coup. Il n’était pas sûr qu’elle parviendrait à délivrer la ville, mais sa promesse, en versant l’espoir dans le cœur des gens, l’aidait à tenir. C’était déjà ça. Le roi lui avait confié la défense de ces murs. C’était son affaire, puisque le fief de la famille se trouve et là, et que Charles d’Orléans et son autre demi-frère étaient détenus en Angleterre. Il n’avait que 27 ans, mais c’était aussi l’âge du roi. Assez vieux pour s’être beaucoup battu, il avait non seulement du courage, chose commune chez les gens de guerre, mais de l’instruction, du jugement et de la mesure. Sa bâtardise empêchait que lui soit donné le commandement de l’armée, mais il avait l’estime du roi et de ses pairs qui cherchaient ses avis. Lui aussi avait décelé dans la paysanne de Domrémy ce qui faisait le plus défaut en France, la foi, le désintéressement et le sens d’une grandeur retrouvée. 

Des formules bien trouvées

Le commandant de l’armée anglaise Lord Glasdale, était préoccupé. Les affaires prenait mauvaise tournure. Mécontents de leurs alliés, les Bourguignons avait retiré leur force du siège à la fin de l’hiver. L’entente entre les deux puissances, celle qui faisait bouillir le bœuf et celles qui le mouillait de vin rouge, s’était refroidie.

Un autre portrait et un soldat vaincu par le charme de Jeanne d’Arc

La Hire, de la gueule dirigeait sa compagnie, des yeux suivait sa Pucelle et le grand guerrier qu’il avait dévolu à sa sauvegarde. Le capitaine le plus brutal de l’armée française se montrait le plus attentif à son intégrité. Dans la furie du combat, s’il la savait près de lui, il ravalait ses jurons, ce qui lui coûtait plus que de renoncer à achever un Anglais à terre. Cela aussi, au nom de Dieu, elle l’avait interdit

L’aspect très religieux de Jeanne et de l’époque

Dans cette petite ville sur le Cher , en lisière de la forêt de Sologne, se trouvait une des grandes abbayes du royaume. D’Alençon considérait l’appui logistique que les moines pourraient apporter à un grand rassemblement d’hommes et de chevaux , Jeanne pensait au soutien spirituel que les saints hommes dispenseraient à une armée de pêcheurs. La débauche ne pourrait se donner libre cours dans un pays bâti et labouré par les hommes de Dieu. C’est par la vertu que nous vaincrons, répétait Jeanne, car c’est elle qui donne au bras sa force et à l’épée son tranchant.