Category Archives: Amour Et Couple

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard.

 

Qui n’aimerait pas entendre la personne qu’on a tant aimé conclure le dialogue de la rupture par ces mots :

« Reviens quand tu veux »  ?

Je ne connaissais pas cet auteur qui m’avait tentée à travers la lecture de vos blogs, c’est chose faite, et le moins que je puisse dire c’est que je ne regrette pas les heures passées en sa compagnie. Son style est très particulier, il évoque avec des expressions un peu vieillottes la nature où ce curieux bouquiniste a décidé de vendre (ou pas !) des livres aux rares personnes qui s’égarent jusqu’à sa boutique. Chaque chapitre démarre par une description du temps ou par des éléments de la nature, souvent j’y suis peu sensible, mais Éric Holder a su dompter mon impatience, car il peuple son récit de personnages qui sont loin d’être des caricatures. Ils sont humains c’est tout, donc avec de gros défauts mais aussi quand on s’y attend le moins des qualités qui m’émeuvent. Ainsi, ce garde-champêtre ne sera pas seulement la victime du « terrible » libéralisme contemporain – et trop souvent caricatural dans les films ou dans les romans- mais deviendra gardien du camping, heureusement pour Antoine, notre bouquiniste qui pourra donc après son histoire d’amour se réconforter en regardant les soleils couchants dans l’Algeco mis à la disposition du gardien. Antoine n’est ni meilleur ni pire qu’un autre, il fera, lui aussi, souffrir Marie la boulangère qui était celle – avant Lorraine- avec qui il allait au cinéma et avec qui il finissait ses soirées. Le mari de la boulangère qui a joué et perdu tout l’argent du ménage viendra rappeler à Antoine que Marie est fragile et qu’il n’a pas le droit de la faire souffrir. Ce roman est riche d’une galerie de portraits et on a envie de se souvenirs de tous sauf, peut-être, de madame Wong qui exploitait notre Antoine mais cela se termine bien. Nous apprenons au passage que le commerce chinois recherche nos vieux livres : est-ce vrai ?

J’avais beaucoup aimé il y a quelques années le film fait à partir du roman d’Éric Holder « mademoiselle Chambon »

On pourrait facilement mettre en film « la femme qui n’a jamais sommeil » et pourquoi pas Vincent Lindon dans le rôle d’Antoine et pour Lorraine, la conteuse, Sandrine Kimberlain ce serait parfait aussi.

Citations

 Quand j’ai cru que je n’accrocherai pas à ce roman à cause des descriptions trop classiques

Quand l’avant-garde des nuages est apparue dans le ciel, on a tout de suite vu qu’il s’agissait de méchants, de revanchards. Pas une goutte depuis 2 mois, il allait corriger la situation vite fait, ce n’était pas pour plaisanter. Derrière eux, l’urgence crépitait en arc bleuâtres sous le ventre du troupeau, au loin le canon. La lumière s’est éteinte subitement, la nature retenait son souffle, en apnée. Quand le vent est revenu, fou furieux, il hurlait en se frayant un chemin à coups de gifles. Des milliers de feuilles d’acacia, jaunies ou dorées, périrent à l’instant, jonchant le sol. Les premières gouttes de pluie laissèrent entendre des hésitations de moineau sur un balcon. Quelques secondes plus tard, l’eau tombait par baquets, rejaillissant des gouttières sous pression, noyant le paysage.

Toujours le style, mais déjà je savais que j’aimais ce roman

Octobre est resté suspendu aux lèvres du soleil abondant, avec la bienveillance d’un ciel ou de rares nuages patrouillent avant de repartir dépités.

Le prénom de la femme aimée et perdue

Elle s’appelait Anne, un prénom entouré d’un hiatus, qu’on ne sait où accrocher, et qui demeure suspendu comme une exténuation, un début de mots, une adresse qui n’aurait pas été achevée. Anne, on sent déjà qu’une part manquera.

Je ne savais pas ça

 La Veuve Clicquot, née Nicole-Barbe Ponsardin, tient lieu de phare. J’apprends à Lorraine qu’elle vécu quatre-vingt-neuf ans, son mari, qu’elle adorait, était issu de la plus illustre famille de facteurs d’orgues français.

Deux hommes ont aimé la même femme

 Lui me parle souvent de toi. Tu as même intégré nos quelques sujets de conversation favoris, ceux qui permettent de nous entremettre, bon gré mal gré, sur la lande où nous ne sommes que deux. Je ne réponds pas à toutes ses questions. J’adore voir, quand il les pose, le rêve passer dans ses yeux.

Un portrait

Parmi les habitués, un ancien matelot. Outre la marine, son domaine de prédilection, qu’il cultive historiquement, il maîtrise des sciences qui, si on l’écoute, s’y rapportent, la géologie, l’astrophysique, la botanique, l’anthropologie. À l’aide d’une mémoire étincelante, il jette des passerelles inédites de l’une à l’autre. Il n’a pas navigué sans savoir sous quels ciels, ni sur quel flots il se trouvait, leur composition, leurs impératifs, leur pouvoir. Ce passionné restait modeste, les cimetières, disait-il, étaient remplis de gens comme lui.


J’avais lu, sur les commentaires à propos d’un de ses livres, que celui-ci plaisait à beaucoup de blogueurs et blogueuses. Comme je le comprends ! Il a tout pour plaire ce roman. D’abord l’art de raconter, à propos d’objets anodins tout ce qui les rattache à un pan de vie. Comme ces boucles d’oreilles qu’il a retrouvées et qui lui rappelle une partie de sa jeunesse. Une virée à Paris, ville où il se promène jeune adulte avec trois autres amis, un premier amour qui n’a pas duré très longtemps, et ce cadeau qui devait sceller une grande amitié. Les années 80 époque où

Les Free Time viennent d’être supplanté par les MCDonald’s. Tout le monde porte les United Colors de Benneton

Peu à peu, au fil des objets, sa vie se déroule à travers les pages de ce roman, construit sur la douleur d’un divorce mal vécu. Sa femme partant avec un dentiste, certaines phrases sur cette honorable profession sont très drôles même si elles sont caustiques. Mais le charme de la construction du roman ne s’arrête pas là, chaque personne qui s’arrête devant un objet le fait pour des raisons bien précises, et redonne une nouvelle vie à l’objet en question. Le livre est construit en boucle et ce qui devait n’être un débarras, est porteur de vie : les objets perdus, prennent un nouveau départ vers des objets trouvés. Et, grâce à l’acheteuse des boucles d’oreille, s’esquisse un départ possible vers une rencontre : l’auteur pourra-t-il ainsi sortir de la tristesse de son divorce ?

La multiplicité des points de vue sur les objets permet de rendre compte des différentes perception du même événement. L’histoire du cadre rouge est vraiment attachante, l’homme a détesté ce cadre dans lequel sa mère affichait des photos de lui enfant qui ne lui rappelaient que des mauvais souvenirs, mais son épouse avait été touchée par le geste de sa belle -mère lui confiant un moment de l’enfance de celui qu’elle aimait.

Jean-Philippe Blondel a ce talent particulier de garder en lui, et de nous faire revivre des moments de notre passé par une chanson, une marque de vêtements, un événement. Son minuscule inventaire, c’est certainement ce que beaucoup d’entre nous pourrions faire à propos d’objets que nous gardons et dont nous seuls connaissons l’histoire, mais évidemment nous n’avons pas tous ni toutes son talent pour les raconter.

Citations

La lecture adolescente

Je cherche des romans qui parleraient de moi -de nous, mais dans les librairies, je ne vois que des récits de quadragénaires qui s’épanchent sur leur divorce et sur leurs maîtresses.

On pense à une chanson de Bénabar

 Marianne est institutrice, elle s’est dénudée pour un autre instituteur et ensemble ils forment un couple CAMIF parfait, ils ont un monospace acheté d’occasion et trois enfants ceinturés à l’arrière, ils vont en vacances en Vendée et ont fait poser dernièrement des pavés autobloquants dans la descente de leur garage.

Vision de la Bretagne

Chrisian Lapierre venait de Bretagne -de l’autre côté de la France, pas loin de cet océan que je n’avais vu qu’en carte postale,nous, on allait plutôt à la montagne, c’était moins cher, et même si on avait choisi la mer, on aurait viré plus au sud, en Bretagne, il pleut tout le temps et c’est une région triste à mourir.

Les petites anglaises

Je suis sorti pendant quelques temps avec une fille qui s’appelait Kathleen, assistante anglaise de son état, qui trouvait la France for-mi-da-ble, la culture for-mi-da-ble, la cuisine extra-for-mi-da-ble et les Français hyper-for-mi-da-ble. J’ai été content de l’accompagner sur le quai de la gare du Nord pour son retour dans son pays natal. Elle était en pleurs, mais moi, je trouvais ça formidable. 

Au moins, j’ai pratiqué l’anglais oral.

Traduit de l’italien par Elise GRUAU. Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard.

Roman qui se lit agréablement mais je pense que je l’oublierai assez vite. Il raconte cependant un point de vue intéressant, une jeune femme, fille d’un artiste reconnu et célèbre, part avec celui qui n’a pas su être un père dans un voyage à travers l’Italie alpine . On sent tout de suite que c’est leur dernière chance de se comprendre : tant de choses les ont séparés. Elle est la fille d’un couple qui n’a pas su s’aimer et d’un père célèbre trop souvent absent. Elle est la femme d’un mari qui ne la fait plus rêver et la mère d’une petite fille qu’elle aime de toutes ses forces. Il faudra du temps pour que ce père mutique et fuyant arrive à lui faire comprendre qui il est : au-delà de l’artiste célèbre et consacré se cache un enfant blessé et un homme meurtri. Acceptera-t-elle de quitter sa position de victime (qu’elle est) pour lui tendre la main ? Ce qui est certain c’est qu’elle ne sortira pas indemne de ce voyage vers une Italie des origines où se mêlent aux drames d’une enfance tragique des forces mystérieuses et magiques.

Pour que cette histoire soit plausible, c’est à dire pour comprendre pourquoi le père et la fille se connaissent si peu, il faut que les secrets qui les séparent soient à la fois énormes et crédibles. Sinon ils se résument en une phrase trop banale et quelque peu sordide. Son père a épousé sa mère par intérêt mais était amoureux d’une autre femme. Je ne trahis en rien le roman car tout le travail de l’écrivain c’est d’habiller cette triste réalité par des sentiments très forts, des pouvoirs magiques venant de femmes puissantes, des mystères de la création artistique. Malgré cela, je ne peux pas dire que j’ai été très convaincue par ce roman qui m’a semblé tellement » italien », dans la description du sentiment amoureux.

Citations

Personnalité masculine

Et puis que veux-tu que je te dises Viola ? Que je suis un ingrat ?
Il avait tout à coup pris ce visage que je détestais, celui qui disait : « Saute moi dessus si tu penses que cela peut te faire du bien, ou pardonne-moi. Mais ensuite, oublie et mets un point final. Tu n’arriveras pas à me faire changer, de même que personne n’a jamais réussi à le faire. »

L’artiste et les femmes

Oliviero place dans toutes ses sculptures quelque chose qui m’appartient et qu’il me dérobe en permanence, continua-t-elle, en s’efforçant de masquer ces mots avec la stupeur d’une flatterie. Il finira par m’avoir tout prix, ajouta-t-elle en souriant.
 Ma mère ne perdit pas de temps, et à la première occasion elle raconta à mon père ce qui lui avait été confié. Et si Oliviero pouvait supporter la jalousie de Pauline, il était en revanche trop jaloux de son art pour accepter qu’elle s’en serve pour se vanter face à une inconnue.
– Comment as-tu pu dire à cette femme une chose pareille, tellement à nous ?
– Tu as fait bien pire : pour elle, tu détruis la seule chose qui soit vraiment à nous. L’amour.

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard.


Il s’agit de rhum et chez moi, certains ne plaisantent pas avec cette boisson, entre ceux qui parfument la pâte à crêpe et ceux qui le dégustent avec un petit carré de chocolat noir. Il y a même sur cette photo une bouteille de rhum de la même origine que cet auteur franco-vénézuélien. Miguel Bonnefoy part dans ce roman à la recherche du trésor d’un pirate des Caraïbes, et ils nous entraînent dans des contrées aussi fascinantes que dangereuses. Il ne s’agit pas d’un récit réaliste mais évocateurs des difficultés à vivre dans ces pays dominés par une nature luxuriante et des hommes facilement violents surtout s’ils sont en quête de trésors. C’est un auteur dont on parle sur les ondes radiophoniques et j’ai beaucoup entendu que Séréna, la femme et personnage principal, est du type « Emma Bovary » , et que Miguel Bonnefoy nous livrait là un conte philosophique épicé au merveilleux d’Amérique latine. Le roman flotte entre ses eaux là, et se lit très facilement.

Si aimer lire et connaître le monde grâce aux romans c’est faire du bovarysme alors je pense que nous sommes nombreuses à en faire ; si faire mourir sur un tas d’or une femme trop cupide c’est de la philosophie, cela m’étonne un peu ; si décrire un incendie qui mettra trois ans à s’éteindre c’est faire du merveilleux, pourquoi pas ? L’aspect que j’ai préféré c’est bien l’évocation de ces régions, la végétation luxuriante, les excès de pluies puis de sécheresse, le soleil trop violent puis la nuit trop sombres. Oui tout est « trop » dans ce pays des caraïbes . Et on ne peut survivre qu’en maîtrisant ses peurs et ses fièvres. Le rhum doit bien aider un peu, et vous saurez tout sur la façon d’en fabriquer un de grande qualité. Les personnages sont peu crédibles mais ce n’était visiblement pas le propos de cet auteur. Malheureusement, je fais partie des lecteurs qui aiment penser aux personnages et comprendre un peu leur choix de vie sans cet aspect je sais que je ne garderai pas en mémoire très longtemps ce roman. Je me souviendrai d’une odeur de rhum, d’une nature étonnante et de la cupidité des chercheurs d’or.

Citation

Portrait de femme soumise

Elle aimait recevoir des louanges sur l’entretien de sa vaisselle, sur le choix de ses meubles, sur la santé de son mari. Ses draps étaient toujours parfumés de fleurs glissées entre leurs plis. C’était une femme d’une patience minérale et, jusqu’à la fin de sa vie, prépara des soupes créoles, les yeux effacés au fond des marmites, dans sa cuisine où pendaient des jambons secs.

Jolie figure de style

L’heure n’avait pas d’ombre, la chaleur était forte, le soleil mordait la nuque, mais les deux hommes ne faiblissaient pas. 

Le pouvoir des livres

Ces livres enseignèrent à Séréna tout à la fois la servitude et la révolte, l’infidélité et le crime, la magie d’une description et la pertinence d’une métaphore. Ils lui firent découvrir les diverses aspects de la virilité, donc elle ignorait presque tout. Elle appris que la tour de Pise penchait, qu’une muraille entourait la Chine, que des langues étaient mortes, et que d’autres devaient naître.

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard. (thème Hollywood).


Dans la famille Musso, voici Valentin, le frère de Guillaume, en attendant Julien à qui se roman est dédié. Il s’agit d’un roman policier très bien ficelé et que les aficionados du genre se rassurent, je ne vais pas raconter la fin (par laquelle j’ai débuté ma lecture …) . David Badina, le personnage principal et narrateur de cette histoire, est le fis d’Elizabeth, une jeune actrice qui, en 1959, a disparu lors du tournage du film qui devait définitivement lancer sa carrière, sans que l’on sache ni pourquoi, ni comment. Son fils avait un an et quarante plus tard, ce passé se rappelle à lui car le célébrissime metteur en scène qui avait choisi sa mère comme actrice pour ce rôle l’appelle pour lui confier un travail.

C’est aujourd’hui un scénariste réputé, il a connu un très grand succès succès pour son premier film mais depuis son inspiration semble d’être tarie. Ce qu’il croyait être le plus enfoui en lui, la disparition inexpliquée de sa mère refait surface avec une telle force que l’on sent bien qu’il devra aller jusqu’au bout de ses recherches pour pouvoir enfin vivre sa vie : le roman policier raconte cela.

Ce qui m’a plu, c’est la peinture des années soixante dans le monde du cinéma hollywoodien qui est très bien décrite. L’on a des personnages à la « Harvey Weinstein », et comme dans les séries TV, les enquêtes du FBI, si le Maccarthysme est terminé, les habitudes et les mœurs de la police américaines n’ont pas encore complètement changé . Alors cette star naissante du cinéma, qui voulait la faire disparaître ? Et puis est-ce que David apprendra par la même occasion qui est son père ? Il y a du Michael Connely dans cette enquête moins (hélas !) la personnalité d’Harry Bosch .

Citations

Le métier de scénariste

Le côté négatif de ce métier, c’est que les scénaristes ont souvent l’impression d’avoir fait quatre vingt dix pour cent du boulot et d’être totalement ignoré à la sortie du film. Le côté positif, c’est que, lorsque ledit film ne marche pas, ce sont rarement eux qui essuient le tir des balles.

Los Angeles : question que je me pose aussi

 Je me suis toujours demandé comment on pouvait être prêt à traverser la moitié de la planète rien que pour voir l’étoile de Sharon Stone ou de Tom Hanks dans cette rue sale, bondée de monde et de vendeurs à la sauvette qui ne vous lâchent pas d’un pouce. En fait, je ne connais aucun habitants qui prenne plaisir à se balader dans cette attrape-touriste géant. Les endroits clinquants de L.A.-ils ne manquent pas- m’ont toujours déprimé, on dirait qu’ils ont été inventés que pour dissimuler aux yeux des gens les rêves brisés et les échecs dont se repaît cette ville.

Passage qui s’adapte bien au contexte actuel

 Grands fumeurs de cigares qu’il faisait venir de Cuba, gros buveur de whisky, connu pour son sexisme légendaire, Welles draguait tout ce qui portait jupon à Hollywood. Plusieurs sources laissaient entendre qu’il avait fréquemment harcelé des actrices dans des suites de luxueux hôtels et qu’il était presque toujours parvenu à ses fins. Il était de ces grands manitous capables de faire ou de défaire une carrière à Hollywood d’un simple claquement de doigts. Vu la terreur qu’il inspirait, je comprenais parfaitement que de jeunes actrices en quête de gloire n’aient pas eu le cran de le repousser malgré l’aversion qu’elle devait ressentir.

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Clotilde Meyer et Isabelle D. Taudière.

Laissez moi vous dire une chose. On est jamais trop vieux pour apprendre.


Après Dominique, Kathel, Keisha et tant d’autres, je viens vous recommander la lecture de cette épopée. Voici le sujet, tel que le raconte la quatrième de couverture :

«  lorsque Jay Mendelsohn, âgé de quatre-vingt-et-un ans, décide de suivre le séminaire que son fils Daniel consacre à l’Odyssée d’ Homère, père et fils commencent un périple de grande ampleur. Ils s’affrontent dans la salle de classe, puis se découvrent pendant les dix jours d’une croisière thématique sur les traces d’Ulysse. »

 Daniel Mendelsohn a écrit un roman concernant la famille de sa mère assassinée lors des massacres de la Shoah : « Les Disparus » -récompensé par le prix Médicis en 2007-, livre qui m’avait beaucoup marquée . (C’était avant Luocine, et je me promets de le relire). Il consacre donc ce temps romanesque et son talent d’écrivain à la quête de la personnalité de son père. Il le fait à travers l’analyse minutieuse de l’Odyssée, ce si difficile retour d’Ulysse vers son royaume d’Ithaque, son épouse Pénélope et son fils Télémaque. On y retrouve tous les récits qui ont construit une partie de notre imaginaire. Ulysse et ses ruses, Pénélope et sa fidélité à toute épreuve, Télémaque, ce fils qui recherche son père, mais aussi le Cyclope, Circé, Calypso, les enfers… tous ces récits, grâce au talent du professeur Daniel Mendelsohn, nous permettent de réfléchir à la condition humaine. On aurait, je pense, tous aimé participer à ce séminaire au cours duquel ce grand spécialiste de la littérature grecque et latine, n’assène pas son savoir mais construit une réflexion commune aux participants et au professeur grâce aux interventions pertinentes de ses étudiants. Je n’ai pas très bien compris si tous connaissent le grec ancien ou si (comme cela me semble plus probable) seul le professeur peut se référer au texte originel. L’épopée prend vie et se mêle à la quête de l’auteur. Qui se cache derrière ce père taiseux, incapable de montrer ses sentiments à ses enfants ou à son épouse ? Certainement plus que la personnalité d’un père ingénieur devant lequel son fils tremblait avant de lui avouer qu’il ne comprenait rien aux mathématiques. Au détour d’une réaction d’étudiant, d’une phrase analysée différemment, nous comprenons de mieux en mieux ces deux fortes personnalités si différentes. On se prend à rêver que tous les pères et tous les fils sachent un jour entreprendre ce voyage vers une réelle connaissance de l’autre. Daniel est écrivain et professeur, le chapitre intitulé ‘Anagnorisis« , où il s’agit bien de « reconnaissance » se termine ainsi :
Quand vous enseignez, vous ne savez jamais quelles surprises vous attendent : qui vous écoutera ni même, dans certains cas, qui délivrera l’enseignement.
Et il avait commencé 60 pages auparavant de cette façon :
Une chose étrange, quand vous enseignez, c’est que vous ne savez jamais l’effet que vous produisez sur autrui ; vous ne savez jamais, pour telle ou telle matière, qui se révéleront être vos vrais étudiants, ceux qui prendront ce que vous avez à donner et se l’approprieront -sachant que « ce que vous avez appris d’un autre professeur, une personne qui s’était déjà demandé si vous assimileriez ce qu’elle avait à donner….
Quel effet de boucle admirable et toujours recommencée, oui nous ne sommes au mieux que des transmetteurs d’une sagesse qui a été si bien racontée et mise en scène par Homère. J’ai beaucoup de plaisirs à raconter les exploits d’Ulysse à mes petits enfants qui s’émerveillent à chaque fois du génie du rusé roi d’Ithaque, j’ai retrouvé le livre dans lequel enfant j’avais été passionnée par ces récits. Et je crois que comme le père et le fils Mendelsohn, j’aimerais faire cette croisière pour confronter mes souvenirs de récits à ces merveilleux paysage de la Grèce.
Peut-être que comme Jay, je trouverai que l’imaginaire est tellement plus riche que la réalité, et puis hélas je n’ai plus de parents à retrouver car il s’agissant bien de ça lors de cette croisière « sur les pas d’Ulysse » permettre à Daniel de retrouver la facette qu’il ne connaissait pas de son père, celui qui sait s’amuser et se détendre et faire sourire légèrement la compagnie d’un bateau de croisière. Bien loin de l’austère ingénieur féru de formules de physique devant lequel tremblait son plus jeune fils.

Citations

Relations d’un fils avec un père qui n’aime pas qu’on fasse des petites manières ou des histoires.

Lorsque mon père racontait cette histoire, il passait rapidement sur ce qui, à moi, me semblait être la partie la plus intéressante – la crise cardiaque, sa précipitation, à mon sens, poignante à rejoindre mon grand-père, l’action, en un mot – et s’étendait sur ce qui avait été pour moi, à l’époque, le moment le plus ennuyeux : les rotations de l’avion. Il aimait raconter cette histoire, car pour lui, elle montrait que j’avais très bien su me tenir : j’avais supporté sans me plaindre l’assommante monotonie de tous ces ronds dans l’air, de tout cette distance parcourue sans avancer. « Il n’a pas fait la moindre histoire », disait mon père, qui avait horreur que l’on fasse des histoires, et même à cette époque, malgré mon jeune âge, je comprenais vaguement qu’en donnant une légère inflexion caustique au mot « histoires », c’était en quelque sorte ma mère et sa famille qu’il visait. « Il n’a pas fait la moindre histoire », disait papa d’un hochement de tête approbateur. « Il est resté sagement assis, à lire, sans un mot ».
 De longs voyages, sans faire d’histoires. Des années ont passé depuis ce long périple de retour, et depuis, j’ai moi-même eu à voyager en avion avec des enfants en bas âge, et c’est pourquoi, lorsque je repense à l’histoire de mon père, deux choses me frappent. La première, c’est que cette histoire dit surtout à quel point « lui » s’était bien tenu. Elle témoigne de la façon exemplaire dont il a géré tout cela, me dis-je maintenant : en minimisant la situation , en faisant comme s’il ne se passait rien d’anormal, en donnant l’exemple et restant lui-même tranquillement assis, et en résistant -contrairement à ce que j’aurais fait car, à bien des égards, je suis davantage le fils de ma mère et le petit-fils de Grandpa – à la tentation d’en rajouter dans le sensationnel ou de se plaindre.
La seconde chose qui me frappe quand je repense aujourdhui à cette histoire, c’est que pendant tout le temps que nous avons passé ensemble dans l’avion , l’idée de nous parler ne nous a pas effleurés un instant.
Nous avions nos livres et cela nous suffisait.

Les questions que posent les récits grecs et qui nous concernent toujours.

Nous savons bien sûr que « l’homme » n’est autre Ulysse. Pourquoi Homère ne le dit-il pas d’emblée ? Peut-être parce que, en jouant dès l’abord de cette tension entre ce qu’il choisit de dire (l’homme) et ce qu’il sait que nous savons (Ulysse), le poète introduit un thème majeur, qui ne cessera de s’intensifier tout au long de son poème, à savoir : quelle est la différence entre ce que nous sommes et ce que les autres savent de nous ? Cette tension entre anonymat et identité sera un élément clé de l’intrigue de l’odyssée. Car la vie de son héros dépendra de sa capacité de cacher son identité à ses ennemis, et de la révéler, le moment venu, à ses amis, à ceux dont il veut se faire reconnaître : d’abord son fils, puis sa femme, et enfin son père.

Message d Homère

 L’Odyssée démontre la vérité de l’un des vers les plus célèbres et les plus troublants, que le poète met dans la bouche d’Athena à la fin de la scène de l’assemblée : »Peu de fils sont l’égal de leur père ; la plupart en sont indignes, et trop rares ceux qui le surpassent. »

Le plaisir des mots venant du grec

Les récits de Nestor sont des exemples de ce que l’on appelle les récits du « nostos ». En grec, « nostos » signifie « le retour ». La forme pluriel du mot, « nostoi », était en fait le titre d’une épopée perdue consacrée au retour des rois et chefs de guerre grecs qui combattirent à Troie. L’Odyssée est-elle même un récit du « nostos », qui s’écarte souvent du voyage tortueux d’Ulysse à Ithaque pour rappeler, sous forme condensée, Les « nostoi » d’autres personnages, comme le fait ici Nestor -presque comme s’il craignait que ces autres histoires de « nostoi » ne survivent pas à la postérité. Peu à peu, le mot « nostoi », teinté de mélancolie et si profondément ancrée dans les thèmes de l’Odyssée, a fini par se combiner à un autre mot du vaste vocabulaire grec de la souffrance, « algos », pour nous offrir un moyen d’exprimer avec une élégante simplicité le sentiment doux-amère que nous éprouvons parfois pour une forme particulière et troublante de vague à l’âme. Littéralement, le mot signifie « la douleur qui naît du désir de retrouver son foyer », mais comme nous le savons, ce foyer, surtout lorsqu’on vieillit, peut aussi bien se situer dans le temps que dans l’espace, être un moment autant qu’un lieu. Ce mot est « nostalgie ».

L’implication de l’écrivain dans le récit de l’odyssée

J’avais hâte d’aborder l’épisode de la cicatrice d’Ulysse, où se trouve mêlé dans deux thèmes essentiels de l’Odyssée : la dissimulation et la reconnaissance, l’identité et la souffrance, la narration et le passage du temps. Mais une fois de plus, j’ai dû me rendre à l’évidence, les étudiants ne s’intéressaient pas du tout au même chose que moi. Seul Damien, le jeune Belge, avait parlé de la cicatrice d’Ulysse sur notre forum. Sans doute, me dis-je, est-ce parce que je suis écrivain que cette scène me fascine plus qu’eux : car tout l’intérêt de la composition circulaire est de fournir une solution élégante au défi technique qui se présente à quiconque veut entrelacer le passé lointain à la trame d’un récit au présent en gommant les sutures.

Pour comprendre ce passage, il faut savoir que l’auteur est homosexuel. Cela avait été difficile pour lui de le dire à ses parents. Mais son père ne l’avait pas jugé à l’époque. Il est en train de faire une croisière sur « les pas d’Ulysse ». Il est adulte et son père est très vieux. Dialogue père fils

Papa, attends, insistai-je. Donc, si je comprends bien, il y a eu un garçon gay amoureux de toi dans le Bronx, c’est de lui que te vient ton surnom de « Loopy », et tu n’as jamais songé à m’en parler ?
Mon père baissa les yeux. C’est simplement, Dan, que… Je ne savais pas trop comment t’en parler.
Que répondre à cela ? Alors j’ai fait comme mon père : j’ai été sympa avec lui.
C’est bon, dis-je. Au moins, maintenant, c’est fait. Bon Dieu, papa…
Il appuya sur un bouton de son iPad et l’ Iliade émit une lumière bleutée dans la pénombre. Ouais, on dirait… Puis il leva les yeux et dit : c’est une croisière sur l’Odyssée, n’oublie pas. Chacun a une histoire à raconter. Et chacun a… son talon d’Achille.
Oui, sans doute.

Traduit de l’anglais par Jean-Pierre Aoustin. Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard.

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard.


Lu en une nuit et sans aucune passion. Ce pauvre Benjamin vit dans une famille suisse très riche qui a les apparences d’une famille très heureuse. Malheureusement pour lui, elle n’a que ça, les apparences. Sa vie est à jamais bouleversée par la disparition de sa sœur Summer, et vingt cinq ans plus tard, il est anéanti par ce souvenir qu’il croyait avoir maîtrisé. Il lui faudra un courage incroyable pour remonter dans des souvenirs et comprendre peu à peu ce qui était évident pour son entourage.

L’intérêt du roman vient de ce que nous partageons les efforts de cet homme dont le cerveau est embrumé par les mensonges de sa famille. Mais je n’ai pas été intéressée par cette lecture, je me rendais compte que j’étais indifférente à l’histoire et pourtant Monica Sabolo sait très bien la raconter, elle ne tranche jamais entre la mort ou la disparition de Sumer et ceci grâce à son narrateur, celui qui était là, mais qui est aveuglé par le poids de sa famille.

Citation

Voici la clé de l’histoire

– Et puis tes parents…
– Quoi, mes parents ? J’avais été surpris par le son d e ma voix, j’avais peut-être crié. Il fixait le mur, comme s’il regardait les images qui défilaient derrière mon dos.
– On finit toujours par retrouve les gens, tu sais. Ils laissent une trace quelque part, ils passent un coup de téléphone, se font repérer dans un supermarché. J’avais envie d e vomir. Il avait des traces sombres de transpiration sous les bras ; alors évidemment, s’il n’y a aucun indice aucun mouvement…

L’inspecteur a soupiré, comme si cette idée était trop déplaisante. Il avait brusquement baissé les yeux sur moi.

– quoi qu’il en soit, les gens ne disparaissent pas comme ça. Il y a toujours une explication. Et elle est souvent extrêmement simple. A portée de main.

 

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Emmanuelle Ertel.
Livre critiqué dans le cadre du programme Masse Critique de Babelio.com

 


Je m’étais bien promis de ne plus répondre aux tentantes sollicitations de Babelio, non pas que ce site propose de mauvais titres mais je suis obligée de lire en trois semaines, et au moment de Noël mon emploi du temps est si chargé que j’ai failli ne pas tenir les délais. Il faut dire qu’un livre de 813 pages à l’écriture assez serrée ne se dévore pas en une soirée, d’autant qu’il ne s’agit pas d’un roman qui se lit facilement.

Nous entrons, en effet, très en profondeur dans les méandres de la psychologie de quatre amis new-yorkais, Jude, le plus mystérieux et celui autour duquel tourne le roman, J.B , l’artiste très doué, Malcom un architecte et Willem un acteur qui rencontre le succès. Bien malgré lui, Jude fait le malheur de tous ceux qu’ils croisent et il est incapable d’expliquer pourquoi il souffre et fait autant souffrir les autres malgré sa volonté de ne leur vouloir que du bien. Il faudra 700 pages à l’auteur pour dire toute la souffrance de cet homme dont le lecteur entrevoit la teneur peu à peu. C’est peu dire que le style de cette auteure joue avec la lenteur, elle s’y complaît et cela donne encore un énorme pavé à l’américaine. J’avais en tête la réflexion de Jean d’Ormesson disant qu’aucun auteur français contemporain (ou presque) n’était traduit en anglais et n’était connu aux États-Unis alors que presque tous les auteurs américains sont traduits en français. Je me demande même si le lectorat français n’est pas visé par les éditeurs outre-atlantique. Je me demande aussi quel lecteur ou lectrice française accepterait de lire 900 pages sur la réussite de quatre Parisiens, dont l’un se scarifierait pour oublier son enfance.

Bref trop lourd pour moi ce roman m’a surtout encombrée et pourtant il est certain que cette auteure a tout fait pour faire revivre le tragique d’une destinée d’un homme bafoué et martyrisé dans son enfance et qui ne peut pas avoir « une vie comme les autres » malgré tous ses efforts et tout l’amour qu’il suscite quand il réussit à devenir adulte.

Citations

L’argent et les artistes sans problème d’argent

Et non seulement Ezra n’aurait jamais besoin de travailler, mais ses enfants et ses petits-enfants non plus : ils pourraient créer des œuvres médiocres, invendables, parfaitement dénuées de talent, génération après génération, et ils auraient toujours les moyens, quand cela leur chanterait, d’acheter des tubes de peinture à l’huile de la meilleure qualité ou des lofts dangereusement spacieux dans le sud de Manhattan qu’ils pourraient saccager de leurs désastreuses décisions architecturales ; et, quand ils se fatigueraient de leur vie d’artiste -et JB était convaincu qu’Ezra en aurait assez à un moment-, il leur suffirait de passer un coup de fil à leur administrateur fiduciaire pour recevoir un énorme versement, d’un montant tel qu’aucun des quatre( à part, peut-être, Malcom) ne pouvait même imaginer entrevoir en toute une vie.

Les petites jeux des universitaires

Le prof de lettres classiques pour lequel il travaillait avait décidé de ne communiquer avec lui en latin ou grec ancien, y compris pour lui transmettre des instructions du type : « j’ai besoin de trombones supplémentaires », ou « N’oubliez pas de leur demander de mettre un peu plus de lait de soja dans mon cappuccino demain matin ».

Pour les juristes

Le domaine le plus authentique, le plus intellectuellement stimulant, le plus riche domaine du droit, est de loin, et le droit des contrats. Les contrats ne se réduisent pas à des feuilles de papier vous promettant un travail, une maison, ou bien un héritage, au sens le plus pur, le plus véritable, le plus large, les contrats régissent tous les domaines du droit. Quand nous choisissons de vivre en société, nous choisissons de vivre selon les règles d’un contrat, et de se soumettre aux règles qu’il nous dicte – la Constitution elle-même est un contrat, certes malléable, et la question de savoir à quel point il est malléable constitue précisément le lieu où droit et politique se croisent-, et ce sont les règles de ce contrat (qu’elles soient explicites ou non), que nous suivons quand nous nous engageons à ne pas tuer, à payer nos impôts et à ne pas voler. Mais dans ce cas précis, nous sommes à la fois les concepteurs de ce contrat et lié par lui :.en tant que citoyen américain, nous partons du principe que, dès la naissance, nous avons une obligation de respecter et suivre les termes, et nous le faisons quotidiennement.

Le droit

Mais la justice n’est pas le seul, ni même le plus important, aspect du droit : le droit n’est pas toujours juste. Les contrats ne sont pas justes, pas toujours. Mais parfois elles sont nécessaires, ces injustice, parce qu’elles sont nécessaires au bon fonctionnement de la société. Dans ce cours, vous apprendrez la différence entre ce qui est juste et ce qui est équitable et, ce qui est tout aussi important, la différence entre ce qui est juste et ce qui est nécessaire.

Traduit de l’espagnol par Vanessa Capieu. Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard.


Votre réveillon 2017 est terminé ? Venez partager celui de la famille d’Amalia à Barcelone ! Quel bon moment de lecture ! Si vous voulez un dépaysement total, un voyage au delà des Pyrénées, dans une famille où les non-dits font tenir l’ensemble. Invitez-vous à la table d’Amalia pour ce réveillon mémorable. Vous ferez la connaissance de son fils, Fernando, le narrateur qui doit avoir beaucoup points communs avec l’auteur. De sa fille Sylvia, celle qui essaie de réparer toutes les impasses dans lesquelles sa mère fonce tête baissée en n’écoutant que son grand cœur. Elle évitera par exemple que le père du clan des roumains dont elle héberge une jeune ne lui vole tous ses biens. Vous connaîtrez Emma qui vit avec Olga. Cette dernière vous fera pouffer de rire plus d’une fois, dépourvue totalement du moindre sens de l’humour, elle prend tout et raconte tout au premier degré, dans cette famille où le moindre propos cache un océan de secrets enfouis, ses regards ahuris et ses discours simplistes font beaucoup pour le rire à la lecture de ce roman, celui, par exemple, que vous aurez quand Amalia veut aider son frère Eduardo « à sortir du placard ».

Comme Olga vous serez peut-être étonné que les propos commencent par « l’inconfort » des bancs du jardin public en bas de l’immeuble. Enfin, il reste Ingrid, l’amie qui n’est pas là mais qui est si importante pour Amalia. Il faut dire qu’elle a des idées de génie cette Ingrid : remplacer la dinde du nouvel an par des feuilletés aux épinards, aller grâce à une ONG à Cuba (je vous laisse imaginer la contrepartie de ce voyage très peu cher)… et elle pourra vous faire « un reiki » qui remettra vos chakras dans le bon sens.

Le réveillon permettra à chacun de dévoiler une partie de son âme, la plus secrète, et peut être de repartir pour un an. Vous, le temps de la lecture, dans un livre un peu foutraque, à l’image du cerveau d’Amalia vous serez passé du rire à l’émotion proche des larmes. et surtout vous découvrirez « Une mère » ! Malgré son cerveau un peu dérangé, elle sera là pour chacun de ses trois enfants au moment où ils ont besoin d’elle. L’Espagne vous sera plus proche et tout en voyant les différences vous pourrez sans aucune difficulté vous dire que « l’humaine condition » est assez semblable et ne connaît pas les frontières.

Citations

Dialogue au téléphone quand Amalia n’écoute pas(hélas !) sa fille

« Oh,non,non ! Pas elle, je t’en prie ! » me suppliait-elle par mimiques, en agitant les mains devant elle comme si je la forçait à affronter Belzébuth lui-même. Puis elle s’est raclé la gorge, a pris deux profondes inspirations, s’est plaqué un sourire sur le visage comme si Sylvia avait pu la voir sur l’écran de son portable et a approché précautionneusement le combiné de son oreille. 

« Oui, ma chérie, j’ai entendu dire de cette voix de mère soumise et attentive qui aurait dû me mettre la puce à l’oreille. Oui… Oui, bien sûr… Oui. D’accord… Comme tu voudras… Mais oui, ne t’inquiète pas… Dès demain… Si, j’ai compris… Non, inutile que tu répètes. Oui… Oui. Très bien.

 Après une vingtaine de minutes de « Oui, bien sûr, d’accord, tu as raison »avec cet air de vache égarée qu’elle prend quand ce que quelqu’un lui dit entre par une oreille pour sortir par l’autre, elle a enfin raccroché. Puis elle m’a passé le téléphone.

« Qu’est-ce qu’elle t’a dit ? » ai-je demandé.
Elle m’a regardé d’un air somnolent et m’a sorti : 
« J’ai oublié. »

Une scène touchante et le portrait de son père

 J’étais à deux doigts de lui hurler que oui, je savais parfaitement comment il était, presque aussi bien que les inspecteurs de la Sécu et du fisc qui cherchaient encore à lui mettre le grappin dessus. Comme Téléphonica, Onno et Voldafone, comme Mazda, BMW et BBVA, sans parler de tout les amis qui s’étaient portés garants pour lui à un moment ou à un autre de ses magouilles et intrigues frauduleuses, et qu’il avait évidemment perdu en route. J’ai eu envie de l’attraper par les épaules pour la secouer, de lui hurler que nous le savions tous, sauf elle, parce que nous avions tous été victimes à un degré ou à un autre de cet homme à la personnalité maladive qui ne s’intéressait à rien d’autre qu’à lui-même, mais soudain je l’ai vu plantée sur le seuil du salon, si fragile et vulnérable que je me suis approché pour la prendre dans mes bras, et pendant que j’essayais de trouver une formule conjuratoire capable de calmer la furie qu’allait devenir Sylvia, à coup sûr, quand elle apprendrait que maman avait envoyé à papa son contrat de divorce signé, se condamnant ainsi à une liberté qui allait lui coûter très cher, je lui ai souhaité à l’oreille :
. »Je sais, maman je sais… »
 Elle m’a regardé alors avec un soulagement enfantin et a conclu en m’embrassant sur la joue :
« Il faut bien laisser une chance aux gens non ? »

L’avantage de vivre avec un homme lors de la première rencontre avec l’amie de sa fille lesbienne le narrateur c’est son fils homosexuel

 Tu as bien raison, ma fille. Moi, si c’était à refaire, je te le dis franchement, je ferai comme vous. Je me chercherais une bonne amie pour aller au cinéma, aller déjeuner ensemble et tout partager. Oui, certainement. Mais chacune ses culottes, hein ? Parce que tu vois, le seul avantage d’un mari, c’est qu’au moins il ne t’emprunte pas tes culottes ou tes soutiens-gorge. Enfin, sauf si tu as la malchance qu’il soit un peu bizarre, bien sûr, parce qu’il y en a des comme ça aussi « , a-elle achevé en se tournant vers moi.

Cuba vu par l’oncle Eduardo

  » Et bien …oui, oui, les Cubains, ils sont comme ça fit-il de sa voix d’homme du monde. Ils vous donnent tout ce qu’ils ont. Le problème, c’est qu’ils n’ont jamais rien, alors ils inventent. Parce qu’ils aimeraient bien pouvoir donner. En fait, ce n’est pas qu’ils mentent, ils devancent la réalité. C’est de là que vient le cubisme. »

L’humour dans la présentation des personnages : le frère de Peter l’amant norvégien de Sylvia

 Son frère Adam, qu’on croyait activiste de Greenpeace en mer du nord jusqu’à ce que les flics le prenne avec deux kilos de cocaïne cachés dans la cale du bateau avec lequel il poursuivait les baleiniers le jour pour les fournir en neige artificielle la nuit.